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Articles avec #art tag

Voyage en Angleterre -2- Hyde park, Bloomsbury group

Publié le par Perceval

Anne-Laure et J.B. sont aussitôt invités au 46 Gordon Square, Bloomsbury, la maison que se sont partagés les enfants Stephen: Vanessa, Virginia et James Stephen... Leur contact est Clive Bell, qui avait séjourné à Paris et se déclarait amoureux de l'art et la littérature française... Clive est marié avec Vanessa depuis 1908.

Avant toute chose, et pour s'imprégner de l'esprit britannique, Anne-laure et J.B. sont conduits à Hyde Park... Ils atteignent '' Marble Arch '' qu'un nouveau schéma routier vient de séparer de Hyde Park ( en 1908). En 1851, la reine Victoria, qui trouvait l'arche hideuse, la fit déplacer à son emplacement actuel, qui fut - du XIIe à la fin du XVIIIe siècle - le lieu de nombreuses pendaisons.

Nous sommes un samedi ensoleillé, les pelouses de d'Hyde park sont tachées de mode. Des couples disposés en quinconce sont couchés dans l'herbe. L'homme a disposé son pardessus sur le sol ou à ses côtés, et, la bouche unie dans un perpétuel baiser, ils restent immobiles, savourant l'instant... Les français n'en croient pas leurs yeux, de ce spectacle immoral...

  • Voilà bien des gens ''nature'' !

  • N'imaginez rien... Ils flirtent, sans plus...

  • Mais, l'intimité du ''home'', ne serait-elle pas plus conforme.... ?

  • L'intimité du ''home'' serait bien plus dangereuse... Ici, ils sont sous les yeux de tous, et ne peuvent se laisser aller aux écarts....

Ils arrivent près de la Serpentine, où des jeunes gens voguaient sur de légers canots, les jeunes filles - chapeaux en arrière - tiennent les drisses du gouvernail... Ils continuent vers un rassemblement : un homme, sur une table, pérore sur la venue du Christ... Plus loin, un homme à cheveux et barbe longs affirme que le locataire de Buckingham est parfaitement inutile... Puis ils croisent un ''unioniste'', et un ''libéral''... Ici, nous comprenons la relativité de toute chose... !

29 Fitzroy Square

Revenons à nos amis Stephen...

En mars 1907, Virginia et Adrian Stephen ont emménagé, non loin, au 29 Fitzroy Square... Aussi leurs amis, les rejoignaient dans l'une ou l'autre maison... Virginia Woolf avait tout le deuxième étage du numéro 29 pour elle et c'est pendant son séjour ici qu'elle a fait plusieurs essais sur le manuscrit de The Voyage Out . En fin d'année 1911, Virginia et Adrian vont quitter Fitzroy Square. Ils vont déménager dans une maison plus grande, 38 Brunswick Square, avec l'intention d'en faire une ''maison commune'', à partager avec des amis. En 1912, elle épouse Leonard Woolf. Le 26 mars 1915, The Voyage Out sera publié sous son nouveau nom Virginia Woolf.

C'est d'ici, dans ce quartier de Londres ''Bloomsbury '', que le groupe formé d'anciens étudiants du King's College de Cambridge, s'est fait connaître... Lytton Strachey devint un ami intime des sœurs Stephen de même que Duncan Grant... Puis Roger Fry et E. M. Forster se joignirent à eux...

Some Bloomsbury members Lady Ottoline Morrell , Maria Nys (plus tard Huxley ), Lytton Strachey , Duncan Grant , Vanessa Bell, 1915

Les anciens de Cambridge, mis à part Clive Bell et les frères Stephen, étaient membres d'une société secrète réunissant des étudiants, connue sous le nom de ''Cambridge Apostles''.

C'est par l'intermédiaire des « Apôtres », que les membres de Bloomsbury rencontrèrent les philosophes analytiques G. E. Moore et Bertrand Russell, qui devaient révolutionner la philosophie britannique au tournant du siècle. Les Principia Ethica (1903) de Moore fournirent au Groupe une philosophie morale. La distinction entre la fin et les moyens est un lieu commun de l'éthique, mais ce qui faisait tout l'intérêt des Principia Ethica ( une éthique intuitionniste) pour Bloomsbury, c'était la notion de valeur intrinsèque, qui dépendait d'une intuition personnelle du bien et de l'esthétique. Pour eux, le « sens du beau est une voie privilégiée pour la morale ».

Les membres du Moral Science Club, Cambridge, v. 1913. Au premier rang, troisième à gauche, James Ward ; à sa droite, Bertrand Russell , troisième à droite, GE Moore

Quand ils sont arrivés au n°46 Gordon Square, le groupe d'amis souhaitait vivre ''différemment''. Cela signifiait : privilégier les choses les plus importantes de la vie: lire, écrire et débattre. Mais ils souhaitaient que cela concerne aussi la vie quotidienne. Ils ont donc choisi de boire du café après le dîner au lieu du thé, et encore beaucoup de choses semblables...

Leonard et Virginia Woolf - 1912

Au tout début, Les habitués comprenaient le peintre Clive Bell, l'écrivain Lytton Strachey, le merveilleusement nommé Saxon Sydney-Turner, et le futur fonctionnaire indien et militant pour la paix, Leonard Woolf . Il y avait d'autres visiteurs occasionnels, y compris le poète WB Yeats et le romancier EM Forster, que Virginia vénérait et qu'elle regardait traverser Gordon Square pendant qu'elle se cachait derrière les haies des jardins.

Ce qui s'est passé, ce sont des discussions, et des discussions entre hommes et femmes sur un pied d'égalité et sur des choses importantes. Ils se recevaient en tenue décontractée, débattaient toute la nuit, buvaient du café et du whisky, mangeaient des petits pains...

Tous ont été membres de la confrérie des Apôtres, sorte de franc-maçonnerie de l’intelligence, dont l’existence est censée rester secrète. Chez les Apôtres on prône la liberté de parole, le non-conformisme, la critique du pouvoir établi, l’égalité entre les hommes et les femmes; on s'oppose au capitalisme et à l’impérialisme, et évidemment à la guerre.  C'est ainsi que ''le Bloomsbury group'' était né, et les sœurs Vanessa et Virginia en sont les reines.

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Anne-Laure de Sallembier – La Quête et la vie mondaine

Publié le par Perceval

Une fête littéraire à Versailles - Le Gaulois 31 Mai 1894 Proust - (Gallica)

Une fête littéraire à Versailles - Le Gaulois 31 Mai 1894 Proust - (Gallica)

Longchamp (Paris), en 1908

En quoi la vie mondaine, contribue t-elle à la Quête … ? La comtesse Anne-Laure de Sallembier en est persuadée : par exemple, quand elle interroge ses amis sur la place de l'art dans leur vie... Anne-Laure appartient à une société où la place de l'esthétique est prépondérante...

Si l'esthétique s'offre à la sensibilité, elle est destinée à l'esprit : un esprit ouvert à l'Absolu...

L'Art passe par l'humain, et lui offre une prise de conscience de soi … Et, à cette époque, ce qui est flagrant c'est la tension constante entre le masculin et le féminin...

Exemple mondain: la femme y est sujet et objet de beauté... La sensibilité provoque les cœur et le corps ; mais finalement ce sont l'âme et l'esprit qui s'enrichissent de l'expérience esthétique ...

 

« Je tiens l’art pour la tâche suprême et l’activité proprement métaphysique de cette vie » Nietzsche (1844-1900) (La Naissance de la tragédie)

 

 

Comme nous venons de le voir, la place du vêtement est essentiel dans une soirée mondaine. La femme, alors s'y sent investit d'une mission : la toilette féminine est une œuvre d’art.

« Mme la comtesse Greffuhle, délicieusement habillée : la robe est de soie lilas rosé, semée d’orchidées et recouverte de mousseline de soie de même nuance, le chapeau fleuri d’orchidées et tout entouré de gaze lilas » Proust - dans la revue Le Gaulois et intitulé ''Une fête littéraire à Versailles''

Ce qui gène Anne-Laure, favorisée alors par sa jeunesse et ses traits ; c'est d'être ''objet '', et non ''sujet''...

Cependant ce n'est pas le cas. Marcel Proust fait de l'élégante, une artiste. Il assigne à la femme qui porte le vêtement un rôle de créateur.

« Je me disais que la femme que je voyais de loin marcher, ouvrir son ombrelle, traverser la rue, était, de l’avis des connaisseurs, la plus grande artiste actuelle dans l’art d’accomplir ces mouvements et d’en faire quelque chose de délicieux » Proust À la recherche du temps perdu, La Pléiade, 1987 t. II – Ici la duchesse est une artiste dans l'art d'accomplir des gestes, dans le mouvement du corps...

 

Mme Swann au bois déploie « le pavillon de soie d’une large ombrelle de la même nuance que l’effeuillaison des pétales de sa robe […] ayant l’air d’assurance et de calme du créateur qui a accompli son œuvre et ne se soucie plus du reste » Proust À la Recherche du Temps Perdu, La Pléiade, 1987 t. I.

Mariano Fortuny

 

La femme artiste, finit d'âtre assimilée elle-même comme oeuvre d'art. Elle est ''contaminée'' par sa toilette ; cette impression est valorisée par la comparaison d'un tableau : Oriane et son manteau avec un « magnifique rouge Tiepolo » RTP, tome III ; ou Albertine et son manteau de Fortuny qui évoque un tableau de Carpaccio...

« Quand il avait regardé longtemps ce Botticelli, il pensait à son Botticelli à lui qu’il trouvait plus beau encore et, approchant de lui la photographie de Zéphora, il croyait serrer Odette contre son cœur. »

 

Oui, tout ceci est ''beau'' ; mais ce n'est pas la vie... ! ?

Cette question est fondamentale pour Proust : l'Art réside t-il dans la femme peinte ou dans la femme réelle … ?

 

«  (…) tout mon argent passait à avoir des chevaux, une automobile, des toilettes pour Albertine. Mais ma chambre ne contenait-elle pas une œuvre d'art plus précieuse que toutes celles-là ? C'était Albertine elle-même. » La Prisonnière, RTP, t. III

La femme comme œuvre d'art... ?... Non... En conclusion :

« Mais non, Albertine n'était nullement pour moi une œuvre d'art. Je savais ce que c'était qu'admirer une femme d'une façon artistique, j'avais connu Swann. »

La-Gandara- Portrait de femme en rose, 1905

 

En 1907, une femme peut s'affirmer comme ''artiste de l'élégance'' et contrer cette tentation (perverse) de l’idolâtrie... Ce qu'il faut admirer, c'est l'artiste en œuvre...

L'art pour Proust éclaircit la vie, la révèle à elle-même :

 

« La grandeur de l'art véritable, au contraire, de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie. » Le temps Retrouvé, RTP, t. IV

M. de Norpois est un diplomate, et son art fait de tact et d'usages, se rapproche de celui de l'écrivain : trouver les bons mots, la bonne formule...

Expo Albert Besnard

Pour Anne-Laure, la question essentielle de l'Art, trouve une réponse avec la proposition de Marcel Proust :

«  (…) le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. » Proust, Le Temps Retrouvé.

Ainsi l'art permet d'accéder au vrai ; à la vraie vie , qui n'est pas la vie sociale avec ses conventions ; mais la vie intérieure.

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1900 – L'occultisme - Lady Caithness (2)

Publié le par Perceval

Le Jardin des Hespérides, décor de Ker-Xavier Roussel (1867-1944)

Le Jardin des Hespérides, décor de Ker-Xavier Roussel (1867-1944)

Examinons ''L'Ouverture des Sceaux (1893)''. Il s'agit de l'un des derniers ouvrages de Lady Caithness, qui mourra seulement deux ans après sa publication. Le noyau du livre consiste en un travail d'exégèse des trois premiers chapitres de la Genèse. Pour Lady Caithness, la Bible est un « ''livre scientifique '', dont les mystères peuvent être aussi facilement compris qu'une proposition en mathématique, en mécanique ou en chimie »... ( Ce livre semble s'apparenter à une série de communications avec des entités spirituelles... )

Dans un chapitre, il est question de la chute d'Adam et de sa punition, à savoir la sortie du jardin d'Eden : l'auteure commence à considérer la description du jardin et des quatre fleuves qui sont censés l'arroser, il ne s'agit pas d' un lieu géographique ; mais d'un lieu ''physiologique''. Selon Lady Caithness, le jardin d'Eden est en effet le corps humain même, et plus particulièrement le corps de la femme. Pour elle le corps humain est « le temple de Dieu », « la merveille, la couronne des œuvres magnifiques de Dieu; il est son image a Lui, et lorsqu'il sera devenu parfait ce sera le lieu ou Il habitera ». Et, il est intéressant de noter que, dans ce jardin qu'est le corps, une attention spéciale est attribuée aux organes de la reproduction. En effet Lady Caithness regrette que le corps soit aujourd'hui « considéré comme une chose honteuse, et ses parties les plus indispensables [soient] estimées les plus vulgaires, et méprisables ». Mais en réalité, « aux yeux du Créateur, la génération dans l'homme est ( ... ) une fonction supérieure et divine. Le système créateur est un sanctuaire dans lequel s'accomplissent ses intentions les plus élevées »

Si les organes sexuels ne représentent rien d'impur, c'est « l'usage pervers que l'homme en a fait» qui les a rabaissés.

Hilda Elisabeth Keyser (1851–1898)- L’expulsion du jardin d'Eden

Le chapitre se poursuit avec une exégèse originale, identifiant les quatre fleuves du jardin d'Eden aux quatre fonctions corporelles, liées à la circulation des fluides :

• Le premier fleuve, Pischon, est celui de la nutrition du corps par le biais du sang, qui circule dans tout le système. Ensuite il y a Guihon, le fleuve qui représente les excréments qui courent par la voie des intestins. Le troisième fleuve est Heddekel, qui « débarrasse le système d'une autre classe d’impuretés par le moyen des reins ». Il s'agit évidemment de l' urine. Finalement, le quatrième et dernier fleuve, l'Euphrate, est celui « qui rend fertile, qui coule a travers le système reproducteur ». Puisqu'il est question ici particulièrement du corps de la femme, il doit s' agir des eaux du ventre de la femme enceinte, mais aussi du sang de ses règles.

Mystère - Lucien Lévy-Dhurmer

 

Ensuite, les propos de Lady Caithness, restent obscurs : elle évoque un « baume en Galaad », et une « source d'eau vive » qui serait capable de régénérer les corps humain …

« Qui donc empêchera ceux qui savent ces choses de les proclamer? [ ... ]Qui dira aux vieillards [ ... ) qu'il y a un baume en Galaad capable de leur rendre la jeunesse et la force, et de les sauver de la mort en les introduisant dans le royaume des fils de Dieu? A la race malade et maudite, qu'il y a une source d' eau vive qui peut la guérir, si seulement elle veut en boire, qui apaisera l'enfer ardent dont elle souffre; qu'il y a un pays ou coule le lait et le miel, un arbre et une rivière de vie pour satisfaire tous les besoins humains? Qui osera dire cela? Et cependant ce sont justement ces choses que chaque âme vivante peut obtenir, car Dieu les a mises a sa portée. Le royaume des cieux est en tous, et il n'y a qu'à le chercher pour le trouver et en jouir. »

The lovers by Fidus (1868-1948)

Certains lecteurs font références à ces passages, pour parler de '' magie sexuelle''

« [ ... ] le mystère de Dieu qui est cache en Christ et scellé dans la Bible[ ... ) est le chemin par lequel les forces créatrices dans l'homme et dans la femme, forces qui furet perverties à l’époque de la Chute, doivent être utilisées et devenir l’élixir de la vie, au lieu d’être ce qu'elles sont maintenant, la malédiction de la mort. »

Ces « forces créatrices dans l'homme et dans la femme » pourraient être les forces de la sexualité?

 

Lady Caithness semble croire que le moment n' est pas encore venu pour révéler ouvertement au monde ce ''mystère''. Pour elle il semblerait que le sexe tel qu'il est pratiqué n'ait pas grand chose à voir avec celui-ci. La sexualité vécue alors est effectivement une souillure du corps, et, pour l'instant, il est nécessaire de souligner l'importance de « relations pures ». Malheureusement, Lady Caithness n' explique pas ce qu' elle entend par cette expression...

Fidus. Peintre allemand. Époque Art Nouveau.

Elle ajoute qu'il ne faut pas craindre que cette nouvelle sexualité puisse être moins satisfaisante, même sur le plan strictement sensuel, que l'autre. A ce propos, elle aborde aussi explicitement, dans des termes seulement un peu voilés, mais évidemment courants a son époque, la question de l'orgasme:

« Nous n'avons pas l'intention de dire que la relation entre les sexes, telle qu' elle doit exister, priverait l'un ou l'autre du bonheur qui peut-être senti par le cœur dans l'union a travers les sens. Non! au contraire ce bonheur sera augmenté au delà de tout ce que l'on peut imaginer. » •

Puis, elle ajoute une remarque adressé plus particulièrement aux hommes, qui n'imaginent pas quelle sera la qualité des orgasmes après la venue du Jour Nouveau:

« Oh! si les hommes pouvaient comprendre cela, et voir que, même au point de vue matériel et égoïste, ils auraient tout intérêt a aspirer à la nouvelle naissance. »

 

Ce discours sur la sexualité, est d'autant plus étonnant, qu'il est porté – à cette époque – par une femme … Discours original, même dans la mouvance théosophique.

Une autre exception intéressante, de ce point de vue, est le point de vue d'Ida Craddock, contemporaine de Lady Caithness, qui développe une extraordinaire doctrine de sexualité mystique sur la base de communications qui lui auraient été faites par une entité angélique. Dans ces enseignements, peut-être influencés par les écrits de P.B. Randolph, Ida Craddock donne une grande importance a la question de la jouissance féminine comme clé du bonheur conjugal.

 

A noter, peut-être, que le fait d'envisager une source que l'on prétend autre que soi - ici des ''entités'' permet un discours sur la sexualité plus radical et qui transgresse des normes sociales...

 

Enfin, cette nouvelle vision du corps qui prend forme au sein de la mouvance occultiste, pourrait être rapprochée du courant allemand de la Lebensreform : un mouvement de réforme en Allemagne et en Suisse à la fin du XIXᵉ siècle et début du XXe.. principalement critique de l'urbanisation et de l'industrialisation avec son slogan du « retour à la nature ».

Sources : EXEGESE ET SEXUALITE: L'OCCULTISME OUBLIE DE LADY CAITHNESS par Marco PASI ( agrégé d'histoire de la philosophie hermétique et des courants associés à l'Université d'Amsterdam )

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Fin de siècle, décadence et Esthétisme... 2

Publié le par Perceval

''Maîtresse d'esthètes'' sort des ateliers de Willy ( le mari de Colette) ; et fut écrit par Jean de Tinan ; ce texte emblématique de '' la décadence'', est publié en 1897. Ce devait être un roman à clefs, appuyée par la documentation d'une correspondance intime donnée à Willy par le sculpteur Fix-Masseau ( qui devient Franz Brotteaux, dans le roman) ... On y retrouve décrit les milieux littéraires et artistiques du Symbolisme: le théâtre de l’Œuvre, le Mercure de France, le Sâr Péladan, Colette, Willy lui-même...

Ysolde, éprise d'Art et de Beauté, vampirise un sculpteur épuisé : « je suis la destructrive sorcière, la goule qui suce le sang des artistes, la stryge irrassasiable. (...) Ce que je veux, Moi, c'est qu'ils fassent avec ma Beauté de belles œuvres ».

Ysolde Vouillard : « Wagnérienne, Esotérique, Néo-Platonicienne, Occultiste, Androgyne, Primitive, Baudelairienne, Morbide, - Nietzschienne même lorsqu'elle éternue » : c'est l'aventure de Mina Schrader avec le sculpteur Fix-Masseau, qui servit de trame à Jean de Tinan. Mina est une amoureuse d'art et d'artistes... Elle se dit sculpteur, et sera internée ( comme anarchiste) pour avoir  tiré des coups de revolver sur le député et industriel Lazare Weiller.

 

 

Jean de Tinan Mina Schrader

Jean de Tinan (1874-1898), passionné de sciences, est plus encore attiré par les lettres ; il commence par écrire pour des revues symbolistes. Il confie à son journal : «Je veux vivre intensément parce que je dois mourir jeune». Il écrit sur ses nombreuses amantes... Il sera aussi l’amant éperdu de la femme que Louÿs aime depuis toujours, Marie, la fille de José-Maria de Heredia, qui a épousé Henri de Régnier. Il alterne entre la quête de l’«amour fou» et le constat de «l’impuissance d’aimer»...

Il meurt à 24ans.

Robert de Montesquiou

 

Robert de Montesquiou-Feznsac (1855-1921).

Dès 1875, il fréquente le monde, et les artistes et écrivains comme Mallarmé, Huysmans et Goncourt entre autres. Mondain, dandy, décadent, esthète, collectionneur, homosexuel, passionné d’art.. Il excelle en poésie : Un recueil de 163 poèmes : Les Chauves-souris, entraînera de la part de Mirbeau un article élogieux, en octobre 1892.

Il recherche les sensations rares et raffinées, il se grise de parfums, il organise de grandes fêtes qu’il met en scène lui-même...

Marcel Proust (22ans) et Robert de Montesquiou (37ans) se rencontrent chez Madeleine Lemaire le 13 avril 1893. Robert est d'une lignée qui appartient à l'histoire de France, ce que Marcel admire ; de plus il est poète ami de Verlaine et de Mallarmé... Conteur, il sait développer des anecdotes en magnifiques histoires...

«Montesquiou invitait fort peu et fort bien, tout le meilleur et le plus grand, mais pas toujours les mêmes, et à dessein, car il jouait fort au roi, avec des faveurs et des disgrâces jusqu’à l’injustice à en crier, mais tout cela soutenu par un mérite si reconnu, qu’on le lui passait […].» Proust

Comtesse de Greffulhe

Proust demandera à Montesquiou de lui « montrer quelques-unes de ces amies au milieu desquelles on l'évoque le plus souvent »... Le 1er juillet, chez la princesse de Wagram, Marcel aperçoit la Comtesse de Greffulhe pour la première fois... Marcel Proust lui écrit pour le remercier et lui faire part de son émotion : « Elle portait, une coiffure d'une grâce polynésienne, et des orchidées mauves descendaient jusqu'à sa nuque (…) Elle est difficile à juger (..). Mais tout le mystère de sa beauté est dans l'éclat, dans l'énigme surtout de ses yeux. Je n'ai jamais vu une femme aussi belle. »

Montesquiou s’est bien sûr reconnu en Charlus ; même si Marcel lui signale que le baron Doazan entre également en composition du personnage.

On le prétend aussi le modèle de Des Esseintes, dans A rebours, de Joris-Karl Huysmans; on le voit aussi dans Monsieur de Phocas de Jean Lorrain et Chantecler d’Edmond Rostand.

Il goûte le «plaisir aristocratique de déplaire» ( selon l'expression de Baudelaire). Sarah Bernhardt, Ida Rubinstein sont ses amies... Il vit avec Gabriel Yturri, son secrétaire, de 1885 à la mort de celui-ci en 1905.

Jean Lorrain, Boldini, Kate Moore, Madeleine Lemaire, Montesquiou, Jean-Louis Forain et Yturri

 «Une impression singulière, plus encore que pénible, est celle qui consiste à s’apercevoir tout d’un coup, brusquement, sans crier gare, sans presque l’avoir vu venir, que sa vie est finie. On est là, plus ou moins physiquement délabré, ou encore résistant, ses facultés, en apparence intactes, mais inadaptées au goût du jour, on se sent désaffecté, étranger à la civilisation contemporaine que l’on a quelquefois devancée, mais dont les manifestations actuelles blessent et choquent moins qu’elles ne paraissent vaines.» Les Mémoires du comte Robert de Montesquiou : ( ''Là résonnent des voix d'outre-tombe et défile le " bal de têtes " des idoles d'une Belle Epoque crépusculaire'', selon l'éditeur) ..

Dans les cent dernières pages du Temps retrouvé, le Narrateur est frappé, lors d’une réception chez les Guermantes, par le vieillissement brutal des personnages qu’il a connus, et l’influence considérable que le temps a eue sur leur corps.

« le plus fier visage, le torse le plus cambré n'était plus qu'une loque en bouillie, agitée de-ci de-là. À peine, en se rappelant certains sourires de M. d'Argencourt qui jadis tempéraient parfois un instant sa hauteur, pouvait-on comprendre que la possibilité de ce sourire de vieux marchand d'habits ramolli existât dans le gentleman correct d'autrefois. »

« J'eus un fou rire devant ce sublime gaga, aussi émollié dans sa bénévole caricature de lui-même que l'était, dans la manière tragique, M. de Charlus foudroyé et poli. »

(…)

« Mme de Forcheville avait l'air d'une rose stérilisée. Je lui dis bonjour, elle chercha quelque temps mon nom sur mon visage.. »

(...)

"Et pourtant de même que ses yeux avaient l'air de me regarder d'un rivage lointain, sa voix était triste, presque suppliante, comme celle des morts dans l'Odyssée. Odette eût pu jouer encore. (…)" Marcel Proust

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Voyage en Allemagne – Bayreuth et Wagner - 2

Publié le par Perceval

* Pourquoi vient-on, ici, jusqu'à Bayreuth, pour écouter l’œuvre de Wagner ?

Ce qu'exprime la musique est immédiat, immatériel, et suscite, en nous, des émotions. Là : elle est gagne sur la poésie, par sa puissance ; et la poésie gagne en précision... L'opéra de Wagner, ajoute l'action mythique avec - par la musique - l'objectif de déplacer l'action extérieure... en action intérieure...

Wagner prend le Mythe, car son intérêt est la dimension symbolique.. Ce drame touche à ce qu'est l'humain. Il est universel ; même si Wagner traverse plusieurs périodes où il est lui-même anti-religieux à tendance optimiste, puis dès 1854 religieux à tendance pessimiste ( période schopenhauerienne...) ; enfin, en 1864, Wagner entre dans une quatrième période : une période religieuse, encore, mais optimiste cette fois-ci.

Wagner rompt ce que son époque a fait de l'Opéra : un divertissement comme un autre... Avec Parsifal ( écrit entre 1865 et 1882), l'Opéra est une représentation dramatique et sacrée ; comme s'il revenait à ses origines sacrées de la tragédie grecque.

De manière générale, on peut dire que pour Wagner, l'homme ne se situe pas au dessus de la nature ; mais au contraire, comme un être de la nature.

Wagner utilise, un moyen-âge mythique, un moyen-âge où le paganisme se mêle au christianisme qui se mêle, encore, au panthéisme.. Pour Wagner, le peuple a conservé une innocence quasi naturelle...

En ce début de XXe siècle, le wagnérisme prépare t-il le terrain au nazisme... ? Peut-être, même si wagnérisme ne signifie pas nazisme... !

C'est, par escroquerie intellectuelle, que le nazisme a annexé le wagnérisme... !

Wagner, en revanche, est le grand musicien de la philosophie de Schopenhauer (1788-1860) : La volonté naît du désir d'amour , un désir de vie aveugle et impossible à satisfaire … Ce principe à la fois doux et douloureux, régit le monde et perturbe l'équilibre insondable du néant ( dans le sens où Dieu n'existe pas …) …

L'Amour pour Wagner, s'exprime – avec passion – au travers de la pulsion érotique ; et même dans Parsifal, qui est une œuvre sur la Rédemption. Kundry, la rose de l'enfer, la pécheresse repentie... séduit le '' naïf imbécile'' qu'est encore le jeune Parsifal ; et réveille en lui le désir de sa mission...

Wagner écrit dans '' Ma vie '' que l’origine de son opéra remonte à ce qu'il a éprouvé en avril 1857, le jour du Vendredi saint, dans le jardin de la propriété des Wesendonck à Zurich. « Je m’éveillais pour la première fois avec le soleil le jour du Vendredi Saint : le jardin était verdoyant, les oiseaux chantaient ». Cet enchantement lui rappelle alors le Parzifal de Wolfram von Eschenbach dont il décide de tirer un opéra.

Pourtant, déjà dans le ''Lohengrin'' (1850) : Lohengrin révèle à Elsa qu’il vient d’un château nommé Montsalvat où se trouve le Saint Graal dont son père, le roi Parsifal, est le gardien.

Wagner aurait lu le Parzifal de Wolfram von Eschenbach (1170-1220), lors de son séjour de cinq semaines à Marienbad en 1845. Eschenbach est un des plus grands poètes épiques de son temps et c’est à ce titre qu’il apparaît déjà comme personnage dans Tannhäuser (1845) au moment du tournoi des chanteurs...

Parsifal est créé à Bayreuth le 26 juillet 1882. Wagner a réglé le moindre détail : décors, costumes, mise en scène. Franz Liszt, Anton Bruckner, Richard Strauss, sont dans la salle. Son opéra est conçu pour « son » théâtre... Wagner a interdit que Parsifal soit représenté ailleurs. Chaque représentation devait rester une expérience unique parce qu’inouïe au sens propre.

Le Thème de Parsifal, est donc l’héroïsme rédempteur seul susceptible d’apporter le salut. Pour soigner la blessure du roi Amfortas, blessé par le magicien Klingsor (son plus grand ennemi), il faut un être pur susceptible d’éprouver la plus grande compassion.

Parsifal est naïf ; mais ni chez Chrétien de Troyes, ni chez Eschenbach, il ne renonce aux joies de l'amour physique... Ce qui est alors attendu du parfait chevalier, c'est d'être à jamais fidèle à la dame à laquelle il a engagé sa foi. L'exigence de la pureté-chasteté n'intervient qu'ultérieurement dans les continuations cisterciennes de ''La queste du Saint-Graal '' où le Graal ne sera révélé qu'à Galaad chevalier vierge ; et ne pourra être accompagné dans le service du Graal que de Perceval, et Bohort, qui ne sont que chastes ….

Chez Chrétien et Wolfram, Kundry (Cundrie) est une femme au physique repoussant... Cependant, elle est fort savante... Elle reproche à Perceval de n'avoir pas poser la Question ; et de pas avoir pris les tourments du roi pêcheur en pitié …

Chez Wagner ; Kundry entre en scène sous l’apparence d’une « farouche amazone », messagère des chevaliers. Séductrice pleine de sensualité livrée à l’influence de Klingsor, elle est aussi déchirée par la malédiction qui la condamne à l’errance pour avoir raillé le Christ souffrant. C’est elle qui va éclairer Parsifal sur sa propre histoire, ce qui lui permettra d’accomplir  son destin.

« Cette œuvre de vieillesse, très sous-estimée, est pourtant à vrai dire absolument passionnante. On y trouve la plus extraordinaire musique (transformation du IIIe acte) et le personnage de Kundry est sans aucun doute sa conquête poétique la plus achevée. » Thomas Mann

Thomas Mann (1875-1955) a connu Parsifal en 1909 : « Délivrance, aboutissement, achèvement, cet oratorio de la Rédemption pousse à l’extrême l’exploration de mondes écartés, terribles et sacrés, et l’art de les faire parler » Thomas Mann

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Voyage en Allemagne – Nuremberg – Dürer 2

Publié le par Perceval

Nurnberg - um 1510-20, von Hans Wurm

Nurnberg - um 1510-20, von Hans Wurm

''Melencolia I'', est une gravure au burin sur cuivre d’Albrecht Dürer (1471-1528), qui représente un personnage (un ange) ailé au visage soucieux de femme, avec un coude replié appuyé sur la joue.  Pensif, le regard tourné vers le lointain, elle tient, sur ses genoux un livre, avec un compas à la main, une bourse et des clés pendent de sa ceinture. 

Le carré est magique parce que l’addition des nombres de chaque ligne, chaque colonne et chaque diagonale donne le même résultat qui est 34.

La date 1514 qui apparaît à côte du monogramme de Dürer, figure aussi dans le carré magique. Elle n'est probablement pas anodine... Dürer aurait été membre d'une de ces nombreuses confréries d'hermétisme chrétien, ramifiées en un nombre indéterminé de sociétés secrètes, reliées aux ''Fidèles d'Amour ''dont Dante aurait fait partie, à la suite de la destruction de l'Ordre du Temple; destruction qui se produisit, en 1314, c'est-à-dire 200 ans avant la date de réalisation de la gravure.

 Melencolia I , est peut-être un autoportrait spirituel de Dürer; celui d’un artiste adepte, disciple ou du moins fortement contaminé par l’air du temps... De plus, à l'époque de Dürer, certains dénoncent l'Alchimie, comme un retour au paganisme...

Paul Einbringung_1883

 

Mélancolie est dans un état d'inaction découragée ; dans son environnement, un désordre hétéroclite, des objets-symboles expriment que la Nature répond à des lois mathématiques... Cet être ailé, réunit ici la puissance intellectuelle et les techniques de l'Art; sa bourse ( les richesses) traîne à terre, et les clés ( le pouvoir) pendent emmêlées... La comète et l'arc en ciel annoncent des temps difficiles...

La Mélancolie est une forme aggravée de l'acédie ( apathie spirituelle) ; une sorte de maladie de l'âme … Cette passivité la rend vulnérable au diable...

Cette figure ailée, n'est pas dans un état de somnolence mais bien en éveil. Son visage sombre et son regard fixe expriment une quête intellectuelle, intense mais stérile. Mélancolie, ne renonce t-elle pas à ce qu’elle pourrait atteindre, parce qu’elle (Dürer) ne peut atteindre ce à quoi il aspire ?

A l'époque de Anne-Laure, beaucoup pensent que cette Mélancolie, pourrait être l’essence même d’une grave maladie culturelle dont souffre encore le monde: le romantisme. !

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Voyage en Allemagne – Nuremberg

Publié le par Perceval

Dans la bibliothèque de Anne-Laure de Sallembier, j'avais repéré un ouvrage de Albert Lavignac (1846-1916) nommé '' Le voyage artistique à Bayreuth'', dans lequel je retrouvais des cartes d'hôtel qui semble signifier, que mon aïeule l'avait avec elle, lors de ce voyage en Allemagne …

L'auteur note que, par l'Orient-Express, on peut aller de Paris à Bayreuth en vingt heures. Ce train, qui laisse la gare de l'Est à six heures cinquante minutes du soir, vous met à Stuttgard le lendemain, à sept heures du ma- tin. De là, vous prenez un train pour Nuremberg. Vous arrivez à midi, et, à trois heures, vous êtes à Bayreuth.

Voyage en Allemagne – Nuremberg

Pour ma part, je suis passé par Rothenburg ( Rothenburg ob der tauber), avant de séjourner à Nuremberg.

Les rues de Rothenburg semblent appartenir à un parc d’attraction, dont le thème serait le moyen-âge des contes de fées... Pourtant, rien n'est factice : l'histoire de la ville remonte à 1070, année de la construction du premier château... Elle ne fut pas à l'abri de destructions pendant la Guerre de Trente ans, et en 1945... Et, tout fut reconstruit... La ville est toujours entourée de remparts... Avec l'architecture, on s'immerge dans l'ambiance de Noël : le musée de Noël allemand et l'immense magasin de Noël Käthe Wohlfahrt, sont ouverts toute l'année...

Ploenlein Rothenburg 1900
Rothenburg, cet été...
Rothenburg, cet été...
Rothenburg, cet été...

Rothenburg, cet été...

Aussi beau et plus intéressant, l'ensemble ancien de Nuremberg ( Nürnberg).

NURNBERG, Bavaria, Germany, 1900-1910´s

A l'entrée de la vieille ville, Le ''Grand Hôtel'' ouvert depuis 1897, apparaît comme un grand voilier, à quai près des remparts, et tout proche de la gare...

Anne-Laure de Sallembier y loge, alors qu'il vient d'être rénové et agrandi par Rudolf Lotz (1906), l’entrée principale fait face à la Bahnhofsplatz. L’hôtel comprend alors 35 incroyables suites privées …

Nuremberg devient de plus en plus un haut lieu touristique, notamment à cause du festival de Bayreuth.

 

 « Aucun pays n’est actuellement en Europe, où l’on parle plus librement, écrit en toute liberté et librement négocié qu’ici en Bavière », se réjouit le peintre Anselm von Feuerbach en 1818. Enterré à Nürnberg.

Frederic Leighton (1830-1896) - Pavonia-1859

A propos : du peintre allemand Feuerbach (1829-1880), on connaît les portraits de Nanna. Ce modèle que rencontra - avant lui - Frederic Leighton (1830-1896) : Anna Risi est alors l'épouse d'un simple cordonnier du quartier des artisans de Trastevere à Rome. En 1858, Leighton vit et peint à Rome, où il rencontre Nanna, la femme du cordonnier aux cheveux noirs et « au regard assoiffé ».

Feuerbach la rencontre en mars ou en avril 1860. Anna Risi devient sa muse et son amante, Il écrit qu'elle est le modèle qu'il cherchait ; elle est une réincarnation de la beauté antique, avec son profil grec, ses cheveux noirs; une silhouette altière. Feuerbach est tellement fasciné par elle qu'il en fait 28 portraits en six ans. 

Tandis que la relation de Leighton avec elle était platonique, Feuerbach est tombé passionnément amoureux de la belle italienne. Le sentiment est réciproque et Nanna quitte son mari et son enfant … Feuerbach la peint souvent la tête baissée, en partie dans l'ombre, des vêtements épais qu'il lui choisit...Affirme t-il sa possession - la "propriété" - de sa maîtresse... ? Feuerbach la rend passive et isolée. Leighton la décrit comme étant active et plus présente.

Anna Risi - Nanna   

Maîtresse et muse d'Anselm Feuerbach.

Après cinq ans, Nanna quitte Feuerbach pour un autre homme dont elle est aussi le modèle … . Puis, Nanna restera seule dans un état de misère... On dit que Feuerbach la reconnut plus tard en train de mendier dans les rues, pauvre et accablée. Il ne s'est pas arrêté pour l'aider. Lord Leighton, aurait-il été, lui, compatissant... ?

Revenons à Nuremberg et la Bavière...

A la suite du Congrès de Vienne,  la Bavière est devenue une monarchie constitutionnelle. La constitution du royaume de Bavière accordée en 1808, largement révisée en 1818, resta en vigueur jusqu'à la fin de la monarchie en 1918...

Touristes à la Frauenkirche, Nürnberg, 1904

Léopold de Wittelsbach était devenu régent du royaume de Bavière à la suite de la déposition de son cousin Louis II de Bavière et l'incapacité du frère de celui-ci, Othon, en 1886.

Au décès de son père, le 12 décembre 1912, Louis ( 1845-1921) lui succède comme régent. Il deviendra roi de Bavière en 1913- sous le nom de Louis III - après l'abdication du frère de Louis II, Othon Ier, roi en titre.

Le roi Louis Ier fit restaurer le château de Nuremberg à partir de 1833 par l'architecte Carl Alexander von Heideloff afin qu'il puisse y vivre en tant que souverain.

En 1866, les Hohernzollern firent une offre pour le château impérial: après sa défaite lors de la guerre de 1866, Louis II dut concéder au roi Wilhelm Ier de Prusse le droit de partager l'utilisation du «château de ses pères». L'empereur Guillaume II - Empereur d'Allemagne et roi de Prusse - a habité le château à plusieurs reprises et n'a jamais oublié de se faire appeler "Burggrave de Nuremberg".

Le château de Nuremberg est juché sur les hauteurs de la ville, avec sa haute tour ( Sinwell) la silhouette du Kaiserburg est visible depuis de nombreux points de la ville…

Ce château est présent depuis le milieu du 11e siècle… Après la montée par les rues pavées, nous atteignons de petites cours, des terrasses par lesquelles nous contemplons la ville…

A l’intérieur, de grandes salles... Elles servaient souvent de salles de réception et devaient pouvoir accueillir des centaines de personnes pour des banquets.

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Romantisme allemand et Moyen-âge... Les Nibelungen

Publié le par Perceval

Nous sommes au milieu du XIXe siècle... L'Allemagne n'existe pas... L'idée romantique des nations, renvoient les états allemands à '' l'Europe '' du Moyen-âge...

''L'Europe'' au XIIIe s

« Le Saint-Empire qui s'était étendu de l'Oder à la Meuse, de la Baltique à la Méditerranée, est demeuré dans l'esprit allemand à l'état de permanente hantise, de chimère endormie, comme cet empereur Frédéric Barberousse qui l'avait porté au plus haut éclat » (1)

Des romantiques allemands, comme Novalis (1772-1801), nourrissent une immense nostalgie de ce temps médiéval, interprété comme le moment privilégié de l'unité de la chrétienté. Henri d’Ofterdingen (1799-1801) est un roman initiatique dont le héros est un ménestrel légendaire qui participe à une joute poétique dont l’enjeu est la vie

L'Allemagne des Hohenstaufen ( famille qui a donné plusieurs empereurs germaniques) voit l'éclosion d'une première littérature allemande, aristocratique, courtoise et chevaleresque... Nous avons en mémoire les Minnesänger, ces trouvères germaniques rassemblés lors de festivités de la Wartburg...

« La poésie est le réel absolu.Tel est le noyau de ma philosophie. Plus il y a de poésie, plus il y a de vérité ; » « La philosophie n’est que la théorie de la poésie, elle nous montre ce que doit être cette dernière, c'est-à-dire l’un et le tout » Novalis

La Chanson des Nibelungen ( XIIIe s.), est alors la plus célèbre des épopées …

Les Nibelungen, dont le nom signifie « Ceux de la brume » ou « Ceux du monde d'en bas », sont les nains des légendes germaniques. Ils possédaient de grandes richesses qu'ils tiraient de leurs mines en dessous des montagnes, là où ils habitaient. (wiki)

Je rappelle le thème de cette légende : Le héros en est le valeureux chevalier Siegfried, fils du roi de Néerlande, tueur de dragons, libérateur de princesses captives, et détenteur du fabuleux trésor des Nibelungen...

Il aide le roi burgonde Gunther à conquérir la main de Brunehilde ( une guerrière et walkyrie de la mythologie nordique) ; puis Siegfried épouse la soeur de Gunther, Kriemhild, réputée pour sa beauté au-delà de son pays natal...

Suite à des malentendus d'adultère … Siegfried est assassiné par Hagen, vassal de Gunther, qui va dérober et dissimuler le trésor... Kriemhild élabore une longue vengeance, dont l'issue est le massacre des Burgondes sur les rives du Danube. Kriemhild va épouser Attila, qu'elle n'aime pas. ; et invite alors à sa cour le meurtrier de Siegfried et le fait périr avec tous ceux des Burgondes qui ont pris sa défense, c'est-à-dire ses propres frères et bon nombre de guerriers. Après cette scène de carnage, elle reçoit le châtiment de sa démesure.

Kriemhild est hanté par son remords, 1805 de Henry Fuseli

Siegfried va prendre l'image de la force et de la volonté. Il est une image solaire ; mais va devenir aussi la figure du ''surhomme'', et une figure (wagnérienne) dot on va se méfier ( germes du fascisme...)

A cette écriture d'épopée, je rajoute le long et touffu poème du chevalier bavarois Wolfram von Eschenbach : Parzival où apparaissent les thèmes connus de l'occasion manquée et des épreuves accompagnant la quête de la relique du Graal.

La figure de Parsifal, est plus poétique et liée à la métaphysique... Elle sera reprise pour illustrer la crise de la spiritualité européenne, la désertion du sacré... jusqu'à la déclaration de la mort de Dieu...

La tradition de la mystique allemande du Moyen Âge se retrouve dans la philosophie idéaliste allemande... Maître Eckhart mène à Fichte, Schelling et Hegel.

« La renaissance du mysticisme allemand du haut Moyen Âge de Maître Eckhart, la théosophie de Jacob Boehme, la spéculation visionnaire de Swedenborg, les traces de la tradition cabbalistique chez Friedrich Christoph Oetinger, la découverte de la mystique indienne, sont présentés comme autant d’inspirations qui se manifesteront dans la philosophie de l’histoire et de la nature de Hegel et Schelling. » Ernst Benz : 'Les sources mystiques de la philosophie romantique allemande'.

 

Malheureusement, comme nous l'avons suggéré, le mythe va devenir une matière trouble avec le pangermanisme nationaliste et guerrier … et bien sûr le nazisme ; au risque de rejeter en bloc toute cette intuition métaphysique ( et géniale) du Romantisme ...

A suivre …

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Caroline Schlegel-Schelling, et le romantisme allemand. -3/3-

Publié le par Perceval

Dolor ( Détail)  (1898) de Oskar Zwintscher (1870-1916)

Dolor ( Détail) (1898) de Oskar Zwintscher (1870-1916)

Schelling et Clara : le monde des esprits.

Auguste, fille de Caroline

Clara, ou 'Du lien de la nature au monde des esprits', est le roman posthume de Schelling (1775-1854). Il l’a probablement écrit en 1810-1811, à la suite du décès subit de sa femme Caroline, survenu le 7 septembre 1809. Le roman est un dialogue philosophique sur l’immortalité de l’âme, composé sans doute pour faire face au deuil de Caroline.

Caroline, elle-même avait perdu trois enfants... D'ailleurs Schelling aurit d’abord été amoureux de l’aînée de ces enfants, Auguste Böhmer, morte à 15 ans en 1800, et qu’il aima aussi la fille dans la mère, avec laquelle il l’avait pleurée ; tout comme il pleura Caroline avec son amie Pauline Gotter, qui devint plus tard sa deuxième épouse.

 

Bien sûr, la mort est une limite radicale, mais la littérature sait se nourrir de la fiction des spectres... Schelling écrit une fiction où il rêve de saisir la pensée des morts...

Pour Schelling, la raison peut s'accomplir dans la poésie... La question est ici : l’immortalité de l'âme'.

Caroline, gravure de J.C. Wilhelm Aarland(1871)

Clara est Caroline Schlegel-Schilling (1763-1809), déjà devenue personnage littéraire de son vivant avec : Amalia dans l’Entretien sur la poésie de Friedrich Schlegel (Schelling y fut Ludovico), Lucinde (ou Juliane) dans la Lucinde de Friedrich Schlegel, et Louise dans les Tableaux d’August-Wilhelm Schlegel, ainsi que Amalia dans les Quatre lettres sur la poésie, la métrique et la langue d’August-Wilhelm Schlegel. Sans doute, la vraie Caroline était-elle une sorte de Diotima du cercle de Iéna ; mais par là elle était déjà une répétition littéraire d’une figure mythique.

 

Le roman se construit sur le deuil que Clara porte pour son mari récemment décédé, Albert. 

Et, dans le roman : c’est le Médecin, le naturaliste, qui est le plus enclin à admettre l’existence de ces phénomènes mystiques, alors que le Religieux nie toute connaissance et même tout questionnement sur le monde des esprits. 

Schilling convoque les esprits au pluriel, et ne les résorbe pas dans un sujet absolu (ni Dieu ni le moi pur de Kant ou de Fichte). (…) Pour Schelling, les esprits sont les âmes des humains, habitants d’un monde voisin du nôtre et communiquant avec lui.

Le mort, poursuit Schelling, n’est pas l’esprit mais un esprit, un être non pas purement spirituel mais démonique, non pas détaché du corps-de-chair mais conservant la quintessence de son corps...

John_Martin_-_Manfred_and_the_Alpine_Witch

Selon Schelling comme selon Platon, l’au-delà est un monde habité par des esprits (…) les âmes immortelles sont des êtres moraux et donc libres. Selon lui, même après la mort, « ces esprits sont donc capables eux aussi de liberté, donc du bien et du mal ».

A la différence de Platon ( avec la transmigration...) Chez Schelling, la vie terrestre est unique, et après elle l’âme poursuit son chemin dans l’au-delà jusqu’à un « jugement dernier », qui sera « un procès véritablement alchimique » par lequel « le bien sera scindé du mal », le mal étant rejeté « sous la nature » et les morts éprouveront leur résurrection, par quoi « le monde des esprits entre dans le monde effectif », en sorte que la nature et l’homme seront désormais universellement divinisés.

Ary Scheffer - La Mort de Malvina

Libérés des limitations de la société mécanique, les esprits sont les hommes transfigurés en leur liberté pure. Leur communauté est le paradoxal lien libre entre des êtres libres, et non pas le lien mécanique d’un assemblage des rouages ; la communauté des esprits manifeste les affinités véritables des cœurs, le pur affect social sans médiateur ; amour et haine, amitié et inimitié comme tels. C’est pourquoi c’est la communauté des morts qui est véritablement libre et vivante, et pas la nôtre. C’est notre société qui est un champ de ruines habitées par les spectres, et le prix d’une société libre est la mort…

 

- Clara demande comment les morts sentent et pensent, et comment nous pourrions communiquer avec eux. ?

Porte-parole de Schelling, le pasteur du roman croit fermement que les morts connaissent une sorte de jour nocturne ou de sommeil éveillé : « un peu comme s’ils avaient, dans le sommeil, échappé au sommeil et accédé à l’état de veille, endormis pourtant plutôt qu’éveillés ».

Ensemble, le pasteur, le médecin et Clara croient savoir que la pensée des morts est une sorte « d’intuition dépourvue d’images  » ; la « vision la plus haute » ; la « conscience la plus intériorisée, [dans laquelle] tout se passe comme si leur être entier parvenait à un point d’incandescence qui réunirait en lui le passé, le présent et l’avenir». 

William Blake - Pity

D’après le pasteur et le médecin, nous connaissons, ou plutôt devinons la pensée des esprits par analogie avec le sommeil magnétique, qu’on étudiait à l’époque par des expériences de mesmérisme, hypnotisme et magnétisme. Ce sommeil serait comparable à « l’état qui suit la mort […] une clairvoyance supérieure que n’interrompra aucun réveil », et dont « les approches ont la plus grande ressemblance avec les approches de la mort ».

Celui qui dort d’un sommeil magnétique doit sa clairvoyance à sa soumission totale au médecin magnétiseur. Privé de sa subjectivité – du sentiment corporel et de la volonté spirituelle dans la mesure où ceux-ci relèvent de son individualité – le dormeur a alors accès à la plus haute intériorité, qui coïncide avec un devenir-un avec le dieu.

(…) cette idée de la suppression du moi pour que l’idée puisse se déployer est analogique à la conception schellingienne de la philosophie.

Pour Schelling, du moins dans sa maturité, la philosophie est extase de la raison requérant l’abandon du soi de celui qui pense, afin que la raison – l’absolu, le dieu – puisse se penser en lui.

 

Extraits de ''Les hantises de Clara'' par Susanna Lindberg, dans la Revue Germanique Internationale

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Des muses, de l'astronomie et des poètes.... 2

Publié le par Perceval

Caspar David Friedrich -Deux hommes contemplant la lune (1819)

Caspar David Friedrich -Deux hommes contemplant la lune (1819)

 

''La Ballade à la lune'' de Musset.

 

« C'était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune,
Comme un point sur un i.

(...)

Es-tu l'œil du ciel borgne?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard?

(...)

''La lune offensée'' de Charles Baudelaire.

 

Ô Lune qu'adoraient discrètement nos pères, 
Du haut des pays bleus où, radieux sérail, 
Les astres vont se suivre en pimpant attirail, 
Ma vieille Cynthia, lampe de nos repaires,

Vois-tu les amoureux, sur leurs grabats prospères, 
De leur bouche en dormant montrer le frais émail ? 
Le poète buter du front sur son travail ? 
Ou sous les gazons secs s'accoupler les vipères ?

(...)

 

Dans la mythologie grecque, Érato est une des neuf Muses, elle est la patronne de la poésie lyrique et érotique. 

 

Lors de rencontres plus mondaines, et par intérêt pour l'art, Charles-Louis rencontre le fils d'Arago, Alfred Arago (1815-1892) peintre et l'un des plus joyeux compagnons du cénacle de la rue Grange-Batelière...

Alfred Arago est de toutes les fêtes, et proche de plusieurs membres de la famille Bonaparte; cela le conduira à devenir en 1851, lors du coup d'état, un fonctionnaire du nouveau gouvernement, et en 1851 inspecteur général des Beaux-Arts...

 

A cette époque Arago était l'ami d'Alfred de Musset: la princesse Mathilde brûlait de rencontrer Musset. Arago s'y entreprit, mais au jour convenu, Musset était à moitié gris, et à table s'arrange pour en sortir ivre... Finalement il vomit, s'endort sur une chaise longue; puis revient au salon, où il réussit à tenir tout le monde sous son charme ... Musset ne revint plus chez la princesse ...

Dessin représentant le « fieux » présentant ses hommages à Caroline Jaubert, sa « très petite marraine », au bas d’une lettre autographe de Musset (11 août 1835). -  Caroline l’appelle son « fieux » ou son « Prince phosphore de cœur-volant » car l’homme et l’œuvre incarnent à ses yeux la fantaisie et l’aristocratie des lettres. 

Delphine Marquet, actrice.

Ce groupe que forme cette jeunesse dorée, comprend Edmond d'Alton-Shée ( républicain socialiste), qui présentera sa soeur Caroline Jaubert, à Musset et deviendra '' vingt jours sa maîtresse et, vingt ans sa "marraine".'' ...; Alfred Mosselmann (homme d'affaires): sa soeur Fanny, comtesse Le Hon est la maitresse de Charles de Morny , Horace de Viel-Castel, le baron Loève-Veimars ( critique du Temps, et traducteur d'Hoffmann), Jules de Saint-Félix neveu par alliance de Marie d'Agoult qui avec Ch.-L.  s'est interessé au personnage de Cagliostro et en a écrit une biographie amusée ... , Nestor Roqueplan, qui s'occupe de théâtre est un dandy et amant de la comédienne Joséphine-Victoire-Delphine Marquet -, Félix Arvers et bien sûr Alfred de Musset...

E.-Louis-Lami - Alfred-de-Musset et Rachel

Charles-Louis se souvient d'une anecdote sur Musset: «Un soir, en 1846, dans un souper dont il était, on admirait une jolie bague que Rachel avait au doigt. « Puisqu’elle vous plaît, dit-elle, je la mets aux enchères ». Chacun aussitôt de surenchérir, et la bague en un instant est poussée à 3.000 fr. – « Et vous, mon poète, dit-elle à Musset, que me donnez-vous ? – Je vous donne mon cœur. – La bague est à vous » dit Rachel en la lui jetant gracieusement. »

Alfred ne consentit à la prendre qu’à titre de gage pour le rôle que Rachel lui demandait d’écrire pour elle. Il commença deux pièces à son intention : Faustine et la Servante du Roi, mais elles ne furent pas achevées ; ils se brouillèrent et Alfred rendit la bague à Rachel qui la reprit sans hésiter ( sources : Etude et Récits sur Alfred de Musset, Alix de Janzé, Paris, Librairie Plon, 1891. )

Apollonie Sabatier, pseudonyme de Joséphine-Aglaé Sabatier (1822-1890)
Apollonie Sabatier, pseudonyme de Joséphine-Aglaé Sabatier (1822-1890)
Apollonie Sabatier, pseudonyme de Joséphine-Aglaé Sabatier (1822-1890)
Apollonie Sabatier, pseudonyme de Joséphine-Aglaé Sabatier (1822-1890)
Apollonie Sabatier, pseudonyme de Joséphine-Aglaé Sabatier (1822-1890)
Apollonie Sabatier, pseudonyme de Joséphine-Aglaé Sabatier (1822-1890)
Apollonie Sabatier, pseudonyme de Joséphine-Aglaé Sabatier (1822-1890)

Apollonie Sabatier, pseudonyme de Joséphine-Aglaé Sabatier (1822-1890)

Auguste Clésinger, Femme piquée par un serpent, Orsay.

Un autre point commun à ce groupe d'amis, est la belle et célébrée Aglaé Sabatier (1822-1890), qui devient Apollonie à la faveur des charmes qu'elle offre à Alfred Mosselman... Aglaé rencontra toute l'équipe qui prenait l’air au balcon de Beauvoir (l’hôtel Pimodan), alors qu'elle s'en revenait de l'école de natation aux bains Lambert avec deux amies … Le peintre Boissard, ami d'Alfred Mosselman (qui était marié) va jouer l'amant en titre ; son atelier tient portes ouvertes et Mme Sabatier rencontre tout un peuple d'artistes ... Entre1840 et 1850, elle est l'égérie des artistes et poètes modernes sous le surnom de « la Présidente » ( présidente de la réunion des artistes...)...

Alfred Mosselman désire que ses amis mesurent son bonheur, tant sa muse est séduisante ; il la fait mouler sur nature, puis sculpter par Auguste Clésinger, qui crée sa célèbre statue, objet de scandale au Salon de 1847... L'oeuvre, ne pouvait se nommer 'corps de femme saisi en plein orgasme', est appelée'' La femme piquée par un serpent '' ...

Entre le 9 décembre 1852 et le 8 mai 1854, Baudelaire écrit sept poèmes qu’il lui envoie de façon anonyme. .. Baudelaire la célèbre en silence cinq ans durant, il l'idéalise... Elle est l'inspiratrice d'un certain nombre de poèmes des Fleurs du Mal ...

Ce n’est que le 18 août 1857 qu’il lui avouera qu’il en était l’auteur, pour lui demander d’intervenir auprès des juges dans le procès intenté contre Les Fleurs du Mal.

BAUDELAIRE Charles (1821-1867).  Autoportrait et croquis, entre 1844.. -->

Après le procès, Madame Sabatier, se donne charnellement à l’auteur du recueil maudit... Pourtant, Baudelaire, va se détourner de son « ange plein de gaîté » : «  Il y a quelques jours, tu étais une divinité, ce qui est si commode, ce qui est si beau, si inviolable. Te voilà femme maintenant... », lui écrira t-il dans une lettre de rupture...!

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