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Le 6 février 1934

Publié le par Régis Vétillard

L’insurrection fera quinze morts dont quatorze parmi les manifestants et près de mille cinq cents blessés...

Lancelot, le 6 février 1934, était avec son ministre de tutelle, Joseph Paul-Boncour, un proche de Painlevé, à l'Assemblée Nationale. Celui-ci venait d'être nommé ministre de la Défense nationale et de la Guerre, deux jours plus tôt, après la démission de Fabry lors du déplacement forcé du préfet de Police Jean Chiappe, proche des ligues...

Précédemment aux affaires étrangères, Paul-Boncour, est sensibilisé au danger qu'exerce le NSDAP sur la France ; il défend l'idée d'une alliance avec l'Union Soviétique...

Jean Chiappe, au poste de Préfet de police de Paris depuis sept ans, est une personnalité très influente. Il ne cache pas son soutien aux ligues d'extrême-droite...

Les 9 janvier, 11 janvier, 22 janvier 1934, les ligues (camelots du Roy, croix de feu du colonel La Rocque, Ligue des Patriotes, etc...) ont appelé '' le peuple '' à des manifestations, avérées violentes.

En cause, trop de scandales, et particulièrement avec l'affaire Stavisky ; sont révélées les escroqueries et le suicide d’Alexandre Stavisky – un juif d'origine étrangère qui corrompt hauts-fonctionnaires, parlementaires et magistrats, peut-être même des ministres.. !

Le 3 février 1934, le nouveau président (radical) du Conseil, Edouard Daladier, renvoie ( déplace) Jean Chiappe sous le prétexte d'être impliqué, au moins dans sa gestion, dans l'affaire Stavisky.

Chiappe, refusant cette mutation forcée, alimente l'appel à manifester le 6 février, le jour même où Daladier doit être investi par la Chambre : un appel à manifester contre la corruption parlementaire et donc, en soutien au préfet de police.

 

En cette soirée du 6 février, Drieu la Rochelle comme beaucoup d'autres parisiens, observent les événements. Il s'approche de la place de la Concorde, et rejoint les manifestants ; parmi eux, il ressent la présence de ses camarades de Charleroi et de Verdun, la colère plein leurs yeux. Des pancartes : « Sortez les sortants ! » ou « Mort aux vendus ! ».... Et si quelque chose enfin arrivait ?

Tous unis, pourquoi ne pourrait-on pas se débarrasser de tout ce qui est pourri ?

Des députés favorables aux ligues, font l'aller-retour pour donner de l'information à ceux de l'intérieur du palis Bourbon.

La manifestation se transforme en émeute, et des ligueurs envisagent d'envahir l'Assemblée pour empêcher que les députés votent la confiance au nouveau président du Conseil.

 

Des camions de police barrent le pont de la Concorde et sur la rive gauche les abords du Palais-Bourbon. Devant les Tuileries Drieu voit les gardes à cheval, prêts à intervenir.

Sur l’esplanade des Invalides, il y aurait également de très nombreux manifestants, les anciens combattants avec leurs drapeaux.. Les troupes de La Rocque arriveraient par la rue de Bourgogne.

Avant vingt heures, place de la Concorde, un coup de feu parti d'on ne sait d'où, fait répliquer le feu de la police ; puis les gardes montés, chargent sabre au clair.

Drieu suit les mouvements de la foule autour de la Concorde. Sur un taxi, un homme allongé et du sang. Ils tirent.. ! Un autobus flambe à l'entrée des Champs-Élysées.

Minuit passé, Drieu erre toujours, la foule se disperse et les blessés sont enlevés.

Drieu dira : «  A partir de 1934, j’ai trouvé la fin de mes doutes et de mes hésitations. En février 1934, j’ai définitivement rompu avec la vieille démocratie et avec le vieux capitalisme »

 

A la Chambre, la tension en cette soirée est à son comble ; ce serait donc une véritable émeute, aux portes de l'Assemblée. On entend les charges des gardes à cheval ; puis des coups de feu. Les députés sont-ils menacés ? Serait-ce un coup de force fasciste ? On s'interroge sur la loyauté des forces de l'ordre, de plus, insuffisantes ... Au milieu de député découragés, étonnamment, Léon Blum reste calme assis sur son banc. Il prend brièvement la parole « si le gouvernement maîtrise la situation avec énergie, en faisant confiance à la volonté populaire, il peut compter sur nous. S'il faillit à son devoir, c'est nous qui lancerons un appel au pays tout entier... La réaction fasciste ne passera pas.»

Pourtant, parmi les députés présents, favorable aux ligues, certains appellent à quitter la Chambre. La plupart refusent de laisser la place - Daladier a obtenu la confiance – ils craignent qu'un gouvernement provisoire puisse être proclamé en leur absence... Plusieurs députés ont dormi là.

Finalement, le lendemain Daladier démissionne; ce qui pourrait paraître comme comme une défaite de la légalité ; puisque ''la rue'' l'emporte.

Pour Léon Blum, l'urgence est de consolider la République. Il s'agit de montrer que les forces populaire ne sont pas du côté de l'insurrection fasciste.

La grande manifestation du 12 février, semble le premier pas d'une réponse. La CGTU ( communiste) et la CGT (socialiste) ont chacune leur cortège à chaque côté du cours de Vincennes.

Ils se rencontrent, et aux cris de ''Unité !, Unité ! '' s'associent.

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Les Années 1930 – à Paris, la vie intellectuelle 3

Publié le par Régis Vétillard

La crise économique rend instable la vie politique. Le parti radical, toujours dominant gouverne avec la droite, mais il est en crise, d'autant que son électorat, les classes moyennes, perd en pouvoir d'achat. En 1932, le résultat des élections, avec le progrès de la SFIO, portent les radicaux vers la gauche.

Les ''non-conformistes'' lancent le ''ni droite, ni gauche'' dans un front commun de la jeunesse intellectuelle. Denis de Rougemont pense pouvoir réunir des jeunes de l'Action Française, des personnalistes d’Esprit et de l'Ordre Nouveau, et même des communistes ( comme Paul Nizan, par exemple) . Ils ont tous lu et partagé : Décadence de la nation française et Le Cancer américain de Robert Aron et Arnaud Dandieu dès 1931, La Crise est dans l'homme de Thierry Maulnier ou Le Monde sans âme d'Henri Daniel-Rops en 1932

 

Lancelot reste proche de Painlevé, fatigué il réussit à concilier la politique, et ses travaux personnels. Il soutient la vitalité de de l'aérien dans la défense de la nation ; et se passionne pour les travaux d'Einstein. En novembre 1931, il a participé au congrès du désarmement organisé par L’Europe nouvelle.

Dans Notre Temps du 12 Octobre 1930, un article de Brossolette titrait : « Faites la guerre ou désarmez » Brossolette appelait au désarmement...

Lancelot a longuement échangé avec Painlevé sur le nationalisme allemand ; de nombreux renseignements, ciblent ''le projet de Zollverein '' austro-allemand, qui prévoit un '' Anschluss '' avec l’Autriche ; puis avec la Hongrie... Painlevé y voit le même scénario qu'en 1914 ; à ceci se combinent l'insatisfaction de l'Allemagne suite au traité de Versailles, la crise économique... Aussi, en réaction contre le succès nazi, Painlevé met en garde Lancelot contre un pacifisme intégral... Malade, il prend connaissance des résultats électoraux de la présidentielle de 1932, en Allemagne : 36,7% pour le NSDAP ; Hindenburg est réélu président du Reich.

Le 30 janvier 1933, Painlevé, alité, apprend qu'Adolf Hitler est nommé chancelier ; il prédit à Lancelot la mort de la civilisation européenne... Après avoir obtenu, les pleins pouvoirs, Hitler proclame le NSDAP, parti unique.

Painlevé tient absolument à soutenir les victimes de l'antisémitisme allemand. Anne-Laure le visite souvent, ils lisent ensemble, en allemand, Faust de Goethe. Il meurt le 29 octobre 1933. Le Parlement organise des funérailles nationales et une inhumation au Panthéon.

 

Le front de la jeunesse - instrument d'une rénovation politique, de la LAURS, aux mouvements fondés par Jean Luchaire et Otto Abetz - se divise sur l'idée de pacifisme. Le rêve européen semble s'évanouir ; mais reste l'ambition d'opposer au vieux monde, le front d'une jeunesse révolutionnaire.

Lancelot se souvient d'une soirée de l'Union pour la Vérité, en février 1933 avec des membres de la Jeune Droite comme Daniel-Rops, Maxence, Maulnier, avec Mounier et Izard d'Esprit, avec Rougemont, Dandieu de L'Ordre Nouveau, André Chamson

Photo: Denis de Rougemont Avec Emmanuel Mounier (à droite) lors d’un congrès d’Esprit, 1934

 

Tout ceci reçoit le choc brutal du 6 février 1934 ; l'occasion de passer des cartels pacifistes de la fin des années vingt, au choix entre fascisme et anti-fascisme. Esprit refuse de se politiser, et Bergery, radical et ''jeune-turc'', fonde ''le front commun'' anti-fasciste. Rougemont ( L'Ordre Nouveau) maintient son appel à la '' Révolution spirituelle'' :

« Quand nous disons « spirituel d’abord », nous ne voulons pas qu’on entende intellectuel, idéaliste, clérical, ni surtout « spiritualiste ». ( …) Nous ne disons pas : « Esprit ! Esprit ! » Nous disons « spirituel ». Cet adjectif qualifie l’acte personnel, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus humain dans l’homme, le sommet de ses hiérarchies, le fondement réel de sa liberté. On nous a reproché de ne pas définir la personne qui est à l’origine de toute notre construction. Répétons donc que pour nous : la personne c’est l’individu engagé dans le conflit créateur. Conflit qui se résout par l’acte, 

(…) Une révolution n’est pas seulement une redistribution des biens matériels suivant une autre méthode que la capitaliste. Nous ne sommes pas disposés à défendre la répartition actuelle des richesses, mais nous exigeons que, sous le prétexte, trop souvent fallacieux, de doter l’homme de ces biens matériels, on ne le prive pas à jamais de toute possibilité spirituelle, non seulement d’en posséder, mais d’en concevoir d’autres. » « Spirituel d’abord », L’Ordre nouveau, Paris, n° 3, juillet 1933, p. 13-17. Texte rédigé avec Daniel-Rops.

Jean Luchaire (à droite)

 

A ''Notre Temps'' chacun se disait ''réaliste'', et Luchaire ajoutait ''technique''. Il s'agirait alors de créer un ''Etat technique'' basé sur l'économie, loin des querelles religieuses... On s'interrogeait sur l'Etat moderne au titre du réalisme, doit-il employer des ''méthodes d'autorité''?

Luchaire projetait également une réorganisation politique ; envisageant que la ''nouvelle génération'' s'unisse par l'action sur le terrain pour une gauche unitaire, « sans se diviser, sans se combattre au nom de vieux dogmes, de vieilles idéologies et d'étiquettes vides de sens présent. » Luchaire, « La vraie "gauche unitaire" », Notre Temps, n°6, 15/02/1930.

Une réflexion qui s'adressait avant tout au parti Radical ; mais qui a eut peu d’effets...

De plus Pierre Brossolette, se demandait si Notre Temps n'excluait pas le socialisme ? ( lettre du 4 mai 1930). Il rejoignait l'idée de la nouvelle génération, mais contestait une unanimité de vues sur le plan politique.

 

En 1933, la question à propos du pouvoir national-socialiste en Allemagne, se pose. Luchaire maintient sa position du rapprochement entre les deux pays ; Brossolette le trouve gravement compromis.

La SFIO fait face en son sein à la contestation des ''néo-socialiste'' qui veulent une révolution constructive, technicienne, planifiée, et non-marxiste.... Luchaire se dit intéressé.

Au lendemain du 6 février 1934, Luchaire dénonce « une bande de factieux en révolte contre la légalité » et se fait le défenseur de la légalité républicaine. ( Notre Temps, n°36, 07/02/1934.)

 

Mais Luchaire persévère dans sa volonté d’un rapprochement toujours plus politique et Notre Temps devient une revue inconditionnellement favorable à Hitler et à sa politique révisionniste. À son tour le réarmement allemand est justifié ! Sans doute la revue est-elle financée, de façon occulte, par Otto Abetz. Telle est au moins la conviction de Brossolette !

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Les Années 1930 – à Paris, la vie intellectuelle 2

Publié le par Régis Vétillard

Paris est la ville des écrivains, et la Rive gauche, avec le Quartier latin, l'un de ses hauts lieux.

Le Quartier latin est toujours l'espace de l'Action Française, avec le local du 33 rue Saint-André-des-Arts, d'où peuvent partir des centaines d'étudiants armés de leur canne, après un appel à manifestation...

Charles Maurras, s'il n'est pas lui-même un ''politique'', reste le maître intellectuel de beaucoup de jeunes gens. « La doctrine de Maurras est la seule doctrine importante de la Cité de notre temps qui comporte une philosophie. Maurras a bâti le plus complet des systèmes politiques, artistiques et moraux (…) Une société doit vivre comme un organisme humain. Pour cela, il faut que nous reconnaissions nos limites. Il faut laisser à une caste, à une race, le soin et l’étude du gouvernement où nous ne connaissons rien. Il faut un roi. Ce roi sera absolu, tout lui appartiendra. Ne nous insurgeons pas contre cette idée. » R Brasillach, article dans Le Coq catalan

 

Même si Lancelot s'est écarté de cet engagement, il aime fréquenter les lieux de ces jeunes étudiants passionnés qui refont le monde de demain. Après des conférences rue Serpente, on s'invective sur l'urgence de réagir à une décadence qui fait l’unanimité

Robert Brasillach

A la sortie de l'ENS de la Rue d'Ulm, on est sûr de croiser le brillant et prometteur Robert Brasillach , et l'originale Simone Weil. Même si le seul bastion de gauche, y réside, Brasillach se sent chez lui: « Mais notre patrie restait toujours le Quartier Latin, notre jardin du Luxembourg, nos cafés, les étroites salles du boulevard Saint-Michel... »

Simone Weil est reconnaissable par sa dégaine, qui se veut le rejet de toute élégance avec son pantalon trop large, ses souliers plats et son béret noir. Ce qui l'intéresse défendre des idées : tout est action, même l'écriture... A t-elle prévenu Brasillach... ? L'art pour l'art, ça n'existe pas ; les écrivains sont responsables de ce qu'ils écrivent !

Pour l'instant Brasillach, ne s'intéresse pas vraiment à la politique. En 1931, à 22 ans, son premier livre ''Présence de Virgile'' est paru. Et en 1933, il vient de publier un roman ''Le voleur d'étincelles'', et a droit à quelques critiques bienveillantes...

 

Autre lieu en vogue parmi les intellectuels : Saint-Germain-des-Prés. Les artistes fréquentent Montparnasse. Chacun selon son clan, retrouve les siens à La Closerie des Lilas, la Rotonde, le Dôme, le Select, ou la Coupole.

Sur la rive droite : Cocteau vit dans une chambre que Coco Chanel lui prête rue du Faubourg Saint-Honoré ; Mauriac habite rue de la Pompe, puis rue Vaneau ; Morand partage son existence entre Londres, Venise et Paris, le comte Etienne de Beaumont demeure rue Duroc ; les Jouvenel avenue Suchet... Maurice Sachs plutôt à l'hôtel ; comme Drieu la Rochelle – bien que toujours marié à Olesia – il s'installe à l'hôtel des Navigateurs, puis à son retour d'Amérique latine, à l'hôtel d'Orsay. Avec l'aide de sa première femme, et de Victoria Ocampo ; il s'installe dans un deux-pièces salle de bains au 45, quai de Bourbon ( l'immeuble du prince Bibesco).

L-F Céline 1932

Drieu applaudit ''Voyage au bout de la nuit '' le premier roman de Céline, publié en 1932. Brasillach, bien plus classique n'a pas aimé... Les communistes, Elsa Triolet et Aragon adorent et veulent le traduire en russe... Si Céline dénonce, il ne prend pas parti... On attend de lui qu'il définisse le sens de sa révolution... Même les catholiques, y voient du divin en creux...

Dans Le Figaro du 13 décembre, Georges Bernanos est enthousiaste : « œuvre extraordinaire », au « langage inouï, comble du naturel et de l'artifice, inventé, créé de toutes pièces à l'exemple de celui de la tragédie, […] fait pour exprimer ce que le langage des misérables ne saura jamais exprimer ». « Pour nous, la question n'est pas de savoir si la peinture de M. Céline est atroce, nous demandons si elle est vraie. Elle l'est. »

 

Il y a beaucoup d'occasions pour Lancelot de rencontrer des auteurs, et plus précisément des ''chercheurs''. Parfois l'échange permet d'entrer de plein pied, sur le terrain favori des recherches de l'un et de l'autre... Ce fut le cas, quand Jacques T. s'est intéressé de près à la Quête de Lancelot. Lui-même connaît bien la Légende arthurienne, et a publié en 1924, un ouvrage sur L'Illustre chevalier de France, qu'est Lancelot....

Ancien maître de la loge, Jacques T. s'est montré fort empressé pour parrainer Lancelot, à se faire initier à la loge '' Le Portique'' dont, Gustave-Louis Tautain, rédacteur en chef du "Monde nouveau", en est le vénérable. Cet atelier de la Grande Loge de France, correspond bien à la sensibilité du nouvel apprenti; des personnages à grande notoriété en font partie comme Oswald Wirth (1960-1943) ou Albert Lantoine (1869-1949); les travaux suivent le Rite écossais ancien et accepté; et plusieurs frères partagent un intérêt pour les activités de l’Ordre martiniste, comme Gustave-Louis Tautain. Lancelot soutiendra l'initiative de A. Lantoine, en 1937, avec sa Lettre au Souverain pontife .... Enfin, Le Portique pourrait être qualifiée de « Loge littéraire », puisqu'elle décerne, chaque année, un prix à une oeuvre publiée.

 

Du discours prononcé par le frère orateur, lors de la réception des nouveaux initiés, Lancelot a noté ces phrases:

" (...) vous comprendrez de manière toute aristocratique que la Franc-maçonnerie n’est que la réunion des êtres de pensée, venus de tous les points du globe, de toutes les races, de toutes les croyances, pour, la main dans la main, faire avec bonne volonté, sans les entrechoquer l’échange courtois de leurs idées antagonistes."

"( ...) le rite consacré qui ne doit s’éteindre, et que personnifie excellemment la respectable Loge Le Portique, où je souhaite à votre esprit la grâce de s’y harmoniser en sagesse, force et beauté."

Parmi les frères présents, à noter François de Tessan, Michel Dumesnil de Gramont (1888-1953), que Lancelot croisera encore dans les couloirs ministériels; mais surtout, ce haut-fonctionnaire est un passionné de littérature et d'ésotérisme ( aujourd'hui, nous dirions de spiritualité). Il parle l'allemand et le russe et traduit les écrivains modernes russes. Surprise en enlevant le bandeau de retrouver des personnes croisées ou connues comme Brossolette, initié en 1927 à la loge Émile Zola, de la GLDF...

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Les Années 1930 – à Paris, la vie intellectuelle 1

Publié le par Régis Vétillard

Ses nouvelles fonctions au Ministère de la Guerre ne permettent pas à Lancelot de prendre publiquement position sur le plan politique. Et s'il doit être bien informé, il doit rester discret et abandonner tout désir de notoriété...

Les services français sont de plus sollicités par les politiques sur les intentions des dirigeants allemands... Lancelot se rend souvent en Allemagne ; il fait le lien entre le ministère et les diplomates, et beaucoup plus discrètement avec des informateurs, et des journalistes comme Xavier de Hauteclocque.

Ses interlocuteurs allemands, officiellement, sont très heureux de coopérer avec l'intelligentsia française... Lancelot organise des rencontres culturelles par le biais de l'ambassade à Berlin, facilite le séjour de jeunes universitaires comme celui de Raymond Aron, de 1931 à 1933.

 

A Paris, Lancelot retrouve les participants de la revue ''Notre Temps'', qui ouvre ses pages à de nombreux auteurs germanophones. La question du moment reste le règlement des réparations de l'Allemagne. Brossolette et Luchaire y consacrent de nombreux articles.

1935-Pierre-Brossolette

Ne s'agit-il pas à présent de bâtir « un édifice nouveau à la place de l'ancien qui s'écroule ». Une attitude nouvelle permettrait de revoir la dette, de l'Allemagne vis à vis de la France ; et … de la France vis à vis des Etats-Unis ! Cette question est liée à celle du désarmement... Luchaire défend l'idée d'un arrangement avec l'Allemagne, à tout prix ; la France ayant tout à gagner de cesser d'être l'oppresseur. Brossolette alerte des dangers que représenterait le réarmement de l'Allemagne, mais pour Luchaire, il s'agit d'une question d'amour propre national, et non de résolution offensive.

 

Lancelot, finalement fréquente les milieux qui pour sa génération, sont moteurs dans l'action politique et intellectuelle du moment. Son milieu d'origine, une droite orléaniste et libérale, représente aujourd'hui une classe bourgeoise qui s'est très bien adaptée à la troisième République, elle a même coupé sur le plan politique, un peu moins sur le plan intellectuel, le lien avec l'Action Française …

Pour échapper à l'emprise marxiste ; beaucoup de jeunes se réfugient au Parti Radical, parti de gouvernement, avec la détermination d'intervenir sur les choix politiques qui ne sauraient être que déterminants en cette période de crise...

 

Dans les milieux que continuent de visiter Anne-Laure de Sallembier, il est toujours de l'habitude d'indiquer dans le Bottin mondain son jour de réception. On se reçoit, pour dîner et lire des textes des grand écrivains ''survivants''...

Les femmes peuvent porter successivement robe de sport pour le matin, robe de ville pour le shopping, robe de cocktail en fin d'après-midi, puis enfin robes du soir. L'innovation d'Elsa Schiaparelli, avec sa robe sirène : toute droite, permet aux élégantes de passer la journée sans changer de toilette. L'homme distingué a abandonné la jaquette, il se permet de paraître en pull-over, ou en chemise sport.

 

François Mauriac apprécie les bars à la mode, et fréquente les Deux-Magots, comme beaucoup d'autres artistes ou intellectuels, Elsa Triolet, Louis Aragon, André Gide, Jean Giraudoux, Picasso, Fernand Léger…

Comme Lancelot, vous pouvez avoir la surprise de croiser André Gide, qu'il vous reconnaisse et vous invite à boire un porto dans un café ; surprise toujours qu'il vous écoute attentivement lui raconter les déboires maritaux d'Elaine...

Il conseille de lire Mauriac ; on y retrouve dit-il cette sorte d'angoisse qui n’appartient qu'aux chrétiens... Lui, il se dit bien heureux de s'en être échappé...

Gide ajoute « Ceux qui cherchent à voir avec ''les yeux de l'âme'', sont ceux qui n'ont jamais su vraiment regarder. » Lancelot ne partage pas cette vision. Le dieu dont parle Gide serait dissous dans la nature, et ce n'est de la foi dont nous aurions besoin, mais de l'attention. Ce dieu mérite t-il encore le nom de Dieu ?

Ils parlent de Thomas Mann, que Gide vient de rencontrer lors de son passage à Paris, et qu'il souhaite revoir. Il devrait aller à Berlin et Munich à la fin de l'été.

Gide raconte une soirée dans le salon de Mme B. où la présence de « trois princesses » est plus qu'il « ne peut supporter. ».. !

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Les Années 1930 - ''La Grande Peur des bien-pensants'' de Bernanos

Publié le par Régis Vétillard

Quelques mois après leur retour, Anne-Laure de Sallembier reçoit Georges Bernanos à l'occasion de sa présence à Paris, pour la sortie de son dernier livre '' La Grande Peur des bien-pensants''.

Précédemment, sa mère avait offert à Lancelot les trois romans qui ont fait de Bernanos un écrivain reconnu , et pour le dernier, ''La Joie'', il reçut le Prix Fémina (1929) .

 

La lecture de ''Sous le soleil de Satan'' est de l'avis de Lancelot, celle qui l'a marqué le plus à cette époque. En effet, jusqu'à présent la littérature était fière d'affirmer une esthétique qui dépasse les contingences ( de Proust à Gide, Valéry...). Dans ce roman - ce qui enchantait Lancelot - de la boue d'un village d'Artois, d'un quotidien à « la solitude immense, déjà glacée, plein d'un silence liquide... »… surgissait le surnaturel. De plus, la question religieuse de la sainteté , n'était pas traitée dans une pieuse hagiographie, mais dans une traversée des maux d'une humanité inquiète. Satan, bien réel, n'est pas ici une figure de la sexualité, mais du désespoir .. Ici, le saint n'y est pas en paix. Ce n'est pas une mystique du salut et Donissan ne craint pas, même, de sacrifier le sien.

Bernanos prend le parti de la révolte, non de la morale des bien-pensants.

Des critiques regrettent que ce roman soit mal composé, sans voir en quoi celui-ci est novateur : ce qui prime ce n'est pas l'intrigue comme terrain d'expression de personnages, mais la question métaphysique : « le tragique mystère du salut » selon les mots de Bernanos.

Ce ''salut'' qui ne serait pas individuel, mais collectif... !

 

Pour l'heure, ''La Grande Peur des bien-pensants'' un recueil d'articles ; mais qui doit se lire comme un roman, est soutenu par Léon Daudet dans L'Action française du 28 avril 1931.

Dans ce livre Bernanos tient à nous faire partager son enthousiasme pour Edouard Drumont. Il serait une « Espèce de chevalier français » en croisade contre la IIIème République.

- Drumont s'en prend aux gens raisonnables, aux prudents ; il n'a pas craint les procès, les duels... Il est ingérable : c'est ce que j'appelle un ''enfant humilié '' : Humilié par les atrocités de la répression de la Commune. Humilié par le parti clérical, quand il s'est présenté aux élections de 1890... Un beau personnage de roman, qui ne surmonterait pas son désespoir...

- En quoi, un homme « aigri, revenu de tout », mort, pourrait-il nous intéresser, aujourd'hui ?

- Mon ami, sachez que lorsque votre mère vous mettait au monde, la lecture de Drumont faisait partie du bagage intellectuel de tout royaliste de l’Action française. Mon père, le soir nous lisait La Libre Parole ( le journal de Drumont)... Drumont semblait maudit, pourtant il s'est jeté dans la mêlée politique... Il est peut-être une énigme pour vous ; pour moi, depuis les tranchées, beaucoup moins... Autant les bien-pensants le rejetteront, autant je m'y intéresserai.

La pensée de Drumont n'est pas méthodique, comme celle de Maurras, elle est éruptive.

 

- Des nationalistes en France, ne craignent pas aujourd'hui de s'afficher ''fasciste'' – selon l'exemple italien – ou '' national-socialiste '' comme en Allemagne... Vous sentez-vous proche de Coty et sa campagne ''anti-juive'' ?

- Je dénonce la ''banque juive'' , c'est tout... ! Je dénonce notre élite conservatrice et son laïcisme républicain. Je hais l'injustice, la mauvaise foi, l'opportunisme... J'attends non pas des chemises brunes, mais des chevaliers ! Lancelot ! Tu vois bien ce que je veux dire.. ! ?

Drumont ,et moi avec ce livre je voudrais vous réveiller... Comme Drumont avec son livre '' La France juive '' ; d'ailleurs, son succès avait été immense. Il faut sauter à la gorge de la politique, de la finance...

 

- Je vous respecte infiniment ; j'entends très bien votre dénonciation... ; mais je ne vous suis pas, quand vous reprenez cette infâme rengaine de l'antisémitisme de Drumont qui accuse des gens qui se sont battus à vos côtés ; quand nous savons que Dreyfus, était innocent...

Je reviens d'Allemagne, et c'est comme si de Drumont, Hitler n'avait gardé qu'une chose, la haine et l'antisémitisme. En quoi, cette violence pourra t-elle abattre la dictature de l'argent ? En quoi, préfigure t-elle l'irruption du surnaturel, la radicalité du Christ ?

- Je ne veux abattre personne, individuellement. J'ai de la compassion pour chacun d'entre nous, jusqu'au plus vil... J'en veux à « la force immense, informe de l'argent »...

Ne succombez pas aux sirènes du pacifisme, une paix moderne qui annonce une ère d'esclavage, asservissement moderne de l'individu... Un monde sans mystique, un monde qui ne croit en rien, même l’Église s'est laissait corrompre par l'argent... Nous allons vers « l'Usine universelle, l'Usine intégrale »

Anne-Laure conclue cette discussion :

- Bernanos, vous revenez sans cesse à votre rêve d'enfant : une France chrétienne, aux valeurs chevaleresques... si éloignée de notre IIIème république !

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Les années 30 – La TSF

Publié le par Régis Vétillard

La TSF, merveilleuse... Lancelot le reconnaît bien volontiers, d'autant qu'il s'est lancé, en amateur, dans le bricolage sur de telles machines...

Elaine, très littéraire envisage le discours scientifique, comme une création de l'imagination humaine ; et ce qui l'interpelle, c'est sa déclinaison technique comme la radio ; et en particulier, ce qui invisible, se concrétise dans une voix venue d'on ne sait d'où... !

Elle s'adresse à Lancelot : - pourrais-tu tenter de m'expliquer ce qui se trame dans cet espace de réalité auquel je n'ai pas accès... ?

- Tu connais l'électricité, avec les charges électriques, l'aimant, la pile volta... On fait la connaissance du courant électrique avec Ampère vers 1820; ce qui permet de construire le télégraphe électrique, et communiquer par un code morse...

- L'aimant, c'est encore autre chose … ?

- On fait la relation entre charge électrique et aimant, quand on approche d'une aiguille aimantée un fil connectée à une pile ; aussitôt l'aiguille dévie.

- On a l'impression que cela bouge tout seul...

- Une particule chargée modifie son espace local, on parle de champ électrique ( autour d'un câble électrique ) quand s'exerce une force électrique exercée à distance... (comme on peut parler aussi du champ de la pesanteur...). Avec le câble, plus la ''tension'' est élevée plus le rayonnement du champ est important...

- Et donc, l'aimant... ?

- Il existe un champ magnétique autour d'un aimant... Un courant électrique crée également un champ magnétique ; plus ''l'intensité'' du courant est élevé plus le champ magnétique augmente...

- Tu parles de ''champ'', alors que d'habitude tu parles d'onde... ?

- Le champ c'est l'espace local, dont je parlais, le champ permet à l'onde de se déplacer. Mais, c'est un peu plus que cela, le champ a une valeur ; si la valeur change, cette variation se propage de proche en proche. Une charge crée un champ constant, qui n'est pas une onde... Une carte de France avec des températures, c'est un champ de température...

- Une onde, ça bouge...

- Une onde, c'est comme une vague. C'est une variation qui se déplace ; il n'y a pas de matière qui se déplace... Le son, c'est une variation de la pression de l'air.

- Et j'ai entendu dire que la lumière était aussi une onde... ?

- Une onde électromagnétique... Voilà ce qu'écrit Maxwell en 1864 : « L'accord des résultats semble montrer que la lumière et le magnétisme sont deux phénomènes de même nature et que la lumière est une perturbation électromagnétique se propageant dans l'espace suivant les lois de l’électromagnétisme »

- L'électromagnétisme … ?

- Le physicien allemand Hertz ( 1888) a réussit à créer des ondes électromagnétiques, appelées les ondes hertziennes. Il les caractérise comme étant invisibles et se propageant à la même vitesse que la lumière en étant elles aussi susceptibles de se diffracter, de se réfracter ou bien de se polariser.

* A l'époque dans laquelle je retranscris ces propos en les adaptant, l'hypothèse de l'existence de l'Ether, comme support pour assurer la propagation des ondes, est partagée par tous...

- Et, concrètement un poste radio... ? Il est magique chez soi, à travers cette machine, d'écouter un concert ou une pièce de théâtre jouée au même moment... !

- Puisque tu parles de magie ; j'ai vu que ''Le Livre national '' édite cinq volumes de Gabriel Bernard, sur la question de la ''TSF humaine''. Ce sont des romans, dans lesquels l'auteur imagine que nous pourrions communiquer par la pensée les uns avec les autres, comme des postes de T. S. F.... De même que Jules Verne a pensé avant qu'ils n'existent, le sous-marin, le dirigeable, l'avion plus lourd que l'air... De même l'auteur, ici, exploite l'idée que, peut-être, produisons-nous des ondes par notre pensée ; et si nous étions maîtres de leur émission, et de leur réception ; nous accroîtrions nos possibilités humaines, au point de paraître comme de véritables magiciens.... !

- Et que se passerait-il si ces pouvoirs étaient au service de mauvaises intentions... ?

- Précisément, les romans envisagent une confrérie '' les chevaliers de l’étoile '', qui se font greffer un organe en forme d’étoile rose leur permettant à la fois de communiquer par télépathie et de lire les pensées...

- En 1900, à ma naissance, le canadien Fessenden, réussit à faire voyager ( sur 80km) sa voix sur cette onde...

Mon premier poste était équipé d'un détecteur à galène ; je pouvais capter les ondes émises depuis la Tour Eiffel...

Donc, en faisant varier le courant, on fait varier le champ magnétique et on obtient une onde hertzienne; et c'est ce qui se passe à l'intérieur d'une antenne...

- A quoi servent ces tubes, ou ces lampes ?

- Elles sont le fruit d'une grande invention de Lee De Forest, l’audion, une lampe triode permettant d’amplifier les faibles signaux perçus. Elle remplace les détecteurs à galène.

Pour les inventer il a fallu précédemment connaître un peu mieux l'infiniment petit... L'atome n'est plus le plus petit grain possible de matière. Aujourd'hui l'atome est devenu très complexe : sa structure est comparable à celle d'un système planétaire comprenant un noyau central de charge positive ou « proton » autour duquel se meuvent des grains chargés d'électricité négative appelés « électrons ».

 

La radio, ça commence par l'émission, donc un micro : il s'agit d' une membrane mobile reliée à une bobine à l'intérieur d'un aimant qui sert à transformer les vibrations de la voix en signaux électriques, ces signaux couplés à une antenne vont fabriquer une onde électromagnétique...

Seulement la voix a une fréquence plutôt basse, et l'antenne devrait être autant plus haute ( en fait de 60km de haut...!)... Pour qu'une antenne, disons de 10m de haut, émette des ondes électromagnétiques, il est nécessaire de faire circuler dans cette antenne un courant de haute fréquence... Pour cela il faut un oscillateur qui nous produit une onde porteuse... En retour pour retrouver notre voix et l'adapter à notre oreille, il faut ''démoduler'' l'onde reçue...

 

En ville, pour une bonne réception, le problème de l'antenne est résolu dans ce poste à lampes, par un cadre autour duquel est entouré un grand nombre de spires. Et là, c'est un "bouchon intercept" qui utilise la ligne électrique comme antenne !

Enfin, j'ai rajouté un amplificateur à lampes derrière pour sortir sur un haut parleur.

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