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La "Queste del Saint Graal": Roman du XIIIe s.

Publié le par Perceval

*' Illustration tirée d'un manuscrit du 15e siècle du Cycle de la Vulgate ( appelé aussi cycle du Lancelot-Graal ) Cette section propre au Graal est nommée: La '' Queste del Sant Graal "]The Grail pentecost; Lancelot, Queste, Tristan, Morte, France (Ahun), c 1470

La "Queste del Saint Graal" est un roman qui forme la quatrième partie du cycle de la Vulgate et a été écrit dans les années 1225-1230.

Le roman commence un jour de Pentecôte, au moment où les chevaliers du roi Arthur se trouvent réunis autour de la Table Ronde, et une série de présages annonce l’arrivée du meilleur des chevaliers : il s’agit de Galaad qui s’assied sur le Siège Périlleux, réservé depuis l’époque de la Passion au chevalier parfait.

Le Saint Graal apparaît au-dessus des chevaliers et, lorsqu’il disparaît, tous se disposent à partir à sa recherche et à mener à bien la quête du Saint Graal.

Le roman s’attache ensuite aux aventures des principaux chevaliers de la cour arthurienne. Gauvain s’égare dans des entreprises étrangères à la quête et est couvert de reproches par des ermites à cause de ses péchés et de son impénitence. C'est le livre de messire Lancelot du Lac, ouquel livre sont contenus tous les fais et les chevaleries dudit messire Lancelot, et la Queste du saint Graal Author Gautier Map 1

Lancelot expie son péché (ses amours adultères avec la reine Guenièvre) et lutte désespérément contre les puissances qui l’empêchent de poursuivre la quête jusqu’au bout, mais son repentir et sa confession sincère, suivie d’une dure pénitence, transforment le chevalier amoureux d’antan en une sorte d’ascète.

Un autre chevalier, Bohort, part lui aussi à la recherche du Graal en ascète, admire les ermites pour la pureté de leur âme et triomphe des fallacieuses tentations ourdies par le diable.

perceval soeur de lancelot bateau nef de la foi La soeur de Perceval, et la nef de la foi...

Galaad, Perceval et Bohort, les trois chevaliers élus, se trouvent finalement réunis dans une nef merveilleuse qui fut construite par Salomon avec des arbres du Paradis terrestre et qui renferme un certain nombre de symboles de l’attente messianique, en particulier l’épée du roi David. Celle-ci ne se laisse empoigner que par Galaad, dernier descendant du roi et n’admet, en fait de baudrier, que les blondes tresses de la soeur de Perceval ; cette dernière a rejoint les trois chevaliers dans le vaisseau, les accompagne dans leurs aventures terrestres et ne tarde pas à mourir après avoir offert son sang pour guérir une lépreuse. Son corps est porté dans la nef mystérieuse que les élus ont quittée et que rejoindra bientôt Lancelot. Celui-ci, naviguant seul avec la jeune morte, débarquera au château de Corbénic, où il ne pourra qu’entrevoir les merveilles du Graal, car sa confiance en Dieu n’est pas absolue. Detail of a miniature of Sir Galahad and his companions on the Quest for the Holy Grail, approaching a castle which is destroyed by lightning (Part 2, Queste del Saint Graal) France, N. (Saint-Omer or Tourna

Galaad, qui erre avec Perceval pendant cinq ans accomplissant des exploits prophétisés bien des siècles auparavant (guérison du roi Mordrain, aventure de la fontaine bouillonnante), rejoint Bohort et tous trois parviennent au château e Corbenic.

En compagnie de neuf autres chevaliers inconnus, ils célèbrent une sorte de répétition de la Sainte Cène au cours de laquelle apparaît Joseph d’Arimathie entouré d’anges et portant le Saint Graal ; Galaad guérit le Roi Mehaignié.

Obéissant à un ordre divin, les trois élus s’embarquent de nouveau sur la nef de Salomon et cinglent vers Sarraz où se trouve le Palais Spirituel. Escorant, le roi païen de Sarraz, emprisonne pendant un an les trois chevaliers qui subsistent grâce à la présence du Graal. Le roi mort, une voix divine ordonne à ses sujets d’offrir la couronne à Galaad, qui l’accepte.

Un an plus tard, les secrets du Graal lui sont révélés et, après avoir reçu la communion des mains de Joseph d’Arimathie, il meurt. A l’instant même, une main mystérieuse emporte au ciel le Saint Graal.grail47

Perceval se fait ermite et meurt au bout d’un an; Bohort l’enterre au côté de sa soeur et de Galaad et revient à la cour du roi Arthur pour y raconter toutes ces aventures. Celles-ci, mises en écrit par des clercs d’Arthur, seront bien plus tard, translatées en latin par Gautier Map, puis en français.

grail48L’auteur, qui n’est évidemment pas Gautier Map, est sans doute différent de celui du Lancelot propre et de celui de la Mort le Roi Artu, mais l’oeuvre n’a de sens que par rapport à ce qui la précède et à ce qui la suit dans le cycle.

On a depuis longtemps mis au jour l’originalité de cet écrivain au sein de la production romanesque du XIII° s. : proche de Cîteaux, sans pour autant être lui-même cistercien, l’auteur de la Queste del Saint Graal dresse dans une prose sobre et fine un tableau de la vie chrétienne et, à travers Galaad, un tableau de la vie ascétique et mystique selon Cîteaux. grail49

Romancier original qui semble à la fois être rompu aux méthodes de l’exégèse biblique et connaître parfaitement la matière arthurienne, il nous offre le miracle d’un récit où se côtoient jusqu’à se fondre des réminiscences évangéliques (Pentecôte du Graal) et des données mythiques (le siège périlleux, l’épreuve de l’épée du perron). De plus, il ne s’agit pas d’une quête traditionnelle, puisque le Graal s’offre en ouverture à tous les chevaliers de la Table Ronde réunis à Camaalot, en cour plénière.

La tâche des quêteurs n’est pas de prendre possession de l’objet, mais d’en affiner et d’en intérioriser la vision jusqu’aux deux ultimes théophanies : celle de Corbenic où le corps ensanglanté du crucifié surgit du Saint Vessel aux yeux des trois élus, celle de Sarras où le seul Galaad se trouve en présence de l’indicible et des grandes merveilles.grail50

La linéarité habituelle de la quête est ici constamment brisée par l’entrelacement - plusieurs personnages affrontent au même moment différentes aventures liées au Graal - et par les ’senefiances’ des ermites ou autres, qui resituent les aventures dans un cadre historique (biblique ou pseudo-biblique), ou eschatologique. Techniques narratives qui confèrent au récit une double épaisseur : hiérarchie des quêteurs, de Galaad à Gauvain, en passant par Perceval, Bohort et Lancelot ; profondeur historique depuis Adam (légende de l’Arbre de Vie) jusqu’à la fin prochaine du monde arthurien. En fait, la Queste del Saint Graal dessine moins un parcours linéaire que circulaire : le Saint Graal retourne dans son lieu originel à Sarraz, figure de la Jérusalem Céleste, tout comme Galaad revient sur la terre de ses ancêtres David et Joseph d’Arimathie. Seul Bohort accomplit le chemin traditionnel, lui aussi circulaire : cour d’Arthur - aventures extérieures - cour d’Arthur.

Sources: Charles RIDOUX

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Jérusalem au Moyen-âge -2/2-

Publié le par Perceval

La première croisade, prêchée par Urbain II en 1095 et mêlant les armées de tous les États chrétiens d’Europe à des groupes de pèlerins, a pour but d’assurer la sécurité du pèlerinage au Saint-Sépulcre. Il s’agit également de protéger les « frères chrétiens » d’Orient, et de combattre l’islam ; mais le premier objectif est véritablement la reconquête de Jérusalem

 

La conquête de la ville par quinze mille Croisés, les 14-15 juillet 1099, a pour conséquence un bain de sang : Juifs et musulmans sont massacrés sans distinction, et la population passe de trente mille à trois mille personnes. Godefroi de Bouillon, à qui les barons européens offrent la couronne de Jérusalem, refuse de porter une couronne d’or là où le Christ porta une couronne d’épines et prend le titre d’avoué du Saint-Sépulcre. Les Croisés interdisent tout établissement musulman ou juif dans la ville, et font venir des chrétiens de Syrie, dispensés de taxes, pour renforcer la présence chrétienne à Jérusalem.

 

C’est la fondation du Royaume latin de Jérusalem par Baudouin Ier, en 1100, qui fait de la Ville Sainte une véritable métropole : elle sera le centre du pouvoir franc au Levant jusqu’à sa reconquête par Saladin en 1187

La ville est protégée par deux ordres de moines-chevaliers qui acquièrent rapidement une influence immense, les Hospitaliers (ordre fondé en 1109 et installé près du Saint-Sépulcre) et les Templiers (ordre fondé en 1128, qui a ses quartiers près de la mosquée al-Aqsa, convertie en église), qui dépendent tous deux directement du Pape.

Sources : lesclesdumoyenorient.com

La période ayyubide (1187-1250) : En Egypte, le sultan ayyubide Saladin, un Kurde arménien de foi musulmane, arrive au pouvoir en 1170. Il succède au fils de Zengi comme gouverneur de Syrie et d’Egypte, et ses contemporains le considèrent comme un homme de foi.

Les Croisés sont repoussés vers la mer. Ensuite le chef mamelouk Baybars, de 1260 à 1277, fait tomber la dynastie ayyubide de Saladin et mène une série de campagnes en prenant ville après ville et en progressant peu à peu vers la côte. Acre, la dernier bastion croisé, tombe en 1291.

La période mamelouke (1250-1517) : Les Mamelouks parviennent à battre l'invasion Mongole à Ein-Harod, Jérusalem passe sous leur contrôle jusqu’à la conquête ottomane de 1516.

- 1490: Nombre d’habitants dans une Jérusalem en ruines: dix mille environ.

En 1517, la Terre d’Israël, et avec elle Jérusalem, passe sous la domination de l’Empire ottoman, domination qui va durer quatre siècles (1517-1917).  

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Jérusalem au Moyen-âge -1/2-

Publié le par Perceval

Jérusalem - Le Mythe : Jérusalem terrestre et céleste : Figure exemplaire, image merveilleuse, pôle d’attraction et source de bienfaits...

Jérusalem telle que la représente la littérature française médiévale, apparaît comme la ville des reliques majeures, des indulgences et des miracles, comme celle des pèlerinages et des croisades, comme la ville sainte par excellence, au cœur de la ''Terre'' ...

 

Le pèlerinage :

« A la fin de l’époque romaine et pendant l’ère byzantine (IVe-VIIe siècle), le pèlerin est un aristocrate de culture classique, tenté par la vie ascétique du désert ; puis ce pèlerin s’intéresse aux récits miraculeux. Le XIe siècle voit émerger une figure de pénitent millénariste, en attente du Jugement Dernier imminent dans la vallée de Josaphat. Les pèlerinages se collectivisant toujours plus, les groupes se rassemblent sous l’autorité d’un directeur et comptent des laïcs, des clercs ainsi que des chevaliers armés pour leur défense : ainsi naîtra la croisade, qui, à l’origine, avait vocation pérégrinatoire. Dans les premières années du Royaume latin de Jérusalem, le croisé se distingue encore mal du pèlerin, mais aux XIIe et XIIIe siècles, l’écart se creuse entre ceux qui vivent dans le monde pour le défendre avec leurs armes et ceux qui le rejettent par idéal du contemptus mundi. Le pèlerin du XIIIe siècle se dessine plutôt comme un intellectuel aussi bien ouvert à la connaissance des choses spirituelles qu’à celles des réalités profanes : à la traditionnelle description des sites et des sanctuaires, il ajoute de libres observations et contribue aussi à la diffusion de fables.

Des pèlerins devant l'église du Saint-Sépulcre gardée par les Sarrasins - Marco-Polo

L’homo itinerans des XIVe et XVe siècles, en quête d’indulgences, ne correspond plus vraiment à un type défini ; il incarne plusieurs figures : la diversité des couches sociales, le tempérament des individus se reflètent dans les mémoires de voyages. À partir de 1332, il est pris en charge par les Franciscains de Terre sainte, organisateurs des processions, prédications et exercices spirituels adaptés aux lieux saints définis. » Extrait de Les pèlerins de Jérusalem au Moyen Age - De Nicole Chareyron (Auteur)

Jérusalem au Moyen-âge

Jérusalem est pour le peuple juif un centre à la fois religieux et historique, puisqu’elle était la capitale du royaume biblique de David et de Salomon, qui y construisit son temple. 

Elle est aussi la ville sainte des chrétiens, puisqu’elle fut le lieu de la mort et de la résurrection du Christ, que symbolise le Saint-Sépulcre ( = le tombeau du Christ ).

Enfin, l’islam sanctifie cette ville, lieu de la montée au ciel du Prophète Muhammad. Jérusalem est donc un centre religieux où cohabitent les trois religions : tous les témoignages médiévaux s’accordent sur la présence d’importantes communautés aussi bien chrétiennes que juives et musulmanes (excepté pendant les périodes de persécution). 

Contrôlée par l’Empire byzantin depuis 324, Jérusalem connaît une quinzaine d’années de domination perse entre 614 et 629 avant d’être reprise par les Byzantins. Pour peu de temps, toutefois, puisque s’ouvre presque au même moment l’ère des grandes conquêtes musulmanes : la Ville Sainte, appelée Aelia par les documents musulmans d’époque, est conquise vers 638 sans combat.

La conquête musulmane marque la fin des persécutions chrétiennes contre les Juifs, qui sont officiellement autorisés à se réinstaller à l’intérieur de la ville, ce qui leur était interdit depuis 135.

La prise de pouvoir fatimide, en 969, marque le début d’une ère plus prospère pour Jérusalem : al-Muqaddasi, voyageur et géographe musulman né à Jérusalem, insiste dans son récit de voyage sur son essor intellectuel et son cosmopolitisme, qu’il décrit en ces termes : « À Jérusalem, on trouve toutes sortes d’hommes cultivés et de docteurs, et pour cette raison le cœur de chaque homme intelligent est tourné vers elle. Tout au long de l’année, ses rues ne sont jamais vides d’étrangers [3]. » Avec trente mille habitants, un kilomètre carré de superficie et quatre kilomètres de remparts, Jérusalem connaît alors son apogée à l’ère musulmane.

En 996, elle entre à nouveau dans une période de déclin, lors de l’arrivée au pouvoir du « calife fou », al-Hakîm, qui persécute les chrétiens, interdit les pèlerinages et ordonne en 1010 la destruction des synagogues et des églises, y compris le Saint-Sépulcre. À sa mort, la situation s’apaise, les pèlerinages reprennent régulièrement et les bâtiments de culte sont reconstruits, mais Jérusalem demeure une ville secondaire dans le paysage politique et commercial de l’Orient médiéval. En 1071, elle est conquise par les Turcs Séleucides, qui occupent déjà les montagnes de Palestine : sous leur autorité se déroulent de nombreux pillages, rançonnements et persécutions des chrétiens et des Juifs, qui aggravent les préoccupations des États chrétiens d’Occident. Les Fatimides reprennent la ville en 1098, juste avant l’arrivée des premiers Croisés.

L'arrivée de plus en plus massive de chrétiens européens à partir du Xe siècle : l’année 1065 voit la venue à Jérusalem de douze mille pèlerins chrétiens originaires d’Allemagne et de Hollande. Selon les rapports de rabbins du XIe siècle, des pèlerinages juifs auraient également lieu.

L'importance symbolique de Jérusalem est donc considérable, ce qui est particulièrement important en un temps où le politique et le religieux sont quasi indissociables. C’est pourquoi elle sera l’enjeu majeur des croisades : l’appel du pape Urbain II au concile de Clermont le 27 novembre 1095, qui lance la première croisade, met l’accent sur la nécessité pour les chrétiens de reconquérir la Ville Sainte et particulièrement le Saint-Sépulcre.  

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La Quête du Graal : La Roue de Fortune – 10/21 -

Publié le par Perceval

* Quelle est votre Question ? ( en conclusion de l'étape précédente.. : Le Prêtre Jean..)

- «  Où trouver cet Ermite, et comment relire mon chemin... ? »

Entrez !

La Roue de Fortune est un des thèmes majeurs de la littérature et de la philosophie au Moyen-âge : elle évoque d'une part le caractère éphémère des biens sur terre, et d'autre part que même les puissants peuvent être au sommet, et pourtant tomber subitement... La déesse Fortuna, influence ainsi la destinée humaine ; elle est représentée en haut d'une roue et l'a fait tourner selon les caprices de la chance...

Dans la Légende arthurienne, Gauvain, la rencontre dans un grand château. Mi-noire, mi-blanche, Fortuna est accompagnée de sa Roue...

Si elle peut paraître en alternace belle et hideuse, en sa présence, Fortuna reste belle... Elle manifeste au Chercheur de Graal, son rayonnement intérieur ; elle l'aide encore par la suite à découvrir les véritables secrets du vase sacré...

Fortuna est plutôt favorable à Gauvain ( le champion de ces dames …!)

 

Un roman, que rédige Wirnt de Grafenberg, vers 1204-1215, continue cette destinée favorable …

En effet, l'histoire s'attache au jeune Wigalois, qui serait le fils de Gauvain , et de … disons d'une fée. Il part à la recherche de son père. Il gagne la cour du Roi Arthur, avant de s'engager dans une série d'aventures qualifiantes qui vont le mener au mariage et à la souveraineté. L'emblème du jeune chevalier est une roue d'or ( la roue de Fortune ). Fortuna, ou la providence, veille sur lui en permanence...

La possibilité d'un nouveau choix, peut nous conduire à une meilleure compréhension du but essentiel de notre Quête. Même un changement de fortune, peut nous armer d'une détermination plus grande encore ...

Pour continuer le Chemin : - Quelle est votre question ?

Sources : Le Tarot du Graal de John Matthews

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Le Roi Arthur, l'un des neuf Preux.

Publié le par Perceval

Château-della-Manta-cycle-des-neuf-preux-et-des-neufs-preuses réduit* Vers 1310-1312 dans les Vœux du Paon ( Jacques de Longuyon ), la notoriété du roi Arthur, lui vaut d'être compté parmi les Neuf Preux aux côtés de Josué, David, Judas, Macchabée, Hector, Jules César, Alexandre, Charlemagne et Godefroy de Bouillon. Arthur_mantaC'est dire surtout, l’extraordinaire diffusion et faveur dont jouissent les textes relatifs à la matière de Bretagne tout au long du Moyen Âge …

Le succès du motif est immédiat, vraisemblablement du fait de sa structure fixe et stable, les neuf héros permettant d’embrasser toute l’histoire humaine. Il est ainsi diffusé à travers toute l’Europe. Les neuf Preux - au Moyen-âge - représentent une sorte de « panthéon » de la chevalerie, il s’agit de figures historiques ou du moins considérées comme telles, il n’en demeure pas moins qu’une large part de leur prestige est due à leur faveur littéraire...

Les neuf Preux, relèvent principalement du mythe ou de la légende. Même les héros les plus historiques prennent une coloration légendaire.

Le Triomphe des Neuf Preux (extrait) - manuscrit BNF-Arsenal (1487)

Le Triomphe des Neuf Preux (extrait) 

- manuscrit BNF-Arsenal (1487)

Pour ce qui est, du Roi Arthur : Le texte de Jacques de Longuyon ( Voeux du Paon), raconte les combats du Preux Arthur contre deux géants, le géant du Mont Saint-Michel et Ruiston. Il met donc en évidence ses compétences de chevalier. La seconde suite des Preux, ajoute les circonstances de la mort d’Arthur aux mains de Mordret et la mention qu’Arthur a vu le Graal.

  * A la fin du XVe s. Trois vastes compilations sont organisées autour de ces neuf vies qui retracent les hauts faits des Preux, dont :

Le Chevalier errant a été écrit par le marquis Thomas III de Saluces, probablement en 1394. L'auteur, sous la forme du chevalier errant, y narre de manière allégorique sa quête de la sagesse à travers ses aventures aux

Bnf: Le Chevalier errant a été écrit par le marquis Thomas III de Saluces, probablement en 1394. L'auteur, sous la forme du chevalier errant, y narre de manière allégorique sa quête de la sagesse à travers ses aventures aux royaumes du "Dieu d'Amours", de "Dame Fortune" et de "Dame Congnoissance". Au cours de ses pérégrinations, il entre dans le "palais des Esleus", où il rencontre les Neuf Preux et les Neuf Preuses. 

L’Histoire des Neuf Preux et des Neuf Preuses nous est parvenue dans un manuscrit unique conservé à Vienne . Elle a été composée par Sébastien Mamerot à la demande de son seigneur Louis de Laval entre 1460 et 1468. La partie arthurienne de Sébastien Mamerot s’étend sur 97 feuillets, il s’agit de la plus longue vita. Il suit Geoffroy de Monmouth fidèlement et le traduit dans son intégralité, sans presque abréger, dépassant largement en amont et en aval la vie d’Arthur. En fait, manque une traduction des prophéties de Merlin... Ce choix correspond à l’un des objectifs qui se dégagent du prologue de la compilation, à savoir faire œuvre d’historien en donnant une version véridique des hauts faits des Preux.

Arthur_Armorial Sammelband (Bavière)

Arthur: Armorial Sammelband (Bavière)

Les douze années de paix suivant la victoire d’Arthur sur les Saxons constituent le cadre dans lequel se déroulent les aventures des chevaliers de la Table Ronde . Dans le manuscrit de l’Histoire des Neuf Preux, on trouve à cet endroit là une nouvelle rubrique suivie d’un chapitre tout à fait particulier : avant de revenir à Geoffroy, Sébastien Mamerot se sent contraint de parler de la Table Ronde. Pour ce faire, il revient en arrière à la mort d’Uther Pandragon, mais pour donner la version des faits romanesques. Cette fois, conformément aux romans, Arthur a été emmené par Merlin à sa naissance et confié à Anthor qui l’a élevé avec son propre fils Keu ; le cœur du passage consiste en un résumé de l’histoire de l’épée dans le perron qui aboutit au couronnement d’Arthur. Sébastien Mamerot signale ensuite en une phrase la guerre des barons rebelles et la victoire obtenue par Arthur avec l’aide de Merlin. Il enchaîne alors sur la fondation de la Table Ronde, selon ce qui se trouve chez Wace. Chateau d'Anjony ( VXe ) preux Arthur Sébastien Mamerot ne suit pas le Merlin dans lequel c’est sous Uther qu’est fondée la Table Ronde, mais il en tire la description des trois tables (la table de la Cène, la table du Graal de Joseph d’Arimathie et enfin la Table Ronde) et l’explication du siège périlleux. Cependant les chevaliers à s’y asseoir ne sont pas cinquante, mais cent cinquante, ce qui correspond au nombre de chevaliers qui jurent d’entreprendre la quête du Graal dans la Queste del Saint Graal et dans le Tristan, et qui était devenu un chiffre canonique. Sébastien Mamerot insère alors les « lois de la Table Ronde », qui se trouvent dans le De casibus, sorte de code de conduite que doivent suivre les chevaliers et qui semble inspiré des romans arthuriens.

Arthur_Armeiro_Mor

Arthur: Armeiro_Mor

Avant de retourner à Geoffroy, il termine cette parenthèse par l’évocation des meilleurs chevaliers de la Table Ronde, dans cet ordre: Galaad, Perceval, Bohort, Lancelot, Gauvain et Tristan. Chaque personnage est accompagné de quelques qualificatifs ou faits importants, de manière extrêmement condensée. C’est à cette occasion qu’apparaît d’ailleurs la seule mention du Graal. Armorial de Gilles le Bouvier - Arthur, Charlemagne et Godefroy de Bouillon 1440

Armorial de Gilles le Bouvier - Arthur, Charlemagne et Godefroy de Bouillon 1440

L’intérêt majeur de ces vastes textes sur les Neuf Preux réside dans le fait qu’elles sont pour nous les traces et les résultats d’une lecture à la fin du Moyen Âge des textes arthuriens et nous renseignent sur l’imaginaire et d’une certaine manière sur la conscience générique de cette époque. En effet, elles nous renseignent sur les éléments perçus comme constitutifs de l’histoire arthurienne. Merlin, l’épée dans le perron, la Table Ronde, les combats contre les Géants, Arthur et Mordret s’entre-tuant, Avalon : autant de passages obligés, savoir véhiculé depuis plusieurs siècles par les textes et l’iconographie. Sans Lancelot et sans le Graal, Arthur manque de profondeur, les complexités, les faiblesses sont gommées du personnage. L’image donnée est celle d’un grand roi, un grand guerrier, et plus qu’une existence individuelle, les compilations sur les Neuf Preux nous donnent à voir l’exaltation d’un idéal, voire d’une idéologie,   Sources : Anne Salamon ( Paris IV Sorbonne) HTTP://WWW.UHB.FR/ALC/IAS/ACTES/INDEX.HTM  

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La Quête du Graal : Le Prêtre Jean – 9/21 -

Publié le par Perceval

Preste Juan de las Indias, carte espagnole de l'Afrique de L'Est, XVIe siècle

Preste Juan de las Indias, carte espagnole de l'Afrique de L'Est, XVIe siècle

* Quelle est votre Question ? ( en conclusion de l'étape précédente..) : La commanderie...

- « Quelle est ma protection, ( ma commanderie...) à ma disposition?  »

Entrez !

Il n'est pas étonnant, qu'en ce précieux Moyen-âge, les grandes légendes se rencontrent. Ainsi dans le Parzifal de de Wolfram von Eschenbach, la Quête du Graal conduit au Royaume utopique du '' Prêtre Jean ''. Ce mystérieux royaume, décrit comme une réalité, figure l'Eden, le jardin des délices, le Royaume béni où croit l’Arbre de la Connaissance et où jaillit la Fontaine de Vie. C'est Hughes de Jabala, évêque, en 1145, qui mentionne pour la première fois aux autorités romaines l’existence du Prêtre Jean.

L'histoire du '' Prêtre Jean '' va être amplifié par les récits de Marco Polo, et les légats du Pape...

 

Précédemment, le Roi du Graal, ou le Roi Pêcheur, quel que soit le titre que l’on veuille lui donner, est aussi prêtre : c’est lui qui célèbre la messe où le Graal sert de calice, il est identifié au Christ, Vrai Roi du vase sacré.

Gamuret (le Père de Parzifal) , a eu deux fils : Parzifal ( avec Herzeloyde, la mère de Parzival, '' aussi claire que la lumière du soleil '', et de Belcan, une musulmane '' noire comme la nuit '', il engendre Feirefiz. Gamuret réconcilie incidemment les ténèbres et la lumière et, par extension, l’Orient et l’Occident.

Donc, Parzifal et des templiers s'embarquent à Marseille et se rend en Inde auprès de son demi-frère Feirefiz, l'Orient étant jugé digne de recevoir la Vase Sacré... Après la mort de Parzifal, le fils de Feirefiz et de Reanse de Joye ( la porteuse du Graal) , né en Inde, devient le Prêtre Jean ; tous les rois de ce pays depuis lors ont porté son nom. Marco Polo : « le roi de cette province est de la lignée de Prêtre Jean et lui aussi est Prêtre Jean. Il est prêtre chrétien [...] » - le devisement du monde, LXXIV

C’est ainsi qu’à la fin de son roman, Wolfram rattache la lignée du Graal à l’une des plus grande figure mythique du moyen-âge : celle du Prêtre Jean

En tant que prêtre et roi, Jean, combine la royauté temporelle au pouvoir spirituel ; les Templiers devaient sans-doute porter cette utopie...

Le Prêtre Jean représente l'idéal d'un roi sacré chrétien - un idéal que très partiellement réalisé dans l'histoire...

'Le Prêtre Jean' par Lima de Freitas ->

Au cours de la Quête, il est nécessaire de se retirer dans un lieu de tranquillité pour contempler le parcours déjà effectué ( une relecture …), faire le point de l'avancée, s'interroger …

L'arcane N°9, est celle de l'Ermite. La relecture, accompagnée, peut faire apparaître des doutes ; on peut aussi s'illusionner et vouloir rester dans le magnifique jardin du ''prêtre Jean''...

Cependant, il nous faut continuer le chemin... !

Pour continuer le Chemin : n'oubliez-pas : - Quelle est votre question ?

Sources : Le Tarot du Graal de John Matthews

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La Quête du Graal : La nef de Salomon – 7/21 -

Publié le par Perceval

* Quelle est votre Question ? ( en conclusion de l'étape précédente..) : Les deux Templiers...
- « Avec qui, avec quoi, je partage ma vie, mon idéal.. ?  »
Entrez !
Galaad, Bohort, Perceval et sa sœur trouvent la nef de Salomon
Tiré du ''Lancelot du Lac et la quête du Graal'', Bnf ms fçs 343 - 1375-1400
 
Dans ''L'Estoire del Saint Graal '', chaque bateau rappelle la Nef de Salomon
Sans véritable aspect matériel : '' Elle est riche et belle '' : cette embarcation est ''extra-ordinaire'' ; elle contient le Graal, et autres objets sacrés... Elle vogue vers un ''autre-Monde''. Elle est symbole, qui ne peut se déchiffrer sans aide divine... ! Le Christ lui-même intervient envers Salomon, et le chevalier Nascien. Elle pourrait être le symbole de l'Eglise, mais comme symbole, elle ne s'arrête pas à une seule allégorie. La nef est aussi une métaphore du récit et de son élaboration … La nef est aussi un ''Livre''
 
La nef bâtie par le Roi Sage et sa femme, la reine de Saba, connecte l'époque arthurienne de la Quête du Graal, à l'époque Biblique... Intelligence et Imagination : la reine avait eu connaissance des événements futurs dont l'avènement du Christ ( naissance, mort et résurrection) ; elle avait prédit qu'un descendant direct de Salomon trouverait le Graal. La reine de Saba avait demandé à Salomon, tenu au Moyen-âge pour un grand magicien, de construire une nef capable de voguer à travers le temps et l'espace... Les trois chevaliers du Graal avaient été transportés depuis la Bretagne arthurienne dans la ville paradisiaque de Sarras, devenue la demeure du Graal.
Ecuries du Roi Salomon
 à Jérusalem - Sources Abbé Fillion 1860

* Pourquoi les Templiers ?
Salomon fait donc construire le Temple... Le site du Temple est devenu le siège de l'Ordre, et suggère le nom de l'Ordre... Selon certaines légendes : les Templiers auraient fouillé la zone entourant le mont du Temple et les souterrains se trouvant sous les anciennes fondations du bâtiment à la recherche de … ?: Un Trésor, un Secret, une Relique … ?
 
Dans notre scénario de la Quête, cette étape est cruciale... Incitation intérieure vers une nouvelle direction... ? Ou en suis-je – sur le Chemin - de mon engagement ?
 
Pour continuer le Chemin ( à préparer) : - Quelle est votre question ?

Sources : Le Tarot du Graal de John Matthews

 

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L'Aventure au temps de la Quête du Graal -2/2-

Publié le par Perceval

Contemporaine de Chrétien de Troyes, Marie de France fait du mot '' aventure '' le terme technique par excellence de sa poétique...

« Les contes que je sais vrais,

dont les Bretons ont fait des lais,

je vous les conterai brièvement.

Au début, pour commencer,

selon la lettre et l'écriture

je vous montrerai une aventure. »

(Guigemar,v. 19-24)

L’aventure est le cristal intemporel qui tient ensemble la chaîne de la mémoire où Marie insère ses lais : et, dans la remembrance, événement et récit coïncident. En ce sens, I'aventure est toujours l'aventure d'un lai...

Marie de France fait allusion plusieurs fois à la vérité de ce qu'elle raconte, mais le fait d'une manière telle que vérité et aventure semblent se confondre.

« Telle qu'elle arrive, je vous la conterai, je vous en dirai la vérité » - Éliduc, v. 27-28).

 

Dans la conclusion du Chèvrefeuille, la poétesse affirme qu'elle a conté « la vérité du lai » tout comme ailleurs elle disait qu'elle en contait l'aventure : « Je vous ai dit la vérité / du lai que j'ai ici conté »

La vérité dont il est ici question n'est ni la vérité apophantique de la logique ni la vérité historique. C'est une vérité poétique.

Cela veut dire qu'il ne s'agit pas de la correspondance entre les événements et le récit, entre les faits et les mots, mais de leur coïncidence dans l'aventure. On n'est pas en présence de deux éléments : l'aventure-événement et l'aventure-récit, vraie si elle reproduit fidèlement la première, et fausse dans le cas contraire. Aventure et vérité sont indiscernables parce que la vérité advient et que l'aventure n'est que l'advenir de la vérité.

Dans le Parzifal de Wolfram von Eschenbach, L'aventure est personnifiée par une femme. Elle apparaît brusquement au poète et lui demande de la faire entrer dans son cœur :

« Ouvre ! » « À qui ? Qui êtes-vous ? »

« Je veux entrer dans ton cœur. »

« C'est un espace étroit. »

« Qu’importe, n'y eût-il point d'espace,

tu n'auras pas à le regretter.

Je vais te dire des choses merveilleuses. »

« C'est donc vous, dame Aventure ? »

(Parzival, 433, l-7)

 

Frau Âventiure est, l'histoire même qui est contée Âventiure frappe à la porte du poète non avec son poing, mais avec des mots : « Ouvre ! Je frappe avec des mots, laisse-moi entrer »

Ce qui est personnifié en dame Aventure est l'acte même d'écrire et de conter : mais, en tant qu'il coïncide avec les événements racontés, il n'est pas un livre, mais le corps vivant d'une femme.

Un épisode du Parzival a toujours paru obscur aux interprètes. Le jeune héros, inconscient et inexpérimenté, arrive un jour dans un champ tout proche de la forêt de Brizljan et voit une dame endormie sous une tente.

« La dame était endormie

et portait l'arme de l'amour:

une bouche d'un rouge étincelant,

vrai tourment pour le chevalier.

La dame dormait

avec les lèvres décloses,

ardentes pour le feu d'amour. »

(Parzival, 130 , 3-9)

 

Ce qui est remarquable, c'est que le terme aventure qui apparaît alors ne se réfère pas à l'expérience qu’est en train de vivre Parzival, mais à la dame même qui est endormie : « Ainsi reposait la merveilleuse aventure », ( ibid. 130, 10). Si Wolfram peut appeler ici la dame « aventure », c'est parce que son corps symbolise autant l'aventure vécue par Parzival que le récit qu'en donne le poète. En rencontrant Jeschûte - tel est le nom de la dame - Parzival a rencontré sa propre histoire.

Sources : Textes extraits de '' L'aventure – de Giorgio Agamben '' Rivages Poche

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L'Aventure au temps de la Quête du Graal -1/2-

Publié le par Perceval

Que faut-il comprendre quand on dit que la Quête est une ''aventure'' … ?

 

Le mot « aventure » est un terme technique essentiel du vocabulaire poétique médiéval.

 

Le terme '' aventure '', par lequel le chevalier définit l'objet de sa quête - et ce faisant, il se définit lui-même :

 

« .. Je suis, dit-il, un chevalier en quête

de ce qu'il ne peut trouver;

car je cherche et rien ne trouve.

- Et que voudrais-tu trouver ?

- Aventurer pour éprouver ma prouesse et ma hardiesse.

Donc je te prie, te demande et t'implore,

si tu le sais,

de me conseiller une aventure ou une merveille.

- De cela, dit-il, tu te passeras : je ne sais rien de l'aventure et jamais je n'en ai entendu parler. »

Le chevalier au Lion - (Yvain, v. 358-369)

Le terme ' aventure ' a à faire avec ''la merveille'' ( ou d’aventure ou de mervoille ) et qu'il devra servir de preuve pour le courage d'Yvain.

Cependant on ne saurait comprendre la subtilité sémantique de ce passage si l'on ne se rappelle pas qu'en ancien français le verbe ''trover'' ne signifie pas simplement '' trouver '' ..( …) à l'origine c'était un terme technique du vocabulaire poétologique roman, qui voulait dire " composer de la poésie " et les poètes s'appelaient eux-mêmes trobadors en langue d'oc, trouvères en langue d'oil ou ou trovatori en italien.

Yvain, qui cherche ce qu'il ne peut trouver, pourrait être alors une évocation voilée de Chrétien de Troyes qui '' trouve '' l'argument de son poème: l'aventure du chevalier est l'aventure même du poète.

 

L'aventure est pour le chevalier autant rencontre avec le monde que rencontre avec lui-même et, de ce fait, source de désir et d'effroi.

Dans un lai de Marie de France, le protagoniste, après avoir rencontré la femme aimée, rentre chez lui en proie à un si grand trouble qu'il doute de lui et de ce qu'il a vu:

« Il pensait à son aventure

et doutant en son cœur

il est saisi d'effroi, ne sait que croire

et il ne lui paraît pas qu'elle soit vraie. »

(Lai de Lanval, v. 197 -2O0)

Toutefois, plus étrange et risquée est l’aventure, plus elle est désirable :

« Mais plus grande est la merveille

et plus risquée l'aventure,

plus il la désire et plus elle l'attire. »

(Érec et Enide, v. 5 644-5 646)

 

L'Aventure dans les romans de chevalerie désigne autant le hasard que le destin, autant l'événement inattendu qui met le chevalier à l'épreuve qu'un enchaînement de faits qui se vérifieront nécessairement.

« L'aventure qui doit être

il ne peut se faire qu'elle ne soit,

et ce qui doit arriver

pour rien au monde ne peut manquer. »

(Roman de Rou, v. 5609-5612)

 

Sources : Textes extraits de '' L'aventure – de Giorgio Agamben '' Rivages Poche

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Sagesse et Magie au Moyen-âge

Publié le par Perceval

Frontispice du Livre du Trésor de Brunetto Latini (fin du XIIIe s.)

Frontispice du Livre du Trésor de Brunetto Latini (fin du XIIIe s.)

La réputation du Roi Salomon, au Moyen-âge, est au plus haut ; en sagesse, mais aussi pour avoir été un roi exorciste et magicien... Ce modèle ambivalent a clairement inspiré le roi Alphonse X de Castille (1252-1284) et sa politique de traduction d’ouvrages d’astronomie, d’astrologie et de magie, destinée à percer les secrets de Dieu, de la nature et de son peuple.

Ce modèle, a peut-être aussi inspiré le roi de France Charles V (1364-1380), dit ' le sage '

Après la peste ( depuis 1347..), le froid polaire de l'hiver 1364, et les famines, après les défaites militaires de ses prédécesseurs ( Crécy, Poitiers …) ; Charles V diminue la domination anglaise grâce Du Guesclin. Il établit enfin officiellement des règles de succession à la couronne claires et précises. Le trône revient à l’héritier mâle le plus proche, et le domaine royal devient indivisible. Le Roi de France devient le seul habilité à battre monnaie : la monnaie devient enfin stable et Charles V en profite pour renforcer et rationaliser la fiscalité...

<- Du-Guesclin-fait-connetable-par-charles V - 1370

Charles V est aussi reconnu pour son immense savoir ... Dès 1367, il transforme le Louvre en Palais Royal et y crée une bibliothèque immense, forte de milliers de manuscrits. Aristote, Saint-Augustin, Traités d’Histoire, d’astrologie,…

« On ne peut trop honorer les clercs qui ont sapience, tant que sapience sera honorée en ce royaume, il continuera à prospérité, mais quand déboutée y sera, il décherra. » Charles V. Quelques années plus tard, le royaume sera dirigé par son fils, Charles VI, dont les crises de démence dévastatrices mèneront le royaume de France au bord du chaos… !

* Pour ce qui est de l'art de la ''magie'', les consciences évoluent lentement...

Je retiens, ces citations:

Le ''Policraticus'' de Jean de Salisbury, au milieu du XIIe siècle: si « les magiciens […] sont ceux qui, avec la permission du Seigneur (Domino permittente), troublent les éléments, enlèvent aux choses leur aspect normal, […] bouleversent les esprits des hommes en leur envoyant des songes et les tuent par la seule violence de leur enchantement » ils sont également, et c’est nouveau, ceux qui « prédisent ordinairement l’avenir ».  Joannis Saresberiensis Policraticus I-IV, 

A cette époque, les hommes ont du mal « à tracer la limite entre le savoir scientifique et les arts défendus, entre l'astronomie et l'astrologie, la psychologie et la divination, certaines expériences mystiques et les invocations du diable » 

Françoise Autrand, Charles VI. La folie du roi.

Cependant, l'astrologie, les sortilèges et en général toutes les pratiques qui touchent à la sorcellerie et à la magie étaient très en vogue au XIVe siècle

 

''Démonstrations contre sortilèges'' est un traité en prose qu'Eustache Deschamps, poète de cour sous les règnes de Charles V et Charles VI, rédigea dans le dernier quart du XIVe siècle. Par son titre, cet ouvrage met en relation deux modes de pensée, l'une rationnelle, et destinée à établir une vérité, l'autre irrationnelle, relevant de pratiques obscures et gouvernée par le hasard.

Extrait par  J. Véronèse, « Le Contra astrologos imperitos atque nigromanticos (1395-1396) de Nicolas Eymerich ( inquisiteur catalan) : « par l’art de nigromancie nous ne pouvons pas juger de manière certaine et infaillible, ni même de façon conjecturale des choses cachées présentes, passées ou futures.  Cette conclusion se justifie ainsi. Le diable, invoqué dans les sacrifices et attiré par les honneurs divins, qui parle et répond dans les cadavres des morts, est notre ennemi capital, notre hostile séducteur, le menteur, et même le pire des menteurs, et par conséquent par les réponses qu’il donne dans les cadavres susdits nous ne pouvons ni ne devons juger des événements occultes susdits de manière certaine, infaillible, voire même conjecturale »

 

 

 

Ce livre – Le Liber Razielis – Raziel de l'hébreu, signifie ''secret de Dieu'', secret délivré à Adam après l'expulsion du paradis, en un livre de magie révélant les mystères de la Création. Dans ce livre, le fameux ''Semiphoras'' : la connaissance de ce nom caché et omnipotant de Dieu, retrouvé par Salomon, est susceptible de donner au roi magicien, nouveau Moïse, un pouvoir quasi divin sur les éléments et sur les hommes.

« Salomon dit : J'ai trouvé le Semiphoras, par lequel Moïse a fait les plaies en Egypte, a asséché la Mer Rouge, produit de l'eau à partir de la pierre et traversé le désert, par lequel il savait tous les secrets de son peuple,a vaincu rois, princes et puissants, a parfait tout ce qu'il a voulu faire et accomplir, a détruit tout ce qu'il voulait détruire, et par lequel ila accompli tout ce qu'il a voulu en bien et en mal. » Liber Semiphoras ( Le Liber Semiphoras en annexe au Liber Raziel dans l'exemplaire de Halle, est consacré à un exposé sur le nom de Dieu formé de 72 noms de trois lettres …)  

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