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Le Paris des Années 1920.. – Jean Luchaire

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot, choyé par son milieu et les adultes qui l'ont accompagné dans son éducation, n'a rien à prouver. Il porte une quête, transmise par sa mère et sa lignée : des aïeux très présents, grâce à toutes sortes de documents et de souvenirs familiaux, conservés, étudiés et complétés, comme si chacun de ceux qui l'avaient précédé avaient très bien compris leur ''mission personnelle'' …

Lancelot comme ses prédécesseurs n'ont pas d’œuvre à leur actif ; seulement des notes, des mémoires, des confessions éparses, des traces....

Lancelot est plus contemplatif qu'actif, et de fréquentation facile: il s’intéresse aux gens. Il les questionne, jusqu'à insister pour tenter de les comprendre... Il a l'admiration facile, et n'hésite pas à proposer ses services pour bénéficier du témoignage de la personnalité qu'il a la chance de pouvoir alors accompagner un temps...

Il est temps d'évoquer les amis et relations proches et régulières de Lancelot, pendant ces années vingt. Elles sont nombreuses et éclectiques ; je peux les regrouper autour de ces quelques personnalités, qui bénéficient de biographies et d'études connues. Elles nous accompagneront tout au long des décennies qui vont suivre...

Jean Luchaire 1941

Lancelot rencontre Jean Luchaire. de même âge, en 1921... Grand, mince, voûté, le visage rond, les yeux bleu pâle, et le plus souvent un léger sourire ironique. Un tempérament actif et une volonté de convaincre. Il s'est marié en 1920 à Françoise Besnard, fille du peintre Albert Besnard. Ils habitent un petit appartement de la rue Rotrou. Sa mère est une amie d'Edouard Herriot. Celui-ci le fait nommer au Secrétariat d'État aux Beaux-arts, qui dépend du Ministère de l'Instruction publique. Il rêve d'une carrière de journaliste.

Un groupe d'étudiants de Droit cherche à créer un mouvement et une revue ''La Jeune Europe'', organe d'une génération nouvelle qui se veut pacifiste, fédéraliste... La revue se voudrait être un trait d'union entre les jeunes de France et ceux de l'étranger...

Lancelot, se laisse entraîner par la personnalité de Jean L. alors que certains contenus de la revue lui déplaisent, en particulier rien de moins que le rationalisme et l'internationalisme socialiste...

Une partie de sa famille maternelle fait partie de la grande bourgeoisie industrielle italienne … Il a vécu en partie en Italie...

Jean L. se définit comme révolutionnaire, en ce qu'il critique la République. Il défend la Liberté individuelle et le Progrès...

 

Dans ce petit groupe autour de Jean Luchaire, Lancelot rencontre également Bertrand de Jouvenel et Robert Lange. Le groupe organise des conférences... Le Groupement universitaire pour la Société des Nations (GUSDN) est né en 1922...

Avec Lancelot, Jean reconnaît au programme de l'Action Française des qualités qui parlent à la jeunesse ; mais la plupart refusent d'intégrer des partis, et il en rend responsable le système républicain... Aujourd'hui les vraies questions ne se situent-elles pas à l'échelle de l'Europe... ?

Il faut lutter contre les barrières nationales, néfastes en matière intellectuelle, et compter sur la jeunesse européenne...

 

Jean Luchaire propose de commencer par une politique d'amitié franco-italienne. La France doit s'unir à l'Italie avant de travailler avec l'Angleterre et l'Allemagne …

Journaliste, il est envoyé spécial ( L'Ere Nouvelle ) à la Conférence de Gênes ( Mai 1922), et publie des articles sous le pseudo de Jean Florence.

 

Jean a une sœur un peu plus jeune, Marguerite Luchaire, dite 'Ghita'. C'est une ''montparno'', et c'est le temps où le quartier Montparnasse représente un des centres de la vie culturelle et artistique en France. C'est le temps des années vingt, années folles pour oublier la boucherie de 14-18, folles par leur bouillonnement littéraire et pictural inédit... Ghita y croise Picasso, Aragon, Duchamp, Picabia, Foujita, Soutine, Zadkine, Man Ray, Artaud … Elle est l'amie, de la gouailleuse Lucie Badoul, surnommée Youki par le peintre Foujita et deviendra l'épouse de Robert Desnos...

Cette jeunesse façonnée par la guerre, condamnant tout « retour au passé », redouble d'énergie pour rénover la société sous les signes de la paix et du progrès... Lancelot entreprend de travailler le droit international, et s'appuyant sur sa pratique de l'anglais, et l'allemand, s'inscrit dans l'accompagnement des congrès internationaux...

Lancelot a déjà croisé à la Sorbonne, René Pleven, un étudiant brillant - en droit le matin, et à Sciences-Po l'après-midi – qui vient de créer avec Robert Lange, le GUSDN... En 1923, plusieurs centaines de jeunes gens – sans distinction de parti ou de croyance religieuse - y sont adhérents. En 1924, ce serait 2500 adhérents sur toute la France...

Autour de cette expérience, vont se succéder de multiples regroupements européens comme : le congrès paneuropéen de Vienne (octobre 1926), un plaidoyer de Notre Temps pour « L’Europe ô ma patrie » (février 1928), la rencontre de Sohlberg (juillet-août 1930) puis de Rethel (été 1931), '' Union Jeune Europe '' lancée vers 1930, prend le nom de "Ligue pour les Etats-Unis d’Europe" en 1933 ; et dans le cadre de '' Union paneuropéenne'' le 10 mai 1933 a lieu la rencontre Coudenhove-Kalergi avec Mussolini à Rome ; dans l'espoir d’une Union latine et à un rapprochement franco-italien dirigé contre le Reich, ce qui pourrait amorcer un processus d’unification européenne.... Nous en reparlerons ….

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Les années 20 - L'Action Française. 2

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot commence à regretter le conservatisme de l'Action Française qui se traduit par ce nationalisme assez couramment partagé dans son milieu, qui continue à pointer l'Allemagne comme l'ennemi ; Maurras influença certainement la décision d'occuper la Ruhr en janvier 1923... Par contre, l'anticommunisme reste une conviction partagée par la plupart de ses amis...

De tout ceci, on débat au 33 rue Saint André des Arts, le siège des étudiants d’Action Française qui se trouve au deuxième étage. On critique cette république peu respectable, on mise sur le rôle de l'Eglise, on imagine un nouvel ordre monarchiste... Lancelot croise Jean de Fabrègues, pour écouter Henri Massis, il a trente-huit ans et est admiré, c'est en novembre 1924 aux Sociétés Savantes.

Au début de 1925, le Cartel des gauches regroupe, contre lui, les catholiques autour du général de Castelnau en particulier.

L'action Française garde encore son influence, et participe au brassage des idées que les jeunes peuvent vivre dans le quartier latin... Cependant, Jean de Fabrègues fréquente aussi bien Pierre Mendès France que Paul Nizan. Il y a là aussi Pierre-Henri Simon...

Maurice Blondel

Au sein des catholiques, la philosophie thomiste est au cœur d'une querelle. D'un côte Jacques Maritain (43ans), de l'autre Maurice Blondel (64ans)... Maritain, proche de l'Action Française ( le parti de l'intelligence...), défend la primauté de la raison - dont la source est divine - , qui doit pouvoir démontrer les vérités de la foi. ( Jacques Maritain, Réflexions sur l’intelligence et sur sa vie propre). L'ordre du monde affirme la primauté du religieux, pourtant Maurras pense que l'ordre du monde dépend de la volonté de l'homme ; et, dans les deux cas il est lié à la raison...

Dans ''Primauté du spirituel '' (1927) Maritain va argumenter que le primat dans l’action chrétienne revient au « spirituel ».

En face, l'approche est plus ''libérale'', et le ''surnaturel'' ne pré-existe pas en soi à la nature humaine, à l'action, il est, en quelque sorte immanent : la révélation s'accomplit dans l'action, dans l'histoire humaine... Il faut accepter l'autonomie de la raison. Blondel récuse l'idée d'un parti catholique …

Jacques Maritain

Lancelot, comme beaucoup de jeunes catholiques, a du mal à se situer : il préfère se voir comme un croisé, face à une modernité inéluctable ( c'est le ''monde d'après'' la guerre...) et inquiétante ; aussi le rétablissement d'une chrétienté renouvelée porte en elle une certaine espérance....

Aussi, est-il sensible à “une politique chrétienne” et il y a peu encore, s'en tenait avec le général de Castelnau à se battre pour “restaurer un ordre social chrétien” représenté par le monarchisme, appuyé sur la Tradition, en progrès perpétuel, puisque basé sur l'expérience... ( La ''Tradition'' est la constante adaptation des principes au réel.)

A noter la question de la ''démocratie'' - qui pour Maurras, est contredite par la ''Nature'' - , et se présente comme « ordre artificiel non viable »...

- C'est le pouvoir des ''meneurs'' ; de l'argent.. : la ''ploutocratie'' est libérale, individualiste … De plus la république, avec ses lois laïques, refuse toute inspiration chrétienne... La religion peut offrir un cadre dans la vie de l'individu et de la cité...

 

Le combat contre l’expansion du bolchévisme devient un point fort; et pointe l'effort nécessaire à faire pour rejoindre le monde ouvrier qui s'installe dans les banlieues... Aussi, des jeunes, et non des moindres : je peux citer : Jean Daujat (1906-1998), Maurice de Gandillac (1906-2006) , Jacques Arthuys 1894-1943), Louis Salleron (1905-1992), Jean-Pierre Maxence (1906-1956), Robert Francis (1909-1934), Etienne Gilson (1884-1978), Roger de Lafforest (1905-1998)... tous proches du royalisme, vont souhaiter réconcilier une vision monarchiste avec un christianisme social comme ''Le Sillon''... Ils sont loin d'être des conservateurs et se présentent pour renouveler les conceptions de l'Action Française...

L'Ordre de Saint-Michel

Pour l'heure, Lancelot, avec Jean de Fabrègues, et l'équipe des jeunes rédacteurs de la ''Gazette Française'' imagine un ordre des Chevaliers de Saint Michel qui défendrait un modèle occidental des valeurs chrétiennes... Ce serait, en quelque sorte, le ''sillon '' de la Tradition...

Cet ordre est lancé par un appel signé d'Amédée d’Yvignac, Pierre Arthuys, Henri d’Astier de La Vigerie et Guy de Montferrand.

Lancelot se souvient, le 28 janvier 1926, d'une journée solennelle où après la messe en la crypte de l’Église des Carmes, un déjeuner est offert à plus de soixante-dix convives dans la grande salle du restaurant Procope. Les discours présentent l'ordre ( ou la Ligue...) comme une nouvelle chevalerie qui attendrait son ''Saint-Bernard'', leurs armes : « la parole, la prière, le sacrifice. » ( Guy de Montferrand, La Gazette Française, 24 décembre 1925. ) ; « Vous ne pouvez être hérésiarques aux yeux d’aucune personne sensée lorsque vous proclamez la nécessité en France de la monarchie ». ( Henri Massis, La Gazette Française, 28 janvier 1926 )

Certains argumentent que ces droits et devoirs envers l'Eglise, sont négligés par Maurras ; et on garde le silence ...

On dit que Rome, se prononce contre la validité morale des principes politiques maurassiens, et dénonce le paganisme de Maurras...

Bernanos (36ans), qui s'était éloigné de l'Action Française, lui reprochant de ne pas se battre pour ''nouveau monde'' mais d'avoir épousé l'ancien.. , et auréolé du succès de Sous le soleil de Satan, regrette l'incroyance du chef politique mais affirme sa certitude de l’œuvre de salut menée par l’Action Française. Il fréquente à présent les réunions des Étudiants d’Action Française.

Enfin, le 29 décembre 1926 tombe la condamnation, par le Pape Pie XI, de l’Action française, et de sept ouvrages de Charles Maurras...

Très clairement, les évêques de France réaffirment :

- Les maîtres de l’Action Française sont en opposition avec la foi et la morale catholiques.

- Les maîtres de l’Action Française n’ont aucun titre pour diriger les catholiques.

- Du danger de fréquenter les doctrines de l’Action Française.

Il dénoncent :

- Une conception païenne de la cité avec une Église réduite au rôle d’agent de l’ordre public

- La promotion du machiavélisme politique.

- La défiance envers une autorité spirituelle supranationale...

Mais, l’Action Française n’est pas condamnée en tant que monarchiste...

 

Les chevaliers de Saint-Michel attendront en vain la nomination d'un aumônier...

« La parole pontificale nous a fait un devoir de quitter cette obédience, celle d’Action Française, qui d’ailleurs ne se situait que dans l’ordre de l’action politique, non dans celui de la doctrine. » ( Amédée d’Yvignac, La Gazette Française, 17 février 1927. ). La Gazette reste encore royaliste, puis disparaît. Les ''chevaliers'' n'ont plus, ne survivront pas aux années vingt...

 

Pour Lancelot, ce coup au parti de l'A.F. va lui permettre de s'autoriser à s'écarter d'un nationalisme conservateur et paralysant...

Le calvaire de la paix 1926.

Lancelot s'émancipe de son groupe originel, et montre de l'intérêt a rencontré d'autres espaces, en particulier ceux représentés au GUSDN ( Le Groupement universitaire pour la Société des Nations) animé par Robert Lange qui bénéficie de l'aura de son oncle Bergson... Les réunions sont nombreuses, et les appuis de personnalités sont relativement intéressants, avec de nombreux contacts avec Genève et Londres... On fête l'entrée de l'Allemagne dans la SDN en 1926. Une paix est possible, et finalement l'action ( couronnée en 1926 par le Nobel de la paix) du vieux et sage Briand est reconnue par tous...

 

L'Ordre catholique se veut être ni de droite, ni de gauche.

« Nous luttons pour sauvegarder les éléments de justice et de vérité, les restes du patrimoine humain, les réserves divines qui subsistent sur la terre et pour préparer et réaliser l’ordre nouveau qui doit remplacer le présent désordre. Nous haïssons l’iniquité révolutionnaire bourgeoise qui enveloppe et vicie aujourd’hui la civilisation, comme nous haïssons l’iniquité révolutionnaire prolétarienne qui veut l’anéantir. C’est pour Dieu, ce n’est pas pour la société moderne que nous voulons travailler". Jacques Maritain, “En lisant Georges Valois”, La Gazette Française, 28 mai 1925.

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Les années 20 - L'Action Française. 1

Publié le par Régis Vétillard

Les années 20 - L'Action Française. 1

« Je plains tout jeune homme qui ne s’est pas passionné pour ou contre la liberté, pour ou contre le déterminisme, pour ou contre l’idéalisme, pour ou contre la morale de Kant, pour ou contre l'existence de Dieu, pour ou contre Dieu, comme s'il existait » Charles Péguy

Revenons un peu, sur ces années vingt...

Un jour à la terrasse du ''Canon des Gobelins'', Lancelot entend de la table voisine, une conversation entre cinq jeunes gens, étudiants, envisageant leur avenir. L'un deux risque une phrase du genre : « nous avons des projets, des conversations élevées parce que nous n'avons ni femmes ni argent... ». Il avait eu envie de se lever et leur dire : « J'ai ''une femme'' ( à ce moment-là, il pense à Jeanne L.) , et surtout de l'argent.... et je n'ai pas de projet …. »

Ce qui l'avait arrêté, c'était qu'il n'avait pas vraiment ''une femme'', seulement une camarade avec qui il couchait sans faire l'amour... C'était plutôt le début d'une expérience qui s'échappait avec elle... Jeanne était de plus en plus distante, préférant sans-doute d'autres amis, d'autres expériences...

Parmi ces jeunes gens, étudiants de l'E.N.S., trois d'entre eux étaient les seuls communistes ( on disait ''révolutionnaires'') de l'Ecole de la rue d'Ulm..

 

Lancelot, lui, s’interroge sur son engagement parmi les jeunes de l'Action Française, en particulier au sein de l'Université... ...

Henry Berthélémy, spécialiste de droit public, est le doyen de la faculté de droit. Le personnage n’est pas antipathique ; mais les étudiants de droite lui reprochent de couvrir l’ingérence du pouvoir politique de gauche dans la nomination de professeurs... Un immense chahut est organisé, lors du premier cours de George Scelle, qui vient d'être nommé à la chaire de Droit international - après une mise en concours à la Faculté de Droit de Paris, et la proposition du Conseil de l'Université de nommer Louis Le Fur... George Scelle - chef du cabinet du Ministre du Travail - est nommé par François Albert, Ministre de l’Instruction Publique du Gouvernement Herriot ( Cartel des gauches...) surnommé '' le ministricule ''...

Le slogan des étudiants de l’Action française, en ce 2 mars 1925, est : « M. Georges Scelle ne fera pas son cours ! ». Scelle étant absent, c'est le lundi 9 mars qu'un immense chahut, avec pétards, bris de tables et chaises, empêche le cours...

 

L'Action Française était restée hors le ''Bloc National'' ( alliances des droites républicaines de 1919 à 1924), et - à présent - se montre très agressive envers le '' Cartel des gauches''...

Georges Valois, influencé par Proudhon, journaliste et anti-intellectuel est l'un des quatre as de l'Action française avec Maurras, Daudet et Bainville jusqu'à sa rupture de 1924-1925.

Dès 1924 Valois affirme avoir perdu tout espoir dans les hommes au pouvoir, et dans le parlementarisme... Il démissionne du Comité directeur de l'Action Française en octobre 1925. Il crée le premier mouvement qui se dit "fasciste" ( ''fasciste'' en référence au Mouvement fondé en 1919 par Mussolini (Fasci Italiani...) ) et la revue le ''Nouveau siècle''... Les ''chemises bleues'' ne supportent plus la ''Fleur de lys'' et inversement...

Parmi les ''talas'' ( les étudiants qui vont-à-la-messe) de Droit, de la Sorbonne, de l'E.N..S. ; les orientations politiques sont diverses : l'Action Française et les socialistes de Sangnier tiennent le haut du pavé. La JR organise des congrès de la Paix qui mobilisent assez bien, certains jeunes... On peut dire toutefois que le Quartier Latin penche à droite.

A droite avec Maurras, plusieurs tendances se dessinent, et finalement se séparent... Louis Dimier part sans bruit, considérant l'aventure comme stérile.. Edouard Berth (1875-1939) imaginait la rencontre de la monarchie avec le bolchévisme qu'il choisit finalement dans les années vingt...

Emmanuel Beau de Loménie (1896-1974) quitte l'Action Française, qui lui semble incapable de s'opposer au grand capital, et propose un ''anticapitalisme nationaliste''...

Lancelot se dit déçu du climat général qui règne dans ''le parti de l'intelligence'' ; des ''petites intriguent détournent les fidèles... Le cercle autour de Maurras se restreint, Maurice Pujo, un de ses proches, et qui codirige le quotidien L'Action française, est très critiqué... On dit que « derrière le journal, il n'y a rien … !». De plus, Lancelot juge que des comportements grossiers ( langage, actions...) défigurent l'image noble du mouvement monarchiste...

La Comtesse de Sallembier, n'est pas une habituée des ''visites'' faites aux personnalités de la Maison de France ; cependant lors des présences à Paris de la duchesse de Guise, elle fait signer son livre de visites et déposer sa carte... En 1926, Lancelot a accompagné quelques étudiants à Bruxelles pour y visiter le Comte de Paris, qui leur a accordé une audience...

La tendance nationaliste déplaît à nombreux monarchistes ; et l'Action Française ne semble plus attirer que des éléments du conservatisme le plus étroit... L'idée même de monarchie avec un prétendant – le duc d'Orléans – inconnu des français, est délaissée au profit d'un parti ''de l'ordre''. ( cf : Louis Latzarus, La France veut-elle un roi ?, Paris, Editions du siècle, 1925 ) L'Action Française n'est plus le parti de la restauration monarchique ; d'autant qu'elle ne pourrait actuellement se réaliser qu'à l'aide d'un ''coup de force'' que Maurras lui-même n'envisage plus...

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Les années 20. - Lancelot de Sallembier.

Publié le par Régis Vétillard

Anne-Laure de Sallembier, se félicite que Lancelot – fidèle à une certaine tradition familiale – s'intéresse à de multiples sujets qu'ils soient scientifiques ou littéraires.... Cependant, elle souhaiterait que son fils puisse inscrire son nom dans une discipline. Peut-être est-il encore trop jeune pour afficher une indépendance d'esprit et s'engager dans une voie nouvelle … ?

Lancelot est curieux de tout ; et il ne manque aucune occasion pour rencontrer les personnes qui sortent du lot commun... Il apprécie particulièrement aussi ces temps d'étude qui lui permettent de fouiller une question scientifique ou philosophique ; mais il se plaint de ne pas posséder ce don d'imagination, de création qui lui permettrait de proposer sa propre découverte...

Lancelot bénéficie de ce privilège de ne pas avoir besoin de ''travailler'' pour disposer d'un revenu, et satisfaire les besoins et les plaisirs d'une jeune homme vivant à Paris... Son nom, seul, lui permet de pénétrer les salons privés, ou d'être reçu dans le cabinet d'une personne influente.

Si certains revenus du patrimoine ont baissé après la guerre ; d'autres liés à la production textile, par exemple ont augmenté et bénéficié à la comtesse de Sallembier... Cependant l'époque - en cause : l'inflation, la fiscalité... - est à l'abaissement des fortunes... On réduit quelque peu le train de vie, et on diminue la domesticité.

Après sa licence de droit, et un concours ; Lancelot obtient un poste de rédacteur au ministère des Armées … Il tente au maximum de trouver une situation qui lui permette une plage importante de ''temps libre'' et satisfaire sa Quête...

 

Le ''temps libre'' s'oppose au travail comme aliénation, il est émulation et provoque beaucoup d'occupations : visites, réceptions et écriture n'étant pas des moindres...

Anne-Laure et Lancelot se souviennent sans-doute des propos que tient Bertrand Russell sur un certain culte non raisonnable vis à vis du travail, et son éloge de l'oisiveté qu'il lie très bien avec l'idée de pacifisme... « les méthodes de production modernes nous ont donné la possibilité de permettre à tous de vivre dans l'aisance et la sécurité. Nous avons choisi à la place le surmenage pour les uns et la misère pour les autres. »  Et, Russell d'ajouter : « Si le salarié ordinaire travaillait quatre heures par jour, il y aurait assez de tout pour tout le monde, et pas de chômage (en supposant qu'on ait recours à un minimum d'organisation rationnelle). Cette idée choque les nantis parce qu'ils sont convaincus que les pauvres ne sauraient comment utiliser autant de loisirs. ». Russell est persuadé que l'oisiveté permet d'éprouver « la joie de vivre, d’être original, bienveillant et non guerrier »

Cette notion de ''Temps libre'' , si elle paraît bien ''aristocratique'', pourrait être un élément qui caractérise une société... L'Œuvre nationale du temps libre, est créé le 1er mai 1925, par le régime fasciste italien :  l'objectif est – précisément - de s'occuper du temps libre des travailleurs... !

 

Lancelot vient d'apprendre la mort - à 23ans – de son amie Suzanne, avec qui il avait partagé tant de choses pendant la guerre, à Fléchigné. La tristesse l'emplit à la nouvelle de cette mort subite, augmentée par la culpabilité de n'avoir pas été fidèle à toutes les promesses qu'ils avaient échangé...

Cette ''jeune mort'' l'éveille un peu plus au tragique de l'existence. Quel sens peut avoir, une vie, quand elle semble n'avoir rien accompli; comme la sienne en ce moment....

Ce qu'il sait; c'est qu'il ne s'agit pas de quelque chose à admirer, ou même à voir avant de disparaitre... Mais avoir laissé en soi, marquer la grâce de l'infini....

Si Lancelot n'envisage pas de faire carrière, il n'en reste pas moins motivé pour s'engager dans des causes qui lui semblent essentielles en ce début des années vingt, comme la défense de la religion et de sa culture et surtout, de la Paix...

Lancelot suit avec intérêt la ''croisade'' du Père Doncoeur qui parcourt la France pour s'opposer aux mesures anti-catholiques du Président Herriot, annoncées le 2 juin 1924 ; et la mobilisation de l'ACJF, autour du Général de Castelnau... C'est surtout, sur le terrain de la Paix, que Lancelot se sent concerné, et grandit en lui ce sentiment de la ''faillite des aînés''.

Victor Marguerite, avec son ''Appel aux consciences'' de 1925, est une personnalité qui l'intéresse, d'autant que le scandale créé par son roman ''La Garçonne'' lui a coûté sa légion d'honneur ( qui lui a été retirée!). Il lance un appel à réviser le traité de Versailles, signé par cent personnalités. Il prône le désarmement et les États-Unis d'Europe...

Rétablir la vérité sur le terrain pacifiste, s'apparente à l'idéal dreyfusard ; et Lancelot imagine pouvoir réunir différents courants de pensée autour de l'idée de Paix et, peut-être aussi, d'Europe...

 

Anne-Laure de Sallembier, partage son temps entre Paris et Fléchigné. Elle ne regrette pas que son fils, sa seule famille, n'envisage pas de quitter Paris et n'évoque jamais une vie professionnelle ou familiale qui l'éloignerait d'elle. Elle est satisfaite d'être complice de sa recherche, au travers de la littérature, de la philosophie, des sciences, et même de la politique...

Peut-être la mère de Lancelot, n'est-elle pas au courant de toutes les relations ( comme nous l'avons vu...) ou de toutes les activités de son fils... Ces années vingt, ne sont-elles pas nommées les ''années folles'' ? Et, aucun doute, Lancelot, a repris la Quête transmise par ses aïeux.

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Jacques Boulenger – Les Chevaliers de la Table Ronde.

Publié le par Régis Vétillard

Jacques Boulenger

Réunis par l'Action Française, Jacques Bainville dirige Lancelot vers Jacques Boulenger (1879-1944) dont il sait qu'il travaille sur la Légende arthurienne...

Boulenger, très aimable, semble assez sentencieux quand on commence à le questionner sur son travail... Puis, ses idées se bousculent, se corrigent les unes les autres ; Lancelot parvient à l'apaiser, en lui montrant qu'il connaît plutôt bien le sujet ; alors son propos ne craint pas d'être savant et passionné... Lancelot se régale... !

Boulenger admire Proust, et Gide aussi.. Julien Benda (1867-1956) l'intéresse, avec son questionnement sur l'esthétique ...

- Lisez Belphégor (1918), il développe l'idée que l'art doit viser à la beauté, si celle-ci incarne la raison. Il dénonce une esthétique du sentiment, de l’émotion, du flou...

- Vous êtes rédacteur en chef de ''L'Opinion'' et le chroniqueur littéraire...

- Le rôle de critique littéraire me pèse, on s'y fait des ennemis ou des indifférents. Je ne veux plus être un juge; et au nom de quoi? La beauté absolue? La critique devrait être un art, en elle-même...

- Vous avez défendu Proust, quand il était attaqué après le Goncourt...

Mais très vite, Lancelot parle de chevalerie, et d'héroïsme... Boulenger, pilote pendant la guerre, parle de chevaliers du ciel; et laisse entendre que cette aristocratie militaire l'a amené vers les chevaliers de la Table Ronde... Lui , qui avait fait l'École des Chartes, se devait de retrouver les textes anciens. Il s'était intéressé à Rabelais, avait aimé retrouver l'auteur dans sa vie quotidienne, autour d'anecdotes... Son érudition ne semble pas incompatible avec le goût des légendes, au contraire elles se complètent à merveille, pour faire renaître la légende arthurienne... Il se promène avec délectation parmi les textes anciens de la Vulgate, le Merlin du manuscrit Huth, le Joseph d’Arimathie de Robert de Boron, les poèmes de Chrétien de Troyes, etc...

Jacques Boulenger s'est décidé à transcrire la Légende, il fallait bien ses référence et ses connaissances pour qu'elle soit acceptée par ses pairs... Joseph Bédier qui s'est fort bien essayé avec le Roman de Tristan et d’Iseut, le soutient...

Boulenger remarque que Perceval, en français d’aujourd’hui, se prononce Parsifal !

Les anglo-américains, eux, n'ont rien oublié de la Tradition. D'ailleurs Boulenger possède une édition du Lancelot, en sept forts volumes publiée à Washington, de 1909 à 1913, par M. H. Oskar Sommer. Il suit, dans des revues spécialisées les articles de jeunes érudits - ainsi la thèse d’Albert Pauphilet sur la Queste del saint Graal - et bien sûr, nous avons aujourd'hui la très ingénieuse et très profonde Étude de Ferdinand Lot sur le roman de Lancelot (1918).

 

Lancelot s'étonne qu'un lettré puisse s'attacher à transcrire ces textes anciens, pour le public... N'y a t-il pas un risque d'appauvrir le sens … ?

C'est la difficulté : il faut obtenir du lecteur qu’il se plaise aux méandres des aventures, à leur fourmillement et à leur enchevêtrement. Il faut accepter de partir la féerie légère des contes de Bretagne, pour cheminer vers la légende sainte, chargée de symboles et de mystère.

Je souhaite faire passer le lecteur de la '' chevalerie terrienne'' à la '' chevalerie céleste''. Comme nous le dit Joseph Bédier «  Il faudra que paraisse dans l’action le héros qu’ont annoncé les prophéties, le chevalier aux armes couleur de feu, le Promis, le Désiré, Galaad, celui que tous à son approche salueront de la même parole d’accueil : « Sire, bien soiez vos venuz, que molt vos avons désiré a veoir » ; car il vient pour rompre les enchantements, pour mettre fin aux temps aventureux, pour animer les chevaliers d’Arthur à la recherche du saint Graal, qui n’est autre que la recherche de Dieu. Il faudra, en un mot, qu’après les livres courtois et féeriques du début, Merlin et Lancelot, se déroule le livre ascétique et mystique du Graal, puis encore le livre tragique de la Mort d’Arthur, où sera dépeint le Crépuscule des héros. »

C'est pour le rédacteur lui-même, multiples épreuves au Pays de la Merveille, sur la route qu’il se fraye à travers la forêt âpre et dure, de l'écriture … !

Jacques Boulenger a écrit, lui-même, sur sa manière d'écrire: « La race se marque dans le style par un certain tour vif, naturel, aisé, attique ou extrêmement français (c’est tout de même), qu’on y a de naissance et qu’on n’acquiert jamais ; par une façon inimitable de couper, d’agencer ses phrases, de choisir ses tournures, ses expressions, ses mots mêmes, de manière que tout ait d’abord un air « de chez nous », populaire ensemble et royal à force d’aisance, un je ne sais quoi de fort mais de léger, de traditionnel et de neuf, de vieux comme notre patrie et de jeune comme elle. »

Ainsi, de Jacques Boulenger (1879-1944) comme Adaptateur : L'Histoire de Merlin l'enchanteur (1922), Les romans de la la Table ronde (1922), Le Saint Graal (1923), Les amours de Lancelot du Lac (1923), Le Chevalier à la charrette (1923).

 

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Après la Grande Guerre, le Monde, les salons... 2

Publié le par Régis Vétillard

La ''grande Guerre'' a porté un coup fatal, à un certain monde qui se voulait élégant, aristocratique, intelligent, et ''grand '', avec des écrivains comme Anatole France, Régnier, Gourmont qui durent laisser la place à Gide, Claudel, Valéry, Giraudoux...

Avant-Guerre : « Nous nous étions fait dans notre petit groupe une sorte d'idéal d'humanisme élégant, de ''dandysme '' cultivé : on se réunissait au bar, et il ne s'agissait pas d'ignorer plus la mode des chapeaux de femmes que les hypothèses sur l'auteur des miniatures des Heures du duc de Berry. Le souvenir de Jean de Tinan régnait, le charmant P.-J. Toulet triomphait; ... on citait Catulle, on se battait en duel, on revenait toujours d'Italie, on inventait des cocktails, on discutait sur des points de langage » (Entretien de Jacques Boulenger avec Frédéric Lefèçre, Paris, 1926).

Rachilde


 

Rachilde (1860-1953), qui tient depuis trente ans la chronique des romans au Mercure, et lu en moyenne un livre par jour... écrit sur le roman de Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, qui vient de recevoir le prix Goncourt (1920): " Cela sent terriblement la mentalité d’avant-guerre; on devine que l’auteur de ce livre n’a pas bougé ni évolué..."

Rachilde habite alors rue de Condé, où Le Mercure a ses bureaux. Elle va continuer de tenir la chronique littéraire jusqu'en 1925... Elle apprécie les fresques romanesques de Roger Martin du Gard, de Georges Duhamel ou de Jules Romains, et a du mal à apprécier les romans de Gide ou de Mauriac...

Le Mercure de France se fait peu à peu supplanter par la Nouvelle revue Française; porteuse d'une littérature plus actuelle ...

A présent, Rachilde porte une soixantaine excentrique, ses cheveux blancs sont couverts d'un bonnet médiéval; elle porte des bijoux d'améthystes. Son visage est expressif, par son regard vif, ses yeux verts et son rire strident. Quelques jeunes artistes viennent encore à ses ''mardis'', avec l'espoir d'être soutenus par elle.

Lancelot, va croiser des jeunes-gens ( elle les appelle « ses poussins ») comme André David, Jean-Joë Lauzach, le danseur turc Nel Haroun ( de son vrai nom, Joan Nicolaï Nicolesco, un danseur roumain, dont s'était épris Rachilde..!) … et un étrange personnage: Homem Christo.

Jean-Joë Lauzach, d'une famille bretonne, se dit descendant de corsaires enrichis et reconvertis en aristocrates... A dix-huit ans, il devance l'appel et s'engage pour se retrouver dans l'enfer des tranchées... Il est ''poète du vent marin'', jusque sur les terres de Brocéliande. Il se dit curieux de récits féériques, et veut réussir une oeuvre à la mesure de ses rêves... Rachilde assure que Lauzach est un "littérateur né" ... Bien-sûr Jean-Joë questionne Lancelot sur son prénom, et très vite chacun s'intéresse à l'autre...

Lauzach lui parle d'un endroit mystérieux, nommé ''Le Val sans retour '' ( Lancelot connaît la légende ) et d'un texte sur lequel il travaille: l'intrigue se passerait du côté de Tréhorenteuc, un village de sorciers et de rebouteux, que l'on craint de traverser la nuit, par peur des sorts... Il modifie un peu l'intrigue, et la situe au temps d'un seigneur, duc de Tintagel. Il a deux filles, dont l'une, Morgane, qu'il préfère. Le duc est tué dans un accident de chasse; et le roi Uter Pendragon de passage, s'éprend de la duchesse Ygienne; et retourne chez lui, accompagné des trois femmes...

Morgane passe son temps à lire les vieux grimoires de la bibliothèque du château, devient si savante, qu'on la nomme '' Morgane la fée"... Amoureuse d'un chevalier, qui la trompe, elle jette un enchantement sur le val...

Le héros du livre va rencontrer une ''sorcière'' (Marie Ragon), qui lui raconte cette histoire, l'invite chez elle, où vit aussi sa nièce... Survient l'amour impossible et le drame ... Marie Ragon, pour lui transmettre ce qui ne peut être écrit, initie Jean Trégor à la sagesse de Merlin ....

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