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Articles avec #litterature tag

Le XIXe siècle découvreur de Mythes – Le Vril -2/.-

Publié le par Perceval

Venons-en à l'histoire écrite par Edward Bulwer-Lytton (1803-1873), dans son roman de science-fiction ''The Coming Race '' publié en 1871 :

La Race à venir

Un mineur découvre accidentellement le monde souterrain du Vril-ya. Il s’y engage, attiré par une lueur qui brille dans le lointain. Il arrive, non pas dans une contrée déserte et peuplée de monstres, comme le voyageur de Jules Verne, mais dans un pays délicieux, couvert de monuments magnifiques, habité par une race savante, merveilleusement policée, de mœurs douces et hospitalières.

 

Le narrateur se retrouve donc seul face à un univers idyllique, peuplé d’humains dégageant une incontestable aura de supériorité. Une légère histoire d'amour impossible constitue l'intrigue ; mais il s'agit plus d'une suite de descriptions d'une société qui pourrait être considérée comme idéale...

Extraits :

« A ce moment sortit du bâtiment un être... humain ; était-ce bien un être humain ? Debout sur la grande route, il regarda autour de lui, me vit et s’approcha. Il vint a quelques mètres de moi ; sa vue, sa présence, me remplirent d’une terreur et d’un respect indescriptibles, et me clouèrent au sol. Il me rappelait les génies symboliques ou démons qu’on trouve sur les vases étrusques, ou que les peuples orientaux peignent sur leurs sépulcres : images qui ont les traits de la race humaine et qui appartiennent cependant a une autre race. Il était grand, non pas gigantesque, mais aussi grand qu’un homme peut l’être sans atteindre la taille des géants. Son principal vêtement me parut consister en deux grandes ailes, croisées sur la poitrine et tombant jusqu’aux genoux ; le reste de son costume se composait d’une tunique et d’un pantalon d’une étoffe fibreuse et mince. Il portait sur la tête une sorte de tiare, parée de pierres précieuses, et tenait a la main droite une mince baguette d’un métal brillant, comme de l’acier poli. Mais c’était son visage qui me remplissait d’une terreur respectueuse. C’était bien le visage d’un homme, mais d’un type distinct de celui des races qui existent aujourd’hui sur la terre. Ce dont il se rapprochait le plus par les contours et l’expression, ce sont les sphinx sculptes, dont le visage est si régulier dans sa beauté calme, intelligente, mystérieuse. Son teint était d’une couleur particulière, plus rapproche de celui de la race rouge que d’aucune autre variété de notre espèce ; il y avait cependant quelques différences : le ton en était plus doux et plus riche, les yeux étaient noirs, grands, profonds, brillants, et les sourcils dessines presque en demi-cercle. Il n’avait point de barbe, mais je ne sais quoi dans tout son aspect, malgré le calme de l’expression et la beauté des traits, éveillait en moi cet instinct de péril que fait naître la vue d’un tigre ou d’un serpent. Je sentais que cette image humaine était douée de forces hostiles a l’homme. A mesure qu’il s’approchait, un frisson glacial me saisit, je tombai a genoux et couvris mon visage de mes deux mains. »

 

Il est dans un palais luxueusement meublé, une merveille de mécanique; tout ce qu’il contient semble mû par une force inconnue; les domestiques sont remplacés par des automates; les objets nécessaires à la vie apparaissent, disparaissent sur un geste de la main.

« Les Vril-ya ont peu de besoins, et la satisfaction de leurs besoins leur coûte peu d’efforts ; l’outillage de l’industrie est si perfectionne, que le travail est réserve aux seuls enfants. Les adultes n’ont rien a faire, pas de luttes a soutenir, pas de dangers a éviter. Ils se promènent ; ils causent ; ils se réunissent dans des festins ou règne la sobriété ; ils entendent de la musique et respirent des parfums. »

 

« – Qu’est-ce que le Vril ? demandai-je. La-dessus Zee commença une explication dont je compris fort peu de chose, car il n’y a dans aucune langue que je connaisse aucun mot qui soit synonyme de Vril. Je l’appellerais électricité, si ce n’est qu’il embrasse dans ses branches nombreuses d’autres forces de la nature, auxquelles, dans nos nomenclatures scientifiques, on assigne différents noms, tels que magnétisme, galvanisme, etc. Ces peuples croient avoir trouvé dans le vril l’unité des agents naturels, unité que beaucoup de philosophes terrestres ont soupçonnée et dont Faraday parle sous le nom plus réserve de corrélation. « Je suis depuis longtemps d’avis, dit cet illustre expérimentateur, et mon opinion est devenue presque une conviction commune, je crois, a beaucoup d’autres amis des sciences naturelles, que les formes variées sous lesquelles les forces de la matière nous sont manifestées ont une commune origine ; ou, en d’autres termes, qu’elles sont en corrélation directe et dans une dépendance mutuelle, de sorte qu’elles sont pour ainsi dire convertibles les unes dans les autres, et que leur action peut être ramenée a une commune mesure, a un équivalent commun. » Les philosophes souterrains affirment que par l’effet du vril, que Faraday appellerait peut-être le magnétisme atmosphérique, ils ont une influence sur les variations de la température, ou, en langage vulgaire, sur le temps ; que par d’autres effets, voisins de ceux qu’on attribue au mesmérisme, a l’électro-biologie, a la force odique, etc., mais appliqués scientifiquement par des conducteurs de vril, ils peuvent exercer sur les esprits et les corps animaux ou végétaux un pouvoir qui dépasse tous les contes fantastiques de nos rêveurs. Ils donnent a tous ces effets le nom commun de vril. Zee me demanda si, dans mon monde, on ne savait pas que toutes les facultés de l’esprit peuvent être surexcitées a un point dont on n’a pas l’idée pendant la veille, au moyen de l’extase ou vision, pendant laquelle les pensées d’un cerveau peuvent être transmises a un autre et les connaissances s’échanger ainsi rapidement. Je répondis qu’on racontait parmi nous des histoires relatives a ces extases ou visions, que j’en avais beaucoup entendu parler et que j’avais vu quelque chose de la façon dont on les produisait artificiellement, par exemple, dans la clairvoyance magnétique ; mais que ces expériences étaient tombées dans l’oubli ou dans le mépris, en partie a cause des impostures grossières auxquelles elles donnaient lieu, en partie, (...)»

 

Le Vril, a une puissance est infinie. Grâce à lui les Vrill-Ya, peuvent se communiquer leurs pensées, sans parler, à des distances immenses. Emmagasiné à haute pression, ce fluide agit comme la foudre, et détruit tout ce qu’il touche. Emmagasiné à pression plus faible, ses effets sont bienfaisant : il magnétise, il endort, il guérit, il ouvre la mémoire et facilite les travaux de l’esprit. Chaque individu à donc en lui une puissance effroyable dont il peut instantanément se servir. Force dissuasive, il ne peut l'employer contre ses semblables, les représailles seraient terribles, il ne s’en sert que contre les animaux féroces qui menacent son repos.

La guerre, la lutte à main armée n’existent plus chez ce peuple bienheureux...

La cité est gouvernée par un magistrat unique. Et nul ne convoite cette charge suprême car aucun honneur, aucun pouvoir particulier n’y est attaché...

 

Le narrateur est instruit par Zee, la fille de son hôte … Et, Zee va lui faire la cour … !

« Sachez que nos Gy-ei, tant qu’elles ne sont pas mariées, voyagent seules au milieu des autres tribus, pour voir si elles trouveront un An qui leur plaise mieux que ceux de leur propre tribu. Zee a déjà fait trois voyages semblables, mais jusqu’ici son cœur est resté libre. »

(…)

il n’est pas rare qu’une jeune Gy montre un goût que les autres trouvent étrange ; mais il n’existe pas de moyen de forcer une Gy a changer ses résolutions. Tout ce que nous pouvons faire, c’est d’employer le raisonnement, et l’expérience nous prouve que le College entier des Sages essaierait en vain de raisonner avec une Gy en matière d’amour. Je suis desole pour vous, parce qu’un tel mariage serait contre l’A-glauran, ou bien de la communauté, car les enfants qui en naîtraient altéreraient la race

(...)

Vous feriez peut-être bien de dire a Zee qu’elle est laide. Cette assurance, venant de la bouche de l’An qu’elle aime, suffit d’ordinaire a refroidir la Gy la plus ardente. »

 

Qu'en est du couple, et des femmes, les '' Gy-ei'' … ?

« le divorce et la polygamie sont extrêmement rares, et les ménages paraissent très heureux et unis chez ce peuple étonnant ; les Gy-ei, malgré leur supériorité physique et intellectuelle, sont fort adoucies par la crainte de la séparation ou d’une seconde femme, et comme les An sont très attaches a leurs habitudes, ils n’aiment pas, a moins de considérations très graves, a changer pour des nouveautés hasardeuses, les figures et les maniérés auxquelles ils sont habitues. Les Gyei cependant conservent soigneusement un de leurs privilèges ; c’est peut-être le désir secret d’obtenir ce privilège qui porte beaucoup de dames sur la terre a se faire les champions des droits de la femme. Les Gy-ei ont donc le droit, usurpe sur la terre par les hommes, de proclamer leur amour et de faire elles-mêmes leur cour ; en un mot, ce sont elles qui demandent et non pas qui sont demandées. Les vieilles filles sont un phénomène inconnu parmi elles. Il est très rare qu’une Gy n’obtienne pas l’An auquel elle a donné son cœur, ..(...)»

Ce peuple, au physique parfait, est réparti en communautés autonomes et auto-suffisantes, poussant au bout le modèle de la commune anarchiste ou socialiste utopique. Une certaine égalité y règne, quand bien même celle-ci ne va pas de pair avec une uniformisation des richesses, puisque chacun possède la liberté de s’enrichir ou non. Les femmes ont même acquis une certaine supériorité, y compris physique, sur les hommes. ..

 

Enfin,

« Je devinais que Zee, sans me le dire, s’était décidée a m’aider a retourner vers le monde supérieur et que nous nous dirigions vers le lieu ou j’étais descendu. Son silence me gagnait et m’empêchait de parler. Nous approchions du gouffre. (...) »


 

« (..) j’ai cru que mon devoir envers mes semblables m’obligeait à écrire ce récit pour les avertir de la venue de la Race Future. »

 

Un monde, cependant, trop parfait …

Le narrateur ne semble pas toujours emballé … « Comme ils doivent s’ennuyer ! Ils n’ont ni les émotions de la guerre, ni les plaisirs de la chasse, car ils sont trop doux pour s’amuser a tuer des bêtes inoffensives. Ceux d’entre eux qui ont l’esprit aventureux peuvent fonder des colonies, mais ils ne courent aucun risque, et, d’ailleurs, la place finira par leur manquer. Ou bien ils s’appliquent a inventer des machines nouvelles et a faire avancer la science, ce qui ne doit pas être a la portée de tout le monde, dans une civilisation déjà si savante et si bien outillée. Ils n’ont même pas une littérature très florissante et sont obliges de relire les anciens auteurs pour y trouver la peinture des passions dont ils sont exempts, des conflits qui ne sont plus de leur siècle. Cette tranquillité d’âme se reflète sur leur visage qui a quelque chose d’auguste et de surhumain, comme le visage des dieux antiques ; ce sont des hommes de marbre. Ils ne vivent pas. »

 

La civilisation du Vril-ya ne cache pas son mépris pour les peuples qui lui sont inférieurs, car encore au stade démocratique de la bêtise de masse et dépourvus de la maîtrise du Vril, clef de tout progrès collectif.

Notre ''héros'' s’échappe et revient à la surface pour raconter l’histoire de "la race à venir", qui est à l’origine du titre. D'ailleurs, cette ''race à venir '' ne serait-elle pas celle qui nous exterminerait … ?

Pourtant, ce livre n'est aucunement ''sulfureux'' et ne préfigure rien de dangereux... Est-il néanmoins dangereux... ?

Louis Pauwels et Jacques Bergier dans ce fameux livre, "Le Matin des magiciens" soutiennent que ce livre a inspiré un groupe nazi qui se serait appelé : ''La Société du Vril''...

Difficile de penser que des gens qui se prennent au sérieux puissent s'appuyer sur un roman comme celui-ci … La théorie de la Terre creuse ( ou espaces creux) avec une civilisation cachée, n'est pas scientifique mais légendaire …

Les ''Vril-Ya'' n'ont rien à voir avec les Aryens, et sont plutôt dominés par les femmes... C'est vrai qu'ils se considèrent comme une race supérieure ( le concept de race correspond à l'époque …)

Ce qui est moins étonnant, c'est qu'à la fin du XIXe siècle, ce livre ait pu inspiré Helena Blavatsky et sa Théosophie... Pourtant, ce peuple Vril, semble s'être coupé de la passion,et celle de l'Art en particulier …

 

Aujourd'hui ce roman est peu lisible, sinon par curiosité historique. Le texte nous semble lourd, rébarbatif, similaire à un documentaire. L'action, et le suspens sont minimaux.

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Madame Solario - 3-

Publié le par Perceval

Dans cette troisième partie, la narratrice replace l'action sous le regard du jeune Bernard Middleton.

La haute société de l'hôtel à Cadenabbia va réagir à ce que l'on commence à soupçonner de la vraie nature de la relation entre le frère et la sœur....

Bernard ressent fortement la violence qui anime le comte Kovanski. Le colonel Ross, tente paternellement de le dissuader de l'approcher davantage... « nous ne les comprenons pas tout à fait - ils ne respectent pas les mêmes règles que vous connaissez »...

Villa d'Este - lac de Côme

 

Enfin, un bal à la Villa d'Este réunit toute la société des bords du lac.

Madame Solario danse avec grâce... Middleton, toujours fasciné par elle, réduit à la position de spectateur, regarde le magnifique spectacle, dans lequel il regrette de ne pouvoir être lui-même acteur, mais il se sait ''invisible''...

Natalia et Eugène dansent ensemble; quand Missy se jette entre eux, et crée le scandale... Elle s'écrie : « Sa sœur ! Sa sœur.. ! »

Bernard ne comprend pas. Nous-même ne sommes pas persuadés de ce qui existe réellement entre le frère et la sœur ; le mot inceste n'est jamais prononcé.

Dernier bal (1905), d'Aurélio de Figueiredo.

« Il atteignit l'angle du couloir quand, devinant une présence, il se retourna. A l'autre bout du corridor, madame Solario venait vers lui. Ils marchèrent à la rencontre l'un de l'autre et, pendant les dernières secondes, avant qu'ils ne se rejoignissent devant la porte de la jeune femme, il eut conscience de certains détails, comme le frou-frou de sa jupe et le port de sa tête rejetée un peu en arrière. Elle attira Bernard dans la pièce, sans refermer la porte, qu'elle laissa entrouverte. Tandis qu'il demeurait pétrifié, elle leva le bras dans un geste d'une grâce admirable et pencha vers elle la tête de Bernard jusqu'au moment où les lèvres du jeune homme pressèrent les siennes. Puis, se dégageant de ses bras, elle le poussa au-dehors. » fin du chap 28, p 456


 

Le lendemain, Natalia demande à Bernard de l'accompagner dans sa fuite ; sans lui donner aucune explication. Elle tente de fuir son frère, et de retrouver un vieil ami américain qui pourrait être en Italie et qu'elle souhaiterait rejoindre, et avec qui elle retournerait en Amérique...

A travers les yeux de Bernard, Gladys Huntington évoque et souligne à plusieurs reprises la beauté idéale, presque irréelle de Madame Solario... Alors que les événements vont se bousculer et entraîner le jeune homme bien au-delà de ce que son père attendait présentement ( son retour en Angleterre...) ; Madame Solario reste imperturbable, et utilise avec indépendance l'admiration que lui voue le jeune homme...

 

Bernard et Natalia fuient ensemble - le jeune homme se délecte de cette intimité, toute chaste - et vont rechercher en plusieurs villes la trace de ce vieil ami américain, entre Florence, Parme et Milan... C'est à Milan qu'il perdent sa trace... Et c'est au Palace Hôtel, qu'ils vont retrouver Eugène et Kovanski partis à la recherche des fuyards...

Bernard n'a plus d'argent, et tente de demander de l'aide au Consulat d'Angleterre...

Milano - Piazza Cadorna - Stazione

A l'occasion d'un malaise d'Eugène, le médecin qui rencontre le groupe, s'adresse au jeune Bernard :

« - Mais vous avez une famille ? »

Après l'avoir regardé de haut en bas d'un air impatient, le docteur l'observait maintenant, le jaugeait :

« Vous avez des parents quelque part ? demanda-t-il.

- Oui », dit Bernard, après un silence plus long.

Le docteur sembla avoir pris une décision. il commença par mettre sa trousse sous son bras et par enfiler ses gants. C'étaient des gants de coton gris, et Bernard comme fasciné, n'en pouvait détacher ses regards.

« J'ignore quelles études vous avez faites, dit-il, mais vous savez peut-être que les géologues appellent « failles » des points faibles de l'écorce terrestre, qui provoquent des tremblements de terre et des affaissements de terrain. »

Ses gants une fois enfilés, il se mit à les boutonner avec des gestes énergiques :

« Et je vais vous dire une chose que l"expérience m'a apprise, poursuivit-il. Voyez-vous, il existe des gens qui, à l'exemple des failles, sont comme un point faible dans le tissu dont est faite la société : partout où ils se trouvent, ils apportent le trouble et le désastre. »

Sous ses sourcils hérissés, il lança à Bernard un regard féroce.

« Jeune homme, ne restez pas ici ! Retournez sur un terrain solide, le plus tôt possible ! »

Étourdi sous le choc, Bernard, incapable de saisir clairement le sens de ces paroles, se souvint confusément d'une ascension en montagne et du pire moment qu'il eût jamais connu, celui où une crevasse s'était ouverte presque sous ses pieds. » p 454

 

Dans une des dernières scènes du roman, le comte Kovanski, déterminé à se marier avec la fascinante héroïne, malgré le scandale et même pour la racheter en quelque sorte, fait référence sans le nommer à l'inceste commis par Natalia et Eugene. Cependant, ni le frère ni la sœur ne l'admettent... Eugène essaie de le nier, affirmant que la rumeur était simplement le fruit de l'imagination grossière de Missy Lastacori.

Pourtant, Eugène change de comportement quand il crie à Kovanski: « Elle est à moi, seulement à moi. Vous ne l'aurez pas … Elle est à moi! », montre évidemment qu'il ne peut pas se contrôler même en public et qu'il admet la relation transgressive qui existe entre lui et Natalia...

 

Finalement, nous constatons que Madame Solario tente de fuir son frère ; cependant sans plus d'opposition de sa part... c'est ensemble qu'ils quittent l'Italie...

Cette nouvelle fuite, laissent et prennent de surprise Kovanski - qui choisit le suicide - et Bernard Middleton seul devant ses illusions, et sauvé de l’abîme par le consulat et le Colonel Ross qui prennent en charge son retour en Angleterre.

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Madame Solario - 2-

Publié le par Perceval

Dans cette deuxième partie ( Chap 10), la narration se centre autour de madame Solario et de son frère, avec un changement de point de vue : celui d'Eugène, Nelly n'exprimant que très peu le sien... Bernard Middelton est à peine mentionné au cours de ces dix chapitres.

Intéressant de remarquer le titre français du livre, ''Madame Solario'', connecte la femme à Paris - où elle a vécu comme adolescente – et indique son état matrimonial...

On apprend que le mariage de Natalia s'est rompu et qu'elle envisage le divorce. Nous n'en apprenons pas les raisons... Luis Solario, son mari sud-américain, richissime marchand et ami de son beau-père, l'a emmenée dans sa patrie où ils vivaient dans un ranch.

 

A présent, Natalia est aux prises avec son frère Eugène Harden, qui « débarque » littéralement à l'hôtel avec, dans un premier temps, l'intention de demander des comptes à sa sœur à propos de l'héritage familial.

Ce qui s'est réellement passé autrefois, n'est pas clair... Le beau-père ( nommé, de Florez) de Nelly et Eugène, donc le mari de leur mère – aurait eu une ''aventure'' avec la jeune fille alors qu'elle n'avait que seize ans... Eugène, aurait ressenti cela comme un affront fait à sa mère, dont il tient responsable le beau-père, mais aussi sa sœur. Eugène aurait blessé son beau-père, et aurait été contraint à un long exil, reprochant à sa sœur son manque de soutien, et d'avoir accaparé par la suite l'héritage familial …

Ces informations sont distillées lors d'entretiens entre le frère et la sœur, au cours desquels les informations pour le lecteurs restent vagues, d'autant que Madame Solario reste mystérieuse, sans approuver les propos de son frère...

Mort à Venise - Visconti

Par ailleurs, la vie mondaine à l'hôtel, suit son cours...

« A cette époque de féminité triomphante, le comportement de madame Solario était bien particulier. Elle n'apparaissait pas en public avec cet éclat et cette assurance qui étaient alors de règle parmi les femmes, pour peu qu'elles fussent douées de beauté ou de charme. En général, elles revendiquaient hautement le privilège d'être admirées, mais madame Solario n'exigeait rien de semblable. » (chap 13

Sans accent étranger, Eugène Harden n'avait pas l'air tout à fait anglais. «  Il n'avait pas, selon les conceptions du colonel Ross, le bon ou le mauvais type d'Anglais. Pas tout à fait anglais, mais trop anglais pour être étranger - on ne pouvait pas dire, en bref, ce qu'il était... »

 

J'ai été frappé par la référence faite à Peter Schlemilh ( j'en ai parlé ici), l'homme qui avait perdu son ombre … Eugène s'est retrouvé ''sans papiers'', seul, comme sans ombre...

Eugène regrette de n'être pas comme ''ces gens'', il envie leur ''supériorité'': ils ont la supériorité de devoir leur bonne fortune à quelque chose dont ils n'avaient rien à voir. Ils sont nés avec une sorte de ''super-soi'', qui plane au-delà des frontières, et pensent qu'ils ont le droit de regarder d'en-haut...

L'innocent de Luchino Visconti (1976)

Longuement, Eugène interroge sa sœur sur leur passé; s'il obtient peu de réponse de sa part, lui ne se prive pas de commenter seul et avec amertume, jalousie... Il serait, lui, la seule victime de ce drame familial, parce qu'il a vengé la mère, pour être condamné à l'exil, puis à la nécessité... Il semble persuadé (?) que sa sœur a trahi leur mère et causé le malheur de la famille, et n'envisage pas encore qu'elle ait pu être simplement la victime d'un homme plus âgé, sans scrupules.

 

Eugène semble, ensuite, avoir mieux compris... Il n'est plus indigné, et ne blâme plus sa sœur... Mais, si l'acte en soi reste condamnable, la jeune fille immature, désorientée, pourrait avoir gagné à découvrir le plaisir de la sexualité... En effet, on apprend que le jeune Eugène aurait raté sa cible, en essayant de tirer sur de Florez, alors qu'il surprenait le couple en flagrant délit et fut choqué de voir le plaisir exprimé sur le visage de Natalia....

 

Eugène va aussi se rendre compte que sa sœur, n'est pas aussi riche qu'il le pensait.

Silvana Mangano

Il commence à échafauder, par l’opportunité des rencontres dans cet hôtel, l'avantage que sa sœur et lui pourraient en retirer...

 

L'histoire sexuelle sur laquelle repose l'intrigue de '' Madame Solario'' - qui finalement se fait connaître - est ainsi marquée par la transgression, voire même dans l'esprit de certains par la perversion... Cela explique peut-être pourquoi à Cadenabbia, la jeune femme triomphe ainsi non seulement des jeunes filles mais aussi des femmes plus âgées... Madame Solario offre une combinaison toute particulière, faite de beauté, de sexualité, de mystère, de drame; et qui la rend irrésistible aux yeux des hommes.

 

L'attention est alors portée sur la relation de madame Solario avec le comte Kovanski... Ni Eugène, et donc ni le lecteur, n'est au courant de ce qui s'est passé (?) auparavant entre lui et Natalia... Puis, elle semble avouer que le comte est un ancien amant, dont l’obsession pour elle devient à présent menaçante... Eugène, retient ce qui pourrait l'intéresser : le désir du comte - qu'il nomme le Centaure - de se marier avec sa sœur, pourrait être une opportunité...

Le frère et la sœur, s'entretiennent des intrigues galantes du couple San Rufino : Natalia avec le marquis, et Eugène partageant ses flirts entre la marquesa... et la jeune Missy, fille de la Marchesa Lastacori,

La vie sociale de l'hôtel offre multiples occasions de se voir, de se rencontrer de se jauger... Chaque nuance dans le comportement de chacun a une signification, de sorte que le choix d'un siège peut constituer une victoire ou un revers, et quelques mots, peuvent changer la tonalité de la journée....

Eugène s'amuse beaucoup..  Il savoure le luxe, et imagine la manière de manœuvrer pour vivre ensuite à Rome, aux crochets du couple San Rufino...

 

La nuit Eugène entretient longuement sa sœur, dans sa chambre, et y fait des plans sur l'avenir de l'un et l'autre; leur futur à présent semble lier... Elle écoute beaucoup, intervient peu...

Ils forment un beau couple, une paire éblouissante ; on les nomme ''les Gémeaux '', du fait de leur allure commune, de leur beauté...

 

Un incident éclate entre Kovanski, et le marquis San Rufino... Puis, c'est Eugène qui s'affronte au comte; qui disparaît...

On apprend aussi que Missy est au courant de la tentative de meurtre du beau-père par le frère... !

Les sentiments des uns et des autres s'échauffent, et les plans d'Eugène se délitent.... A voir « l'accord » entre Natalia et San Rufino, Eugène se demande s'il n'y a pas entre eux plus qu'il ne le supposait... La mère de Missy reproche à sa fille d'accepter les attentions du frère ; d'autant que lui-même adresse ses hommages à une autre... Puis, Eugène craint que Missy ne colporte des rumeurs sur son compte ...etc

L'innocent de Luchino Visconti (1976)

La dernière scène de cette seconde partie, se passe la nuit dans la chambre de Natalia... Le frère et la sœur envisagent de quitter Cadenabbia... C'est une longue nuit, Eugène quitte la chambre et revient … Longs échanges, et brusquement, Kovanski surgit de la fenêtre, saute à l'intérieur de la pièce... Il s'imaginait trouver Natalia couchée avec un homme ; mais, il ne pensait pas trouver Eugène... Devant la colère du frère, Kovanski reconnaît avoir agi par jalousie...

Les deux hommes vont quitter la chambre de Madame Solario... « Au bout de quelques minutes, il revenait. Il ferma la porte et la verrouilla. Et telle était en lui la violence du désir que pour traverser la pièce il avançait en trébuchant.

« Comme votre papa est bon pour vous ! » dit-il haletant. » Page 348, fin de la partie II.

 

Le lecteur sait que cette dernière phrase fait réponse à la relation perverse entre Natalia et son beau-père... Ces mots était ceux utilisés par une gouvernante française, qui, voyant de Florez penché vers le cahier de Natalia, et ignorante du fait qu'elle avait en fait surpris son employeur en train de séduire sa jeune belle-fille, et non pas de l'aider dans ses devoirs, avait naïvement commenté ainsi l'attachement de l'homme pour la jeune fille. Eugène, donc, connaît les détails de cette scène qui a marqué le début de la relation de Natalia avec son beau-père...

Tout pourrait donc suggérer, que va commencer là une relation incestueuse... qui n'a jamais été évoqué précédemment...

 

A suivre...

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'' La Belle dame sans merci '', œuvre d'Alain Chartier (1424)

Publié le par Perceval

''Merci'', vient du latin ' merces 'avec le sens de '' salaire, récompense '', mais aussi avec la signification de '' grâce, pitié '', peut-être parce que la grâce peut parfois être considérée comme une forme de récompense (je te gracie parce que tu t'es bien battu). C'est d'ailleurs ce dernier sens qu'a ''merci'' lorsqu'il apparaît en français avec cette orthographe au XIe siècle.

En 1427 Alain Chartier est envoyé en Écosse pour y négocier le mariage du jeune dauphin (plus tard Louis XI), alors âgé de cinq ans, avec Marguerite d'Écosse. Ici, ce tableau illustre : The story of the famous kiss bestowed by Margaret of Scotland on « la précieuse bouche de laquelle sont issus et sortis tant de bons mots et vertueuses paroles »

 

 

' La Belle dame sans merci. ' (1424) est l'oeuvre la plus connue de Alain Chartier ; poète français et orateur en langue latine (Bayeux vers 1385-vers 1435). Secrétaire du Dauphin, le futur Charles VII, il est considéré comme un des créateurs de la prose oratoire française (le Quadrilogue invectif, 1422).

 

La Belle Dame sans mercy, rédigée par Alain Chartier dix ans après la défaite d’Azincourt (1415), fait scandale dans les milieux de la cour. Le sujet est généralement considéré comme un défi aux valeurs de l’amour courtois. Ce poème emprunte une forme courante au XVe siècle, le huitain à trois rimes enlacées, ababbcbc .

L’intrigue met en scène trois personnages : un amant plaintif qui déclare son amour, une dame impitoyable repoussant ses avances et un poète malheureux qui écoute leur conversation en cachette.

La combinaison de « l’amant-martyr » et de « la dame-sans-merci » n’est pas rare dans la littérature médiévale . On retrouve également une situation analogue du poète dans le Débat de deux amans de Christine de Pizan. Pourtant, une opposition aussi constante de la Dame à l’Amant est remarquable parmi les textes de poésie lyrique où est mise en scène la « dame-sans-merci ».

Dans l’œuvre d’Alain Chartier, « tous les arguments de l’amoureux sont immédiatement réfutés » par la Dame. Du début jusqu’à la fin, la Dame se défie des paroles de l’Amant, sans jamais changer d’attitude.

La notion de défiance en moyen français (defiance, deffiance et desfiance) désigne à la fois le « défi » et la « défiance ». Le premier sens, « défi », implique l’« action de défier, de provoquer quelqu’un au combat, de déclarer la guerre à quelqu’un ». Le second sens est : « sentiment de celui qui n’a pas de confiance, manque de confiance, défiance »

Dans La Belle Dame sans mercy, l’Amant, à travers le terme deffiance, insiste sur le fait que les yeux de la Dame le provoquent à la guerre en lui envoyant un héraut représenté par le 'doux regard'. Ici, la deffiance prend le sens de « défi » (au combat) en ancien français

Au début du débat, les « belles paroles » sont l’objet de la défiance de la Dame. Le choix de l’adjectif beau pour qualifier les paroles de l’Amant suggère la futilité des paroles des amoureux

Dans la suite du poème, l’Amant remplace le beau parleur auquel la Dame faisait allusion par le jangleur, celui qui se plaint par calcul...

L’Amant souligne le contraste qui existe entre un tel jangleur – qui ne sait guère dissimuler sa faintise (faux-semblant) – et un homme réellement triste. Aussi justifie-t-il l’authenticité de ses propres paroles. La Dame renchérit sur ce motif, employant l’expression « cruel losengeur »

La faintise atténue la divergence entre deux adjectifs, « villain » et « courtoise », à savoir qu’elle dissimule un cœur vil par des paroles courtoises.

La faintise de la parole est donc un fondement de la défiance de la Dame envers les paroles de l’Amant.

La Dame déprise la souffrance d’amour dont l’Amant se plaint, en l’attribuant à une « plaisant folie »...

Enluminure du Roman de la Rose

Si la Dame adoucit son attitude, l’Amant la contredit en se comparant à des animaux de chasse apprivoisés.

En se défendant de la double accusation de faintise et de change, l’Amant synthétise ici l’objet de la défiance de la Dame.

Le refus de l’Amant de croire les propos de la Dame fait un parallélisme avec la défiance de la Dame. Une valeur de l’amour courtois, à savoir la « loyauté », fait l’objet de la foi de l’Amant. ( …)

La Dame reproche à l’Amant de ne pas s’en rapporter à elle...

De son côté, l’Amant n’accepte pas le conseil de la Dame de trouver ailleurs une dame « plus belle et jente », et n’ajoute pas non plus foi aux paroles de sa bien-aimée...

L’Amant prétend que la démonstration de sa loyauté peut dissiper le soupçon de la Dame. (…) En vain l’Amant essaie-t-il de convaincre la Dame...

La guerre verbale entre l’amoureux et son « amoureuse annemie » prend fin avec l’ultimatum de la Dame : « Une fois pour toutes croyez / Que vous demourrez escondit. » . Nous pouvons interpréter le terme croire comme signifiant « être persuadé » . Le verbe escondire signifie « refuser, repousser », en contexte amoureux.

Ici se déroule une guerre verbale, sous forme de débat entre deux combattants qui ne se font pas confiance et refusent jusqu’à la fin de reculer. Dans cette guerre verbale, bien différente de la bataille conforme au code chevaleresque, le fait de se rendre en demandant « merci » n’est pas accepté. Les requêtes formulées par l’Amant, aussi bien celles destinées à obtenir la « pitié » que la « grâce », sont repoussées par la dureté de la Dame... !

D’une part, la défiance de la dame sans merci porte entièrement sur la fausseté de la parole, faintise, énoncée par l’amoureux, ainsi que sur l’inconstance du cœur de ce dernier, le change.

Voir aussi: LE MYTHE DE LA '' LA BELLE DAME SANS MERCI ''

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Madame Solario - 1-

Publié le par Perceval

J'avais lu une première fois ce roman, alors qu'il était considéré d'un auteur anonyme ( collection 10/18) , avec de fortes présomptions que ce soit Winston Churchill...

Je viens de le relire, sachant que l'auteure en est Gladys Huntington, née Parrish, américaine née en 1887 et décédée en 1959.

Ce livre fut publié, anonymement, en 1956. Gladys Huntington se suicide trois ans plus tard. Sur la stèle posée sur sa pierre tombale est inscrite la mention : « Epouse de Constant Huntington et fille d’Alfred Parrish ».

Gladys Parrish Huntington

Je vais tenter de raconter le sujet de ce livre qui m'a impressionné... A noter, tout de suite, que j'ai aimé ce livre pour ce qu'il se retient de dire, plutôt que par son intrigue qui pourrait se résumer, ou se décrire à la manière du film de René Féret (2012) , que je ne recommande précisément pas, du fait de l'absence du mystère qui irradie le livre ( ajouté au fait, sans-doute, de l'anonymat de l'auteur …).

Ce livre, va bien au-delà d'une réflexion sur les structures sociales et familiales : conditionnement social, inceste ..etc..). Le film est trop conventionnel, pas assez mystérieux... ; et trop loin des images que mentalement le lecteur se construit en tournant les pages … Marie Féret ( Natalia Solario) est trop jeune pour le rôle... Restent, l'esthétique des décors et des costumes, la beauté du lac de Côme...

Ce livre de 500 pages, est organisé en trois parties et trente chapitres.

L'héroïne de ce roman est Nelly-Natalia-Ellen Solario, et l'histoire est située en 1906, dans un palace de Cadenabbia, l’Hôtel Bellevue ( qui existe toujours), au bord du lac de Côme, en Italie. Lieu de villégiature, nous sommes au coeur d'une société mondaine cosmopolite (avec des américains, italiens, français, russes et anglais). Le décor, et le mystère qui entoure l'héroïne pourraient nous renvoyer à quelques écrits de Henry James...

Silvana Mangano

Madame Solario distille quelques renseignements sur ses origines : anglaise, américaine et plus encore avec son nom ''exotique''… La réticence de Natalia à donner des informations sur elle-même ne fait qu'ajouter à son énorme charme, ce qui fascine – avec sa beauté - en particulier les hommes.. Citoyenne du monde, déracinée et familiarisée avec la haute société, elle incarne une question que chacun tente de résoudre...

 

Gladys Huntington, nous décrit un tableau, où s'offrent particulièrement à nos yeux les toilettes féminines :

« En l'année 1906, les femmes portaient de longues jupes qui leur moulaient les hanches et rasaient le sol ; les tailles fines étaient serrées dans d'étroites ceintures, les bustes pleins et les corsages très ornementés. La mode d'été exigeait aussi le port de volumineux voiles de mousseline jetés sur les chapeaux à larges bords et flottant de là sur les épaules jusqu'à la taille ou même au-dessous.

Une telle profusion de parures faisait de chaque femme une sorte de divinité, et une divinité suppose toujours un culte. L'atmosphère sociale de cette époque était particulièrement imprégnée de féminité»

La première partie est racontées du point de vue de Bernard Middelton, jeune Anglais qui vient de finir ses études et qui bénéficie de quelques vacances avant de rentrer en Grande-Bretagne prendre un poste dans la banque familiale. Il est ici, seul, de façon inattendue, du fait de la maladie de son compagnon de voyage... Il semble naïf, mais observateur, et rapide à tirer des conclusions...

'Middleton '- comme les jeunes filles l'appellent - est dès son arrivée, rapidement entraînée dans un tourbillon d'excursions en bateau et de bals. Il se sent attiré vers une jeune fille aristocrate hongroise, Ilona Zapponyi ; il remarque sa pâleur et son air malheureux. Mais la jeune fille, n'a d’yeux que pour le comte Kovanski.... Bernard « sut tout de suite qu'il n'aimait ni l'homme ni le regard»; en effet, ce personnage apparaît bien antipathique, hautain...

film de René Féret

Nous aurions pu imaginer une intrigue d'amour entre Middleton, et Llona...

« Sa position à l'égard d'Ilona changea. Il se sentait toujours attiré vers elle, mais leurs routes étaient parallèles, elles ne se rencontraient pas comme il l'avait cru pendant la demi-heure qui venait de s'écouler. »

 

A l’hôtel Bellevue, les jours coulent doucement entre excursions sur le lac, balades, pique-niques, bals et potins en tout genre. Quand le bateau à vapeur du soir arrive, tout le monde observe les éventuels nouveaux arrivants... C'est l'un des événements de la journée, un événement social...

« Le vapeur du soir accostait au même moment et tout le monde était sur la terrasse pour assister à l'arrivée éventuelle de nouveaux pensionnaires. C'était l'un des événements de la journée, et même un événement mondain, une « réunion ». C'est par ce même vapeur que Bernard était arrivé lui aussi et il se rappelait l'impression à la fois chatoyante et mystérieuse que lui avaient faite de prime abord ces gens alors totalement inconnus. Maintenant il les connaissait, tout au moins de vue et de nom, et il était là, parmi eux, regardant un paysage tout différent de celui qui s'offrait aux yeux des arrivants. La roue à aubes de l’archaïque petit vapeur blanc brassait l'eau à grand bruit. On lança des cordages, les noeuds coulants s'accrochèrent aux poteaux du débarcadère et les passagers descendirent la minuscule passerelle. Du rivage, quelqu'un aperçut une figure de connaissance et l'on échangea des paroles d'accueil. Chacun semblait parler et sourire, il régnait une gaieté générale, on aurait presque dit une scène d'opérette. »

L'hôtel devient une scène où vont se fréquenter et s'observer une foule de personnages, qui dans le cadre d''un confortable désœuvrement vont graviter de plus ou moins prêt, autour d'une belle femme mystérieuse puis du couple qu'elle forme avec son frère qui la rejoint... Certains vont être entraînés dans les ''combines'' conçues par le frère et soeur.... En particulier le couple du marquis et de la marquise Lastacori, avec leur fille Missy : « cheveux noirs, et un teint naturellement coloré, des hanches étroites, une poitrine pleine, et ses mouvements nerveux faisaient tinter ses bracelets ». cette jeune fille exubérante, capricieuse va tomber amoureuse du frère de Madame Solario...

 

Alors que Bernard a l'espoir de retrouver Ilona, il entend une conversation entre sa mère et le colonel: « Madame Solario revient demain ». «Ah, vraiment?» répondit la comtesse Zapponyi un peu sèchement. Il est clair que le colonel et la comtesse connaissent Madame Solario, mais le nom entendu derrière une colonne, pour le moment, ne signifie rien pour Bernard.

Puis, il constate le départ de Llona...

(1895)

 

Ensuite, Bernard va être sous le charme de madame Solario, de près de dix ans son aînée, et devient secrètement amoureux d'elle.

Madame Solario apparaît, puis passe comme une enchanteresse qui capte l'attention des hommes; elle pourrait, alors, être comparée à une «Belle dame sans merci», à la fois vulnérable et inatteignable. Nous n'apprenons que fort peu de choses d'elle, celles que peut glaner le jeune Bernard Middelton : n'aurait-elle pas un accent français, d'où vient-elle, n'est-elle pas américaine, pourquoi est-elle ainsi seule... ? Peut-être peut-on capter une certaine froideur, du fait de la distance que met l'énigmatique Me Solario avec les autres résidents ; alors que le jeune anglais, lui, nous devient plus familier …

Il semble que Me Solario apprécie la présence du jeune homme; ils sont de connivence ; elle insiste pour qu'il l'accompagne dans une promenade en barque sur le lac.. Et tout cela semble t-il, sous le regard dissimulé du comte Kovanski...

Ils marchent le long des sentiers sinueux qui longent le lac, Bernard devient un compagnon fréquent, et impressionné par cette beauté insaisissable.

Ils deviennent assez proche, au point qu'elle demande à Middleton de ne rien lui cacher et de la prévenir s'il se passait quelque chose de désagréable … A son tour, il lui demande de ne pas partir sans lui avoir fait savoir.... Elle lui promet.

Mata-Hari

 

Par son charme sa réserve, sa beauté, Natalia Solario, devient le centre d'intérêt de tous ; et en particulier de quelques hommes, comme le comte russe Kovanski, rarement visible... Bernard constate - pendant les repas - que Kovanski couve d'un regard amoureux Me Solario ; et que Ilona, ​​avec qui Bernard a sympathisé, n'a aucune chance de gagner l'intérêt de Kovanski...

Le bal est l'occasion de montrer la grâce naturelle de madame Solario, elle danse de façon exquise ; elle est très demandée, et les hommes se font concurrence et attendent pour danser avec elle …

 

Une certitude est la beauté de Madame Solario : blonde, grande... Elle agit en douceur, mange avec grâce... Et personne n'a idée de ce qu'elle pense...

Elle possède un chapeau pour chaque occasion, mauve, ou blanc ; un chapeau de paille naturelle pour faire du bateau... Il existe même un ''chapeau de restaurant'' avec le bord transparent et une énorme rose rose devant, et le même genre de rose est attaché à la ceinture de sa robe en dentelle blanche.

Enfin, c'est l'arrivée surprise à l'hôtel, d’Eugène Harden, le frère de Madame Solario, qu'elle n'a pas vu depuis douze ans, et qui l'appelle Nelly.

A suivre...

Auparavant... Incursion dans la Légende arthurienne avec la '' Dame sans Merci ''

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Edith Wharton – Les règles de la fiction

Publié le par Perceval

L'ambiance qui règne dans ce colloque littéraire improvisé semble excellente, et peut-être facilitée par quelque vin frais italien... Très vite la discussion entrevoit le thème du sujet du roman; par sujet j'entends l'enjeu, duquel les personnages et la situation sont au service...

Winston et Edith se disputent sur le sujet, que chacun rêverait d'écrire, mais - qui ne peut se faire - ... Edith raille d'ailleurs ces romans qui se voudraient résolument modernes par leur écriture ''pornographique''. Elle en revient encore à son ami, Henry James... Subjectivité et mystère, tout l'opposé d'un Maupassant ... Si l'instinct sexuel anime un personnage, et que l'auteur explique la situation, alors le personnage devient une marionnette... Ceci dit même si Maupassant est un auteur exceptionnel, par sa maîtrise de l'écriture, son style puissant et précis; il pense qu'on obtient le meilleur effet en peignant les êtres de l'extérieur plutôt que de l'intérieur; il ne tient pas compte de la nature morale de l'homme...

Churchill, reconnaît que Maupassant choque la bienséance victorienne... Edith Wharton, ajoute que la culture victorienne mêle art et morale... Au fond, à Maupassant il manque l’ambiguïté, et le mystère de James...

 « La quête du secret ne doit jamais se terminer car elle constitue le secret lui-même. » Tzvetan Todorov, critique littéraire bulgare, à propos de la nouvelle de Henry James, « Le motif dans le tapis ».

Clementine, et Winston Churchill

 

Et si nous relevions le défi - propose Clémentine - quel est le sujet le plus choquant qu'un auteur ne pourrait écrire sans talent, et que seule la vraie littérature pourrait s'emparer...?

Anne-Laure rappelle qu'Edith est déjà allée bien loin dans cette exploration... En effet, dans « L’ermite et la sauvageonne », la romancière nous plonge dans une ambiance mystérieuse pour témoigner avec finesse et subtilité de ... disons ''l'appel de la chair'', même si ici, il est encore aveugle et sans objet. Dans « Le prétexte », Edith tourne en dérision les contraintes sociales et les réticences morales qui entravent les sentiments d’une femme mûre; hélas si l'écriture est délicate, l'intrigue est cruelle....

 

Edith Wharton, se plaint amèrement de la situation dans laquelle se trouve la femme aujourd'hui... En littérature, aussi, reconnaissez - dit-elle - qu'avant Jane Austen il était possible d'aborder sans honte tous les aspects de la vie. A partir de cette époque, la pruderie s'est mise à régner...

Thackeray (1811-1863), lui-même, présentant sa merveilleuse ''Foire aux vanités'' (1848) comme un spectacle de marionnettes, reconnaissait avec amertume et tristesse: « Depuis la mort de l'auteur de Tom Jones (1749), aucun romancier parmi nous n'a été autorisé à dépeindre un ''homme'' dans toute sa vigueur »... Les romans de Charlotte Brontë (1816-1855), d'un romantisme irréel, sont accusés de sensualité et d'immoralité... !

Finalement, Morton Fullerton propose un sujet, qui lui semble tabou par excellence... Edith le sait, Morton est attiré par les relations en marge... L'amour très protecteur de sa mère, son attirance très jeune pour sa petite cousine, Katherine Fullerton, élevée avec lui comme sa sœur... Tout cela sans-doute l'amène à proposer le sujet de l'inceste... Et, précisément, Edith est interpellé depuis longtemps par ce thème...!

Alors, attention...! Je reste avec Edith Wharton, sur le plan littéraire; l'inceste n'est pas pris dans sa réalité scandaleuse... Son évocation est une stratégie d'évitement... En effet, écrire sur l'exquise découverte du plaisir sexuel, par un rapport incestueux, rend inavouable cette bouleversante révélation... Edith, sait que l'émoi féminin est condamné au mutisme...!

Donc, effectivement, évoquer l'inceste, signifie au lecteur que le plaisir sexuel, en soi, devient alors un motif inavouable, qui ne peut être écrit...

de John Singer Sargent

Et cependant, quelqu'un va relever le défi...? Winston Churchill...? Edith Wharton...? ou ... Gladys Parrish...?

 

Effectivement, Gladys Parrish (1887-1959) sera l'auteure d'un best-seller, mais l'oeuvre restera anonyme, et provoquera en partie son suicide... Et, précisément, la trame de ''Madame Solario'', pourrait bien être née, là pendant ces longues discussions autour du thème d'un futur succès littéraire... Longtemps ce roman, sera attribué à tort à Churchill....!

Les trois prochains articles seront consacrés au roman ''Madame Solario''

 

Sources: ''Les règles de la fiction'' d'Edith Wharton

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Edith Wharton en Italie -2-

Publié le par Perceval

Hôtel Bellevue, Cadenabbia, Lac de Côme

A l'hôtel Bellevue de Cadenabbia un extraordinaire et heureux hasard va faire rencontrer – pour un jour - nos deux couples voyageurs avec des ''connaissances'' et composer un joyeux, cultivé et improvisé colloque sur le thème de l'écriture d'un roman. Et j'ose émettre une hypothèse littéraire: et si c'était ce jour là que serait né l'idée du roman ''Madame Solario'' promis à un beau succès... ? Je vais m'en expliquer …

Winston_Churchill et Clementine_Hozier

Ces ''connaissances'' vont s'assembler grâce à Clémentine Churchill-Hozier, qui admire Edith Wharton, et surprise de la trouver là s'empresse de lui présenter son mari, le jeune député et récent président du Board of Trade, Winston Churchill, avec qui, elle vient de se marier... Les présentations incluent une jeune américaine, Gladys Parrish, amie de Clémentine et qui possède une maison sur le lac de Côme, et qui va se joindre au groupe...

Cette rencontre sera très productive, si j'en crois les notes d'Anne-Laure, qui laissent entrevoir l'idée d'un roman dont l'intrigue serait située dans cet hôtel même...

Ce jour là, Anne-Laure de Sallembier avec Jean-Baptiste de Vassy, Edith Wharton avec M.F., Winston et Clémentine Churchill, et Gladys Parrish – la plus jeune et célibataire – ensemble, vont donc beaucoup parler littérature.

Edith Wharton, 1905

De tous les sept, l'écrivain reconnu est Edith Wharton; en 1905, elle a publié ''The House of Mirth'' qui fut un grand succés...

De tous, l'un ( et ce n'est pas E. Wharton...) recevra le prix nobel de littérature... Il s'agit de W. Churchill (1874-1965), il est un jeune homme passionné par l'aventure, l'action... Alors qu'il termine ses études à l’académie royale militaire de Sandhurst, son désir le porte vers d’autres continents... N'ayant point de rente, il participe aux campagnes miltaires comme correspondant de guerre notamment pour le Daily Telegraph. Il commente, et ose même critiquer les stratégies militaires de ses supérieurs. Il relate ses propres exploits en Inde, au Soudan, en Afrique du Sud. Par exemple, il sauve son régiment lors d’une mission de reconnaissance à la frontière nord-ouest de l’Inde, et il parvient à s’échapper des geôles des troupes ennemies au Soudan.

Mais, pourrait-il écrire un roman ...? Il avoue lui-même avoir peu d'imagination; mais il répète à l'envie: « J’aime que les choses arrivent et, si elles n’arrivent pas, j’aime les faire arriver »

Le jeune homme a soif d'action, et ne cache pas son ambition... Après avoir compté ses exploits, sa carrière littéraire est lancée, et il compte en faire une voie royale vers la politique... Il vient d'écrire la biographie de son père, député et ministre, mort 13 ans plus tôt.

Churchill ( 12 ans plus jeune) est ravi de rencontrer Edith Wharton, qu'il ne connaissait pas; mais son épouse Clémentine, lui assure qu'étant lui-même l'enfant d'une américaine ravissante, fortunée et fantasque: Jenny Jerome, il ne peut qu'être intéressé par ses écrits, sa mère pouvant être l'héroïne de l'un des romans de Wharton ... Valentine ajoute que le surnom de l'ecrivaine – selon Henry James - serait « l'ange de la dévastation », car elle a le don de parler calemement de choses bouleversantes... Winston - qui ne connaît pas non plus H. James - trouve tout ceci fort intéressant...

Winston Churchill et son épouse Clementine, 1910

Il est à remarquer que tous ces gens se retrouvent en Italie; et qu'ici, ils savourent une réelle liberté; il serait inconcevable de retrouver la même assemblée et la même désinvolture en Angleterre ( ou pire, aux Etats-Unis...).

Déjà à Paris, Edith Wharton elle-même a pu s'aventurer dans l'adultère... Il est vrai que son mari, malade, va rentrer en Amérique. Ensuite, la littérature procure à l'écrivaine, un intérêt particulier de l'élite culturelle à son égard: « À Paris, personne ne peut vivre sans littérature, et le fait que je fusse un écrivain professionnel, au lieu d’effrayer mes amis élégants, les intéressait beaucoup. (...) La culture est, en France, une qualité éminemment sociale, tandis qu’on pourrait aussi bien dire qu’elle est antisociale dans les pays anglo-saxons. En France, où la politique divise brutalement les classes et les coteries, les intérêts artistiques et littéraires les unissent ; et, partout où deux ou trois Français cultivés se rencontrent, un salon se constitue aussitôt » ( E. Wharton - Les Chemins parcourus)

"Edith-Wharton" photographié par Annie Leibovitz

 

De cette mémorable journée et soirée, à l'hôtel Bellevue de Cadenabbia... Je note que, Edith Wharton, admire Balzac, pour ce qu'il est le premier « à considérer ses personnages, physiquement et moralement, dans leurs habitudes de vie, avec toutes leurs manies et leurs infirmités, et à les montrer ainsi aux yeux du lecteur, mais aussi à concevoir l'intrigue de ses romans autant en fonction du lien des personnages avec leur lieu d'habitation, leur milieu social et leurs opinions personnelles, qu'en fonction de l'action qui résulte de leur rencontre. »

La pruderie des romanciers anglais, les contraint à l'hypocrisie quand il s'agit de l'amour et des femmes... « Scott remplaça le sentiment par le sentimentalisme, et réduisit ses héroïnes au rôle d'ornements insipides.. » alors que dans la volonté réaliste de Balzac, ses personnages féminins, les jeunes comme les vieilles, sont des personnes vivantes, autant pétries de contradictions et déchirées de passions humaines, que le sont ses personnages d'avares, de financiers, de prêtres, de médecins. »

"Edith-Wharton" photographié par Annie Leibovitz

« La nouveauté, en Balzac comme en Stendhal, est d'avoir avant tout considéré leurs personnages comme des produits de leurs conditions matérielles et de leur milieu... »

 

Clémentine Churchill interroge Edith sur les nouvelles tendances littéraires, celles qui mettent l'accent sur les '' flux de conscience'' ( ''The Stream of Consciousness " est, à l'origine, un concept philosophique que William James ( le frère d'Henry) formula en 1892.).

Cette méthode « note les réactions mentales comme les réactions visuelles, (…) elle les livre comme elles viennent, sans considération pour le rapport qu'elles peuvent ou non avoir avec le sujet, ou plutôt avec l'idée que leur masse hétéroclite constitue en soi un sujet.

Cette volonté de noter chaque sensation, chaque mouvement d'une pensée à demi consciente, chaque réaction automatique aux impressions passagères, n'est pas aussi neuve que semblent le prétendre ses défenseurs. La plupart des grands romanciers l'ont manifestée, non pas comme une fin en soi, mais en ce qu'elle pouvait servir un dessein général... »

"Edith-Wharton" photographié par Annie Leibovitz

 

Edith Wharton préfère insister sur le besoin d'une nouvelle vison... Observer son objet suffisamment longtemps pour le faire sien; l'alimenter de ses recherches, de son savoir et de son expérience... D'ailleurs ne pas s'en tenir là, connaître un grand nombre d'autres choses... Expérimenter, voyager...

Aller en Italie..! et, Winston Churchill rappelle la formule de Mr Kipling: « Que peut-on savoir de l'Angleterre si l'on ne connaît que l'Angleterre ? »

Mais, qu'en est-il de l'inspiration...? Personne, dans cette assemblée ne semble y croire, sinon en la comparant à une enfant titubant et bredouillant... L'imagination doit tirer parti de l'expérience spirutuelle et morale... Pour qui écrit-on? L'un privilégie son public, et l'autre « pour un autre moi avec qui l'artiste créatif est toujours en mystérieuse correspondance »...

Un point inquiète Gladys Parrish: au moment d'écrire le romancier ne se demande t-il pas: quel personnage va voir cette chose que je veux raconter... ? Par qui vais-je la décrire ? Deux personnes décriront forcément la même chose de façon différente...

Effectivement, rapporte E. Wharton: « le romancier qui a choisi le point de vue d'un personnage doit alors s'efforcer de ne communiquer rien de plus, rien de moins, et surtout rien d'autre, que la façon dont sent, pense et réagit ce personnage.»

A suivre...

Sources: ''Les règles de la fiction'' d'Edith Wharton

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Edith Wharton – une américaine à Paris.

Publié le par Perceval

Elles sont nombreuses, les américaines, mondaines, actrices, mécènes, écrivaines, danseuses... ; dans le Paris de la ''Belle Epoque''... Leur point commun est d'être éprises de liberté... Sans-doute fuient-elles une Amérique puritaine.... ?

Mariage de Boni de Castellane et Anna Gould

Parmi les plus connues, qui sont-elles ?

Anna Gould (1875-1961), ''héritière'', épouse le comte Boni de Castellane. Les excentricités dispendieuses de Boni finirent par inquiéter la famille Gould... Les citoyens américains s'émeuvent que d’authentiques et solides fortunes américaines, s'en aillent chercher en Europe, de la frivolité ou simplement un titre de comtesse ? Anna Gould se remarie civilement le 7 juillet 1908 avec un cousin de son premier mari, Hélie de Talleyrand-Périgord, prince de Sagan (1859-1937).

Winnareta Singer

Winnaretta Singer (1865-1943), héritière des machines à coudre Singer, se marie en 1893 avec le prince Edmond de Polignac, compositeur aristocrate, et lui ouvre les portes de l'élite de la société française. Tous deux homosexuels, ils partagent la même passion du mécénat artistique. Admiratrice des œuvres d'Edgar Degas et de Claude Manet ; elle est très amie avec Gabriel Fauré et Proust est un habitué de son salon. 

Isadora Duncan (1877-1927), danseuse américaine, elle révolutionne la pratique de la danse par un retour au modèle des figures antiques grecques. Femme libre, parfois extravagante et danseuse magique aux pieds nus et aux voiles vaporeux; elle s’installe à Paris au printemps de l’année 1900 avec sa famille. Peu après, elle débute dans les salons parisiens les plus réputés, puis en 1903, fait sa première apparition publique, au Théâtre Sarah Bernhardt.

Alice Toklas

Alice Toklas (1877-1967), femme de lettres américaine. Elle est la compagne de l'écrivaine Gertrude Stein, dès 1907. Ensemble elles tiennent au 27, rue de Fleurus un salon qui attire des écrivains tels que Ernest Hemingway, Scott Fitzgerald, Thornton Wilder, Paul Bowles et Sherwood Anderson ainsi que des peintres avant-gardistes comme Picasso, Matisse et Braque.

Romaine Brooks (1874-1970), peintre américaine, elle a 31 ans quand elle achète un grand studio, rive gauche, à Paris...

Anne Morgan (1873-1952), fille d'un grand banquier américain, elle milite pour les conditions de travail et le droit de vote des femmes. À partir de 1908, elle vit à Versailles avec deux amies. En 1914, la guerre la surprend dans toute son horreur. Loin de rentrer à New York, Anne Morgan reste pour venir en aide aux blessés.

Romaine Brooks

 

Anne Morgan 1910

 

Natalie Barney 1900

 

Natalie Clifford Barney (1876-1972), grande amoureuse homosexuelle au charme exceptionnel, et d'une grande intelligence, elle est une femme de lettres américaine qui a son salon littéraire, rue Jacob. Dans ce ''temple de l’amitié'' on croise Colette, André Gide, Ernest Hemingway, Adrienne Monnier, Jean Cocteau…

Mary Cassatt

Mary Cassatt (1844-1926), peintre américaine, elle a choisi de vivre et de travailler à Paris, où elle intègre le groupe des impressionnistes.

Dorothea Klumpke (1861-1942), la plus jeune des trois sœurs Klumpke, est la première femme à soutenir, en 1893, une thèse de doctorat en mathématiques et astronomie à la Sorbonne. Elle sera aussi la première à effectuer des ascensions en ballon libre destinées à des observations astronomiques. Directrice du Bureau des mesures de l'Observatoire de Paris, elle a été nommée chevalier de la Légion d'honneur.

Anna, l’aînée des sœurs Klumpke, elle-même peintre, devient la compagne de Rosa Bonheur. Vivant à ses côtés au château de By, près de Fontainebleau, elle en devient la mémorialiste.

Dorothea Klumpke, astronome

 

Américaines ou Anglaises, je pourrais citer encore Djuna Barnes, Sylvia Beach, Caresse Crosby, Nancy Cunard, Hilda Doolittle, Janet Flanner, Anaïs Nin, Jean Rhys,... etc...

 

 

Et, Edith Wharton (1862-1937), que je vais évoquer bien plus longuement ; parce que cette femme issue d'une bonne famille de la haute bourgeoisie du « vieux New York », intellectuelle, établie à Paris a rencontré Anne-Laure de Sallembier ; et que j'ai quelques documents qui me permettent d'en parler …

E. Wharton

Enfant, Edith a étudié le français et s'était déjà rendue à Paris avec ses parents... Elle a parcouru toute l'Europe et découvert Paris, Rome, mais aussi l'Espagne et l'Allemagne.

Dès 1880, elle publie ses créations, elle connaît le succès avec « The Decoration of Houses » (1897) et surtout avec ''Chez les heureux du monde'' (The House of Mirth) , son premier roman, en 1905.

Dans les années 1880, Edith se fiance, et rompt : elle est courtisée par deux hommes. Walter Van Rensselaer Berry qui partage son esprit intellectuel et littéraire ; mais sans fortune, il n'ose pas la demander en mariage... Edith Jones, âgée de 22 ans, épouse un rentier, neurasthénique et infidèle, Edward (Teddy) Wharton, issu du même milieu qu'elle mais avec qui elle ne partage rien de ses intérêts intellectuels et artistiques...

E. Wharton

Walter Berry va devenir en 1916 un ami de Proust, son livre ''Pastiches... '' lui sera dédié...

 

En 1903, Edith Wharton rencontre Henry James (1843-1916) en Angleterre, avec lequel elle restera liée jusqu’à la mort...

En 1907, elle s'installe à Paris. L’écriture et les mondanités la distraient d'une vie familiale triste et sans enfants. Elle habite place des Etats-Unis...

Lorsqu'elle a besoin d'un hébergement temporaire, elle utilise l'Hôtel de Crillon , qui vient d'ouvrir ses portes dans un immeuble de la fin du XVIIIe siècle situé Place de la Concorde, et qui, à son avis, accueillait une foule cultivée. Elle déteste le Ritz, où séjournent les Américains nouvellement riches mais non cultivés...

Edith Wharton

En 1910, elle va emménager 53 rue de Varenne et y reçoit Paul Bourget, Anna de Noailles,… Dans la même rue, travaillent ensemble l’écrivain Rainer Maria Rilke et Auguste Rodin … Elle écrit là Le Temps de l’innocence, tableau cynique de la haute bourgeoisie américaine pour lequel elle reçoit le premier prix Pulitzer féminin en 1921. 

Le style d'Edith Wharton pourrait se rapprocher de Balzac, Zola, Flaubert, qu'elle lit en français ; il s'approche du ''naturalisme'' tant elle observe d'un œil et d'une plume documentée les agissements de la société qui l'entoure... Selon les mots de Henry James ,dans ses romans, elle dit "plus" et dit "mieux".

The House of Mirth - Edith Wharton -

Teddy aime sans-doute sa femme ; ils voyagent, pratiquent les sports de plein air ; mais Teddy est atteint d'une maladie nerveuse, et dès 1907, dépression et manies font qu'il est difficile à vivre...

The House of Mirth - Edith Wharton - film 2000

En 1907, Edith Wharton, a quarante-cinq ans. Elle est déjà un écrivain reconnu. Son roman ''The House of Mirth'' rencontre un grand succès en Amérique, et elle est riche...

Au cours d'une soirée chez la comtesse Rosa de Fitz-James, au 142, rue de Grenelle, Edith Wharton aurait été présentée à William Morton Fullerton (1865-1952) par son ami Henry James. Morton Fullerton travaillerait comme journaliste à Paris pour le London Times.

Elle confie à Anne-Laure de Sallembier, le trouver mystérieux et très intelligent... Mais... Ce qui m’apparaît vraiment mystérieux ; c'est que la suite des documents indiquent que Anne-Laure ne croit pas à '' l'existence '' de Morton … ! Elle semble convaincue que H. James et Edith sont complices dans cette aventure fictive qu'elle attribue à leur imagination de romanciers... Jusqu'au jour, où Edith Wharton et M.F. vont proposer à Anne-Laure de l'emmener en Italie...

A suivre... 

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Jules de Gaultier – le Bovarysme.

Publié le par Perceval

En particulier au Mercure, les préoccupations et les discussions tournent beaucoup autour des relations entre les hommes et et les femmes … A ce propos, une figure de femme entretient de longues discussions, celle d'Emma Bovary... !

 

Madame Bovary est parue pour la première fois, en 1856, dans La Revue de Paris.

Nous dirions que c'est une histoire banale... et précisément, fait scandale à cause de sa banalité même : deux adultères et un suicide. Un fait divers, marqué par son époque.. Une femme insatisfaite, qui, après avoir cherché des sensations intenses dans la littérature, les images de la religion et la relation amoureuse, n’échappe à son milieu que par la mort. Ce portrait fait par Flaubert (1821-1880) semble si juste, réaliste ; qu'est adopté un néologisme basé sur ce personnage : « le bovarisme » ou « bovarysme »... Ce terme est employé une première fois en 1880 dans le Siècle pour qualifier la ''maladie'' ( Flaubert était médecin) dont souffre Emma...

Jules de Gaultier (1858-1942) - (Paris, entre 1901 et 1905)

L'homme qui entretient Anne-Laure de Sallembier, de ce sujet est Jules de Gaultier (1858-1942), que nous avons déjà évoqué...

Jules – homme élégant, à l'attitude noble - est un simple receveur des finances, qui va faire de la philosophie et publier dans les revues les plus prestigieuses… Il connaît bien la Normandie, qu'il apprécie ( Anne-Laure y est bien-sûr attachée …) ; à Paris, dit-il, il est comme « dans une chambre sans fenêtre » ...

Il soutient que le bovarysme, qui toucherait beaucoup de femmes, serait d'être amoureuse de l'amour, au lieu d'être amoureuse d'un homme ( bien réel...)... Comme Don Quichotte ( pour l'homme...), Emma Bovary mélange la vie, et ses illusions ; et ils ne peuvent pas supporter la réalité...

- Il s'agit donc d'une maladie... ?

- Non …. C'est un état de fait … !

- Vous exagérez...

- Pensez-vous que chacun d'entre nous puissions avoir la connaissance effective de la réalité … ? Le premier pas – disons créateur - de l'homme, c'est de distinguer le moi du monde extérieur … Il voit la diversité du monde, il distingue des ''phénomènes''...

- Il se fait une idée du monde qui l'entoure ….

- Oui, mais attention... Ce monde n'est pas figé. Il évolue...

- Mais, ce qui se montre à nous, peut nous mentir ! ?

- Oui... et de plus, notre perception aussi … Le tout repose nécessairement sur une illusion... !

- Alors... Comment accéder à la Vérité … ?

- « Croire ! Contempler ! ce double vœu a hanté de tout temps les cervelles philosophiques ; il a partagé le monde des philosophes en deux types rivaux et ennemis : le sacerdote et l’artiste. »

En fait, Jules de Gaultier pense « que toute vérité, qu’elle soit morale ou scientifique, n’est jamais vraie en soi, mais qu’elle ne l’est qu’en fonction de son utilité présente ou passée. »

Jules de Gaultier se rattache à à Schopenhauer, par son éducation philosophique...

« Le monde est un spectacle à regarder et non un problème à résoudre » dit-il.

Anne-Laure de Sallembier, découvre Nietzsche, grâce à Gaultier qui tient la chronique philosophique du Mercure... Il ne réside pas à Paris, mais Anne-Laure le voit régulièrement lors de ces passages. Élégant, physique d'officier de cavalerie, il parle posément en bon professeur. Il semble ne parler que de ''bovarysme'' ; il en a fait la clé de voûte de sa philosophie. C'est une manière de parler de la limite de la Connaissance ; et concerne l'humain en général... « toute réalité qui se connaît elle-même, se connaît autre qu’elle n’est. Ainsi s’énonce, resserrée en la forme d’un aphorisme, la notion du Bovarysme ».

Ce que nous appelons connaissance est en fait une création de notre part. La réalité phénoménale est autre qu'elle n'est ! Notre perception repose sur une illusion... Il ne resta au philosophe que de croire ou contempler...

Proche de Nietzsche, Gaultier reste fondamentalement persuadé que toute vérité, qu’elle soit morale ou scientifique, n’est jamais vraie en soi, mais qu’elle ne l’est qu’en fonction de son utilité présente ou passée.

Le « rationalisme » lui apparaît comme étant « une confusion des catégories de l’intelligence et de la croyance ».

Seuls les artistes ne sont pas dupes des illusions qu'ils créent. L'art est essentiel, c’est un des moyens que la vie choisit pour manifester « qu’elle veut aussi prendre conscience d’elle-même ». C'est ce que Gaultier appelle : la « justification esthétique de l'existence ». Le philosophe-artiste est critique du monde, même s'il reste sensible aux idées du temps...

 

Le philosophe tente de comprendre le mécanisme des actions humaines et de chercher quel peut bien être leur but, et si elles en ont un, ou si la vie n'est pas autre chose qu'un ensemble de gestes évoluant parmi les ténèbres du hasard.

La philosophie rejoint les mythes qui ré-enchantent la banalité du quotidien, non que ce quotidien soit banal, mais parce qu'ils en traitent avec génie ( analogue à un sujet traité avec art, ou sans art …) Schopenhauer dit, comme Shakespeare... Frédéric Nietzsche, est en même temps un grand poète et un grand philosophe.

Je peux imaginer comment ce discours a pu émouvoir Anne-Laure ; elle, qui tentait de comprendre comment l'histoire du Graal, de Perceval, des chevaliers de la Table Ronde, et des femmes-fées, pouvaient encore parler à des hommes et femmes de raison en ce début du siècle … !

 

La question posée par ''le bovarysme'', est qu'il peut se développe dans un sens absolument opposé à la personnalité réelle de l'individu. On parle alors de maladie, s'il s'agit de fausse passion, fausse vocation. Le ''non-vrai'' devient une condition de l'existence ; jusqu'au moment où le rêve se brise au contact de la réalité... Par exemple, quand Emma imite la signature de son mari sur les billets qu'elle a souscrits, malheureusement, son imagination ne change pas la loi du monde. Les effets souscrits sont représentés à leur échéance. Impayés, ils sont protestés. Emma, plutôt que d'avouer, choisit la mort.

 

Pour Gaultier, encore, l''instinct de vie'' pousse l'individu à créer de l'illusion pour vivre ( idoles …) ; à l'opposé'' l'instinct de connaissance'' en doute et démystifie...

Baudelaire disait : « … Je sortirai quant à moi satisfait d'un monde où l'action n'est pas la sœur du rêve. » ( Reniement de saint Pierre, des Fleurs du Mal )

 

Nietzsche affirme que le mythe est d'une manière générale « le lit de paresse de la pensée » … Et donc, s'il s'agit de nourrir sa pensée par les mythes, il faut ne pas s'y laisser enfermer, telle une croyance ; mais s'y laisser inspirer, interroger... Le mythe a cette faculté de proposer une multiplicité de sens …

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1900 - Le Mercure de France (suite)

Publié le par Perceval

Le parcours intellectuel - je n'ose dire la vie...- d'Anne-Laure de Sallembier va connaître un tournant avec son entrée dans l'intimité du cercle littéraire du '' Mercure de France ''… Non pas comme écrivain ; plutôt – j'imagine – comme femme du monde, qui soutient - à l'image de ces femmes de la bourgeoisie, retenues dans leur énergie – et gravite autour de sphères d'influence pour soutenir des causes intellectuelles...

 

A leur retour de Nouvelle-Calédonie, Anne-Laure reçoit chez elle le couple Paul et Marie Chabaneix, lui médecin, et tous les deux écrivains... Leur pseudonyme est Nervat... Anne-Laure sympathise avec Marie Nervat et exprime son émerveillement devant l'union tendre que renvoie le couple. Ils publient en 1897, les ''cantiques des cantiques'', les ''Rêves unis'' en 1905, sous leur double pseudonyme. Hélas, Marie va mourir en 1909... !

Marie Nervat. par Kees van Dongen

 

« C'est si beau, le ciel bleu, la mer, toute la vie ;

je suis jeune et l'on m'aime, et j'ai peur de mourir !

l'idée de mort me hante ainsi quand le soir tombe,

dans la tranquillité de la maison j'ai peur;

il me semble La voir glisser ainsi qu'une ombre

et puis, pour l'arrêter, ses mains touchent mon cœur.

Idée, je voudrais te chasser! Quand sous la lampe

je le vois laisser là son livre et me sourire

alors qu'il fait si noir en moi, sans rien lui dire,

je détourne mes yeux pour lui cacher mes larmes...

De son bonheur il ne faut ne parler qu'à voix basse. » Marie Nervat

 

C'est peut-être par l’intermédiaire du couple Nervat, qu'Anne-Laure de Sallembier va pénétrer le salon du Mercure de France... Elle y fera d'étonnantes rencontres, qui chacune seront une facette de cette Quête qu'elle a héritée...

Elle va rencontrer Remy de Gourmont (1858-1915) , et le visiter semble t-il assez souvent dans un appartement sous les toits, rue des Saints-Pères, encombré de livres...: rencontres surréalistes ! ( enfin, disons ''symbolistes''...)...

Dans sa mansarde, sans luxe, Gourmont semble vivre tel un grand seigneur sur de vastes domaines intellectuels... Il vit reclus ( défiguré par une sorte de lupus...) ; seule Natalie Clifford Barney (1876-1972) réussira ( par la passion qu'elle lui inspire) à le sortir... et le Cinématographe que Blaise Cendrars lui aurait fait découvrir...

 

Remy de Gourmont est un esprit curieux de tout, énormément érudit, il écrit beaucoup... Homme de passion ; Anne-Laure est touché par cet absolu qu'il donne à l’intelligence, mais aussi parce que tout son esprit accorde à l'amour, la beauté... Il lui répond « on écrit autant avec son caractère, qu'avec son esprit... »

Il semble pour Anne-Laure, être un vieux sorcier allemand hanté par des visions somptueuses, ou effrayantes...

Quand Remy de Gourmont, rencontre Natalie Barney – amenée chez lui par Edouard Champion ; elle a 34ans ( lui 52) ; Elle est belle. Il est laid. Elle est riche. Il ne l’est pas. Elle aime les femmes. Il les aime également : un amour platonique pour celle qui faisait un poème de sa vie... On dit – et c'est écrit sur sa tombe – qu'elle fut l’Amazone de Remy de Gourmont...

 

Jules Gaultier qui tient la chronique philosophique, va compléter les notions d'Anne-Laure sur Schopenhauer – auteur à la mode – et l'initier à la lecture de Friedrich Nietzsche... Elle se souvient aussi de plusieurs discussions autour de ''Madame Bovary '' de Flaubert ; et de qu'il appelle le '' bovarysme '' ( nous en reparlerons bientôt...) …

Anne-Laure se méfie de ce Paul Léautaud qui ne quitte guère la Revue ; toujours là, il a l’œil sur tout. Très indépendant, critique et brutal... Elle n'aime pas son regard sur elle...

Léautaud (1915) de Michele Catti

 

Paul Léautaud (1872-1956) - invité par Gourmont a rejoindre le Mercure comme secrétaire de rédaction – est un familier du salon de Rachilde. Il est injuste avec les femmes ( comme à son ordinaire), il affecte de se plaindre de leur « bêtise, de leur physionomie », telle Mme Kolney : « si cuisinière, femme de service, avec son éternelle rhume de cerveau et ses gros yeux de … bœuf ; Mme Danville, prétentieuse, l'idée qu'elle est spirituelle, mordante, lettrée, que dis-je ? Intellectuelle. Ah ma chère ! (…) et cette dinde prétentieuse de Madame Aurel …. etc...» Paul Léautaud dans son '' Journal ordinaire'' Il est étrange que cet homme peu sympathique, soit l'ami de Paul Valéry (1871-1945), lui qui aime tant les femmes …

 

Madame Danville pratique le spiritisme, avec son mari, Gaston Danville (1870-1933); lui-même collaborateur fidèle des premières années du Mercure de France et auteur des ''Contes d’au-delà''. Le couple est passionné de sciences et de psychologie; et, Anne-Laure s'amuse de les entendre parler d'amour, comme s'il parlait d'une expérience toute scientifique …

Les expériences sur l’esprit humain, sont très à la mode en cette fin de siècle avec les cours de Charcot, l’école de la Salpêtrière, les expériences de magnétisme, de suggestion, d’hypnose...

 

En 1905, Gaston Danville publie '' Le parfum de la luxure''. Dans ce roman,un paquebot est piégé dans les eaux de l'Atlantide ( la dérive du bateau est décrite comme un désir amoureux) lorsqu'une éruption sous-marine ramène le continent perdu à la surface( l’île joue alors le rôle de la séductrice ) et que son équipage et ses passagers sont soumis à d'étranges influences mentales qui stimulent leurs pulsions érotiques.

En ce début du XXe siècle, l'Atlantide évoquent pour certains un espace dominé par les femmes. L’île - terrae incognitae - s’incarne dans une figure féminine.

L’Atlantide est une énigme... Il s'agit d'un voyage vers le Féminin, représentée par l'île engloutie... La curiosité vers l'inconnu s'exprime en une attirance sexuelle, et l'exploration et une rencontre amoureuse. Découvrir une femme, c’est résoudre l’énigme.

En fait, ce sont les souvenirs, les émotions ou les pulsions inconscientes qui hantent les personnages et alimentent leurs actions. Sur l'île les passagers oublient leurs préjugés, libres de l'envie, de la possession, et de la pudeur... Ces transgressions seront finalement entraînées dans un cataclysme.

La vie en Atlantide est une tentation, un rêve exaltant mais irréalisable ...

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