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art

La venue du Christ, annoncée par Jean le baptiste

Publié le par Perceval

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Le peintre russe Alexander Ivanov Andreyevich (1806 Saint-Pétersbourg - 1858 Saint-Pétersbourg) a travaillé sur cette toile pendant vingt ans (1837-1857). L'apparition du Christ devant le peuple est considéré comme son œuvre la plus importante, un chef-d'œuvre. 

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Berthe Morisot en Limousin

Publié le par Perceval

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Téléfilm:     Berthe Morisot
samedi 16 février à 20h45 sur FR3

Berthe Morisot : peintre impressionnistes et égérie d'Edouard Manet est née en 1841 à Bourges. Elle vit quelques années à Limoges, à partir de 1848. Sa famille s'installe en Limousin après la mutation de son père qui devient préfet de Haute-Vienne.

C'est à Paris qu'elle développe son art. Berthe Morisot est une « rebelle ». Elles tourne très vite le dos à l'enseignement académique du peintre lyonnais Chocarne et fonde avec des peintres comme Claude Monet ou Auguste Renoir un groupe d'avant-garde les « Artistes Anonymes Associés  » qui devient la "Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs" regroupant des impressionnistes.

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Berthe Morisot par Edouard Manet (1870), huile sur toile exposée au Musée d'Orsay, Paris

Le Portrait de Berthe Morisot étendue est l’unique tableau peint par Manet que la jeune femme possédait. Celui-ci est considéré comme la plus belle et plus fidèle représentation de l’artiste qui avait 32 ans au moment de sa réalisation. Agacé par une erreur de perspective, Manet aurait raboté le tableau qui devait être plus grand à l’origine. Berthe Morisot conserva ce portrait toute sa vie. En 1890, elle le représente dans La Psychée ou Le Miroir, puis, en 1893, au second plan d’un portrait de Julie au violon.

 

Le téléfilm "L'indomptable Berthe" retrace la vie de la peintre impressionniste. Cette oeuvre originale réalisée par Caroline Champetier a été tourné principalement à Ambazac ou à Limoges. C'est dans la capitale régionale limousine qu'ont été reconstituées les rues de Paris. Un Paris à feu et à sang, en 1870.

Le téléfilm débute en 1865, Berthe Morisot ( Marine Delterme) n'a que 25 ans, et des idées bien arrêtées sur son avenir. Elle ne souhaite nullement suivre la volonté de ses parents, qui ne pensent qu'à lui forger un destin convenable.

Au Salon des exposants de 1865, Berthe Morisot, jeune peintre, accompagnée de sa sœur Edma, découvre l'Olympia de Manet, portrait sulfureux d’une femme assumant son corps et sa sexualité. Ce choc artistique est rapidement suivi d’une rencontre avec Edouard Manet. Charmeur, amoureux des femmes, il se prend d’intérêt pour cette apprentie artiste dont le visage l’inspire. Aussi lui propose-t-il de venir poser pour lui…

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Marie Delterme joue Berthe Morisot dans un téléfilm de Caroline Champetier

 

Berthe expose ses premières œuvres, des paysages, des tableaux d’intérieur et des portraits au Salon de 1864 et de nouveau à celui de 1865, année où son père fait construire un atelier dans le jardin de la propriété, elle y travaillera toujours accompagnée de sa sœur Edma

En 1866 elle peint lors d’un séjour à Pont Aven accompagnée de Mary Cassatt et Eva Gonzalès, dès pionnières qui se feront accepter des impressionnistes grâce à leur talent, elles ont d’autant plus de mérite qu’à cette époque  la société est dominée par la gente masculine,  l’Ecole des Beaux Arts n’acceptant que les hommes. Les femmes y seront admises qu’à partir de 1897.

Sa rencontre avec Edouard Manet en 1868 sera décisive.

Cette année là, elle fait la connaissance de Manet au Louvre lieu où, comme beaucoup de jeunes artistes elle s’exerce en copiant des chefs d’œuvre. Elle subira d’ailleurs l’influence du chef de file des impressionnistes et deviendra son modèle, Manet peindra 9 portraits de Berthe. Elle y fera également la connaissance de Fantin-Latour et Degas.

Elle épouse le frère d’Edouard, Eugène Manet peintre amateur qui fréquente également le milieu littéraire, elle donne naissance à une petite fille Julie, son grand bonheur et un sujet de passion qu’elle prendra souvent pour modèle dans son travail

Berthe Morisot voyage beaucoup et peint de nombreuses toiles lors de ses séjours à Pont-Aven, Madrid, Argenteuil (Chez Claude Monet), en Angleterre à l’Ile de Wight en 1875, en Italie, en Hollande, à Fontainebleau, à Nice ou en Belgique.

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La Psyché ou Le Miroir (1876) est un tableau intime sur le thème de la toilette. Il représente une jeune fille en train de s’habiller et dont le modèle, Isabelle Lambert, mourra à l’âge de 15 ans. Le miroir est celui de Berthe que l’on peut voir au début de l’exposition. La palette est plus claire et se compose de blancs, d’argentés, de roses, de bleus… Les talents de coloriste de Morisot furent appréciés tout au long de sa carrière. 

Julie adolescente, jouant du violon dans l’appartement de la rue de Weber où elle s’installe avec sa mère en 1892 ou, dans un autre tableau, en compagnie de Laërte, le lévrier que lui avait offert Mallarmé qui deviendra bientôt son tuteur.
Julie a reçu une éducation musicale de qualité qui englobait la mandoline, le piano, le violon… Sur ce tableau ( 1893) , sa mère la représente à quinze ans dans le confort de la maison familiale. Il s’agit d’une peinture intéressante quant à la représentation précise de l’intérieur du peintre. Vous pouvez y reconnaitre le guéridon Empire, le portrait de Berthe par Manet ainsi que le portrait d’Eugène par Degas offert à l’occasion de leur mariage.

 

En 1892 mort d’Eugène Manet, il rejoint son frère Edouard qui repose au cimetière de Passy depuis 1883.

 De santé fragile depuis le conflit franco-prussien de 1870, ayant engendré du bruit, de la fureur et des privations, Berthe Morisot s’éteint à Paris en 1895 des suites d’une grippe sans jamais avoir cessé de travailler et parfaire son art.

La Grande Dame de l’impressionnisme est inhumée dans le caveau de la famille  Manet au cimetière de Passy.

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Les scènes de canotage sont très prisées des Impressionnistes. Celle-ci fut peinte durant l’été 1879, lorsque Berthe Morisot demeurait à proximité du lac du bois de Boulogne. Il est clair que la peintre a pris place dans la barque auprès de ses modèles. Les personnages sont exempts de psychologie, le travail est axé sur les effets de lumière, le scintillement de l’eau. La tonalité est claire et chatoyante. Contrairement aux idées reçues, cette toile n’a pas été réalisée sur place, Berthe réalisait des dessins ou des aquarelles préparatoires avant de réaliser l’oeuvre finale dans le confort de sa maison. 

Une quinzaine de peintures et de pastels représentant l’enfant, exécutés entre 1882 et 1888, sont regroupés au cœur de l’exposition. Julie est représentée en compagnie de son père, de sa cousine ou de sa nourrice Pasie. Souvent, il s’agit de scènes de la vie quotidienne pour lesquelles il n’est pas besoin de faire poser sa fille. Cette toile fut retrouvée roulée au fond d’une armoire à la mort de l’artiste. C’est Mallarmé qui lui donna son nom, La Fable

Berthe Morisot est l’arrière petite-nièce de Fragonard, la tante de Paul Valéry par sa nièce et Stéphane Mallarmé deviendra le tuteur de sa fille Julie après la mort de son mari en 1892.

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Sources: Aurore Mosnier au sujet de l'exposition du musée Marmottan

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Un art jésuite ?

Publié le par Perceval

L'art dit « baroque » ne m'est pas esthétiquement et même spirituellement … proche … !

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La multiplication des pains >>

Le recueil suit l’ordre des contemplations données par Ignace dans son livret des Exercices. Il en devient ainsi un complément. Il aide le retraitant à se plonger entièrement dans la scène qu’il contemple. Il s’y rend présent comme s’il y était.

C'est ma raison, qui me questionne; et mon intérêt pour la spiritualité ignatienne, dont sa méthode de contemplation des Evangiles, qui fait appel aux sens.

 Déjà, un jésuite compagnon d’Ignace, Jérôme Nadal (1507-1580) , publie ( après sa mort) à Anvers en 1593 (Evangelicae historiae imagines) un ouvrage qui illustre les Evangiles et propose des interactions entre texte et images ; cet ouvrage servit de modèle aux peintres et sculpteurs du monde entier.

 

Dès la fin du 16ème, « l’art figuratif jésuite obéit aux 6 principes suivants, qui annoncent, par certains côtés, l’esthétique moderne :

  • réduction du nombre de personnages pour créer un art didactique ;

  • appel aux émotions du spectateur ;

  • utilisation du clair-obscur pour renforcer le caractère dramatique de la scène ;

  • effets naturalistes de la lumière ;

  • goût pour la couleur ;

  • effets visionnaires, en vue de créer un état sublime, supraterrestre.

    Cette esthétique ira en s’enrichissant à l’extrême, jusqu’à aboutir - sommet de l’art illusionniste et baroque - à l’immense fresque en trompe l’oeil du plafond de la nouvelle église jésuite de Saint-Ignace à Rome, œuvre de Andrea Pozzo (1685-1702).

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Tintoret a suivi les Exercices spirituels pour peindre son cycle de la Scuola Grande di San Rocco.

Les expériences des Exercices, mettent l'accent sur la "composition visuelle du lieu" dans la contemplation des Evangiles,

La pédagogie qu'utilisent les collèges jésuites, à partir de l'image pour une éducation humaniste et progressiste met en avant l’implication de l’élève dans l’apprentissage du savoir … ( théâtre …)

L'élan missionnaire exceptionnel : Amérique du Sud, Asie … L’image rend possible la rencontre avec l’autre dans sa culture propre, sa différence, sa mentalité.

 Nous sommes aux sources d’une inculturation, qui signifie que chacun abandonne un peu de ce qu’il est pour rejoindre l’autre dans sa vérité ; chacun donne et reçoit.

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Luis de Morales. Pietà. 1565

Luis de Morales, illustra des scènes qu’on peut rattacher directement à la pratique des Exercices. Ainsi, le cadrage resserré dans la Pietà donne à la vision peinte un caractère d’intimité, une immédiateté qui permet au spectateur de participer pleinement à celle-ci. 

Petrus Rubens:  Le Christ triomphant de la mort et du péché

Outre cette proximité de la scène figurée, directement issue de la vision due à la pratique des Exercices, la peinture jésuite, ou plutôt d’influence jésuite, se caractérise par les sujets représentés. Face à la tradition janséniste du Dieu caché, les peintres affirment la présence de celui-ci, triomphant, comme dans le tableau de Rubens Le Christ triomphant du péché et de la mort où celui-ci apparaît comme un soldat, un conquérant de la foi.

Plus tard, les libres penseurs condamneront cet art moralisant ( narration pseudo-réaliste, illustration du catéchisme, trompe-l'œil, etc ...), les romantiques valoriseront la « cathédrale gothique » et la piété qui les ont produites … 

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Philippe de Champaigne (1602-1674)

Saint-Jérôme 1635

Dans un pays profondément marqué par les jansénistes qui proposent, au même titre que les Jésuites, mais dans une direction opposée, un “projet pour la peinture” la rhétorique de la pose (d’inspiration janséniste) s’oppose à la rhétorique du flux (d’inspiration jésuite).

 

Il devient membre de l’Académie royale de Peinture en 1648. C’est dans ces année-là qu’il subit l’influence janséniste. Après que sa fille soit miraculeusement guérie d’une paralysie, il peint son œuvre la plus célèbre, Ex-Voto (1662), conservée au Louvre. Elle représente sa propre fille en compagnie de la mère supérieure.

 La plupart des peintures de Champaigne sont religieuses, influencées par Rubens, mais devenant de plus en plus austères au fil du temps

Le-Christ-mort-de-Philippe-de-Champaigne-1654.jpgLe Christ mort de Philippe de Champaigne: 1654

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Aragon: le "mentir" vrai ...

Publié le par Perceval

Il y a trente ans ... Le 24 décembre 1982, Louis Aragon s'éteint à son domicile de la rive gauche.

«  éternel orphelin symbolique en quête de qui voudrait l'adopter, l'accueillir », résume Philippe Forest.

Né le 3 octobre 1897, « de père et de mère non dénommés ».Autour de lui, les adultes jouent une comédie sociale dans un vertige d'identités masquées. Le père se fait passer pour son « parrain », sa mère pour sa sœur, ses grands-parents pour ses parents adoptifs. Son géniteur n'est autre que Louis Andrieux, préfet de police de Paris, député, ambassadeur, haute figure de la IIIe République, et sa mère, Marguerite Toucas-Massillon, une grisette du Bon Marché. On truque donc son identité, au profit d'un être de fiction…

 En 1914-1918, poilu et jeune médecin, enseveli sous les décombres d'un bombardement, il est laissé pour mort.

En 1939-1945, il entre dans la clandestinité et sert la Résistance.

Il aura été de toutes les aventures intellectuelles et politiques de son époque : dadaïsme, surréalisme, réalisme socialiste, communisme, « moscoutaire » aligné et zélé, romancier, poète, journaliste, chantre de l'amour fou auprès d'Elsa et inverti fastueux après la mort de l'amante.

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ARAGON Louis et TRIOLET Elsa,  Au 2e congrès des écrivains de l’U.R.S.S en 1960  

 

Pierre Juquin « En 1937, Aragon approuve les procès de Moscou ! Or parmi les victimes, il y a le général Primakov qui est son beau-frère. C’est le compagnon, l’amant de la soeur d’Elsa Triolet, Lili Brick. Staline le fait assassiner comme beaucoup de généraux, de maréchaux, d’officiers soviétiques. Aragon prend la défense de l’Union soviétique pour deux raisons. La première : il considère que la révolution bolchevique à la fin des années 1920 est un événement qui compte pour l’avenir de l’espèce humaine. Quels que soient les horreurs, les crimes, les fautes qui aient pu être commis là-bas, il s’est passé quelque chose. Et il croyait que c’était définitif. On était d’ailleurs beaucoup à le croire ! Il approuve aussi les procès car il a peur de Hitler et’il voit dans l’URSS un rempart militaire et politique contre le fascisme. La France et la Russie lui apparaissent comme la bonne et belle alliance pour prendre en tenaille l’Allemagne hitlérienne. Mais au même moment, Aragon applaudit au congrès d’Arles au cours duquel Maurice Thorez affirme que la révolution a deux leaders : non seulement l’Union soviétique, mais aussi la France avec sa Révolution française, sa Commune, son mouvement ouvrier et le front des Français. Je ne suis pas sûr que ça ait beaucoup plu à Staline ! Au fond, si Aragon soutient les procès, c’est qu’il n’a pas encore compris le stalinisme.

Aragon se montre tantôt avec un masque blanc, tantôt avec un masque rouge. Il aimait le spectacle et sans doute souffrait-il du vieillissement. Le fait est qu’il ne voulait pas montrer son visage. Et cet homme double disait : « Je ne suis pas celui que vous croyez. »

 

« Chez Aragon, tout est vertige. » Pour Philippe Forest , (Vertige d’Aragon, de Philippe Forest, Éditions Cécile Defaut):   Aragon relève de cette figure du vertige, et à plus d’un titre. « Fils de personne, (…) découvrant le monde alors que celui-ci s’écroule », il se donne deux points fixes, le communisme et Elsa. Mais c’est aussi de la littérature qu’il attend cet hors-limites. »

« On insiste sur ce que ces métamorphoses successives supposent de soumissions répétées à des jougs contradictoires, mais jamais on ne dit le courage, la colère, l'insouciance feinte, l'indifférence vraie qui rendirent possible aussi ces arrachements dont chacun fut à sa manière un périlleux saut dans le vide », plaide Philippe Forest.

 

DANIEL BOUGNOUX, universitaire, co-responsable de l'édition des Oeuvres romanesques d'Aragon à La Pléiade :  « ce couple n’avait rien d’idyllique. Dans les romans, les descriptions de violence, de passion dévorante, de jalousie omniprésente, de crises d’identité liée à la présence de l’autre ou de sa possible absence font de ce couple un enfer.

Elsa n’en pouvait plus de ses poèmes dithyrambiques qu’il préférait à la vie réelle. Il s’isolait pour les écrire et repoussait Elsa quand elle entrait dans son bureau, prétextant qu’il lui écrivait un poème d’amour. Paradoxe et narcissisme de l’auteur qui se replie sur l’amour de son amour. Les blessures de ce couple nous touchent et peuvent croiser le roman de chacun d’entre nous. Le « nous » de ce couple est très conflictuel. Aragon en parle souvent (« Il n’y a pas d’amour heureux »), mais le « nous » du Parti ou de la Nation est encore plus sujet à désespérance et à crise. Le « nous » communiste est encore moins assuré que le « nous » conjugal. Il y a, chez Aragon, un drame du « nous » et néanmoins une exigence tenace de ne pas être enfermé dans le « je » . Toute sa vie, il a combattu « le monstre ébouriffé de l’individualisme », cet « analphabétisme social ». »


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Au-delà des collines, un film de Christian Mungiu

Publié le par Perceval

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Deux jeunes filles qui s’aiment et se protègent de l’hostilité du monde dans le nid si peu douillet d’un orphelinat roumain. Adultes, Voichita (Cosmina Stratan) rentrera dans un humble monastère orthodoxe, Alina (Cristina Flutur) tentera sa chance en Allemagne. Au-delà des collines 3L’une a trouvé sa liberté auprès de Dieu et une famille auprès des nonnes, l’autre a gagné son indépendance, mais s’avère incapable de se détacher des liens qui l’unissent à jamais à celle qu’elle aime et désire toujours. Alors, elle se rend au couvent pour visiter et ramener avec elle cette religieuse qui est plus qu’une sœur pour elle. Cette irruption passionnée va semer le désordre dans ces ordres, au point qu’Avina sera considérée comme possédée par le Malin…

 

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Inspirés de faits réels, Au-delà des collines relate une tragique histoire "d’exorcisme" qui va mal tourner.

Mungiu montre, mais ne dénonce pas un obscurantisme religieux. En partageant – au travers d'un film dépouillé - , un peu de leur vie ascétique, on se surprend à comprendre chacun des protagonistes : - ces pauvres bougres de religieuses qui, tentent de protéger la communauté monacale, ces deux jeunes filles habitées de leurs pulsions de survie d’orphelines roumaines, ce pope habité de sa dénonciation rétrograde de l’emprise de Satan sur le monde moderne… Aucune musique ne vient enjoliver le récit, et c'est donc tout le génie du cinéaste de conter en images sombres dans un décor fruste, sans que l'on s'ennuie un seul instant ...

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Du vrai cinéma, du moins une certaine forme de cinéma : -. la puissance de la mise en scène de Mungiu, sa capacité à observer, à laisser vibrer ce qui habite les corps, à attendre l’instant où davantage de sens, et surtout davantage de présence, émane de l’écran.

Au-delà des collines n’est pas un film sur la religion, il pose la question de l'action, du libre arbitre, dans un contexte particulier ...et curieusement : à la toute fin du film, la femme médecin qui croit pouvoir juger la situation, nous paraît à côté d'une certaine « vérité » .. !.

Peut-être, aussi, s'agit-il au-delà de cet étrange triangle amoureux, un film sur la Roumanie actuelle, sa misère morale héritée de l'époque communiste..

Au-dela-des-collines-0.jpgPrix de l'interprétation féminine: Cannes 2012

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Thérèse Desqueyroux: le mariage, en ce temps...

Publié le par Perceval

mariage-religieux-debut-siecle.jpgMariage religieux: début du XXème siècle

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Claire Mauriac (1853-1929). Entourée de ses cinq enfants François Mauriac 1931

Thérèse Desqueyroux, film de Claude Miller 2012

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Voir également: La-femme-au-temps-de-therese-desqueyroux-1-; et article: la-femme-au-temps-de-therese-desqueyroux-2-

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François Mauriac: Thérèse Desqueyroux, la chair et le désir

Publié le par Perceval

Francois-Mauriac-et-jeanne-lafon---mariage-1913--.jpgFrançois Mauriac et Jeanne Lafon ( Le mariage est célébré en 1913 )

 

François Mauriac: Souffrances et Bonheur du Chrétien:

Jeanne et François Mauriac paris 1932
Jeanne et François Mauriac paris 1932

Cet ouvrage édité en 1931 chez Grasset est la réunion de deux titres : Souffrance du chrétien paru à la NRF, qui était un " supplément au traité de la concupiscence de Bossuet ", et Bonheur du Chrétien, publié également à la NRF, où Mauriac se " réfute " lui-même.

 Dans le premier, Mauriac est au plus fort de sa crise personnelle et religieuse. Son œuvre est un cri de révolte contre l'inhumanité d'un certain catholicisme.

 Pour Mauriac, l'étreinte amoureuse est une "possession qui, l'espace de quelques minutes, ne nous leurre pas".

"Dans ce bref intervalle de l'union charnelle, nous avons cru n'être qu'un, et de nouveau nous sommes deux : ce corps, cet autre corps ; ce mur, cette poitrine fermée, monde clos de chair et de sang autour duquel nous tournons, satellite misérable."

 


francois Mauriac 2« 
Le christianisme ne fait pas sa part à la chair ; il la supprime »: ( Mauriac : Souffrance du Chrétien)... Mauriac, par chair, entend l'objet du désir sexuel. Il dénonce, la «  honteuse plaie de la concupiscence et l'attrait de la fragile et trompeuse beauté des corps. », «  la folie qui nous porte à sacrifier l'éternel au périssable ». La volupté, déclare Mauriac, « singe la mort », elle est une fausse agonie, «  la recherche des abords immédiats du Néant. »
 
Il n'est personne, écrivait Mauriac, qui, « livré à toutes les délices de la chair, demeure en union avec Dieu ». Si bien que la « vie charnelle » était à ses yeux peu compatible avec « la vie spirituelle » : «  une chair qui s'assouvit accompagne toujours un esprit incapable d’adhérer au surnaturel »
Henry-Fuseli-Nightmare-II.jpgHenry Fuseli Nightmare II

Le problème est autant celui de l'âme que celui du corps. « Combien le corps pèse à l'âme » ( Mauriac ) « Cette concupiscence qui lie l'âme au corps, par des liens si tendres et si violents, dont on a tant de peine à se déprendre, et qui cause, aussi, dans le genre humain, de si effroyables désordre ? » .. On pourrait vaincre le désir, renoncer à un corps qui ne serait qu'un corps. Mais c'est l'âme qui aime, c'est l'âme qui est aimée. »

jeanne Mauriac album paris18
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Raymonde Heudebert, artiste, avec Jeanne et François Mauriac. Portrait par Raymonde Heudebert

Il est certain que Souffrances exprime une pensée chrétienne du corps mais qui n’est pas tout à fait doctrinalement juste. C’est celle du corps coupable de se laisser conduire par ses passions.... Une compréhension authentiquement chrétienne du corps voudrait qu’on l’envisage d’abord « avec son sexe, sa masculinité et sa féminité, c’est-à-dire la faculté d’exprimer l’amour dans lequel l’homme-personne devient don et réalise le sens même de son être et de son ‘exister’ » ( Jean-Paul IIHomme et femme il les créa, Une spiritualité du corps, Cerf, 2004, p.83 )

 François Mauriac, pris dans l’étroitesse d’un système d’éducation et dans les aventures du cœur, ne pouvait penser un corps de don en relation avec la totalité de la personne et avec son destin. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’en avait pas l’intuition, de sorte qu’il puisse un jour écrire : « Le bonheur c’est d’être cerné de mille désirs, d’entendre autour de son corps craquer les feuilles » ( sources: fr. Joël-Marie Boudaroua, o.p.

Le-bonheur-de-vivre--Henri-Matisse--1905-06.jpgLe bonheur de vivre, Henri Matisse, 1905-06

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Thérèse Desqueyroux: que s'est-il passé ?

Publié le par Perceval

Thérèse repense à ce temps qu'elle n'imaginait pas ressentir à présent, comme un temps de paix :  « Jamais Thérèse ne connut une telle paix – ce qu'elle croyait être la paix et qui n'était que le demi-sommeil, l'engourdissement de ce reptile dans son sein. » ( fin chap III)

« Tout ce qui précède mon mariage prend dans mon souvenir cet aspect de pureté ; contraste, sans doute avec cette ineffaçable salissure des noces » 

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Edgar Degas: l'Interieur (1868 or 1869)

« Le jour étouffant des noces, (…) ce fut ce jour-là que Thérèse se sentit perdue. »
Qu'est ce donc, ce qui a été assassiné, ce soir de la nuit des noces... ? : « ce que son corps innocent allait subir d'irrémédiable. » ? ( …) Thérèse, songeant à la nuit qui vint ensuite, murmure : << Ce fut horrible... >> !

Thérèse est horrifié par le désir de cet homme, comment « cet homme pudique » peut-il être le même que celui, qui « Un soir, à Paris quitta ostensiblement un music-hall dont le spectacle l'avait choqué :  « Dire que les étrangers voient ça ! Quelle honte ! Et c'est là-dessus qu'on nous juge... » (…) « dont il lui faudrait subir, dans moins d'une heure, les patientes inventions de l'ombre. » 

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Henry Fuseli (1741-1825), The Nightmare

Est-il pire qu'un autre ? « Mais le désir transforme l'être qui nous approche en un monstre qui ne lui ressemble pas. Rien ne nous sépare plus de notre complice que son délire: j'ai toujours vu Bernard s'enfoncer dans le plaisir et moi, je faisais la morte, comme si ce fou, cet épileptique, au moindre geste eût risqué de m'étrangler. Le plus souvent, au bord de sa dernière joie, il découvrait soudain sa solitude ; le morne acharnement s'interrompait. Bernard revenait sur ses pas et me retrouvait comme sur une plage où j'eusse été rejetée, les dents serrées, froide. » ( extrait de Thérèse Desqueyroux de Fr Mauriac )

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"Dissemblance" : peinture flamande et théologie

Publié le par Perceval

Les images sont « faites pour signifier une chose différente de ce qu’on voit avec les yeux », affirmait Cesare Ripa:  (Cesare Ripa (1555 - 1622 , est un auteur italien du xvie siècle, un amateur d'art, un érudit et l'auteur de l'Iconologie (Iconologia overo Descrittione dell'Imagini universali) (Rome, 1593), livre extrêmement influent à son époque.)

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Suiveur de Jérôme Bosch (vers 1450-1516) Le_paradis vers 1539

Michel Weemans : « le tableau ne se contente pas d’illustrer un récit (hagiographique ou biblique), mais en donne une interprétation visuelle. » (*).

Cette tendance picturale est liée au développement de la Devotio moderna, mouvement spirituel qui naît aux Pays-Bas à la fin du XIVe siècle et favorise la prière personnelle, l’introspection, en bref une piété tout intérieure à laquelle les peintres offrent un support de méditation.

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Pieter Huys (vers 1519-1581) La tentation de saint Antoine

« le monde fantastique, la part du diable et les lieux de dissemblance », de dissonance aussi. L’artiste de proue dans cette section est bien sûr Jérôme Bosch (et ses suiveurs) (ill. 6) et le sujet le plus favorable au brouhaha de figures effroyables, au déploiement de folies et de diableries est évidemment la tentation de saint Antoine largement représentée par Jan Mandyn, Pieter Huys ou Jan Wellensz de Cock. On pénètre l’univers du bizarre et des apparences trompeuses, des anamorphoses et des paysages anthropomorphiques, de l’Enfer et des châtiments. Mais, comme le souligne Reindert L. Falkenburg (*), tous ces démons, ces monstres et ces figures hybrides n’ont pas pour vocation d’offrir au spectateur une « terreur récréative ».

Ils incarnent plutôt la « région de dissemblance », notion formulée par saint Augustin pour suggérer que l’Homme, fait à l’image de Dieu, s’est éloigné de lui après la Chute. Saint Bernard, utilise cette expression dans le sens de la nature déchue. Pour Maître Eckhart, elle signifie la distance ontologique et noétique, qui sépare Dieu « innommable » dans son immensité, des ses œuvres extérieures à partir desquelles Il se fait connaître et nommer.

Cette région « de dissemblance » privée de vérité, « doit être opposée à celle de l'intellect, où règnent l'identité et tout ce qui l'accompagne, rendant possible la connaissance des choses crées non en elles-mêmes, mais dans leurs principes... cependant, pour connaître Dieu autrement que par ses effets créés, la faculté intellectuelle de l’homme ne saurait lui suffire sans la grâce. » ( V. Lossky, Théologie négative et connaissance de Dieu chez Maître Eckhart, p 177)

( *) de Bénédicte Bonnet Saint-Georges: Fables du paysage flamand. Bosch, Bles, Brueghel, Bril. : Lille, Palais des Beaux-Arts, du 6 octobre 2012 au 14 janvier 2013: cf le Catalogue de l’exposition p.57. Reindert Leonard Falkenburg, « Régions de dissemblance », pp. 57-63

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Simone Weil: le Beau, le Bien , et le surréalisme.

Publié le par Perceval

Simone Weil s'interroge constamment sur le rapport du bien, et du beau, du vrai … Sa conception sur la littérature, et l'Art, pense le Bien comme critère spécifique .

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Ensuite, la réalité, la nécessité … s'exprime par le fait que le monde est soumis au règne de la matière ; monde sans Dieu (éventuellement ), dans lequel l'homme trouve des « divertissements »... Pour Simone Weil le divertissement est toute occupation humaine qui refuse de se confronter à la réalité.

Le Bien, est ce pôle vers lequel s'oriente nécessairement l'esprit humain, dans l'action, mais aussi dans l'effort intellectuel... le respect de la notion de « valeur » est ce qui apporte un ordre, une stabilité … ( Platon, Descartes ...)Olga-Suvorova----2-.jpg

 

Simone Weil, porte sur le surréalisme, un jugement négatif. Il exprime l'ivresse de la licence totale, en rejetant toute considération de valeur... Elle parle de « l'ivresse de l'esprit » qui s'échappe du règne de la raison. La raison s'oppose aux instincts.

 

Le surréalisme se rangeait derrière l'idée de «  Révolution » en réaction contre l'art officiel qui ne tolérait pas l'idée de changement ; et comme ils refusaient de séparer le domaine de l'art et du social, ils rejoignaient le discours politique révolutionnaire... Mais, le souci de Simone Weil est d'un ordre différent. Pourtant, elle se méfie de la morale ...

«  Les écrivains n'ont pas à être des professeurs de morale, mais ils ont à exprimer la condition humaine. Or rien n'est essentiel à la vie humaine, pour tous les hommes et à tous les instants, que le bien et le mal. » ( S. Wiel : Cahiers du Sud N°310 )

 

Olga-Suvorova----19-.jpgPourtant Breton, semble exprimer la même réaction, dans le manifeste du surréalisme :  «  l'attitude réaliste, inspirée du positivisme, … se fortifie sans cesse dans les journaux et fait échec à la science , à l'art, en s'appliquant à flatter l’opinion dans ses goûts les plus bas; la clarté confinant a la sottise, la vie des chiens. » ( …) « Il faudra bien alors qu’une morale nouvelle se substitue a la morale en cours, cause de tous nos maux. » ( M S )

 

Cependant S. Weil tient à définir le Bien ( esthétique ..etc ) par un critère moral, alors que les surréalistes se plient au fonctionnement de la psyché ( le hasard objectif …), sans critère moral … « Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, de surréalité, si l’on peut dire. » ( M S )Breton veut tout détruire pour construire quelque chose de neuf ; et Simone Weil se tourne vers les sources classiques telles que l’antiquité pour trouver une nouvelle interprétation possible.

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Les peintures sont de Olga Suvorova:

OLGA-SUVOROVA---BIOGRAPHY.jpg Olga Suvorova est né à Saint-Pétersbourg en 1966 et a étudié la composition monumentale à l'Institut célèbres Repin des Beaux-Arts à Saint-Pétersbourg. Elle est influencée par Gustav Klimt, Piero della Francesca, et par les traditionnelles icônes russes.
  
Olga peint des paysages, des représentations historiques et les femmes dans des scènes de jardin, souvent avec un chat ou d'autres animaux.

Son style peut être plus réaliste dans les représentations historiques, mais est fortement impressionniste, dans  d'autres. Elle expose régulièrement à Paris et à Londres. Ses œuvres sont dans des collections à travers le monde.


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