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Anne-Laure de Sallembier – La Quête et la vie mondaine

Publié le par Perceval

Une fête littéraire à Versailles - Le Gaulois 31 Mai 1894 Proust - (Gallica)

Une fête littéraire à Versailles - Le Gaulois 31 Mai 1894 Proust - (Gallica)

Longchamp (Paris), en 1908

En quoi la vie mondaine, contribue t-elle à la Quête … ? La comtesse Anne-Laure de Sallembier en est persuadée : par exemple, quand elle interroge ses amis sur la place de l'art dans leur vie... Anne-Laure appartient à une société où la place de l'esthétique est prépondérante...

Si l'esthétique s'offre à la sensibilité, elle est destinée à l'esprit : un esprit ouvert à l'Absolu...

L'Art passe par l'humain, et lui offre une prise de conscience de soi … Et, à cette époque, ce qui est flagrant c'est la tension constante entre le masculin et le féminin...

Exemple mondain: la femme y est sujet et objet de beauté... La sensibilité provoque les cœur et le corps ; mais finalement ce sont l'âme et l'esprit qui s'enrichissent de l'expérience esthétique ...

 

« Je tiens l’art pour la tâche suprême et l’activité proprement métaphysique de cette vie » Nietzsche (1844-1900) (La Naissance de la tragédie)

 

 

Comme nous venons de le voir, la place du vêtement est essentiel dans une soirée mondaine. La femme, alors s'y sent investit d'une mission : la toilette féminine est une œuvre d’art.

« Mme la comtesse Greffuhle, délicieusement habillée : la robe est de soie lilas rosé, semée d’orchidées et recouverte de mousseline de soie de même nuance, le chapeau fleuri d’orchidées et tout entouré de gaze lilas » Proust - dans la revue Le Gaulois et intitulé ''Une fête littéraire à Versailles''

Ce qui gène Anne-Laure, favorisée alors par sa jeunesse et ses traits ; c'est d'être ''objet '', et non ''sujet''...

Cependant ce n'est pas le cas. Marcel Proust fait de l'élégante, une artiste. Il assigne à la femme qui porte le vêtement un rôle de créateur.

« Je me disais que la femme que je voyais de loin marcher, ouvrir son ombrelle, traverser la rue, était, de l’avis des connaisseurs, la plus grande artiste actuelle dans l’art d’accomplir ces mouvements et d’en faire quelque chose de délicieux » Proust À la recherche du temps perdu, La Pléiade, 1987 t. II – Ici la duchesse est une artiste dans l'art d'accomplir des gestes, dans le mouvement du corps...

 

Mme Swann au bois déploie « le pavillon de soie d’une large ombrelle de la même nuance que l’effeuillaison des pétales de sa robe […] ayant l’air d’assurance et de calme du créateur qui a accompli son œuvre et ne se soucie plus du reste » Proust À la Recherche du Temps Perdu, La Pléiade, 1987 t. I.

Mariano Fortuny

 

La femme artiste, finit d'âtre assimilée elle-même comme oeuvre d'art. Elle est ''contaminée'' par sa toilette ; cette impression est valorisée par la comparaison d'un tableau : Oriane et son manteau avec un « magnifique rouge Tiepolo » RTP, tome III ; ou Albertine et son manteau de Fortuny qui évoque un tableau de Carpaccio...

« Quand il avait regardé longtemps ce Botticelli, il pensait à son Botticelli à lui qu’il trouvait plus beau encore et, approchant de lui la photographie de Zéphora, il croyait serrer Odette contre son cœur. »

 

Oui, tout ceci est ''beau'' ; mais ce n'est pas la vie... ! ?

Cette question est fondamentale pour Proust : l'Art réside t-il dans la femme peinte ou dans la femme réelle … ?

 

«  (…) tout mon argent passait à avoir des chevaux, une automobile, des toilettes pour Albertine. Mais ma chambre ne contenait-elle pas une œuvre d'art plus précieuse que toutes celles-là ? C'était Albertine elle-même. » La Prisonnière, RTP, t. III

La femme comme œuvre d'art... ?... Non... En conclusion :

« Mais non, Albertine n'était nullement pour moi une œuvre d'art. Je savais ce que c'était qu'admirer une femme d'une façon artistique, j'avais connu Swann. »

La-Gandara- Portrait de femme en rose, 1905

 

En 1907, une femme peut s'affirmer comme ''artiste de l'élégance'' et contrer cette tentation (perverse) de l’idolâtrie... Ce qu'il faut admirer, c'est l'artiste en œuvre...

L'art pour Proust éclaircit la vie, la révèle à elle-même :

 

« La grandeur de l'art véritable, au contraire, de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie. » Le temps Retrouvé, RTP, t. IV

M. de Norpois est un diplomate, et son art fait de tact et d'usages, se rapproche de celui de l'écrivain : trouver les bons mots, la bonne formule...

Expo Albert Besnard

Pour Anne-Laure, la question essentielle de l'Art, trouve une réponse avec la proposition de Marcel Proust :

«  (…) le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. » Proust, Le Temps Retrouvé.

Ainsi l'art permet d'accéder au vrai ; à la vraie vie , qui n'est pas la vie sociale avec ses conventions ; mais la vie intérieure.

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Anne-Laure de Sallembier et la vie mondaine.

Publié le par Perceval

Anne-Laure de Sallembier vivait dans un hôtel particulier avenue Victor-Hugo... Vendu à la fin de la grande guerre, il fut détruit pour construire un immeuble...

Proust-Nina Companeez

Anne-Laure, intégrée au grand monde, a prêté sa plume pour quelques chroniques dans les colonnes du Figaro... Gaston Calmette est directeur du journal, depuis 1902 ; il modernise et fait remonter les tirages en visant surtout les milieux aristocratiques... Beaucoup de ''petites mains '' relaient les festivités les plus prestigieuses ; et il faut y participer soi-même, pour nommer ensuite les personnes les plus en vue …

Des grandes familles, de noblesse ancienne, voire chevaleresque, sont particulièrement suivies : les ''Clermont-Tonnerre'', ''Salignac-Fénelon'' ''Castelbajac''...

Proust-volker-schlondorff

Dans les carnets d'Anne-Laure, nous trouvons 142 comtes(ses), 46 marquis(es) et 32 princes(ses), sans oublier les ducs comme les Broglie, les Brissac et les Gramont.

Bien sûr, de nombreux bourgeois : des grandes personnalités des mondes politique, diplomatique, économique, artistique et littéraire, sont présents sur la liste des mondains...

Le Figaro, tient à présenter une société élégante, qui se croise dans un monde de raffinement et de goût. Les formules consacrées sont celles de « Tout-Paris élégant », de « Société élégante », d’« assistance nombreuse et élégante ».

Les femmes incarnent le raffinement des modes vestimentaires : pour cette raison elles doivent « briller » en société. Les chroniques mondaines n’insistent jamais assez sur « l’élégance des toilettes » féminines : des descriptions très précises sont faites sur les tenues portées par les grandes dames du Monde lors des courses hippiques ou des bals costumés.

Anne-Laure de Sallembier elle-même semble s'habiller exclusivement chez Jeanne Paquin ; la maison est installée : 3 rue de la Paix à Paris , à côté de la célèbre maison de Worth.

Le personnel de la Maison Paquin - vers 1900.

Madame Paquin, n'hésite pas à s'exhiber dans tous les lieux à la mode, à l'Opéra Garnier ou sur les champs de courses, accompagnée d'amies, femmes du monde, ou mannequins, habillées de pied en cap en Paquin. La maison habille également des actrices parmi les plus célèbres du moment : Mesdemoiselles Caron, Sorel et Granier, puis Lantelme et Polaire ; et surtout, elle le fait savoir!

Aristide Briand est un amateur de ses salons …

Isidore Paquin, le mari de Jeanne, décède en 1907 à l'âge de 45 ans, laissant Jeanne veuve à 38 ans. Plus de 2 000 personnes assistent aux funérailles d'Isidore. Depuis la mort d’Isidore, Jeanne s'est habillée principalement en noir et blanc.

 

Mode - Jeanne Paquin
Mode - Jeanne Paquin
Mode - Jeanne Paquin
Mode - Jeanne Paquin
Mode - Jeanne Paquin
Mode - Jeanne Paquin
Mode - Jeanne Paquin

Mode - Jeanne Paquin

Gervex_1906 - Cinq_Heures_Chez_Paquin

Gervex_1906 - Cinq_Heures_Chez_Paquin

Précisément, Marcel Proust publie au Figaro, en 1903-1904, une série de 6 chroniques intitulées “Salons parisiens” : salons artistiques, bourgeois et aristocratiques de Paris. Ces chroniques de mondanités lui valurent une réputation de journaliste snob plutôt que d’écrivain et lui fut nuisible dans sa quête d’un éditeur ( Gide ne prit pas la peine de lire le manuscrit...) pour le premier volume de son roman, Du côté chez Swann

Ces écrits dépassent largement la chronique mondaine ; Proust s'y livre sans retenue, sous les pseudonymes d'Horatio ou de Dominique ; son œil de journaliste observe les mœurs de la société avec beaucoup d'attention, en particulier à l'esthétique médiatique de la mondanité, à ses règles formelles, et à son inscription dans l'histoire … Ces écrits sont bien préparatoires à ''La Recherche'' et apparaissent ses goûts pour Saint-Simon et les mémorialistes...

Le Grand Monde parisien incarne les valeurs françaises : élégance, raffinement, bon goût, il se veut être une société d’esthètes ; et Le Figaro est son porte-parole...

Les réceptions peuvent se tenir dans des cadres privés, ou dans des espaces publics, comme l'opéra, les théâtres, les ambassades, les grands hôtels... L'action caritative en est également le mobile.

L’engouement est aux salons musicaux : de nombreux compositeurs célèbres, comme Jules Massenet, Camille Saint-Saëns... sont à l’honneur et interprètent eux-mêmes leurs œuvres pour de grandes dames illustres.

En règle générale, on promeut l’œuvre artistique, et la chronique ne craint pas d'associer le nom de l'artiste reconnu à celui de la maîtresse de maison, elle-même amatrice dans l'art ; comme par exemple la Comtesse de Maupeou... ...

Paul Vidal qui devient le chef d’orchestre à l’Opéra en 1906; fréquente assidûment les salons...

Des merveilles d’ingéniosité et de goût se déploient dans les bals, et ceux de Boniface de Castellane et de Robert de Montesquiou sont restés célèbres...

 

Sources : Alice Bernard, historienne

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1900 - Les salons artistes et mondains -1-

Publié le par Perceval

Anne-Laure de Sallembier a nécessairement croisé Marcel Proust (1871-1922) lors d'une réception ( comme nous le verrons plus loin, le 4 juin 1908 à un Dîner de la princesse Polignac), ou à Cabourg en ces mêmes années...

Elle s'est peut-être reconnue dans une partie du portrait que Proust publiera dans sa Recherche, et qui concerne Madame de Cambremer, même si - sur plusieurs aspects – il n'est guère favorable ….

« « Ne parlez pas à tort et à travers de Mme de Cambremer « , dit Swann, dans le fond très flatté. « Mais je ne fais que répéter ce qu’on m’a dit. D’ailleurs il paraît qu’elle est très intelligente, je ne la connais pas... »

« M. de Cambremer », me dit-il. « Ah ! C’est vrai, mais c’est d’une ancienne connaissance que je te parle. (…) Je lui répondis que je le connaissais en effet et sa femme aussi, que je ne les appréciais qu’à demi. Mais j’étais tellement habitué, depuis que je les avais vus pour la première fois, à considérer la femme comme une personne malgré tout remarquable, connaissant à fond Schopenhauer et ayant accès, en somme, dans un milieu intellectuel qui était fermé à son grossier époux, que je fus d’abord étonné d’entendre Saint-Loup répondre : « Sa femme est idiote, je te l’abandonne. Mais lui est un excellent homme qui était doué et qui est resté fort agréable. » Par l’« idiotie » de la femme, Saint-Loup entendait sans doute le désir éperdu de celle-ci de fréquenter le grand monde, ce que le grand monde juge le plus sévèrement. »

Les Cambremer, font partie de la petite aristocratie de province; et la jeune Madame de Cambremer est une jeune femme intelligente et ambitieuse qui rêve d’être admise dans le milieu des Guermantes. Elle est très jolie et rend jalouse beaucoup de femmes. Elle a été amoureuse de Swann et a eu une liaison avec lui dans sa jeunesse.

 

Anne-Laure de Sallembier a souhaité, en effet, fréquenter le Monde et ses salons; mais, c'était pour satisfaire avant tout sa Quête...

Anne-Laure, mariée, s'était ennuyée à suivre, soumise, le rythme de son vieux mari, qui découvre sur ses terres le plaisir de la chasse, et le soir, le jeu de cartes ; puis, sa grossesse l'a contrainte à l'ennui total coincée dans sa propriété de Fléchigné, alors qu'elle rêvait de la vie mondaine parisienne...

 

A Paris, et avec son mari, elle a fréquenté les salons ''orléanistes''. Sallembier est proche du duc de Broglie (1821-1901), et de son fils Victor de Broglie (1846-1906). A Paris, ils retrouvent Albert de Mun... Par son entremise, ils seront reçus chez José-Maria de Heredia...

Albert de Mun, a pour cousine, Élisabeth de Gramont, duchesse de Clermont-Tonnerre. De plus, le frère d'Albert : Robert de Mun, a épousé le tante de la duchesse, Jeanne de Gramont. Anne-Laure va se lier avec Élisabeth de Gramont (1875-1954)...

 

Veuve, son intelligence, et sa beauté ; lui ouvrent bien des portes... Et, sa grande curiosité va lui permettre de dépasser les couleurs politiques, et même sociales des nombreux salons qui agitent les soirées parisiennes sous la troisième République.

 

Les ''gens de lettres'', les artistes, sont les principaux faire-valoir d'une soirée... Anne-Laure recherchent particulièrement les philosophes et les scientifiques...

Ainsi, dans les années précédant ce nouveau siècle, le salon de Lydie Aubernon, est resté célèbre pour ses conversations qu'elle dirigeait à la baguette... On pouvait rencontrer le philosophe mondain Elme Caro, vulgarisateur de Schopenhauer, Ferdinand Brunetière, directeur de la Revue des Deux Mondes, et le médiéviste Gaston Pâris, ou Renan, ou Alexandre Dumas …

 

Aujourd'hui ( ces premières années 1900...), les salons sont plus restreints, certains sont établis autour des rédactions de revues comme celui de La Plume ou du Mercure de France, qu'Anne-Laure va être invitée à fréquenter ; mais seulement, après avoir commencé dans des salons plus mondains, où quelques proches l'ont introduite...

Une femme de la bourgeoisie, aussi modeste soit-elle, se doit de consacrer un jour par semaine pour recevoir des visites... Les autres jours, pour les faire...

Le salon, est la pièce d'apparat du bourgeois où trône le piano, au milieu du mobilier ''Louis-Philippard'', ou mieux Henri III, ou encore mieux signés ou imités de Boulle.. Des portraits de famille couvrent les murs, un fond de peluche ou de velours rouge, éclairé par des becs Auer au gaz. Les bibelots encombrent les meubles... La Princesse de Polignac remplace les "portraits de famille" par des Monet...

 

Des personnalités reçoivent comme José Maria de Heredia (1842-1905) au 11bis rue Balzac:

Henri de Régnier, se souvient : la première fois, chez Heredia :

« Je me rappelle que la pièce où l’on nous introduisit était pleine de soleil et de fumée. Il y avait là des gens, mais je ne sais plus qui. Heredia était debout quand nous entrâmes. Je me souviens du brun et affable visage, de l’accueil chaleureux, de la main tendue cordialement. J’entendis la voix sonore et parfois hésitante et je me sentis soudain rassuré et à l’aise dès les premières paroles amicalement louangeuses du poète.

(…) Il venait beaucoup de monde, le samedi, chez Heredia. C’était un défilé incessant. Mais il y avait aussi les habitués, ceux qui venaient là, non pas en visite, mais qui y passaient la journée ou une partie de la journée. Je devins assez vite de ceux-là. (…) On se sentait moins dans un salon que dans une espèce de cercle. Aussi dépassait-on facilement les limites de la visite ordinaire. (…) L’obligation de manquer à cette habitude hebdomadaire était un contretemps fâcheux. Le samedi était à Heredia, comme le mardi soir à Mallarmé.

(…) que de visages j’y vis passer ! Certains y revenaient assez régulièrement, d’autres à intervalles variables. J’y ai vu Prévost et Barrès – lui rarement. J’y ai vu Maupassant, Jules Breton, Callias, Pouvillon, Pomairols, Tiercelin, le marquis de Gourjault, qui avait été l’ami de Théophile Gautier, le musicien Benedictus, qui était celui de Judith Gautier, le baron de Pontalba, Chenevière, Nolhac, Cazalis, qui encore ? »

Marguerite de Saint-Marceaux (1850-1930)

Tous les vendredis, les Saint-Marceaux : le sculpteur René de Saint-Marceaux 1845-1915) et sa femme, née Marguerite Callou, en couple uni, reçoivent dans leur appartement du 100 boulevard Malesherbes. Salon d'artiste, on doit venir en tenue de travail, présenter ses œuvres … On y rencontre Jean-Louis Vaudoyer, Chausson, Lalo, Vincent d'Indy, Paul Dukas, Sargent, Claude Monet, André Messager, Henri Gauthier-Villars (Willy) et sa femme (Colette), Ravel, Pierre Louÿs, Debussy, Fauré.

Marcel Proust  s'est inspiré de '' Meg '' pour le personnage de Madame Verdurin...

Elle critique le snobisme et les positions dreyfusardes, de la Comtesse Greffulhe... Et, c'est vrai que la simplicité de Marguerite de Saint-Marceaux, attire de nombreux artistes, même ceux qui n'apprécient pas '' le monde '', comme Debussy...

« Une fine chienne bassette, Waldine, écoutait, une ouistitite délicieuse venait manger des miettes de gâteau, un peu de banane, s’essuyait les doigts à un mouchoir avec délicatesse, attachait aux nôtres ses yeux d’or, actifs et illisibles. De telles licences, discrètes, quasi-familiales, nous plaisaient fort. Pourtant nous nous sentions gouvernés par une hôtesse d’esprit et de parler prompts, intolérante au fond, le nez en bec, l’oeil agile, qui bataillait pour la musique et s’en grisait. Là, je vis entrer un soir la partition de Pelléas et Mélisande. Elle arriva dans les bras de Messager, et serrée sur son cœur, comme s’il l’avait volée. Il commença à la lire au piano, de la chanter passionnément, d’une voix en zinc rouillé.

Souvent, côte à côte sur la banquette d’un des pianos, Fauré et lui improvisaient à quatre mains, en rivalisant de modulations brusquées, d’évasions hors du ton. Ils aimaient tous deux ce jeu, pendant lequel ils échangeaient des apostrophes de duellistes : “Pare celle-là !... Et celle-là, tu l’attendais ?... Va toujours, je te repincerai...”

Fauré, émir bistré, hochait sa huppe d’argent, souriait aux embûches et les redoublait...

Un quadrille parodique, à quatre mains, où se donnaient rendez-vous les leitmotive de la Tétralogie, sonnait souvent le couvre-feu… » Colette Willy

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Camille Flammarion, Gabrielle et Anne-Laure

Publié le par Perceval

Camille Flammarion, le réputé et populaire scientifique, rencontre Julia-Gabrielle Renaudot...

Le point commun qui semble les réunir, est non pas un objet scientifique ( du moins pour nous au XXIe s.), c'est l'intérêt pour l'occultisme... Même si, l’astronome Camille Flammarion, s’engage dans l’étude du spiritisme dans l'idée aussi de réconcilier la science et le spiritualisme.

L'occultisme semble d'ailleurs être l'un des fils rouges de ce qui a rempli la vie de Laure Sallembier... ( à suivre)... Au XIXe siècle, le mot ''occultisme'' vient d’apparaître : il concerne la théorie et la pratique des sciences occultes... Papus (1865-1916), explique que la méthode des ''sciences occultes'' est basée sur l'Analogie, et permet d'étudier la partie invisible, occulte de la nature et de l'Humain...

Gabrielle Flammarion

Julia-Gabrielle Renaudot, est née à Meudon ( près de l'Observatoire d'astronomie physique …!)  le 31 mai 1877, du sculpteur Jules Renaudot et de Maria Latini, peintre d'origine romaine et modèle de la Salomé peinte par Henri Regnault... Elle est morte à Juvisy-sur-Orge le 28 octobre 1962.

 

Gabrielle est l'une des ces premières femmes à atteindre cette maturité réservée alors aux hommes. Alors qu'elle suit une formation universitaire, elle s'essaie au journalisme, puis à la littérature...

Gabrielle, attirée par la science du ciel, est enthousiasmée par les livres de Camille Flammarion ; elle lui est présentée en 1893. A 18ans, elle commence à travailler pour lui.

Titulaire d'une licence, inscrite à la Société astronomique de France dès 1902, elle collabore à son bulletin à partir de 1910. Elle adhère alors à l'association des journalistes parisiens.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, elle s'engage comme infirmière ; mais elle a quelques problèmes de santé sur le 'front'. En 1915, Gabrielle remplace le secrétaire de l'association Emile Touchet, mobilisé... Elle est alors astronome adjointe à l'Observatoire de Juvisy et travaille à rédiger le tome 3 de la Planète Mars... Camille Flammarion est considéré à l'époque comme l'astronome le plus célèbre d'Europe. Entouré de nombreux collaborateurs Camille Flammarion, anime l'observatoire de Juvisy, qu'il a fait construire ( à domicile).

 

Devenu veuf, Camille Flammarion épouse Gabrielle Renaudot le 9 septembre 1919, à la mairie d'Ermont.

<-- Dans le parc de l’Institut Météorologique. En première ligne de gauche à droite , le directeur de l’Institut Météorologique, Gabrielle Renaudot, Camille Flammarion, Bernard Vermont et le Major C. Sclia

 

Le 3 juin 1925 cette union intellectuelle, d'une grande harmonie, est soudainement rompue. Le grand savant meurt dans les bras de sa femme,

Désignée par lui comme directrice de l'Observatoire de Juvisy, et chargée de la publication de ses ouvrages posthumes, Gabrielle Flammarion est, élue secrétaire générale de la Société Astronomique de France, en remplacement de son mari.

Camille Flammarion

Camille Flammarion (1842-1925), fort de ses livres de vulgarisation – a fait paraître de son vivant, 55 ouvrages qui furent presque tous traduits dans différentes les langues - et ses conférences ; le scientifique à beaucoup de succès auprès des femmes... Lui-même n'est pas insensible, à la vénération dont il est l'objet, de certaines d'entre elles...

 

Il semble que le grand homme eu un sérieux penchant pour sa belle lectrice, Anne Laure de Sallembier...

Ce devait être vers 1895... Camille Flammarion, est certainement passé par Fléchigné, sans-doute pour une séance spirite...

En 1861, Flammarion a découvert ''Le Livre des Esprits'' d’Allan Kardec (1804-1869), codificateur du spiritisme. Depuis, il associe complètement recherches astronomique, conférences, collaboration à de nombreuses revues, avec la fréquentation des milieux spirites et l'écriture de nombreux ouvrages sur les communications avec les morts...

Sylvie, Camille Flammarion et Gabrielle.

Camille Flammarion, s'intéresse aux femmes et a aussi écrit sur elles :

Rappelons qu'il eut deux épouses successives, Sylvie (1836-1919) et, précisément Gabrielle (1877-1962) sa collaboratrice, de trente-cinq ans sa cadette...

 

Dans un livre « Rêves étoilés » (1888), Camille Flammarion tient des propos qui collent à la mentalité de l'époque :

 

Uranie de Camille_Flammarion

En 1894, Camille Flammarion publie un roman d’anticipation '' La Fin du monde ''… En l'an 6000, la civilisation s'est bien améliorée :

« … On avait vu dans les resplendissantes cités une nouvelle race de femmes ramener sur le monde le charme caressant et lascif des voluptés orientales, raffinées encore par les progrès d’un luxe extravagant ».(p. 278-9)

(…) … Les femmes avaient acquis une beauté parfaite, avec leurs tailles affinées, si différentes de l’ampleur hellénique, leur chair d’une translucide blancheur, leurs yeux illuminés de la lumière du rêve, leurs longues chevelures soyeuses, où les brunes et les blondes d’autrefois s’étaient fondues en un châtain roux, ensoleillé des tons fauves du soleil couchant, modulé de reflets harmonieux ; l’antique mâchoire bestiale avait disparu pour s’idéaliser en une bouche minuscule, et devant ces gracieux sourires, à l’aspect de ces perles éclatantes enchâssées dans la tendre chair des roses, on ne comprenait pas que les amants primitifs eussent pu embrasser avec ferveur les bouches des premières femmes. Toujours, dans l’âme féminine, le sentiment avait dominé le jugement, toujours les nerfs avaient conservé leur auto-excitabilité si curieuse, toujours la femme avait continué de penser un peu autrement que l’homme, gardant son indomptable ténacité d’impressions et d’idées ; mais l’être tout entier était si exquis, les qualités du cœur enveloppaient l’homme d’une atmosphère si douce et si pénétrante, il y avait tant d’abnégation, tant de dévouement et tant de bonté, que nul progrès n’était plus désirable et que le bonheur semblait en son apogée pour l’éternité.

Peut-être la jeune fille fut-elle une fleur trop vite ouverte ; mais les sensations étaient si vives, décuplées, centuplées par les délicatesses de la transformation nerveuse graduellement opérée, que la journée de la vie n’avait plus d’aurore ni de crépuscule. D’ailleurs l’esprit, la pensée, le rêve dominaient l’antique matière. La beauté régnait. C’était une ère d’idéale volupté ». 

En 1897, il publie « Stella », un roman où l’Amour et l’Astronomie s’unissent ; en relation avec sa passion pour Gabrielle, sa jeune collaboratrice... En même temps, sa femme Sylvie fonde la Ligue de la paix et du désarmement par les femmes... Dans ce roman, il idéalise une femme qui débarque dans la solitude d'un homme qui ne vivait que de l'observation du ciel. Le coup de foudre se concrétise par une sublime nuit d’amour avec de scintillantes étoiles pour témoins.

« Les deux amants connurent ce qu’ils n’avaient jamais connu, et oublieux de la terre obscure, se trouvèrent transportés en une région de délices où, baignés de clarté, ils crurent s’endormir dans une auréole d’éternelle lumière » (Stella, p. 304).

M et Mme Camille Flammarion, dans la bibliothèque de l'Observatoire de Juvisy

En 1903 ; dans son « Astronomie des Dames », s'adressant à des lectrices, il mesure son discours :

« La femme égale l’homme en facultés intellectuelles. Écrire pour elle spécialement serait l’humilier. Ne nous targuons pas de cette prétention. Qui sait même si, en y regardant de plus près, et en nous affranchissant de tout cet orgueil masculin qui a commis plus d’une sottise, nous ne trouverions pas la femme supérieure à l’homme en finesse et en tact, au moral comme au physique, en vivacité d’impression, en puissance d’assimilation, en ressources d’imagination ; et qui sait si elle ne comprend pas plus vite que les bacheliers aux moustaches naissantes, les problèmes de l’histoire naturelle, de la physique et de l’astronomie, lorsqu’elle veut se donner la peine d’y prêter attention ? Non, n’écrivons pas pour les femmes. Ce sont elles qui pourraient nous en apprendre, car sur bien des choses, sur nous-mêmes peut-être, elles en savent plus que nous, observent mieux, voient mieux, sont plus intuitives. A bas l’orgueil du sexe prétendu fort ».

Anne-Laure de Sallembier, comme dans la plupart des assemblées intimes bourgeoises, a fait ''tourner les tables''...

Et,- d'après ses notes - ce que, Anne-Laure de Sallembier, en ces années 1900, retient : c'est l'enseignement d'une expérience de Dieu, intuitive, analogique ( le jeu des correspondances ) et symbolique.

Elle lie ses expérience spirites à la théosophie, qui l'aide à répondre aux questions existentielles ( pourquoi le monde, le mal, la mort … ?). L'idée de Nature, englobe le divin, l'humanité et l'univers... Tout le visible est le miroir de l'invisible, il peut être compris et vécu comme une expérience mystique...

L'aspect mythique de la révélation chrétienne est privilégié ; et les aspects dogmatique et clérical de la religion sont rejetés... L'aller-retour entre la raison, et l'expérience personnelle est privilégié. La science est valorisée, mais reste insuffisante pour modéliser la réalité...

 

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A propos d'Anne-Laure de Sallembier

Publié le par Perceval

Anne Laure de Sallembier (1875-1951), la petite-fille de Charles Louis de Chateauneuf, a effectivement pris la suite de ''la Quête''... En particulier, depuis le lien qu'elle a pu faire entre son "trésor" qu'elle tient de ses aïeux et ses expérience spirituelles, ses rencontres, ses voyages... Je rappelle ses origines...

Anne-Laure, unique héritière d'une riche famille de négociants qui a fait fortune dans le commerce des tissus au long du XIXe siècle, épouse le Comte de Sallembier, aristocrate – de trente ans de plus qu'elle - qui après une vie de célibataire longue et épicurienne, a su (?) monnayer son titre...

La généalogie indiquerait en amont de ces négociants en toile une Mlle Adélaïde Haton de la Goupillière devenue Mme Vétillard, morte à Pontlieue le 30 décembre 1800 ; et dont le mari faisait commerce de toiles....

* A noter: un peu plus tard, nous retrouverons Julien Napoléon Haton de La Goupillière (1833-1927) qui est un savant français, directeur de l'École des mines de Paris de 1887 à 1900, président de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale de 1888 à 1892 et de la Société mathématique de France en 1890, et vice-président du conseil général des mines de 1900 à 1903. Il était doyen de l'Académie des sciences.

Toile Mayenne

La première génération – en Mayenne - négocie la toile de lin.. Puis, le coton va se substituer au lin. La famille ne s'occupe pas à cette époque de tissage mais seulement de négoce et de finition des tissus. Une autre génération ajoute la fabrication de coutils et calicots, puis intervient en tissant et assurant sa totale finition. Le négoce est ainsi doublé d'une réelle activité industrielle.

Autour de 1850, le grand-père est membre de la Chambre consultative, lieutenant de la Garde Nationale. Un peu plus tard juge de commerce... Avant, enfin, de monter à Paris...

Louis-Ferdinand Vétillard, devient un notable commerçant de Paris. Il fut juge du Tribunal de commerce de Paris et membre de la Légion d'Honneur...

Il est propriétaire de biens immobiliers ( la moitié de son patrimoine...) , et d'une propriété à Villeneuve le Roi. Ce domaine a environ 110 ha, comporte une belle demeure et divers bâtiments d'habitation et d'exploitation, ainsi qu'un parc composé de bois et faisanderie. La succession montre également qu'elle est composée de rentes 3 et 4,5 % et divers chemins de fer ; elle est située dans les 1 % des plus grosses successions parisiennes.

Louis-Ferdinand Vétillard, le père d'Anne-Laure, va épouser Cécile-Joséphine J. (la fille de Charles-Louis de Chateauneuf et de Mme J. .. Ils auront donc une fille : Anne Laure ....

 

En cette fin du XIXe siècle, Anna Laure a su rénover et moderniser le château de Fléchigné, propriété de sa mère…..

 

Le Blason de Fléchigné : d'argent, à la bande de gueules, et deux trèfles de sinople...

Ce château se situe dans le ' Passais ' ( le passage, la marche...) à la croisée de trois règions historiques, au sud du duché de Normandie, contre la Bretagne et le Maine. Non loin de la place forte de Domfront et de Lassay les Châteaux ... Nous trouvons, non loin également, Barenton, le site de la Fosse Arthour, Sept-Forges, Saint-Fraimbault...

 

Alors qu'Anne-Laure est jolie, et riche...; elle repousse tous les prétendants qui se pressent...

Enfin; à la grande surprise de ses proches, elle accepte l'hyménée avec un vieil homme: le comte de Sallembier.

Anne-Laure, unique héritière d'une riche famille de négociants qui a fait fortune dans le commerce des tissus au long du XIXe siècle, épouse donc le Comte de Sallembier, aristocrate – de trente ans de plus qu'elle - qui après une vie de célibataire longue et épicurienne, a su (?) monnayer son titre … Le 10 Décembre 1900, elle met au monde un fils, qu'elle appelle Lancelot... Quelques années après son mariage, Georges de Sallembier, meurt subitement d’une fièvre typhoïde, à Paris...

Lorsque Anne-Laure et ses parents résidaient à Paris, elle eut la chance de vivre de nombreux moments privilégiés avec son grand-père Charles-Louis... C'était comme s'il vivait déjà dans un autre monde, et qu'il le lui faisait découvrir en le parcourant au moyen d'histoires... Ces histoires ne ressemblaient pas à celles que l'on raconte aux enfants pour les endormir... Non, celles-ci provenaient d'un temps parallèle au nôtre, qui avait eu son existence et la continuait... Il avait laissé des traces, des signes au-travers d'objets que l'on pouvait encore découvrir ci-ou-là dans des maisons, des églises, des châteaux, des musées ...etc ... Ces histoires réveillaient l'esprit, l'envie de connaître ; elles enchantaient l'âme en lui faisant découvrir son véritable lieu d'épanouissement …

Quand Charles-Louis parlait de l'Autre Monde, Anne-Laure entendait le Vrai-monde ; celui d'où elle venait, et où elle allait …

Son grand-père lui contait d'étranges histoires où se côtoyaient des fées, et des humains ; des gobelins et des paysans, des diables, des sorcières, des prêtres, des seigneurs .... L'histoire devenait bien plus qu'un conte ou une légende. Le ton, le réalisme déployé, en faisaient un enseignement de plus en plus sérieux, avec l'aide d'ouvrages, de gravures pour finalement – toujours - aborder le sujet essentiel de la Quête ; celle qu'animait secrètement les plus exemplaires de ses personnages... Cela commençait toujours au plus près de sa vie, en '' Passais'' ; ou souvent en Limousin – quand il était enfant – le relief était plus tourmenté, les routes carrossables inexistantes, des ''chemins creux'' entre forêts et tourbières, des villages isolés surmontés d'un château …

Une chapelle abandonnée gardait un secret. Seule une croix gravée rappelait qu'ici s'établissait une commanderie... Alors, le grand-père Charles, sortait l'anneau , ou une croix de fer... qui prouvaient que ceci n'était pas qu'une histoire ….

En grandissant, la petite Anne-Laure fut initiée à la légende arthurienne... Légende, signifiait qu'il ne servait à rien de consulter certaines personnes à son sujet ; il s'agissait d'une Histoire pour ''initiés''... cela se passait souvent en Bretagne ( la grande...) ou de l'autre côté du Rhin, en province allemande. Il n'était pas question alors de petite Bretagne, et encore moins de Brocéliande ( ou si peu …)

Elle se souvenait de noms: Lancelot, Viviane, Morgane... qui aujourd'hui encore la transporte dans un ''outre-monde'', un monde parallèle qui pour ceux qui sont attentifs croise parfois le nôtre...

Et puis, bien sûr, il y Parsifal; qui en ce début du siècle évoque davantage le personnage de Wagner et de Eschenbach... comme nous venons de le voir...

 

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