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1939 : après Munich... Cavaillès

Publié le par Régis Vétillard

Jean de Fabrègues accompagne Thierry Maulnier et son groupe ''Combat'', au cours de conférences, le premier parle de la Civilisation française, et le second expose ses « raisons de combattre pour le vrai nationalisme contre l’argent, le vrai socialisme contre la démocratie »

Notre spécificité française serait peut-être notre attachement à des valeurs nationales spirituellement chrétiennes. Elle est aujourd'hui menacée par les dictatures de l’hitlérisme et du stalinisme. A Esprit, Combat et Civilisation, on partage le même souci de régénérer la vie politique et les institutions...

Mais, finalement, ces réunions chez Lipp ou aux Deux-Magots, ne produisent pas grand chose... Au Café Méphisto ( bd Saint-Germain), ce sont des militants de Combat, avec Brasillach, qui se retrouvent régulièrement.

Même après Munich, on voit le mal, surtout dans la politique intérieure.

Lancelot craint, chez ces jeunes gens, que la haine de la démocratie, soit plus forte que la haine de l'ennemi nazi... L'un des signes, étant de la part de Jean Luchaire, Bertrand de Jouvenel, et Thierry Maulnier - dernièrement lors des conférences ''Rive gauche'' ( librairie de Henry Jamet ) - leur recherche de proximité avec Otto Abetz.

 

Drieu avait adhéré, pas longtemps, au ''frontisme'' de Bergery. Puis, Drieu s'est affirmé comme fasciste : il aspire à faire naître '' l'homme nouveau''.

Vers 1936, au PPF, Doriot prétendait au rassemblement national, se tenait à distance de l'antisémitisme et du nazisme, et fustigeait les bellicistes soutenus par l'URSS. Seulement, Doriot a perdu ses soutiens populaires, et ses postes de maire et de député... En septembre 1938, il a approuvé les accords de Munich, affiché son antisémitisme : Bertrand de Jouvenel a démissionné du PPF. Plus tard, Drieu aussi, déçu de Doriot, et d'Hitler...

A présent, Drieu retrouve ses activités littéraires et sa maîtresse Christiane Renault ( l'épouse de l'industriel ), dans des chambres de grands hôtels, où il trouve silence et calme.

 

Lancelot se demande finalement, si Munich n'est pas le retour à la réalité. La guerre étant une éventualité crédible...

Maulnier préfère semble t-il oublier l'actualité et écrire avec son amante Dominique Aury, une Introduction à la poésie française, qui au détriment du romantisme fait la part belle au XVI, XVIIe oubliés et au XXe.

 

Séance du 4 février 1939: Deux thèses ( Cavaillès et Lautman ) de la plus haute portée ont été récemment soutenues devant la Faculté des Lettres de l'Université de Paris sur la philosophie des Mathématiques considérées au point de développement qu'elles ont actuellement atteint.

Jean Cavaillès et Lautman, vont tous les deux s'engager résolument dans la Résistance, risquant puis payant de leur vie un choix existentiel... Quelle est donc cette philosophie qui les a soutenus ?

S'étaient-t-ils déjà engagés dans un chemin qui les conduisaient vers cette décision ; ou est-ce la situation qui s'est imposée, ne leur laissant pas de choix... ?

Pour Cavaillès, l'engagement semble s'imposer sans commentaire, par ''nécessité'' ( Spinoza) ; pourtant il est inséparable de sa philosophie ( en chantier).

S'interroger sur la raison des ''choses'', et réagir avec raison... Les mathématiques sont un modèle ; et parler philosophie, c'est alors parler des mathématiques, ce qui n'est pas aisée pour les philosophes non matheux. La question touche la logique : cette philosophie doit être soumise à la logique des mathématiques.

Oui, mais... Les deux disciplines ne sont pas sous-tendues par le même intérêt de la part des chercheurs. L’intérêt mathématique n’est pas l’intérêt philosophique.

Théorie des Jeux - Dilemme du prisonnier

 

Le mathématicien développe ses connaissances par la raisonnement, pas par l'expérience : il s'agit d'une croissance par l'intérieur ( endogène). La philosophie souhaite produire des connaissances avec le même degré de certitude.

Kant écrit : « On peut donc apprendre la philosophie sans savoir philosopher. (…)  toute philosophie est connaissance rationnelle par simples concepts tandis que les mathématiques sont une connaissance rationnelle par construction des concepts. » ( Critique de la raison pure ...)

(...)

« La connaissance philosophie considère donc le particulier seulement dans le général et la connaissance mathématique, le général dans le particulier et même dans le singulier, mais cependant a priori et au moyen de la raison ... »

 

N'y a t-il pas un lien à faire entre histoire des mathématiques, et philosophie des mathématiques ?

Cavaillès pense que les mathématiques s'opposent aux formalismes et au logicisme. Les mathématiques ne peuvent se réduire à la logique. A quelle loi obéit le progrès des mathématiques ?

 

Cavaillès semble préférer la philosophie, à la mathématique, en ce qu'elle est raisonnement logique orienté par ce qui lui donne du sens.

Et si « la géométrie n'a jamais sauvé personne », l'engagement répond à la nécessité de la conviction, avec pour seul fondement la non-contradiction ( et non pas le mystère religieux).

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6 Décembre 1938 : Traité d'amitié franco-allemand

Publié le par Régis Vétillard

Au ministère, Lancelot est témoin d'une politique de réarmement depuis l'été 1936, avec un programme dit des "14 milliards", et qui dépasse de 40 % les demandes de l'état-major. Il est complété par des constructions navales et le lancement d'avions de combat qui portent l'effort à 40 milliards de francs. Une troisième tranche de dépenses militaires est décidée en décembre 1936. L'ensemble du projet, étalé sur quatre ans en principe, doit doubler le potentiel de défense française.

Ici, chacun pense qu'Hitler impose une épreuve de force ; et que notre préparation est purement défensive et doit avoir une fonction dissuasive.

Réarmement allemand

Par plusieurs ouvrages, des conférences et des contacts permanents avec les autorités politiques , le colonel de Gaulle (1890-1970) tente de promouvoir une armée professionnelle ( Léon Blum est hostile à l'armée de métier) et motorisée. Il insiste en vain, sur la nécessité de constituer de grandes unités autonomes blindées plutôt que de disperser les chars au sein d'unités tactiques. Il obtient le soutien de Paul Reynaud.

 

Le Renseignement britannique ( IS), comprend que nos deux pays sont liés et souhaite une coopération plus forte sur le décryptement des communications, et plus particulièrement concernant une machine Enigma, fabriquée en Allemagne, qui se présente sous la forme d'une machine à écrire, sauf que la lettre frappée est remplacée par une autre toujours différente, le mécanisme est constitué de plusieurs rotors.

Les Polonais ont réussi à en avoir le modèle, mais ne peuvent ''casser'' la clef et demandent l'aide des français... Depuis huit ans, ils travaillent ensemble, en vain et décident de s'associer avec les anglais.

Gaston Bergery

Bergery avait créé le ''frontisme'' en 1932 ( Front commun contre le fascisme”), et avait séduit un temps, des gens comme Robert Aron, Claude Mauriac ou Edgar Morin, séduits par sa réponse à une actualité brûlante ; mais après Munich, cette possibilité apparaît exclue pour beaucoup...

Lors de l'Anschluss ; il interrogeait: violence illégale, mais qu'elle autre solution l'Europe propose t-elle ? Pour ce qui était de la Tchécoslovaquie, Bergery assurait alors, qu'il était nécessaire de faire obstacle à la prétention nazie ! Puis, il a défendu l'amputation territoriale de la Tchécoslovaquie en la tenant pour justifiée par le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Munich, paraît comme une humiliation, mais une réponse préférable à la guerre.

Bergery se défend : la France ne peut faire de menace qu'elle ne peut mettre à exécution ; par contre elle peut proposer une négociation d'ensemble. Il soutient Bonnet.

Une rumeur court dans les milieux ''informés'' concernant une agression allemande contre l'Ukraine ; ce qui ne va pas pour lui déplaire.

Après l'occupation de la Tchécoslovaquie, s'il accompagne les menaces de guerre, il n'en soutient pas moins qu'il est d'autant plus nécessaire de proposer un plan de paix à Hitler ; quitte à le menacer d'une alliance avec l'URSS.

 

Bergery n'est pas à court d'idées pour proposer un régime qui se démarquerait du communisme et d'un nationalisme agressif ; mais Lancelot – dans ses fréquentations mondaines – ne voient pas en lui l'homme providentiel qu'il rêverait pouvoir incarner... Il n'a pas la foi brutale, n'a pas le comportement du chef charismatique ; Lancelot apprécie son esprit souple, son goût du paradoxe et le plaisir de la discussion que les frontistes partagent...

Comment rassembler après Munich ? Bergery ne fait pas confiance aux vieux partis, et finalement semble se rapprocher du fascisme... Drieu le rejoint pour d'autres motifs, bien plus personnels, attachés à la décadence qui l'obsède, et à la force qui lui semble se dégager des fascismes.

La_Croix jeudi 8 décembre 1938

 

Le mardi 6 décembre 1938, a lieu en présence de M. de Ribbentrop et M. Bonnet la signature du Traité d'amitié franco-allemand.... Lancelot se trouve au Quai d'Orsay et vers 17h00, il est dans le salon de l'Horloge en compagnie de M. et Mme Detœuf; pour profiter d'une coupe de champagne après cette cérémonie... M de Ribbentrop - extrêmement droit - lit une déclaration en français, presque sans accent. Le ministre allemand est ensuite entouré d'une cour française impressionnante, nos ministres semblent bien seuls... Les époux Luchaire présentent leur fille Corinne, à qui L'Universum Film AG va offrir début 1939, un contrat au cachet impressionnant et des perspectives de vedettariat...

Depuis quelques temps, Eugène Feihl attaché de presse à l’ambassade s'est chargé de cadeaux faits à des personnalités françaises : distribution de stylos, étuis à cigarettes en or … Il est chargé aussi de faire savoir que l’ambassadeur allemand a reçu instruction de son gouvernement que M. de Ribbentrop ne pourrait pas rencontrer certaines personnes...

Aussi, au dîner du quai d'Orsay, où sont invités des représentants de la haute société parisienne, et les officiels du Comité France-Allemagne, sont exclus les ministres et politiques juifs...

En effet, les membres juifs du gouvernement, les ministres Jean Zay et Georges Mandel, ne furent pas invités. On dit que Mme Campinchi, Herriot, Jeannenay refusèrent d’y assister en signe de protestation.

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1938 - Myrrha Lot – Maritain

Publié le par Régis Vétillard

Anne-Laure de Sallembier, qui navigue entre Paris et Fléchigné, continue de fréquenter la tribu de Ferdinand Lot à présent retraité, mais soucieux de transmettre par la publication de plusieurs ouvrages. Elle maintient le fil qui existe entre Lancelot et Myrrha, au sujet de la littérature médiévale autour de la quête du Graal. Lancelot et Elaine, alternent le '' thé du dimanche après-midi à Fontenay aux roses'' avec celui à Meudon chez les Maritain. La maison du 53, rue Boucicaut à Fontenay est une copropriété. La famille est voisine de la famille Langevin qui vit au rez-de-chaussée. Militant très actif, Paul Langevin fait partie du Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes créé après le 6 février.

Myrrha Lot se plaît à promouvoir la spiritualité orientale auprès des catholiques. Elle valorise ce qu'elle appelle le mysticisme liturgique et vante la doctrine de la déification dans l'Église grecque, qu'elle rapproche de la doctrine occidentale médiévale de la contemplation.

- A l'origine, la nature de l'Homme est surnaturelle. Les Pères grecs propose de s'approcher au plus près de cet héritage perdu, non par la croix, mais par la contemplation : Amour et Connaissance vont de pair. L'Esprit Saint réside dans le ''nous'' de l'âme, il est l'agent de la résurrection.

Cette doctrine de la déification n'a pas été développée dans la tradition occidentale, seul Maître Eckhart, peut-être, comme lointain disciple de l'Aréopagite, s'y approche, et a vu ses thèses condamnées... Dans cette vision, l'homme est transfiguré par les énergies divines. La déification suppose une complète harmonie de liberté et de grâce qui consistait, d'après saint Maxime le Confesseur, fréquemment cité par Lot-Borodine, « deux ailes » qui nous portent vers l'union parfaite avec Dieu.

 

Lancelot et Elaine sont sensibles à l'approche orthodoxe d'une anthropologie qui insiste sur l'idée que l'homme est par nature, par création, l'image de Dieu ; alors que la théologie latine met en avant la chute ( vision morale) et voit la résurrection comme la réparation après l'offense ; tandis que dans la tradition grecque, la résurrection restaure la nature divine qui existe dans l'humain.

Elaine insiste, que pour être complet, il est nécessaire de comprendre que l'homme seul est incapable d'accomplir – par lui-même – sa déification ; c'est par la seule énergie divine – la Grâce – qu'elle s'accomplit...

Lancelot et Elaine assistent à la conférence de Jacques Maritain au Théâtre des Ambassadeurs, sur '' Les juifs parmi les Nations ''. Le philosophe n'était pas tranquille, les dominicains avaient tenté de le dissuader craignant que cela soit compris comme une apologie d'Israël... Des antisémites comme Henry Coston et Roger Lambelin ( celui-là même qui avait préfacé en 1920 les Protocoles des Sages de Sion), le menacent de s'opposer par la force, s'il le faut...

Deux pamphlets de Céline, ''Bagatelles pour un massacre'', et l’École des cadavres, sont parus. André Gide semble les prendre pour des canulars, « il empile “haut comme un sixième” des blagues pathétiques et sans importance ». Maritain s'indigne : « On ne peut pas aujourd’hui (et a t-on pu jamais le faire ?) parler de la question juive avec frivolité, ou en suivant complaisamment son humeur et ses ressentiments, ou avec l’euphorique truculence qu’un faiseur de bagatelles met à décrire ses asticots ».

L'essentiel du message de Maritain, tient en ceci : « les Juifs ne sont ni une race, ni une nation, ni un peuple », mais « un mystère » : le mystère d'Israël.

« Plus la question juive devient politiquement aiguë, plus il est nécessaire que la manière dont nous traitons de cette question soit proportionnée au drame divin qu’elle évoque ; il est incompréhensible que des écrivains catholiques parlent sur le même ton que Voltaire de la race juive et de l’Ancien Testament, d’Abraham et de Moïse. »

Bien sûr Maritain, évoque positivement les conversions au catholicisme, la sienne et celle de sa femme juive Raïssa qui dit elle-même de ce chemin : « Là où j’aurais craint de trouver lutte et opposition, je ne vis à ma grande joie qu’unité, continuité, harmonie parfaite.»

Maritain, reprend : « si on entend par “peuple” « une communauté historique caractérisée non pas, comme la nation, par le fait (ou le désir) de mener une vie politique, mais par le fait d’être nourris d’une même tradition spirituelle et morale et de répondre à une même vocation, [les Juifs] sont un peuple, et le peuple par excellence, le peuple de Dieu. […] Ils sont une “maison”, la maison d’Israël . »

Maritain analyse le problème spécifique de l'Allemagne. Un pays où le peuple allemand est engagé dans un drame historique ; mais pourquoi sa recherche vers lui-même s'effectue t-elle en marchant sur les juifs et les chrétiens ? Il évoque la solution sioniste, en parlant de pis-aller...

la sagesse politique dit-il, est « que la grande masse des populations juives doit de toute nécessité rester là où elle est ». Parce qu’il n’est pas concevable d’« expulser des millions d’hommes parce qu’il ne peut être envisagé de les « faire mourir de faim [ou de] les massacrer tous. » ( nous sommes en 1938).

« Nous disons que ce n’est pas en chassant les Juifs, mais en transformant les structures économiques et sociales qui sont la cause réelle de ces difficultés et de cette crise, qu’on pourra efficacement remédier à celle-ci »

L'Action Française - 5_juin_1936

Sur l'antisémitisme :

« l’antisémitisme détourne misérablement les hommes de l’effort réel qui leur est demandé. Il les détourne des causes réelles de leurs maux […] pour les précipiter contre d’autres hommes et contre une multitude innocente »

« L’antisémitisme est la peur, le mépris et la haine du peuple juif, et la volonté de le soumettre à des mesures de discrimination. Il y a bien des formes et des degrés d’antisémitisme. Sans parler des formes monstrueuses que nous avons à présent sous les yeux, il peut prendre la forme d’un certain orgueil et préjugé hautain, nationaliste ou aristocratique ; ou de simple désir de se débarrasser de concurrents gênants ; ou d’un tic de vanité mondaine ; voire d’une innocente manie. Aucune n’est innocente en réalité. En chacune un germe est caché, plus ou moins inerte ou actif, de cette maladie spirituelle qui aujourd’hui éclate à travers le monde en une phobie fabulatrice et homicide […] »

 

Maritain en revient au ''mystère d'Israël '' : qui serait de l'ordre de la vocation même d’Israël, « les Juifs […] seront toujours surnaturellement étrangers (id.) au monde » ; et renvoie à ce que Maritain appelle « la signification théologale de la dispersion d’Israël ».

« Il est là, lui qui n’est pas du monde, pour l’irriter, l’exaspérer, le mouvoir. Comme un corps étranger, comme un ferment activant introduit dans la masse, il ne laisse pas le monde en repos, il l’empêche de dormir, il lui apprend à être mécontent et inquiet tant qu’il n’a pas Dieu, il stimule le mouvement de l’histoire »

Pierre Teilhard de Chardin

Lancelot entend parler du Père Teilhard de Chardin, ce qui le renvoie treize années en arrière lors d'une causerie du prêtre sur la science qui l'avait marqué... Son désir de retrouver des personnes qui le connaissent, l'amène au N° 8 de la rue Léo-Delibes. Dans un ancien hôtel, s'est installée une sorte de communauté chrétienne, conduite par Marcel Légaut un professeur de mathématiques qui enseigne à la faculté de Rennes. Ils sont en plein travaux. Lancelot et Elaine sont invité à venir le dimanche. Ils suivent des causeries sur Nietzsche, et aussi à propos des “Réflexions d’un théologien sur les événements internationaux” du Père d’Ouince. Une autre fois, ils retrouvent Emmanuel Mounier qui présentent les groupes ''Esprit'' ; puis Marcel Légaut propose une méditation sur “Vous êtes le sel de la terre”. Enfin, le dimanche 18 décembre 1938, le Père Teilhard de Chardin est présent et parle de ses fouilles en Chine. Causerie illustrée de nombreuses projections. Elle se prolonge tard car le Père est accaparé par les camarades et leurs questions de tous ordres. Lancelot repart avec une précieuse version du ''Milieu divin''.

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1938 – André Gide

Publié le par Régis Vétillard

André Gide, par Gisèle Freund

Lancelot rencontre André Gide, qui lui propose de l'accompagner et déjeuner chez Lesur; ça ne se refuse pas !

Gide se plaint de l'abandon de la grammaire française : les speakers de la TSF propagent toutes sortes d'incorrections ; l'un n'a t-il pas dit : « en terminer avec.... » ! Il avoue que la raison d'être de l'artiste est d'être en désaccord avec son temps. Il s'était rendu à une répétition d'une pièce de Cocteau ; l'élégant public, avec ses sourires et ses courbettes, l'a fait fuir. Le lendemain, Gide lisait dans les journaux que, arrivé tard et n'ayant pu trouver de place, il s'en était retourné.

 

Gide commente cette expérience relatée par Hebbel : « Que peut faire de mieux le rat pris au piège ? - C'est de manger le lard. ». Un homme pourrait-il profiter tranquillement de l’appât ; s'il se savait pris dans un piège ?

Il a lu dans le Figaro un article de Abel Hermant, dont il pense beaucoup de bien ; et qui compare nos représentations du ''bourgeois'' … « J'appellerai bourgeois quiconque pense bassement », comme Flaubert. Le bourgeois n'admet que la littérature utilitaire : et il ne peut se servir d'une littérature qui ne sert qu'à s'élever...

 

Lancelot lui reproche de moins publier: « Si les autres écrivaient moins, j'aurais plus de plaisir à écrire ».... Un long silence, puis, Gide, lui dit que depuis la mort de Madeleine ( 17 avril 1938) ; il ne fait que semblant de vivre... « J'ai perdu ce témoin de ma vie qui m'engageait à ne point vivre ''négligemment''... Mais de même que je ne laissais pas son amour incliner dans son sens ma pensée, je ne dois pas à présent laisser peser sur ma pensée, le souvenir de cet amour. » Le dernier acte de la comédie, il doit ''le jouer solitaire'' ; il se sent vieux, et dit n'avoir plus d'autre espoir que d'en sortir... !

Gide lit ''Temps Présent'' ; dans le dernier numéro ; il y avait un article de Stanislas Fumet sur la crucifixion du Seigneur, qu'il nomme le « plus grand forfait de l'histoire »... Mais, se demande Gide : que se serait-il passé si le crime avait été évité... ! Comment nous aurait-il sauvé ? Peux t-on appeler ''forfait'' le geste de ceux qui ont permis la rédemption... ? !

 

Lancelot interroge Gide sur ''Munich'' : il lui semble que la raison emporte une victoire sur la force. - Et la justice, le bon droit ? - En effet, son ami hollandais Jef Last, pense qu'il ne s'agit que d'une défaite honteuse, et qu'il n'en résultera que de nouvelles revendications de Hitler... Gide doute que l'Allemagne eut cédé.

 

Gide conforte Lancelot dans son attachement à l'Eglise ; il pense que les événements récents lui permettent de s'exprimer en vérité ; grâce en effet à Maritain, Marcel, Mauriac, Berdiaeff, l'espagnol Bergamin... Lancelot ne connaît pas ce dernier ; alors Gide lui conseille en urgence de lire le discours d'Unamuno ( le philosophe espagnol) du 12 octobre 1936 : « A l'instant, je viens d'entendre un cri mortifère et insensé : "Vive la mort !" Et, moi qui ai passé ma vie à forger des paradoxes, je peux vous dire avec l'autorité d'un expert que ce paradoxe incongru me répugne.» etc … C'est Bergamin qui lui a fait connaître...

Valery et Jeanne L.

 

Subitement, Gide interroge Lancelot sur la jeune fille qui l'accompagnait, alors qu'ils venaient l'interviewer - villa Montmorency – c'était en … 1921. - N'était-ce pas Jeanne L. - Oui... - Et bien savez-vous que Valéry s'en est entiché ? Cette dame du Tout-Paris, aujourd'hui, se pressait avec d'autres à ses cours du Collège de France. Je m'inquiète pour lui ; n'a t-il pas soixante-sept ans ? Et elle … ? - Trente-cinq ans. - Je crois que Giraudoux... - Ah ! Je savais pour Bertrand de Jouvenel...

Gide reprend:- J'adore être reçu chez les Valéry, c'est toujours exquis et charmant. « Je suis à l'aise avec Paul, et son extraordinaire intelligence, depuis que je sais limiter les dégâts de sa conversation. »

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1938 - 1939 ...

Publié le par Régis Vétillard

1938 - 1939 ...
1938 - 1939 ...
Avec une année d'avance pour 1940.... Espoirs....

Avec une année d'avance pour 1940.... Espoirs....

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Accords de Munich - 30 Sept 1938 - Presse

Publié le par Régis Vétillard

''L'Action_Française'' Dim 25 sept 1938

''L'Action_Française'' Dim 25 sept 1938

'' Le_Populaire ( SFIO)  25 sept 1938

'' Le_Populaire ( SFIO) 25 sept 1938

Le_Petit_Parisien  Dim 25 sept 1938

Le_Petit_Parisien Dim 25 sept 1938

Le_Petit_Parisien - Lundi 26 septembre 1938

Le_Petit_Parisien - Lundi 26 septembre 1938

Le_Populaire ( SFIO) - 27 sept 1938

Le_Populaire ( SFIO) - 27 sept 1938

La Une - L'Action Française - mardi 27 septembre 1938

La Une - L'Action Française - mardi 27 septembre 1938

L'Action_française - 28 sept 1938

L'Action_française - 28 sept 1938

Le_Petit_Parisien - 28 sept 1938

Le_Petit_Parisien - 28 sept 1938

L'Action_Française - 29 sept 1938

L'Action_Française - 29 sept 1938

Le_Populaire - Jeudi 29 sept 1938

Le_Populaire - Jeudi 29 sept 1938

La Une - Le Petit Parisien - Vendredi 30 septembre 1938

La Une - Le Petit Parisien - Vendredi 30 septembre 1938

La Une - Le Petit Parisien - Samedi 1er Octobre 1938

La Une - Le Petit Parisien - Samedi 1er Octobre 1938

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Septembre 1938 – Accords de Munich

Publié le par Régis Vétillard

Jean Luchaire, qui fréquente toujours les bureaux ministériels, lors des ministères Chautemps, sous des visites cordiales, s'ouvre à l'un ou l'autre dont Lancelot sur ses critiques du Front Populaire et en particulier envers la politique sociale démagogique communiste. Il veut soutenir les politiques d'apaisement, dit-il de Chautemps, Bonnet et Paul-Boncour.

Le directeur de Notre Temps, sent la guerre se rapprocher, mais - dit-il - on peut l'éviter si on s'arrange avec l'Allemagne et si la France prend de l'assurance ( forte de son Empire) : la France doit reprendre le travail !

Daladier et Georges Bonnet au quai d'Orsay, lui redonnent confiance... Leur voyage à Londres et la volonté britannique de ne pas garantir l'indépendance de la république tchèque conforte Luchaire.

 

Nos services de renseignement, s'accordent avec Bonnet, pour demander à Luchaire de rester en contact avec Abetz ( qui a épousé la secrétaire de Luchaire en 1932) , afin de connaître l'état d'esprit de Ribbentrop et d'Hitler...

« Dans les huit jours qui précédèrent la conférence du même nom [Munich], Abetz vint à Paris et reprit avec moi les contacts interrompus depuis si longtemps. A ses yeux, comme aux miens, il fallait éviter le conflit menaçant ; je fis de mon mieux pour ma part auprès de mes amis politiques, notamment auprès de Georges Bonnet, Ministre des Affaires étrangères, Eugène Frot, Gaston Bergery, Anatole de Monzie et Pierre-Etienne Flandin. Ces efforts ne furent pas vains, comme on put le constater la semaine suivante ( Interrogatoire Luchaire, Nice, 02/07/1945, p.16.). »

Jean Luchaire

 

Luchaire pense que huit français sur dix, refusent la guerre, par ''mauvaise conscience'' envers l'Allemagne, victime de Versailles ; nous ne pouvons plus tenir cette politique internationale tendue depuis vingt ans.

 

Les opinions politiques britanniques se satisfaisaient que la France empêtrée dans un socialisme ( finalement moins dangereux qu'elles craignaient...) ne pouvait plus espérer dominer l'Europe ( même du haut de ses colonies..) ; mais elle reste belliciste, aussi pensent-ils, pourquoi ne pas laisser les Français, ou encore mieux les Russes, livrer bataille en Europe...

Les français pensent que la Grande-Bretagne - à l'abri derrière la Manche - nous laisse le risque de la sécurité en Europe; cependant elle reste notre principal allié, et il n'est pas judicieux de s'en détacher. Quant à l'Urss, si elle n'est pas avec nous, elle sera contre nous, mais Daladier craint d'alarmer l’Allemagne, face à ce qu'elle appellerait une tentative d'encerclement...

 

Chamberlain rejette l'idée de ''grande alliance de Churchill '' et la proposition soviétique d'une conférence internationale. Chamberlain semble disposer à négocier avec Hitler, mais refuse une alliance avec Staline.

 

Après l'annexion de l'Autriche, Hilter s'est tournée du côté de la Tchécoslovaquie avec le rattachement des sudètes au Reich. Or la France a signé en octobre 1925 à Locarno un pacte d'assistance avec la Tchécoslovaquie et la Pologne contre une éventuelle agression allemande. L’Angleterre décide de négocier, mais Hitler élève ses exigences ( encore plus, et plus vite … !)

Le 24, la France décide une mobilisation partielle.

Sur la ligne Maginot, les troupes françaises sont en état d'alerte.

André Weil, comme diplômé de l'École normale, est versé dans le cadre des officiers de réserve. En septembre 1938, il voit se préciser des risques de guerre... Il n'est pas prêt à mourir pour un conflit absurde, selon lui. Il écrit « ...je me sens aussi loin des pacifistes inconditionnels que des patriotes intransigeants, s'il en reste, ou bien des gauchistes fanatiques ».

Il part en pays neutre, la Suisse, puis envisage d'émigrer aux États-Unis. Il invoque un prétexte quelconque ; il y restera deux jours...

 

La Guerre est là ! La France doit répondre à ses engagements

Mussolini propose une conférence...

** 29 - 30 septembre 1938: accords de Munich. ( sans la Tchécoslovaquie, sans l'Urss …)

Daladier acclamé - 30sept 1938 - Retour de Munich

Les quatre puissances décident de la cession immédiate des Sudètes à l'Allemagne. La Tchécoslovaquie n'a pas participé aux négociations. Hitler proclame la fin de ses revendications européennes...

Daladier et Chamberlain sont, chacun, accueillis triomphalement. La Paix est saluée : Léon Blum, dans Le Populaire du 1er octobre : « Il n'y a pas un homme et pas une femme en France pour refuser à Chamberlain et à Daladier leur juste tribut de gratitude. La guerre est écartée. Le fléau s'éloigne. On peut reprendre son travail et retrouver son sommeil. On peut jouir de la beauté d'un soleil d'automne. Comment ne comprendrais-je pas ce sentiment de délivrance puisque je l'éprouve ? »

La chambre des députés ratifie l'accord : ont voté contre les 73 députés communistes, un socialiste Jean Bouhey, et un député de droite Henri de Kérilis.

Emmanuel Berl affiche sa satisfaction que l'on ait évité la guerre de justesse. Quelques-uns de des amis de la NRF, le condamnent. Au nom de l'ant-fascisme, la polémique s'écrit entre ''Les Pavés de Paris'' ( de Berl) et, Julien Benda et Schlumberger de la NRF.

Gide et Benda, congrès des écrivains, 1935

Berl veut vaincre Hitler par la paix, et non par la guerre,

Berl ajoute que sa revue (les ''Pavés de Paris'') a été fondée pour démasquer et pour déjouer le complot ourdi contre la paix par les agents directs, ou indirects, ou avoués, ou secrets du Komintern.

 

Daladier entretient une confusion volontaire entre ''réfugié'' ( tchèques, allemands, autrichiens ou espagnols) et agents communistes. Loi du 12 novembre 1938 pour « le contrôle absolu à l'accès sur notre territoire » prévoit un internement administratif des « indésirables étrangers »/

Berl soutient cette politique, que les réfugiés soient juifs ou non.

Au moment de Munich, après une hésitation due à ses convictions pacifistes qui le rangent d'abord du côté munichois, Mounier ne tarde pas à rejoindre le camp des anti-munichois. Fabrègues, en revanche, reste hostile à tout conflit menaçant la civilisation occidentale et se montre délibérément favorable à Munich.

Emmanuel Mounier réagit et parle de « la félonie Daladier-Chamberlain ».

Fabrègues qui avait préparé sa valise en cas de mobilisation est rassuré, au contraire : «  s’il n’y a pas de trop gros incidents guerriers en Tchéco-Slovaquie et si le parti juif de la guerre qui se démène en France ne parvient pas à nous affoler, si. (comme il est actuellement certain) l’Angleterre est décidée à maintenir la paix et la France décidée à modeler son attitude sur celle de l’Angleterre, il ne doit pas y avoir de guerre européenne. » Et cela, même s'il considère avec Maulnier que l'empire français, l’empire britannique, et un jour ou l'autre la puissance industrielle des Etats-Unis, font que nous avons « dix fois plus d’atouts que l’adversaire encore aujourd’hui ». Mais la guerre moderne serait trop destructrice, et mettrait en péril la civilisation..

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1938 – Fabrègues – Mounier - Berdiaeff

Publié le par Régis Vétillard

En ces années les intellectuels excellent à se retrouver autour de revues, ainsi Jean de Fabrègues participent à six ou sept revues, qu'il anime également. Les équipes peuvent varier et constituent ce que l'on appelait la '' Jeune Droite '', et qui s'est écartée de l'Action Française.

'' Combat '' se voulait antiparlementariste, voire antidémocratique, mais pas fasciste...

'' Civilisation '' se veut présenter une exigence intellectuelle et spirituelle ; s'y expriment l'existentialiste Karl Jaspers, le philosophe-paysan Gustave Thibon, Etienne Gilson (qui fut le professeur de philosophie thomiste de Fabrègues en Sorbonne)

 

La question de l'antisémitisme divise les catholiques; elle se situe plus au niveau politique que racial, avec la peur d'une ''mainmise juive'' sur le pays... Le caractère raciste de Céline choque Lancelot et beaucoup de catholiques... ''Combat'' également prend ses distances ; Brasillach, quitte Combat pour ''Je suis partout'' où il rejoint Lucien Rebatet auquel s'opposent Fabrègues et René Vincent.

Fabrègues et Gabriel Marcel décide de créer ''Civilisation'' pour hausser le débat à un niveau philosophique ; en opposition à '' L'insurgé '' de Thierry Maulnier qui a un discours favorable aux mouvements fascisants...

« Anarchie et désordre de notre pauvre France usée de libéralisme et d'individualisme. Utilitarisme anglo-saxon et américanisme. Totalitarisme de la classe [communisme] et de la race [hitlérisme] ou de l'Etat [fascisme]. De tous côtés un flot de barbarie déferle aujourd'hui sur le monde et menace d'engloutir notre civilisation. » Jean Daujat, qui tient une chronique dans Civilisation.

''Combat'' et ''Civilisation'' paraissent jusqu'à l'été 1939.

 

Fabrègues multiplie les conférences, les réunions privées pour concilier profession, vie sociale et réflexion sur la civilisation; par exemple, le 11 janvier 1938 sur '' le sens moral et social de la civilisation française '', ou sur le '' rôle social de l'ingénieur, et du scientifique '' …

Lancelot qui a beaucoup fréquenté ces personnes, reste - avec l'influence d'Elaine, peut-être aussi - proche de Maritain et de ses positions sur l'invasion de l'Ethiopie en 1935 ou la guerre d'Espagne en 1936... Lancelot apprécie de plus en plus la ligne d'Esprit d'Emmanuel Mounier, il l'a soutenu quand il a condamné l'évolution de la IIIe Force d'Izard, puis la rupture avec l'Ordre Nouveau ( la revue disparaît en 1938) ; même si on gardait le contact avec Denis de Rougemont.

Maritain défend les positions d'Esprit et l'action de Mounier face à l’archevêché et au Vatican ( 1937)... Mounier, avec Maritain, insistent sur le fait que la référence d'Esprit à l'idée de "révolution spirituelle" n'implique pas « une sympathie systématique pour tout ce qui est révolutionnaire », ajoutant : « La révolution n'est pas pour nous la valeur première (...) Nous sommes du parti de l'esprit avant d'être du parti de la révolution ».

 

Lancelot, balance ainsi, entre Fabrègues et Mounier ; l'un prenant systématiquement le contre-pied de l'autre, le premier adoptant les positions des partis de droite, le second des partis de gauche.

 

Myrrha Borodine-Lot, née juive par sa mère, s’intéresse à toutes les religions, et en particulier le lien entre judaïsme et christianisme, et n'en ''pratique'' aucune. Elle reçoit chez elle Nicolas Berdiaeff et Vladimir Lossky ; fréquente le cercle Maritain. Elle et son mari, Ferdinand Lot, forment un couple franco-russe de médiévistes. Ils ont trois filles Irène, Marianne et Eveline.

Irène Lot, épouse de Boris Vilde

Marianne (1913) s'est faite baptiser à vingt ans, elle épouse en 1936 Jean-Berthold Mahn historien comme elle. Eveline (1918) étudie à  l'École des Langues Orientales et se passionne pour les langues orientales et russes.

Irène, s'est mariée en 1934, avec Boris Vildé russe et nationalisé français, linguiste et ethnologue au Musée de l'Homme. Boris Vildé, comme ethnologue, en 1938 part en Finlande, en mission, pour le Musée de l'homme, à Helsinki ; puis en Estonie retour janvier 1939.

Irène a traduit du russe, en particulier un ouvrage qui a beaucoup frappé Elaine : "Nicolas Berdiaeff. Cinq méditations sur l'existence" (1936). Ce livre fut le prétexte de leur amitié, et au fur et à mesure de l'évolution de la maladie d'Elaine, Irène la visite et l'accompagne dans sa réflexion religieuse.

 

Banni d'URSS, Nicolas Berdiaeff (1874-1948) est le maître à penser de beaucoup, personnaliste humaniste, il promeut la personne contre la tyrannie du collectif, et contre l'égoïsme de l'individu.

Je note ci-dessous les thèmes qu'elles ont approfondi à partir de la pensée de Berdiaeff :

La solitude est de l'ordre de la nostalgie de communion ; c'est aussi un phénomène social : la solitude en société, c'est la solitude par excellence.

Le chemin à travers la solitude nous permet de découvrir que le monde objectif est insuffisant. Notre ''étant'' est projeté dans la socialisation, l'économique, le technique ; nous expérimentons les fausses promesses du paradis ou de l'enfer, de l'ordre ou du désordre ... Berdiaeff nous dit que ce chemin nous projette dans le non-moi : dans le monde des objets, dans le monde objectivé.

Sortir de soi pour rencontrer le non-moi, le monde objectif, ne permet pas de dépasser la solitude... Le monde objectivé ment : il n'est qu'un royaume qui n'offre que des chimères qui font croire qu'elles sont le tout du bonheur et de la vie.

La solitude est un stade nécessaire de la découverte de l’insuffisance du monde objectif.

Nicolas Berdiaeff

 

Berdiaeff utilise ces deux notions de Subjectif et Objectif. Il nous présente deux forces qui entrent en opposition, une force de nécessité qui rend objet, et une force de libération qui part du sujet.

La subjectivité comme intériorité comme unité capable de pensée et d’action à laquelle est attribuée un rapport à soi spécifique.

L’objectivation est le processus par lequel l’expression subjective libre devient objet, et par lequel aussi les actes les plus révolutionnaires sont récupérés par le monde extérieur et sont transformés en “faits” - objets du regard et du temps, de l’histoire.

L’objectivation est du côté de ce qui est mort, de ce qui est figé, par opposition à la spontanéité personnelle. Or il faut bien voir que l’objectivation n’est pas tant un état de fait achevé qu’un processus tendant à figer les êtres, c’est une force de nécessité, presque une force d’inertie, qui nivelle les excès et les percées de la spontanéité créatrice.

 

La connaissance, peut être personnelle ou objective ; connaître une personne est bien au-delà de ses particularités physiques ou biographiques... On ne connaît pas à l'aide de concepts : tout ce qui est rationnel, logique est étranger à une connaissance personnelle, subjective.

Et, précisément, c'est alors que le ''moi'' ( égocentrique, égoïste) devient une personne, c'est en communiant avec l'autre.

L'activité du ''moi'' doit se transcender elle-même, par l'intuition du ''toi'' et trouver la communion ; ça ne peut pas être dans le cadre des institutions sociales...

Sortir du temps, qui n'est qu'un produit de l'objectivation, pour trouver l'éternité. La mort n'est qu'un moment de ce destin, qui met fin à notre objectivité..

 

Le philosophe se résigne à mener une existence tragique ; il ne peut être qu'en conflit avec les formes socialisées de l'être, qu'elles soient sociétés religieuses ou scientifiques, parce qu'elles objectivent.

Il faut en revenir au sujet lui-même, dans son existence concrète, là où il atteint l'être et l'existence.

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1938 - Noël - La SFIO

Publié le par Régis Vétillard

fabrication de Bûches de Noël 1938

fabrication de Bûches de Noël 1938

24-25 décembre : congrès national extraordinaire du Parti socialiste SFIO à Montrouge sur la question de la Paix et de la guerre

 

Après avoir été pacifistes, et suite à la crise de Munich, à l’automne 1938. Les socialistes se divisent en deux grands courants:

L’un, le courant « pacifiste » proprement dit, rassemble sous la conduite du secrétaire général Paul Faure et du secrétaire adjoint Jean-Baptiste Séverac les militants désireux d’explorer jusqu’au bout toutes les possibilités de paix. L’autre regroupe, derrière Léon Blum, directeur du Populaire et président du Groupe parlementaire, les partisans d’une politique de « fermeté » ou de « résistance ». Les deux courants s’affrontent au Congrès national extraordinaire de Montrouge, en décembre 1938. Blum l’emporte et impose l’adoption d’une ligne de fermeté.

Vincent Auriol, Léon Blum, Paul Faure et Jean-Baptiste Séverac en 1936.
En 1938 sur une publicité des Galeries Lafayette, sponsor de la Minute du Père Noël, sur Radio-Cité

 

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1938 – Bourbaki - Weil et Cavaillès

Publié le par Régis Vétillard

Septembre 1938. Malgré sa fatigue, Elaine accepte de suivre Lancelot sur les routes de France pour rejoindre une localité de deux mille habitants - Dieulefit - qui se dit '' terre protestante, et bastion républicain''. Et, c'est pour visiter Simone Weil qui a accompagné son frère André à un congrès de la ''société secrète '' Bourbaki... Même si... Ils sont prévenus ! « les femmes et les visiteurs, sont susceptibles d'être parqués avec les animaux de la ferme comme figurants... », dixit André !

Bourbaki en sept. 1938, à Dieulefit.

 

Je rappelle, que le 10 décembre 1934 ( combien de ''10 décembre'' mémorables! ...), à Paris, au Café Capoulade, six jeunes mathématiciens – insatisfaits des manuels scolaires - ont voulu refonder la mathématique ( dans son unité et sa cohérence). Ils décident de rédiger en commun un traité d'analyse - intitulé '' les Éléments de mathématique'' - aussi moderne que possible, destiné à apporter une perspective nouvelle dans l'enseignement de cette branche. Leur approche ne se contente en effet pas de bâtir sur les acquis mais propose plutôt de tout revoir depuis le début. Le traité prend la mathématique à leur début et donne des démonstrations complètes, rigoureuses, indiscutables... .

La société est ''secrète'' parce que chaque membre est coopté, et doit sacrifier avec abnégation son individualité à un pseudo : ''Nicolas Bourbaki'' ; décrit par André, aux curieux, comme un auteur reclus passant ses jours à jouer aux cartes dans la banlieue parisienne de Clichy...

Lancelot pour oser visiter cette assemblée, a la chance de pouvoir se référer à des personnages respectés comme Painlevé, même si la ''théorie des fonctions de papa'' semble bien désuète ; ou s'associer à quelques commentaires au sujet de Emmy Noether, qu'avec Elaine ils avaient rencontré à Göttingen en 1931, et connue de plusieurs personnes ici.

Lancelot et Elaine, ont ainsi la chance de rencontrer de grands mathématiciens comme André Weil, Henri Cartan, Jean Delsarte, Jean Dieudonné ...

Intéressant, également, de savoir que nous sommes dans les locaux de l’école de Beauvallon créée par Marguerite Soubeyran dieulefitoise, en 1929.

Passée par une école d’infirmière à Paris, puis par l’institut Jean-Jacques-Rousseau de Genève, cette communiste, liée aux intellectuels et au milieu médical, fait venir à elle toutes les bonnes volontés ; pour créer la première ''école nouvelle'' ( pédagogie active) et mixte en France. L'anecdote dit : « Quand Marguerite rencontre sur un quai de gare Simone Monnier, en 1936, qui sera le troisième pilier de l’école de Beauvallon, celle-ci, dont le père est pasteur, lui avoue son amour des lettres : « eh bien, vous ferez une excellente prof de maths », lui répond Marguerite.

Des républicains espagnols - une vingtaine de femmes et leurs enfants - sont accueillis à Dieulefit par la municipalité.

Le climat favorable de la région semble redonner à Elaine quelques forces ; elle prend beaucoup de plaisir à découvrir les villages environnants comme Le Poët-Laval, ou l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Comps, isolée sur un promontoire, cet ancien prieuré est édifié selon un plan en croix grecque. Certains disaient même le plan rapporté d'Orient... Lancelot a beaucoup aimé cet endroit ; et ils ont longuement évoqué la vie du chevalier limousin Roger de Laron...

Si pendant la journée, Bourbaki fait des mathématiques, pendant les repas, Simone Weil, Elaine et Lancelot maintiennent le niveau en parlant philosophie.

Bien-sûr le lien est fait par les mathématiques, et par Jean Cavaillès, absent mais dont la pensée est explicitée par Simone. Pensée difficile qui – en toute humilité – ne peut être que survolée.

Jean Cavaillès

Cavaillès est spinoziste en particulier attaché à l'idée de ''nécessité'', et ''nécessaires'' sont aussi les enchaînements mathématiques. On peut prendre ''la'' mathématique comme le modèle par excellence de l'activité de la raison.

André Weil fait alors un laïus sur les activités mathématiques développées à Göttingen, notamment par Hilbert, et Emmy Noether qui ouvrent sur un nouveau monde, et rencontrent aussi les réflexions de Husserl ( la phénoménologie).

Précisément, Simone continue sur la notion de structure qui préside à l'organisation du savoir.

Cavaillès, dit-elle, fait l'hypothèse que la science est un objet sui generis, originale dans son essence. Les mathématiques sont un moyen pour savoir ce que veut dire penser, connaître.

Comme en science, philosopher serait plus une affaire de concepts, qu'un épanchement des états d’âme de l’intellect.

La nécessité caractérise la science. La démonstration est une nécessité produite, et au cœur de cet acte produit ( la démonstration) il y a la conscience.

Cette nécessité, remarque Simone Weil, elle la reconnaît dans le travail manuel. Plus généralement, « Dieu a confié tous les phénomènes sans exception aux mécanismes du monde ». On pourrait dire encore que le monde est régi par deux forces qui s’opposent : la pesanteur et la grâce.

Un dualisme, encore signifié par la force et le malheur : la force cause le malheur, mais sans force, comment sortir du malheur ? Ou, la nécessité intérieure opposée à la nécessité extérieure (force).

Lancelot ose rebondir pour exprimer ce qu'il en comprend : - Quand je comprends vraiment... il y a du divin.

André Weil ajoute : Parce qu'en Dieu tout est rigueur et nécessité.

Simone Weil continue : On en revient à Spinoza : « chacun fait ce qui suit de la nécessité de sa nature » (Éthique, IV, 37). Ma liberté - ce n'est pas de nier la nécessité - mais de la comprendre !

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