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Charles-Louis de Chateauneuf – Limoges au XIXe s.

Publié le par Perceval

Fils ou neveu : de M. Joseph Châteauneuf ( né en 1759) et de Marie-Catherine-Louise de la Bermondie d'Auberoche ( née en 1780) , mariés en 1803. Jean de Châteauneuf est mort en son château de La Villatte (cne de Saint-Junien-la Brégère, Cr.) vers 1820...

Marie Catherine de La Bermondie, née vers 1780, a pour parents: Jean Léonard de La Bermondie né le 16 avril 1739 et Jeanne de VILLOUTREYS née vers 1740 ou 1750...

Charles-Louis de Chateauneuf est né en 1816, sans doute enfant adultérin...

Il est placé en nourrice dans la campagne environnante, et grandit ainsi, avant d'intégrer le collège royal ( nom sous la restauration) de Limoges, en qualité d'interne...

De bonne heure, il se livre ainsi à la vie contemplative, à l'observation de la nature et l'écoute des contes et légendes qu'emplissent les veillées dont il est friand....

Puis, il parcourt les romans du dernier siècle, et autres miraculeux trésors qu'il peut arracher à sa famille, qu'il voit peu … Son goût pour la lecture va vite devenir impérieux... Ses loisirs en sortie du Collège se passe chez les bouquinistes de Limoges.

Le Collège Royal ( plus tard Lycée Gay-Lussac) a peu changé depuis ; si ce n'est en 1828, la chapelle ( abandonnée...) qui – réouverte au culte - est dotée à présent d'un plafond et d'une toiture ; et, la construction des quatre dortoirs des pensionnaires , dans une aile construite sous l'Empire...

Lycée Gay-Lussac

On a repris la désignation des classes des ex collèges des Jésuites : classes élémentaires (8e, 7e) jusqu'à la classe de philosophie...: De la 6e à la 3e les élèves doivent rendre chaque jour un thème (une traduction du français en latin). En seconde on ajoute des pièces de vers latins et en rhétorique des exercices de thèmes et de versions latines et grecques, des exercices de prose. On cherche à développer l’élocution écrite.

On y enseigne aussi : le français, les premiers principes de géographie, d’histoire et de mathématiques, puis se renforcent les sciences : le cours de sciences physiques (zoologie, botanique, minéralogie, chimie, physique) est commun aux classes de 3e/2de/Rhétorique …

Un professeur de philosophie ( pour la première fois il n'est pas prêtre) va les marquer : Charles Mallet (1807-1875) nommé en 1832, au collège royal de Limoges, en remplacement de l'abbé Garrigou. Ch. Mallet élève de l'Ecole normale a passé le concours de l'agrégation de philosophie sous la présidence de Victor Cousin (1792-1867), autre personnage que rencontrera C.-L. de Chateauneuf....

 

Charles-Louis rencontre un camarade de son âge avec qui partager sa passion, il se nomme Elie Berthet. Le jeune Elie, a, de plus, le goût de l'écriture et lui fait noter sur un cahier les récits du jeune romancier qu'il devient …

A la suite d'Elie Berthet, Charles-Louis devient excellent en rhétorique et en mathématiques ; tous deux se partageant les prix ...

 

Le père d'Elie Berthet est un négociant de Limoges, honorable mais peu riche... Il s'inquiète de l'avenir de son fils qui semble plus attiré par la passion littéraire que par une profession bourgeoise... A douze ans, il était passionné de botanique ; et possédait déjà une riche collection de papillons et d'insectes qui peuplaient alors le Limousin... Avec l'aide de Charles-Louis, ils vont enrichir cette collection ; le but secret entre eux est de ne jamais être à charge et de subvenir eux-mêmes à leurs besoins... Ainsi, ils vendront à des amateurs les collections d'histoire naturelle ainsi composées...

Leur rêve serait de ''monter'' à Paris, faire leur droit, vivre de ''bohème'' etc ...

Autographe - Elie Berthet

 

«L'étude la plus charmante pour une femme, et surtout pour une jeune fille, est celle de la botanique. Cette science s'apprend avec une extrême facilité par la pratique, et l'on se crée ainsi une source de jouissances intarissable, en même temps que l'on jette un peu de poésie dans l'existence, si dure et si brutale pour tous. J'aime beaucoup la botanique, et je m'efforce de communiquer ce goût à mes petits-enfants. Elie Bertet ». autographe

Limoges autour de 1830:

Le pont Saint-Etienne à Limoges vers 1838

En 1827, Limoges est soumise à une triade autoritaire :

- le préfet : le rigide baron de Coster

- l'évêque, Prosper de Tournefort, enfermé dans ses positions réactionnaires,

- le maire : Athanase Martin de la Bastide qui règne sur la ville de son château en campagne limousine ...

Louis-Philippe, roi des Français

 

 

Dès le 30 juillet 1830, après la fuite de Charles X, les républicains proposent au duc d’Orléans la lieutenance générale du royaume . Le 7 août 1830 après un vote favorable des Chambres il devient Louis-Philippe 1er. Il refuse le titre de roi de France qui l’aurait fait Philippe VII et se fait proclamer roi des Français. Ce nouveau titre, déjà porté par Louis XVI de 1789 à 1792, lie la monarchie au peuple et non plus au territoire. Comme autre symbole fort, la nouvelle monarchie adopte le drapeau tricolore pour remplacer le drapeau blanc de la Restauration.


 

A Limoges, la précarité de la condition des ouvriers, les a conduit à participer aux mouvements de révolte et de révolution. Pendant la révolution de 1830, de juillet à novembre, des grèves éclatent pour l'augmentation des salaires et la diminution de la journée de travail.

Tous les députés élus sont des libéraux... C'est la fin de trois décennies ''calmes''...

C'est véritablement alors l'heure de la bourgeoisie triomphante. Le nouveau Maire Fr. Alluaud entend insuffler modernité et progrès dans la gestion de la ville...

 

François II Alluaud s’attelle à poursuivre l'œuvre de son père et implante une usine de porcelaine aux Casseaux en 1816, en bord de Vienne, à une époque où celle-ci était une authentique route du bois. Il est également Maire de Limoges (1830-1833), et va participer à l'amélioration de la qualité de fabrication, de cuisson, et va franchir les barrières esthétiques en terme de création. Sous son influence, l'industrie porcelainière de Limoges va devenir une véritable industrie d'art.

Bord de Vienne - Limoges

 

Après les 3 glorieuses (1830) , les naveteaux armés de leur interminable lancis figurent dans les rangs de la garde nationale.

A noter en 1835, une très grave inondation des bords de Vienne...

 

Après six siècles de durée, le pont Saint-Martial et le pont Saint-Étienne servent encore aux communications de deux pauvres faubourgs, et heureusement ils ont tout juste assez d'utilité pour qu'on les entretienne...

Entre 1833 et 1839, le Pont-Neuf est construit puis livré à la circulation le 29 juillet 1839. La première pierre de ce pont a été posée le 17 juillet 1832. Cette pierre renferme une plaque en porcelaine portant les noms des officiels. Appelé pont ''Louis Philippe'' , il fut baptisé ''Pont Neuf'' après la révolution de 1848. Les emplacements prévus pour de grandes assiettes en porcelaine évoquant l'importance de la profession et sa vocation à réaliser des chefs d'oeuvre , sont hélas demeurés vides.

Le champ de juillet fut établi en 1830 pour permettre les charges d’entraînement des régiments de cavalerie, dont le XXème dragon. L'armée refuse le lieu qui devient un espace de promenade... L'oeuvre des frères Bühler, célèbres paysagistes du XIXe siècle, en 1858 a disparu, et est malheureusement oubliée. (Le jardin a été entièrement reconstruit dans sa partie basse vers 1928.)

 

1840, voit le Théâtre, place Royale ( de la République )

1846, le Palais de justice

1852, une halle sur la Place de la Motte

1856, la gare d'Orléans

1861, la Caserne de la Visitation...

 

La Porcelaine :

Vers 1830, la grande industrie de Limoges, reste la production de textiles. En 1837, la ville compte 25 manufactures de flanelles établies au bord de Vienne. Le déclin est du à la concurrence des tissus du nord de la France ; et il est contrebalancé par le développement de la porcelaine...

Sous la Restauration, l’augmentation de la production de porcelaine, sans doute liée à une augmentation de la consommation, est notable. Elle est due à deux facteurs : l’abondance des matières premières – kaolin et bois – dans la région et la présence d’une main-d’œuvre nombreuse et habile. En 1830, on inventorie seize fabriques, puis vingt-quatre en 1836-1837, soit quarante fours. Onze d’entre elles sont établies à Limoges et les autres en Haute-Vienne. Au niveau des effectifs, l’enquête industrielle de 1840-1844 recense 3198 personnes travaillant dans l’industrie porcelainière, qui est ainsi la première de la région. La production est alors majoritairement constituée de porcelaine blanche. Les décors sont principalement exécutés par des artistes qualifiés à Paris ou Toulouse, principaux centres de vente de cette porcelaine. Cependant, des ouvriers porcelainiers limousins décorent également la porcelaine. Quant aux exportations, elles se font en direction des marchés allemand, italien, espagnol et américain, mais encore modestement.

 

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A Limoges, en cette fin du XVIIIe siècle – 3/, - La Révolution

Publié le par Perceval

Le Limousin

Le Limousin

J. L. de La Bermondie va vivre le début de la Révolution, en Limousin.

Le Limousin est alors une région pauvre et isolée... Les céréales, et en priorité le seigle, sont la principale des cultures à côté de l'élevage du bétail : bovins et moutons... Le porc est le seul animal que le paysan se permet de tuer pour sa propre consommation..

Un peu de sidérurgie, au sud de la Vienne ; et à Limoges une activité industrielle assez développée : papeteries, manufactures textiles... et, des échanges commerciaux limités.

Un peuple des campagnes indigent, et un attachement aux traditions religieuses populaires... Pour 700.000 habitants, on compte 3000 personnes au service de l'Eglise ( neuf communautés religieuses de femmes à Limoges)...

Suppression des Ordres religieux 1790

Les 20, 21 et 22 août 1787, se réunit l 'Assemblée provinciale de la généralité de Limoges. Puis dès février, mars 1789, des Assemblées ont lieu pour rédiger des cahiers de doléances et élire des députés aux États Généraux.

Les trois ordres se réunissent du 16 au 23 mars au chef-lieu des sénéchaussées.

J. L. de La Bermondie est à Limoges, pour la noblesse. Un document d'archive, qui nous donne la liste la des gentilshommes qui assistent à l'Assemblée des trois ordres de la sénéchaussée de Limoges et Saint-Yrieix, en 1789; le nomme et l'appelle "seigneur de Saint-Julien et de Laron".

Le lycée ( Gay-Lussac aujourd'hui) est le théâtre de la réunion des États Généraux du Limousin, dans l'enceinte de la chapelle, le 16 mars 1789.

« Le collège royal bordait le boulevard. L’arrière des bâtiments et la chapelle s’ouvraient de l’autre côté, tout près de la place dans l’étroite rue Boucherie. La lumière, encore frisante à cette heure soulignait d’ombre, les pilastres, les entablements, les frontons, les niches en coquille : tout l’ensemble du style jésuite, plaqué sur un appareil assez rudimentaire, comme les deux tourelles à bonnet pointu qui épaulait cette façade. Si bien qu’en dépit de ses ornements l’église ouvrait plutôt un aspect militaire. En outre, quand on arrivait par la rue de l’Arbre-Peint, un des singuliers clochetons du cloche, apparaissant par-dessus ladite Église ou chapelle évoquait les épaules et la tête d’un guetteur en armure et casque noirs.

L’intérieur sans pilier formait un assez vaste vaisseau, très clair. Tournant le dos à l’hôtel, les magistrats de la Présidial et de la Sénéchaussée : conseillers, gens du roi, le lieutenant des Pais, le lieutenant criminels étaient assis en robes du palais. Ils composaient et un groupe uniforme, noir et rouge, où tranchés la blancheur des hermines ; Sur un côté du vaisseau, se tenait le Tiers-État imposant par son nombre. Les campagnards en habit court à basques, y voisinaient avec les fastueux citadins du genre Naurissane. En face, siégeaient la noblesse et le clergé, à droite et à gauche du grand sénéchal qui présidait, assisté par le lieutenant général de Reilhac, le procureur du Roi et les huissiers. Cet ordre n’avait pas été établi sans mainte querelle de préséance. Aujourd’hui, tout le monde était très digne, très pénétré de l’importance de ce qui s’accomplissait ici. » Robert Margerit '' La Révolution - L'amour et le temps ''
Chapelle et arrière des bâtiments du Lycée Gay-Lussac -Limoges

Chapelle et arrière des bâtiments du Lycée Gay-Lussac -Limoges

En même temps, une crise des subsistances atteint son ampleur...

En 1788, du fait de la sécheresse et d'orages de grêles, les moissons sont détestables... le marché est également mal approvisionné ( certains accaparent pour gagner plus …), et c'est une forte hausse des prix... L'hiver qui suit est très rigoureux, même les châtaigniers périssent !

Les 12 et 13 mai 1789, Limoges connaît une émeute engendrée par ce problème de subsistances...

 

Après le 14 juillet 1789, les limousins connaissent ce qu'on appelle '' la Grande Peur '' : le bruit circule que des bandes de brigands ( ou mercenaires …) sans-doute recrutés par les nobles, arrivent en pillant et détruisant tout sur leur passage... cela induit une '' révolution municipale'', avec la constitution de '' comités de patriotes » » qui se substituent aux autorités municipales en place … On crée des gardes nationales, en grande partie formées de petits bourgeois.

 

Article 1er : « l'Assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal. »

En France, le 4 août voit la suppression des privilèges, de la dîme et de certains droits seigneuriaux. On brûle les bancs des ''privilégiés'' des église, on détruit les girouettes ( réservées aux possesseurs de fiefs) … Et en décembre, se généralise le refus du paiement des droits seigneuriaux...

En janvier 1790, en Bas-Limousin ont lieu des révoltes anti-seigneuriales.

C'est en février 1790 que se constituent les trois départements de la Creuse, de la haute-Vienne et de la Corrèze.

A lieu la fédération des gardes nationales – c'est à dire que les gardes nationales voisines se jurent un appui mutuel et fraternel - et le 14 juillet 1790, les municipalités organisent une fête pour célébrer cette Fédération. Se créent des clubs : des sociétés patriotiques avec beaucoup de commerçants et d'artisans.

 

A partir de janvier 1791, c'est la Constitution Civile du Clergé. On demande aux ecclésiastiques de prêter serment et on élit des évêques constitutionnels. C'est alors un tournant dans la révolution, car cette décision provoque de profondes divisions... Le bas-clergé est favorable à la Révolution, mais beaucoup de réfractaires invoquent leur conscience... Les ''jureurs'' ne sont pas enthousiastes... Pourquoi devoir choisir entre la Nation et l'Eglise ? Les ''jureurs'' seraient 62% en Corrèze, 47% en Haute-Vienne et 75% en Creuse ( selon l'Assemblée Constituante), des prêtres vont ensuite se rétracter …

 

Léonard Cramouzaud, le curé de Saint-Julien-le-Petit, refuse de prêter serment à la constitution ''schismatique'' du clergé, et émigre …

Pierre-Psalmet Cramouzaud, curé de Beaumont (du Lac), près d'Eymoutiers, nommé en 1762, refuse également de prêter serment. Il est condamné à la déportation hors de France. Malgré cette loi de déportation du 26 août 1792, il reste « caché dans le voisinage de sa paroisse, afin de continuer à veiller sur elle, et porter à ses habitants les secours de la religion »... Il est arrêté, et conduit à Limoges, où le tribunal criminel le condamne à mort, et le fait guillotiner le 21 novembre 1793. ( sources : l'abbé A. Lecler - 1918 )

Puis, les 20 et 21 juin 1791, le Roi ''s'enfuit'', puis il est fait prisonnier...

Le 23 août à La Souterraine, a lieu une insurrection contre le rachat des droits seigneuriaux...

La famille royale est arrêtée à Varennes le 21 juin 1791

Durant l'année, les départs en émigration deviennent nombreux.

Selon des actes: Jeanne de Villoutreys, et Jean Léonard de la Bermondie, vont divorcer durant la Révolution pour conserver les biens de Jean qui émigre en 1791; mais ils vont négliger de se remarier civilement après son retour...

 

Ce que j'en dis...: Jean Léonard de la Bermondie, après la fuite du Roi, puis son arrestation va considérer que son devoir est de rester au service du Roi de France. Bien que, partisan d'une monarchie Constitutionnelle, et donc favorable à la Révolution en son début, il partage certaines analyses du ''girondin'' et limougeaud Pierre Vergnaud (1753- et guillotiné en 1793), du moins en cette année 1791... Jean-Léonard comme noble, de plus, ancien page du Roi et officier, craint pour sa sécurité... Il choisit d'émigrer, mais refuse de servir dans l'armée avec les prussiens et les autrichiens contre la nation Française ... Aussi, choisit-il la Suisse, et Berne en particulier ...

 - Note: Emigration française en Suisse: principalement à Neuchâtel, Fribourg, Berne et Bâle. On a recensé 3 700 ressortissants français dans le canton de Fribourg en 1793, dont deux tiers d'ecclésiastiques...

A suivre:... J. L. De La Bermondie rencontre le jeune Hegel..!

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A Limoges, en cette fin du XVIIIe siècle – 2/, -

Publié le par Perceval

Limoges, capitale du Limosin - XVIIIe s

Limoges, capitale du Limosin - XVIIIe s

Limoges, comme chaque ville du royaume, a son cortège de fêtes et de processions annuelles...

Processions le dimanche de la Passion, le jour de Pâques, à la Fête-Dieu et dans l'octave, pour l'Assomption encore... Le 30 avril, on plante très officiellement des arbres de mai dans la ville, en présence du maire, des valets de ville, des fifres et des tambours. Il faut ajouter à cette trame les noubas du Carnaval et de la Saint-Jean, et le reste! Les Rois, les Rameaux...

Ostensions du Dorat en 1918

A Limoges, chaque année les six prévôts-consuls maudissent solennellement Gauthier, le méchant traître. Au début du XVe siècle, Gauthier Roi dit Pradeau avait cru pouvoir livrer la ville. Mal lui en prit, car, pendant plus de trois cents ans, les Limougeauds consacrent le 27 août à courir sus à Gauthier (voir note *). Cela commence à l'hôtel de ville et se poursuit dans la rue.

Mais tout cela, n'est jamais qu'ordinaire. En fait, les élites ne répugnent pas aux rites colorés, grivois parfois, qui scandaient les douze mois de l'année. A Carnaval hormis quelques dévots qui se réfugient chez les Jésuites pour y expier les fautes de leurs semblables, tout le monde se retrouve pour faire le maximum de ce qu'autorise l'état de son porte-monnaie. Moment sacré à l'occasion duquel les parents s'invitent de loin, comme pour la Saint-Jean, notamment pour le bal, l'un des plus importants de l'année.

On retrouve tout cela à la campagne, où les ''reinages'' des confréries ( vente de titres dans une confrérie) continuent de mêler inextricablement la religion, les gaietés populaires et la mangeaille.

Nobles et bourgeois font partie de la fête...

Dans la banlieue de Limoges, la fête des Cornards de Saint-Lazare sort la population de la ville pour sa première ballade de l'année, le dimanche de la Passion, en plein carême. Les aubergistes du village arborent à leur porte de magnifiques cornes de béliers enrubannées, à la place du bouchon obligatoire qui est le signe de leur commerce, et tout ce joyeux peuple ne manque pas d'aller saluer d'un même souffle les reliques de Saint-Lazare que le curé expose pour l'occasion dans la vieille église.

Les reliques et la fête mêlées, c'est là la marque propre du Limousin. ( …) La confrérie des cornards du lieu; se charge charitablement de déposer chez tout nouveau marié la superbe ramure de cerf qu'il n'aura plus qu'à transmettre à l'époux suivant. On pourrait encore évoquer l'Académie des ânes d'Ambazac...

Pour satisfaire ce besoin de sacré, Limoges a ses pénitent... Bleu, noir, gris, blanc, rouge ou feuille morte, le pénitent de Limoges trouve dans sa confrérie un moyen de sortir de son milieu professionnel et une identité religieuse et sociale que ne boudent pas les officiers de la ville.

L’historien Michel Cassan a écrit : « dans le courant des XVIIe et XVIIIe siècles, de ce dernier surtout, il n’y avait pas un seul chef de famille de Limoges qui ne fut membre de quelque confrérie à laquelle avant lui son père, son grand-père, ses ancêtres avaient appartenu. C’est par centaines qu’elles comptaient leurs membres. » Contrairement à ce que l’on pourrait penser par ailleurs, les confréries se montraient souvent très indépendantes vis-à-vis du clergé, en particulier à Limoges.

Selon Francis Masgnaud, « leur indépendance vis-à-vis du pouvoir religieux a dû plaire aux francs-maçons et, comme dans la ville tout le monde en était, nombre de francs-maçons furent également pénitents. »

Il existait des maçons ecclésiastiques, comme par exemple Cramouzaud, chanoine théologal de saint Martial, membre de « L’Heureuse Réunion » à la fin du XVIIIème siècle.

Dans son costume de pénitent, l'homme qui va pieds nus dans les rues jonchées de fleurs précédant le Saint-Sacrement, est un peu prêtre lui aussi. Instrument d'intégration sociale, la confrérie limousine accueillait les jeunes fils de ses membres, les militaires en garnison, soldats aussi bien que capitaines, et les négociants des villes d'alentour amenés par leur commerce à de fréquents passages.

Le Limousin présente la caractéristique de rester fidèle à ses reliques dont le culte y revêt depuis longtemps, une ampleur toute mérovingienne...

Tous les sept ans - et cela se fait encore au XXIe s. -, des ostensions solennelles permettent aux fidèles de promener et de vénérer les corps, les chefs et les morceaux les plus précieux des saints locaux: Martial, Léonard, Victurnien, Austriclinien, Théobald, IsraëI, Genest, Priest et mille autres, et cela avec une débauche d'usages et de rites qui s'étendent sur plusieurs mois et mobilisent l'ensemble de la population aux côtés de ses cadres sociaux dans un vaste psychodrame.

Procession maçonnique - au XVIIIe siècle détail

Également, un jour de Saint-Jean, les francs-maçons de la loge de Limoges peuvent donner un banquet et faire un feu d'artifice, avant d'envoyer à leurs frais une musique régimentaire donner la sérénade par les rues.

 

Sources : Michel C. Kiener et Jean-Claude Peyronnet : ''Quand Turgot régnait en Limousin''

 

(*) La fameuse conspiration de Gautier Pradeau (1426)

Le procès du consul Gautier Pradeau constitue un des épisodes les plus saillants et les plus dramatiques de notre histoire provinciale au moyen âge.

Limoges Médiéval ( BD de Pascal Jourde)

On sait que Pradeau, originaire de Lesterps ( aux limites du Limousin ), était venu, jeune encore, et avec peu de ressources, s'établir à Limoges où il entreprit un commerce.

Il va entrer dans la bonne société limougeaude par le mariage ; il épouse Marie Vidal qui appartient à une famille de drapiers et lui apporte « moult chevance »

Peut-être '' maître des monnaies'', il fait des prêts à des notables; surtout il devient trois fois consul (1412, 1416 et 1422). C’est donc, en quelques années, une réussite publique fulgurante.

 

Les adversaires de Gaultier Pradeau ont dressé de lui un portrait qui allait devenir traditionnel, celui du traître modèle : étranger à la ville, arrivé pauvre mais enrichi par le mariage et de louches affaires... Ici, le chef d’un parti vicomtal dans la ville, se heurtant à un parti consulaire mené par les anciennes familles patriciennes de Limoges...

Jean de Bretagne, sieur de Laigle, est le frère et le lieutenant général du vicomte de Limoges. Celui-ci revendiquait les anciens droits féodaux de sa famille. Les habitants repoussaient avec énergie cette prétention, rappelant le don fait par la veuve de Charles de Blois de leur ville au roi Charles V, et l'engagement solennel pris par le même prince vis-à-vis des bourgeois, de les garder sous sa main et de maintenir leurs consuls élus seuls maîtres et seigneurs du château de Limoges.

 

Pour dix mille écus et quelques rancunes personnelles, Pradeau consentit à servir les projets du seigneur de Laigle...

Quand ce fut le tour d'investir la charge de prévôt-consul, d'entre tous les magistrats de la Commune, Gautier Pradeau devait faire ouvrir sous un prétexte quelconque , un matin au point du jour, la Porte des Arènes...

Mais, le projet du traître fut découvert avant sa réalisation... L'alarme se répandit aussitôt dans la ville et les bourgeois se précipitèrent aux murailles …

Jean de Laigle demeura une semaine sous les murs de la ville avec les 6 ou 700 hommes qu'il avait réunis pour son expédition; mais avec d'aussi faibles troupes, il ne pouvait songer à prendre Limoges de vive force, il dut se retirer.

 

Le corps de ville s'assembla : Gautier fut appelé devant ses collègues; on mit les preuves de sa trahison sous ses yeux. Il essaya d'abord de nier; mais, bientôt convaincu par l'évidence, menacé d'être appliqué à la question, il se décida à tout avouer: il remit même aux consuls le traité qu'il avait en sa possession. Livré au prévôt criminel, il eut la tête tranchée au pilori de la place des Bancs, le 3septembre. La tête du coupable fut placée au bout d'une pique, au-dessus de la porte des Arènes.

 

Une procession annuelle - organisée peut-être dès les années 1430 et jusqu’à la veille de la Révolution - permettait à la population d’insulter « l’homme de fer » .

 

Sources : L. Guibert.

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A Limoges, en cette fin du XVIIIe siècle – 1/. -

Publié le par Perceval

Limoges 1837 ( détail) - Jean-Baptiste Tripon (1801-1878)

Limoges 1837 ( détail) - Jean-Baptiste Tripon (1801-1878)

Après Ambazac, enfin, la voiture empruntée par J. L. de La Bermondie retrouve - vers Limoges -  une route praticable ..

«  La voiture dérangeait les ateliers paroissiaux de la corvée des chemins. Ils travaillaient aux routes entre les grands labeurs de l'été et les pluies et le gel de l'hiver... le cœur n'y était guère et les corvoyeurs y mettaient toute l’ardeur qu'on peut attendre des gens qui font un travail forcé non payé... »

Plan: Ville de Limoges 1785

Plan: Ville de Limoges 1785

La ville de Limoges ( le château) est ceinturée de remparts qui tombent en ruine ; pourtant la plupart ont disparu et remplacés par une allée d'arbres, appréciée des citadins … Les routes de Paris et de Poitiers aboutissent à la porte Montmailler, l'une des quatre portes fortifiées … Là, on y trouve tout à côté la poste aux chevaux et une brigade de la maréchaussée... En 1781, une place ronde a été aménagée : la place Montmailler, rebaptisée Dauphine à la naissance de l’héritier de la couronne.

Tout le trafic Nord-sud doit ensuite s'engouffrer dans le dédale de rues étroites, bordées de maisons ventrues aux faîtages fatigués, pour, éventuellement, ressortir par la porte Manigne et de là dévaler le faubourg Saint-martial vers la Vienne...

 

Vue de Paris, Limoges apparaît comme une ville méridionale et pauvre. Et, une vraie ville dans la mesure où le jour et la nuit n'y sont, pas très bien partagés... Même si la chandelle pousse à suivre le soleil pas à pas. On se lève au premier jour, partout les premières messes se disent en hiver dans l'ombre ténue de l'aurore. A la ville, la nuit n'interrompt guère le mouvement de la ville.

 

A la campagne, chacun prolonge la soirée par la veillée. On y pèle les châtaignes du lendemain entre proches voisins car les chemins étaient trop infernaux, au sens propre comme au figuré, pour qu'on ose se risquer bien loin- Les paysans s'en repartent dans la nuit, les enfants accrochés aux basques, les oreilles pleines d'histoires de loups-garous.... La veillée terminée, la campagne s'endort, la porte soigneusement barrée.

 

En ville, après avoir blagué autour de l'âtre de la salle, souvent l'unique pièce du rez-de-chaussée de maisons bâties tout en hauteur, les enfants et les domestiques des familles bourgeoises grimpent les escaliers grinçants dans le noir épais, faute d'oser allumer des chandelles qui représentent alors une menace mortelle dans des villes de colombage et de lattis...

Les beaux jours, quand le soir décline, vient l'heure sacrée de la promenade. On se sort du centre aux rues infectes et au pavé disjoint dans lesquelles se déversent encore librement les latrines des maisons de notables. On s'en va marcher par les chemins ivres qui serpentent entre les jardins et les vignes soigneusement clos de murs. On marche encore à la nuit tombée. Plus moderne, les villes se pourvoient de promenades, endroits plantés et aérés, qui représentent le seul espace de rencontre possible. L'un des titres de gloire des intendants des XVIIe et XVIIIe siècles fut de doter les principales villes de leur généralité de ces allées, de ces cours qui portent encore souvent leur nom.

A Limoges, on peut trouver une promenade à plusieurs allées d'ormes, tout auprès d'un ancien amphithéâtre romain : les Arènes. C'est Boucher d'Orsay, qui les fait aménager en « vraie » promenade.

A l'intérieur de la ville, on a fait aménager une terrasse, la '' place sous les arbres'', à l'ombre immédiate du chevet de la basilique de Saint-Martial. Puis, c'est Tourny qui fait aménager les allées ; il fait démolir une vieille tour du rempart puis construire une porte de ville en forme d'arc de triomphe, frappée aux armes du roi, de la ville et des siennes propres. Et en calcaire, s'il vous plaît, importé à grands frais ! Tourny lui donne pour perspective un vaste cours planté d'où part la route de Clermont, si bien que s'y installe tout naturellement un champ de foire.

 

Les pauvres, qui habitent souvent des antres sans fenêtres, se.laissent prendre par la nuit assis sur le seuil de leur porte. Les auberges se remplissent, installées comme il se doit aux portes mêmes de la ville, comme les Trois Anges du faubourg des Arènes, dans ces faubourgs qui échappent un peu mieux que le centre à l’œil parfois sourcilleux des autorités de police et de commerce. Les joueurs de cartes s'y entassent dans des chambrettes empuanties par le tabac.

La nuit est bruyante d'un remue-ménage de caravansérail, et le tapage nocturne ne semble gêner que le sommeil des plus grincheux.

 

La poste aux chevaux, installée porte Montmailler, et les courriers de la poste aux lettres ajoutaient encore au vacarme. (…) Celle-ci s'arrête tard et reprend vers les deux ou trois heures du matin. Autant dire que ce carrefour, où aboutissent les deux chemins du nord et du nord-ouest, ne s'endort jamais. Les équipages vont boire aux étangs de la Motte, au coeur du vieux Limoges.

Puis, c'est le bruit des convois qui arrivent aux premières heures du jour aux portes de la ville où sont installés les différents marchés, de tradition immémoriale.

Les fers qui sonnent sur le pavé, les chevaux qui s'ébrouent, les longues plaintes criardes des ânes esseulés, le cri des coqs à 1'aube, les grognements des cochons des voisins, toute cette ménagerie n'était pas seule, loin de là, à remplir les nuits limougeaudes.

 

Sources : Michel C. Kiener et Jean-Claude Peyronnet : ''Quand Turgot régnait en Limousin''

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La ''malédiction'' de l'Ordre de Grandmont -2/2 -

Publié le par Perceval

« L’an du Seigneur 1536, au mois d’août, maître Charles Cadumpnat, chantre de ce monastère, étant assis dans le cloître avec frère Jean Massias, maître des novices, et plusieurs autres composa la petite prose ci après en disant: «Je vous assure, mes frères, que si je me tais, les pierres parleront. Nos ruines ne parlent-elles pas à la postérité ? » Puis, voyant enlever quelque chose du trésor de l’église, il dit en soupirant et en sanglotant :

« O illustre confesseur du roi des rois Jésus-Christ, grand saint Etienne, gloire du pays d’Auvergne, que votre prière nous recommande à la Trinité souveraine ! Regardez d’un œil pieux vos serviteurs qui soupirent vers vous ! Si vous n’étendez vers nous vos mains secourables, votre Ordre de Grandmont - va rester dans la désolation; car vos brebis sont dévorées par des loups ravisseurs, et elles souffrent chaque jour, les plus graves dommages.

Des maîtres étrangers ne cessent de dévorer tous nos biens sous nos propres yeux....

Malheur ! et encore malheur ! Quand le grand arbre SERA RENVERSÉ, SA CHUTE SERA SUIVIE DE BEAUCOUP DE RUINES, DE TRIBULATION ET DE DÉSOLATION ! ».

Comme il n’est question dans cette prose que de l’abbaye de Grandmont on ne peut entendre cette figure symbolique le Grand arbre , que de cet Ordre célèbre qui couvrait plusieurs provinces de ses vastes rameaux. Cette prophétie annonçait que le Grand arbre (l’Ordre de Grandmont) serait un jour renversé, et que sa chute serait suivie de beaucoup de ruines, de tribulation et de désolation. C’est ce qui est arrivé sur la fin du XVIII e siècle. »

Sources : HISTOIRE DE PAROISSE DE SAINT-SYLVESTRE (HAUTE-VIENNE) par le Chanoine A. LECLER - 1909

Une réforme de ''sticte observance'' est proposée, et le refus des autres religieux et la convoitise de l’évêque entraînent la suppression de l’ordre par la commission des réguliers en 1772.

 

Par les lettres patentes de 1769, Louis XV a autorisé la suppression de l’ordre de Grandmont. L'extinction de l'Ordre fut prononcée par le pape Clément XVI cédant aux instances de la Cour de France le 6 août 1772, mais ne fut confirmée par Louis XVI qu'en Mai 1784, le parlement de Paris ayant mis obstacle .

 

Le dernier abbé de Grandmont, François-Xavier Mondain de la Maison Rouge va résister le plus longtemps possible. Homme de grande foi, celui-ci va tenter vainement une réforme pour satisfaire la Commission avant de découvrir la réalité de la machination ourdie contre son abbaye et de combattre courageusement aussi bien la décision du pape que celle du roi lui-même.

Malgré la résistance du dernier abbé de Grandmont, l'Ordre disparait à sa mort le 11 avril 1787 ; en dépit des protestations des habitants, en particulier ceux de la paroisse de Saint-Sylvestre.

Les derniers grandmontains quittent l'abbaye en Juillet 1788.

 

Sa dernière rénovation datait du XVIIIe siècle; et l'abbaye est détruite en 1789. Les matériaux qui la composaient ont été utilisés en majeure partie pour la construction de la prison de Limoges puis pour les maisons du village. Une chapelle a été construite avec des matériaux de l'ancienne abbaye en 1825 par le dernier moine de Grandmont.

 

La destruction de l'Ordre de Grandmont fut conduite par Mgr Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, et rapporteur devant la Commission des Réguliers instituée par Louis XV en 1765 (1), et Mgr. Plessis d Argentré, évêque de Limoges, grand bénéficiaire de l'opération .

 

(1) ( cette commission devait permettre de refréner les abus du clergé et examiner la situation financière des établissements ecclésiastiques aux ressources insuffisantes..)

Le Cardinal Loménie de Brienne

Étienne-Charles de Loménie de Brienne (1727-1794) est aussi incroyant que manipulateur.. En utilisant trahison et duplicité, il s'acharne sur l'ordre. Avec l'appui de la reine Marie-Antoinette, il deviendra ministre. En 1788, il doit se retirer, laissant un trésor vide. En 1791, il deviendra évêque constitutionnel...

Louis Charles du Plessis d'Argentré (1723-1808) est évêque de Limoges ; il est épris de luxe et endetté par son projet fastueux de palais épiscopal qu'il se fait édifier ( actuel musée de l'évêché) et construit principalement par Joseph Brousseau ( né à Solignac, près de Limoges, vers 1733), de 1766 à 1773.

 

Description du site par Honoré de Balzac dans Le curé de village (1838-1841): « Le palais épiscopal de Limoges est assis sur une colline qui borde la Vienne, et ses jardins que soutiennent de fortes murailles couronnées de balustrades, descendent par étages, en obéissant aux chutes naturelles du terrain. L’élévation de cette colline est telle que, sur la rive opposée, le faubourg (…) semble couché au pied de la dernière terrasse. De là, selon la direction que prennent les promeneurs, la rivière se découvre, soit en enfilade, soit en travers au milieu d’un riche panorama. (…) La magie du site et la riche simplicité du bâtiment font de ce palais le monument le plus remarquable de cette ville où les constructions ne brillent ni par le choix des matériaux ni par l’architecture. »

Limoges - Evêché-Musée aujourd'hui

On peut se reporter au livre de M Gilles BRESSON : "La Malédiction des Grandmontains"

et au site : https://www.limousin-medieval.com/grandmont

 

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La ''malédiction'' de l'Ordre de Grandmont -1/2 -

Publié le par Perceval

J.L. De la Bermondie, quittant la Marche pour rejoindre Limoges, passe par le bourg d'Ambazac.

Dans les années 1780, la grande affaire des paroissiens des alentours serait la fermeture ( voire la disparition...) de l'abbaye de Grandmont à Saint-Sylvestre; abbaye "chef d'ordre", c'est-à-dire qu'elle fonde un ordre monastique dont les préceptes vont ensuite être repris par d'autres moines, qui vont ainsi fonder plus d'une centaine d'abbayes sur toute la France... On parle donc de la destruction – même – de l'ordre de Grandmont... !

Pour certains, ici, ce serait inimaginable … ! Pensez-donc : Le roi d'Angleterre, lui-même, Henri II Plantagenêt y séjourne, et fait reconstruire le monastère.

Grâce aux dons d'Henri II Plantagenêt, duc d'Aquitaine, la première église fut construite et consacrée en 1166 à Grandmont.

Pourquoi ici, ce monastère ? - L'Ordre de Grandmont, fut fondé ( vers 1076) par Saint Etienne de Muret, qui s'était retiré de la vie publique dans les Monts d'Ambazac pour vivre avec ses disciples. Les rois d'Angleterre Henri I, Henri II puis Richard Cœur de Lion, se déclarent protecteurs de l'Ordre de Grandmont, et auraient construit des palais aux abords de l'Église.

 

Une date marquante est la canonisation d’Etienne de Muret en 1189 : évêque, abbés et barons se pressent à Grandmont. Les fils du Roi d'Angleterre : Henri le Jeune, Richard Cœur de Lion, et leurs sénéchaux s’y rendent. Parallèlement Grandmont fonde près de 160 dépendances (de la Champagne à la Navarre, de la Normandie, à l’Aquitaine et l’Angleterre) et en 1317 devient abbaye.

Plaque de l'autel majeur de l'abbaye de Grandmont Œuvre originale  Vers 1189-1190 - Saint Etienne de Muret apparait à son disciple Hugues de Lacerta

 

Puis vers le XVe siècle, le monastère est placé sous le régime de '' la commende''. Ses abbés commendataires profitent alors d'une bonne part de ses revenus ; même si pour certains, ils n'y viennent jamais, et préfèrent le séjour à la Cour... Les frères ne disposent plus alors que du tiers des revenus du domaine.

Eté 1306, la troupe nombreuse qui s'avance vers Grandmont, a à sa tête le pape Clément V. Il y reste une semaine avec messes solennelles et grandes dépenses de toutes sortes...

Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, est devenu Clément V par la grâce de Philippe le Bel.

Tous deux mettent en place l'abolition de l'Ordre du Temple. Cela commence le 13 Octobre 1307, avec l'arrestation des Templiers dans tout le Royaume, et la condamnation à mort le 18 mars 1314... Avec cette fameuse et incertaine malédiction lancée par Jacques de Molay, au Pape et au Roi de France ...

Prieuré grandmontain Saint-Michel de Grandmont

Ici, il en est une autre malédiction que l'on se répète, historiquement avérée : celle de Maître Charles Cadumpnat, chante du monastère en l'an 1576... sa prédiction n'est-elle pas à la veille de se réaliser... ?

 

J.L. De la Bermondie et ses compagnons s'approchent de l'abbaye ; plus qu'une lieue et demie à parcourir par un mauvais chemin tracé dans les monts d'Ambazac.

Au bas du village de Grandmont, il font connaître leur arrivée ; et c'est avec des religieux venus à leur rencontre qu'ils traversent le village et pénètrent dans la cour de l'abbaye. Avant de rencontrer l'abbé général de l'Ordre, il leur est proposé un temps de prière dans l'église abbatiale.

 

Les visiteurs rencontrent ensuite l'abbé de Grandmont, François-Xavier Mondain de la Maison Rouge (1706- ), dans son appartement privé...

A cette époque, l'affaire est près de se terminer... Il ne reste plus que quelques religieux avec l'abbé, et l'évêque de Limoges, n'attend plus que la mort de l'abbé de Grandmont, pour dépouiller l'abbaye... Et, l'abbé souffre de plus en plus d'infirmité diverses, qui l'empêche de se déplacer...

 

J.L. De La Bermondie va alors comprendre ce qui se passe …

 

A suivre :

 

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Conte : Le temps des loups

Publié le par Perceval

Autour de cette ancienne seigneurie, il ne reste qu'une forêt que l'on appelle les bois de Bouery. Si ce lieu reste sauvegardé, c'est peut-être du fait de toutes ces histoires que l'on se raconte... Elles évoluent selon le contexte politique, historique...

Ainsi, quelques années après la Révolution, il y a cette histoire, qu'au cours de veillées limousines, on se raconte :

Je joins quelques notes pour nous rappeler une actualité d'alors, qui est en tête de chaque adulte …

 

Ces bois de Bouery ont servi de cachette à des ''contre-révolutionnaires'' ; plutôt rares en nos régions, ils étaient d'autant plus facilement pourchassés... Bien sûr, depuis toujours la forêt était un lieu dangereux, et infesté de loups et de brigands...

Ensuite, on a parlé d'une ''meneuse de loups'', alors on a fait le rapport avec cette histoire là :

 

Il était une fois, en ville, un mariage peu ordinaire, puisqu’il s'agissait d'une alliance contractée entre deux familles, l'une aristocratique et l'autre roturière.

Elle, est la fille d'un seigneur, dont la lignée aristocratique remonte bien avant les XVe siècle dit-on et doit épouser ce jour, le fils d'un riche bourgeois influent dans l'Union des Sociétés populaires ( note 1)..

C'est un mariage arrangé ( l'ordinaire....). Ce sont les familles qui ont imaginé un pacte entre deux lignées que tout oppose ; seuls les intérêts familiaux y trouvent leur compte...

 

Les deux chefs de famille, se connaissent bien : tous deux sont libéraux ont l'habitude de se retrouver dans un espace dégagé de ''tous métaux'', c'est à dire en loge.

Seulement, c'était sans compter sur l'extrémisme royaliste d'une nouvelle génération que l'on avait pas consulté... En particulier la jeune fille et son frère, tous deux monarchistes radicaux qui n'acceptaient pas le rapprochement avec la roture... ( note 2). Tous deux avaient imaginé un plan qui leur permettrait de déclarer une guerre sans merci aux ennemis du Roi.

Le soir du mariage... Au moment où les deux mariés se rejoignent dans la chambre pour une courte nuit de noces ; et alors que les deux famille continuent de joyeuses agapes ... Le jeune marié – dans la chambre nuptiale, se trouve pris dans un piège fatal. S'imaginant seul avec sa jolie épouse ; il est transpercé et tué par l'épée du jeune frère noble. Ses cris et sa défense obligent plusieurs personnes à entrer dans la pièce, et constater le drame... L’alerte donnée, on aperçoit le couple meurtrier, s'enfuir, chacun à cheval...Ils sont poursuivis... Puis, lui est blessé à mort, et elle réussit à s'enfuir... Plusieurs témoignages ont contribué à penser qu'elle s'est réfugiée dans la forêt mystérieuse et interdite de Bouéry.

Cette vaste et gaste forêt est réputée abriter des hordes de loups...

 

Le pacte étant rompu, des châteaux ( plutôt des petits manoirs) sont saccagés. En représailles, des paysans sont pendus...

Nous sommes au temps de la '' Grande peur'' ( Note 3)

 

 

Note 1 : Plusieurs communes, sous l'impulsion de députés de la Convention nationale, ont fondé chacune leur ''Société Populaire'' ( sorte de club calqué sur celui des jacobins de Paris) ; en d'autres lieux, on les nomme aussi ''Société des amis de la Constitution''

Ici, plusieurs Sociétés ont fusionné et ont même commencé à organiser leur propre Garde Nationale.

Ces sociétés, diffusent les idées révolutionnaires et contribuent à '' l'agitation des esprits''. Parmi eux, on trouve en notre région de nombreux prêtres constitutionnels. Ici, également on admet toutes '' les femmes et filles dont le civisme et le patriotisme est reconnu...''

 

Note 2: Dans la société française de 1789, on ne confond pas le sang noble et le sang roturier. Pour entrer avec un grade dans l'armée, il faut prouver sur cinq générations au moins, ses quatre quartiers de noblesse... On peut même parler de races, quand les nobles se considèrent comme des ''francs'' et les roturiers comme des ''celtes'' … ! ( Voir, cette thèse défendue par Boulainvilliers, Fénelon, le duc de Chaulnes ...)

 

Note 3 : ''La Grande peur '', ou le ''complot aristocratique'' : Le curé de Champniers ( Limousin), a pris note des descriptions que lui ont faites ses voisins : « Les uns disent que ce sont les Anglais ( émigrés) , d’autres que ce sont des Pandours ( pillards) , des échappés des galères, des voleurs, ou des brigands ». Les brigands sont à la solde des aristocrates ...

On craint l'alliance entre les grands aristocrates et les puissances étrangères. Une rumeur parle de « 10 000 Piémontais, conduits par le comte d'Artois, qui pillent et brûlent tout sur leur passage ». Le « complot de famine », constitue, régulièrement, un thème répandu de la mentalité collective citadine, et les pénuries de grain du printemps 1789 ne font qu'intensifier considérablement ces anxiétés.

 

Pour retrouver une histoire de ''meneuse de loups'' ( La louba) : c'est ICI : http://queteperceval.blogspot.com/2017/02/histoire-de-sorciere-la-loba-de-laron-12.html

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Le Limousin au XVIIIe s – Histoire et Légendes -3 Les Places

Publié le par Perceval

Château des Places aujourd'hui ( Creuse, près de Crozant)

Le comte de la Marche, invite ses hôtes au Château des Places.

Il faut suivre le chemin de Saint-Sébastien, après être passé au pont du diable ( dont on va parler un peu plus tard...).

 

Une première construction date du XVe siècle, elle est transformée à la fin du 17e ou au début du 18e siècle par l’adjonction de deux tours circulaires coiffées d’un petit dôme à lanternon.

Après son père, Gabriel Foucault – capitaine des armées royales – s'y retira avec sa noble épouse Marie Desprez.

 

Quand Sylvain de la Marche, devient propriétaire de la seigneurie en 1786, il élabore un projet de château neuf : corps de bâtiment d’un étage carré et un demi-étage en attique, flanqué de deux avant-corps en pavillons. ( Les pierres préparées pour ces travaux seront dérobées au cours des années mouvementées de la Révolution : restituées, elles seront employées pour la construction de la petite habitation moderne.)

Ce serait peut-être Gabriel Foucault qui fit élever la chapelle dédiée à Notre-Dame de Pitié, en 1686, à la suite d'un vœu fait par lui en un jour de douloureuse mémoire...

Voici ce que Sylvain Attale de La Marche en dit, à ses invités :

 

Non loin du château, au hameau de Sainte-Foy, existait une chapelle à côté d'une '' bonne fontaine''. Au-dessus de l'autel de cet oratoire était placée une statue de l'Auguste Mère de Dieu, tenant sur ses genoux le corps inanimé de son divin fils et connue sous le nom de Notre-Dame de pitié...

En 1573, une bande de huguenots dévastaient les églises. Au premier signal d'alarme, la statue fut enlevée et cachée au vieux château des Places... La Chapelle fut détruite …

Un siècle plus tard, on retrouve par miracle, la statue intacte, dans des décombres du vieux manoir... La nouvelle se répand, et c'est alors une explosion de piété... autour de la statue...

Vers la fin du XVIIe siècle, un jour, une jeune fille d'un des hameaux de la paroisse vient ici en pèlerinage... Blanche, c'est son nom, se hâte ensuite de reprendre le chemin de la maison paternelle...

Le châtelain ( donc, sans-doute, un Foucaud de Saint-Gerrnain-Beaupré), revient de la chasse, et aperçoit la jeune fille … Poussé par une passion brutale, il a le malheur, d'exposer, par son insistance, la vertueuse bergère à se noyer dans la Sedelle...

La mort tragique de cette pauvre enfant inspire un repentir salutaire au libertin qui, pour expier sa faute, fait bâtir en l’honneur de la Reine des vierges la chapelle des Places, tout près du manoir...

 

Le 8 septembre 1689, la Chapelle des Places est consacrée à Marie...

Depuis ce triste événement, racontent encore les anciens de la localité, appuyés sur les témoignages de leurs pères, Blanche apparaît régulièrement chaque année à la même fête du 8 septembre.

Dès que les premiers rayons du soleil...font étinceler de mille feux les vitraux de la chapelle, on la voit se dégager des nuages et se fixer sur la pierre de la fontaine.

Enveloppée dans les plis d'une manteline qui ressemble à un linceul, les cheveux en désordre, comme le jour où elle gisait sans vie sur la rive, elle agite dans les airs un voile d'une éblouissante blancheur...

Cet inconcevable miracle...ne se renouvellera plus après 1793, quand la chapelle fut interdite au public.

Cependant en 1862, l'abbé Paul Ratier, écrit que la chapelle existe encore, qu'elle est entretenue avec soin, et toujours fréquentée, à toutes les fêtes de la bonne Dame, par de fervents pèlerins.

On raconte alors, que pendant la Révolution, la statue de la Vierge a été menacée de profanation, et sauvée par le courage d'une femme.

« Déjà les émissaires de la Convention avaient pénétré dans la chapelle, les échelles étaient dressées et leurs mains sacrilèges allaient saisir la sainte image, lorsqu'une femme de service au château s'élance au-devant d'eux... une hache à la main : « Malheureux ! s'écrie-t-elle, que voulez-vous faire ? si vous touchez à la Bonne Dame, je vous coupe les jarrets. » A ces mots, ces fanatiques saisis d'un indicible et mystérieux effroi, furent comme frappés de vertige.

Le lendemain, la Vierge était portée en lieu sûr pour être soustraite à la fureur de quelques nouveaux vandales de la révolution... » ( Abbé Rouzier, 1897)

 

Il me reste encore à vous conter la légende qui entoure le Pont Charraud, surnommé le Pont du Diable ...

Pont-Charraud.

Tout le monde, ici, connaît la légende de ce pont, surnommé le Pont du Diable :

C'était en 1602,les seigneurs de Crozant et des Places, voulant entretenir des relations amicales et suivies, résolurent de faire jeter un pont sur la Sédelle.

On choisit l'endroit le plus favorable à ce projet, et l'entreprise fut donnée à un ouvrier d'un hameau voisin. Le marché conclu, le bonhomme ne tarda pas à se repentir de son engagement.

A l'inspection plus attentive des lieux et des accidents de terrain, il s'aperçoit qu'il y a pour lui des difficultés inattendues, et que pour exécuter ce travail il lui faudrait le double du prix convenu.

Trois jours durant, il vint promener ses ennuis sur les bords de la rivière, en proie à la plus vive anxiété....

Le dernier jour, comme il approchait de ces Thermopyles d'un nouveau genre, l'esprit assiégé de mille pensées confuses, il aperçoit un étranger, debout, au milieu de flammes qui semblent sortir de terre.

(Je note que les Thermopyles sont dans l'antiquité grecque associées à une bataille, ce sont un étroit défilé d’une dizaine de mètres de large et un piège … )

L'honnête homme s'arrête, tremblant, un frisson glacial lui parcourt tous les membres :

«Tu parais triste, lui dit la voix troublante de l'inconnu. Je sais la cause de ton ennui, en lui montrant la rivière : tu voudrais bâtir ici un pont sur ce torrent, et tu comprends la difficulté de ton entreprise.

Cette construction, aux conditions que tu as acceptées, c'est la ruine pour ta maison...

Écoute moi, je peux bâtir le pont en un seul jour, ou une seule nuit : veux-tu accepter mes conditions ? »

Stupéfait, ahuri devant une telle proposition, le brave villageois répond avec une sorte d'inconscience, provoquée par un étonnement qui n'était surpassé que par la crainte'. « Parlez, seigneur, je vous écoute.» «Eh bien,reprend l'étranger, tu me donneras le premier fagot que tu lieras demain. » « Je vous le promets, répondit-il en tremblant ».

Il avait à peine achevé sa réponse, que le mystérieux personnage disparaît au milieu d'un tourbillon de fumée épaisse et pénétrante. Un peu revenu de sa frayeur, le bonhomme regagne à pas pressés son humble chaumière, comme soulagé d'un poids énorme.

Il se hâte de raconter à sa femme cette singulière aventure et la promesse qu'il a faite.

Intelligente et rusée, la jeune paysanne s'écrie, levant les bras vers le ciel :

« Qu'est-ce donc que tu m'as dit ? Malheureux ! Mais c'est le diable que tu as vu et qui t'as parlé ; il n'y a que 1'esprit malin, pour faire de semblables propositions et arracher à un sot une telle promesse. Mais tu n'as donc pas compris que le fagot fatal que tu dois livrer, c'est toi. Oui, c'est toi !...N'es-tu pas le premier fagot que tu lies le matin, attachant tes vêtements à ta ceinture ? »

Ces paroles si sensées de sa femme sont pour lui toute une révélation : il a compris le piège de l'ennemi du genre humain, un éclair de raison lui a traversé l'esprit, il sait le moyen de déjouer la ruse de son adversaire.

Le lendemain, à l'aube, le voyageur qui se serait égaré dans ces parages, aurait aperçu, non sans surprise, un homme dans un costume un peu primitif, la cognée à la main, coupant d'énormes branches d'arbres.

Il fait un fagot, le plus fourni et le plus beau des fagots, et le chargeant sur ses épaules, prend le chemin de la rivière.

O surprise ! O merveille ! un pont superbe, baigne coquettement ses pieds dans le torrent rapide.

A l'extrémité, apparaît soudain l'étranger de la veille, qui semble attendre sa proie avec une vive impatience.

Lentement, le brave paysan s'approche :

« Tu m'as demandé le premier fagot que je lierais ce matin, le voilà, dit-il en jetant le bois sur le pont. »

« Misérable, s'écrie le diable en fureur, tu m'as trompé ! » et dans sa rage de damné, il emporte et jette au loin la clef de voûte du pont merveilleux, qui ne fut remplacée que longtemps après, en 1695.

Ce pont est le seul bâti en pierre sur la Sédelle. »

Extrait de l' Abbé L. Rouzier, ''Histoire illustrée des châteaux de Crozant et des Places'', Limoges, 1897, pages 71, 72

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Le Limousin au XVIIIe s – Histoire et Légendes -2 George Sand

Publié le par Perceval

George Sand, se promenait en Creuse, on peut aujourd'hui visiter sa chambre au château de Boussac... Un site, comme '' les Pierres Jaumâtres '' l'a inspiré, pour son roman Jeanne .

Ma visite de Crozant, escorté par Mme G. Sand

George Sand ( 1804-1876) organise pour ses enfants et Chopin, des expéditions, comme celle ( vers 1830) où ils partent à dos d'âne, voir les ruines de Crozant , dormir sur la paille à la belle étoile, et se tremper dans la rivière. Le défrichement des coteaux sur ces espaces pentus non cultivés est assuré par le pâturage des moutons. A la place des taillis et futaies d'aujourd'hui, s’étendent des landes et des bruyères, dont les teintes de rose se retrouvent dans les peintures de l’époque. La construction du barrage d’Eguzon, en aval, a modifié le paysage en provoquant la montée des eaux de la Creuse et de la Sédelle. Il faut s’imaginer leur niveau beaucoup plus bas. Elles ressemblent alors à des torrents...

George Sand publie en 1845 : ''Le péché de M. Antoine'', roman ''socialiste'' qui paraît en feuilleton dans '' L’Époque'' … Le cadre romantique de la Forteresse de Crozant, va correspondre la souffrance d’Émile qui s'y réfugie, tiraillé dans son histoire d'amour avec Gilberte

« Il leva les yeux, et vit devant lui, au-delà de précipices et de ravins profonds, les ruines de Crozant s’élever en flèche aiguë sur des cimes étrangement déchiquetées, et parsemées sur un espace qu’on peut à peine embrasser d’un seul coup d’œil.
Émile était déjà venu visiter cette curieuse forteresse, mais par un chemin plus direct, et sa préoccupation l’ayant empêché cette fois de s’orienter, il resta un instant avant de se reconnaître. Rien ne convenait mieux à l’état de son âme que ce site sauvage et ces ruines désolées. Il laissa son cheval dans une chaumière et descendit à pied le sentier étroit qui, par des gradins de rochers, conduit au lit du torrent. Puis il en remonta un semblable, et s’enfonça dans les décombres où il resta plusieurs heures en proie à une douleur que l’aspect d’un lieu si horrible, et si sublime en même temps, portait par instant jusqu’au délire.
 »

Et, plus tard, quand il la rencontre à nouveau, et qu'elle l'aime toujours … «   jamais il n'avait vu un plus beau jour que cette pâle journée de septembre, un site plus riant et plus enchanté que cette sombre forteresse de Crozant ! Et justement Gilberte avait ce jour-là sa robe lilas, qu'il ne lui avait pas vue depuis longtemps, et qui lui rappelait le jour et l'heure où il était devenu éperdument amoureux ! »

 

Alfred Smith, CrozantAlfred Smith, Crozant

Alfred Smith, Crozant

 

la Roche des Fileuses

Roche des Fileuses – légende -

En face apparaît, surplombant la Creuse, la roche gigantesque connue sous le nom suggestif de Roche des Fileuses, dont voici la légende :

« Lorsqu'aux jours ensoleillés du printemps, les bergerettes paissaient leurs moutons sur la montagne verdoyante, une sorte de joyeux tournoi s'établissait entre elles, ajoutant cet innocent plaisir aux charmes de leurs jeux champêtres.

Au signal donné, on voyait les intrépides jeunes filles, la quenouille au côté, le fuseau dans la main, debout toutes ensemble, sur le faite de la roche, qui s'élève à pic sur le torrent, à l'heure où le soleil descend lentement à l'horizon, et où la rivière miroitait, comme une immense lame d'argent diaprée d'efflorescences d'or pâle et d'azur.

Fileuse

Quelle sera la main assez habile pour laisser glisser jusqu'en bas son fuseau et le ramener à elle, enlacé de ses mille fils de lin ?...

Assis au haut de la vieille tour, le seigneur, entouré de sa noble épouse et des servants d'armes, les yeux fixés attentivement sur le groupe sémillant des fileuses, attendait avec émotion l'issue de cet intéressant tournoi.

La bergerette qui avait été assez heureuse pour triompher de cette périlleuse épreuve était acclamée par ses compagnes, qui la conduisaient bruyamment à la demeure seigneuriale où le vieux châtelain, après avoir effleuré son front virginal d'un baiser paternel, lui plaçait sur la tête une couronne de fleurs et lui offrait la main de l'un de ses plus jeunes varlets...

La reine de ce jour était la jeune bergère dotée comme une rosière de nos jours.

A ce moment le barde chantait sur la harpe sonore, le triomphe de la douce héroïne du Fuseau.
"Au loin des cris guerriers ont rompu le silence 
Allons ! Preux chevaliers armez-vous de la lance !
Est-ce l’ennemi qui s’avance ? 
Non, c'est la fleur d’amour,
Preux chevaliers, abaissez votre lance ! 
Saluez ! Saluez la reine de ce jour !
Chantez, chantez, l'hymne d'amour !"

Extrait de '' Histoire illustrée du château de Crozant '' Abbé L. Rouzier 1897.

Eugene Alluaud

Au XVIIIe s. Les coteaux qui entourent le bourg de Crozant, peuvent présenter une certaine désolation, tantôt arides et dénudés, tantôt couverts de vigoureux châtaigniers... Le village, face à la forteresse, domine la vallée sauvage... On trouve ici des juges, un notaire royal, un monastère de l'ordre de Saint-benoît, un clergé séculier et régulier...

 

Hugues-Thibault de Lusignan, et Jean-Léonard de La Bermondie, seront attendus par Sylvain Attale de La Marche comte de Crozant et de Puyguillon, et officier au régiment de Rouergue...

Les ruines de Crozant, viennent de lui être vendues - comme un banal domaine de paysans – par Nicolas Doublet de Persan. Ainsi, Sylvain de la Marche, dernier héritier des Comtes de la Marche ; peut récupérer les plus beaux fiefs de sa famille afin d'en reconstituer la patrimoine...

A suivre...

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Le Limousin au XVIIIe s – Histoire et Légendes -1 Crozant

Publié le par Perceval

En cette veille de la Révolution, J. L. de La Bermondie, revient vers le Limousin ; et il est accompagné de son ami Hugues-Thibault de Lusignan ; tous deux (camarades de l'école des pages), se sont rejoints dans leur intérêt à la culture traditionnelle qui les amènent à retrouver les témoignages de leur lignée... Jean-Léonard de la Bermondie est sur les traces de Roger de Laron ( alchimiste et templier, je le rappelle …) ; et le marquis de Lusignan retrouve en Haute-marche, les anciennes terres des seigneurs de Lusignan...

 

Hugues IX de Lusignan, s'empare du comté de la Marche, alors que - après la mort de Richard cœur de Lion (1199) - l'Empire Plantagenêt commence à se disloquer. 

Au début du XIIIème siècle le comté de la Marche appartient donc à la famille des Lusignan. Cette famille est au coeur des conflits entre les rois de France et les Plantagenêts duc d'Aquitaine et rois d'Angleterre. L'épisode s'achève avec la victoire de Saint Louis à Taillebourg en 1242, Hugues X de Lusignan est lourdement sanctionné. Crozant est alors considérée comme la principale forteresse des possessions de Hugues X et d’Isabelle. Ils se reconnaissent vassaux d'Alphonse de Poitiers, comte de Poitou et de Toulouse, lui doivent redevance pour plusieurs châteaux dont celui de Crozant pour une durée de huit ans. Les Lusignans doivent aussi verser 200 livres par an pour l'entretien d'une garnison dans ce lieu.

En 1309, Yolande de Lusignan, héritière de cette branche des Lusignan et veuve d'Étienne II de Sancerre, vend le comté de la Marche au roi de France Philippe IV le Bel.

Hugues-Thibault-Henri-Jacques de Lezay de Lusignan ( 1749-1814) va devenir député de la noblesse aux États généraux de 1789 pour la ville de Paris. Il approuve les réformes et siège avec les partisans de la monarchie constitutionnelle. Il est promu maréchal de camp en mai 1790. Parti un temps en Angleterre, puis à Abbeville, il obtient sa radiation de la liste des émigrés en 1800.

 

Hugues-Thibault et J. L. De la Brémontie sont tous deux maçons, et ont , un temps, partagé la recherche d'une continuité avec l'Ordre du Temple, soutenus par Willermoz... ( voir articles précédents ..)

Le voyage de Paris vers Limoges, passe par Argenton, Bessines et Razès. La route évite La Souterraine … Cependant, cette fois J. L. De la Brémontie quitte la route aménagée pour s'aventurer jusqu'à Crozant, et rendre hommage aux Lusignan ...

Jusqu'à Orléans la route est pavée ; on peut profiter d'une voiture légère et à chaque relais de poste changer prestement les chevaux... Ensuite c'est selon... Au mieux, elles est décrite comme une route « superbe, tirée au cordeau et bordée de magnifiques ormeaux » conformément à la règle adoptée par les ingénieurs des Ponts et Chaussées, sur les instructions du limousin Trudaine...

Ensuite, pour remonter la rivière de la Creuse, il est préférable d'avoir son cheval, pour affronter le relief, les zones tourbeuses et les ruisseaux.

Le limousin atteint, il convient au contraire de se mettre à ruser avec les collines, les zones tourbeuses et les ruisseaux. Jusqu'à Crozant, qui nous ouvre le Limousin...

De la lande, encore et toujours; définissent ces steppes limousines, dans lesquelles se fondent les villages aux toits de chaume moussu.

Il y a plus deux siècles, en cette chaude période; sous un amas de brume, le soleil se rallume et lève avec lenteur le voile posé sur les collines de bruyères dégringolant jusqu’à la rivière. Au fond, dans le ravin, les flots rapides des eaux vertnoir de la Creuse et la Sédelle ont laissé la place à une retenue mais, dans cette boucle, assis sur un énorme promontoire, le château fort de Crozant étale ses débris, vestiges d’un passé glorieux... Ce n'est pas le passé qui attire les peintres, mais la lumière qui joue sur ces flancs de colline ...

Aujourd'hui, malheureusement, la forêt a repris le dessus, du fait sans doute de l'absence des moutons...


 

Crozant, doit son nom à la Creuse ( gaulois croso : creux ), son château remonte au XIIe siècle avant qu’une forteresse ne soit construite au XIIIe siècle. Il fut la propriété d’Hugues X de Lusignan, alors comte de la Marche. On estime que c'est son épouse Isabelle d’Angoulême qui fit procéder aux constructions les plus importantes.

Longue de 380 m, protégée par dix tours et environ 1 km de remparts, la forteresse, entourée par la Creuse et la Sédelle, est nichée en haut d’une pointe rocheuse et protégée de surplus par un fossé (l’accès se faisait grâce à un pont-levis). Aux XIVe et XVIe siècles, elle commence à se détériorer et au XVIIe elle est déjà en ruine.

L’une de ses tours s’appelle Tour de Mélusine (il en existe ailleurs comme par exemple à Fougères en Bretagne, ville administrée par les Lusignan).

Mélusine, personnage légendaire féminin, est un être fantastique, moitié humain, moitié animal. Cette figure est immortalisée en 1393, par l’ouvrage de Jean d’Arras, ''le Roman de Mélusine'' . On y lit qu’elle aurait fondé les villes de Lusignan, de La Rochelle et, de ce fait, elle est étroitement associée à l’histoire de la famille des Lusignan.

A Crozant, Mélusine se révèle être Isabelle d'Angoulême, nouvelle épouse d’Hugues X après le décès de son premier mari, Jean sans terre, le roi d'Angleterre († 1216) ...

Isabelle d'Angoulême (1188-1246), est comtesse d'Angoulême de son plein droit. A 12 ans, elle est promise au futur Hugues X, comte de Lusignan, mais le Roi d'Angleterre l'enlève et l'épouse ! En 1200, elle devient reine d'Angleterre. À la mort de Jean sans Terre en octobre 1216, son fils aîné devient roi d'Angleterre sous le nom d'Henri III.

Sceau d'Isabelle d'Angoulème

En avril ou mai 1220, elle épouse Hugues X de Lusignan, comte de la Marche, son ancien fiancé...

La comtesse-reine, comme elle se faisait appeler, a laissé dans I'Angoumois, la Marche et le Poitou une détestable réputation que la légende a exploitée...

Lorsqu'elle habitait l'Angleterre, Isabelle fit la connaissance d'un habile magicien et alchimiste qui lui enseigna son ''affreuse'' science.

Ainsi, elle se livrait à un démon qui, en signe d'esclavage, la changeait en bête, trois jours par mois, au moment de la nouvelle lune.

 

Revenue auprès de son ''premier mari'', Isabelle se fixe avec lui à Crozant où elle fait bâtir une grosse tour, dans laquelle elle place son laboratoire, car elle s'occupe d'alchimie..

Nul ne peut entrer dans cette tour sans la permission de la Comtesse et, telle est son influence sur son mari, que pendant des années, il ne cherche pas à se rendre maître de son secret.

Cependant les bruits les plus fâcheux circulent parmi les paysans : ils disent voir parfois voler une sorte de monstre jetant des maléfices, ses cris effrayant les enfants et le malheureux surpris par la bête est immanquablement déchiré...

Hugues...se résout à pénétrer le mystère dont s'entoure Isabelle... Il repère le moment où Isabelle semble devoir disparaître dans sa tour, et sous un prétexte quelconque prolonge la veillée plus tard que d'habitude. La malheureuse sentant le moment de sa métamorphose approcher, quitte brusquement son mari et s'enfuit dans la tour... Hugues la suit de près...

S'avançant prudemment Hugues pénètre jusque dans un souterrain et, au bout d'un certain nombre de pas, se trouve dans une sorte de salle où il aperçoit une forme monstrueuse endormie dans un coin...

Muet d'horreur, Hugues revient sur ses pas, ferme la porte de fer et la verrouille, puis il remonte l'escalier et sort de cette tour maudite. Après quoi, sans hésiter, il fait maçonner cette partie de la tour...

Depuis lors, on entend ''la sorcière'' pleurer et gémir sans cesse et les jours d'orage le passant attardé aperçoit la forme d'une immense chauve-souris qui vole autour des ruines de Crozant et dans les gorges qui entourent le château.

Cette histoire est rapportée par Jeanne de Sazilly, dans ''Légendes limousines''.

 

Aujourd'hui encore, il ne reste de la ''Grosse tour'' que le cachot circulaire ( sans porte !).

A suivre ...

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