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Articles avec #la quete du graal tag

Voyage en Ecosse -1- Le Graal avec Jessie Weston

Publié le par Perceval

Château de Bamburgh

Au cours d'une soirée ( party) à Cambridge, Anne-Laure parle de son désir d'aller en Ecosse, d'y visiter d'étranges châteaux, et – pourquoi pas – rencontrer l'esprit des mythes médiévaux, comme ceux de la légende arthurienne; un jeune homme, étudiant, se présente : William John Montagu, fils du baron Armstrong qui, dit-il, est le propriétaire du château de Bamburgh, dit de la Joyeuse Garde, réputé pour avoir été le château du chevalier Lancelot... Anne-Laure se montre enthousiasmée, d'autant que son fils de 11ans s'appelle Lancelot ( mais, hélas n'est pas du voyage...).

C'est Thomas Malory, qui a identifié la ''Joyous Gard'' avec le château de Bamburgh, un château côtier dans le Northumberland...

De plus, n'oubliez pas que c'est dans les forêts du Northumberland que Merlin se montre au roi Uter Pendragon, sous l'apparence d'un gardien de bêtes puis d'un homme de bien; Merlin partant régulièrement se réfugier en Northumberland pour y rencontrer Blaise.

Château de Bamburgh - Intérieur

La ''Joyous Gard'' tire son nom du jeune Lancelot lorsqu'il s'installe au château après l'avoir capturé et mis fin à un enchantement maléfique, à la suite d'une aventure pendant laquelle il devait prouver sa chevalerie au roi Arthur . Puis, du fait de l'adultère, et donc la trahison, de Lancelot avec la reine Guenièvre; Lancelot sauve la reine, condamnée à mort, et l'amène à Joyous Gard. Arthur assiège alors sans succès Joyous Gard. Le château reprend alors son ancien nom, ''Dolorous Gard''. Plus tard, Lancelot abandonne son château pour retourner en France avant de devenir ermite à Glastonbury, où il passe le reste de ses jours. Son corps est ensuite emmené à Joyous Gard pour y être enterré. Dans les histoires en prose de Tristan et Iseult , ils vivent dans le château avec la permission de Lancelot, pour échapper au roi Mark, époux d'Iseult .

Très vite le sujet du Roi Arthur, semble captiver, ici, chacun... Des opinions diverses, fusent, ce qui étonne beaucoup Anne-Laure, sachant qu'en France, le sujet n'est partagé que par des spécialistes...

Dans les pays de langue anglaise, c'est la version de Sir Thomas Malory, qui est réécrite pour adultes ou pour enfants...

Un étudiant camarade de William, soutient que - selon le prieur de Northampton Nicholas Cantelupe (décédé en 1441) - l’université de Cambridge, dont il a écrit l'histoire après y avoir été étudiant, a reçu sa charte d'Arthur ; et ce devait être vers 530 … !

Quelqu'un ajoute qu'une obscure tradition locale a même déclaré que Cambridge était le site de la dernière bataille d'Arthur de Camlann... Objet de controverse, réplique quelqu'un ; en effet, cela semble provenir d'une fausse étymologie, et on pourrait dire que tout nom de lieu contenant ''Cam '' pourrait être habilité à en être le site...

Pendant la discussion, Anne-Laure note que l'on parle de Jessie Laidlay Weston (1850-1928), une universitaire , médiéviste et folkloriste anglaise, qui travaille principalement sur des textes arthuriens médiévaux.

Elle vit dans le Dorset ( 65 Lansdowne Road, à Bournemouth, ) et pense que les origines de la légende du Graal sont antérieures aux sources chrétiennes, et sont celtiques... Un tout jeune étudiant du Trinity collège , du nom de Frank Laurence Lucas, critique son interprétation mystique et liée à la réalisation de soi , en la qualifiant de ''théosophiste''... De sorte que, finalement, Anne Laure retient, avec grand intérêt, le nom de l'universitaire...

Anne-Laure apprendra que Jessie Weston, a été l'élève à Paris de Gaston Paris, et qu'elle connaît bien le professeur von Schroeder, pour l'avoir connu au Festival de Bayreuth...

Jessie voit dans l'histoire du Graal, une continuité entre les cultes anciens d'Attis-Adonis, et de Mithra et le christianisme ; entre l'ancienne foi et la nouvelle … Le Christianisme, en devenant dominant a cherché à se distancier des croyances passées en déclarant que toutes les similitudes étaient les moqueries et les pièges du diable. Cependant, Weston considère que les romans médiévaux du Graal, furent écrits par des gens ignorants de leur signification profonde. Des thèmes de contes traditionnels se mêlent aux survivances de rituels anciens... Pour Chrétien de Troyes (décédée en 1185), par exemple, dit-elle, l'histoire était romantique, pure et simple ; mais il n'avait aucune idée de la véritable signification et de l'origine des aventures. 

L'histoire-origine du Graal, pour Weston, raconte l'aventure d'un chevalier errant, qui visite l'un de ces temples cachés ; il y réussit le test du premier grade d'initiation à la vie, et échoue lorsque qu'il s'approche du plus haut degré...

Le Graal est une force vivante – ajoute t-elle, il ne disparaîtra jamais... On peut ne plus le voir, pendant des siècles, disparaître du champ de la littérature, mais il remonte à la surface de nos préoccupations, et redevient un thème d'inspiration vital … Ainsi, après un sommeil depuis Malory, il s'est enfin réveillé pour une nouvelle vie, grâce aux génies de Tennyson et de Wagner, par exemple...

Jessie Weston semble bien en avance sur son temps ; elle reconnaît dans le mythe arthurien, des cultures anciennes qui pratiquaient des '' rituels de végétation '' pour participer activement au renouvellement de la fertilité de la terre, pour réparer les dommages que nous avons causés à la capacité de la Terre à soutenir la vie ; et peut-être, que le Graal est plus que jamais nécessaire aujourd'hui.

La fertilité, recherchée à travers ces "rituels de végétation", s'étend non seulement à la fertilité du sol mais à la fertilité humaine et, plus tard, à une sorte de fertilité spirituelle en union avec '' la source spirituelle de la vie ''. Au cœur de la Quête du Graal se trouve l'idée d'un roi et d'une terre en difficulté. Le roi et sa terre ne font qu'un. Si l'un est malade, l'autre aussi; et guérir l'un, c'est guérir l'autre. Et comment ne pas songer au Grand Rite qui, par l’union de l’Epée et de la Coupe, symbolise l’union du Dieu et de la Déesse ? Les contes du Graal, qui font partie de la littérature courtoise, mettent en scène de nombreuses jeunes filles et femmes dont le rôle initiatique a dû fortement déplaire aux moines du Moyen-Age, qui se sont empressés de transformer ce Graal (féminin et très sexuel) en « Saint Graal » contenant le sang du Christ et la Grâce Divine.

Voilà, l'une parmi les leçons passionnantes, que Jessie Weston, put apporter à Anne-Laure...

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Anne-Laure de Sallembier – La Quête et la vie mondaine

Publié le par Perceval

Une fête littéraire à Versailles - Le Gaulois 31 Mai 1894 Proust - (Gallica)

Une fête littéraire à Versailles - Le Gaulois 31 Mai 1894 Proust - (Gallica)

Longchamp (Paris), en 1908

En quoi la vie mondaine, contribue t-elle à la Quête … ? La comtesse Anne-Laure de Sallembier en est persuadée : par exemple, quand elle interroge ses amis sur la place de l'art dans leur vie... Anne-Laure appartient à une société où la place de l'esthétique est prépondérante...

Si l'esthétique s'offre à la sensibilité, elle est destinée à l'esprit : un esprit ouvert à l'Absolu...

L'Art passe par l'humain, et lui offre une prise de conscience de soi … Et, à cette époque, ce qui est flagrant c'est la tension constante entre le masculin et le féminin...

Exemple mondain: la femme y est sujet et objet de beauté... La sensibilité provoque les cœur et le corps ; mais finalement ce sont l'âme et l'esprit qui s'enrichissent de l'expérience esthétique ...

 

« Je tiens l’art pour la tâche suprême et l’activité proprement métaphysique de cette vie » Nietzsche (1844-1900) (La Naissance de la tragédie)

 

 

Comme nous venons de le voir, la place du vêtement est essentiel dans une soirée mondaine. La femme, alors s'y sent investit d'une mission : la toilette féminine est une œuvre d’art.

« Mme la comtesse Greffuhle, délicieusement habillée : la robe est de soie lilas rosé, semée d’orchidées et recouverte de mousseline de soie de même nuance, le chapeau fleuri d’orchidées et tout entouré de gaze lilas » Proust - dans la revue Le Gaulois et intitulé ''Une fête littéraire à Versailles''

Ce qui gène Anne-Laure, favorisée alors par sa jeunesse et ses traits ; c'est d'être ''objet '', et non ''sujet''...

Cependant ce n'est pas le cas. Marcel Proust fait de l'élégante, une artiste. Il assigne à la femme qui porte le vêtement un rôle de créateur.

« Je me disais que la femme que je voyais de loin marcher, ouvrir son ombrelle, traverser la rue, était, de l’avis des connaisseurs, la plus grande artiste actuelle dans l’art d’accomplir ces mouvements et d’en faire quelque chose de délicieux » Proust À la recherche du temps perdu, La Pléiade, 1987 t. II – Ici la duchesse est une artiste dans l'art d'accomplir des gestes, dans le mouvement du corps...

 

Mme Swann au bois déploie « le pavillon de soie d’une large ombrelle de la même nuance que l’effeuillaison des pétales de sa robe […] ayant l’air d’assurance et de calme du créateur qui a accompli son œuvre et ne se soucie plus du reste » Proust À la Recherche du Temps Perdu, La Pléiade, 1987 t. I.

Mariano Fortuny

 

La femme artiste, finit d'âtre assimilée elle-même comme oeuvre d'art. Elle est ''contaminée'' par sa toilette ; cette impression est valorisée par la comparaison d'un tableau : Oriane et son manteau avec un « magnifique rouge Tiepolo » RTP, tome III ; ou Albertine et son manteau de Fortuny qui évoque un tableau de Carpaccio...

« Quand il avait regardé longtemps ce Botticelli, il pensait à son Botticelli à lui qu’il trouvait plus beau encore et, approchant de lui la photographie de Zéphora, il croyait serrer Odette contre son cœur. »

 

Oui, tout ceci est ''beau'' ; mais ce n'est pas la vie... ! ?

Cette question est fondamentale pour Proust : l'Art réside t-il dans la femme peinte ou dans la femme réelle … ?

 

«  (…) tout mon argent passait à avoir des chevaux, une automobile, des toilettes pour Albertine. Mais ma chambre ne contenait-elle pas une œuvre d'art plus précieuse que toutes celles-là ? C'était Albertine elle-même. » La Prisonnière, RTP, t. III

La femme comme œuvre d'art... ?... Non... En conclusion :

« Mais non, Albertine n'était nullement pour moi une œuvre d'art. Je savais ce que c'était qu'admirer une femme d'une façon artistique, j'avais connu Swann. »

La-Gandara- Portrait de femme en rose, 1905

 

En 1907, une femme peut s'affirmer comme ''artiste de l'élégance'' et contrer cette tentation (perverse) de l’idolâtrie... Ce qu'il faut admirer, c'est l'artiste en œuvre...

L'art pour Proust éclaircit la vie, la révèle à elle-même :

 

« La grandeur de l'art véritable, au contraire, de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie. » Le temps Retrouvé, RTP, t. IV

M. de Norpois est un diplomate, et son art fait de tact et d'usages, se rapproche de celui de l'écrivain : trouver les bons mots, la bonne formule...

Expo Albert Besnard

Pour Anne-Laure, la question essentielle de l'Art, trouve une réponse avec la proposition de Marcel Proust :

«  (…) le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. » Proust, Le Temps Retrouvé.

Ainsi l'art permet d'accéder au vrai ; à la vraie vie , qui n'est pas la vie sociale avec ses conventions ; mais la vie intérieure.

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Proust et le Graal

Publié le par Perceval

La Recherche de Proust, pourrait s'apparenter à la Quête du Graal...

Pour la Recherche, il s'agit de faire le lien entre le présent : celui des actes du quotidien, et l'esprit d'un passé qui refait surface ; pour la Quête c'est retrouver les correspondances avec le mythe, et rejoindre l'Idée du Beau, du Vrai ; et les deux au travers de la littérature...

 

De plus, c'est au nom de la religion de la Beauté que Proust s'en prend à la ''loi de séparation'', pour défendre les cathédrales ( Le Figaro du 16/08/1904) ; même si c'est ici une religion sans transcendance...

Fantin-Latour, Le Graal, Prélude de Lohengrin - 1892

 

Et surtout, Proust fait référence à Wagner:

« Le rôle du héraut et du roi tout entier, le rêve d'Elsa, l'arrivée du cygne, le chœur du juste, la scène entre les deux femmes, le refalado, le Graal, le départ, le présent du cor, de l'épée et de l'anneau, le prélude, est-ce que tout cela n'est pas beau ? » sur Lohengrin lettre à Reynaldo Hahn (1894) de Trouville)

 

Le Narrateur de la Recherche serait un ''Perceval'' agnostique, découvrant en début une tasse de thé, qui n'en finit pas de la questionner, échappant aux jeunes ''filles-fleurs'', et qui finalement retrouve le Graal à la faveur de pavés disjoints, ou d'un livre...

Comtesse Greffulhe 1902

Encore, c'est le rôle que tient la duchesse de Guermantes : vue dans l'église de Combray, elle apparaît comme dans l'opéra de Wagner : ''Les Maîtres chanteurs de Nuremberg''. Ce serait là l'église Ste Catherine de Nuremberg avec l'entrée solennelle de la duchesse.. Juliette Hassine (Essai sur Proust et Baudelaire) rapproche cette scène de Parsifal : « Pour l'enfant qui attend d'être touché par la grâce du regard de Mme de Guermantes, le spectacle de la duchesse s'avançant dans la sacristie est pour lui une vraie apparition du Graal. »

La duchesse de Guermantes, est selon Proust, une descendante de Geneviève de Brabant, que l'on retrouve chez Wagner ; et … dans les légendes limousines des ancêtres d'Anne-Laure de Sallembier ( c'est ICI...)

C'est aussi, lors de la représentation en 1908 de Tristan und Isolde que Proust, dans sa correspondance, dit admirer pour la première fois, assise dans sa loge, la princesse de Bibesco (1886-1973) qui semble avoir été un des modèles pour la duchesse de Guermantes...

Princesse Bibesco-1911 Boldini

Son salon parisien était fréquenté par Paul Claudel, Georges Clémenceau, Gérard de Nerval, Montesquiou, Anatole France et de nombreuses autres personnalités du beau monde de l'art et de la politique. Proust va la rencontrer lors du bal de L'Intransigeant, le 10 mai 1911, à l'hôtel Carlton .

Dans Au Bal avec Marcel Proust, celle-ci le décrit «  livide et barbu, le col de son manteau relevé sur sa cravate blanche, qui avait traîné sa chaise depuis le début de la soirée ».

Emmanuel et Antoine Bibesco furent les voisins du jeune Marcel Proust, boulevard Malesherbes. Ils partageaient un même humour, s’étaient donnés des surnoms, et avaient un goût commun pour les choses de l’esprit. En leur compagnie, Proust fut entraîné au théâtre, dans les salons, au restaurant, en excursion pour visiter les églises en vue de sa traduction de Ruskin. Ils voyagèrent jusqu’en Belgique et en Hollande. La rencontre des Bibesco fut, en outre, pour Proust, l’entrée dans un monde différent du sien.

librairie Lefailler - vitrine-Proust

L'objet de la Recherche, c'est le '' Temps retrouvé '', lors d'un éblouissement, d'une félicité...

C'est ce qu'écrit Proust « « je présenterai comme une illumination à la Parsifal la découverte du Temps retrouvé dans les sensations, cuiller, thé etc. » Cahiers Proust

À la fin du Temps retrouvé, la longue séquence intitulée « L’Adoration perpétuelle » emprunte son titre à la liturgie catholique pour désigner la découverte du sens de sa vie et de sa vocation littéraire par le héros. En début de la « matinée » du prince de Guermantes, le narrateur est contraint de faire une halte dans le salon-bibliothèque pour attendre la fin du morceau musical dont l’exécution a commencé avant son arrivée. Il y découvre un livre '' François le Champi ''…

 

« (...) je sentais que le déclenchement de la vie spirituelle était assez fort en moi maintenant pour pouvoir continuer aussi bien dans le salon, au milieu des invités, que seul dans la bibliothèque ; il me semblait qu’à ce point de vue, même au milieu de cette assistance si nombreuse, je saurais réserver ma solitude. » (Le Temps retrouvé) Et c'est ensuite le passage du « bal de têtes »...

 

Cristophe Imperiali ( de l'Université de Lausanne) rapproche deux moments du Conte du Graal de Chrétien de Troyes; et de La Recherche du temps perdu de Marcel Proust : d'un côté, l'impérissable scène des gouttes de sang sur la neige; de l'autre, la scène capitale où, dans la bibliothèque des Guermantes, Marcel décide de devenir écrivain.

 

Cette révélation de la mémoire involontaire et de la fonction qu'elle est appelée à jouer dans l'œuvre d'art à créer, Proust l'appelle, dans ses cahiers, une « illumination à la Parsifal »:

 

Je cite ci-dessous des extraits de ce texte qui donne la clé de toute ''La Recherche''

(…) il y a un instant j'étais entré dans la cour de l'hôtel de Guermantes, (…) au moment où, me remettant d'aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s'évanouit devant la même félicité qu'à diverses époques de ma vie m'avaient donnée la vue d'arbres que j'avais cru reconnaître dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d'une madeleine trempée dans une infusion, tant d'autres sensations dont j'ai parlé et que les dernières œuvres de Vinteuil m'avaient paru synthétiser. (…)

 

(…)  je m'efforçais de tâcher de voir clair le plus vite possible dans la nature des plaisirs identiques que je venais, par trois fois en quelques minutes, de ressentir, et ensuite de dégager l'enseignement que je devais en tirer. (..)

 

(..) Et, au passage, je remarquais qu'il y aurait dans l'oeuvre d'art que je me sentais prêt déjà, sans m'y être consciemment résolu, à entreprendre, de grandes difficultés. (..)

 

(…) au vrai, l'être qui alors goûtait en moi cette impression la goûtait en ce qu'elle avait de commun dans un jour ancien et maintenant, dans ce qu'elle avait d'extra-temporel, un être qui n'apparaissait que quand, par une de ces identités entre le présent et le passé, il pouvait se trouver dans le seul milieu où il pût vivre, jouir de l'essence des choses, c'est-à-dire en dehors du temps. Cela expliquait que mes inquiétudes au sujet de ma mort eussent cessé au moment où j'avais reconnu, inconsciemment, le goût de la petite madeleine, puisqu'à ce moment-là l'être que j'avais été était un être extra-temporel, par conséquent insoucieux des vicissitudes de l'avenir. 

 

A la recherche du temps perdu (Marcel Proust) - VII : Le Temps Retrouvé III : Matinée chez la princesse de Guermantes. L'Adoration perpétuelle...

Parsifal de Wagner - Bayreuth 1882

Dans Le Temps retrouvé, rien n'indique quel est le «morceau» de musique qui se joue dans le salon, au moment où le narrateur médite dans la bibliothèque; mais dans la Matinée chez la Princesse de Guermantes, le morceau était très précisément identifié: il s'agissait du deuxième acte de Parsifal, dont la princesse organisait la première audition parisienne. Or, 1' expression « illumination à la Parsifal » renvoie très évidemment à la révélation vécue par Parsifal dans ce deuxième acte, à travers le baiser de Kundry. Or, c'est précisément par un de ces court-circuits temporels que nous évoquions, que Parsifal est soudain capable de relier l'étreinte de Kundry et la blessure d'Amfortas, c'est-à-dire d'aller chercher très loin l'autre moitié de sa sensation présente pour créer cette conjonction hors du temps qu'évoque Proust.

(…)

Parsifal a intégré instinctivement, par la puissance d'une pure compassion, ce qu'aucun raisonnement intellectuel ne permet de saisir, et il est prêt à entreprendre le chemin qui lui permettra de revenir à Montsalvat, de guérir Amfortas et de rédimer le monde du Graal. C'est donc cela qui se joue dans le salon, au moment même où le narrateur, dans la bibliothèque, reçoit son« illumination à la Parsifal » ... Même si la mention de la pièce jouée dans le salon a disparu du Temps retrouvé, une étude génétique montre bien qu'il n'y a guère de doute à avoir quant à l'influence directe qu'exerce sur ce passage le Parsifal de Wagner.

(...)

Dans le Conte du Graal, c'est immédiatement après cet épisode du sang sur la neige que Perceval accède enfin à la cour d'Arthur, mais, surtout, qu'il s'en écarte aussitôt pour partir en quête du Graal - quête qui ne débute, précisément, qu'à ce moment là.

Sources de cette comparaison : Cristophe Imperiali

 

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1900 – L'occultisme - Lady Caithness (2)

Publié le par Perceval

Le Jardin des Hespérides, décor de Ker-Xavier Roussel (1867-1944)

Le Jardin des Hespérides, décor de Ker-Xavier Roussel (1867-1944)

Examinons ''L'Ouverture des Sceaux (1893)''. Il s'agit de l'un des derniers ouvrages de Lady Caithness, qui mourra seulement deux ans après sa publication. Le noyau du livre consiste en un travail d'exégèse des trois premiers chapitres de la Genèse. Pour Lady Caithness, la Bible est un « ''livre scientifique '', dont les mystères peuvent être aussi facilement compris qu'une proposition en mathématique, en mécanique ou en chimie »... ( Ce livre semble s'apparenter à une série de communications avec des entités spirituelles... )

Dans un chapitre, il est question de la chute d'Adam et de sa punition, à savoir la sortie du jardin d'Eden : l'auteure commence à considérer la description du jardin et des quatre fleuves qui sont censés l'arroser, il ne s'agit pas d' un lieu géographique ; mais d'un lieu ''physiologique''. Selon Lady Caithness, le jardin d'Eden est en effet le corps humain même, et plus particulièrement le corps de la femme. Pour elle le corps humain est « le temple de Dieu », « la merveille, la couronne des œuvres magnifiques de Dieu; il est son image a Lui, et lorsqu'il sera devenu parfait ce sera le lieu ou Il habitera ». Et, il est intéressant de noter que, dans ce jardin qu'est le corps, une attention spéciale est attribuée aux organes de la reproduction. En effet Lady Caithness regrette que le corps soit aujourd'hui « considéré comme une chose honteuse, et ses parties les plus indispensables [soient] estimées les plus vulgaires, et méprisables ». Mais en réalité, « aux yeux du Créateur, la génération dans l'homme est ( ... ) une fonction supérieure et divine. Le système créateur est un sanctuaire dans lequel s'accomplissent ses intentions les plus élevées »

Si les organes sexuels ne représentent rien d'impur, c'est « l'usage pervers que l'homme en a fait» qui les a rabaissés.

Hilda Elisabeth Keyser (1851–1898)- L’expulsion du jardin d'Eden

Le chapitre se poursuit avec une exégèse originale, identifiant les quatre fleuves du jardin d'Eden aux quatre fonctions corporelles, liées à la circulation des fluides :

• Le premier fleuve, Pischon, est celui de la nutrition du corps par le biais du sang, qui circule dans tout le système. Ensuite il y a Guihon, le fleuve qui représente les excréments qui courent par la voie des intestins. Le troisième fleuve est Heddekel, qui « débarrasse le système d'une autre classe d’impuretés par le moyen des reins ». Il s'agit évidemment de l' urine. Finalement, le quatrième et dernier fleuve, l'Euphrate, est celui « qui rend fertile, qui coule a travers le système reproducteur ». Puisqu'il est question ici particulièrement du corps de la femme, il doit s' agir des eaux du ventre de la femme enceinte, mais aussi du sang de ses règles.

Mystère - Lucien Lévy-Dhurmer

 

Ensuite, les propos de Lady Caithness, restent obscurs : elle évoque un « baume en Galaad », et une « source d'eau vive » qui serait capable de régénérer les corps humain …

« Qui donc empêchera ceux qui savent ces choses de les proclamer? [ ... ]Qui dira aux vieillards [ ... ) qu'il y a un baume en Galaad capable de leur rendre la jeunesse et la force, et de les sauver de la mort en les introduisant dans le royaume des fils de Dieu? A la race malade et maudite, qu'il y a une source d' eau vive qui peut la guérir, si seulement elle veut en boire, qui apaisera l'enfer ardent dont elle souffre; qu'il y a un pays ou coule le lait et le miel, un arbre et une rivière de vie pour satisfaire tous les besoins humains? Qui osera dire cela? Et cependant ce sont justement ces choses que chaque âme vivante peut obtenir, car Dieu les a mises a sa portée. Le royaume des cieux est en tous, et il n'y a qu'à le chercher pour le trouver et en jouir. »

The lovers by Fidus (1868-1948)

Certains lecteurs font références à ces passages, pour parler de '' magie sexuelle''

« [ ... ] le mystère de Dieu qui est cache en Christ et scellé dans la Bible[ ... ) est le chemin par lequel les forces créatrices dans l'homme et dans la femme, forces qui furet perverties à l’époque de la Chute, doivent être utilisées et devenir l’élixir de la vie, au lieu d’être ce qu'elles sont maintenant, la malédiction de la mort. »

Ces « forces créatrices dans l'homme et dans la femme » pourraient être les forces de la sexualité?

 

Lady Caithness semble croire que le moment n' est pas encore venu pour révéler ouvertement au monde ce ''mystère''. Pour elle il semblerait que le sexe tel qu'il est pratiqué n'ait pas grand chose à voir avec celui-ci. La sexualité vécue alors est effectivement une souillure du corps, et, pour l'instant, il est nécessaire de souligner l'importance de « relations pures ». Malheureusement, Lady Caithness n' explique pas ce qu' elle entend par cette expression...

Fidus. Peintre allemand. Époque Art Nouveau.

Elle ajoute qu'il ne faut pas craindre que cette nouvelle sexualité puisse être moins satisfaisante, même sur le plan strictement sensuel, que l'autre. A ce propos, elle aborde aussi explicitement, dans des termes seulement un peu voilés, mais évidemment courants a son époque, la question de l'orgasme:

« Nous n'avons pas l'intention de dire que la relation entre les sexes, telle qu' elle doit exister, priverait l'un ou l'autre du bonheur qui peut-être senti par le cœur dans l'union a travers les sens. Non! au contraire ce bonheur sera augmenté au delà de tout ce que l'on peut imaginer. » •

Puis, elle ajoute une remarque adressé plus particulièrement aux hommes, qui n'imaginent pas quelle sera la qualité des orgasmes après la venue du Jour Nouveau:

« Oh! si les hommes pouvaient comprendre cela, et voir que, même au point de vue matériel et égoïste, ils auraient tout intérêt a aspirer à la nouvelle naissance. »

 

Ce discours sur la sexualité, est d'autant plus étonnant, qu'il est porté – à cette époque – par une femme … Discours original, même dans la mouvance théosophique.

Une autre exception intéressante, de ce point de vue, est le point de vue d'Ida Craddock, contemporaine de Lady Caithness, qui développe une extraordinaire doctrine de sexualité mystique sur la base de communications qui lui auraient été faites par une entité angélique. Dans ces enseignements, peut-être influencés par les écrits de P.B. Randolph, Ida Craddock donne une grande importance a la question de la jouissance féminine comme clé du bonheur conjugal.

 

A noter, peut-être, que le fait d'envisager une source que l'on prétend autre que soi - ici des ''entités'' permet un discours sur la sexualité plus radical et qui transgresse des normes sociales...

 

Enfin, cette nouvelle vision du corps qui prend forme au sein de la mouvance occultiste, pourrait être rapprochée du courant allemand de la Lebensreform : un mouvement de réforme en Allemagne et en Suisse à la fin du XIXᵉ siècle et début du XXe.. principalement critique de l'urbanisation et de l'industrialisation avec son slogan du « retour à la nature ».

Sources : EXEGESE ET SEXUALITE: L'OCCULTISME OUBLIE DE LADY CAITHNESS par Marco PASI ( agrégé d'histoire de la philosophie hermétique et des courants associés à l'Université d'Amsterdam )

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1900 – L'occultisme - Lady Caithness (1)

Publié le par Perceval

Beaucoup de femmes trouvent de l'intérêt à la mouvance théosophique, quant à leur ''émancipation '' dans la société et aussi, pour celles qui y accèdent, pour leur sexualité.

En effet, ''On'' considérait que le corps féminin était un obstacle au développement spirituel .. ! Et des femmes, comme Lady Caithness, développent un discours différent...

María Estuardo duchesse de Pomar par Winterhalter

Lady Caithness, présidente de la société théosophique de Paris, est née Maria Mariategui en 1830 a Londres, de père espagnol et mère anglaise (catholique), les deux appartenant a des familles de la haute aristocratie... Elle se marie en 1853, avec le comte de Medina Pomar. Elle est veuve en 1868, et commence à s'intéresser au spiritisme...

En 1872 elle se marie en secondes noces avec James Sinclair, comte de Caithness, appartenant a l'une des familles les plus anciennes, et riches, de l'Ecosse. Elle publie alors '' Old Truths in a New Light,'' sa vision personnelle de la tradition occulte.

En 1877 se produit l’événement de de sa vie spirituelle: elle reçoit dans son domaine de Holyrood, en Ecosse, une révélation provenant de l'esprit désincarné de Mary Stuart (1542-1587). Elle reçoit alors des communications par la voie mediumnique – de Mary Stuart – des années durant...

Portée par les idées féministes qui circulent dans les milieux spiritualistes ; vers 1879, elle s'éloigne de son mari, et s'installe a Paris... Son mari meurt en 1881, la laissant héritière de son patrimoine : femme libre et riche …

Mary Stuart

 

Elle se lie en particulier avec Anna Kingsford ( 1846-1887) et Edward Maitland (1824-1897), qui font des longs séjours chez elle tant a Paris qu'a Nice. Des séances spirites se tiennent régulièrement chez elle ...

Entre 1883 et 1884 elle fonde la ''Société Théosophique d'Orient et d'Occident '', une branche française de la Société Théosophique de Mme Blavatsky.

Lady Caithness va mourir d' une crise d' asthme en 1895, a 1'âge de soixante-cinq ans. Son corps est inhumé avec des funérailles catholiques.

Ci-dessous: Un message de Marie, reine d'Écosse, avec son monogramme.

 

Examinons, à présent, quelques aspects de la pensée de Lady Caithness :

- Pointons l'importance pour elle du thème de la réincarnation ( alors qu'elle tient à rester dans le christianisme...)... Elle va tenter de contrecarrer l'aspect antichrétien de l’œuvre de Mme Blavatsky. A noter que, parmi les participants à ses soirées mondaines il y avait aussi un bon nombre de prélats et d'hommes d’Église...

- Un autre aspect important est celui du messianisme. Un messianisme féminin : les signes d'une ''fin des temps'' sont là : une nouvelle ère commence, et la femme jouer un rôle important...

Fujita - 1918

La société théosophique ouvre ses portes à de grandes figures féminines comme Emma Hardinge Britten, Mme Blavatsky , Anna Kingsford... Même si ces femmes se lient toujours à des personnalités masculines. Lady Caithness, elle, semble être en mesure d'affirmer son indépendance totale,surtout après la mort de son deuxième mari. A partir de ce moment elle est une femme déterminée, indépendante, riche, qui profite de sa position dans la haute société cosmopolite de son temps, et ne semble pas avoir besoin de l'appui d'un homme pour légitimer ses intérêts ou ses activités.

La Femme ou Principe féminin est au centre de sa pensée. Elle questionne l’idée que Dieu est Père et par là-même donne à la Femme une dimension spirituelle de premier ordre.

 

Le '' féminisme ' de Lady Caithness se manifeste surtout dans sa manière de lire les textes sacrés, et dans sa tentative de mettre en cause les interprétations théologiques traditionnelles, qui n'auraient pas attribué à la femme le rôle prééminent qui lui revenait. L'aspect féminin de la Divinité a été trop longtemps ignorés par les théologiens.

Alexandre Séon, "La Pensée", vers 1900

Pour ce qui est de la dimension sexuelle, certains membres de la mouvance ''occultiste'', y compris Mme Blavatsky et Anna Kingsford, défendent la valeur spirituelle de l'abstinence sexuelle, même à l'intérieur du mariage... Pour beaucoup de femmes, à cette époque, elles aspirent plus à une ''liberté du sexe', qu'à une ''liberté sexuelle'' … L'abstinence n'étant pas justifiée par des considérations de type moral, mais plus sur un discours qui porte sur la sublimation des énergies sexuelles, dirigée surtout sur le corps masculin...

 

Sa référence fondamentale reste la Bible. Son christianisme fait du Christ une figure universelle. Le Christ est l'un des grands maîtres de l’humanité, ainsi qu'un principe cosmique. Son lien avec le Jésus historique est de plus en plus tenu. La lecture et l’exégèse de la Bible sont de nature symbolique, et rappellent par bien des aspects l'approche de Swedenborg, qui reste une influence fondamentale de la mouvance spirite et de l’ésotérisme du XIXe siècle, particulièrement en France. Le sens littéral n'est que le sens exotérique du texte sacré, alors que son sens ésotérique n'est accessible qu'aux ''chercheurs'' ( volonté + grâce )...

La Bible n'est pas un livre d'Histoire ; dans le sens de la succession d’événements concrets qui mènent, de la chute d'Adam au pacte de l'Alliance de Dieu avec le peuple élu, puis a l'incarnation historiquement située de Dieu dans la chair d'un homme.

La Bible nous parle en revanche, par le biais de '' figures '', de l’évolution de l'âme sur son parcours vers l'illumination divine. Les personnages mêmes de la Bible représentent des stades, des passages, de ce chemin vers la perfection.

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A propos d'Anne-Laure de Sallembier

Publié le par Perceval

Anne Laure de Sallembier (1875-1951), la petite-fille de Charles Louis de Chateauneuf, a effectivement pris la suite de ''la Quête''... En particulier, depuis le lien qu'elle a pu faire entre son "trésor" qu'elle tient de ses aïeux et ses expérience spirituelles, ses rencontres, ses voyages... Je rappelle ses origines...

Anne-Laure, unique héritière d'une riche famille de négociants qui a fait fortune dans le commerce des tissus au long du XIXe siècle, épouse le Comte de Sallembier, aristocrate – de trente ans de plus qu'elle - qui après une vie de célibataire longue et épicurienne, a su (?) monnayer son titre...

La généalogie indiquerait en amont de ces négociants en toile une Mlle Adélaïde Haton de la Goupillière devenue Mme Vétillard, morte à Pontlieue le 30 décembre 1800 ; et dont le mari faisait commerce de toiles....

* A noter: un peu plus tard, nous retrouverons Julien Napoléon Haton de La Goupillière (1833-1927) qui est un savant français, directeur de l'École des mines de Paris de 1887 à 1900, président de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale de 1888 à 1892 et de la Société mathématique de France en 1890, et vice-président du conseil général des mines de 1900 à 1903. Il était doyen de l'Académie des sciences.

Toile Mayenne

La première génération – en Mayenne - négocie la toile de lin.. Puis, le coton va se substituer au lin. La famille ne s'occupe pas à cette époque de tissage mais seulement de négoce et de finition des tissus. Une autre génération ajoute la fabrication de coutils et calicots, puis intervient en tissant et assurant sa totale finition. Le négoce est ainsi doublé d'une réelle activité industrielle.

Autour de 1850, le grand-père est membre de la Chambre consultative, lieutenant de la Garde Nationale. Un peu plus tard juge de commerce... Avant, enfin, de monter à Paris...

Louis-Ferdinand Vétillard, devient un notable commerçant de Paris. Il fut juge du Tribunal de commerce de Paris et membre de la Légion d'Honneur...

Il est propriétaire de biens immobiliers ( la moitié de son patrimoine...) , et d'une propriété à Villeneuve le Roi. Ce domaine a environ 110 ha, comporte une belle demeure et divers bâtiments d'habitation et d'exploitation, ainsi qu'un parc composé de bois et faisanderie. La succession montre également qu'elle est composée de rentes 3 et 4,5 % et divers chemins de fer ; elle est située dans les 1 % des plus grosses successions parisiennes.

Louis-Ferdinand Vétillard, le père d'Anne-Laure, va épouser Cécile-Joséphine J. (la fille de Charles-Louis de Chateauneuf et de Mme J. .. Ils auront donc une fille : Anne Laure ....

 

En cette fin du XIXe siècle, Anna Laure a su rénover et moderniser le château de Fléchigné, propriété de sa mère…..

 

Le Blason de Fléchigné : d'argent, à la bande de gueules, et deux trèfles de sinople...

Ce château se situe dans le ' Passais ' ( le passage, la marche...) à la croisée de trois règions historiques, au sud du duché de Normandie, contre la Bretagne et le Maine. Non loin de la place forte de Domfront et de Lassay les Châteaux ... Nous trouvons, non loin également, Barenton, le site de la Fosse Arthour, Sept-Forges, Saint-Fraimbault...

 

Alors qu'Anne-Laure est jolie, et riche...; elle repousse tous les prétendants qui se pressent...

Enfin; à la grande surprise de ses proches, elle accepte l'hyménée avec un vieil homme: le comte de Sallembier.

Anne-Laure, unique héritière d'une riche famille de négociants qui a fait fortune dans le commerce des tissus au long du XIXe siècle, épouse donc le Comte de Sallembier, aristocrate – de trente ans de plus qu'elle - qui après une vie de célibataire longue et épicurienne, a su (?) monnayer son titre … Le 10 Décembre 1900, elle met au monde un fils, qu'elle appelle Lancelot... Quelques années après son mariage, Georges de Sallembier, meurt subitement d’une fièvre typhoïde, à Paris...

Lorsque Anne-Laure et ses parents résidaient à Paris, elle eut la chance de vivre de nombreux moments privilégiés avec son grand-père Charles-Louis... C'était comme s'il vivait déjà dans un autre monde, et qu'il le lui faisait découvrir en le parcourant au moyen d'histoires... Ces histoires ne ressemblaient pas à celles que l'on raconte aux enfants pour les endormir... Non, celles-ci provenaient d'un temps parallèle au nôtre, qui avait eu son existence et la continuait... Il avait laissé des traces, des signes au-travers d'objets que l'on pouvait encore découvrir ci-ou-là dans des maisons, des églises, des châteaux, des musées ...etc ... Ces histoires réveillaient l'esprit, l'envie de connaître ; elles enchantaient l'âme en lui faisant découvrir son véritable lieu d'épanouissement …

Quand Charles-Louis parlait de l'Autre Monde, Anne-Laure entendait le Vrai-monde ; celui d'où elle venait, et où elle allait …

Son grand-père lui contait d'étranges histoires où se côtoyaient des fées, et des humains ; des gobelins et des paysans, des diables, des sorcières, des prêtres, des seigneurs .... L'histoire devenait bien plus qu'un conte ou une légende. Le ton, le réalisme déployé, en faisaient un enseignement de plus en plus sérieux, avec l'aide d'ouvrages, de gravures pour finalement – toujours - aborder le sujet essentiel de la Quête ; celle qu'animait secrètement les plus exemplaires de ses personnages... Cela commençait toujours au plus près de sa vie, en '' Passais'' ; ou souvent en Limousin – quand il était enfant – le relief était plus tourmenté, les routes carrossables inexistantes, des ''chemins creux'' entre forêts et tourbières, des villages isolés surmontés d'un château …

Une chapelle abandonnée gardait un secret. Seule une croix gravée rappelait qu'ici s'établissait une commanderie... Alors, le grand-père Charles, sortait l'anneau , ou une croix de fer... qui prouvaient que ceci n'était pas qu'une histoire ….

En grandissant, la petite Anne-Laure fut initiée à la légende arthurienne... Légende, signifiait qu'il ne servait à rien de consulter certaines personnes à son sujet ; il s'agissait d'une Histoire pour ''initiés''... cela se passait souvent en Bretagne ( la grande...) ou de l'autre côté du Rhin, en province allemande. Il n'était pas question alors de petite Bretagne, et encore moins de Brocéliande ( ou si peu …)

Elle se souvenait de noms: Lancelot, Viviane, Morgane... qui aujourd'hui encore la transporte dans un ''outre-monde'', un monde parallèle qui pour ceux qui sont attentifs croise parfois le nôtre...

Et puis, bien sûr, il y Parsifal; qui en ce début du siècle évoque davantage le personnage de Wagner et de Eschenbach... comme nous venons de le voir...

 

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Voyage en Allemagne – Parsifal et Wagner -

Publié le par Perceval

Anne-Laure de Sallembier est sortie bouleversée de la représentation de Parsifal... C'est comme si un événement capital avait eu lieu ; quelque chose en elle s'est accompli : « Cette œuvre a atteint le fond de mon âme ; mais je ne sais pas encore ce qu'elle peut me révéler... »

Elle eut l'impression d'avoir assisté à une sorte d'initiation, à un mystère... Celui de la Rédemption...

Elle se demande si la beauté de cette œuvre ne toucherait pas à l'essence même de la religion... ?

C'est comme si elle avait ressenti - après la nuit et les larmes de la souffrance - la fraîcheur, la paix d'un nouveau jour sous la protection d'un amour divin...

Pendant le spectacle, Anne-Laure passe de la terreur aux frissons suaves, de la fascination à l'extase …

Le spectacle s'adresse d'abord à l'intuition par le symbole … Puis, ce que l'intuition ressent, est confirmé par ce que la raison comprend.... Elle retrouve là quelque enseignement de Bergson ...

La musique de Wagner, pénètre dans le corps, on a du mal à dominer ses impressions... Il y a la tentation de la volupté, mais on sent toujours, en même temps, l'aspiration de l'âme verts le haut...

A Montsalvat le Graal est à l'abri d'un temple inaccessible ; confié à la garde d'hommes simples et purs à qui Il donne un pouvoir surhumain. Ils gardent aussi la Lance, mais la lance est passée au pouvoir de l'Ennemi, et le Graal est menacé... La Lance est - comme - à l'avant-poste du Graal …

 

Je retranscris ici, quelques notes, qui concernent surtout des images, de la musique

Acte I :

* « On voit passer le roi Amfortas couché sur sa litière, se rendant au bain. Kundry, la séductrice, apparaît sous une de ses personnalités. Vêtue comme une sorcière sauvage, elle apporte un baume mystérieux pour le roi malade. Mais son demi-repentir ne suffit pas à l’affranchir, et Klingsor peut s’empare d’elle à volonté pour l’employer au service de ses œuvres de ténèbres. » (...)

« Gournemans assis sous un grand arbre, raconte aux jeunes écuyers groupés autour de lui l’histoire des malheurs récents du Graal et des souffrances du roi Amfortas depuis qu’il a succombé à la séduction d’une magicienne. Soudain, vibre dans l’air le bruit d’une flèche décochée et un beau cygne s’abat expirant à quelques pas du groupe. Les écuyers se précipitent et amènent le coupable devant Gournemans. Parsifal, car c’est lui, regarde effaré;il ne comprend pas ce qu’on veut de lui. »

« Pendant que l’âme de Parsifal s’éveille au sentiment de la pitié pour le cygne, l’orchestre fait entendre les motifs qui, plus tard, seront associés aux scènes les plus religieuses et en particulier à celle de la communion dans le temple du Graal. (…) le procédé musical de Wagner vient renforcer la signification ésotérique de l’idée... » (...)

« L’audition de ces motifs, jointe à la vision de la scène, fait pénétrer instantanément dans le cerveau de l’auditeur cette idée que la communion de l’âme avec le divin et la rédemption qui en est la conséquence, ne peuvent s’accomplir qu’en respectant la loi d’amour qui unit dans une solidarité absolue toutes les parties de l’Univers... » (...)

« C’est en vain que Gournemans interroge Parsifal. Il ne sait rien, ni qui il est, ni d’où il vient. Mais Kundry, la sorcière, révèle sa naissance. Elle apprend à Parsifal que sa mère est morte de chagrin parce qu’il l’a abandonnée.

* « L’orchestre fait entendre le motif de la magie, qui tout au long de l’oeuvre souligne la perte du libre arbitre... (...)

« Gournemans qui vaguement entrevoit que ce naïf enfant des bois pourrait être « le Simple, le Pur » dont l’arrivée a été prédite au Roi pécheur, entraîne Parsifal du côté du Temple. C’est ici que se trouve ''la montée au Graal'': . Cette partie musicale de l’oeuvre est celle qui m’apparaît comme la plus profondément ésotérique ( c'est à dire : à comprendre par l'intuition, avant la raison...), parce que le génie du maître semble avoir exprimé en ces surhumaines harmonies le mystère de l’évolution de la vie sur tous les plans de l’existence: le plan cosmique : évolution des mondes; le plan matériel terrestre : évolution de l’homme; le plan spirituel : évolution de l’âme. » (...)

« Le décor commence à se mouvoir de gauche à droite de façon à donner l’illusion de la marche. Insensiblement les voûtes de la forêt se changent en masses montagneuses. L’obscurité envahit la scène. Au milieu des harmonies puissantes de l’orchestre qui montent et s’enflent comme les vagues de l’Océan, on entend cette phrase cadencée de Gournemans: «Tu vois mon fils, le temps ici devient l’espace.»

Ainsi que les personnages du drame, l’auditeur se croit transporté dans l’infini insondable. Le monde de l’illusion disparaît, nous avons dépassé les limites du temps. Dans le gouffre de la vie universelle, la loi éternelle se déroule avec les mondes qui évoluent et les humanités qui se dégagent lentement des règnes inférieurs de la nature pour s’élever jusqu’à la sphère de l’esprit.

L’orchestre seul parle, car les mots seraient impuissants à peindre le mystère qui se déroule. »

« Le motif de la marche du Graal entremêlé avec l’appel des cloches; puis les motifs de la douleur et de la pitié. Les différents crescendos qui s’accentuent comme une ascension sur des plans d’élévation successifs disent l’effort douloureux de l’univers, de la nature et de l’homme enfantant le divin.

(…) bientôt le thème du Graal s’affirme dans toute sa plénitude avec l’idée de la victoire. Puis, tout s’apaise : seules les cloches du Graal appellent les chevaliers. Ils entrent deux à deux dans le Temple. Le décor est ici à la hauteur du rêve, la vision du Maître est égalée. On se sent dans le tabernacle où s’adore l’immuable.

S'accomplit la liturgie du Graal...

Parsifal porte la main à son coeur, la vérité est devenue vie en lui. Mais.... il reste silencieux !

Désormais, quelles que soient les épreuves qu’il aura à subir, l’étoile du Graal le guidera. La lumière a pénétré jusqu’au fond de son âme. Gournemans peut le chasser hors du Temple, il saura y revenir. »

 

Au deuxième acte,

« Le prélude du deuxième acte prépare l’auditeur à pénétrer dans le royaume de la magie où s’agitent et se démènent les forces élémentaires, semi-intelligentes, au moyen desquelles Klingsor exerce ses enchantements diaboliques. Rien de plus coloré que cette phrase du début. On dirait une chevauchée de furies. Puis, sur une basse qui semble peindre le chaos des éléments, des traits rapides se dessinent, semblables à des salamandres sillonnant la nuit. » (...)

« Kundry sort d’un gouffre, enveloppée d’une vapeur blanche sous laquelle apparaît sa beauté radieuse.

Au moment où Kundry s’éveille, Klingsor étouffe sa conscience spirituelle et, par la suggestion exercée sur le quatrième principe, ou l’âme animale, il enfonce le dard du désir dans la chair qui commence à tressaillir. (...)

(…) surgit un jardin enchanté, où la séductrice, cachée derrière un bosquet de plantes tropicales, attend l’arrivée de Parsifal. (…) la scène ravissante des filles-fleurs. Rien de plus chastement voluptueux... (…) C’est un trait caractéristique de l’oeuvre de Wagner que l’idée du mal y est toujours représentée d’une façon frappante, sans jamais souiller l’âme par la vulgarité des tableaux ou la lascivité des attitudes. À quelle hauteur se livre la lutte ! On le comprend au premier appel de Kundry : « Parsifal !… »

« Ces trois notes évoquent un monde de pensées ; l’effet en est saisissant. Il dit tant de choses, ce nom prononcé en ce moment, et souligné par les divers motifs de l’orchestre. Il évoque la vaste forêt, les jours de l’enfance, la tendresse maternelle, les rêves de l’adolescent, son pressentiment du Graal ; tout ce-la voluptueusement enveloppé de chauds effluves qui émanent de la séductrice. « Je t’ai vu dans ton berceau de mousse », lui dit-elle. Puis, elle lui décrit les angoisses de sa mère lorsque son fils restait longtemps loin d’elle, sa joie quand elle le retrouvait, ses étreintes folles. Et, pour vaincre la pureté qui s’effarouche, elle ajoute en souriant : « Ces baisers-là ne te faisaient-ils pas peur ? » Ah ! elle sait bien, la subtile magicienne, la rose de l’Enfer, que de vulgaires voluptés ne sauraient séduire le « Simple et le Pur ». Elle a touché juste en faisant vibrer la corde qui chante l’amour unique, le seul qui ne trompe pas. «Ma mère! ma mère!» s’écrie le jeune homme en s’affaissant aux pieds de Kundry. Doucement, la magicienne enlace de ses bras l’enfant qui se souvient et pleure. «L’aveu et le repentir effaceront ta faute, lui dit-elle, en se penchant vers lui, le savoir changera ta folie en raison. Apprends à connaître cet amour qui enveloppait Gamuret lorsque l’ardeur d’Herzeleide l’embrasait. L’amour qui te donna la forme et l’existence, devant lequel la mort et l’innocence reculent, qu’aujourd’hui, avec le salut suprême de la bénédiction maternelle, il te donne son premier baiser»

La séductrice se penche et pose ses lèvres sur celles de Parsifal.

Le baiser qui devait perdre Parsifal, le sauve. Il repousse les bras nus de l’enchanteresse.

« Amfortas ! » Ce cri, qui produit une impression bouleversante, n’est-il pas comme la réponse à l’appel de Kundry, un instant auparavant : « Parsifal ! »

Parsifal, toujours sous l’obsession du souvenir d’Amfortas, se représente la scène où le roi du Graal a succombé... (...)

 

Désormais elle n’est plus l’esclave de Klingsor qui obéit à une impulsion reçue. C’est une vraie femme en proie aux affres d’un amour méprisé, (...)

Dans son âme blessée, passionnée, mais toujours aspirante, Parsifal se confond avec le Sauveur qu’autrefois, dans une lointaine existence... etc

Il est impossible de donner avec des paroles la moindre idée de la puissance de cette scène exprimée par la musique. (…)

Après le cri «Amfortas» viennent les motifs de la souffrance et de la pitié; puis, semblables à des sifflements de l’enfer, des passages démoniaques, qui s’appliquent à l’œuvre diabolique de Kundry.

(..)

Lorsque Parsifal est à genoux, ce sont les thèmes du Graal et de la Cène qui viennent fortifier son âme contre la tentation. Dans le délire de la passion de Kundry, les harmonies rappellent le château magique avec ses ensorcellements. (...)

Klingsor tient la lance qu’il a dérobée à Amfortas ; il en menace Parsifal. L’éclair du fer reluit, mais il s’arrête au-dessus de la tête du « Simple et du Pur. » Parsifal prend la lance et dessine dans l’air un grand signe de croix. Alors jardins et palais disparaissent. Klingsor s’enfonce dans l’abîme ; les filles-fleurs jonchent le sol. Kundry s’affaisse en poussant un cri. Au fond de la scène, apparaît le sommet neigeux qui domine le Graal.

 

* Un prélude d’une beauté incomparable nous peint la morne tristesse qui plane sur le Graal, et ces harmonies désolées, venant après le mouvement enfiévré de la magie, font passer dans notre âme le froid de la mort. D’autres motifs nous disent la lutte anxieuse de Parsifal à la recherche du Graal et le cri de Kundry brisée et vaincue. Le moi inférieur est bien crucifié, mais l’âme spirituelle n’a pas encore reçu le baptême de la lumière céleste.

« Le troisième acte s’ouvre comme une idylle de paix et de rédemption. Nous sommes dans un paysage printanier et au milieu d’une prairie parsemée des premières fleurs, à la lisière d’une forêt ombreuse d’où s’échappe une source claire. Le vieil écuyer de Titurel, Gournemans, s’est fait anachorète. Il sort de sa hutte, car il a entendu un profond gémissement, un soupir d’angoisse derrière le buisson. Il approche et voit Kundry endormie là d’un sommeil léthargique. Il la relève inerte comme un cadavre, lui frotte les mains et l’asperge d’eau. Enfin elle ouvre les yeux. Gournemans, qui l’a souvent retrouvée ainsi et qui ne sait rien de sa vie de péché, remarque cette fois-ci une différence. Rien de sauvage ni de fiévreux; elle est humble et triste. Elle porte la robe brune des pénitentes,une corde en guise de ceinture, et arrange soigneusement ses cheveux épars.

(...)

« l’admirable scène connue sous le nom de Charme du Vendredi Saint. (…) Parsifal prend le flacon des mains de Kundry et le remet à Gournemans, afin de recevoir de lui l’onction sainte. « Qu’il soit purifié et lavé de toutes les souillures de sa longue course errante ! » dit le pieux chevalier, tandis que les motifs les plus doux passent comme des brises d’amour sur les têtes inclinées. Puis, au moment où Gournemans prononce ces mots : « Ainsi l’heure est venue, ton front je le bénis et Roi je te salue ! » le motif de Parsifal vainqueur éclate avec une force triomphante et se termine en un grandiose fortissimo sur le thème du Graal. Parsifal puise de l’eau dans le creux de sa main et la répand sur la tête de Kundry en disant : « Ainsi j’accomplis mon premier devoir, reçois l’eau du baptême, et crois en ton Sauveur qui t’aime. » - Kundry s’affaisse aux pieds de Parsifal et pleure.

Le bruit de ses sanglots étouffés qui se mêle à la phrase adorable de la Foi, pénètre l’âme d’une émotion indicible. (...)

«  même effet de décor qu’au premier acte. Toute la scène semble se mouvoir, mais en sens inverse. Cette montée au Graal, bien différente de la première, exprime par la musique le désespoir de l’heure actuelle, la mort de Titurel. (...)

Amfortas ne peut échapper à sa souffrance, car son repentir n’a pas changé la direction de son désir. En lui c’est l’être inférieur qui aspire toujours à la vie. Il n’a pas la force de s’élever à un état de conscience supérieur. Parsifal lui, par la pitié pour le souffrant, est monté jusqu’à la sphère de l’amour divin.

 

Sources : Émilie de Morsier (1843-1896) PARSIFAL de Richard Wagner

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Parsifal de Wagner

Publié le par Perceval

Parsifal de Wagner

Je n'ai hélas jamais vu, le Parsifal de Wagner... Je n'en ai écouté que des extraits... Alors, je n'aborderai pas l'aspect musical de l'oeuvre... Je vais seulement rapporter, l'histoire que nous conte Wagner :

En ce temps, les précieuses reliques que sont : le Graal et la Sainte-Lance, sont conservés dans une demeure inviolable et inaccessible aux profanes, sur le '' Montsalvat '', où se dresse un château élevé par le pur Titurel, et les mettre à l'abri des ennemis de la Foi... Autour de lui, une élite de chevaliers que leur pureté a rendus dignes de ces augustes fonctions, sert le Graal qui récompense ces nobles serviteurs de leur pieuse fidélité, en les investissant d’une force et d’une vaillance miraculeuses...

Klingsor, d'une contrée voisine, souhaite être admis dans cet ordre chevaleresque; mais tiraillé par le ''péché''; il ne peut faire taire ce désir qui emplit son âme... Ne pouvant y parvenir, il détruit cette force maléfique en se mutilant... Mais, cette indigne action lui ferme à jamais les portes du Château sacré... ! De plus, il reçoit de l'Esprit du mal les enseignements maudits de l’art de la magie.

Plein de haine alors contre ceux qui l’ont renié comme frère, il a employé son fatal pouvoir à transformer la lande aride en un jardin plein de délices où croissent, moitié fleurs, moitié femmes, des êtres fantastiques d’une beauté irrésistible, déployant leurs séductions pour s’appliquer à perdre ceux des chevaliers du Graal qui sont assez faibles pour tomber dans leurs pièges.

klingsor and the magic garden - Wagner's Parsifal

Les uns après les autres, une grande partie des gardiens du Graal se font attirer puis ensorceler par ces femmes dans les ivresses de la luxure. Tant et si bien qu’un beau jour, leur chef Amfortas, n’en pouvant plus de voir sa communauté disparaître ainsi peu à peu, a décidé de partir lui-même armé de la sainte lance pour le jardin magique dans le but d’en finir avec ce Klingsor que son père Titurel avait autrefois rejeté avec dégoût.

La chasteté forcée de Klingsor lui donnait pour accomplir le mal autant de puissance qu’une chasteté librement assumée en donnait aux autres religieux pour faire le bien. Il était parvenu à se rendre maître, grâce à cette force, d’une femme extraordinairement séduisante, sorte de réincarnation d’Hérodias et de Marie-Madeleine, aspirant elle-même à la délivrance de ses fautes et attendant cette grâce d’un être qui, enfin, saurait résister à ses charmes.

Cette femme, se nomme Kundry dans sa vie actuelle ; autrefois dans une vie antérieure, elle avait croisé sur son chemin le Christ montant au Calvaire chargé de sa croix et elle avait ri de Lui... Ensuite, elle dut porter douloureusement le souvenir du regard qu’il lui avait alors adressé... Cette femme, géniale personnification de l’éternel féminin à la fois Eve et Marie, tiraillée entre le mal et le bien, est en quête de cet amour absolu qu’elle avait entrevu autrefois dans le regard du Christ.

Kundry: Mihoko-Fujimura

Kundry séduit les chevaliers; mais aussi les sert pour expier et réparer le mal qu’elle leur cause au service du mal. Amfortas, le présomptueux, armé de la lance sacrée, n’eut pas plus tôt rencontré l’ensorcelante Kundry qu’il succomba à son tour; Klingsor s’empara de la lance, il lui infligea au flanc une blessure inguérissable avec laquelle il regagna à grand peine le domaine du Graal.

Là, malgré tous les baumes et les onguents, il ne parvint jamais à se remettre de son mal et il ne cessait d’implorer le Ciel pour sa guérison.

Depuis ce temps, la confrérie auguste des chevaliers est plongée dans la tristesse et la honte, chacun d’eux prenant sa part de l’humiliation et des douleurs du roi déchu.

Le plus terrible pour Amfortas venait du fait qu’étant grand-prêtre du Graal, lui seul pouvait officier et découvrir la sainte relique, source de vie et de force pour toute la communauté, et que cette monstrance sublime lui infligeait du fait de sa faute des tortures atroces, faisant saigner sa blessure plus que jamais et anéantissant ses dernières forces.

Un jour où, prosterné devant le tabernacle, il implorait la pitié du Seigneur, il entendit une voix céleste prophétisant la guérison de sa blessure et le rachat de ses fautes par un Être tout de pureté et de miséricorde, un ''chaste'', un ''simple'', qui après avoir ravi aux mains criminelles de Klingsor la lance profanée, la rapporterait au sanctuaire, et viendrait rendre au Graal son éclat immaculé... D'un seul attouchement de la lance cicatriserait la plaie...

Parsifal et Kundrie

La ''Kundry'' créée par Wagner, apparaît tour à tour comme la servante passionnément dévouée des chevaliers du Graal quand elle est livrée à sa propre nature, et comme leur ennemie acharnée, l’instrument de leur déchéance, lorsque, subissant malgré elle le magique ascendant de Klingsor, elle se transforme en une femme « effroyablement belle » et devient le moyen de séduction le plus irrésistible des jardins enchantés. Les pieux chevaliers ignorent cette double nature et ne voient en elle qu’un être bizarre, malade, indompté, dont les fréquentes et longues absences, précédées d’un profond sommeil, correspondent toujours à un nouveau malheur venant fondre sur eux ; mais c’est elle qui a séduit, et perdu Amfortas, et c’est sur elle encore que compte le sorcier pour faire sombrer la vertu du ''chaste fou'' promis. Effroyables missions contre lesquelles l’infortunée se révolte ; aussi la voit-on sombre et angoissée chaque fois qu’elle sent s’appesantir sur ses yeux le lourd sommeil hypnotique dans lequel la plonge Klingsor lorsqu’il veut la soumettre à son odieuse puissance.

Acte I : Une forêt aux environs du château du Graal situé sur une montagne inaccessible. Gurnemanz attend, entouré de jeunes chevaliers, l'arrivée du roi Amfortas. Gurnemanz ( basse) est un vieux chevalier du Graal, ayant servi sous les règnes de Titurel et d’Amfortas.

Apparaît Kundry ( soprano), elle tient une fiole contenant un baume – pour le roi, afin d'apaiser ses souffrances - qu'elle est allée quérir en Arabie...

Soudain, un cygne percé d'une flèche s'abat au sol, mort. Consternation de Gurnemanz, des chevaliers et des pages : les animaux, en particulier les cygnes, sont sacrés sur les terres du Graal.

Et, surgit le jeune Parsifal (ténor), spontané, ignorant de tout et notamment du mal... Le jeune homme ignore tout, sauf qu'il a une mère nommée Herzeleide. Kundry raconte son histoire : sa naissance, sa rencontre avec des chevaliers .....

Le sage Gurnemanz, pressent qu’il pourrait être le sauveur tant attendu. Les cloches de Montsalvat appellent à la cérémonie du service du Graal. Gurnemanz propose au nouveau venu de l’accompagner, ils s’éloignent ensemble.

Scène 2, dans la grande salle du château: Hélas, la torpeur du jeune homme pendant la célébration du Graal, provoque son renvoi.

Acte II : En haut d'une tour de son château, Klingsor se tient à côté de ses instruments de magie. Il tire de son sommeil Kundry, qui était revenue jusqu'à lui, et qui s'éveille en poussant un hurlement. Klingsor sait qu'un jeune héros dangereux approche : il ordonne à sa créature de le séduire et de le perdre, comme tous les autres auparavant....

En son jardin féérique où les filles fleurs séduisent pour les perdre les chevaliers du Graal, Klingsor, enjoint la diabolique Kundry de charmer Parsifal. Elle lui prodigue un voluptueux baiser.. Ce baiser transperce Parsifal d'une douleur folle : « Amfortas ! La blessure ! » : dans un dévoilement, il comprend tout. La compassion pour la souffrance du roi du Graal lui apporte la révélation de la connaissance. Il repousse Kundry. Devant son refus elle le maudit, le réduisant à errer loin de Montsalvat. Parsifal triomphe de Klingsor appelé au secours par Kundry, il récupère la lance.. En un instant, le château de Klingsor disparaît et le jardin merveilleux se transforme en désert aride. Kundry est effondrée : « Tu sais où me retrouver », lui dit Parsifal, qui s'en va pour tenter de retrouver Montsalvat.

Acte III : Une prairie en fleurs, en lisière d'une forêt, dans la gloire du printemps ; une source, une hutte appuyée sur un amas de rochers. C'est le Vendredi Saint ; des années plus tard. Un ermite sort de la hutte : c'est Gurnemanz, encore vieilli, pauvrement vêtu de la robe en ruines de chevalier du Graal.

Au terme de son chemin initiatique, arrive Parsifal, sous les traits d’un chevalier en armure noire, ramenant enfin la sainte lance.

Amfortas ne désirant plus que la mort, néglige le rite du calice, et les chevaliers, privés de réconfort divin, dépérissent. Titurel (basse), le père d’Amfortas, lui-même a succombé. Parsifal se reproche de n'avoir pas su éviter ce désastre. Étreint par la douleur et l'épuisement, il est au bord de l'épuisement...

Kundry, dans un acte de pénitence, comme la prostituée de l’évangile, lave et oint d’un parfum les pieds de Parsifal,  avant de les essuyer de ses cheveux.

Gurnemanz, baptise Parsifal et lui donne l’onction, faisant de lui le nouveau prêtre roi de Montsalvat. Son premier office est de baptiser Kundry qui s’endort dans le sommeil de la mort et du pardon.

La scène finale, se passe dans la grande salle de Montsalvat, devant la dépouille de Titurel.

Parsifal s’avance vers Amfortas, pose la lance sur la blessure qui se referme. Enfin il annonce que le Graal sera désormais exposé pour tous et pour toujours. Il aura par la suite un fils, Lohengrin…

Mais là c’est une autre histoire !

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Réflexion autour du Mythe ( et du Graal) , avec Schelling...

Publié le par Perceval

Réflexion autour du Mythe ( et du Graal) , avec Schelling...

Au XIXème siècle ( et déjà à la fin du XVIIIe s.) , des philosophes, des écrivains craignent que la '' Raison '' n'étouffe la sensibilité, l'imagination, la passion, le sentiment religieux... Revenir au ''moi'', au génie individuel ; c'est aussi se révolter contre le despotisme de l'état et de la religion, contre les conventions sociales... Ce mouvement se nomme '' Sturm und Drang '' …

Goethe et Schiller

Ces premiers philosophes du Sturm und Drang sont d'ailleurs des théologiens plus ou moins en rupture d'église... Hamann (1730-1788), Herder (1744-1803) …

Ce sera alors, Goethe... et Friedrich Schiller, qui a quinze ans l'année où paraît Werther...

Friedrich Höderlin (1770-1843) rencontre Hegel et Schelling, au célèbre séminaire de théologie de Tübingen... Poète de l'idéalisme allemand, admirateur de Kant... Dans un syncrétisme des mythes, il explore la cosmologie et l'histoire pour trouver un sens en ce monde incertain.

 

Un mysticisme de la nature : Chez Schelling, le Moi n'est plus la seule mesure de l'univers. Le monde qui nous entoure s'anime, révèle à l'initié ses mystères, son langage, son âme. La nature se dresse comme un temple...

En même temps certaines découvertes récentes de la physique et de la chimie, en particulier l'étude du magnétisme et du galvanisme, viennent alimenter l'imagination des romantiques : la Nature et l'Esprit deviennent les deux pôles de signes contraires qui s'attirent et aspirent à l'union, au mariage cosmique qui ramènera l'âge d'or dans le monde.

Die Frau mit dem Raben am Abgrund) , a c. 1803

Ludwig Tieck (1773-1853) redécouvre la poésie du Moyen Âge et s'en inspire dans une série de contes : Les Quatre Fils Aymon, Mélusine, Barbe-Bleue.

Le Conte : «  (…)  le réel, le temps (passé/présent), les lieux, les individualités (récurrence du thème du Double) ne sont plus garantis par des frontières sûres. Tieck applique ce même principe, participant d'un processus ironique théorisé au sein du Cercle d'Iéna par Freidrich Schlegel ou Novalis, à ses productions dramatiques du tournant du siècle. Il reste à ajouter que cette propension qu'a Tieck à brouiller la perception du lecteur préfigure l'Unheimlichkeit du Marchand de sable de E.T.A. Hoffmann, et que l'auteur d'Eckbert est généralement considéré comme le précurseur du conte fantastique allemand qu'incarnera en son plus haut point Hoffmann. » ( Wiki)


 

Pour Schelling, les dieux sont pour l'art, ce que les idées sont pour la philosophie... Tout art est mythologique.

Le Graal, représente une Idée... grandiose et trouble … Le Graal, comme œuvre d'art totale contient un désir d’immortalité et d’éternité... À travers lui, l’homme cherche à transcender sa contingence pour s’élever à l’égal de Dieu. De plus, le Graal unifie autour de lui : le moi, la collectivité et le monde.

Pour Schelling, la nature est l’Esprit encore inconscient de lui-même, et moi comme penseur, je me dois de la délivrer de sa gangue et de la faire parler comme si elle venait à la conscience … Fasciné par la beauté de la Nature, l’œuvre d'art n’est donc que la fascination de l’esprit pour sa propre vérité ensevelie dans le silence des choses :

« Ce que nous appelons Nature est un poème dont la merveilleuse et mystérieuse écriture reste pour nous indéchiffrable. Mais si l’on pouvait résoudre l’énigme, on y découvrirait l’Odyssée de l’esprit qui, victime d’une remarquable illusion, se fuit, tout en se cherchant, car il n’apparaît à travers le Monde que comme le sens à travers les mots » (Système de l’idéalisme transcendantal).

 

La Critique de la faculté de juger est publiée en 1790. Kant évoque lui aussi « le langage chiffré » de la Nature... Schelling s'interroge sur la véritable énigme, la présence de la réalité finie ; et non pas la présence de l'Absolu qui ne peut jamais, par définition, devenir objet de mon savoir...

Pourtant …. L'efficacité du mythe, est bien de réduire la distance entre les deux … ?

 

«Tu vois, mon fils, ici (dans le temple du Graal) le temps devient espace». Parsifal de Wagner ; cet espace sauve du temps et de la mort …

Claude Lévi-Strauss a entendu cette formule comme « la définition la plus profonde qu on ait jamais donnée du mythe»... »

 

N'oublions pas que c'est avec Schelling, que nous commençons à prendre les mythes au sérieux ; et admettre que l'homme s'est servi beaucoup plus de la pensée mythique que de la raison. Le mythe est né bien avant la philosophie ; il a fourni à l'homme une manière de penser le monde ; et, il est un élément de la Vérité …

La mythologie, s'est engendrée « dans la vie elle-même, et il a bien fallu qu’elle fût quelque chose de vécu et d’éprouvé» Schelling.

 

Le thème du Graal, s'est lui-même inscrit dans la Légende arthurienne. Il s'inscrit d'abord dans le mythe celtique puis nourrit la notion chrétienne de la misère de l'homme... De la ''Bretagne'' – avec le retour attendu du Roi Arthur - , à l'humanité – avec le Christ - ...

Aussi, le mythe d'Arthur illustre un christianisme fort teinté de paganisme …

Dans la Philosophie de la Révélation, Schelling considère le christianisme de la même façon qu'il a considéré la mythologie...

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Avertissement au sujet de ce Blog:

Publié le par Perceval

A la demande de quelques lectrices et lecteurs de ce blog, je précise l’objectif de ce blog :...

La Quête de Perceval, est ici centrée bien sûr autour du Graal... Le Moyen-âge, la Légende arthurienne et donc le Graal ont alimenté les représentations de cette quête tout au long de notre histoire...

 

Selon les époques, les représentations du Graal ont évolué, même si le corpus symbolique est resté le même...

Selon les époques, la Quête s'est nourrie de philosophie et de théologie, de science et d'alchimie. Avec l'Histoire et la religion, elle a cherché à s'adapter, et traverser les crises sans transiger sur le fond, l'essentiel... représenté par le Graal ….

 

 

 

Mes articles concernent la Quête d'un personnage, projeté à différentes époques... Avec Roger de Laron au XIIIe et XIVe siècles, Louis-Léonard de la Bermondie au XVIIIe siècle, et avec Charles-Louis de Chateauneuf, dans la 1ère moitié du XIXe siècle … Ils sont tous les trois issus d'une même lignée de seigneurs limousins... Sur ce blog, je raconte dans le contexte culturel qui leur est propre, et chacun nourri de la légende arthurienne ( sur laquelle je reviens régulièrement...) leur histoire très singulière …

Bonne Quête, à vous ...

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