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Articles avec #histoire tag

Anna de Noailles, l'Aéroplane, Péguy et Bergson

Publié le par Perceval

Avant la cataclysme de 1914, suivons Anne-Laure à la rencontre de quelques personnalités qui ont compté...

Observons cet article qui cite les invités au mariage de Fernand Gregh et Harlette Hayem en 1903... On y croise, avec la comtesse de Sallembier : Mme Louise Halévy, Mme Jean-Paul Laurens (Madeleine Villemsens épouse du sculpteur et peintre, ami de Gide), Mme Jules Lefebvre ( peintre ), la Comtesse Colonna, Mme René Brice ( le politique) fille de l'auteur et cadémicien Camille Doucet, la Comtesse Mathieu de Noailles, Mme Taine ( l'historien), Mme de Porte-Riche, Mme de Saint-Victor... Ludovic Halévy, Louis Ganderax ( journaliste et critique) sont témoins, Henry de Régnier, José-Maria de Heredia, Abel Hermant, Henry Roujon, l'historien Henry Houssaye...etc

Harlette Hayem, est femme de lettres, elle collabore au Figaro, aux Lettres, à L'Illustration, à La Revue de Paris, etc. Elle est jurée du prix Fémina. Son père était homme de lettres, homme politique, disciple de Proudhon , et ami de Barbey d’Aurevilly...

Barbey d'Aurevilly, son parrain, avait choisi le prénom d'Harlette en souvenir de la mère de Guillaume le Conquérant qu'avait aimée Robert le Diable.

Comtesse Mathieu de Noailles par Ignacio Zuloaga

Un personnage comme Anna de Noailles est incontournable dans la vie mondaine de cette époque... Anne-Laure de Sallembier a souvent l'occasion de la rencontrer ; et semble cependant s'en écarter... Bien de ses talents pourraient l'attirer - poétesse de génie - ses mots d'esprit courent dans Paris ; mais sa personnalité effraie; elle s'impose, étouffe qui s'en approche...

Un détail : Anne-Laure en est persuadée, Anna de Noailles préfère s’ennuyer à attendre deux heures et arriver en retard aux réceptions où elle est espérée, désirée... Ainsi, elle surgit, étourdissante... Et, elle parle, d'un débit saccadé : les mots sont justes et se pressent... Tous sont à ses pieds, beaucoup lui vouent un culte... Proust la vénère. Lucie Delarue en est tombée amoureuse...

Marthe Bibesco, sa cousine, confie qu'Anna voudrait être aimée de « tous les hommes qui aiment d'autres femmes qu'elle »

Charles Demange, le neveu de Barrès, après un flirt avec Anna qui veut se venger de l'oncle, se suicide en août 1909...

Elle se console, avec Henri Franck, mais il mourra à 24ans, tuberculeux...

Seul Barrès réussira à se faire désirer...

Anne-Laure aime la liberté d'Anna : elle étonne son milieu, mais n'est pas si paradoxale que cela, Anna de Noailles est aristocrate et dreyfusarde, nationaliste et admiratrice de la culture allemande, Heine en particulier.. Elle assiste à un cours de Bergson, et s'écrie « Mais je sais tout cela depuis que je suis née ! »

Anna de Noailles se passionne, comme J.B. pour l'aventure aérienne (Anne-Laure s'en inquiète...) La comtesse de Noailles, fascinée, suit les exploits des frères Wright, le 31 décembre 1908 Wilbur Wright bat le record de distance parcourue avec un avion : 124,7 km, pendant 2 heures, 20 minutes et 23 secondes... Elle admire nos aviateurs Esnauly-Pelterie, Farman, Blériot qui vient de traverser la manche ce 19 juillet 1909

« En vain, l’intelligence, agile et sans limite,
Avide d’infini, vous repousse et vous quitte ;
En vain, dans les cieux clairs, de beaux oiseaux pensants
Peuplent l’azur soumis d’héroïques passants,
Ils seront ramenés et liés à vos rives,
Par le poids du désir, par les moissons actives,
Par l’odeur des étés, par la chaleur des mains...
» ( A de Noailles - Le Ciel bleu du milieu du jour, 1913)

1908, Henri Farman (à droite) et Paul Painlevé

J.B. avec le mathématicien Paul Painlevé (1863-1933) affirme sa confiance dans le raisonnement et les calculs pour prévoir un grand avenir au ''plus lourd que l'air'' selon l'expression de l'époque... Beaucoup de grands esprits restent sceptiques... Ainsi Lord Kelvin (1824 -1907), physicien britannique d'origine irlandaise reconnu pour ses travaux en thermodynamique aurait affirmé : « La réalisation d’une machine volante plus lourde que l’air est impossible ». Et en 1905, le physicien en balistique et militaire Emmanuel Vallier (1849-1921) termine une longue série de travaux théoriques en réaffirmant l'impossibilité pratique du vol des appareils plus lourds que l'air....

Cependant, c'est avec émotion, et enthousiasme que Paul Painlevé, le samedi 10 octobre 1908, s’élève dans les airs à bord de l’aéroplane piloté par Wilbur Wright. La balade aérienne de plus de 70 kms dure 1 heure, 9 minutes. Il est le premier passager des frères Wright...

En 1910, Painlevé publie un ouvrage intitulé L'Aviation, en collaboration avec le mathématicien Emile Borel. L'objectif du livre est de mettre à la portée du plus grand nombre possible d'esprits cultivés les lignes essentielles de l'histoire du ''plus lourd que l'air''.

Précisément, le scientifique Painlevé deviendra ministre de la Guerre, alors que le général Nivelle lance son offensive désastreuse le 16 avril 1917; il attire l’attention de Nivelle sur l’indispensable soutien de l’aviation pour repérer les positions ennemies, si le temps est clément. Painlevé défend une nouvelle stratégie aérienne: l’emploi des aéroplanes pour le repérage, la chasse, le bombardement et le transport de troupes. 

Anna de Noailles, aime fréquenter les hommes politiques, elle admire et s'accapare Briand, recherche l'avis des ministres ; elle a la gloire, et eux ont la puissance, dit-elle...

Painlevé devant l'enthousiasme d'Anna de Noailles, et son désir de monter dans un aéroplane, lui répond : « Si je disposais d'un aéroplane, il serait en permanence devant votre porte, trop orgueilleux de prêter ses ailes de toile à votre rêve... »

 

Il serait temps de dire quelques mots sur J.B. ( Jean-Baptiste de Vassy ), complice, ami et amant d'Anne-Laure; disciple du mathématicien Henri Poincaré, et admirateur d'Henri Bergson...

J.B. fait partie de ces jeunes hommes, critiques de cette République qui à présent s'impose à tous, et qui aurait perdu '' le panache, l'héroïsme, le sens du sacrifice...''; la France s'est affaiblie de son anticléricalisme... J.B. Pense comme Péguy, que la guerre peut être nécessaire pour défendre les valeurs de la France, parmi lesquelles il compterait la liberté, l'humanisme, la religion... La guerre est admise comme un choc de civilisation...

Anne-Laure ne partage pas certaines de ses convictions... J.B. défend la liberté et la raison contre l'irrationnel ; idée qui la met mal à l'aise... Anne-Laure redoute la guerre, J.B. la déclare vitale, si elle est juste...

Anne-Laure de Sallembier, est de cette aristocratie qui s'est émancipée dans la vie mondaine parisienne; proche d’Élisabeth de Gramont, elle n'hésite pas à exprimer sa sympathie au clan dreyfusard ; ni éventuellement à soutenir des artistes socialisants, ou anti-cléricaux comme Anatole France (1844-1924) tout en affichant son attachement – par liens familiaux interposés – à l'orléanisme..

Cependant, comme J.B. et la plupart de leurs amis, elle pratique ( hélas!) un antisémitisme de principe, qui placent les juifs à côté de la nation ; et ceci dit-elle : « sans aucune animosité » !

N'oublions pas que ces aristocrates, se considèrent eux-mêmes d'une autre ''race'', que témoignent leur nom, la considération qu'ils se portent mutuellement, et le respect intimidé que leur témoignent les grands bourgeois, les artistes désireux d'être admis dans leurs hôtels...

Cependant, J.B. défend Bergson, contre les antisémites et les fanatiques... Il n'aime pas Maurras... Bergson- dit-il - nous fait considérer le réel pur, et réconcilie la philosophie avec la théologie …

24 janvier 1914 : Henri Bergson entre à l’Académie française, il est alors l'objet d’attaques antisémites ordurières de Léon Daudet dans l’Action Française.

De plus... Le 1er juin 1914, Rome met à l'Index les ouvrages de Bergson !

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Le XIXe siècle découvreur de Mythes – Le Vril -4/.-

Publié le par Perceval

''The Coming Race '' ( La race à venir) d'Edward Bulwer-Lytton, publié en 1871; nous semble bien inoffensif...

Pourtant, s'est construite une légende de la '' Société du Vril '', apparentée à la Société de Thulé : une petite société raciste pangermanique en Allemagne entre 1919 et 1933...

Revenons en arrière...

Edward Bulwer-Lytton, influencé par le mesmérisme, imagine un grand fluide qui pénétrerait toute la nature. Et - dit-il - « de même certains êtres, comme la torpille, peuvent être chargés d'électricité, sans jamais pouvoir communiquer ce pouvoir à d'autres ; j'ai supposé l'existence d'une race chargée de cette électricité et ayant acquis l'art de la concentrer et de la diriger - en un mot d'être les conducteurs de ses éclairs. »

Ensuite, cette notion de Vril va être développée par Louis Jacolliot (1837–1890), écrivain et consul de France en Inde durant le second empire dans Les Fils de Dieu (1873) et dans Les Traditions indo-européennes (1876). pendant son séjour de trois ans en Inde, il va être très inspiré par la culture et la mythologie indiennes...

Jecolliot reprend l'histoire du continent perdu de Mu, en appelant cette terre Rutas et engloutie dans l'océan indien... Dans '' Les Fils de Dieu '' il propose le nom d'Asgartha signifiant « la ville du soleil » soit une ancienne cité du  grand-prêtre brahmatma.

Alors, L'Agarttha signifierait : insaisissable à la violence, inaccessible à l'anarchie, et serait une ville située sous les monts de l’Himalaya en 1800 av. J.-C. Son roi garde un secret qui permet de fabriquer des armes puissantes grâce auxquelles le Christ anéantira le mal et établira la paix.

L'Agartha est en général présentée comme un monde idéal dépositaire de connaissances ou de pouvoirs surnaturels. On évoquerait ainsi, un royaume souterrain au nom d' "Agartha", et sa capitale "Shamballah". Shambhala (en sanskrit शम्भल « lieu du bonheur paisible »)

Archéomètre

Le nom d'Agartha est employé par Joseph Alexandre Saint-Yves (1842 -1909), un érudit, poète et écrivain français. A ce propos, Saint-Yves commence à réfléchir, à travailler sur l'Archéomètre dans le courant des années 1890 et travailla sur ce sujet jusqu'à sa mort.. Gérard Encausse ( alias Papus) et quelques amis et collaborateurs de Saint-Yves publient un gros livre, L'Archéomètre - Clef de toutes les religions et de toutes les sciences de l'Antiquité - Réforme synthétique de tous les arts contemporains ; et c'est dans ce livre qu'est révélé l'existence d'une société entièrement fermée sur elle-même, l'Agarttha, un corps enseignant, une université antique issue de l'empire de Ram au travers des âges.

Ce dont le ''Vril '' est le support, c'est l'idée ( le rêve, l'espoir..) d'une énergie naturelle, puissante, illimitée... et pourquoi pas ''spirituelle''...

La légende se fabrique en s'attachant à des personnages réels qui évoquent plus ou moins cette idée, en les rattachant ensuite à un développement en prise avec la réalité historique. Le nazisme et son idéologie se prêtent bien à ces rêves fous de super-pouvoirs …

Ainsi sont sollicités des personnages, comme :

Karl Haushofer (1869-1946) théoricien de la géopolitique allemande, qui a été récupéré par le nazisme. «  Ainsi, c'est bien mon vieux compagnon de voyage qui fut responsable, sans que je sache si c'était à dessein, du déplacement fondamental, et fatal pour le monde, de la stratégie d'Hitler. » Zweig

Marié à une femme de religion juive ; il est un proche de Thomas Mann et rencontre Stefan Zweig lors de son voyage en Inde...

Nikola Tesla dans son laboratoire

On évoque aussi, l’ingénieur Nicolas Tesla (1856-1943), génial découvreur en énergie électrique ... Et, important, il s’intéressait aux spiritualités orientales...

« Dans quelques générations nos machines seront animées grâce à une énergie disponible en tous points de l’univers.[…] [En effet,] dans l’espace, il existe une forme d’énergie. Est-elle statique ou cinétique ? Si elle est statique, toutes nos recherches auront été vaines. Si elle est cinétique – et nous savons qu’elle l’est –, ce n’est qu’une question de temps, et les hommes réussiront à connecter leurs machines aux rouages de la nature. » Conférence 1892

Willy Ley (1906-1969), auteur scientifique américain d'origine allemande. Il a été un des pionniers de la conquête spatiale.

Il quitte en 1935, l'Allemagne nazie pour le Royaume-Uni puis les États-Unis. Il aurait évoqué l'existence d'une société nazie consacrée à la recherche du Vril ...

Pseudoscience in Naziland », essai de Willy Ley, paru dans le magazine de science-fiction Astounding, mai 1947   --->

 

Enfin, La légende d'une société du Vril, nous met sur la piste de médiums allemands autour de belles jeunes blondes aux longs cheveux, dont Maria Orsic- professeur de ballet - serait une grande prêtresse, évadée de Berlin en 1945, et dont on aurait perdu la trace. Elle serait en lien avec une civilisation extra-terrestre …. J'ignore l'origine et comment cette histoire est venue rejoindre la saga du Vril … ?

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Voyage en Allemagne – Nuremberg - Dürer

Publié le par Perceval

Nuremberg - Autour de la Maison d'Albrecht Dürer - Cet été ...
Nuremberg - Autour de la Maison d'Albrecht Dürer - Cet été ...
Nuremberg - Autour de la Maison d'Albrecht Dürer - Cet été ...
Nuremberg - Autour de la Maison d'Albrecht Dürer - Cet été ...
Nuremberg - Autour de la Maison d'Albrecht Dürer - Cet été ...
Nuremberg - Autour de la Maison d'Albrecht Dürer - Cet été ...

Nuremberg - Autour de la Maison d'Albrecht Dürer - Cet été ...

Lors de cette soirée, Anne-Laure a donc sympathisé avec Emmy Noether... Elles ont parlé de Nuremberg, et Emmy a attiré l'attention d'Anne-Laure sur la maison de Albrecht Dürer (1471-1528) ; la discussion s'est porté sur une œuvre particulière du peintre ''Melancolia'' avec son ''carré magique''... Pour Anne-Laure, cette évocation lui a causé une forte émotion, la ramenant aux histoires que lui racontaient son grand-père...

Ici, sur Anne-Laure et son grand-père :

Je rappelle que Charles-Louis de Chateauneuf, né en 1816, tout en fréquentant les salons, et diverses ''société'' discrètes, continuant ses recherches sur le Graal; s'était engagé dans une carrière scientifique et astronomique... Charles-Louis – en suivant les méthodes mathématiques développées par Legendre - a travaillé au sein d'équipes de l'observatoire de Paris...

Le grand-père d'Anne-Laure lui avait en effet parlé de ''carré magique''; elle ne se souvenait plus exactement de quelle ''magie'' il s'agissait...mais cela l'avait fort intrigué...

Ici, sur le Carré Magique: 

Le lendemain Emmy Noether, fit porter à l'hotel d'Anne-Laure , un courrier qui contenait une reproduction de la gravure de Dürer....

On trouve la maison d’Albrecht Dürer, aux pieds du château de Nuremberg, donnant sur la petite place, la Tiergärtnerplatz. C’est là que les gens s’installent avec leur verre (de bière) à même le sol, ce qui crée une ambiance conviviale, et paisible, à l'abri d'un peintre allemand et importante figure locale... .

On y trouve aussi la sculpture d’un gros lièvre réalisée par Jürgen Goertz, un hommage à Dürer. Et, si on lève la tête, une magnifique petite statue de St George sur la « Maison Pilate » (Pilatushaus). Elle fait partie des plus vieilles maisons de Nuremberg (construite au 15e siècle)...

Nuremberg, en 1500 est une ville riche de 50 000 âmes et attire, tel un aimant, tous les talents d’Allemagne et d’Europe. L'imprimerie y est en plein essor... Anton Koberger (v. 1445-1516) y fait tourner jusqu’à 24 presses à lui seul avec une centaine de compagnons. Friedrich Peypus, imprimeur des humanistes, y publie le grand platonicien Erasme de Rotterdam (1469-1536).

On produit des écrits ésotériques et des bibles, les écrits scientifiques de Nicolas de Cuse (1401-1464)... Martin Behaim (1459-1509), dont la maison familiale avoisine celle de Dürer, y fabrique les premiers globes terrestres.

En 1471, année de naissance de Dürer, le géographe, mathématicien et astronome Johannes Müller (1436-1476), dit Regiomontanus, décide d’élire domicile à Nuremberg. Après le décès de ce dernier en 1476, c’est son disciple Walther qui hérite de sa riche bibliothèque et poursuit les recherches. En 1501 Walther achète la maison de Regiomontanus, et en 1509 Dürer l'acquiert à son tour, devenu membre du Grand Conseil de Nuremberg - et aménage le pignon sud en plate-forme d’observations astronomiques.


Durer a peint de nombreux ''auto-portraits'' comme s'il s’agissait d'apporter la preuve - à lui-même - qu'il a vraiment existé ; et à nous ( cinq siècles plus tard)... car nous nous sentons questionné par ce regard …

Si ce regard date de cinq siècles, peut-être nous faudrait-il revenir en arrière pour le comprendre un peu mieux...

Dürer admire Luther pour des raisons morales et intellectuelles - il voyait en Luther un « instrument de Dieu ». - , mais il est incapable de rompre avec l’église catholique. Profondément chrétien, : il voudrait signifier : « Par la souffrance dont j’ai fait l’expérience, je m’efforce de suivre la voie du Christ ».

Dürer, a toujours été préoccupé par l’idée d’une mort prochaine... En 1500, l'idée de fin du monde est dans les esprits, la faim, la peste, la syphilis, les conflits sociaux marquent l'ambiance... Durer étudie, voyage et peint : comme artiste il pense pouvoir percer les secrets de l'univers...

Voyage en Allemagne – Nuremberg - Dürer

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Voyage en Allemagne – Nuremberg - 2

Publié le par Perceval

Anne-Laure est invitée à une réception en l'honneur de l'impétueux empereur d'Allemagne... Plusieurs personnalités de Bavière sont présentes, ainsi que de nombreux étrangers en transit vers Bayreuth...

Anne-Laure rencontre une jeune femme qui parle très bien le français, avec qui elle va se lier... Elle s'appelle Emmy Noether, elle a alors 24 ans. Après un diplôme d'enseignante d'anglais et de français ; elle a décidée de poursuivre des études scientifiques à l’université d’Erlangen. Erlangen située à une vingtaine de kilomètres de Nürnberg, est sa ville de naissance..

Elle étudie non sans quelques difficultés l'astronomie et les mathématiques: elle doit demander la permission des professeurs pour pouvoir accéder à leurs cours ( non ouverts aux filles) … - sur lesquelles elle prépare une thèse... Ensuite, elle enseignera sans rémunération ni statut officiel.

Emmy Noether va approfondir ses recherches en algèbre abstraite (l'étude des structures algébriques) et publie des articles importants sur les idéaux (en mathématiques, un idéal est un sous-ensemble remarquable d’un anneau).

Emmy Noether va contribuer à faire évoluer l'algèbre...

C'est la ''begriffliche Mathematik'' (les mathématiques purement conceptuelles) qui caractérise Noether. Ce style de mathématiques a été adopté par d'autres mathématiciens et, après sa mort, a refleuri sous d'autres formes...

Irving Kaplansky, notamment, qualifie son article de 1921, qui donne naissance au terme d’anneau noethérien, de « révolutionnaire ». Norbert Wiener considère qu’Emmy est « la plus grande mathématicienne qui a jamais vécu, et la plus grande femme scientifique vivante, tous domaines confondus, et une savante du même niveau, au moins, que Madame Curie ». A sa mort enfin, Pavel Alexandrov dira également d’elle qu’elle était « la plus grande mathématicienne de tous les temps », quand Albert Einstein écrit au New York Times : « Fräulein Noether était le génie mathématique créatif le plus considérable produit depuis que les femmes ont eu accès aux études supérieures jusqu’à aujourd’hui. »

Le gouvernement nazi exclut les Juifs qui occupent des postes universitaires et Noether émigre alors aux États-Unis... En 1935, elle meurt d'un cancer à cinquante-trois ans.

Nürnberg album 1900-1910
Nürnberg album 1900-1910
Nürnberg album 1900-1910
Nürnberg album 1900-1910
Nürnberg album 1900-1910
Nürnberg album 1900-1910
Nürnberg album 1900-1910

Nürnberg album 1900-1910

Anne-Laure, est invitée par sa nouvelle amie, à visiter la ville de Nürnberg...

Emmy Noether, avec des amis

Et, voici ce que pourrait en noter la voyageuse en ce début de siècle …

« De toute l'Allemagne Nuremberg est la ville la plus originale, la plus curieuse à visiter. Celui qui s'y trouverait transporté comme par magie, sans avoir rien vu sur son passage, nagerait dans l'enchantement; la surprise doublerait sa jouissance. Le souvenir de Bâle, de Schaffhouse, d'Augsbourg ôte de sa nouveauté au tableau; il ne lui. ôte pas son charme. Nulle cité n'a conservé aussi entière la physionomie du moyen âge, ou plutôt de la renaissance; car peu de maisons remontent au delà du XVe siècle. Les amis de l'ogive en doivent faire leur deuil; les églises de Saint-Sebald et de Saint-Laurent les dédommageront.

(…) Ici, le musée est dans la rue; chaque maison en forme une pièce curieuse. J'ai retrouvé ces hauts pignons pointus et ces longues saillies dû toit qui m'avaient fait aimer Strasbourg. Mais il s'agit bien de pignons ! Ici, maint logis est flanqué de tourelles, couronné de créneaux, festonné de sculptures et d'arabesques. Des vignes capricieuses, s'épanouissent aux murailles; là pendent dés fruits fantastiques, des oiseaux rares voltigent, des figures joviales vous envoient une grimace ou un sourire.

(…) On peut juger de l'ancienne prospérité de la ville par le grand nombre des étages et des fenêtres; on sent qu'il y a eu là autrefois, comme aujourd'hui dans nos capitales, un énorme entassement d'individus.

Dans le labyrinthe de la ville coule une rivière, la Pegnitz. Çà et là sur son cours de vieux ponts au sommet anguleux, aux dalles disjointes, aux parapets sculptés. Pas de quai, pas un sentier sur le bord. La rivière reste enfermée entre les murailles des habitations, dont elle ronge les pilotis. Des maisons nobles, vermoulues, minées de vieillesse et d'humidité, se penchent sur l'eau ou l'enjambent par une seule arche. Dans le lit du fleuve coule une eau vaseuse, si lente qu'on en cherche quelque temps la pente; si triste qu'elle semble dire, comme du temps de Schiller : « Je suis devenue hypocondré, et ne continue de couler que parce qu'ainsi le veut la vieille coutume. »

Nuremberg est une ville fortifiée de murs épais, assis sur la roche vive; de larges fossés,- des tours énormes lui font une magnifique ceinture. Ces remparts furent de leur temps formidables; l'artillerie moderne en aurait, je crois, facilement raison. On les entretient pourtant pour le coup d’œil; chaque pierre remplacée est soigneusement noircie, et l'ensemble est toujours vénérable de vétusté.

L'intérieur du château cause une grande déception. On s'attend à voir de grandes salles d'armes, des lambris travaillés, d'énormes cheminées sculptées et blasonnées; on trouve à la place une longue enfilade de pièces parquetées, tapissées, meublées à la manière moderne.

(...)

En parlant de ses habitants, la voyageuse note que «  le souffle de l'art avait touché leurs âmes. Quelque chose de supérieur était en eux. Leur ville l'annonce assez; le moyen âge le reconnaissait : « Esprit de Nuremberg gouverne le monde, » disait le proverbe... »

Sources :  Le Danube allemand et l'Allemagne du Sud .. par Hippolyte Durand (1833-1917)...

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Voyage en Allemagne – Nuremberg

Publié le par Perceval

Dans la bibliothèque de Anne-Laure de Sallembier, j'avais repéré un ouvrage de Albert Lavignac (1846-1916) nommé '' Le voyage artistique à Bayreuth'', dans lequel je retrouvais des cartes d'hôtel qui semble signifier, que mon aïeule l'avait avec elle, lors de ce voyage en Allemagne …

L'auteur note que, par l'Orient-Express, on peut aller de Paris à Bayreuth en vingt heures. Ce train, qui laisse la gare de l'Est à six heures cinquante minutes du soir, vous met à Stuttgard le lendemain, à sept heures du ma- tin. De là, vous prenez un train pour Nuremberg. Vous arrivez à midi, et, à trois heures, vous êtes à Bayreuth.

Voyage en Allemagne – Nuremberg

Pour ma part, je suis passé par Rothenburg ( Rothenburg ob der tauber), avant de séjourner à Nuremberg.

Les rues de Rothenburg semblent appartenir à un parc d’attraction, dont le thème serait le moyen-âge des contes de fées... Pourtant, rien n'est factice : l'histoire de la ville remonte à 1070, année de la construction du premier château... Elle ne fut pas à l'abri de destructions pendant la Guerre de Trente ans, et en 1945... Et, tout fut reconstruit... La ville est toujours entourée de remparts... Avec l'architecture, on s'immerge dans l'ambiance de Noël : le musée de Noël allemand et l'immense magasin de Noël Käthe Wohlfahrt, sont ouverts toute l'année...

Ploenlein Rothenburg 1900
Rothenburg, cet été...
Rothenburg, cet été...
Rothenburg, cet été...

Rothenburg, cet été...

Aussi beau et plus intéressant, l'ensemble ancien de Nuremberg ( Nürnberg).

NURNBERG, Bavaria, Germany, 1900-1910´s

A l'entrée de la vieille ville, Le ''Grand Hôtel'' ouvert depuis 1897, apparaît comme un grand voilier, à quai près des remparts, et tout proche de la gare...

Anne-Laure de Sallembier y loge, alors qu'il vient d'être rénové et agrandi par Rudolf Lotz (1906), l’entrée principale fait face à la Bahnhofsplatz. L’hôtel comprend alors 35 incroyables suites privées …

Nuremberg devient de plus en plus un haut lieu touristique, notamment à cause du festival de Bayreuth.

 

 « Aucun pays n’est actuellement en Europe, où l’on parle plus librement, écrit en toute liberté et librement négocié qu’ici en Bavière », se réjouit le peintre Anselm von Feuerbach en 1818. Enterré à Nürnberg.

Frederic Leighton (1830-1896) - Pavonia-1859

A propos : du peintre allemand Feuerbach (1829-1880), on connaît les portraits de Nanna. Ce modèle que rencontra - avant lui - Frederic Leighton (1830-1896) : Anna Risi est alors l'épouse d'un simple cordonnier du quartier des artisans de Trastevere à Rome. En 1858, Leighton vit et peint à Rome, où il rencontre Nanna, la femme du cordonnier aux cheveux noirs et « au regard assoiffé ».

Feuerbach la rencontre en mars ou en avril 1860. Anna Risi devient sa muse et son amante, Il écrit qu'elle est le modèle qu'il cherchait ; elle est une réincarnation de la beauté antique, avec son profil grec, ses cheveux noirs; une silhouette altière. Feuerbach est tellement fasciné par elle qu'il en fait 28 portraits en six ans. 

Tandis que la relation de Leighton avec elle était platonique, Feuerbach est tombé passionnément amoureux de la belle italienne. Le sentiment est réciproque et Nanna quitte son mari et son enfant … Feuerbach la peint souvent la tête baissée, en partie dans l'ombre, des vêtements épais qu'il lui choisit...Affirme t-il sa possession - la "propriété" - de sa maîtresse... ? Feuerbach la rend passive et isolée. Leighton la décrit comme étant active et plus présente.

Anna Risi - Nanna   

Maîtresse et muse d'Anselm Feuerbach.

Après cinq ans, Nanna quitte Feuerbach pour un autre homme dont elle est aussi le modèle … . Puis, Nanna restera seule dans un état de misère... On dit que Feuerbach la reconnut plus tard en train de mendier dans les rues, pauvre et accablée. Il ne s'est pas arrêté pour l'aider. Lord Leighton, aurait-il été, lui, compatissant... ?

Revenons à Nuremberg et la Bavière...

A la suite du Congrès de Vienne,  la Bavière est devenue une monarchie constitutionnelle. La constitution du royaume de Bavière accordée en 1808, largement révisée en 1818, resta en vigueur jusqu'à la fin de la monarchie en 1918...

Touristes à la Frauenkirche, Nürnberg, 1904

Léopold de Wittelsbach était devenu régent du royaume de Bavière à la suite de la déposition de son cousin Louis II de Bavière et l'incapacité du frère de celui-ci, Othon, en 1886.

Au décès de son père, le 12 décembre 1912, Louis ( 1845-1921) lui succède comme régent. Il deviendra roi de Bavière en 1913- sous le nom de Louis III - après l'abdication du frère de Louis II, Othon Ier, roi en titre.

Le roi Louis Ier fit restaurer le château de Nuremberg à partir de 1833 par l'architecte Carl Alexander von Heideloff afin qu'il puisse y vivre en tant que souverain.

En 1866, les Hohernzollern firent une offre pour le château impérial: après sa défaite lors de la guerre de 1866, Louis II dut concéder au roi Wilhelm Ier de Prusse le droit de partager l'utilisation du «château de ses pères». L'empereur Guillaume II - Empereur d'Allemagne et roi de Prusse - a habité le château à plusieurs reprises et n'a jamais oublié de se faire appeler "Burggrave de Nuremberg".

Le château de Nuremberg est juché sur les hauteurs de la ville, avec sa haute tour ( Sinwell) la silhouette du Kaiserburg est visible depuis de nombreux points de la ville…

Ce château est présent depuis le milieu du 11e siècle… Après la montée par les rues pavées, nous atteignons de petites cours, des terrasses par lesquelles nous contemplons la ville…

A l’intérieur, de grandes salles... Elles servaient souvent de salles de réception et devaient pouvoir accueillir des centaines de personnes pour des banquets.

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Voyage en Allemagne – Heidelberg, Elisabeth Stuart

Publié le par Perceval

*** Et finalement , grâce à ce fameux manuscrit, Anne-Laure de Sallembier, va faire une autre rencontre : celle d'un couple peu ordinaire : Elisabeth Stuart (1596-1662) nommée aussi Elisabeth de Bohème et Frédéric V (1596-1632), prince-électeur et comte palatin du Rhin, puis Roi de Bohème (1619-1620), « Roi d'un hiver »...

En voici l'histoire qu'elle a retranscrite, et dont je recopie ici, quelques extraits:

Élisabeth d'Angleterre, v. 1642

L'histoire d’Elizabeth Stuart, est une histoire d'amour et de royaume perdu...

Fin XVe siècle : Les passionnés d'astronomie, voient dans la constellation de Cassiopeia, une supernova briller pendant seize mois ; la Grande Comète visible dans toute l'Europe ; ils prédisent la fin d'un monde, et le début d'une nouvelle ère..

Les jésuites prévoient de reprendre le contrôle de l'Allemagne, des Pays-Bas et de l'Angleterre, des protestants rêvent d'un monde sans pape...

Elizabeth Stuart est née lors d'une tempête inhabituelle au cours de l'été 1596. Sa mère, Anne du Danemark, était réputée pour sa frivolité , une belle femme blonde et vive qui aimait rire et danser. Elle aimait le théâtre n'a pas manqué de cause quelques scandales … Mécène en arts, elle sut agrandir la collection royale.

Il peut arriver que l’amour se glisse dans un mariage de raison et d’État, comme au cours de l’union de Elizabeth Stuart d'Angleterre avec Frédéric, prince du Palatinat, mieux connu dans l'histoire sous le nom du " Roi d'un Hiver", roi de Bohême.

Elizabeth Stuart et son frère aîné Henry, le prince de Galles ; étaient très proches. Des nombreux prétendants à la main de sa sœur ( on pensait à Louis XIII...); c'est Frédéric, prince du Palatin, qui a été le choix du prince Henry. Les deux jeunes hommes s’aimaient et se respectaient. Ensemble ils montaient à cheval, chassaient, jouaient à divers jeux sportifs, Elizabeth étant souvent une spectatrice intéressée de leurs rencontres amicales. Les dernières paroles du prince mourant ont concerné le mariage de sa sœur avec le Prince Frédéric...

Par ailleurs, les exigences politiques étaient pressantes, la guerre menaçait ; et la mort du prince Henry ne retarda le mariage que de quelques jours....

Le 13 février 1613, Frédéric V épouse Élisabeth d'Angleterre avec laquelle il aura treize enfants :

À la sœur blessée, pleurant la perte de son frère idolâtré, la tendresse de Prince Frédéric fut un baume ; sa mémoire était bien plus précieuse que la couronne de roses en diamant que son amant lui avait apportée du Palatinat. Pourtant, la couronne scintillante que l'on peut voir aujourd'hui à Munich est magnifique ; elle semble faite de glace projetée dans la lumière du soleil, elle semble l'ornement nécessaire à une jeune "reine d’un hiver".

Bien qu’elle ne soit pas allemande de naissance, Elizabeth s’est bien identifiée avec les intérêts de son mari et de son peuple. Elle est devenue l'ancêtre de dirigeants célèbres, parmi lesquels Frédéric le Grand, la reine Victoria et l’empereur Guillaume Ier...

Elisabeth possédait la grâce, la beauté et le charme – dit-on - des manières habituelles aux Stuarts.

Le titre qu'elle a gagné en Allemagne : "La reine de cœur" semble avoir été un hommage spontané et bien mérité.

La Guerre de Trente ans.

En 1617, l’empereur Matthias Ier du Saint-Empire est sans descendance. Afin de conserver le titre impérial aux Habsbourg, Matthias Ier souhaite que celui-ci revienne à son cousin germain Ferdinand de Styrie, pour cela il lui abandonne le titre de roi de Bohême en 1617, avec la perspective de le voir ainsi accéder à la dignité impériale à sa mort.

Ferdinand, catholique zélé qui a été éduqué chez les jésuites, veut voir revenir la Bohême dans le giron de l’Église catholique...

Frédéric prend la tête de l'Union protestante, créée par son père pour sauvegarder les intérêts protestants au sein du Saint-Empire romain germanique.

L'Union protestante souhaite vivement empêcher l'élection du catholique Ferdinand, roi de Bohême, comme empereur. Les États de Bohême, à majorité protestants déposent Ferdinand et proposent le titre à Frédéric V qui est le premier prince-électeur de l'Empire. D'abord réticent, celui-ci accepte finalement leur proposition.

Cet acte sera un des facteurs déclenchant de la guerre de Trente Ans. Il est couronné à Prague, le 4 novembre 1619, et Elisabeth trois jours plus tard. Peu de temps après, Ferdinand II prend l'offensive pour reconquérir la couronne de Bohême.

C'est ainsi que l'on va vivre l’histoire de ce bref et brillant règne hivernal de Frédéric et Elisabeth en Bohême...

Le roi et la reine sont trop peu conventionnels pour plaire à la noblesse de Bohême. Frederic et Elisabeth ne parlent pas le tchèque. Les nobles de Bohême sont d'une race différente. Ils n'aiment ni la comédie française ni le théâtre anglais.... Bien que la Bohême sous Rodolphe II ait été une ville d’art et de science, d’alchimistes et d’astrologues, le goût de la connaissance ésotérique et de la littérature en général a décliné sous des années de règne catholique. Les femmes ont moins de droits qu'ailleurs en Europe...

Image satirique à propos de Frédéric V, roi de Bohême, et du Palatinat

En 1620, les forces protestantes de Bohême sont défaites à la bataille de la Montagne-Blanche le 8 novembre 1620, soit un an et quatre jours après le couronnement de Frédéric. Il en héritera du sobriquet de « roi d'un hiver » (Winterkönig).

Chagrin, humiliation, pauvreté les attendait. Ferdinand II. est triomphalement élu Empereur... L'un des premiers actes du nouvel empereur est de confisquer la principauté du Palatinat, de Frédéric et le faire passer à un prince bavarois.

Elisabeth, reine veuve de Bohème

Mis au ban de l'Empire, démis de tous ses titres et dépouillé de ses possessions par décret impérial, il est contraint à l'exil, à Sedan, auprès de son oncle Henri de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, entre 1620 et 1623.

Sa femme et lui, depuis leur exil de La Haye (Provinces-Unies), ne peuvent qu'assister, impuissants, à l'occupation du Palatinat par les troupes de Maximilien Ier de Bavière, chef de la branche catholique de la maison de Wittelsbach, qui a reçu ses terres ainsi que sa dignité électorale en remerciement des services rendus aux Habsbourg (1623).

Le Roi James 1er d'Angleterre offre à sa fille un asile, mais elle répond fièrement que sa place est aux côtés de son mari, qu'elle n'abandonnera jamais.

Frédéric V mis au ban de l'Empire, meurt en exil. Il est surnommé « der Winterkönig » (le roi d'un hiver).

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Fin du siècle – La vie mondaine -1-

Publié le par Perceval

Élisabeth de Gramont en 1889. ( Nadar)

Dans le cercle restreint de cette géographie politique, Anne-Laure rencontre, celle qui deviendra l'une de ses amies : Élisabeth de Gramont (1875-1954)

En effet, Albert de Mun, a pour cousine, Élisabeth de Gramont, duchesse de Clermont-Tonnerre. De plus, le frère d'Albert : Robert de Mun, a épousé le tante de la duchesse, Jeanne de Gramont.

Si Albert de Mun, joue le ''père la rigueur'', Élisabeth lui rappelle, qu'il ne fut pas toujours exemplaire, des études médiocres, puis après sa sortie de Saint-Cyr, il sert dans les cuirassiers en Algérie (1862-1867) ; il y mène dit-on joyeuse vie.... Lors de la guerre, il est capturé à Metz, et emmené en captivité à Aix-la-Chapelle avec son ami René de La Tour du Pin, rencontré sur le champ de bataille de Rezonville. Prisonniers sur parole, les deux hommes partagent le même désarroi devant la défaite...

A 26 ans, il épouse sa jolie cousine ( au troisième degré ) Mlle Simone d'Andlau... Son père était comte de Briouze, seigneur de Mesnil-Jean et de Sainte-Marie. Il avait conjoint à cet héritage celui de sa mère, héritière de la baronnie de Cuy, à l'âge de huit ans, toutes terres situées dans l'Orne....

Albert de Mun

Cependant, le couple n'hérite d'aucune terre, d'aucun château... Ils mènent une vie sage et bourgeoise... Albert de Mun, à la fin du siècle, se targue de l'élégance avec laquelle son épouse «vêtue d'une simple robe noire» et indifférente aux lorgnette des loges puisse aller s'asseoir au parterre de l'Opéra, ce que madame Verdurin n'aurait jamais imaginé.... !

Pourtant, depuis le second empire, on considère que les salons aristocratiques et même de la cour impériale, entretiennent une vie dissolue. C'est aussi en cela que voulait se distinguer le célèbre salon de Juliette Adam... Il était devenu l’un des principaux salons républicains de Paris et il a joué un rôle important dans la vie politique française. Au salon du boulevard Poissonnière se rencontraient hebdomadairement certains des plus importants hommes politiques républicains. L’hôte le plus influent fut sûrement Léon Gambetta, ami d’Edmond Adam, qui instaura aussi une relation très amicale avec Juliette Adam ; jusqu'à ce que Gambetta semblât montrer des signes de sympathie envers l’Allemagne de Bismarck... Ce fut l'un des éléments de la rupture entre le « tribun » et son ancienne « égérie ». Le ''mythe'' de Juliette Adam : '' la grande française'' n'a cessé de se développer...

 

Si Juliette Adam avait été très proche d’Émile Girardin (1802-1881)... ''La Revue des deux Mondes'', avait des sympathies orléanistes. Le Directeur de la revue est Ferdinand Brunetière (1849-1906). Antidreyfusard, mais non antisémite : il publie en 1886 une réfutation ferme de La France juive, de Drumont, il accuse, en 1898, les intellectuels dreyfusards de se dévoyer... Son amie Flore Singer - importante salonnière de Paris - dreyfusarde, tente à plusieurs reprises de lui faire changer de position...

Dans l'intimité des salons, et du cercle restreint de l'aristocratie ; parcourons le Paris mondain...

Si, Anne-Laure se dit l'amie d’Élisabeth de Gramont (1875-1954), Elisabeth est la fille d'Agénor et de sa première épouse, et la demi-sœur d' Armand de Gramont (1879-1962) duc de Guiche, ami de Marcel Proust (1871-1922), marié avec la fille d'Elisabeth de Caraman-Chimay Greffulhe qui règne sur le tout-Paris... D'ailleurs la duchesse publiera un livre en souvenir de son amitié avec Marcel Proust qu'elle a côtoyé jusqu'à la fin. Dans ses Mémoires, elle évoquera nombre de personnes qui inspirèrent Proust pour À la recherche du temps perdu.

acquise par la baronne de Poilly


 

Ainsi, Anne-Laure a connu la baronne de Poilly : Annette du Hallays-Coëtquen (1831-1905), une égérie du Second-Empire... A 14 ans le comte de Brigode l'avait demandée en mariage, qu'elle épousa trois ans plus tard... Elle devint vite veuve (1859), libre et sans frein d'aucune sorte … Elle s'investit dans son salon, au 50, avenue des Champs-Élysées...

Qui ne rêve de se rencontrer autour d'un foyer de vie et de beauté... ? Les plus habitués du salon, furent le docteur Albert Robin, le ''connétable '' Barbey d'Aurevilly, un jeune poète François Coppée, Edmond de Polignac, et Paul Bourget... Elle est une des meilleures amies de Judith Gautier ( la fille de Théophile). La belle se remarie avec le baron de Poilly (1860) qui décède deux plus tard...

chez la baronne de Poilly

On dit qu'elle aima l'amour sans fausse honte... Dame d'honneur de l'impératrice, on raconte qu'elle tenta de ''dégeler'' Louis II lors d'une fête aux Tuileries (1867), en vain … Dans son salon, on pouvait rencontrer les fameux docteurs Robin et Pozzi auréolés d'avoir connu bibliquement Sarah Bernhard (1844-1923), Guy de Maupassant en quête de documents vécus, et le jeune Paul Deschanel toujours admirablement bichonné et bourreau des cœurs et habitué des ruelles de la baronne de Poilly, de Mme Beer, de Mme de Loynes, de la comtesse Diane... et promis à devenir le président de la République tombé de son sleeping, errant pieds nus sur la voie ferrée du côté de Montargis...

 

Note : Affaire Dreyfus : Les intellectuels ont pris parti ; parmi les antidreyfusards se comptent Cézanne, Degas, Renoir, Lorrain, Valéry, Louÿs, Léautaud, Arthur Meyer, le propriétaire du Temps, Barrès, F. Brunetière, Lemaître, Coppée, et chez les femmes de lettres, Gyp alors fort en vogue à l'époque, Colette et Rachilde. Dans les rangs des dreyfusards, Zola bien sûr, mais aussi Anatole France, Lugné-Poe, Fénéon, Courteline, Monet, Tristan Bernard, Rostand, Martin du Gard, Jean Jaurès, Léon Blum...

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Fin du siècle - Être orléaniste...

Publié le par Perceval

Fin du siècle - Être orléaniste...

Nous allons entrer dans le monde des salons et de la culture dans le Paris mondain, entre 1895 et 1915. Nous pouvons le faire - grâce aux documents qu'Anne-Laure de Sallembier a laissé à son fils - puisqu'elle eut le privilège du titre, pour côtoyer les personnes qui ont le prestige de l'aristocratie ou de l'argent, ou chose recherchée, le don artistique, médiatique, politique...

Anne-Laure a eu cette chance, de savoir – toute jeune – ce à quoi elle devait se consacrer... Sa Quête allait consister à suivre un fil – déjà tendu par ses ancêtres – et passer de rencontre en rencontre, de réflexions en théories, d'anecdotes en expériences à traverser... Les mondanités vont la conduire à modifier ses convictions politiques, à côtoyer le mystère avec l'occultisme, rencontrer la théosophie, se passionner pour la recherche scientifique... Anne-Laure va vivre avec la même intensité ''religieuse'' : l'art, et l'amour ; la philosophie et la Quête du Graal ...

 

Le salon de la comtesse Potocka

« Un salon, c'est d'abord une femme... ». Un salon est ouvert, mais intime ; c'est un lieu de rencontre et de conversation.

Anne-Laure a suivi l'évolution du salon, mondain : qui met en relation le monde, conforte les alliances, arrange les mariages, accélères les carrières … ; jusqu'au cénacle : à forte identité culturelle et engagé...

Anne-Laure de Sallembier, par les titres de son mari, accède aux salons qu'il fréquentait... La plupart sont marqués politiquement...

Monsieur de Sallembier, tout comme la famille d'Anne-Laure, étaient ''orléanistes'', proche du duc de Broglie (1821-1901), et de son fils Victor de Broglie (1846-1906) .

Ce peut être l'occasion de se rendre compte du milieu intellectuel, social et politique, dans lequel Anne-laure va évoluer, jusqu'à la ''Grande guerre''... Les opinions qui environnent alors Anne-Laure et qu'elle partagera, peut-être, ne nous sont pas familières ; et même nous choquent …

Revenons à la politique :

 

Les convictions des orléanistes, proches d'une droite libérale, vont être ébranlées par la reconnaissance du pape Léon XIII, de la République... Les catholiques qui soutiennent cette position constituent un parti catholique et républicain, « l'Action libérale ». Les légitimistes, en majorité, ont du mal à suivre l'avis pontifical, et certains font même courir le bruit que le souverain pontife serait franc-maçon... !

L'écueil principal reste les conséquence de l'affaire Dreyfus... Affaire qui commence, trois années plus tard après la condamnation d'Alfred Dreyfus en 1894 quand l'opinion est mise au courant de l'erreur judiciaire... Elle va alors se diviser en deux composantes : '' dreyfusards et anti-dreyfusards '' jusqu'à déstabiliser la République, en 1898... En effet, les partis de droite soutiennent l'autorité de la chose jugée. Ils vont même préférer s'opposer à la révision d'un procès qui serait dangereux pour l'honneur de l'armée.

La majorité des catholiques va se ranger aux côtés des antidreyfusards, ce qui ranime l' anticléricalisme, et permet à la gauche alors divisée sur la question sociale, de se souder...

L'affaire Dreyfus semble rendre impossible la réconciliation des droites avec le régime républicain et empêche les orléanistes de participer à la République avec ce que l'on appelait un ''esprit nouveau''...

 

Malgré tout, plus tard en ce début du XXe siècle, les orléanistes rejoignent les milieux affairistes et l'idéologie libérale du « juste milieu »: ordre et liberté, protectionnisme, tolérance en matière religieuse. 

En 1905, la ligue d'Action française est créée ; elle devient un groupe d'agitation permanente. Les orléanistes du camp royaliste sont scandalisés par ces « trublions » qui prétendent servir la même cause qu'eux.

L'aristocratie se rattache à une terre... Celle des ''Sallembier' se situe dans la Basse-Normandie, celle d'Anne-Laure de Fléchigné, entre Mayenne et Orne...

Victor de Broglie est conseiller général du canton de Craon et député de l'arrondissement de Château-Gontier en Mayenne.

<- Pauline, Marie, Laure de Broglie, née en 1888, est la seconde fille et le 4ème enfant du prince Victor de Broglie (1846-1906)

Ce cercle de relations, les rend proches d'un royaliste comme Albert de Mun (1841-1914) dont je vais parler...

Plus proche géographiquement, Émile de Marcère (1828-1918) est né à Domfront dans l'Orne. Dès 1871, il s'était rallié à l'idée républicaine en soutenant Thiers : il affirme à la tribune de l'Assemblée Nationale : « Dans un pays de démocratie et de suffrage universel, la République est seule possible ».

Cela n'empêche pas E. de Marcère d'admirer le royaliste Albert de Mun et de s'opposer au républicain Gambetta.

Juliette Adam (1836-1936)

Comme beaucoup de républicains il fréquente le cercle de Juliette Adam... « On se rencontrait dans les lieux où se tenaient d'habitude les réunions des groupes mais de préférence dans les salons, comme il était naturel : les divers partis correspondant à peu d'exceptions près à des catégories sociales différentes »

A propos du salon de Juliette Adam :« Pendant une dizaine d'années, de 1874 à 1884, ce salon fut le centre du mouvement politique qui se produisait à Paris et dans les groupes parlementaires et son influence se fit sentir soit dans les délibérations de l'Assemblée et des chambres, soit dans la composition des ministères... Toutes les manifestations de la vie publique y avaient leur contrecoup, plusieurs mêmes furent préparées dans ce milieu un peu enfiévré et dont l'ardeur était entretenue par la maîtresse du logis. » E de Marcère

Le salon de Juliette Adam, est un lieu d'agrément où l'on «cause politique» au même titre que de littérature, de peinture et aussi de science...

Albert de Mun, - dans le sillage des positions de Léon XIII et de la Doctrine sociale de l'Église (encyclique Au milieu des sollicitudes de 1892) - prône le ralliement des catholiques à la République. Il défend nombre de réformes sociales dans un esprit particulier, inspiré du corporatisme d’Ancien Régime...

<- Par l'encyclique Au milieu des sollicitudes (1892), Léon XIII invita les Français à se rallier à la République pour la réformer de l'intérieur.

Après avoir soutenu le général Boulanger, il devient anti-dreyfusard... Il n'est pas le seul : il rejoint les peintres Edgar Degas et Auguste Renoir, les poètes José-Maria de Heredia et Pierre Louÿs, le compositeur Vincent d'Indy, Jules Verne, et bien-sûr Maurice Barrès, Maurras...

Il fonde l’Action libérale populaire après la victoire du Bloc des gauches en 1902... Il va ensuite s'opposer de façon virulente à la loi de séparation des Églises et de l’État...

En 1909, Albert de Mun prend position contre l'Action française...

A suivre: La vie mondaine - 1900

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Balzac, et Catherine de Médicis...

Publié le par Perceval

Au cours d'une soirée chez la duchesse d'A. Charles-Louis de Chateauneuf participait au souper, lors de la seconde partie de soirée qui ne regroupe que quelques intimes, et quelque visiteur qui honore l’hôtesse de sa visite …

Ce soir là, il y a Balzac ( comme habitué) ; et comme visiteuse, une jeune femme, célébrée pour son intelligence, sa culture et sa beauté, - et qui va impressionner Charles-Louis -, la toute jeune épouse du comte de Medina Pomar bien plus âgé qu'elle et qu'elle vient d'épouser …

Maria de Mariategui, est la fille d'un noble espagnol marié à une anglaise petite fille du Comte de Northampton...

Maria Mariategui, peint par Winterhalter

Maria de Medina Pomar se dit attirée par l'étude de l'occulte.

Ce soir là, elle questionne Balzac, sur son ouvrage à propos de Catherine de Médicis... Elle s'étonne qu'il ait pu s’intéresser à cette figure noircie par sa légende qui la tient responsable du massacre de la Saint Barthélémy.

Pour Balzac, au contraire : « Catherine de Médicis, a sauvé la couronne de France ; elle a maintenu l’autorité royale dans des circonstances au milieu desquelles plus d’un grand prince aurait succombé. »

La comtesse plaisante l'auteur, qu'il ait pu s’intéresser à cette femme qu'il dit n'avoir eu « aucune des faiblesses de son sexe, qui vécut chaste au milieu des amours de la cour la plus galante de l’Europe »... !

Balzac rit de bon cœur, et reconnaît que son intérêt, ici, n'était pas tant Catherine, que … l'alchimie … ! C'est un comte philosophique, ajoute t-il...

Mary Stuart

Cette discussion devient alors passionnante pour Charles-Louis... Non pas du fait des positions légitimistes de Balzac, encore moins pour sa défense de la religion catholique … Mais, parce qu'après avoir reconnu les goûts de chacun pour le roman historique, et Walter Scott... Maria se dit passionnée par l'histoire de l'Ecosse, et fascinée par le personnage de Mary Stuart...

Maria de Medina Pomar se dit touchée par le portrait de Balzac, qu'il fait de la petite Mary toute jeune épouse et amoureuse de François II … Elle se demande comment il peut défendre une mère qui fait passer ce qu’elle estime être les intérêts de l’État avant la vie de son propre fils... Elle s’oppose à ce qu’Ambroise Paré soigne François II sur son lit de mort : elle laisse son fils mourir parce qu’elle sait que ce sera le seul moyen de le soustraire à l’influence de Marie Stuart et des Guise.

Balzac reconnaît que cette femme était manipulatrice, qu'elle a divisé pour régner... C'est pour cela que dans la dernière partie de son texte, Catherine apparaît en rêve à un personnage mystérieux plus de deux siècles plus tard... pour se justifier d'avoir autorisé le massacre de la Saint Barthélémy.

Ce personnage va s'avérer être … Robespierre.. ! Ses actes sous la Révolution donnent-ils raison à la morale politique appliquée par la reine mère... ?

 

Maria, toujours avec beaucoup d'humour ; constate que Catherine conseille une politique qui va aboutir à la mort de Louis XVI … et donc à la fin de la monarchie … ! Mais peut-être, aujourd'hui, en ce début de la deuxième moitié du siècle, choisirait-il une autre position... ?

Maria propose au grand écrivain, de mettre son talent à défendre la cause de Marie Stuart ; sacrifiée elle aussi à la raison d'état par la ''Reine vierge''

Tombeau de Marie Stuart à Westminster

Maria semble bien connaître la double reine de France, et d’Écosse : Marie Stuart (1542-1587) qui connaît la poésie, Pierre de Ronsard, en particulier. En mai 1555, elle donne un discours en latin devant la Cour où elle affirme qu’une éducation dans les lettres et les sciences humaines est adéquate pour une femme. Ces années qu'elle vécut en France ( de 1548 à 1560) furent les plus heureuses de sa vie mouvementée...

A dix-huit ans, veuve, elle revient en Ecosse, qu’elle a quittée, rappelons-le, alors qu’elle n’avait que six ans...

Avant sa mort sur le sinistre échafaud de Fotheringay ; Marie Stuart, pendant sa captivité, avait adopté une devise énigmatique : « En ma fin est mon commencement ».

La conversation continue à propos de Swedenborg, que la plupart autour de la table considèrent comme le précurseur de temps nouveaux... Ce siècle, avec ses découvertes scientifiques et le libéralisme de la pensée devrait permettre l'éclosion d'une nouvelle société plus sociale, plus égalitaire, plus spirituelle … !

Monsieur de Balzac revient à Catherine de Médicis, et par ses dons de conteur, retient l'attention de tous...

A l’époque de Catherine, - selon le Journal de P. de l’Estoille – on comptait pas moins de 30.000 alchimistes, astrologues et devins pour la seule agglomération de Paris.

Dès son plus jeune âge, elle avait été témoin des prédictions d'un certain astrologue : Gauric, en particulier celle de la date précise de la mort du pape Paul III le 20 novembre 1549. Prédire dès 1493, à Jean de Médicis, son grand-oncle, âgé alors de quatorze ans, qu’il serait un jour Souverain-Pontife. En effet, vingt ans plus tard, en 1513, Jean de Médicis coiffait la tiare sous le nom de Léon X.

Catherine de Médicis et Diane de Poitiers

Le pape Clément VII, tenait à unir sa nièce au Dauphin de France. Il vint lui-même à Marseille, y resta trente-quatre jours, patientant jusqu'à que sa jeune parente lui offrit les preuves visibles de la consommation, car, à quatorze ans, elle était nubile... Il bénit cette union complétée dans un lit qui avait coûté quelques soixante-mille écus et achevée, dit la chronique, sous les yeux même de François 1er, « ledit Seigneur Roi se réjouissant très fort des esbattements du petit couple ».

Malgré les mots du pontife, qui assurait que « A figlia d’inganno, non manca mai la figliuolanza : A fille d’esprit, la postérité ne manque ». Il fallut attendre dix ans pour que la postérité vint...

C'est qu'à cette époque, son mari avait pour élue de coeur, depuis longtemps déjà, la duchesse de Valentinois, Diane de Poitiers....

Catherine n'était pas belle, mais « elle est royne sur toute sa personne »... Elle attache à sa personne jolies femmes et jeunes seigneurs, tant et si bien que, nonobstant sa laideur, elle ne fut pas si chaste … on lui attribue plusieurs aventures. « La Cour de Catherine, écrit Brantôme, étoit un vray paradis du monde. On y voyoit reluire les dames comme étoiles en temps serein ».

 

Enfin, Balzac assure que Catherine – quand elle ne fait pas de politique - se livre à la pratique de la magie... Elle fait venir d'Italie, son astrologue et alchimiste Cosme de Ruggieri, dont la vie est un véritable roman d’aventures... Elle porte sur elle, bague et amulettes... D'ailleurs, une proche de Catherine, Léonora Galigaï, maréchale d’Ancre, comparaîtra en 1617, pour crime de sorcellerie.

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Romantisme allemand et Moyen-âge... Les Nibelungen

Publié le par Perceval

Nous sommes au milieu du XIXe siècle... L'Allemagne n'existe pas... L'idée romantique des nations, renvoient les états allemands à '' l'Europe '' du Moyen-âge...

''L'Europe'' au XIIIe s

« Le Saint-Empire qui s'était étendu de l'Oder à la Meuse, de la Baltique à la Méditerranée, est demeuré dans l'esprit allemand à l'état de permanente hantise, de chimère endormie, comme cet empereur Frédéric Barberousse qui l'avait porté au plus haut éclat » (1)

Des romantiques allemands, comme Novalis (1772-1801), nourrissent une immense nostalgie de ce temps médiéval, interprété comme le moment privilégié de l'unité de la chrétienté. Henri d’Ofterdingen (1799-1801) est un roman initiatique dont le héros est un ménestrel légendaire qui participe à une joute poétique dont l’enjeu est la vie

L'Allemagne des Hohenstaufen ( famille qui a donné plusieurs empereurs germaniques) voit l'éclosion d'une première littérature allemande, aristocratique, courtoise et chevaleresque... Nous avons en mémoire les Minnesänger, ces trouvères germaniques rassemblés lors de festivités de la Wartburg...

« La poésie est le réel absolu.Tel est le noyau de ma philosophie. Plus il y a de poésie, plus il y a de vérité ; » « La philosophie n’est que la théorie de la poésie, elle nous montre ce que doit être cette dernière, c'est-à-dire l’un et le tout » Novalis

La Chanson des Nibelungen ( XIIIe s.), est alors la plus célèbre des épopées …

Les Nibelungen, dont le nom signifie « Ceux de la brume » ou « Ceux du monde d'en bas », sont les nains des légendes germaniques. Ils possédaient de grandes richesses qu'ils tiraient de leurs mines en dessous des montagnes, là où ils habitaient. (wiki)

Je rappelle le thème de cette légende : Le héros en est le valeureux chevalier Siegfried, fils du roi de Néerlande, tueur de dragons, libérateur de princesses captives, et détenteur du fabuleux trésor des Nibelungen...

Il aide le roi burgonde Gunther à conquérir la main de Brunehilde ( une guerrière et walkyrie de la mythologie nordique) ; puis Siegfried épouse la soeur de Gunther, Kriemhild, réputée pour sa beauté au-delà de son pays natal...

Suite à des malentendus d'adultère … Siegfried est assassiné par Hagen, vassal de Gunther, qui va dérober et dissimuler le trésor... Kriemhild élabore une longue vengeance, dont l'issue est le massacre des Burgondes sur les rives du Danube. Kriemhild va épouser Attila, qu'elle n'aime pas. ; et invite alors à sa cour le meurtrier de Siegfried et le fait périr avec tous ceux des Burgondes qui ont pris sa défense, c'est-à-dire ses propres frères et bon nombre de guerriers. Après cette scène de carnage, elle reçoit le châtiment de sa démesure.

Kriemhild est hanté par son remords, 1805 de Henry Fuseli

Siegfried va prendre l'image de la force et de la volonté. Il est une image solaire ; mais va devenir aussi la figure du ''surhomme'', et une figure (wagnérienne) dot on va se méfier ( germes du fascisme...)

A cette écriture d'épopée, je rajoute le long et touffu poème du chevalier bavarois Wolfram von Eschenbach : Parzival où apparaissent les thèmes connus de l'occasion manquée et des épreuves accompagnant la quête de la relique du Graal.

La figure de Parsifal, est plus poétique et liée à la métaphysique... Elle sera reprise pour illustrer la crise de la spiritualité européenne, la désertion du sacré... jusqu'à la déclaration de la mort de Dieu...

La tradition de la mystique allemande du Moyen Âge se retrouve dans la philosophie idéaliste allemande... Maître Eckhart mène à Fichte, Schelling et Hegel.

« La renaissance du mysticisme allemand du haut Moyen Âge de Maître Eckhart, la théosophie de Jacob Boehme, la spéculation visionnaire de Swedenborg, les traces de la tradition cabbalistique chez Friedrich Christoph Oetinger, la découverte de la mystique indienne, sont présentés comme autant d’inspirations qui se manifesteront dans la philosophie de l’histoire et de la nature de Hegel et Schelling. » Ernst Benz : 'Les sources mystiques de la philosophie romantique allemande'.

 

Malheureusement, comme nous l'avons suggéré, le mythe va devenir une matière trouble avec le pangermanisme nationaliste et guerrier … et bien sûr le nazisme ; au risque de rejeter en bloc toute cette intuition métaphysique ( et géniale) du Romantisme ...

A suivre …

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