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Les années 20 - L'Action Française. 2

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot commence à regretter le conservatisme de l'Action Française qui se traduit par ce nationalisme assez couramment partagé dans son milieu, qui continue à pointer l'Allemagne comme l'ennemi ; Maurras influença certainement la décision d'occuper la Ruhr en janvier 1923... Par contre, l'anticommunisme reste une conviction partagée par la plupart de ses amis...

De tout ceci, on débat au 33 rue Saint André des Arts, le siège des étudiants d’Action Française qui se trouve au deuxième étage. On critique cette république peu respectable, on mise sur le rôle de l'Eglise, on imagine un nouvel ordre monarchiste... Lancelot croise Jean de Fabrègues, pour écouter Henri Massis, il a trente-huit ans et est admiré, c'est en novembre 1924 aux Sociétés Savantes.

Au début de 1925, le Cartel des gauches regroupe, contre lui, les catholiques autour du général de Castelnau en particulier.

L'action Française garde encore son influence, et participe au brassage des idées que les jeunes peuvent vivre dans le quartier latin... Cependant, Jean de Fabrègues fréquente aussi bien Pierre Mendès France que Paul Nizan. Il y a là aussi Pierre-Henri Simon...

Maurice Blondel

Au sein des catholiques, la philosophie thomiste est au cœur d'une querelle. D'un côte Jacques Maritain (43ans), de l'autre Maurice Blondel (64ans)... Maritain, proche de l'Action Française ( le parti de l'intelligence...), défend la primauté de la raison - dont la source est divine - , qui doit pouvoir démontrer les vérités de la foi. ( Jacques Maritain, Réflexions sur l’intelligence et sur sa vie propre). L'ordre du monde affirme la primauté du religieux, pourtant Maurras pense que l'ordre du monde dépend de la volonté de l'homme ; et, dans les deux cas il est lié à la raison...

Dans ''Primauté du spirituel '' (1927) Maritain va argumenter que le primat dans l’action chrétienne revient au « spirituel ».

En face, l'approche est plus ''libérale'', et le ''surnaturel'' ne pré-existe pas en soi à la nature humaine, à l'action, il est, en quelque sorte immanent : la révélation s'accomplit dans l'action, dans l'histoire humaine... Il faut accepter l'autonomie de la raison. Blondel récuse l'idée d'un parti catholique …

Jacques Maritain

Lancelot, comme beaucoup de jeunes catholiques, a du mal à se situer : il préfère se voir comme un croisé, face à une modernité inéluctable ( c'est le ''monde d'après'' la guerre...) et inquiétante ; aussi le rétablissement d'une chrétienté renouvelée porte en elle une certaine espérance....

Aussi, est-il sensible à “une politique chrétienne” et il y a peu encore, s'en tenait avec le général de Castelnau à se battre pour “restaurer un ordre social chrétien” représenté par le monarchisme, appuyé sur la Tradition, en progrès perpétuel, puisque basé sur l'expérience... ( La ''Tradition'' est la constante adaptation des principes au réel.)

A noter la question de la ''démocratie'' - qui pour Maurras, est contredite par la ''Nature'' - , et se présente comme « ordre artificiel non viable »...

- C'est le pouvoir des ''meneurs'' ; de l'argent.. : la ''ploutocratie'' est libérale, individualiste … De plus la république, avec ses lois laïques, refuse toute inspiration chrétienne... La religion peut offrir un cadre dans la vie de l'individu et de la cité...

 

Le combat contre l’expansion du bolchévisme devient un point fort; et pointe l'effort nécessaire à faire pour rejoindre le monde ouvrier qui s'installe dans les banlieues... Aussi, des jeunes, et non des moindres : je peux citer : Jean Daujat (1906-1998), Maurice de Gandillac (1906-2006) , Jacques Arthuys 1894-1943), Louis Salleron (1905-1992), Jean-Pierre Maxence (1906-1956), Robert Francis (1909-1934), Etienne Gilson (1884-1978), Roger de Lafforest (1905-1998)... tous proches du royalisme, vont souhaiter réconcilier une vision monarchiste avec un christianisme social comme ''Le Sillon''... Ils sont loin d'être des conservateurs et se présentent pour renouveler les conceptions de l'Action Française...

L'Ordre de Saint-Michel

Pour l'heure, Lancelot, avec Jean de Fabrègues, et l'équipe des jeunes rédacteurs de la ''Gazette Française'' imagine un ordre des Chevaliers de Saint Michel qui défendrait un modèle occidental des valeurs chrétiennes... Ce serait, en quelque sorte, le ''sillon '' de la Tradition...

Cet ordre est lancé par un appel signé d'Amédée d’Yvignac, Pierre Arthuys, Henri d’Astier de La Vigerie et Guy de Montferrand.

Lancelot se souvient, le 28 janvier 1926, d'une journée solennelle où après la messe en la crypte de l’Église des Carmes, un déjeuner est offert à plus de soixante-dix convives dans la grande salle du restaurant Procope. Les discours présentent l'ordre ( ou la Ligue...) comme une nouvelle chevalerie qui attendrait son ''Saint-Bernard'', leurs armes : « la parole, la prière, le sacrifice. » ( Guy de Montferrand, La Gazette Française, 24 décembre 1925. ) ; « Vous ne pouvez être hérésiarques aux yeux d’aucune personne sensée lorsque vous proclamez la nécessité en France de la monarchie ». ( Henri Massis, La Gazette Française, 28 janvier 1926 )

Certains argumentent que ces droits et devoirs envers l'Eglise, sont négligés par Maurras ; et on garde le silence ...

On dit que Rome, se prononce contre la validité morale des principes politiques maurassiens, et dénonce le paganisme de Maurras...

Bernanos (36ans), qui s'était éloigné de l'Action Française, lui reprochant de ne pas se battre pour ''nouveau monde'' mais d'avoir épousé l'ancien.. , et auréolé du succès de Sous le soleil de Satan, regrette l'incroyance du chef politique mais affirme sa certitude de l’œuvre de salut menée par l’Action Française. Il fréquente à présent les réunions des Étudiants d’Action Française.

Enfin, le 29 décembre 1926 tombe la condamnation, par le Pape Pie XI, de l’Action française, et de sept ouvrages de Charles Maurras...

Très clairement, les évêques de France réaffirment :

- Les maîtres de l’Action Française sont en opposition avec la foi et la morale catholiques.

- Les maîtres de l’Action Française n’ont aucun titre pour diriger les catholiques.

- Du danger de fréquenter les doctrines de l’Action Française.

Il dénoncent :

- Une conception païenne de la cité avec une Église réduite au rôle d’agent de l’ordre public

- La promotion du machiavélisme politique.

- La défiance envers une autorité spirituelle supranationale...

Mais, l’Action Française n’est pas condamnée en tant que monarchiste...

 

Les chevaliers de Saint-Michel attendront en vain la nomination d'un aumônier...

« La parole pontificale nous a fait un devoir de quitter cette obédience, celle d’Action Française, qui d’ailleurs ne se situait que dans l’ordre de l’action politique, non dans celui de la doctrine. » ( Amédée d’Yvignac, La Gazette Française, 17 février 1927. ). La Gazette reste encore royaliste, puis disparaît. Les ''chevaliers'' n'ont plus, ne survivront pas aux années vingt...

 

Pour Lancelot, ce coup au parti de l'A.F. va lui permettre de s'autoriser à s'écarter d'un nationalisme conservateur et paralysant...

Le calvaire de la paix 1926.

Lancelot s'émancipe de son groupe originel, et montre de l'intérêt a rencontré d'autres espaces, en particulier ceux représentés au GUSDN ( Le Groupement universitaire pour la Société des Nations) animé par Robert Lange qui bénéficie de l'aura de son oncle Bergson... Les réunions sont nombreuses, et les appuis de personnalités sont relativement intéressants, avec de nombreux contacts avec Genève et Londres... On fête l'entrée de l'Allemagne dans la SDN en 1926. Une paix est possible, et finalement l'action ( couronnée en 1926 par le Nobel de la paix) du vieux et sage Briand est reconnue par tous...

 

L'Ordre catholique se veut être ni de droite, ni de gauche.

« Nous luttons pour sauvegarder les éléments de justice et de vérité, les restes du patrimoine humain, les réserves divines qui subsistent sur la terre et pour préparer et réaliser l’ordre nouveau qui doit remplacer le présent désordre. Nous haïssons l’iniquité révolutionnaire bourgeoise qui enveloppe et vicie aujourd’hui la civilisation, comme nous haïssons l’iniquité révolutionnaire prolétarienne qui veut l’anéantir. C’est pour Dieu, ce n’est pas pour la société moderne que nous voulons travailler". Jacques Maritain, “En lisant Georges Valois”, La Gazette Française, 28 mai 1925.

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