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Le Monde d'hier, avant la guerre. 2

Publié le par Perceval

A côté des voyages dans lesquels Anne-Laure de Sallembier est entraînée, elle partage son temps, comme la plupart des ''mondains'' de la Belle Epoque, entre une villégiature sur la côte normande, l'hiver sur les terres familiales de Fléchigné ; et Paris, avenue Victor-Hugo, quand la saison des théâtres commence...

A Paris, à côté des cérémonies officielles, incontournables, qui ont une nécessité politique ou diplomatique; la plupart des sorties se font ''dans le monde''; elles se pratiquent à diverses heures: matinée, déjeuner, thé, goûter, dîner et soirée.

Je note assez régulièrement, en ces années 1910, 1911: le vendredi chez madame de Béhagues, le samedi chez les Finaly et le dimanche chez Mme Bulteau.

Les élites se doivent de fréquenter les meilleurs artistes. Les salons musicaux, sont nombreux, et Jules Massenet et Camille Saint-Saëns sont très demandés... Anne-laure se souvient d'une soirée musicale très brillante chez le Docteur et Mme Léon Bizard en l’honneur de Paul Vidal, l’éminent chef de musique, qui a dirigé lui-même la maîtresse de maison au piano...

La marquise de Ganay - Avec sa sœur la comtesse de Béarn (à gauche)

Chacun a à coeur de défendre les valeurs françaises de l'élégance, du raffinement et du bon goût, cela fait partie de '' l'esprit de société''. Une grande soirée se donne avec un mot d'ordre, du genre: "les dames en toilette blanche et argent.".

Le Bal mondain est un grand moment de luxe et de goût... Il est costumé ou en habit. Parmi les plus célèbres, on distingue ceux de Boniface de Castellane et de Robert de Montesquiou. Les chroniqueurs rapportent qu'il peut y avoir jusqu’à deux à trois milles personnes présentes.

Matinée de Juin au Bois

 

Comme je l'ai déjà signalé, Anne-Laure de Sallembier est proche du cercle littéraire du ''Mercure de France'', et - lors de ces années insoucieuses d'avant-guerre - rencontre assez souvent des écrivains connus comme Léon Daudet, Henri de Régnier et Marie son épouse, René de Boylesve, Albert Thibaudet, et beaucoup d'autres intellectuels; en particulier chez Jeanne Mühlfeld (1875-1953), veuve de l'ancien secrétaire de la Revue Blanche, qui reçoit chaque jour à l'heure du thé, au 12, rue Galilée à Paris.

Jeanne est handicapée au niveau des hanches et reçoit le plus souvent étendue sur des fourrures; cette particularité, qui ne gâche pas son joli visage, la fait surnommée la belle sirène, ou la belle otarie....

Régnier y soigne ses apparitions : « Il entre et à peine annoncé, il s'arrête sur le pas de la porte, chevalier à la longue figure, le temps qu'on le dévisage, lui et son crâne dégarni, son grand faux col, sa moustache tombante, l’œil à demi-clos derrière son monocle, le temps aussi qu'il toise tout un chacun l'un après l'autre. »

Madame Bulteau

Anne-Laure retrouve les mêmes personnes au 149 de l’avenue de Wagram, chez Augustine Bulteau (1860-1922) dans un salon peut-être un peu plus eclectique. Augustine vient d'une famille fort aisée de fabricants de tissus imprimés de Roubaix, elle epouse en 1880 le romancier Jules Ricard, divorce en 1896... Elle écrit ( sous les pseudonymes de Jacques Vontade, ou de Foemina ) et peint fort bien... Son salon, au début du siècle s'impose dans Paris, on peut y rencontrer: Léon Daudet, Salomon Reinach, Abel Hermant, Jacques-Emile Blanche, Forain, Marie Régnier, André Chaumeix, Anna de Noailles et sa sœur, le princesse Hélène de Caraman-Chimay, et bien d'autres encore... On dit qu'elle a le don de recevoir les confidences de ses visiteurs qu'elle reçoit indiviudelelemnt dans son atelier, ou son boudoir... On la surnomme '' l'abbesse'' ...

Elle achète avec son amie la comtesse et romancière Isabelle de La Baume-Pluvinel, le palais Dario, à Venise. Elle reçoit Marie et Henri de Régnier dans ce palais que peindra Claude Monet en 1908.

Journaliste au Figaro et au Gaulois, elle laisse de nombreuses chroniques. Elle a écrit une dizaine de romans populaires, sous le pseudonyme de Fœmina dont un essai à succès: "L’Ame des Anglais" paru en 1910.

Augustine Bulteau connaît bien l'Angleterre, qui est sa seconde patrie... Elle entretient longuement Anne-Laure et son compagnon JB, sur ses universités prestigieuses; et leur fournit des contacts essentiels sur les questions qui les intéressent...

 

Enfin, je remarque dans ma documentation un carton du Comte de Primoli - bien aimé de toute la société parisienne - qui transmet une invitation: « Mme de Béarn me demande si vous seriez disposés l'un et l'autre à venir dîner seuls avec moi chez elle avenue Bosquet vendredi à 8 heures ? Veuillez me répondre Oui pour le ménage »

Ses amis l'appellent de préférence par son nom de jeune-fille : Mme de Béhague...

Henri de Régnier qu'elle a pris sous son égide, se souvient de « ses yeux clairvoyants. J'en connais peu de plus sensibles à la beauté, c'est pourquoi Martine est digne d'habiter un des plus beaux palais de notre ville ».

 

 

Hotel-de-Behague

Ambassade-de-Roumanie

 

Le « palais » de Madame de Béhague, est situé au 123 de la rue St-Dominique, il prend sa forme définitive entre 1895 et 1904, après les remaniements de l'architecte William Destailleurs pour y aménager, outre la salle de bal et la salle à manger, le grand escalier central en marbre polychrome, copie de celui de la Reine à Versailles. Le décor de la Salle du Chevalier, est un chef-d'œuvre de Jean Dampt, aujourd'hui au Musée d'Orsay.

La Salle de Concert, conçue en 1898 par l’architecte Gustave-Adolphe Gerhardt dans le style byzantin, est le plus grand théâtre privé de Paris et bénéficie d’une décoration d’une richesse exceptionnelle. « Un beau lieu dont on ne sait s’il est théâtre ou église », se demandera Robert de Montesquiou.

Martine de Béhague (1869-1939)

Martine de Béhague (1870-1939) - héritière, en 1893, d'une colossale fortune liée aux chemins de fer - est la sœur de Berthe de Béhague (future marquise de Ganay). Elle épouse le comte de Béarn, et se séparent bien vite, mais ne divorcent qu'en 1920... Elle voyage beaucoup, en particulier sur son yacht, et devient une réputée collectionneuse de beaux objets, rares et précieux, en particulier extrême-orientaux... Elle achète, dit-on, un objet par jour et ses tableaux et ses œuvres d'art en général sont d'une remarquable qualité.

Elle peut recevoir coiffée d’une perruque verte et étendue sur un sofa recouvert de peaux de bête… Elle reçoit beaucoup et ses visiteurs sont de tous horizons du monde des arts : peintres, sculpteurs, musiciens, écrivains dont Verlaine… Dans son hôtel, on donne Wagner, Carmen de Bizet, Fauré dirige son Requiem… Martine de Béhague fréquente le festival de Bayreuth depuis 1892.

Egérie de l’écrivain Paul Valéry, elle en fera son bibliothécaire.

Le 25 juin le couple Régnier dîne chez Mme de Béhague, et Régnier évoque longuement la soirée, ému par l'élégance du lieu : « le demi-jour, la beauté du linge, la finesse des objets, les fleurs, le service silencieux des hauts laquais, en ce décor champêtre. La nuit tombée, on apporte les lampes et il y eut des reflets sur les argenteries, les fruits, les vins. ». «  Conversation lente et oisive... »

Mme de Béhagues connaît bien Edith Wharton, qu'elle rencontre fréquemment dans la maison d'affaires de Mme Langweil, où l'on découvre des pièces de premier ordre qui arrivent directement de Chine...

Henri de Régnier

Martine de Béhagues, présente à Régnier, Edith Wharton et Henry James... Ensuite, Régnier rencontrera régulièrement E. Wharton, et aussi chez elle à partir de 1903.

Nous l'avons déjà vu; l'époque est à la découverte des plaisirs nouveaux du tourisme automobile, notamment en Provence et en Italie.. Le ''club des longues moustaches'' - Henri de Régnier, Edmond Jaloux ou Jean-Louis Vaudoyer, se retrouvent avec plaisir à Venise... Jean-Louis Vaudoyer, est le beau-frère de Daniel Halévy, et le disciple et ami d’Henri de Régnier.

Depuis 1906, J-L Vaudoyer est l'amant de Marie Régnier..

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Le Monde d'hier, avant la guerre. 1

Publié le par Perceval

Je commence ces articles, par quelques faits qui peuvent paraître disparates, sans lien … Vous devriez reconnaître ensuite que les choses s'ordonnent...

Fin janvier 1910, la plus grande crue de la Seine jamais vue à Paris, provoque une inondation unique et d’importants dégâts...

Et ce même mois, le journal ''Le Parisien'' annonce le jour prévu du passage d'une comète, la ''date fatale'' qui pourrait annoncer la fin du monde... ! En cas de collision avec la terre « La combinaison de l’oxygène de l’atmosphère, terrestre, avec l’hydrogène de la queue de la comète aurait pour effet de nous étouffer en quelques instants. » En avril, ''Le Matin'' rassure « La Comète approche ! Mais elle fera moins de mal qu’un petit verre de kirsch »

Et, le jour attendu - ce 18 mai 1910 vers 4 heures – la comète passe, mais elle est invisible... !

 

La "retraite des morts" nous n'en voulons pas ! - 1910 - La première loi sur la Retraite des travailleurs dont la CGT ne veut pas … Pourquoi ?: - A 65ans les travailleurs seront morts... ! On leur demande un versement qui correspond à un nouvel impôt... L'état va capitaliser ces versements... et tout cela - pour des pensions de misère... ! Le mouvement socialiste, lui, est divisé, un certain...Jean Jaurès prenant position pour la loi.

 

Le 26 août, après avoir parcouru l'Europe, William James, guetté par la maladie, à peine rentré près des siens dans le New Hampshire, est mort. Son influence, comme celle de Bergson après la guerre, va diminuer...

Lady Ottoline Morrell v. 1912

L'année 1910 est en Angleterre, l'année du groupe de Bloomsbury: il réunit un certain nombre d'artistes, universitaires et intellectuels britanniques majoritairement diplômés de l’Université de Cambridge et installés à Londres, liés par des liens d’amitié depuis les premières années du xxe...

A l'origine le groupe se composait des romanciers et essayistes Virginia Woolf, E. M. Forster et Mary (Molly) MacCarthy, du biographe et essayiste Lytton Strachey, de l'économiste John Maynard Keynes, des peintres Duncan Grant, Vanessa Bell et Roger Fry, et des critiques littéraires, artistiques et politiques, Desmond MacCarthy, Clive Bell et Leonard Woolf.

Parmi les proches du groupe, se trouvent Bertrand Russell (1872-1970), Ludwig Wittgenstein, George Orwell, Aldous Huxley, T. S. Eliot, (...), la femme de lettres Dorothy Bussy (sœur de Lytton et James Strachey), Lady Ottoline Morrell (propriétaire de Garsington Manor, l'un des points de ralliement du Groupe)...

En cette année 1910, Russell est nommé professeur de philosophie et de logique au Trinity College de Cambridge. Bertrand Russell voyage... En France, il a rencontré Peano au second Congrès International des Mathématiciens qui se tenait à Paris en 1900. Sa voie entre logique mathématique et métaphysique est désormais tracée. Il publie cette année là A critical exposition of the philosophy of Leibniz.

Bertrand Russell ( à gauche) 1915

Suite aux travaux de Frege et de Peano concernant la logique mathématique et aux contradictions inhérentes à la théorie des ensembles de Cantor, Russell publie ses Principia mathematica (1910) en collaboration avec Whitehead...

 

Depuis le congrès de 1900, Russell rencontre à Paris Louis Couturat, philosophe et mathématicien, avec qui il entretient une correspondance et qui le représente dans sa controverse avec Henri Poincaré... Couturat a très bien rendu compte des Principles of Mathematics de Russell dans une série d'articles détaillés.

Daniel Halévy et son père, 1900

Grâce à la famille Halévy, et en particulier Elie Halévy (1870-1937), philosophe, historien et anglophile... Anne-Laure de Sallembier avec JB. vont participer à de passionnants dîners-débat à thème philosophique...

Au cours de ses fréquents séjours en Angleterre, Elie Halévy s'est lié avec des philosophes, comme Bertrand Russell, et, Sidney et Beatrice Webb.

 

Les deux frères Halévy, méritent d'être connus...

 

« Une chose est certaine, et tiens-le toi pour dit : jamais je n 'irai dépenser dans les commissions, examens, etc., etc. la force de travail que ma situation de fortune me permet d'utiliser d'une manière que je considère comme littérairement plus utile [...]Et travailler seul dans son coin n 'est-il pas la meilleure manière de conserver la sérénité nécessaire ? » Elie refuse les postes prestigieux...

Elie et Valentine Halévy 1902

« La solitude, voilà ta seule rivale. Etre seul, mettre ses pensées en ordre, regarder le passé sans regret, l'avenir sans agitation, la société, le monde, l'univers de très haut, ne plus distinguer entre l'instant et l'éternité »

Très tôt, Elie est attiré par l'Angleterre, et ses voyages sont une habitude annuelle.

Au début du siècle : « Je n'étais pas socialiste. J'étais '' libéral '' en ce sens que j'étais anticlérical, républicain, disons d'un seul mot qui était alors lourd de sens : un '' dreyfusard '' »

« Le jour où le catholicisme sera une secte protestante, je croirai au libéralisme religieux. »

Partisan de Combes ; il confie à Bertrand Russell « a great sympathy with the persecutions of catholics »

 

Daniel Halévy (1872-1962), est plus mondain, au tempérament plus enthousiaste avec un réel talent de plume...

Il rencontre Proust au lycée Condorcet, y fonde une revue... Dans le salon familial, il fait la connaissance de Barrès, Gide ou Henri de Régnier.

Dreyfusard, il participe à l’aventure des Cahiers de la Quinzaine aux côtés de Charles Péguy, puis il prendra du recul, pour évoluer vers le traditionalisme.

A suivre ...

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Le Congrès de philosophie d'Heidelberg - 1908 - 2

Publié le par Perceval

Retrouvons le congrès, à Heidelberg...

Avec une organisation matérielle irréprochable, le congrès de philosophie a su - malgré tous les charmes de cette vie étudiante - retrouver le sérieux des thèmes proposés...

Le thème qui s'est imposé – et dès le premier jour avec la conférence de M. Josiah Royce en l'assemblée générale – est '' le pragmatisme '' ; avec nécessairement une présentation des idées nouvelles sur la notion de '' vérité ''…

La vérité apparaît comme une chose changeante, purement pratique. Nous en arrivons à nous tourner plutôt vers l'avenir - vers les conséquences pratiques à obtenir - que vers le passé. La vérité n'est pas à trouver toute faite, il nous faut la faire; l'homme n'est pas fait pour elle, mais elle est faite pour l'homme. Ainsi conçoit-on la vérité moins en fonction d'un milieu objectif que plutôt en rapport aux besoins subjectifs d'un individu.

D'autre part, des théories récentes sont largement influencées par la recherche et les méthodes scientifiques... D'après M. Royce de nouvelles recherches - sur les bases des mathématiques, la nouvelle logique, l'étude des relations, tout cela - mettent en lumière des vérités qui sont tout à fait solides et absolues.

Peut-il y avoir une conciliation possible entre ces divers courants?

Pour M. Royce, on doit considérer la vérité absolue comme une nécessité qui s'impose à l'action plutôt que comme une évidence immédiate qui se dévoile à l'intelligence. On pourrait admettre, au-dessous de la vérité absolue, des formes inférieures de vérité empirique, relative à nos besoins pratiques... Cela ne permettrait-il pas d'accorder l'instrumentalisme et l'individualisme ?

Malgré ces vues modérées de M. Royce, le débat a donné lieu à de fortes protestations au nom des idées conservatrices, et la partie allemande de l'assemblée semblait tout de suite incliner fortement de ce côté.

Deux jours plus tard, M. Schiller prend la parole et fait de la notion rationaliste de vérité une critique bien dans sa manière, subtile et spirituelle. Comment concevoir un accord entre une pensée et un objet,comment distinguer l'évidence logique d'une simple nécessité psychologique, comment en général distinguer une proposition qui prétend être vraie d'une autre qui l'est réellement ? La ''vérité'' purement formelle prétend être vraie, mais elle n'est vérifiée que par les résultats qu'elle donne. C'est d'ailleurs, en fait, toujours par cette méthode que l'on juge. La vérité alors n'est pas indépendante de nous, sans doute, mais que nous fait un monde indépendant de nous ? il ne nous regarde en rien.

M. Schiller définit le pragmatisme comme une méthode... Il n'est ni un individualisme, ni un subjectivisme. Il n'est pas d'un bloc... L'opinion allemande ( avec le Dr Itelson de Berlin) y est décidément hostile : une « philosophie de cuisine... » !...

Pour M. Itelson, un Kepler, un Copernic ne paraissent pas avoir eu conscience de faire la vérité, mais plutôt de péniblement chercher à la voir derrière le voile qui la cache. Pour M. Mally de Graz, le pragmatisme tourne en rond : la vérité c'est ce qui est utile pour la connaissance; or la connaissance nécessaire... c'est celle qui saisit la vérité ! Et, pour M. Nelson (Gottingen) le pragmatisme aboutit à un procès à l'infini : vrai est ce qui est utile, mais comment savoir que c'est vraiment utile sinon en montrant l'utilité qu'il y a à l'admettre ?

M. Jerusalem soutient son frère d'armes anglais : Il ne s'agit pas, dit-il, pour nous, de formuler

d'oiseuses vérités de cabinet, niais d'avoir des jugements qui déterminent notre action ; exemple : « ich muss nieinen Regenschirm nehmen ».

M. Schiller a tenté de clore la discussion. Peut-on dire que : vrai et utile sont synonymes. Le vrai est utile, c'est-à-dire le vrai est vrai. Mais y a-t-il une vérité pour les pragmatistes ?

Le rationaliste prend la vérité comme une chose absolue et achevée qu'il n'a qu'à pénétrer de plus en plus. Le pragmatiste part d'une probabilité qui va se vérifiant de plus en plus, elle tend vers une limite qui serait la vérité absolue. M. Nelson demande s'il faut concevoir que la vérité est l'utilité, ou bien seulement que l'utilité est le critère de la vérité. M. Schiller termine en signalant la valeur sociale du pragmatisme ; il y a autant de vérités que de fins, chacun se fait la sienne, c'est la paix des intelligences.

 

M. Boutroux, dans sa conférence, a tracé un tableau général de l'activité philosophique en France depuis 1867, la date du célèbre Rapport de M. Ravaisson.

La philosophie éclectique est morte... Les influences régnantes sont caractérisées par l'enseignement consciencieux de Lachelier, par l'ouvrage de Ravaisson tout brûlant d'une foi métaphysique nouvelle, par les travaux philosophico-scientifiques des Anglais, de Darwin surtout qui ont appris à apprécier l'importance philosophique des savants, par les travaux de Taine et de Théodule Ribot. Il en sort un renouveau et quelques années de travail ardent vont mener à une dissolution du mouvement philosophique en groupes distincts, à une sorte de divorce de la philosophie comme unité et des sciences philosophiques spéciales, psychologie, sociologie, histoire, logique des sciences.

 

La Philosophie finira t-elle par disparaître ?

Personne, ici n'y croit... Les sciences laissent des questions qu'elles ne peuvent traiter : sur quelle certitudes la science elle-même s'appuie t-elle, quelles sont ses sources, que vaut-elle, atteint-elle le réel et qu'est-ce que le réel ? Et puis, il y a toutes ces questions morales que les savants les plus positifs ne parviennent pas à écarter. La préoccupation philosophique subsiste...

M. Boutroux s'interroge sur le caractère de la philosophie française. Il pense y voir le goût des idées claires, joint à un souci profond de réalité et de spécificité, à un amour très vif des choses morales. De là, les directions divergentes qu'il signale.

 

Une conférence de l’italien Benedetto Croce, L'intuizione pura e il carattere lirico dell' arte. Traite de l'Esthétique : esthétique empirique, pratique ( le plaisir), intellectuelle ( théorique et logique), agnostique ( indéterminée et indéterminable), esthétique mystique pour laquelle « l'art est une fonction cognitive supérieure à la philosophie », sa dernière et grandiose manifestation fut l'esthétique romantique.

L'esthétique de l'intuition pure : En voici le point de départ : elle accepte de l'esthétique romantique l'affirmation du caractère théorique de l'art et la négation de son caractère logique, mais au lieu de faire de l'art la fonction la plus haute et la plus complexe de l'Esprit connaissant, elle en fait la plus simple et la plus primitive. L'intuition esthétique est libre de toute abstraction, de tout concept, de toute détermination conceptuelle. Elle est Intuition pure. La force de l'art vient de cette « élémentarité » de son mode de connaissance. La théorie de l'intuition pure ne méconnaît pas le caractère sentimental de l'impression artistique, bien au contraire l'intuition quand elle est pure se ramène à un état d'âme, « elle est synonyme de représentation d'un état d'âme ». L'art n'est pas la représentation des choses physiques, mais de l'esprit qui est la seule réalité. C'est la thèse idéaliste absolue.

Malheureusement, on annonce l'absence de M. Bergson... ! Cependant, on peut entendre la vénérable Me Clarisse Coignet faire l'éloge du philosophe auquel elle voue un culte touchant.

M. Winter nous fait part de deux études claires et bien fouillées sur les rapports de l'intuition et de la pensée mathématique , et sur le rôle de la philosophie dans la découverte scientifique. Il défend l'idée que les formes supérieures de la philosophie, métaphysique ou théorie de la connaissance, ne peuvent pas, et ne doivent pas influencer la Science. Et, seule la pensée philosophique qui naît au contact des réalités scientifiques a une action efficace.

 

Ce IIIe Congrès international de Philosophie s'est occupé de beaucoup d'autres questions. On peut dire que les recherches de logique et de méthode des sciences ont fait l'objet d'une préférence assez marquée. Parmi les tendances, elles se sont manifestées nombreuses, mais l'une – le matérialisme – ne s'est guère présentée.

Le prochain Congrès devrait se tenir en 1912 à Bologne.

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William James (1842-1910) et la Vérité

Publié le par Perceval

Henry James, Edith Wharton et H. Sturgis

Comme Anne-Laure de Sallembier rencontrait Edith Wharton, elle eut aussi l'avantage de côtoyer l'écrivain Henry James... Elle imaginait d'ailleurs, qu'Edith et lui étaient amants et cachaient leur liaison en utilisant un personnage créé par leur imagination romanesque … ( cf Article - Edith Wharton – une américaine à Paris.)

 

Surtout, Anne-Laure a rapporté de nombreuses notes de ses entretiens avec William James (1842-1910), le frère d'Henry, qui en 1909-1910 avait rejoint l'Europe, alors qu'il était d'ailleurs malade du cœur et venu se reposer chez son frère... Il avait démissionné d'Harvard en 1907; et devait mourir le 26 août 1910 d'une crise cardiaque...

Le père d'Henry et William était un grand théologien, disciple de Swedenborg... Il s’intéressait, comme ses fils, aux fantômes et à la parapsychologie…

Henry et William James

Henry, expatrié en Angleterre, romancier, est le plus connu... Il a un tempérament d'artiste avec un bon sens de l'humour. Il apprécie le luxe des dîners anglais et des salons littéraires

William, l’aîné, se veut plus sérieux... Il a quitté New York pour les verts pâturages de l'Université de Harvard, où il introduit la psychologie à l'université, philosophe ''pragmatiste'' il s'est révélé être une sorte de prophète... Bergson a rencontré William à Londres, il écrit à un ami : « C'est un homme si modeste et sans prétention, mais quel génie intellectuellement ! J'ai le pressentiment que ce qu'il a mis en lumière s'imposera et constituera un tournant dans l'histoire de la philosophie. »

 

Anne-Laure semble s'être confiée et a parlé de sa Quête... Elle interroge William sur '' la Vérité ''…

Ne devons-nous pas penser et agir à partir de principes ''vrais''.. ? La Quête serait bien décevante si elle reposait sur des principes faux ! N'est ce pas identique en science... ?

- Oui, pour savoir si une chose est vraie, il faut- dit-il – poser une croyance, la tester et l'intégrer dans un corpus plus large... James doute que l'on puisse observer le Réel ''en soi'' ( ce qui supposerait sortir de ses croyances, dit-il...)

 

 « La vérité vit à crédit. » « Nos pensées et nos croyances, poursuit James, passent comme monnaie ayant cours tant que rien ne les fait refuser, exactement comme les billets de banque tant que personne ne les refuse. Mais tout ceci sous-entend des vérifications, expressément faites quelque part, des confrontations directes avec les faits, sans quoi tout notre édifice de vérités s'écroule, comme s'écroulerait un système financier à la base duquel manquerait toute réserve métallique. Vous acceptez ma vérification pour une chose, et moi j'accepte pour une autre votre vérification. Il se fait entre nous un trafic de vérités. Mais il y a des croyances qui, vérifiées par quelqu'un, servent d'assises à toute la superstructure. » 

 

Les vérités sont des croyances que nous ( ou d'autres pour nous) vérifions …

Mais ce qui est étonnant chez William James, c'est qu'il rajoute :  Il est des croyances ou vérités auxquelles la seule « volonté de croire » suffit... !

Par exemple, sur la question du libre arbitre: W. James dit « Mon premier acte de libre arbitre est de croire au libre arbitre ».

 

Abordons, à présent, le ''Pragmatisme ''

« Les idées ne sont pas vraies ou fausses. Elles sont ou non utiles. » Telle est la thèse centrale que défend William James

 

Anne-Laure est vivement interpellée par cette remise en question de '' La Vérité '' : Une et Imposante... Elle pensait devoir choisir entre Une Vérité surnaturelle et une Vérité matérielle ; les deux s'appuyant sur le raisonnement, tel la déduction à partir d'hypothèses... Méthode que W. James récuse ; il préfère s'en tenir à l'étude des faits : inutile de discuter sur l'essence d'un objet, il serait suffisant d'en discuter les caractéristiques, et son utilité … !

 

Et... La question brûle les lèvres d'Anne-Laure : Croyez-vous en Dieu... ?

- Oui... ! « c'est la croyance qui donne des couleurs à la vie et qui fait la différence ».

Reginald W. Machell (1854–1927)

Ce qui intéresse James, ce ne sont pas les éventuelles '' preuves '' de l'existence de Dieu... idiotes... ! Ce sont les phénomènes de la religion : la prière, l'expérience mystique, en particulier les conversions ...etc

Sa première idée est l'inconscient, mais il n'interdit pas une force supérieure... L'esprit en nous est bien plus vaste que notre conscience...

 

Anne-Laure réussit même à lui faire exprimer sa croyance en ''quelque-chose de plus grand que notre monde'', mais pas forcément un dieu unique … Plutôt une multitude de puissances ; dans la nature agissent tant de forces différentes et qui interagissent avec l'humanité mais sans contraindre notre liberté... Ce Dieu donc, n'est pas le maître du bien et du mal...

 

Anne-Laure trouve le personnage sympathique. Il tient à ce que ses idées soient claires, compréhensibles, et critiquent les discours obscurs qui se justifieraient parce qu'ils seraient profonds ...!

W. James est un bon orateur... Il est passionnant à écouter ; et à la grande différence de son père, il respecte les femmes. Il accepte la conversation, écoute les questions...

- N'ayez pas peur de penser, d'agir... Affirmez votre liberté... !

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La Quête de la Vérité - Philosophie

Publié le par Perceval

Nous étions déjà à Heidelberg... mais, revenons il y a quelques mois au temps de la préparation de ce voyage...

La Vérité 1900

En cette époque, où un monde nouveau et scientifique semble avoir du mal à faire sa place, où le nouveau siècle tarde à s'établir, la philosophie ne craint plus à se remettre en cause, à tel point que c'est la notion même de Vérité qui est questionnée, et, sans tabou religieux...

 

Je propose – à l'aide des notes d'Anne-Laure – de réviser la notion...

 

- Si vous recherchez la Vérité au travers l'histoire de la philosophie en espérant ainsi bénéficier du progrès de la pensée, alors vous pensez que la Vérité n'est pas éternelle et immuable... ?

- Non... C'est, simplement, présumer que l'esprit évolue au cours des siècles dans sa prise de conscience... La Vérité pourrait être ce qu'elle est ; et l'esprit humain, lui, de plus en plus réceptif...

 

 

Mais, vous pourriez être sceptique, avec Pyrrhon ; ne pas faire confiance en vos sens... David Hume ( XVIIIe s), est persuadé que l'homme est inapte à atteindre la vérité absolue...

 

Si je dis , l'être est en devenir.... Je peux déjà me projeter dans l'antiquité avec Héraclite...

Ensuite Platon pense que les idées sont capables de contenir toute vérité intelligible ; et que le réel est intelligible...

Aristote ajoute qu'en étudiant le monde sensible, nous pouvons accéder aux ''causes'', jusqu'à '' l'essence''...

Pour Augustin d'Hippone, les vérités sont en Dieu.

Pour Thomas d'Aquin, la théologie tient ses principes de la Révélation ; et la philosophie est sa servante, la raison naturelle va du bas vers le haut (Dieu) : « la vérité est l'adéquation de l'intellect aux choses »

 

Descartes pense que la raison est  la « faculté de bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux ». Une méthode est nécessaire... Il nous faut saisir les idées ( entendement), pour ensuite les affirmer ou les nier.. Malheureusement notre entendement est limité, et notre volonté est infinie... !

 

Spinoza reprend la conception classique de la vérité comme correspondance de l'idée et de l'objet.

Vous voulez dire que la recherche de vérité est une expérience de pensée : accord avec les faits et accord avec soi, pour devenir une évidence... ?

Mais, Leibniz se méfie de l'évidence intuitive.

 

Pour Kant, la connaissance vraie ne peut être qu'une connaissance scientifique qui porte sur la nature. La vérité scientifique ne porte que sur les phénomènes; elle ne reflète donc pas la réalité telle qu'elle est en elle-même, mais telle qu'elle est pour nous. Les concepts métaphysiques ( Dieu, la liberté, l'âme...) sont exclus de la connaissance scientifique ; et la croyance se substitue au savoir...

 

Nous sommes tentés de dire, que la Vérité voudrait ressembler à la Réalité...

Henri Bergson

Mais pour Bergson, la réalité est ''mouvante'' ( elle est un point de l'espace et du temps...) ; elle est particulière, singulière ( comme l'instant = division du temps) ... Et la Vérité se veut universelle...

Bergson, nous permet d'envisager qu'il peut y avoir coïncidence de l'esprit humain avec le cœur de l'être, cela se réaliserait dans l'intuition (comme la durée...)...

 

On retrouve, la soi-disant ''évidence intuitive'' … ? et, Bergson répond qu'effectivement ; il y a comme un caractère non-exact de la vérité, qui ne peut être atteinte que par d’autres formes de discours, comme la métaphore, l'analogie...

A suivre avec William James ...

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Le Congrès de philosophie d'Heidelberg - 1908 - 1

Publié le par Perceval

 

Réunion de famille à Remenoncourt, 1907. Henri Poincaré et Émile Boutroux sont au premier rang face à la caméra.

Nous savons déjà que, Anne-Laure et Jean-Baptiste fréquentent de près le cercle très philosophique des amis et parents Poincaré ; et en particulier Emile Boutroux, marié à Aline Poincaré, la sœur d'Henri...

Emile Boutroux est un grand connaisseur et admiratif de la philosophie allemande ; il a même travaillé une douzaine d'années à l’université d'Heidelberg... Anne-Laure va faciliter sa vie mondaine, et le soutenir dans la préparation du Congrès International de Philosophie...

Précisément en cette année 1908 - après Paris en 1900 - il se tient à Heidelberg; et Anne-Laure et Jean-Baptiste, vont accompagner le couple Boutroux, à ce qui sera un grand événement mondain et intellectuel...

Il n'est pas sans importance pour la suite, de noter que le fils d'Anne-Laure, Lancelot, l'accompagne ( pour la première fois dans ses voyages) à Heildelberg... Lancelot à huit ans est déjà un garçon sensible, à l'esprit très éveillé...

Heildelberg l'hôtel Zum Ritter St. Georg

C'est ici, que Lancelot apprend le sens de l'un de ses premiers mots allemands préférés: gemütlich... M. Boutroux, l'emploie dans son toast, pour remercier les allemands de leur accueil cordial en particulier celui de leur hôte M. le Professeur Elsenhans; ensuite, ils utiliseront fréquemment ce mot pour décrire l'ambiance des restaurants, des hôtels...

Ces congrès - que les chemins de fer et le télégraphe facilitent - renforcent la communication et la coopération entre savants, mais n'effacent pas les rivalités nationales... Le choix des villes concluent une compétition entre gouvernements, et reflètent la situation géopolitique...

L'Allemagne, depuis 1870 est perçue comme un pays prédominant...

Napoléon III remet son épée à Guillaume Ier.

Cependant, en ce 1er septembre 1908, jour d'anniversaire de la défaite française de Sedan; nous remarquons le tact de nos hôtes et aussi de la majorité de la population d'Heildelberg... Même si nous assuyons quelques échanges de quelques ''gallophobes'' qui se scandalisent de cette délicatesse...!

L'Université et la ville, le Gouvernement grand-ducal de Bade lui-même ont rivalisé d'efforts pour faire fête au Congrès.

Le programme en marge du congrès est varié et abondant, avec le choix de valoriser le côté pittoresque de la vieille Allemagne : le vieil hôtel Ritter, les fresques du Carcer peintes par les étudiants punis et incarcérés... Et, bien-sûr, la ruine mélancolique du vieux Schloss ( château), si étrangement rouge dans le cadre vert des montagnes.

Un soir, tous les invités du Congrès, purent embarquer dans des des chalands sur le Neckar, et assister à un prestigieux spectacle du château sorti soudain de la nuit, tout brûlant d'une lumière magique, comme si quelque sabbat ressuscitait dans ses murs les fêtes et l'orgie d'antan. Une de ces images rares que l'oeil n'oublie plus.

Heidelberg 1908 Alte Brücke, Schloß, Carte envoyé du Congrès de Philosophie

L'Université, Ruprecht-Karls-Universität Heidelberg ou Ruperto Carola du nom de ses deux fondateurs, ouvre largement ses portes aux visiteurs, chacun peut remarquer l'installation coquette et confortable ( gemütlich ) de ses salles et surtout sa merveilleuse bibliothèque.

Twain-idle-student_Heidelberg

 

Pendant l'été 1878, Mark Twain est resté trois mois à Heidelberg pour y apprendre l'allemand... Dans son livre ''A Tramp Abroad '' publié en 1880, Twain décrit ses impressions quant à la vie universitaire à Heidelberg de manière aussi détaillée qu'humoristique. Il dépeint l'université comme une école d'aristocrates où les étudiants mènent un style de vie élégant et décrit la forte influence exercée par les sociétés d'étudiants.

Wilhelm Meyer-Förster, dans sa pièce Alt Heidelberg (1903) -  l'une des pièces allemandes les plus jouées dans la première moitié du 20e siècle -, est aussi frappé par cette vie universitaire... Il y raconte l'histoire d'un prince allemand qui vient à Heidelberg pour étudier, et qui tombe amoureux de la fille de son aubergiste.

 

A suivre, avec l'état des recherches sur '' la Vérité ''

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Madame Solario - 3-

Publié le par Perceval

Dans cette troisième partie, la narratrice replace l'action sous le regard du jeune Bernard Middleton.

La haute société de l'hôtel à Cadenabbia va réagir à ce que l'on commence à soupçonner de la vraie nature de la relation entre le frère et la sœur....

Bernard ressent fortement la violence qui anime le comte Kovanski. Le colonel Ross, tente paternellement de le dissuader de l'approcher davantage... « nous ne les comprenons pas tout à fait - ils ne respectent pas les mêmes règles que vous connaissez »...

Villa d'Este - lac de Côme

 

Enfin, un bal à la Villa d'Este réunit toute la société des bords du lac.

Madame Solario danse avec grâce... Middleton, toujours fasciné par elle, réduit à la position de spectateur, regarde le magnifique spectacle, dans lequel il regrette de ne pouvoir être lui-même acteur, mais il se sait ''invisible''...

Natalia et Eugène dansent ensemble; quand Missy se jette entre eux, et crée le scandale... Elle s'écrie : « Sa sœur ! Sa sœur.. ! »

Bernard ne comprend pas. Nous-même ne sommes pas persuadés de ce qui existe réellement entre le frère et la sœur ; le mot inceste n'est jamais prononcé.

Dernier bal (1905), d'Aurélio de Figueiredo.

« Il atteignit l'angle du couloir quand, devinant une présence, il se retourna. A l'autre bout du corridor, madame Solario venait vers lui. Ils marchèrent à la rencontre l'un de l'autre et, pendant les dernières secondes, avant qu'ils ne se rejoignissent devant la porte de la jeune femme, il eut conscience de certains détails, comme le frou-frou de sa jupe et le port de sa tête rejetée un peu en arrière. Elle attira Bernard dans la pièce, sans refermer la porte, qu'elle laissa entrouverte. Tandis qu'il demeurait pétrifié, elle leva le bras dans un geste d'une grâce admirable et pencha vers elle la tête de Bernard jusqu'au moment où les lèvres du jeune homme pressèrent les siennes. Puis, se dégageant de ses bras, elle le poussa au-dehors. » fin du chap 28, p 456


 

Le lendemain, Natalia demande à Bernard de l'accompagner dans sa fuite ; sans lui donner aucune explication. Elle tente de fuir son frère, et de retrouver un vieil ami américain qui pourrait être en Italie et qu'elle souhaiterait rejoindre, et avec qui elle retournerait en Amérique...

A travers les yeux de Bernard, Gladys Huntington évoque et souligne à plusieurs reprises la beauté idéale, presque irréelle de Madame Solario... Alors que les événements vont se bousculer et entraîner le jeune homme bien au-delà de ce que son père attendait présentement ( son retour en Angleterre...) ; Madame Solario reste imperturbable, et utilise avec indépendance l'admiration que lui voue le jeune homme...

 

Bernard et Natalia fuient ensemble - le jeune homme se délecte de cette intimité, toute chaste - et vont rechercher en plusieurs villes la trace de ce vieil ami américain, entre Florence, Parme et Milan... C'est à Milan qu'il perdent sa trace... Et c'est au Palace Hôtel, qu'ils vont retrouver Eugène et Kovanski partis à la recherche des fuyards...

Bernard n'a plus d'argent, et tente de demander de l'aide au Consulat d'Angleterre...

Milano - Piazza Cadorna - Stazione

A l'occasion d'un malaise d'Eugène, le médecin qui rencontre le groupe, s'adresse au jeune Bernard :

« - Mais vous avez une famille ? »

Après l'avoir regardé de haut en bas d'un air impatient, le docteur l'observait maintenant, le jaugeait :

« Vous avez des parents quelque part ? demanda-t-il.

- Oui », dit Bernard, après un silence plus long.

Le docteur sembla avoir pris une décision. il commença par mettre sa trousse sous son bras et par enfiler ses gants. C'étaient des gants de coton gris, et Bernard comme fasciné, n'en pouvait détacher ses regards.

« J'ignore quelles études vous avez faites, dit-il, mais vous savez peut-être que les géologues appellent « failles » des points faibles de l'écorce terrestre, qui provoquent des tremblements de terre et des affaissements de terrain. »

Ses gants une fois enfilés, il se mit à les boutonner avec des gestes énergiques :

« Et je vais vous dire une chose que l"expérience m'a apprise, poursuivit-il. Voyez-vous, il existe des gens qui, à l'exemple des failles, sont comme un point faible dans le tissu dont est faite la société : partout où ils se trouvent, ils apportent le trouble et le désastre. »

Sous ses sourcils hérissés, il lança à Bernard un regard féroce.

« Jeune homme, ne restez pas ici ! Retournez sur un terrain solide, le plus tôt possible ! »

Étourdi sous le choc, Bernard, incapable de saisir clairement le sens de ces paroles, se souvint confusément d'une ascension en montagne et du pire moment qu'il eût jamais connu, celui où une crevasse s'était ouverte presque sous ses pieds. » p 454

 

Dans une des dernières scènes du roman, le comte Kovanski, déterminé à se marier avec la fascinante héroïne, malgré le scandale et même pour la racheter en quelque sorte, fait référence sans le nommer à l'inceste commis par Natalia et Eugene. Cependant, ni le frère ni la sœur ne l'admettent... Eugène essaie de le nier, affirmant que la rumeur était simplement le fruit de l'imagination grossière de Missy Lastacori.

Pourtant, Eugène change de comportement quand il crie à Kovanski: « Elle est à moi, seulement à moi. Vous ne l'aurez pas … Elle est à moi! », montre évidemment qu'il ne peut pas se contrôler même en public et qu'il admet la relation transgressive qui existe entre lui et Natalia...

 

Finalement, nous constatons que Madame Solario tente de fuir son frère ; cependant sans plus d'opposition de sa part... c'est ensemble qu'ils quittent l'Italie...

Cette nouvelle fuite, laissent et prennent de surprise Kovanski - qui choisit le suicide - et Bernard Middleton seul devant ses illusions, et sauvé de l’abîme par le consulat et le Colonel Ross qui prennent en charge son retour en Angleterre.

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Madame Solario - 2-

Publié le par Perceval

Dans cette deuxième partie ( Chap 10), la narration se centre autour de madame Solario et de son frère, avec un changement de point de vue : celui d'Eugène, Nelly n'exprimant que très peu le sien... Bernard Middelton est à peine mentionné au cours de ces dix chapitres.

Intéressant de remarquer le titre français du livre, ''Madame Solario'', connecte la femme à Paris - où elle a vécu comme adolescente – et indique son état matrimonial...

On apprend que le mariage de Natalia s'est rompu et qu'elle envisage le divorce. Nous n'en apprenons pas les raisons... Luis Solario, son mari sud-américain, richissime marchand et ami de son beau-père, l'a emmenée dans sa patrie où ils vivaient dans un ranch.

 

A présent, Natalia est aux prises avec son frère Eugène Harden, qui « débarque » littéralement à l'hôtel avec, dans un premier temps, l'intention de demander des comptes à sa sœur à propos de l'héritage familial.

Ce qui s'est réellement passé autrefois, n'est pas clair... Le beau-père ( nommé, de Florez) de Nelly et Eugène, donc le mari de leur mère – aurait eu une ''aventure'' avec la jeune fille alors qu'elle n'avait que seize ans... Eugène, aurait ressenti cela comme un affront fait à sa mère, dont il tient responsable le beau-père, mais aussi sa sœur. Eugène aurait blessé son beau-père, et aurait été contraint à un long exil, reprochant à sa sœur son manque de soutien, et d'avoir accaparé par la suite l'héritage familial …

Ces informations sont distillées lors d'entretiens entre le frère et la sœur, au cours desquels les informations pour le lecteurs restent vagues, d'autant que Madame Solario reste mystérieuse, sans approuver les propos de son frère...

Mort à Venise - Visconti

Par ailleurs, la vie mondaine à l'hôtel, suit son cours...

« A cette époque de féminité triomphante, le comportement de madame Solario était bien particulier. Elle n'apparaissait pas en public avec cet éclat et cette assurance qui étaient alors de règle parmi les femmes, pour peu qu'elles fussent douées de beauté ou de charme. En général, elles revendiquaient hautement le privilège d'être admirées, mais madame Solario n'exigeait rien de semblable. » (chap 13

Sans accent étranger, Eugène Harden n'avait pas l'air tout à fait anglais. «  Il n'avait pas, selon les conceptions du colonel Ross, le bon ou le mauvais type d'Anglais. Pas tout à fait anglais, mais trop anglais pour être étranger - on ne pouvait pas dire, en bref, ce qu'il était... »

 

J'ai été frappé par la référence faite à Peter Schlemilh ( j'en ai parlé ici), l'homme qui avait perdu son ombre … Eugène s'est retrouvé ''sans papiers'', seul, comme sans ombre...

Eugène regrette de n'être pas comme ''ces gens'', il envie leur ''supériorité'': ils ont la supériorité de devoir leur bonne fortune à quelque chose dont ils n'avaient rien à voir. Ils sont nés avec une sorte de ''super-soi'', qui plane au-delà des frontières, et pensent qu'ils ont le droit de regarder d'en-haut...

L'innocent de Luchino Visconti (1976)

Longuement, Eugène interroge sa sœur sur leur passé; s'il obtient peu de réponse de sa part, lui ne se prive pas de commenter seul et avec amertume, jalousie... Il serait, lui, la seule victime de ce drame familial, parce qu'il a vengé la mère, pour être condamné à l'exil, puis à la nécessité... Il semble persuadé (?) que sa sœur a trahi leur mère et causé le malheur de la famille, et n'envisage pas encore qu'elle ait pu être simplement la victime d'un homme plus âgé, sans scrupules.

 

Eugène semble, ensuite, avoir mieux compris... Il n'est plus indigné, et ne blâme plus sa sœur... Mais, si l'acte en soi reste condamnable, la jeune fille immature, désorientée, pourrait avoir gagné à découvrir le plaisir de la sexualité... En effet, on apprend que le jeune Eugène aurait raté sa cible, en essayant de tirer sur de Florez, alors qu'il surprenait le couple en flagrant délit et fut choqué de voir le plaisir exprimé sur le visage de Natalia....

 

Eugène va aussi se rendre compte que sa sœur, n'est pas aussi riche qu'il le pensait.

Silvana Mangano

Il commence à échafauder, par l’opportunité des rencontres dans cet hôtel, l'avantage que sa sœur et lui pourraient en retirer...

 

L'histoire sexuelle sur laquelle repose l'intrigue de '' Madame Solario'' - qui finalement se fait connaître - est ainsi marquée par la transgression, voire même dans l'esprit de certains par la perversion... Cela explique peut-être pourquoi à Cadenabbia, la jeune femme triomphe ainsi non seulement des jeunes filles mais aussi des femmes plus âgées... Madame Solario offre une combinaison toute particulière, faite de beauté, de sexualité, de mystère, de drame; et qui la rend irrésistible aux yeux des hommes.

 

L'attention est alors portée sur la relation de madame Solario avec le comte Kovanski... Ni Eugène, et donc ni le lecteur, n'est au courant de ce qui s'est passé (?) auparavant entre lui et Natalia... Puis, elle semble avouer que le comte est un ancien amant, dont l’obsession pour elle devient à présent menaçante... Eugène, retient ce qui pourrait l'intéresser : le désir du comte - qu'il nomme le Centaure - de se marier avec sa sœur, pourrait être une opportunité...

Le frère et la sœur, s'entretiennent des intrigues galantes du couple San Rufino : Natalia avec le marquis, et Eugène partageant ses flirts entre la marquesa... et la jeune Missy, fille de la Marchesa Lastacori,

La vie sociale de l'hôtel offre multiples occasions de se voir, de se rencontrer de se jauger... Chaque nuance dans le comportement de chacun a une signification, de sorte que le choix d'un siège peut constituer une victoire ou un revers, et quelques mots, peuvent changer la tonalité de la journée....

Eugène s'amuse beaucoup..  Il savoure le luxe, et imagine la manière de manœuvrer pour vivre ensuite à Rome, aux crochets du couple San Rufino...

 

La nuit Eugène entretient longuement sa sœur, dans sa chambre, et y fait des plans sur l'avenir de l'un et l'autre; leur futur à présent semble lier... Elle écoute beaucoup, intervient peu...

Ils forment un beau couple, une paire éblouissante ; on les nomme ''les Gémeaux '', du fait de leur allure commune, de leur beauté...

 

Un incident éclate entre Kovanski, et le marquis San Rufino... Puis, c'est Eugène qui s'affronte au comte; qui disparaît...

On apprend aussi que Missy est au courant de la tentative de meurtre du beau-père par le frère... !

Les sentiments des uns et des autres s'échauffent, et les plans d'Eugène se délitent.... A voir « l'accord » entre Natalia et San Rufino, Eugène se demande s'il n'y a pas entre eux plus qu'il ne le supposait... La mère de Missy reproche à sa fille d'accepter les attentions du frère ; d'autant que lui-même adresse ses hommages à une autre... Puis, Eugène craint que Missy ne colporte des rumeurs sur son compte ...etc

L'innocent de Luchino Visconti (1976)

La dernière scène de cette seconde partie, se passe la nuit dans la chambre de Natalia... Le frère et la sœur envisagent de quitter Cadenabbia... C'est une longue nuit, Eugène quitte la chambre et revient … Longs échanges, et brusquement, Kovanski surgit de la fenêtre, saute à l'intérieur de la pièce... Il s'imaginait trouver Natalia couchée avec un homme ; mais, il ne pensait pas trouver Eugène... Devant la colère du frère, Kovanski reconnaît avoir agi par jalousie...

Les deux hommes vont quitter la chambre de Madame Solario... « Au bout de quelques minutes, il revenait. Il ferma la porte et la verrouilla. Et telle était en lui la violence du désir que pour traverser la pièce il avançait en trébuchant.

« Comme votre papa est bon pour vous ! » dit-il haletant. » Page 348, fin de la partie II.

 

Le lecteur sait que cette dernière phrase fait réponse à la relation perverse entre Natalia et son beau-père... Ces mots était ceux utilisés par une gouvernante française, qui, voyant de Florez penché vers le cahier de Natalia, et ignorante du fait qu'elle avait en fait surpris son employeur en train de séduire sa jeune belle-fille, et non pas de l'aider dans ses devoirs, avait naïvement commenté ainsi l'attachement de l'homme pour la jeune fille. Eugène, donc, connaît les détails de cette scène qui a marqué le début de la relation de Natalia avec son beau-père...

Tout pourrait donc suggérer, que va commencer là une relation incestueuse... qui n'a jamais été évoqué précédemment...

 

A suivre...

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'' La Belle dame sans merci '', œuvre d'Alain Chartier (1424)

Publié le par Perceval

''Merci'', vient du latin ' merces 'avec le sens de '' salaire, récompense '', mais aussi avec la signification de '' grâce, pitié '', peut-être parce que la grâce peut parfois être considérée comme une forme de récompense (je te gracie parce que tu t'es bien battu). C'est d'ailleurs ce dernier sens qu'a ''merci'' lorsqu'il apparaît en français avec cette orthographe au XIe siècle.

En 1427 Alain Chartier est envoyé en Écosse pour y négocier le mariage du jeune dauphin (plus tard Louis XI), alors âgé de cinq ans, avec Marguerite d'Écosse. Ici, ce tableau illustre : The story of the famous kiss bestowed by Margaret of Scotland on « la précieuse bouche de laquelle sont issus et sortis tant de bons mots et vertueuses paroles »

 

 

' La Belle dame sans merci. ' (1424) est l'oeuvre la plus connue de Alain Chartier ; poète français et orateur en langue latine (Bayeux vers 1385-vers 1435). Secrétaire du Dauphin, le futur Charles VII, il est considéré comme un des créateurs de la prose oratoire française (le Quadrilogue invectif, 1422).

 

La Belle Dame sans mercy, rédigée par Alain Chartier dix ans après la défaite d’Azincourt (1415), fait scandale dans les milieux de la cour. Le sujet est généralement considéré comme un défi aux valeurs de l’amour courtois. Ce poème emprunte une forme courante au XVe siècle, le huitain à trois rimes enlacées, ababbcbc .

L’intrigue met en scène trois personnages : un amant plaintif qui déclare son amour, une dame impitoyable repoussant ses avances et un poète malheureux qui écoute leur conversation en cachette.

La combinaison de « l’amant-martyr » et de « la dame-sans-merci » n’est pas rare dans la littérature médiévale . On retrouve également une situation analogue du poète dans le Débat de deux amans de Christine de Pizan. Pourtant, une opposition aussi constante de la Dame à l’Amant est remarquable parmi les textes de poésie lyrique où est mise en scène la « dame-sans-merci ».

Dans l’œuvre d’Alain Chartier, « tous les arguments de l’amoureux sont immédiatement réfutés » par la Dame. Du début jusqu’à la fin, la Dame se défie des paroles de l’Amant, sans jamais changer d’attitude.

La notion de défiance en moyen français (defiance, deffiance et desfiance) désigne à la fois le « défi » et la « défiance ». Le premier sens, « défi », implique l’« action de défier, de provoquer quelqu’un au combat, de déclarer la guerre à quelqu’un ». Le second sens est : « sentiment de celui qui n’a pas de confiance, manque de confiance, défiance »

Dans La Belle Dame sans mercy, l’Amant, à travers le terme deffiance, insiste sur le fait que les yeux de la Dame le provoquent à la guerre en lui envoyant un héraut représenté par le 'doux regard'. Ici, la deffiance prend le sens de « défi » (au combat) en ancien français

Au début du débat, les « belles paroles » sont l’objet de la défiance de la Dame. Le choix de l’adjectif beau pour qualifier les paroles de l’Amant suggère la futilité des paroles des amoureux

Dans la suite du poème, l’Amant remplace le beau parleur auquel la Dame faisait allusion par le jangleur, celui qui se plaint par calcul...

L’Amant souligne le contraste qui existe entre un tel jangleur – qui ne sait guère dissimuler sa faintise (faux-semblant) – et un homme réellement triste. Aussi justifie-t-il l’authenticité de ses propres paroles. La Dame renchérit sur ce motif, employant l’expression « cruel losengeur »

La faintise atténue la divergence entre deux adjectifs, « villain » et « courtoise », à savoir qu’elle dissimule un cœur vil par des paroles courtoises.

La faintise de la parole est donc un fondement de la défiance de la Dame envers les paroles de l’Amant.

La Dame déprise la souffrance d’amour dont l’Amant se plaint, en l’attribuant à une « plaisant folie »...

Enluminure du Roman de la Rose

Si la Dame adoucit son attitude, l’Amant la contredit en se comparant à des animaux de chasse apprivoisés.

En se défendant de la double accusation de faintise et de change, l’Amant synthétise ici l’objet de la défiance de la Dame.

Le refus de l’Amant de croire les propos de la Dame fait un parallélisme avec la défiance de la Dame. Une valeur de l’amour courtois, à savoir la « loyauté », fait l’objet de la foi de l’Amant. ( …)

La Dame reproche à l’Amant de ne pas s’en rapporter à elle...

De son côté, l’Amant n’accepte pas le conseil de la Dame de trouver ailleurs une dame « plus belle et jente », et n’ajoute pas non plus foi aux paroles de sa bien-aimée...

L’Amant prétend que la démonstration de sa loyauté peut dissiper le soupçon de la Dame. (…) En vain l’Amant essaie-t-il de convaincre la Dame...

La guerre verbale entre l’amoureux et son « amoureuse annemie » prend fin avec l’ultimatum de la Dame : « Une fois pour toutes croyez / Que vous demourrez escondit. » . Nous pouvons interpréter le terme croire comme signifiant « être persuadé » . Le verbe escondire signifie « refuser, repousser », en contexte amoureux.

Ici se déroule une guerre verbale, sous forme de débat entre deux combattants qui ne se font pas confiance et refusent jusqu’à la fin de reculer. Dans cette guerre verbale, bien différente de la bataille conforme au code chevaleresque, le fait de se rendre en demandant « merci » n’est pas accepté. Les requêtes formulées par l’Amant, aussi bien celles destinées à obtenir la « pitié » que la « grâce », sont repoussées par la dureté de la Dame... !

D’une part, la défiance de la dame sans merci porte entièrement sur la fausseté de la parole, faintise, énoncée par l’amoureux, ainsi que sur l’inconstance du cœur de ce dernier, le change.

Voir aussi: LE MYTHE DE LA '' LA BELLE DAME SANS MERCI ''

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Le Mythe de la '' La Belle dame sans merci ''

Publié le par Perceval

La belle dame sans merci de Dicksee

La belle dame sans merci de Dicksee

La Belle Dame Sans Merci est devenue un mythe depuis le Moyen Âge, en particulier depuis le poème d'Alain Chartier écrit en 1424, qui a été notamment repris par le poète John Keats. Les peintres, en particulier les Préraphaélites, se sont emparés de ce sujet avec délice, puisque les figures féminines fortes sont les sujets de presque toutes leurs oeuvres.

La Belle Dame Sans Merci ,Thomas Rhymer

« I saw pale kings and princes too,
Pale warriors, death-pale were they all;
They cried—‘La Belle Dame sans Merci
Thee hat
h in thrall » de John Keats

(Les rois, les princes, les guerriers, tous pâles comme la mort lui crient : la belle dame sans merci te tient en esclavage.)

La Belle Dame Sans Merci, by John William Waterhouse

Ici la Belle Dame est située dans le contexte de l'amour courtois médiéval... Dans l'idéal, l'amour courtois fait l'apologie d'un amour chaste que le chevalier doit gagner auprès de la dame de son cœur. Pour cela, il est prêt à affronter maintes épreuves, jusqu'à ce que la belle... cède.

La Belle Dame Sans Merci by Walter Crane

On retrouve évidemment ce thème dans la légende arthurienne, et les romans de chevalerie qui mette l'accent sur la conquête de la Dame, d'autres s'orientant plutôt vers un certain mysticisme (la quête du Graal et de la pureté). D'autres textes sont plus emprunts de folklorisme (les fées, lutins etc), ou de magie (fée Morgane, Merlin); au fur et à mesure la Belle Dame, celle pour qui se meurent d'amour les chevaliers, se transforme en une sorte de fée, qui vient toujours à la rencontre du cavalier errant, comme le ferait une Viviane ou Morgane.

Ainsi, cet homme plein de bravoure, découvre cette étrange femme dans des endroits toujours inappropriés - dans les bois, près de ruines, dans un château - et toujours au début ou à la fin d'une aventure...

Arthur Hugues (1901)

Le chevalier rencontre toujours la fée dans les bois, passage d'ombre et des désirs refoulés par excellence.

Robert Anning Bell (1855)

 

Mais cette fée est "sans merci", repoussant sans cesse les avances du prétendant. On peut donc comprendre, au sens figuré, que lorsqu'il arrive dans les bois, atteignant alors presque son but, la Dame le repousse une dernière fois, l'assassinant par le même coup.

 

L'amour peut être meurtrier, et l'espoir, une fois vaincu, vient à bout de tous les héros. Il s'agit d'un retournement total de la matière courtoise. L'homme ne triomphe plus, il courbe l'échine devant le pouvoir féminin. 

Il s'agit d'un grand fantasme masculin. Les Salomé, Judith, Lilith et autres femmes castratrices ont toujours été à la fois attirantes et monstrueuses pour nombres d'artistes.

 

La Belle Dame Sans Merci by Frank Cadogan Cowper

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