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revolution francaise

La Révolution Française et les avantages de l'émigration

Publié le par Perceval

Emigration: Les nobles fuient la France pour l'Angleterre.

Emigration: Les nobles fuient la France pour l'Angleterre.

Les liens que J. L. de la Bermondie va tisser à la veille de la Révolution, puis tout au long de celle-ci, et en partie dans l'émigration ; permet un regard différent sur cette période exceptionnelle...

Emigrés par Ferdinand Bac

 

Rencontre d'un noble français avec l’idéalisme allemand.

Mon aventure est de vivre à travers un personnage infiltré dans l'Histoire, les événements qui amènent à mieux comprendre le sens de la vie. Et, la philosophie n'est-elle pas le support essentiel pour questionner le Réel, avec intelligence … ?

 

L'esprit du temps, semble souffler sur deux pays ; en France de manière effective, en action ( c'est la Révolution!) ; et en Allemagne, il souffle aussi , mais en tant que pensée... Ce qui va étonner un noble émigré français, comme J. L. de La Bermondie ; c'est cette effervescence animée par la révolution française...

Le jeune Hegel

Dans ce que l'on va appeler '' l'idéalisme allemand'', on peut croiser plusieurs courants : des ''romantiques'' ou des '' matérialistes'' ( je ne sais pas comment les appeler...?)... Et, entre les deux, je dirais que commence à poindre, la pensée complexe de Hegel (1770-1831)... Hegel n'est alors que l'humble chercheur, qui vers 1792, accepte, de se faire le disciple de ses amis; de Schelling (1775-1854) en particulier...

 

Tübingen de 1788 à 1793 : Hegel, Hölderlin et Schelling partagent la même chambre au séminaire protestant de Tübingen. Les trois amis rêvent d'une révolution dans les Allemagnes.

Refusant d'être pasteur, Hegel devient précepteur à Berne... Là, sa réflexion critique porte sur la religion chrétienne. Hegel critique la ''positivité'' de la religion chrétienne, il reprend une opposition héritée de Lessing et très remendue à l'époque entre le ''rationnel '' et le ''positif'', le ''naturel'' et '' l'historique''. Comme Lessing, mais aussi comme Kant après celui-ci, il semble caractériser comme '' positive '' toute doctrine, toute croyance qui nous serait imposée par une autorité extérieure: par la Révélation ou l'Eglise, par les institutions politiques, ou même par nos pernets, c'est à dire les éducateurs en la parole desquels nous attacherions foi, sans pourtant être capables de determiner s'ils sont ou non dans le vrai.

La couverture du tome 1 de "Fraternités", de Camus et Rosanas, édité chez Delcour

 

Ce que Hegel oppose alors à la religion positive, c'est une religion qui serait fondée sur la raison. Il développe un idéal moral de liberté qui semble inspiré par Kant.

En ces temps troublés et révolutionnaires, il faut bien reconnaître que l'entraide maçonnique a son intérêt pratique. J. L. de La Bermondie, trouve de proche en proche, un milieu accueillant et sympathique. Mais, plus que tout autre chose, c'est l'agitation intellectuelle qui va le marquer.

Il n'est pas absurde de penser que J. L. de La Bermondie puisse rencontrer Hegel, dans une soirée, un atelier ...

Il faut dire que les plus grands penseurs de l'époque, même s'ils sont encore pour certains inconnus, se rencontrent dans des ateliers qui sont véritablement des lieux de réflexion ; un peu comme si chaque frère cherchait là, quelque chose qu’il désespère de trouver ailleurs... ( ailleurs, notamment dans la religion)... Si, un Goethe ou un Fichte, fréquentent ces lieux, ce n'est pas pour banqueter, faire du commerce, ou manifester quelque générosité dans une bonne œuvre...

Goethe (1749-1832)

Est-ce un hasard, si le Grand-duché de Saxe-Weimar ( régi par des maçons) ; reçoit les écrivains et les philosophes les plus novateurs, comme Goethe, Herder, Fichte, Hegel, Schelling, et tant d'autres.. ?

Bien sûr, et heureusement, on s'aperçoit bien vite qu'il faut tenir compte des divisions idéologiques qui se déploient ici : on y croise les ''Lumières'' , et aussi les '' Illuminés de Bavière'' ( de nombreux intellectuels "progressistes" comme : Niethammer, Schelling, Jacobi, seront accusés par leurs ennemis d'appartenir à l'Ordre des Illumines de Bavière) , et même les ''mystiques'' ; un peu comme en France ( dans une moindre mesure).

 

Auparavant, du fait de la réputation des ''Illuminés de Bavière'', nous ne pouvons pas ne pas parler encore de la Franc-maçonnnerie...

La Franc-Maçonnerie, et la Révolution :

Le fameux ''serment du jeu de Paume'' (20 juin 1789), a un caractère maçonnique... Le Duc d'Aiguillon, qui fait partie depuis 1786 de la Société Olympique ( qui ne compte que des francs-maçons), avec le Vicomte de Noailles, proposent le 4 août 1789, la suppression des privilèges. Et, quand l'Assemblée Nationale va ensuite déclarer les Droits de l'Homme, inspirée par la déclaration américaine de 1776 ; on y reconnaît l’œuvre des maçons...

L'union des trois ordres

A la veille de la Révolution, le Grand Orient de France a 629 Loges et 30 000 Maçons. Même si on rencontre les opinions les plus variées parmi les députés maçons. On peut noter que, c'est dans la députation de la noblesse que la proportion de maçons est la plus éle­vée : 81 Francs-Maçons sur 285 députés, soit 28 % ; 6 % pour le Clergé et 17 ou 19 % pour le Tiers-Etat, 107 ou 121 sur 619 élus. Sur la base que l'assemblée était composée de 1165 membres, à l'ouverture le 5 mai 1789.

( Sources : M. Pierre Lamarque)

<- Ce tableau, très probablement peint au début de la Révolution Française, en 1789, symbolise la réconciliation de l'Église, de la Noblesse et du Tiers État en France devant l'entrée d'un temple maçonnique. Peint par Nicolas Perceval (1745-1837)

 

Si les maçons sont nombreux parmi les Girondins de la Convention, les grands ténors n'appartiennent pas à la Franc-Maçonnerie, à l'exception de Marat. Et Robespierre lui-même, contrairement à la légende, n'est pas maçon. La Terreur va arrêter les travaux maçonniques. Le Grand Maître Philippe d'Orléans, se fait désormais appeler Egalité, et déclare ne plus vouloir se mêler en rien des affaires du Grand Orient ni des Assemblées de francs-maçons.

Le Duc de Luxembourg, bras droit du grand maître et initiateur de la fondation du Grand Orient de France, émigre dès juillet 1789.

 

La thèse de l'abbé Barruel, selon laquelle la Révolution française résulte d'un complot fomenté contre l'Église et la royauté par les philosophes athées, les francs-maçons avec les ''illuminés'' et les jacobins, est sans fondement... !

 

La plupart des loges maçonniques de France font de la monarchie leur clef de voûte et chaque frère prête serment au Roi.

Favorables à une monarchie constitutionnelle, les maçons ne résistent pas au choc révolutionnaire... En 1800, seulement 75 loges seront en mesure de reprendre leurs travaux...

 

Necker n'a jamais été franc-maçon. Germaine de Staël, sera familière d'une certaine tendance maçonnique aux côtés de son mari, le baron suédois de Staël-Holstein, franc-maçon versé dans l’ésotérisme et fréquentant les cercles ''d’illuminés''... Mme de Staël dit ne pas apprécier ces sectes secrètes, qui veulent se distinguer par vanité.

Évoquant les ''illuminés de Bavière'', Mme de Staël écrit: « Un secret, quel qu'il soit, flatte l'amour-propre des hommes ; et quand on leur dit qu'ils sont de quelque chose dont leurs pareils ne sont pas, on acquiert toujours de l'emprise sur eux. »

Elle leur reconnaît une indépendance d'esprit, et observe cette fraternité qui permet de dépasser les différentes barrières sociales. En Écosse et en Allemagne, où se trouvent ses origines, la franc-maçonnerie est selon Madame de Staël une institution plus « sérieuse » qu’en France... !

 

Les ''Illuminés de Bavière'' ont formé une société secrète, sous l’impulsion d' Adam Weishaupt (1748-1811) en 1176, en Bavière où régnait une sorte de monarchie absolue, bastion de la Contre-réforme catholique et à l'écart du vent nouveau ( l’Aufklärung ) qui soufflait en Allemagne... L'ordre des illuminés se rallia à la franc-maçonnerie avec A. de Knigge (1781) pour devenir un cénacle où se retrouvait tout ce que la Bavière comptait d’esprits ouverts, adeptes du changement. L’Électeur sévit et promulgua plusieurs édits de 1784 à 1787: dissous, pourchassés, les Illuminés disparurent … Mais, la réputation de la secte ne cessa ensuite de hanter l'imaginaire ...

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A Limoges, en cette fin du XVIIIe siècle – 3/, - La Révolution

Publié le par Perceval

Le Limousin

Le Limousin

J. L. de La Bermondie va vivre le début de la Révolution, en Limousin.

Le Limousin est alors une région pauvre et isolée... Les céréales, et en priorité le seigle, sont la principale des cultures à côté de l'élevage du bétail : bovins et moutons... Le porc est le seul animal que le paysan se permet de tuer pour sa propre consommation..

Un peu de sidérurgie, au sud de la Vienne ; et à Limoges une activité industrielle assez développée : papeteries, manufactures textiles... et, des échanges commerciaux limités.

Un peuple des campagnes indigent, et un attachement aux traditions religieuses populaires... Pour 700.000 habitants, on compte 3000 personnes au service de l'Eglise ( neuf communautés religieuses de femmes à Limoges)...

Suppression des Ordres religieux 1790

Les 20, 21 et 22 août 1787, se réunit l 'Assemblée provinciale de la généralité de Limoges. Puis dès février, mars 1789, des Assemblées ont lieu pour rédiger des cahiers de doléances et élire des députés aux États Généraux.

Les trois ordres se réunissent du 16 au 23 mars au chef-lieu des sénéchaussées.

J. L. de La Bermondie est à Limoges, pour la noblesse. Un document d'archive, qui nous donne la liste la des gentilshommes qui assistent à l'Assemblée des trois ordres de la sénéchaussée de Limoges et Saint-Yrieix, en 1789; le nomme et l'appelle "seigneur de Saint-Julien et de Laron".

Le lycée ( Gay-Lussac aujourd'hui) est le théâtre de la réunion des États Généraux du Limousin, dans l'enceinte de la chapelle, le 16 mars 1789.

« Le collège royal bordait le boulevard. L’arrière des bâtiments et la chapelle s’ouvraient de l’autre côté, tout près de la place dans l’étroite rue Boucherie. La lumière, encore frisante à cette heure soulignait d’ombre, les pilastres, les entablements, les frontons, les niches en coquille : tout l’ensemble du style jésuite, plaqué sur un appareil assez rudimentaire, comme les deux tourelles à bonnet pointu qui épaulait cette façade. Si bien qu’en dépit de ses ornements l’église ouvrait plutôt un aspect militaire. En outre, quand on arrivait par la rue de l’Arbre-Peint, un des singuliers clochetons du cloche, apparaissant par-dessus ladite Église ou chapelle évoquait les épaules et la tête d’un guetteur en armure et casque noirs.

L’intérieur sans pilier formait un assez vaste vaisseau, très clair. Tournant le dos à l’hôtel, les magistrats de la Présidial et de la Sénéchaussée : conseillers, gens du roi, le lieutenant des Pais, le lieutenant criminels étaient assis en robes du palais. Ils composaient et un groupe uniforme, noir et rouge, où tranchés la blancheur des hermines ; Sur un côté du vaisseau, se tenait le Tiers-État imposant par son nombre. Les campagnards en habit court à basques, y voisinaient avec les fastueux citadins du genre Naurissane. En face, siégeaient la noblesse et le clergé, à droite et à gauche du grand sénéchal qui présidait, assisté par le lieutenant général de Reilhac, le procureur du Roi et les huissiers. Cet ordre n’avait pas été établi sans mainte querelle de préséance. Aujourd’hui, tout le monde était très digne, très pénétré de l’importance de ce qui s’accomplissait ici. » Robert Margerit '' La Révolution - L'amour et le temps ''
Chapelle et arrière des bâtiments du Lycée Gay-Lussac -Limoges

Chapelle et arrière des bâtiments du Lycée Gay-Lussac -Limoges

En même temps, une crise des subsistances atteint son ampleur...

En 1788, du fait de la sécheresse et d'orages de grêles, les moissons sont détestables... le marché est également mal approvisionné ( certains accaparent pour gagner plus …), et c'est une forte hausse des prix... L'hiver qui suit est très rigoureux, même les châtaigniers périssent !

Les 12 et 13 mai 1789, Limoges connaît une émeute engendrée par ce problème de subsistances...

 

Après le 14 juillet 1789, les limousins connaissent ce qu'on appelle '' la Grande Peur '' : le bruit circule que des bandes de brigands ( ou mercenaires …) sans-doute recrutés par les nobles, arrivent en pillant et détruisant tout sur leur passage... cela induit une '' révolution municipale'', avec la constitution de '' comités de patriotes » » qui se substituent aux autorités municipales en place … On crée des gardes nationales, en grande partie formées de petits bourgeois.

 

Article 1er : « l'Assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal. »

En France, le 4 août voit la suppression des privilèges, de la dîme et de certains droits seigneuriaux. On brûle les bancs des ''privilégiés'' des église, on détruit les girouettes ( réservées aux possesseurs de fiefs) … Et en décembre, se généralise le refus du paiement des droits seigneuriaux...

En janvier 1790, en Bas-Limousin ont lieu des révoltes anti-seigneuriales.

C'est en février 1790 que se constituent les trois départements de la Creuse, de la haute-Vienne et de la Corrèze.

A lieu la fédération des gardes nationales – c'est à dire que les gardes nationales voisines se jurent un appui mutuel et fraternel - et le 14 juillet 1790, les municipalités organisent une fête pour célébrer cette Fédération. Se créent des clubs : des sociétés patriotiques avec beaucoup de commerçants et d'artisans.

 

A partir de janvier 1791, c'est la Constitution Civile du Clergé. On demande aux ecclésiastiques de prêter serment et on élit des évêques constitutionnels. C'est alors un tournant dans la révolution, car cette décision provoque de profondes divisions... Le bas-clergé est favorable à la Révolution, mais beaucoup de réfractaires invoquent leur conscience... Les ''jureurs'' ne sont pas enthousiastes... Pourquoi devoir choisir entre la Nation et l'Eglise ? Les ''jureurs'' seraient 62% en Corrèze, 47% en Haute-Vienne et 75% en Creuse ( selon l'Assemblée Constituante), des prêtres vont ensuite se rétracter …

 

Léonard Cramouzaud, le curé de Saint-Julien-le-Petit, refuse de prêter serment à la constitution ''schismatique'' du clergé, et émigre …

Pierre-Psalmet Cramouzaud, curé de Beaumont (du Lac), près d'Eymoutiers, nommé en 1762, refuse également de prêter serment. Il est condamné à la déportation hors de France. Malgré cette loi de déportation du 26 août 1792, il reste « caché dans le voisinage de sa paroisse, afin de continuer à veiller sur elle, et porter à ses habitants les secours de la religion »... Il est arrêté, et conduit à Limoges, où le tribunal criminel le condamne à mort, et le fait guillotiner le 21 novembre 1793. ( sources : l'abbé A. Lecler - 1918 )

Puis, les 20 et 21 juin 1791, le Roi ''s'enfuit'', puis il est fait prisonnier...

Le 23 août à La Souterraine, a lieu une insurrection contre le rachat des droits seigneuriaux...

La famille royale est arrêtée à Varennes le 21 juin 1791

Durant l'année, les départs en émigration deviennent nombreux.

Selon des actes: Jeanne de Villoutreys, et Jean Léonard de la Bermondie, vont divorcer durant la Révolution pour conserver les biens de Jean qui émigre en 1791; mais ils vont négliger de se remarier civilement après son retour...

 

Ce que j'en dis...: Jean Léonard de la Bermondie, après la fuite du Roi, puis son arrestation va considérer que son devoir est de rester au service du Roi de France. Bien que, partisan d'une monarchie Constitutionnelle, et donc favorable à la Révolution en son début, il partage certaines analyses du ''girondin'' et limougeaud Pierre Vergnaud (1753- et guillotiné en 1793), du moins en cette année 1791... Jean-Léonard comme noble, de plus, ancien page du Roi et officier, craint pour sa sécurité... Il choisit d'émigrer, mais refuse de servir dans l'armée avec les prussiens et les autrichiens contre la nation Française ... Aussi, choisit-il la Suisse, et Berne en particulier ...

 - Note: Emigration française en Suisse: principalement à Neuchâtel, Fribourg, Berne et Bâle. On a recensé 3 700 ressortissants français dans le canton de Fribourg en 1793, dont deux tiers d'ecclésiastiques...

A suivre:... J. L. De La Bermondie rencontre le jeune Hegel..!

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