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Les Années 1930 - la crise.

Publié le par Régis Vétillard

A son retour d'Allemagne avec Lancelot, Elaine apprend que son mari, demande le divorce. Un divorce pour faute : adultère de l'épouse... Le courrier de justice, relayé par un cabinet d'avocats, a pour Elaine la violence d'un coup, auquel elle ne s'attendait pas en ce retour, de voyage si agréable et tellement passionnant...

Elle reçoit ensuite une lettre de celui qui se dit blessé de n'avoir pas été respecté dans un contrat moral de séparation, où son épouse ne devait pas s'afficher avec une liaison, semant ainsi le scandale et salissant son nom...

Elaine se rend compte très vite que toutes ses connaissance sont bien pl

us informées qu'elle ne l'imaginait. Elle apprend incidemment que son mari, se satisfait de cette séparation qu'il précipite, ne pouvant plus supporter ce lien marital avec ''une juive''... En effet - Lancelot l'ignorait - la mère d'Elaine était de sang juif avant de se convertir.... Cette nouvelle va entraîner chez Lancelot, une sensibilité pour une question, qui jusqu'à présent ne le concernait que d'assez loin...

 

Si ce divorce apporte beaucoup de trouble pour Elaine, Lancelot s'en satisferait, il permettrait de faire disparaître le spectre de ce mariage, qui ne cesse de tourmenter la relation avec sa maîtresse. Cependant, Lancelot reconnaît ne pas être, pour autant, tenté par le mariage, et encore moins par la paternité.

De son côté, des ennuis financiers s'annoncent avec une crise économique, à laquelle la France échappait jusqu'à présent... Le lundi 28 octobre 1929, jour de l’effondrement des marchés d’actions à Wall Street ; fut suivi en Autriche de la faillite de la Kreditanstalt le 11 mai 1931 ; puis de la dévaluation de la livre sterling en 1931, et se répercute en France...

L'avertissement de 1926, avait été surmonté ; et la France apparaissait comme un îlot de prospérité dans le monde. Notre pays essentiellement agricole, pouvait compter sur ses petites entreprises familiales. Une grosse partie de la fortune d'Anne-Laure de Sallembier, est impliquée dans ce type d'entreprises, textiles, qui répugnent au crédit bancaire et investissent peu ; aussi même sans la crise financière, elles étaient peu capables d'affronter la concurrence internationale, donc d'exporter.

L'Humanité du 10 décembre 1932

Dès 1930, les ventes sont devenues difficiles, la concurrence plus acharnée, les marges bénéficiaires plus maigres. Avec la crise, les exportation s'effondrent, la production baisse. Les colonies permettent de vendre le coton ; la soie s'effondre au profit de la rayonne.

L'industrie textile emploie un nombre important d'ouvriers, et la crise oblige à licencier... puis, à fermer.

 

Le remplacement de l'hôtel particulier familial, en un immeuble fut d'un bon rapport, investi dans l'immobilier. L'appartement avenue Victor-Hugo, permet à Anne-Laure de Sallembier de venir régulièrement, pour de courtes périodes, accompagnée de son fidèle chauffeur, jusqu'au décès de Painlevé ( mort le 29 octobre 1933 ). Les services du chauffeur sont indispensables, pour l'entretien de la voiture , et même pendant le trajet ; les pannes ( moteur, pneus...) sont fréquentes.

Le chauffage central, l'existence d'une salle de bains marquent les progrès de la vie quotidienne, à Paris.

 

Le courant électrique ne vient d'arriver à Fléchigné, que depuis deux ans. Anne-Laure connaît certains hobereaux qui s'opposent à l'électrification parce qu'elle permettrait aux paysans de festoyer jusqu'à des heures indues...

Le soir où nous avons pu, dans la cuisine au-dessus de la grande table, allumer la lampe couronnée de son abat-jour, la pièce nous parut bien plus grande, et chacun se sentait surveillé, où qu'il se trouvait... Il n'était plus nécessaire de venir chercher le cercle de lumière de la lampe à pétrole...

L'adduction d'eau jusqu'à l'intérieur par un robinet dans plusieurs pièces, suivit d'une année. Cette facilité était déjà présente en ville, ou dans les hôtels qui indiquaient ''l'eau courante à tous les étages''...

A Paris, nous avions le téléphone automatique, c'est à dire qu'il disposait d'un combiné à cadran. Autre machine très populaire, n'en déplaise à Paul Léautaud, la TSF ; l'abbé Mugnier ne tarit pas d'éloges la télégraphie sans fil, qui lui a permis d'écouter chez Paul Valéry, un concert retransmis : « ces voix lointaines qu'on dirait dans la chambre voisine. Ce jeu des ondes est de la pure féerie réalisée, du merveilleux, du génie »

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1930 - L'Allemagne - 9 - ''La Montagne Magique'' Thomas Mann (suite)

Publié le par Régis Vétillard

Thomas MANN, 1875-1955

Ensuite, Lancelot ose exposer à l'écrivain, la quête dont il est porteur depuis de nombreuses générations; et la lecture de son roman lui semble s'inscrire dans cette même recherche... Pense t-il qu'il est possible de faire le rapprochement...?

Thomas Mann, loin de se montrer sceptique, s'exclame qu'il s'agit tout à fait de cela ....

- Avec celui du temps, qui lui est lié, j'ai tenté d'aborder le thème de ce que l'on appelle en alchimie la '' sublimation '' . En effet, Hans Castorp est un héros ordinaire; pourtant dans l'atmosphère fébrile de sa réclusion hermétique, en haut de la montagne magique, cet homme simple connaît une sublimation qui le rend apte à des aventures morales, spirituelles, et sensuelles...

Le voyage long et sinueux qui conduit Hans Castorp ''là-haut'' est d'emblée comparé à celui d'Ulysse au royaume des ombres... Settembrini, le met en garde contre un séjour prolongé: " Evitez ce marécage, cet îlot de Circé, vous n'êtes pas assez Ulysse pour y séjourner impunément."

S'installe un rituel, au rythme des températures, des '' caprices du mercure ''... De nombreuses allusions parsèment le cours du récit, comme cet élévation de température qui annonce le processus de spiritualisation... Le médecin-chef est présenté comme un allié des puissances supérieures, le second officie en sous-sol, et ausculte les âmes...

Naphta qui s'identifie à Hermès, puis Settembrini délivrent à Castorp une véritable leçon d'alchimie. Clawdia Chauchat, initiatrice à Eros et Thanatos, est vue par Settembrini comme la ''Béatrice'' qui guide le ''chercheur''...

- Pourtant, à la lecture du roman, Joachim, Clavdia Chauchat, Peeperkorn, Settembrini, sont des personnages bien réels...

- Vous me rassurez... Le roman utilise les méthodes du roman réaliste, mais en fait il n’en est pas un. Il passe au-delà du réalisme par le symbolisme, et fait du réalisme un vecteur d’éléments intellectuels et idéaux.

- Les personnages apparaissent au lecteur comme des porteurs de plus qu’eux-mêmes

- C'est cela, en fait, ils ne sont rien d’autre que des représentants, des émissaires de mondes des domaines de l’esprit.

A la sortie du livre, certaines personnes, et beaucoup de gens encore aujourd’hui, le voient comme une satire sur la vie dans un sanatorium pour patients tuberculeux...! Il a même causé une petite tempête dans les revues médicales.

Mais la critique des méthodes thérapeutiques du sanatorium n’est qu’au premier plan du roman. Son actualité réside dans la qualité de ses arrière-plans. Settembrini, rationaliste et humaniste, relève ce qui peut y avoir de malsain dans un tel milieu ; il n’est cependant qu’une figure parmi tant d’autres , une figure sympathique, en effet, avec un côté humoristique; parfois un porte-parole pour l’auteur, mais en aucun cas l’auteur lui-même.

( Thomas Mann, parle de lui à la troisième personne... )

- Pour l’auteur, la maladie et la mort, et toutes les aventures macabres que son héros traverse, ne sont que l’instrument pédagogique utilisé pour l'aider à accomplir une sorte d'initiation, puis une évolution, à partir de ses propres compétences... Et, il semble que la méthode soit la bonne ; en effet, Hans Castorp, au cours de ses expériences, surmonte son attirance innée pour la mort et arrive à une compréhension d’une humanité qui n’ignore pas bien sûr la mort, qui ne méprise pas ce côté sombre et mystérieux de la vie ; mais en tient compte, sans la laisser prendre le contrôle de son esprit.

Ce qu’il comprend, c’est que l’on doit passer par l’expérience profonde de la maladie et de la mort pour arriver à une plus haute santé mentale, de la même manière qu’il faut avoir une connaissance du péché pour trouver la rédemption. « Il y a, dit Hans Castorp, deux modes de vie : l’un est le moyen régulier, direct et bon; l’autre est mauvais, il conduit par la mort, et c’est la voie du génie. » C’est cette notion de maladie et de mort comme voie nécessaire à la connaissance, à la santé et à la vie qui fait de La Montagne Magique un roman initiatique.

 

- Cela va vous intéresser.... C'est étrange que vous m'ayez parlé de ''Quête du Graal'' ...

J'ai reçu un manuscrit d’un jeune chercheur de l’Université Harvard, Howard Nemerov, intitulé « Le héros de la Quête, un Mythe comme symbole universel chez Thomas Mann », et il a considérablement rafraîchi la conscience que j'avais de mon travail... Nemerov place La Montagne Magique et son héros - un homme ordinaire - dans la lignée d’une grande tradition non seulement allemande mais universelle. Il s'agit de la légende de la Quête qui remonte très loin dans la tradition et le folklore. Faust est bien sûr le représentant allemand le plus célèbre de ce genre ; mais derrière Faust - l’éternel chercheur - se cache un groupe de compositions généralement connues sous le nom de Conte du Saint Graal ( ou Holy Grail romances) . Le héros, qu'il se nomme Gauvain, Perceval ou Galaad est ce héros en Quête qui parcourt le ciel et l’enfer, s'y accorde et conclut un pacte avec l’inconnu, avec la maladie et le mal, avec la mort et l’autre monde, avec le surnaturel, avec ce qui est nommé dans La Montagne Magique comme le «questionnable ». Le héros est toujours en quête du Graal, c’est-à-dire toujours ce qu'il y a de '' Plus Haut '': la connaissance, la sagesse, la consécration, la pierre philosophale, le ''aurum potabile '', l’élixir de vie.

Nemerov, et vous encore, déclarez que Hans Castorp est l’un de ces chercheurs. Peut-être avez-vous raison.

Hermann Hendrich, Parsifal

Le Questeur de la légende du Graal, au début de ses pérégrinations, est souvent traité d’imbécile, de grand imbécile, d’imbécile rusé. Cela correspond à la naïveté et à la simplicité de mon héros. C’est comme si une faible conscience de cette tradition m’avait fait insister sur sa qualité.

Le personnage de Wilhelm Meister, de Goethe, n’est-il pas lui aussi un imbécile rusé ? Dans une large mesure, il est identifié à son créateur; mais même ainsi, il est toujours l’objet de son ironie. On voit ici que le grand roman de Goethe, tombe lui aussi dans la catégorie des ''Quester''. Et après tout, qu’est-ce que le Bildungsroman allemand (roman éducatif) - une classification à laquelle appartiennent à la fois La Montagne Magique et Wilhelm Meister - sinon la sublimation et la spiritualisation du roman d’aventure ?

Le chercheur du Graal, avant d’arriver au Château Sacré, doit subir diverses épreuves effrayantes et mystérieuses, comme celle qui se passe dans une chapelle de bord de route appelée l’Âtre Périlleux. Probablement ces épreuves étaient-elles à l’origine des rites d’initiation, les conditions de pouvoir approcher un mystère caché... L’idée de la Connaissance, de la sagesse, est toujours liée à « l’autre monde », et donc du côté de la nuit et de la mort.

Dans La Montagne Magique, on parle beaucoup de pédagogie alchimiste et hermétique, de la transsubstantiation. Et moi-même, naïf comme le chercheur, j’ai été guidé par une tradition mystérieuse, car ce sont ces mots mêmes ( de transsubstantiation) qui sont toujours utilisés en relation avec les mystères du Graal.

Ce n’est pas pour rien que la franc-maçonnerie et ses rites jouent un rôle dans La Montagne Magique, car la franc-maçonnerie est la descendante directe des rites initiatiques. En un mot, la montagne magique est une variante du sanctuaire des rites initiatiques, un lieu d’investigation aventureuse sur le mystère de la vie. Et mon Hans Castorp, le Bildungsreisende, a une ascendance chevaleresque et mystique très distinguée : il est le néophyte curieux typique , curieux dans un sens élevé du terme , qui embrasse volontairement, trop volontairement, la maladie et la mort, parce que son tout premier contact avec eux promet une illumination extraordinaire et une avancée aventureuse, liées bien sûr, à de grands risques.

Ce qu'écrit ce jeune Nemerov, à ce propos est juste; et je viens de le reprendre pour m'aider à vous l'expliquer ... Il m'a beaucoup aidé moi-même à comprendre cette part inconsciente de mon écriture dans ce roman...

Gustav-Klimt-TodLeben- détail

Hans Castorp est un questeur du Saint Graal. Peut-être si on lit mon livre avec ce nouveau point de vue. Peut-être, est-il possible au lecteur de découvrir ce qu’est le Graal...? La connaissance et la sagesse...

Mais le livre lui-même cherche, il interroge... Regardez dans le chapitre intitulé « Neige », où Hans Castorp, perdu sur les hauteurs périlleuses, rêve de l'humanité. S’il ne trouve pas le Graal, il le devine, dans son rêve mortel, avant d’être arraché de ses hauteurs vers le gouffre de la catastrophe européenne.

Il y a l'idée de la conception d’une humanité future qui traverse et survit à l'épreuve terrible de la maladie et de la mort. Le Graal est un mystère, mais l’humanité est aussi un mystère. Car l’homme lui-même est un mystère, et toute l’humanité repose sur la révérence devant le mystère qu’est l’homme. »

Sources : - Thomas Mann, Introduction à la 'Zauberberg',1939 - Conférence à l'université de Princeton.


 

Lancelot retourne à Berlin, pour assister le 20 août 1931, à la succession de M. de Margerie, par André François-Poncet (1887-1978) comme nouvel ambassadeur qui siège à Berlin au 5 Pariser Platz, près de la porte de Brandebourg en haut de l'avenue Unter den Linden. Il a reçu pour mission de coordonner la coopération et le rapprochement économique entre l’Allemagne et la France...

Heinrich Brüning (1885-1970) devenu chancelier d’Allemagne en mars 1930 tente de sortir son pays de la tourmente dans laquelle l'a plongé la crise économique; il souhaite la suppression des conditions du Traité de Versailles.

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1931 - L'Allemagne - 8 – ''La Montagne Magique'' Th. Mann

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot rejoint ensuite Munich, pour rencontrer André d'Ormesson (1877-1957), ministre plénipotentiaire chargé de la légation de Munich entre 1925 et 1933.

Karlstor Munich 1931

L'actualité est à l’« incident Naviasky » survenu à la suite d'un cours de Hanz Nawiasky professeur de droit administratif sur « le Traité de Versailles et le traité de Brest-Litovsk ». Il défend la thèse de « la force qui crée le droit » ; c’est-à-dire l’idée que les vainqueurs imposent toujours les conditions de paix aux vaincu : « A Versailles, nous avons été traités de la même manière que nous avions employée envers les Russes à Brest-Litowsk ». Immédiatement, s'organisent de grandes manifestations patriotiques contre le Traité de Versailles et ses « défenseurs allemands ». Le recteur de l’université doit « appeler la police, pour évacuer les salles et les couloirs » et « suspendre les cours pendant 4 jours et procéder à une enquête contre le Professeur de droit international, M. Naviasky ».

En 1931 le parti nazi totalise environ deux cent mille adhérents, il s'implante assez vite, et les étudiants nazis de Munich ont réussi à devenir une force politique importante et représentent 35% des voix au conseil des étudiants de l’université.

 

Elaine et Lancelot retrouvent à Munich Jean Cavaillès qui parcourt aussi l'Allemagne pour ses recherches. Il a rendu visite à Husserl, suivi un cours d'Heidegger, et doit rencontrer le père jésuite Przywara, directeur spirituel d'Edith Stein...

Ils se rendent tous les trois dans une brasserie de la vieille ville, et le hasard les amènent à entendre Adolf Hitler encadré par sa garde en uniforme. Son visage retient l'attention, autant par sa mâchoire que par son regard qui fixe le vide, il mine ses slogans et s'en prend aux parlementaires...

 

D'Ormesson est un ami de Thomas Mann, qui est installé avec sa famille dans une villa de la Poschingerstrasse à Munich. Lancelot s'arrange pour accompagner le ministre chez le prix Nobel de littérature ( depuis 1929); il n'en espérait pas tant...!

Thomas Mann habite avec sa grande famille dans une maison dont le style correspond au goût de l’époque wilhelminienne et au climat culturel au temps de  Guillaume II...

Le beau temps permet une visite du jardin ; et la présence d’un groupe de frênes sur le gazon devant sa maison, permet à l'écrivain de signaler à ses visiteurs français que c'est cet arbre qui fournit à Wotan la hampe de sa lance, et son bois desséché va permettre d’embraser le Walhalla; lui a son arbre préféré, et c'est un bouleau. Ils ont emménagé dans cette maison, qu'il a fait construire et entourée de deux cours d'eau, en 1914. Le matin, Thomas Mann, s'enferme dans son bureau pour travailler; et le laisse ouvert l'après-midi pendant lequel le couple lit, ou reçoit des amis,

D’Ormesson évoque les troubles particulièrement violents des jeunes nazis à l’université...

Ces jeune nazis - pour désavouer l’humanisme et restaurer la barbarie en politique - brandissent les notions philosophiques à la mode du sang, de l’instinct, de la pulsion et de la violence. Ils le font contre les pensées prétendument abolies, les pensées de liberté et de démocratie. Ces jeunes, incapables de toute vie spirituelle, se fabriquent un culte romantique brutal du passé, un mélange de révolution et de réaction qui se donne des airs d’un avenir juvénile et s’entend ainsi à séduire. »

Thomas Mann s'inquiète des résultats des élections du Reichstag de septembre 1930... Effectivement, le parti national-socialiste remportera une spectaculaire victoire électorale : près de six millions et demi de voix contre 800 000 deux ans plus tôt, cent sept députés au Reichstag au lieu de douze.

Un mois plus tard, à Berlin, Thomas Mann va s'engager contre le national-socialisme dans un discours qu'il nomme « Un appel à la Raison » ; il appelle à s'unir autour de la social-démocratie, pour faire barrage au nazisme...

 

Lancelot réussit à revenir le lendemain, avec Elaine, à Poschingerstrasse pour interroger Thomas Mann sur le livre qu'il classe parmi ses dix essentiels: ''La Montagne Magique'':

- « En 1912, ma femme souffrait d’une maladie pulmonaire, heureusement pas très grave; pourtant, il lui fallait passer six mois en haute altitude, dans un sanatorium de Davos. En mai et juin, j’ai donc rendu visite à ma femme pendant quelques semaines à Davos. Il y a un chapitre dans La Montagne Magique, intitulé « Arrivée », où Hans Castorp dîne avec son cousin Joachim dans le restaurant du sanatorium, et goûte non seulement l’excellente cuisine Berghof, mais aussi l’atmosphère du lieu et la vie « bei uns hier oben. » Si vous lisez ce chapitre, vous aurez une image assez précise de ma rencontre avec ce lieu étrange, et de mes propres impressions à ce sujet. Ces impressions sont devenues de plus en plus fortes au cours des trois semaines que j’ai passées à Davos... Ce sont les trois mêmes semaines que Hans Castorp devait à l’origine passer à Davos, bien que pour lui ils se soient transformés en sept années de conte ''magique''. Je peux même dire qu’elles auraient pu annoncer la même chose pour moi. L'une de ses expériences est un transfert assez exact à mon héros de ce qui m’est presque arrivé; je veux parler de l’examen médical du visiteur insouciant, et de la nouvelle qui en résulte, à savoir qu'il devient lui-même, un patient!

En effet, j'étais là , au Berghof, depuis dix jours, et assis sur le balcon par un temps froid et humide, quand j’ai pris un coup de froid bronchique assez gênant. Deux spécialistes étaient dans la maison, le médecin en chef et son assistant, alors j’ai pris la décision de les consulter. J’ai accompagné ma femme au bureau, elle-même ayant été convoquée à l’un de ses examens réguliers. Le médecin en chef, qui ressemblait bien sûr un peu à Hofrat Behrens, m’a examiné et a découvert tout de suite un endroit soi-disant suspect dans mon poumon.

Si j’avais été Hans Castorp, la découverte aurait pu changer tout le cours de ma vie. Le médecin m’a assuré que je devrais agir sagement, c'est à dire rester ici six mois et suivre la cure. Si j’avais suivi ses conseils, qui sait, je serais peut-être encore là-bas! J’ai écrit Der Zauberberg à la place.

« Le récit que j’ai planifié - et que j'ai immédiatement intitulé ''La Montagne Magique '' - ne devait être qu’un équivalent humoristique de la « Mort à Venise », un équivalent par son ampleur, c’est-à-dire une longue nouvelle... Son atmosphère devait être un mélange de mort et d’heureuse villégiature que j’avais éprouvé dans cet endroit étrange...

Quand je suis revenu à Munich, je me suis mis à travailler sur les premiers chapitres.

Puis, la Première Guerre mondiale éclata.

Il en a résulté deux choses : - cela a mis un terme immédiat à mon travail sur le livre, et - ce temps a incalculablement enrichi son contenu en même temps. Je n’y ai pas travaillé pendant des années.

Au cours de ces années, j’ai écrit Les Considérations d'un apolitique , une œuvre d’introspection douloureuse, dans laquelle j’ai cherché la lumière sur mes propres vues à propos du conflit. En fait, c'est devenu une préparation pour mon livre lui-même; une préparation qui a grandi énormément et consommé de grandes quantités de temps. Goethe a appelé un jour son Faust « cette plaisanterie très grave. » Eh bien, ma préparation concernait ce livre qui ne pouvait plus devenir une plaisanterie, ou une plaisanterie très grave...

 

- Je comprends bien ce que Hans a pu ressentir... Il entre dans une nouvelle existence ; et, en relativement peu de temps, il se coupe de sa vie '' d'en-bas''.

- Exactement... Bien sûr, ce que j'ai décrit y compris la conception du temps, je l'ai faite à échelle réduite... Le traitement est long, sur plusieurs années; mais après les six premiers mois, le jeune homme n’a plus d'autre idée en tête que le flirt et le thermomètre sous sa langue. Après, encore six mois, il a même perdu la capacité de toute autre idée; il devient complètement incapable de vivre '' en-bas ''.

Des institutions comme le Berghof étaient un phénomène typique d’avant-guerre. Elles n’étaient possibles que dans une économie avantageuse pour les grandes fortunes qui fonctionnait alors. Ce n’est que dans ce cadre qu'il était possible pour des patients d’y rester année après année aux frais de la famille. La Montagne Magique est devenue le chant du cygne de cette forme d'existence.

- Ce qui frappe le lecteur dès le début du livre, c'est que ''là-haut'', la notion de temps, change ... Joachim prévient Hans que tout ici devient étrange, en rapport avec la vie d'en bas... Le climat, et surtout le temps... Que sont trois semaines?: "trois mois sont pour eux ici, comme un jour"

- Oui, parlons du mystère de l’élément temps, traité de diverses façons dans le livre. C’est dans un double sens un temps romancé. D’abord dans un sens historique, en ce sens qu’il cherche à présenter la signification intérieure d’une époque, la période d’avant-guerre. Et deuxièmement, parce que le temps est l’un des thèmes du livre: le temps, traité non seulement comme une partie de l’expérience du héros, mais aussi en soi et à travers lui-même. Le livre lui-même est la substance de ce qu’il relate: il dépeint l’enchantement mystérieux de son jeune héros dans l’intemporel... Il essaie, en d’autres termes, d’établir un ''nunc stans'' magique ( un éternel-présent) pour utiliser une formule de la scolastique. Il prétend donner une parfaite cohérence au contenu et à la forme, à l’apparent et à l’essentiel; son but est toujours et constamment d’être celui dont il parle. »

- C'est tout à fait ça...! Le fond et la forme. C'est un livre '' magique ''!

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1931 - L'Allemagne - 7 - Berlin

Publié le par Régis Vétillard

C'est avec émotion, qu'au volant de sa berline Vivastella Lancelot et Elaine, entrent dans Berlin... Avant cela, ils ont eu la surprise de longer une suite de lacs et de plages, des coins isolés avec des naturistes ; et subitement, beaucoup de monde sur la plage de Wannsee.

Avec l'unité de l'Allemagne (1871), Berlin est devenue à la mode. Avec la République de Weimar Berlin serait la '' ville la plus extraordinaire du monde'' !

 

Même après la Guerre, la vie culturelle devient brillante alors que la population est démoralisée par la défaite, privée de ressources de première nécessité, affaiblie par l'inflation et en proie aux heurts de factions révolutionnaires ennemies... A partir de 1924, Berlin renaît de ses difficultés, l'argent anglais et américain coule à flots... Chacun pense que la République est solide.

 

Berlin qui n'a pas le passé de capitale, comme Paris, se développe et préfigure la modernité. Ce qui frappe, la propreté, l'animation des rues: il suffit de prendre un café au ''Cafe Kranzler'', pour le constater au carrefour le plus animé de Berlin: croisement de Unter den Linden et de Friedrichstrasse.

 

Lancelot tient à épater sa compagne et l'emmène au fameux Hôtel Atlon sur la célèbre avenue Unter den Linden. C'est le rendez-vous des hommes politiques, des journalistes, des écrivains, des artistes...

Hôtel Atlon - Berlin

 

Lancelot, finalement, en journée, trouve peu de temps pour visiter la ville, en compagnie d'Elaine. A l'ambassade il retrouve Xavier de Hauteclocque, qui passe quelques jours à Berlin, pour préparer un séjour plus long et s'intéresser au NSDAP. En soirée, il est chargé, tel un touriste français de visiter quelques lieux de sortie nocturne...

 

Elaine profite du confort hôtelier, puis de la capitale allemande, que ce soit dans les rues animées, jusque tard pour y voir la façade illuminée du grand magasin Hermann Tietz à la porte d'Hallesch ; ou en journée, flâner dans le Tiergarten, parc situé au centre de Berlin, et rêver devant l'étang aux poissons rouges, visiter le vieux Berlin...etc

Cinéma Lichtburg en 1929

L'Eglise Kaiser Wilhelm rappelle la piété de l'impératrice. Cependant l'avant-garde prenait son essor ; n'oublions pas qu'avant la guerre, l'Expressionnisme est né avec Kandinsky...

On parle même de style Weimar. Avant la Guerre, les intellectuels croyaient en l’irrésistible marche en avant de l'humanité, forte du triomphe de la science.

Actuellement l'artiste qui fait scandale est George Grosz, il essuie divers procès, pour blasphème en 1928 et acquitté ; puis pour offense à la pudeur...

 

Dès que la nuit tombe un alignement impressionnant de globes lumineux s'allument d'un seul coup... La vie nocturne des cabarets, des théâtres, des cinémas prend le relais ; et tout ose se montrer sans distinction de classe.

Toit-jardin de l'Eden Berlin

Pendant leur court séjour, Lancelot et Elaine goûtent les soirées qui se tiennent dans les hôtels, comme le Kaiserhof ou le Fürstenhof.

Le Kaiserhof est un hôtel, apprécié des diplomates et des aristocrates. Sa proximité avec le quartier du gouvernement en a fait un favori des politiciens.

On peut simplement boire un cocktail au bar de l’hôtel Eden considéré comme l’un des plus élégants de la ville, et les prix sont donc élevés. Des écrivains, acteurs et artistes à succès tels que Heinrich Mann, Albert Bassermann, Gustaf Gründgens ou Erich Maria Remarque, mais aussi des stars de cinéma comme Marlene Dietrich et Willy Fritsch se rencontrent ici.

 

Cependant, en 1931, le krach de Wall Street suivi de l'effondrement du commerce mondial remettent de nombreux chômeurs dans la rue... En effet, en mai 1931, avec la faillite d'une banque autrichienne, le krach financier touche l'Europe...

Manifestation de chômeurs à Berlin vers 1930.

À la merci de la fluctuation des devises, des voyageurs se trouvent coincés, n'ayant pas assez d'argent pour rentrer chez eux. Lancelot a croisé des jeunes hommes aisés d'Oxford, contraints de se présenter à l'ambassade parce qu'ils ne peuvent plus payer l'hôtel.

Des berlinois confirment que les gens ont peur de la pénurie et sont inquiets car i1s se souviennent de la période d'inflation.

 

Pour en revenir à la culture, L'Ange Bleu, sorti en 1930, et tiré d'un roman de Heinrich Mann, évoque la confusion qui règne dans l'âme allemande. La violence sous-jacente du film semble de mauvaise augure.

 

Avec le succès de son parti le NSDAP, Hitler tente de séduire l'armée et de la convaincre que ses propres troupes de choc n'ont aucune mauvaise intention à leur égard. De nombreux officiers pensent que la national-socialisme est peut-être le régime dont le pays a vraiment besoin.

Charlie Chaplin et Marlene Dietrich, Hotel Adlon

En octobre de cette même année (1931), Hindenburg rencontrera pour la première fois Hitler : « C'est – estime le président – quelqu'un d'étrange qui ne fera jamais un chancelier, tout au plus un ministre des Postes. ».

 

Hauteclocque tient absolument à ce que ses amis l'accompagnent dans un ''kneipe''; une sorte de pub où l'on boit de la bière et du schnaps. On échange facilement avec ses voisins; et dans l'arrière, des gens discutent politique ou jouent aux cartes. On peut même y danser, alors que cela n'y est pas autorisé.

On leur raconte le curieux accueil fait à Charlie Chaplin, qui est arrivé à Berlin ce 9 mars 1931, pour faire la promotion de son film ''Les lumières de la ville''... Des milliers de gens l'ont accompagné depuis la gare de Friedrichstrasse jusqu'à l'hôtel Adlon; mais parmi eux des nazis qui reprochent au '' juif Chaplin '' de détourner la jeunesse avec son personnage: Siegfried un juif, qui nuit à la race allemande...! Chaplin a quitté Berlin, plus tôt que prévu, sans attendre la présentation de son film...

 

Lancelot et Elaine quittent Xavier de Hauteclocque qui les invite tous les deux à son mariage avec Françoise de Pas, prévu le 5 décembre.

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1930 - L'Allemagne - 6 - Weimar

Publié le par Régis Vétillard

Weimar - Goethe-und-Schiller

Il est important, pour Lancelot, de passer par Weimar. C'est ici, qu'en 1919 est ratifiée la nouvelle constitution de la République allemande; la même année un jeune architecte Walter Gropius fonde une école qui réunit les arts appliqués, et qu’il baptise le Bauhaus ...

Et surtout, Johann Wolfgang von Goethe (1749–1832), y a passé la plus grande partie de sa vie; et occupé des postes importants au sein du gouvernement jusqu’en 1786. En 1791, il est nommé directeur du théâtre de la cour de Weimar. Die Leiden des jungen Werthers (1774) est un roman épistolaire semi-autobiographique. Werther est un artiste sensible, mal à l’aise dans la société et désespérément amoureux de Charlotte, qui est fiancée à quelqu’un d’autre. Ce roman, avec le suicide du héros, a fait sensation dans toute l’Europe...

En 1786, Goethe visite l’Italie... Il revient guérit de ses goûts pour le '' Sturm und Drang '' et de ses idées sur l’art, au profit du « classicisme »...

Hotel Zum Erbprinz

 

A Weimar, on y voit des maisons, de Goethe, de Schiller, de Nietzsche, de l'école du Bauhaus... qui sont devenus des musées.

L'hôtel - Gasthof Erbprinz - qui reçoit Elaine et Lancelot, est à la mesure de la ville: on ne compte plus les personnalités qui ont fait étape ici... En tant que français, ils ont la surprise d'occuper la chambre de Napoléon..!

Hotel zum Erbprinzen – Chambre de Napoléon

Entre ces murs, le grand-duc de Weimar Carl August, Goethe, Schiller et Wieland ont conversés... Des musiciens célèbres sont passés: Franz Liszt et Richard Wagner ensemble, Felix Mendelssohn-Bartholdy, Hector Berlioz, Niccolò Paganini, Carl Maria von Weber. Plus récemment, les 21 et 22 septembre 1911, s'est tenu ici même, le troisième congrès psychanalytique réunit sous la présidence du jeune psychiatre suisse Carl Gustav Jung .

Sur la photo générale prise dans le jardin, on reconnait assise Lou Andréa-Salomé, et juste en-dessous de Freud, le hongrois Sándor Ferenczi; Jung est à droite de Freud...

Franz Vältl Photo de congrès en 1911 Gruppenbild-F-farbstich

Enfin, sachez que ce bâtiment était la demeure, en 1708, de Johann Sebastian Bach - en tant que musicien de cour - et sa famille.

 

La maison de Goethe vers 1930

La maison de Goethe, est une résidence de ville, avec un hall d'entrée imposant, des statues dans des niches et de larges escaliers... On discerne ici, un goût italien. Sa chambre est petite, avec un fauteuil confortable, où, le matin, Goethe prenait son café en lisant...

Son bureau, avec une table au centre, est très fonctionnel, et on imagine très bien Goethe et Schiller y travaillant...

Lancelot voit ici, en Goethe, l'idée de l'Europe de la Culture, avant d'être celle des états... Avec son ''Faust'' Goethe nous met en garde contre une folie que la sœur de Nietzsche n'a pas hésité à nous faire croire que son frère l'avait pensé... Si Friedrich Nietzsche, passa ses dernières années dans la ville de Weimar, il était alors gravement malade et souffrait de délires et d'aphasie...

Elaine et Lancelot aimerait se comparer à Lou et Nietzsche, quand ils vivaient à Tautenburg, les conversations, pouvaient durer dix heures par jour, et « nous mènent à ces abîmes », écrira Lou, « à ces lieux vertigineux que l’on a un jour escaladés seul pour sonder les profondeurs ». Ne pas oublier qu'à Weimar, la sœur du philosophe Elisabeth, veille sur les archives de Nietzsche... et qu'elle dénonçait déjà Lou comme "juive russe".

Élisabeth Förster-Nietzsche, de retour du Paraguay, après une faillite, et le suicide de son mari, se reconvertit avec une ''falsification '' de l'œuvre de son frère ( à sa merci), pour la rendre '' vendable et diffusable''.

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1931 - L'Allemagne - 5 - Göttingen – Lou André Salomé.

Publié le par Régis Vétillard

Lou Andréas-Salomé 1935

A l'occasion d'une conversation anodine à l'hôtel, Elaine apprend d'un résident de l'hôtel, Ernst Pfeiffer (1893-1986), que vit à Göttingen, une femme disciple du grand psychanalyste autrichien Freud, connue pour ses livres, et qui fut aimée de Nietzsche et Rilke. Elle s'appelle Lou Andréas-Salomé (1861-1937). Pfeiffer, venu à dessein, pour une étude de ses écrits, a réussit à gagner sa confiance et projette de l'aider à écrire sa biographie.. On dira même qu'il est devenu le dernier compagnon et confident de Lou, et son exécuteur testamentaire...

Elaine tente auprès de lui, d'obtenir la possibilité de rencontré madame Salomé, difficilement jusqu'au moment où elle lui signifie qu'elle même est écrivaine, et a déjà publié deux romans et un recueil de poèmes préfacé par Claudel …

Lou parlait à Ernst précisément de Rilke qui lors de son passage à Paris, était sans-doute tombé amoureux ( encore...) de Camille Claudel; alors qu'il écrit sur Rodin... Lou est ravie de recevoir une écrivaine française, qui connaît Paul Claudel, actuellement ambassadeur à Washington.

Lou Andréas Salomé - Herzberger Landstraße 101 - habite une maison baptisée '' Loufried '' avec un grand jardin, une chèvre et des poulets... ! Elle a 70ans, son mari Friedrich Carl Andreas est mort en 1930; elle vit avec sa fille Mariechen et son mari...

A Zurich, elle a suivi des études en sciences religieuses et en philosophie; puis elle a perdu la foi; elle en parle dans son premier roman ''Combat pour Dieu'', paru en 1885. Depuis 1915, elle est psychanalyste après sa rencontre avec Freud, lui-même. La psychanalyse est, pour elle, la clé de lecture de ses relations avec les hommes, et en particulier avec Rilke.

Rilke et Lou Andréas Salomé

Lou avait 36ans, quand Rilke lui envoie anonymement des poèmes; il a 21ans... Elle connaît enfin, dit-elle la passion amoureuse, faite d'extase physique et de tensions douloureuses... Ils décident de vivre ensemble, dans une ferme de montagne, près de Munich... A Berlin, où elle vit avec son mari, Rilke habite tout près, et la visite souvent. Lou est pour Rilke, une amante, et une éducatrice. Avec elle, il s'est intéressé à la Russie; pour l'éloigner d'elle, elle le convie à un voyage en Italie. Ils sont partis ensuite en Russie; et elle décide d'arrêter cette relation ( en 1901).

- Vous étiez mariée...! Votre éducation religieuse ne vous a pas empêché...?

- J'ai vécu... disons... par delà le bien et le mal... Je n'ai aimé que Rainer Rilke, et pas très longtemps... J'ai besoin d'absolu.., un besoin physique d'absolu! Dieu pour moi est important, mais je ne le trouve pas dans l'église.

Lou A.S. doit à Freud d'avoir retrouvé son équilibre; même si certains points elle exprime un désaccord. En particulier sur ce qu'elle appelle le narcissisme... Pour Freud, il s'agit d'un stade intermédiaire entre l’auto-érotisme et l’amour d’objet.

Pour Lou, le ''narcissisme'' est la voie royale vers une dimension proprement ontologique de l’inconscient : cette indifférenciation entre l’individu et le monde signe la Totalité elle-même. Cette union nous accompagne tout au long des stades de notre vie. Deux types d’adulte font l’expérience privilégiée d’une telle union : l’artiste et la femme. Ce qui n'empêche pas l'artiste de tomber dans une des pathologie propre au narcissisme, comme la toute-puissance ( de la pensée chez Nietzsche) ou la mélancolie ( chez Rilke). La femme, elle, s'ouvre naturellement à l'Univers, au plus intime de son corps, parce qu'elle peut donner la vie, et au-delà d'elle-même par la capacité d'unifier le corps et l'esprit, l'activité et la passivité, l'égoïsme et l'amour, le moi et le Tout.

 

- Vous savez, maintenant que je suis vieille, je n'ai plus rien à cacher... Ernst le sait bien ... A vous, je peux dire que je suis restée vierge jusqu'à trente-sept ans. Mon mariage était ''blanc''... Peut-être était-ce parce que je n'avais pas trouvé de partenaire à ma hauteur ?

- Avec Rainer, j'ai fait l’expérience d'un érotisme spirituel.. mais, quel dommage ; il était trop fragile...

« (...) l'amour est autant ce qui rôde en nous de plus physique que ce que nous avons de plus spirituel, de plus désincarné, du moins en apparence. Il s'attache complètement au corps, mais saisit complètement en lui un symbole, une image de la totalité de l'être humain et de tout ce qui se faufile en nous par la porte des sens, et s'insinue dans le secret de notre âme, pour l'éveiller. »

(extrait du recueil Eros regroupant quatre essais écrits respectivement en 1899, 1900, 1910 et 1917 )

Lou Andréas-Salomé laisse, à Elaine, un livre sur '' L'érotisme '' qui est paru en 1910.

Lancelot avant de quitter la ville, tient à enfreindre un interdit ; celui de déposer un baiser sur la joue de la Gänseliesel... Même s'il ne part pas diplômé de la célèbre université ; il y a beaucoup appris...

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