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Septembre 1938 – Accords de Munich

Publié le par Régis Vétillard

Jean Luchaire, qui fréquente toujours les bureaux ministériels, lors des ministères Chautemps, sous des visites cordiales, s'ouvre à l'un ou l'autre dont Lancelot sur ses critiques du Front Populaire et en particulier envers la politique sociale démagogique communiste. Il veut soutenir les politiques d'apaisement, dit-il de Chautemps, Bonnet et Paul-Boncour.

Le directeur de Notre Temps, sent la guerre se rapprocher, mais - dit-il - on peut l'éviter si on s'arrange avec l'Allemagne et si la France prend de l'assurance ( forte de son Empire) : la France doit reprendre le travail !

Daladier et Georges Bonnet au quai d'Orsay, lui redonnent confiance... Leur voyage à Londres et la volonté britannique de ne pas garantir l'indépendance de la république tchèque conforte Luchaire.

 

Nos services de renseignement, s'accordent avec Bonnet, pour demander à Luchaire de rester en contact avec Abetz ( qui a épousé la secrétaire de Luchaire en 1932) , afin de connaître l'état d'esprit de Ribbentrop et d'Hitler...

« Dans les huit jours qui précédèrent la conférence du même nom [Munich], Abetz vint à Paris et reprit avec moi les contacts interrompus depuis si longtemps. A ses yeux, comme aux miens, il fallait éviter le conflit menaçant ; je fis de mon mieux pour ma part auprès de mes amis politiques, notamment auprès de Georges Bonnet, Ministre des Affaires étrangères, Eugène Frot, Gaston Bergery, Anatole de Monzie et Pierre-Etienne Flandin. Ces efforts ne furent pas vains, comme on put le constater la semaine suivante ( Interrogatoire Luchaire, Nice, 02/07/1945, p.16.). »

Jean Luchaire

 

Luchaire pense que huit français sur dix, refusent la guerre, par ''mauvaise conscience'' envers l'Allemagne, victime de Versailles ; nous ne pouvons plus tenir cette politique internationale tendue depuis vingt ans.

 

Les opinions politiques britanniques se satisfaisaient que la France empêtrée dans un socialisme ( finalement moins dangereux qu'elles craignaient...) ne pouvait plus espérer dominer l'Europe ( même du haut de ses colonies..) ; mais elle reste belliciste, aussi pensent-ils, pourquoi ne pas laisser les Français, ou encore mieux les Russes, livrer bataille en Europe...

Les français pensent que la Grande-Bretagne - à l'abri derrière la Manche - nous laisse le risque de la sécurité en Europe; cependant elle reste notre principal allié, et il n'est pas judicieux de s'en détacher. Quant à l'Urss, si elle n'est pas avec nous, elle sera contre nous, mais Daladier craint d'alarmer l’Allemagne, face à ce qu'elle appellerait une tentative d'encerclement...

 

Chamberlain rejette l'idée de ''grande alliance de Churchill '' et la proposition soviétique d'une conférence internationale. Chamberlain semble disposer à négocier avec Hitler, mais refuse une alliance avec Staline.

 

Après l'annexion de l'Autriche, Hilter s'est tournée du côté de la Tchécoslovaquie avec le rattachement des sudètes au Reich. Or la France a signé en octobre 1925 à Locarno un pacte d'assistance avec la Tchécoslovaquie et la Pologne contre une éventuelle agression allemande. L’Angleterre décide de négocier, mais Hitler élève ses exigences ( encore plus, et plus vite … !)

Le 24, la France décide une mobilisation partielle.

Sur la ligne Maginot, les troupes françaises sont en état d'alerte.

André Weil, comme diplômé de l'École normale, est versé dans le cadre des officiers de réserve. En septembre 1938, il voit se préciser des risques de guerre... Il n'est pas prêt à mourir pour un conflit absurde, selon lui. Il écrit « ...je me sens aussi loin des pacifistes inconditionnels que des patriotes intransigeants, s'il en reste, ou bien des gauchistes fanatiques ».

Il part en pays neutre, la Suisse, puis envisage d'émigrer aux États-Unis. Il invoque un prétexte quelconque ; il y restera deux jours...

 

La Guerre est là ! La France doit répondre à ses engagements

Mussolini propose une conférence...

** 29 - 30 septembre 1938: accords de Munich. ( sans la Tchécoslovaquie, sans l'Urss …)

Daladier acclamé - 30sept 1938 - Retour de Munich

Les quatre puissances décident de la cession immédiate des Sudètes à l'Allemagne. La Tchécoslovaquie n'a pas participé aux négociations. Hitler proclame la fin de ses revendications européennes...

Daladier et Chamberlain sont, chacun, accueillis triomphalement. La Paix est saluée : Léon Blum, dans Le Populaire du 1er octobre : « Il n'y a pas un homme et pas une femme en France pour refuser à Chamberlain et à Daladier leur juste tribut de gratitude. La guerre est écartée. Le fléau s'éloigne. On peut reprendre son travail et retrouver son sommeil. On peut jouir de la beauté d'un soleil d'automne. Comment ne comprendrais-je pas ce sentiment de délivrance puisque je l'éprouve ? »

La chambre des députés ratifie l'accord : ont voté contre les 73 députés communistes, un socialiste Jean Bouhey, et un député de droite Henri de Kérilis.

Emmanuel Berl affiche sa satisfaction que l'on ait évité la guerre de justesse. Quelques-uns de des amis de la NRF, le condamnent. Au nom de l'ant-fascisme, la polémique s'écrit entre ''Les Pavés de Paris'' ( de Berl) et, Julien Benda et Schlumberger de la NRF.

Gide et Benda, congrès des écrivains, 1935

Berl veut vaincre Hitler par la paix, et non par la guerre,

Berl ajoute que sa revue (les ''Pavés de Paris'') a été fondée pour démasquer et pour déjouer le complot ourdi contre la paix par les agents directs, ou indirects, ou avoués, ou secrets du Komintern.

 

Daladier entretient une confusion volontaire entre ''réfugié'' ( tchèques, allemands, autrichiens ou espagnols) et agents communistes. Loi du 12 novembre 1938 pour « le contrôle absolu à l'accès sur notre territoire » prévoit un internement administratif des « indésirables étrangers »/

Berl soutient cette politique, que les réfugiés soient juifs ou non.

Au moment de Munich, après une hésitation due à ses convictions pacifistes qui le rangent d'abord du côté munichois, Mounier ne tarde pas à rejoindre le camp des anti-munichois. Fabrègues, en revanche, reste hostile à tout conflit menaçant la civilisation occidentale et se montre délibérément favorable à Munich.

Emmanuel Mounier réagit et parle de « la félonie Daladier-Chamberlain ».

Fabrègues qui avait préparé sa valise en cas de mobilisation est rassuré, au contraire : «  s’il n’y a pas de trop gros incidents guerriers en Tchéco-Slovaquie et si le parti juif de la guerre qui se démène en France ne parvient pas à nous affoler, si. (comme il est actuellement certain) l’Angleterre est décidée à maintenir la paix et la France décidée à modeler son attitude sur celle de l’Angleterre, il ne doit pas y avoir de guerre européenne. » Et cela, même s'il considère avec Maulnier que l'empire français, l’empire britannique, et un jour ou l'autre la puissance industrielle des Etats-Unis, font que nous avons « dix fois plus d’atouts que l’adversaire encore aujourd’hui ». Mais la guerre moderne serait trop destructrice, et mettrait en péril la civilisation..

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1935 – Pierre Laval.

Publié le par Régis Vétillard

Josée et son père Pierre Laval

Le 19 août 1935, Josée Laval épouse le comte René de Chambrun en la basilique Sainte-Clotilde de Paris. Anne-Laure de Sallembier reçoit une invitation pour la réception du mariage ; non du fait de sa proximité avec la famille ; mais parce qu'elle appartient au réseau d'influence entourant Florence Gould, qui reçoit à l'hôtel Meurice à Paris où elle tient salon, le jeudi. Florence Gould avaient, dès 1924, créé ses repas littéraires : les Meuriciades, auxquels participent encore Mauriac, Léautaud, Paul Morand, Gide...

La mère de Lancelot a en tête - pour faciliter la carrière de son fils – de pallier à l'absence de son mentor Painlevé ; en présentant son fils au ministre Laval. Il ne s'agit pas d'un choix influencé par le charme de l'homme ; mais, peut-être, par celui dégagé par sa fille, et son entrain qui remédie fortement au manque de charisme du père...

Pierre Laval (1883-1945)

Lancelot explique à sa mère, pour la dissuader, que l'homme Laval est à mille lieux de ce que pouvait représenter Painlevé. Ce n'est pas un intellectuel, encore moins un littéraire ou un scientifique. C'est un ''beau-parleur'', il semble avoir peu approfondi son sujet, et y pallie par une attitude à coller à ce que son interlocuteur souhaite de lui ; mais ne prend jamais une position définitive.

Pierre Laval fait partie de cette classe politique qui tient les rennes de la IIIème République, les ministres se cooptent, s'échangent leurs bureaux, partent et reviennent...

Anne-Laure a du mal à cerner la position de son fils à l'intérieur du ministère. Sans doute ne lui a t-il pas préciser ses fonctions exactes ; nous-mêmes avons du mal à les reconstituer. Lancelot est au service des politiques qui passent dans les ministères, et en particulier celui de la Guerre et du président du Conseil. Il est chargé d'informer les décisionnaires politiques des résultats de l'investigation des services de renseignements à l'étranger. Lancelot est également documenté par le renseignement militaire sur des allemands présents en France et classés par la Sûreté comme ''agents de propagande nazie'' ; certains dépendent, mais pas seulement, de l’ambassade ou ou de l'office de tourisme allemand, avenue de l'Opéra.

En 1931, Pierre Laval devenu Président du Conseil, s'est rendu aux États-Unis. Sur place le franco-américain , René De Chambrun, a déjà fait visiter le pays au Maréchal Pétain, qu'il connaît depuis son enfance... Cette même année, il a donc aussi reçu Laval et sa fille ( premier contact entre René et Josée ) et ont rencontré le Président Hoover.

Pierre Laval serait le disciple d'Aristide Briand. La France reste encore puissante, il séduit Hoover et les américains et affirme à chacun qu'il veut la paix.

 

Jean Luchaire, s'est dit impressionné par son voyage à Berlin, en mai 1934. Il a 33ans, il garde son brio, son entrain ; sort beaucoup, s'affirme dandy et esthète ; le ''maître à penser'' de cette génération est Paul Morand.

Sa revue '' Notre Temps '' constitue sa ''tribu'', autour du« trio de grands inséparables » - que sont Jean Giraudoux, Luchaire, et Drieu la Rochelle - comme les appelait Natalie Clifford. Il invite des grands auteurs, incite au débat. Il côtoie de près Drieu, Giraudoux, Sarment, Dekobra, Pierre Benoît ou Mac Orlan, Julien Green, Jean Prévost ou Simenon, Claude Aveline, ou le journaliste littéraire Marcel Espiau ( qui se dit luchairien).

Pierre Laval signe un accord avec Benito Mussolini (à droite) en 1935

L'actualité est fournie et il est laborieux de décrire et défendre les positions exactes des pays voisins de la France ; par exemple, pour ce qui est de l'Italie : rappelons, qu'en 1934 Mussolini ( qui dirige l’Italie fasciste depuis 1925) a envoyé des troupes sur la frontière du Nord pour faire échouer la tentative d'annexion de l'Autriche, par Hitler... Mussolini dénonce le national-socialisme comme une « barbarie » qui « serait la fin de notre civilisation européenne ».

Le 9 octobre 1934, Laval est revenu au ministère des affaires étrangères, après la mort de Barthou. Depuis 1933, l'Allemagne ne paye plus les réparations, elle a claqué la porte de la Conférence du désarmement, et quitté la SDN.

Lors de la conférence de Stresa qui se déroule du 11 au 14 avril 1935, l'Italie, le Royaume-Uni et la France condamnent conjointement les violations allemandes du traité de Versailles.

 

Jean Luchaire se veut être, plus qu'un politique, un patron de presse( ''Notre Temps''). Toujours à cours d'argent, il en vient à accepter de l'argent, du quai d'Orsay ( sur fonds secrets) , mais aussi d'Allemagne. Pierre Brossolette le soupçonne de recevoir les fonds d'Otto Abetz... Des amis partent, Pierre Brossolette en 1934 à Robert Lange en 1935.

 

Vendredi 7 juin 1935, Pierre Laval est nommé Président du Conseil, pour un nouveau gouvernement, le troisième en un peu plus d’une semaine. Il affirme à chacun qu'il veut la paix.

Luchaire se réjouit de la constitution du cabinet Laval lequel serait « déjà en passe de recueillir, sur le terrain international, l'héritage de Briand » ( Luchaire, « Ministère Laval, ministère de trêve », Notre Temps, n°562, 14/06/1935.) »

« L'expérience Laval techniquement bien conduite, constitue la dernière chance de l'économie libérale » ( Luchaire, « Suprême tentative de déflation », Notre Temps, n°568, 26/07/1935). »

 

Mardi 18 juin 1935, est signé un accord naval entre les britanniques et l’Allemagne ce qui trahit les accords de Stresa, et constitue, de fait, l'abrogation du traité de Versailles !

Mercredi 26 juin 1935 est institué en Allemagne le travail obligatoire : la jeunesse allemande durant les six mois qui précèdent le service militaire, est rassemblée dans des camps, hommes et femmes construisent des routes, des casernes ou encore des logements.

En 1935, la ''crise'' est là. En juillet, Pierre Laval met en place une sévère politique d'austérité. La grande majorité des dépenses publiques sont réduites de 10% tout comme les salaires des fonctionnaires et les pensions des millions d’anciens combattants. L’impôt sur le revenu lui, est majoré de 10%. En contrepartie, les ménages français voient leurs loyers et factures de gaz, d’électricité diminuer de 10%.

Josée Laval (1911-1992)

Pierre Laval s'est rendu à Moscou en mai 1935. A Staline, il soutient le rapprochement... et espère faire peur à Hitler.

Le 15 septembre 1935, en Allemagne sont adoptées les lois de Nuremberg : les Juifs sont privés de leur citoyenneté et de leurs droits politiques. Le drapeau à croix gammée est officiellement adopté comme drapeau national du Reich allemand, en remplacement du drapeau impérial.

Pour le ''Time'' : Pierre Laval est l'”homme de l’année” 1935. Sa fille Josée a épousé le comte René de Chambrun ; le couple fait des affaires, va aux courses, et le soir s'habille de haute couture.

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Les Années 1930 – à Paris, la vie intellectuelle 3

Publié le par Régis Vétillard

La crise économique rend instable la vie politique. Le parti radical, toujours dominant gouverne avec la droite, mais il est en crise, d'autant que son électorat, les classes moyennes, perd en pouvoir d'achat. En 1932, le résultat des élections, avec le progrès de la SFIO, portent les radicaux vers la gauche.

Les ''non-conformistes'' lancent le ''ni droite, ni gauche'' dans un front commun de la jeunesse intellectuelle. Denis de Rougemont pense pouvoir réunir des jeunes de l'Action Française, des personnalistes d’Esprit et de l'Ordre Nouveau, et même des communistes ( comme Paul Nizan, par exemple) . Ils ont tous lu et partagé : Décadence de la nation française et Le Cancer américain de Robert Aron et Arnaud Dandieu dès 1931, La Crise est dans l'homme de Thierry Maulnier ou Le Monde sans âme d'Henri Daniel-Rops en 1932

 

Lancelot reste proche de Painlevé, fatigué il réussit à concilier la politique, et ses travaux personnels. Il soutient la vitalité de de l'aérien dans la défense de la nation ; et se passionne pour les travaux d'Einstein. En novembre 1931, il a participé au congrès du désarmement organisé par L’Europe nouvelle.

Dans Notre Temps du 12 Octobre 1930, un article de Brossolette titrait : « Faites la guerre ou désarmez » Brossolette appelait au désarmement...

Lancelot a longuement échangé avec Painlevé sur le nationalisme allemand ; de nombreux renseignements, ciblent ''le projet de Zollverein '' austro-allemand, qui prévoit un '' Anschluss '' avec l’Autriche ; puis avec la Hongrie... Painlevé y voit le même scénario qu'en 1914 ; à ceci se combinent l'insatisfaction de l'Allemagne suite au traité de Versailles, la crise économique... Aussi, en réaction contre le succès nazi, Painlevé met en garde Lancelot contre un pacifisme intégral... Malade, il prend connaissance des résultats électoraux de la présidentielle de 1932, en Allemagne : 36,7% pour le NSDAP ; Hindenburg est réélu président du Reich.

Le 30 janvier 1933, Painlevé, alité, apprend qu'Adolf Hitler est nommé chancelier ; il prédit à Lancelot la mort de la civilisation européenne... Après avoir obtenu, les pleins pouvoirs, Hitler proclame le NSDAP, parti unique.

Painlevé tient absolument à soutenir les victimes de l'antisémitisme allemand. Anne-Laure le visite souvent, ils lisent ensemble, en allemand, Faust de Goethe. Il meurt le 29 octobre 1933. Le Parlement organise des funérailles nationales et une inhumation au Panthéon.

 

Le front de la jeunesse - instrument d'une rénovation politique, de la LAURS, aux mouvements fondés par Jean Luchaire et Otto Abetz - se divise sur l'idée de pacifisme. Le rêve européen semble s'évanouir ; mais reste l'ambition d'opposer au vieux monde, le front d'une jeunesse révolutionnaire.

Lancelot se souvient d'une soirée de l'Union pour la Vérité, en février 1933 avec des membres de la Jeune Droite comme Daniel-Rops, Maxence, Maulnier, avec Mounier et Izard d'Esprit, avec Rougemont, Dandieu de L'Ordre Nouveau, André Chamson

Photo: Denis de Rougemont Avec Emmanuel Mounier (à droite) lors d’un congrès d’Esprit, 1934

 

Tout ceci reçoit le choc brutal du 6 février 1934 ; l'occasion de passer des cartels pacifistes de la fin des années vingt, au choix entre fascisme et anti-fascisme. Esprit refuse de se politiser, et Bergery, radical et ''jeune-turc'', fonde ''le front commun'' anti-fasciste. Rougemont ( L'Ordre Nouveau) maintient son appel à la '' Révolution spirituelle'' :

« Quand nous disons « spirituel d’abord », nous ne voulons pas qu’on entende intellectuel, idéaliste, clérical, ni surtout « spiritualiste ». ( …) Nous ne disons pas : « Esprit ! Esprit ! » Nous disons « spirituel ». Cet adjectif qualifie l’acte personnel, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus humain dans l’homme, le sommet de ses hiérarchies, le fondement réel de sa liberté. On nous a reproché de ne pas définir la personne qui est à l’origine de toute notre construction. Répétons donc que pour nous : la personne c’est l’individu engagé dans le conflit créateur. Conflit qui se résout par l’acte, 

(…) Une révolution n’est pas seulement une redistribution des biens matériels suivant une autre méthode que la capitaliste. Nous ne sommes pas disposés à défendre la répartition actuelle des richesses, mais nous exigeons que, sous le prétexte, trop souvent fallacieux, de doter l’homme de ces biens matériels, on ne le prive pas à jamais de toute possibilité spirituelle, non seulement d’en posséder, mais d’en concevoir d’autres. » « Spirituel d’abord », L’Ordre nouveau, Paris, n° 3, juillet 1933, p. 13-17. Texte rédigé avec Daniel-Rops.

Jean Luchaire (à droite)

 

A ''Notre Temps'' chacun se disait ''réaliste'', et Luchaire ajoutait ''technique''. Il s'agirait alors de créer un ''Etat technique'' basé sur l'économie, loin des querelles religieuses... On s'interrogeait sur l'Etat moderne au titre du réalisme, doit-il employer des ''méthodes d'autorité''?

Luchaire projetait également une réorganisation politique ; envisageant que la ''nouvelle génération'' s'unisse par l'action sur le terrain pour une gauche unitaire, « sans se diviser, sans se combattre au nom de vieux dogmes, de vieilles idéologies et d'étiquettes vides de sens présent. » Luchaire, « La vraie "gauche unitaire" », Notre Temps, n°6, 15/02/1930.

Une réflexion qui s'adressait avant tout au parti Radical ; mais qui a eut peu d’effets...

De plus Pierre Brossolette, se demandait si Notre Temps n'excluait pas le socialisme ? ( lettre du 4 mai 1930). Il rejoignait l'idée de la nouvelle génération, mais contestait une unanimité de vues sur le plan politique.

 

En 1933, la question à propos du pouvoir national-socialiste en Allemagne, se pose. Luchaire maintient sa position du rapprochement entre les deux pays ; Brossolette le trouve gravement compromis.

La SFIO fait face en son sein à la contestation des ''néo-socialiste'' qui veulent une révolution constructive, technicienne, planifiée, et non-marxiste.... Luchaire se dit intéressé.

Au lendemain du 6 février 1934, Luchaire dénonce « une bande de factieux en révolte contre la légalité » et se fait le défenseur de la légalité républicaine. ( Notre Temps, n°36, 07/02/1934.)

 

Mais Luchaire persévère dans sa volonté d’un rapprochement toujours plus politique et Notre Temps devient une revue inconditionnellement favorable à Hitler et à sa politique révisionniste. À son tour le réarmement allemand est justifié ! Sans doute la revue est-elle financée, de façon occulte, par Otto Abetz. Telle est au moins la conviction de Brossolette !

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Les Années 1930 – à Paris, la vie intellectuelle 1

Publié le par Régis Vétillard

Ses nouvelles fonctions au Ministère de la Guerre ne permettent pas à Lancelot de prendre publiquement position sur le plan politique. Et s'il doit être bien informé, il doit rester discret et abandonner tout désir de notoriété...

Les services français sont de plus sollicités par les politiques sur les intentions des dirigeants allemands... Lancelot se rend souvent en Allemagne ; il fait le lien entre le ministère et les diplomates, et beaucoup plus discrètement avec des informateurs, et des journalistes comme Xavier de Hauteclocque.

Ses interlocuteurs allemands, officiellement, sont très heureux de coopérer avec l'intelligentsia française... Lancelot organise des rencontres culturelles par le biais de l'ambassade à Berlin, facilite le séjour de jeunes universitaires comme celui de Raymond Aron, de 1931 à 1933.

 

A Paris, Lancelot retrouve les participants de la revue ''Notre Temps'', qui ouvre ses pages à de nombreux auteurs germanophones. La question du moment reste le règlement des réparations de l'Allemagne. Brossolette et Luchaire y consacrent de nombreux articles.

1935-Pierre-Brossolette

Ne s'agit-il pas à présent de bâtir « un édifice nouveau à la place de l'ancien qui s'écroule ». Une attitude nouvelle permettrait de revoir la dette, de l'Allemagne vis à vis de la France ; et … de la France vis à vis des Etats-Unis ! Cette question est liée à celle du désarmement... Luchaire défend l'idée d'un arrangement avec l'Allemagne, à tout prix ; la France ayant tout à gagner de cesser d'être l'oppresseur. Brossolette alerte des dangers que représenterait le réarmement de l'Allemagne, mais pour Luchaire, il s'agit d'une question d'amour propre national, et non de résolution offensive.

 

Lancelot, finalement fréquente les milieux qui pour sa génération, sont moteurs dans l'action politique et intellectuelle du moment. Son milieu d'origine, une droite orléaniste et libérale, représente aujourd'hui une classe bourgeoise qui s'est très bien adaptée à la troisième République, elle a même coupé sur le plan politique, un peu moins sur le plan intellectuel, le lien avec l'Action Française …

Pour échapper à l'emprise marxiste ; beaucoup de jeunes se réfugient au Parti Radical, parti de gouvernement, avec la détermination d'intervenir sur les choix politiques qui ne sauraient être que déterminants en cette période de crise...

 

Dans les milieux que continuent de visiter Anne-Laure de Sallembier, il est toujours de l'habitude d'indiquer dans le Bottin mondain son jour de réception. On se reçoit, pour dîner et lire des textes des grand écrivains ''survivants''...

Les femmes peuvent porter successivement robe de sport pour le matin, robe de ville pour le shopping, robe de cocktail en fin d'après-midi, puis enfin robes du soir. L'innovation d'Elsa Schiaparelli, avec sa robe sirène : toute droite, permet aux élégantes de passer la journée sans changer de toilette. L'homme distingué a abandonné la jaquette, il se permet de paraître en pull-over, ou en chemise sport.

 

François Mauriac apprécie les bars à la mode, et fréquente les Deux-Magots, comme beaucoup d'autres artistes ou intellectuels, Elsa Triolet, Louis Aragon, André Gide, Jean Giraudoux, Picasso, Fernand Léger…

Comme Lancelot, vous pouvez avoir la surprise de croiser André Gide, qu'il vous reconnaisse et vous invite à boire un porto dans un café ; surprise toujours qu'il vous écoute attentivement lui raconter les déboires maritaux d'Elaine...

Il conseille de lire Mauriac ; on y retrouve dit-il cette sorte d'angoisse qui n’appartient qu'aux chrétiens... Lui, il se dit bien heureux de s'en être échappé...

Gide ajoute « Ceux qui cherchent à voir avec ''les yeux de l'âme'', sont ceux qui n'ont jamais su vraiment regarder. » Lancelot ne partage pas cette vision. Le dieu dont parle Gide serait dissous dans la nature, et ce n'est de la foi dont nous aurions besoin, mais de l'attention. Ce dieu mérite t-il encore le nom de Dieu ?

Ils parlent de Thomas Mann, que Gide vient de rencontrer lors de son passage à Paris, et qu'il souhaite revoir. Il devrait aller à Berlin et Munich à la fin de l'été.

Gide raconte une soirée dans le salon de Mme B. où la présence de « trois princesses » est plus qu'il « ne peut supporter. ».. !

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Une jeune génération, impatiente...

Publié le par Régis Vétillard

Paul Painlevé, que Lancelot, rencontre fréquemment avec sa mère ; s'intéresse à lui et à ses passions scientifiques assez éclectiques, qui vont des mathématiques, à l'astronomie, en passant par la télégraphie sans fil. Il l'encourage, lui offre des ouvrages savants et laisse entrevoir que ses compétences pourraient bien être utiles dans son ministère... Je rappelle que Paul Painlevé (1863-1933) est un mathématicien, homme politique et ministre de la Guerre ( 1925-1929), et grand ami d'Anne-Laure de Sallembier.

Painlevé, n'est pas mécontent, non plus, de voir Lancelot affirmer un pacifisme militant... Lui-même, malgré ses fonctions, affiche cette conviction, d'ailleurs il réduit le service à un an... En effet, le jeune homme s'émancipe de son groupe originel, et éprouve beaucoup d'intérêt a rencontré d'autres espaces, en particulier ceux représentés au GUSDN ( Le Groupement universitaire pour la Société des Nations) animé par Robert Lange qui bénéficie de l'aura de son oncle Bergson... Les réunions sont nombreuses, et les appuis de personnalités sont relativement intéressants, avec de nombreux contacts avec Genève et Londres... On fête l'entrée de l'Allemagne dans la SDN en 1926. Une paix est possible, et finalement l'action de Briand est reconnue par tous...

 

Paul Painlevé ( le pacifiste !) occupe de façon quasi continue le ministère de la Guerre - dans lequel travaille Lancelot - puis celui, tout nouveau, de l’Air. Il sera l'un des rares à assumer l'idée européenne d'Aristide Briand. Ce dernier, lors de son discours du 5 septembre 1929 à la tribune de la SDN, parle d’« une sorte de lien fédéral » qui devrait unir «  les peuples qui sont géographiquement groupés, comme les peuples d’Europe.»

Une jeune élite se forme ainsi à la politique, en rupture avec la politique en place: elle s'exerce aux joutes verbales, ne craint pas la confrontation de ses idées, jusqu'aux provocations. On tente de rallier à soi, pour constituer de nouvelles communautés... Parmi cette jeunesse entreprenante, Jean Luchaire semble plein d'ambition....

 

Depuis 1922, Luchaire tente de convaincre Lancelot, que de l'Action Française au socialisme, on peut créer un mouvement de jeunes pour imaginer autre chose que le système républicain en place... La jeunesse est avide d'agir, sensible aux postulats de progrès, de fraternité et de rationalisme … D'ailleurs, Lancelot, s'interroge sur la possibilité d'être – en même temps - rationaliste et chrétien …

Luchaire s'oppose aux ''Camelots du Roi'' qui à son avis terrorisent, sans plus, l’université. Lancelot reconnaît un militantisme violent qu'il récuse...

Pour l'instant la jeunesse ne bouge pas parce qu'elle ne trouve pas la théorie qui va la mobiliser... Mais on ne part pas de rien : il s'agit d'affiner la création " d'une théorie conforme aux faits et à notre tendance mentale", puis d'en affirmer publiquement quelques principes, qui seront la base du mouvement....

Bertrand de Jouvenel estime que les politiques d'avant-guerre n'étaient pas compétents ; et depuis la fin du conflit, rien n'a changé... « Ni réforme administrative, ni réorganisation économique, ni révision de la Constitution, ni refonte du code, ni réparations, ni sécurité, ni prospérité, ni liberté, ni paix, voilà la bilan de cinq années. » Jouvenel, dans Vita, n°2, 02/1924

A plusieurs reprises Jouvenel est à Genève, pour le compte de Vita; il défend la solidarité des pays face aux dégâts causée par le militarisme allemand, et leur sécurité par le désarmement de l'Allemagne.

Ils veulent être pragmatiques et ne prendre en compte que le fait économique, et se défient des positions idéologiques de droite et de gauche:

« Nous proclamerons l'interdépendance des nations qui fait le blé moins cher. » (…) Nous étudierons tout à tour les différentes matières premières [...], nous rechercherons uniquement comment les rendre plus abondantes, meilleur marché, c'est-à-dire comment améliorer les conditions de vie, et avancer la civilisation. »

En 1926, Drieu La Rochelle, rejoint Luchaire, De Jouvenel et beaucoup d'autres situés autour de ce que l'on appelle, la ''Jeune Droite'' et qui se cherche, entre royalisme, personnalisme, justice sociale... Luchaire se félicite de son initiative: « La décadence des vieilles formations politiques et le développement de nouveaux groupes me paraissent être des phénomènes inéluctables... et bienfaisants » ( Luchaire, La Volonté, 01/02/1926.).

« Alors souhaitons de voir vivre et prospérer en France, le plus tôt possible, ce nouveau parti de droite, dont les idées se rapprocheraient d'une façon aussi extraordinaire, de ce que devraient être un nouveau parti de gauche... Ce ne serait pas l'union sacrée de la génération nouvelle, mais ce serait une vaste collaboration possible, d'où pourrait sortir une vaste et pratique réorganisation du pays. »

« Nous trouvons que la première chose à faire, c'est de réparer les ruines de la guerre, c'est de combler un trou formidable provoqué par cinq ou dix ans de consommation effrénée et inutile, c'est de donner à manger à l'Europe et de la mettre en état de soutenir sur notre petit globe, la lutte économique mondiale. » Luchaire La Volonté, 01/06/1926..

La revue ''Notre Temps'' - une ''revue-carrefour'' - créée par Jean Luchaire en 1927, a le projet de devenir l'organe représentatif de la nouvelle génération, et pas seulement en France, ouverte à tous les européens... Proche de Briand, il réussira à obtenir la collaboration du radical Pierre Mendès France et du socialiste Pierre Brossolette... On y trouvera des textes de Proust, Rilke, Wells, à côté de Giraudoux et Drieu La Rochelle... Luchaire a 26ans et un formidable carnet d'adresse d'écrivains de tous bords...

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Jean Luchaire – Elaine de L.

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot ressent une certaine sympathie pour Jean Luchaire, de même âge et une certaine ascendance intellectuelle, et pour qui la réussite semble sourire.. Des points communs : un goût pour l’étranger ( l'Italie pour Jean) et un désir politique ancré sur le pacifisme ; et une différence non dénuée d'intérêt, qui est la base socialiste de ses convictions …

Entreprenant, Luchaire a déjà tenté la création d'une revue '' Vita '', abandonnée puis reprise en 1924: Il dénonce le mépris et la haine entre les anciens belligérants, et le Traité de Versailles... Il imagine la suppression des armées nationales, la suppression des égoïsmes nationaux...

Luchaire souhaite intervenir dans le débat politique et avec quelques uns lancent un manifeste, l'Effort , c'est une étape. En 1921, ce sera '' La Jeune Europe''...

Jean Luchaire réussit à s'inscrire dans une carrière journalistique ; il intègre '' l'Ere Nouvelle'' et ''Le Matin''

Lancelot se sent appartenir à une jeunesse qui veut affirmer aux générations précédentes sa différence : l'internationalisme, et une inquiétude de l'avenir, qui se traduit en questions, ruptures et recherche d'engagement... On s'amuse, on discute et on se dispute... Chacun teste des groupes, des ligues, des conférences... souvent éphémères. On s'engage dans des joutes verbales afin de chercher de nouveaux cadres théoriques...

Lancelot, de nature, serait plus intéressé par des questions sur les passions, l'existence de Dieu, et la marche des mondes ; mais dans l'ensemble, sa génération est peut-être plus pragmatique, et se confronte davantage aux rapports internationaux, à la politique et à l'économie...

 

Le jeudi, au 86, rue Claude-Bernard, les époux Luchaire reçoivent beaucoup de monde, on peut y croiser ( en mélangeant les époques …) : Paul-Boncour, Osuski, l'ancien ministre de Tchécoslovaquie, Stève Passeur, Claude Dauphin, Paul Reynaud, Pierre Brossolette, Pierre Laval, Otto Abetz, Léo Ferrero, Jacques Chabannes, Marcel Achard et Stève Passeur, Pierre Mendès France et Bertrand de Jouvenel, Rainer Maria Rilke, Paul Colin, Jean Fayard aussi bien que Louis Martin-Chauffier, Claude Aveline ou Georges Auric, Alfred Fabre-Luce et même Jean Giraudoux.

Titaÿna

On discute politique, théâtre. On fume, on se fâche ( source Corinne Luchaire, et Gilberte Brossolette)

 

Lors de l'une de ces soirées, l'invitée vedette est Titaÿna ( Élisabeth Sauvy (1897-1966)) une jeune femme d'action, les cheveux noirs bouclés, belle, « aux yeux de bédouine ( P. Mac Orlan) », mince, nerveuse... Romancière ( en 1925, avec 1925 ''la Bête cabrée'') et en train de devenir ''reporter''... Chacun, chacune est aimantée vers cette jeune femme qui pourrait représenter le modèle de la femme des ''années folles'', avec les rythmes de jazz qui résonne dans un dancing comme le ''Bouf'', cabaret que Titaÿna fréquente...

 

Lancelot, lui, s'est approché d'une femme, un peu en retrait, et dont il saura beaucoup de choses à l'issue de cette soirée...

Elaine de L. est la fille d'un sénateur, elle s'est mariée à dix-huit ans. L'union est devenue désastreuse, la jeune femme dépérit et songe à prendre le voile... Elle part en retraite dans un monastère, mais son père la récupère ; et lui propose de surseoir à sa décision, en l’accompagnant dans un grand tour culturel en Italie...

Réflexion faite, si elle reste très croyante, elle préfère profiter de la vie d'une femme séparée de son mari, mais libre... Elle écrit, et a déjà publié deux romans et un recueil de poèmes préfacé par Claudel …

Lancelot est frappé de la beauté de son visage, et de l'intensité de son regard qui - quand elle parle d'elle - semble craindre d'effrayer son interlocuteur. A cette jeune femme, douce, attentive, Lancelot naturellement en vient à lui parler de ses doutes, de sa recherche...

Elle même se demande si – en quittant le monastère – elle n'a pas tourné le dos à la Vérité ?

Lancelot l'écoute, et se surprend à défendre une autre manière d'envisager sa vocation personnelle :

L- N'était-ce pas une fuite vers un refuge.. ? Et, cela devait être nécessaire, vous aviez besoin de souffler... Votre père aurait pu vous y laisser... Ces deux attitudes ( la vôtre, la sienne) vous auraient été imposées par les circonstances ; auraient-elles correspondu à un véritable choix de votre part … ?

Au lieu de cela il n'a écouté que son amour pour vous, son intuition ; et vous a incité à construire un autre chemin qu'il n'imaginait pas, mais qu'il vous rend possible ….

E- Cet accueil des religieuses, était un don de Dieu...

L- Ce don, n’était-il pas un chemin déjà tracé par d'autres...; ne devez-vous pas le construire par vous-même... ? Que désiriez-vous vraiment?

E- N'est-il pas bon de sacrifier, nos désirs, nos passions humaines ; pour un don plus grand... ?

L- C'est curieux, la manière dont vous posez cette question... Comme si, cet enfermement – qui ne correspond peut-être pas à votre personnalité - permettait seul, de recevoir le don divin ; et comme si donc, il fallait sacrifier son désir.... Quel était donc votre désir profond ?

E- Là-bas, je m'abandonnais à Dieu... 

L- A Dieu, ou à ceux qui décident pour vous … ?

E- La Vérité, ne nous est-elle pas donnée... ?

L- La Vérité est à découvrir, par soi-même, à la lumière d'une Tradition. Pour moi, c'est une Quête …

E- L'Eglise porte la Tradition.

L- Je ne peux pas me contenter de recevoir la Vérité... Je me dois de la vivre, de la valider, de grandir avec... La Tradition n'est pas figée, elle est vivante et ne demande qu'à être reçue, transformée. Il ne s'agit pas de l'enfouir pour la préserver... Ne serais-je qu'un gardien de la Vérité... ?

 

Cette discussion avec Elaine, est retranscrite à partir des notes de Lancelot, à l'issue de cette soirée... Il s'étonne lui-même d'avoir développé ainsi une réflexion sur la Vérité de la tradition, comme si à ce moment là, leurs deux esprits lui avaient permis de clarifier ses propres idées...

Quand Lancelot et Elaine se sont quittés... Elaine lui a exprimé combien ses paroles avaient été justes et la libéraient...

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Le Paris des Années 1920.. – Jean Luchaire

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot, choyé par son milieu et les adultes qui l'ont accompagné dans son éducation, n'a rien à prouver. Il porte une quête, transmise par sa mère et sa lignée : des aïeux très présents, grâce à toutes sortes de documents et de souvenirs familiaux, conservés, étudiés et complétés, comme si chacun de ceux qui l'avaient précédé avaient très bien compris leur ''mission personnelle'' …

Lancelot comme ses prédécesseurs n'ont pas d’œuvre à leur actif ; seulement des notes, des mémoires, des confessions éparses, des traces....

Lancelot est plus contemplatif qu'actif, et de fréquentation facile: il s’intéresse aux gens. Il les questionne, jusqu'à insister pour tenter de les comprendre... Il a l'admiration facile, et n'hésite pas à proposer ses services pour bénéficier du témoignage de la personnalité qu'il a la chance de pouvoir alors accompagner un temps...

Il est temps d'évoquer les amis et relations proches et régulières de Lancelot, pendant ces années vingt. Elles sont nombreuses et éclectiques ; je peux les regrouper autour de ces quelques personnalités, qui bénéficient de biographies et d'études connues. Elles nous accompagneront tout au long des décennies qui vont suivre...

Jean Luchaire 1941

Lancelot rencontre Jean Luchaire. de même âge, en 1921... Grand, mince, voûté, le visage rond, les yeux bleu pâle, et le plus souvent un léger sourire ironique. Un tempérament actif et une volonté de convaincre. Il s'est marié en 1920 à Françoise Besnard, fille du peintre Albert Besnard. Ils habitent un petit appartement de la rue Rotrou. Sa mère est une amie d'Edouard Herriot. Celui-ci le fait nommer au Secrétariat d'État aux Beaux-arts, qui dépend du Ministère de l'Instruction publique. Il rêve d'une carrière de journaliste.

Un groupe d'étudiants de Droit cherche à créer un mouvement et une revue ''La Jeune Europe'', organe d'une génération nouvelle qui se veut pacifiste, fédéraliste... La revue se voudrait être un trait d'union entre les jeunes de France et ceux de l'étranger...

Lancelot, se laisse entraîner par la personnalité de Jean L. alors que certains contenus de la revue lui déplaisent, en particulier rien de moins que le rationalisme et l'internationalisme socialiste...

Une partie de sa famille maternelle fait partie de la grande bourgeoisie industrielle italienne … Il a vécu en partie en Italie...

Jean L. se définit comme révolutionnaire, en ce qu'il critique la République. Il défend la Liberté individuelle et le Progrès...

 

Dans ce petit groupe autour de Jean Luchaire, Lancelot rencontre également Bertrand de Jouvenel et Robert Lange. Le groupe organise des conférences... Le Groupement universitaire pour la Société des Nations (GUSDN) est né en 1922...

Avec Lancelot, Jean reconnaît au programme de l'Action Française des qualités qui parlent à la jeunesse ; mais la plupart refusent d'intégrer des partis, et il en rend responsable le système républicain... Aujourd'hui les vraies questions ne se situent-elles pas à l'échelle de l'Europe... ?

Il faut lutter contre les barrières nationales, néfastes en matière intellectuelle, et compter sur la jeunesse européenne...

 

Jean Luchaire propose de commencer par une politique d'amitié franco-italienne. La France doit s'unir à l'Italie avant de travailler avec l'Angleterre et l'Allemagne …

Journaliste, il est envoyé spécial ( L'Ere Nouvelle ) à la Conférence de Gênes ( Mai 1922), et publie des articles sous le pseudo de Jean Florence.

 

Jean a une sœur un peu plus jeune, Marguerite Luchaire, dite 'Ghita'. C'est une ''montparno'', et c'est le temps où le quartier Montparnasse représente un des centres de la vie culturelle et artistique en France. C'est le temps des années vingt, années folles pour oublier la boucherie de 14-18, folles par leur bouillonnement littéraire et pictural inédit... Ghita y croise Picasso, Aragon, Duchamp, Picabia, Foujita, Soutine, Zadkine, Man Ray, Artaud … Elle est l'amie, de la gouailleuse Lucie Badoul, surnommée Youki par le peintre Foujita et deviendra l'épouse de Robert Desnos...

Cette jeunesse façonnée par la guerre, condamnant tout « retour au passé », redouble d'énergie pour rénover la société sous les signes de la paix et du progrès... Lancelot entreprend de travailler le droit international, et s'appuyant sur sa pratique de l'anglais, et l'allemand, s'inscrit dans l'accompagnement des congrès internationaux...

Lancelot a déjà croisé à la Sorbonne, René Pleven, un étudiant brillant - en droit le matin, et à Sciences-Po l'après-midi – qui vient de créer avec Robert Lange, le GUSDN... En 1923, plusieurs centaines de jeunes gens – sans distinction de parti ou de croyance religieuse - y sont adhérents. En 1924, ce serait 2500 adhérents sur toute la France...

Autour de cette expérience, vont se succéder de multiples regroupements européens comme : le congrès paneuropéen de Vienne (octobre 1926), un plaidoyer de Notre Temps pour « L’Europe ô ma patrie » (février 1928), la rencontre de Sohlberg (juillet-août 1930) puis de Rethel (été 1931), '' Union Jeune Europe '' lancée vers 1930, prend le nom de "Ligue pour les Etats-Unis d’Europe" en 1933 ; et dans le cadre de '' Union paneuropéenne'' le 10 mai 1933 a lieu la rencontre Coudenhove-Kalergi avec Mussolini à Rome ; dans l'espoir d’une Union latine et à un rapprochement franco-italien dirigé contre le Reich, ce qui pourrait amorcer un processus d’unification européenne.... Nous en reparlerons ….

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