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Les années 20. - Lancelot de Sallembier.

Publié le par Régis Vétillard

Anne-Laure de Sallembier, se félicite que Lancelot – fidèle à une certaine tradition familiale – s'intéresse à de multiples sujets qu'ils soient scientifiques ou littéraires.... Cependant, elle souhaiterait que son fils puisse inscrire son nom dans une discipline. Peut-être est-il encore trop jeune pour afficher une indépendance d'esprit et s'engager dans une voie nouvelle … ?

Lancelot est curieux de tout ; et il ne manque aucune occasion pour rencontrer les personnes qui sortent du lot commun... Il apprécie particulièrement aussi ces temps d'étude qui lui permettent de fouiller une question scientifique ou philosophique ; mais il se plaint de ne pas posséder ce don d'imagination, de création qui lui permettrait de proposer sa propre découverte...

Lancelot bénéficie de ce privilège de ne pas avoir besoin de ''travailler'' pour disposer d'un revenu, et satisfaire les besoins et les plaisirs d'une jeune homme vivant à Paris... Son nom, seul, lui permet de pénétrer les salons privés, ou d'être reçu dans le cabinet d'une personne influente.

Si certains revenus du patrimoine ont baissé après la guerre ; d'autres liés à la production textile, par exemple ont augmenté et bénéficié à la comtesse de Sallembier... Cependant l'époque - en cause : l'inflation, la fiscalité... - est à l'abaissement des fortunes... On réduit quelque peu le train de vie, et on diminue la domesticité.

Après sa licence de droit, et un concours ; Lancelot obtient un poste de rédacteur au ministère des Armées … Il tente au maximum de trouver une situation qui lui permette une plage importante de ''temps libre'' et satisfaire sa Quête...

 

Le ''temps libre'' s'oppose au travail comme aliénation, il est émulation et provoque beaucoup d'occupations : visites, réceptions et écriture n'étant pas des moindres...

Anne-Laure et Lancelot se souviennent sans-doute des propos que tient Bertrand Russell sur un certain culte non raisonnable vis à vis du travail, et son éloge de l'oisiveté qu'il lie très bien avec l'idée de pacifisme... « les méthodes de production modernes nous ont donné la possibilité de permettre à tous de vivre dans l'aisance et la sécurité. Nous avons choisi à la place le surmenage pour les uns et la misère pour les autres. »  Et, Russell d'ajouter : « Si le salarié ordinaire travaillait quatre heures par jour, il y aurait assez de tout pour tout le monde, et pas de chômage (en supposant qu'on ait recours à un minimum d'organisation rationnelle). Cette idée choque les nantis parce qu'ils sont convaincus que les pauvres ne sauraient comment utiliser autant de loisirs. ». Russell est persuadé que l'oisiveté permet d'éprouver « la joie de vivre, d’être original, bienveillant et non guerrier »

Cette notion de ''Temps libre'' , si elle paraît bien ''aristocratique'', pourrait être un élément qui caractérise une société... L'Œuvre nationale du temps libre, est créé le 1er mai 1925, par le régime fasciste italien :  l'objectif est – précisément - de s'occuper du temps libre des travailleurs... !

 

Lancelot vient d'apprendre la mort - à 23ans – de son amie Suzanne, avec qui il avait partagé tant de choses pendant la guerre, à Fléchigné. La tristesse l'emplit à la nouvelle de cette mort subite, augmentée par la culpabilité de n'avoir pas été fidèle à toutes les promesses qu'ils avaient échangé...

Cette ''jeune mort'' l'éveille un peu plus au tragique de l'existence. Quel sens peut avoir, une vie, quand elle semble n'avoir rien accompli; comme la sienne en ce moment....

Ce qu'il sait; c'est qu'il ne s'agit pas de quelque chose à admirer, ou même à voir avant de disparaitre... Mais avoir laissé en soi, marquer la grâce de l'infini....

Si Lancelot n'envisage pas de faire carrière, il n'en reste pas moins motivé pour s'engager dans des causes qui lui semblent essentielles en ce début des années vingt, comme la défense de la religion et de sa culture et surtout, de la Paix...

Lancelot suit avec intérêt la ''croisade'' du Père Doncoeur qui parcourt la France pour s'opposer aux mesures anti-catholiques du Président Herriot, annoncées le 2 juin 1924 ; et la mobilisation de l'ACJF, autour du Général de Castelnau... C'est surtout, sur le terrain de la Paix, que Lancelot se sent concerné, et grandit en lui ce sentiment de la ''faillite des aînés''.

Victor Marguerite, avec son ''Appel aux consciences'' de 1925, est une personnalité qui l'intéresse, d'autant que le scandale créé par son roman ''La Garçonne'' lui a coûté sa légion d'honneur ( qui lui a été retirée!). Il lance un appel à réviser le traité de Versailles, signé par cent personnalités. Il prône le désarmement et les États-Unis d'Europe...

Rétablir la vérité sur le terrain pacifiste, s'apparente à l'idéal dreyfusard ; et Lancelot imagine pouvoir réunir différents courants de pensée autour de l'idée de Paix et, peut-être aussi, d'Europe...

 

Anne-Laure de Sallembier, partage son temps entre Paris et Fléchigné. Elle ne regrette pas que son fils, sa seule famille, n'envisage pas de quitter Paris et n'évoque jamais une vie professionnelle ou familiale qui l'éloignerait d'elle. Elle est satisfaite d'être complice de sa recherche, au travers de la littérature, de la philosophie, des sciences, et même de la politique...

Peut-être la mère de Lancelot, n'est-elle pas au courant de toutes les relations ( comme nous l'avons vu...) ou de toutes les activités de son fils... Ces années vingt, ne sont-elles pas nommées les ''années folles'' ? Et, aucun doute, Lancelot, a repris la Quête transmise par ses aïeux.

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