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philosophie

1914 Comment justifier la Guerre ? 2

Publié le par Régis Vétillard

Et nos intellectuels ?

La Grande guerre va renverser le modèle ( jusqu'ici) ''dreyfusard '' et universel de l'intellectuel...

Aurions-nous perdu confiance en la civilisation européenne ?

Nos rencontres, nos débats, en Allemagne, n'exprimaient-ils qu'une partie de notre pensée, cachée derrière des apparences de civilité... ?

Henri Bergson

Nos discours aujourd'hui sont en rupture des réseaux

Henri Bergson, en séance de l’Académie des sciences morales et politiques : « La lutte engagée contre l’Allemagne est la lutte même de la civilisation contre la barbarie. Tout le monde le sent, mais notre Académie a peut-être une autorité particulière pour le dire. Vouée en grande partie à l’étude des questions psychologiques, morales et sociales, elle accomplit un simple devoir scientifique en signalant dans la brutalité et le cynisme de l’Allemagne, dans son mépris de toute justice et de toute vérité, une régression à l’état sauvage... »... Même Emile Boutroux, connaisseur de la philosophie allemande, présente la guerre sous le jour d'une croisade...

Les scientifiques se mettent au service de la nation en danger, en orientant leurs travaux sur de nouvelles armes

Sources : Les intellectuels français et la Grande Guerre, Christophe Prochasson

 

Le quotidien catholique La Croix, accuse la philosophie allemande, dont l'origine remonterait à Luther, pour donner Kant... Il dénonce le panthéisme officiel allemand, avec Fichte, Schelling, Hegel; et c'est Maritain qui affirme que Fichte nous montre « la liaison essentielle du pangermanisme avec la révolution luthérienne et kantienne ». Le philosophe conclut que « le poison panthéiste et hégélien a passé tout entier dans l’organisme intellectuel de l’Allemagne. […] A ce point de vue, on peut dire que c’est Hegel, avec derrière lui Kant et Luther, qui nous fait la guerre aujourd’hui. »

 

Dominique Parodi (1870-1955), professeur de philosophie, ( à Limoges de 1897 à 1899), - devenu inspecteur général de l’Instruction publique après la Première Guerre mondial - anticlérical, rationaliste et républicain ; s'interroge sur le ''problème moral'' de la Guerre, et tente de la justifier par la raison.

Agé de 44 ans, il n’est pas immédiatement mobilisable, mais il peut être appelé à servir dans la '' réserve de l’armée territoriale ''. Il est refusé à deux reprises par le conseil de révision... Il ressent une « angoisse de l’inaction» mêlée d’un sentiment de culpabilité...

Il s'oppose à toute mystique patriotique ( comme Bergson) ou guerrière...

 

Dominique Parodi face à ce qu'il nomme " la dimension spiritualiste et mystique de la morale allemande de la guerre '' défend la rationalité des principes de 1789 ; il tente d'identifier la « cause idéale (…) pour laquelle il vaut la peine de mourir et dont la défaite ferait qu’il ne vaudrait plus la peine de vivre. ». Il tente même de conjuguer : soumission à la censure, consentement intellectuel à la guerre et revendication d’une liberté critique à l’égard de certains discours bellicistes. Il reconnaît la faiblesse intrinsèque des démocraties en situation de guerre, lorsqu'elles restreignent la liberté d’expression ; mais la démocratie ne peut être incompatible avec une guerre patriotique et juste..

Dans cette guerre, il s'agit de montrer une '' altérité allemande irréductible '' et affirmer la légitimité d’une guerre du droit contre la force.

L'Allemagne justifierait sa guerre, par la suspension du droit au profit de la force ( brutale et divinisée...). La force crée le droit, une certaine nécessité fait loi. Ensuite le peuple allemand se considérerait comme un ''peuple élu'' ; à l'appui cette citation de Rudolph Eucken, l’un des philosophes allemands signataires du Manifeste des 93 : « Au peuple allemand, plus qu’à aucun autre peuple dans l’histoire, est confié le soin de l’âme intérieure et de la valeur propre de l’existence humaine. »

Il semble vrai que le vocabulaire employé par la propagande allemande soit celui d'un « combat pour l’existence » (Kampf um’s Dasein).

 

Finalement, Dominique Parodi refuse de voir la guerre comme moralement régénératrice, comme une réponse à la « crise morale » de l’avant-guerre.

Il semble que « la vie humaine a, du jour au lendemain, perdu toute importance», par nécessité la responsabilité collective se substitue à la responsabilité individuelle. La guerre demeure toujours « immorale », et doit être admise comme un « moindre mal ».

 

Le philosophe ALAIN ( pseudonyme d'Émile-Auguste CHARTIER) (1868-1951)

Brigadier artilleur, pendant la grande guerre, témoin d'atrocités, il publie un pamphlet ''Mars ou la guerre jugée''. Il témoigne que la guerre est le pire des maux : pire que l’injustice sociale et la misère… Pour ce qui est du soldat: « l’ordre de guerre a fait apparaître le pouvoir tout nu, qui n’admet ni discussion, ni refus, ni colère, qui place l’homme entre l’obéissance immédiate et la mort immédiate ».

Alain, impute aux humains la responsabilité de ces horreurs ; il ressent « le terrible remords d’avoir approuvé trop légèrement des discours emphatiques.. »

« La guerre prouve que ce sont les passions qui mènent le monde, et non pas la simple recherche de l’intérêt. L’homme est souvent prêt à tout sacrifier. D’ailleurs « si on explique la guerre par l’universel égoïsme, comment expliquera-t-on cet esprit de sacrifice sans lequel la guerre ne commencerait point ? » (Chap. XIX)

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Voyage en Angleterre -6- Russell - Bergson

Publié le par Perceval

Tout le monde est resté sonné par le réquisitoire de Russell, et il est bien difficile d'apporter dans cet environnement si fraternel la contradiction...

Cependant Jean-Baptiste tente avec beaucoup de finesse - c'est Anne-Laure qui le remarque - de présenter une philosophie moins analytique...

  • N'y aurait-il pas en l'humain, un point d'insertion entre l'esprit et la matière... ?

  • Qu'entendez-vous par esprit... ? Pourquoi, l'esprit ne serait-il pas un phénomène physique... ?

  • Restons dans le doute... La perception ne pourrait-elle pas être une sorte de matérialisation causée par l'esprit... ?

  • Vous pensez donc que la réalité n'est pas ''une''... ?

L'évolution-creatrice-Bergson - Fabienne Verdier, l’expérience du langage

On pourrait aussi débattre de la liberté de l'esprit et du déterminisme de la matière.... Russell considère que cette opposition est artificielle … De même entre intelligence et intuition ; entre instinct et subconscient....

Russell reconnaît la valeur de l'argumentation, mais elle est ''littéraire'', esthétique... Quant à Bergson, il a effectivement lu '' L’Évolution créatrice '' publié en  1907, et ses autres ouvrages.... Il « n’est pas meilleur que les précédents » car il n’y a pas « depuis le commencement jusqu’à la fin, un seul raisonnement (…) il ne contient qu’une peinture poétique qui fait appel à l’imagination » !

Pour Bergson on atteint la vérité par l’intuition et non par l’intelligence: elle n’est donc pas matière à raisonnement...

Russell s'en prend ensuite à la notion de ''durée'' telle qu'elle est proposée par Bergson... « de la littérature...!'' - (les deux s'y connaissent... Il seront tous deux prix Nobel de littérature..!!)

Jean-Baptiste de Vassy, qu'Anne-Laure nomme J.B., est un érudit fortuné - je le rappelle – passionné de mathématiques, il a souvent accompagné Henri Poincaré, qu'il vénère, dans des congrès, et même dans son travail... JB, va donc tenté ici, d'expliquer ce que ''durée'' pourrait signifier aussi bien en philosophie qu'en sciences...

Naturellement, nous étendons la durée, qui n'est qu'une donnée immédiate de la conscience, au monde matériel... L'Univers nous parait former un tout... La ''durée pure'' est qualité, changement, mobilité... Elle n'est pas une quantité, même si quand on essaie de la mesurer, on le signifie par de l'espace, comme une longueur sur la ligne du temps...

Henri Poincaré, a noté que le temps est relatif, qu'il dépend du point de vue sous lequel on le mesure.

Dans son ouvrage, publié en 1902 '' La science et l'hypothèse '' Poincaré affirme qu'il n'y a pas d'espace absolu, ni de temps absolu... Non seulement nous n'avons pas l'intuition directe de l'égalité de deux durées, mais nous n'avons même pas celle de la simultanéité de deux événements se produisant sur des théâtres différents.

En 1907, Minkowski reprend les travaux de Hendrik Lorentz et Einstein, réunit l'espace et le temps, que nous avons l'habitude de dissocier, pour finalement les réunir en un « continuum espace-temps » à 4 dimensions... Cela rejoint d'ailleurs l'intuition qu'en a Poincaré...

Vraiment, la ''raison physicienne'' - et peut-être, bien plus que la ''raison mathématicienne'' - est pleine de paradoxes...! Ne trouvez-vous pas...?

 

Ottoline et Anne-Laure s'interrogent sur la raison et l'amour...

Russell admet qu'il y a des cas où non seulement la raison n’est pas utile mais où elle peut même devenir nuisible.. Ces cas adviennent lors de la relation avec les autres...

Dame Ottoline Morrell 1909

L'amour a des formes multiples... Dans le sens courant, il est la relation que deux êtres qui se sont librement choisis vont nouer dans des liens à la fois ''spirituels'' et charnels. « La peur de l’amour (…) n’est que la peur de la vie. Et ceux qui craignent la vie sont déjà aux trois quarts morts »

  • Philosopher ne permet-il pas ''d'appendre à mourir''..?

  • Tout au plus, à vivre mieux...

Russell énumère trois causes au malheur des hommes: - le mal byronien, sorte de mélancolie où l'amour d'une femme et la misanthropie se rejoignent ; - le sentiment de culpabilité ; et – l'esprit de compétition imposé par la société... Aussi, en résultent de l'ennui et de l'envie, la peur de l'opinion d'autrui, de l'agitation et de la fatigue... qui sont autant d’entraves au bonheur.

  • Et donc, pour être heureux...?

  • Et bien, selon notre personnalité, nous serons plus disposé à chercher une forme raffinée à notre bonheur, comme l'art, la création ; ou plus intellectuelle comme la recherche scientifique, ou plus simple comme le jardinage … ou plus émotionnelle ou plus instinctive...

Et de grands éclats de rire closent la question...

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Voyage en Angleterre -5- B. Russell

Publié le par Perceval

B. Russell - Bertie

Bertrand Russell est né dans une famille riche de l'aristocratie britannique... Ses parents sont morts quand Russell était très jeune et il a été en grande partie élevé par sa grand-mère résolument victorienne (bien que très progressiste). Son adolescence a été très solitaire et il a souffert de crises de dépression... « Adolescent, j’ai haï la vie et j’étais continuellement sur le point de me suicider, ce dont j’étais empêché par mon désir de me perfectionner en mathématiques »

  • Les mathématiques sont la seule chose que nous connaissons qui soit capable de perfection .

« J'aime les mathématiques en grande partie parce qu'elles ne sont pas humaines et n'ont rien à voir avec cette planète ou avec tout l'univers... L'Univers, comme le Dieu de Spinoza, ne nous aime pas en retour de quelque action.» 

  • Oui, peut-être, mais vous... Vous ne désirez pas être aimé en retour...?

Russell est tenté de décrire son enthousiasme quasi-mystique pour les mathématiques et la logique comme s'ils pouvaient être la base d'une nouvelle religion laïque.

De plus, Russell se propose de reconstruire toutes les mathématiques sur des bases purement logiques...

Plus généralement, Russell explique que l'un des buts de sa vie pourrait être de découvrir si l’homme est capable d’affirmer quelque chose de vraiment irréfutable: « Existe-t-il au monde, une connaissance dont la certitude soit telle qu’aucun homme raisonnable ne puisse la mettre en doute ? »

En 1900, il avait vingt huit ans, il souhaitait reprendre à son compte le projet que le philosophe et mathématicien allemand Leibniz avait entrepris dès le XVII° siècle : créer une langue logique universelle qui permettrait de réduire tous les raisonnements à des calculs afin que l’erreur disparaisse. Ne plus se tromper en rationalisant tout...!

Aujourd'hui, Russell tempère déjà cet absolu.... En effet – et cela fit bien rire Anne-Laure - « Leibniz, dans sa vieillesse, écrivit à un de ses correspondants qu’une seule fois dans sa vie il a demandé à une femme de l’épouser, et alors il était âgé de cinquante ans. “Heureusement, ajouta-t-il, la dame demanda du temps pour réfléchir. Cela me donna également du temps pour réfléchir moi-même, et je retirai ma demande”. Il n’y a pas de doute que sa conduite n’ait été rationnelle, mais je ne dirai pas que je l’admire »

Bertrand Russell expliqua en quoi, et pourquoi, il est athée: ce qui le révolte au plus haut point, ce furent les crimes commis, surtout contre les femmes, au nom de la religion et des textes bibliques. Par exemple ce texte : « Tu ne laisseras point vivre la magicienne » (Exode XXII, 18)... Conséquence: le pape Innocent VIII publie, en 1494, une bulle contre la sorcellerie et nomme deux inquisiteurs chargés de la réprimer. Ces derniers font paraître, la même année, un livre intitulé : « Malheus Maleficarum » ou, en français : « Le Marteau des Malfaitrices », dans lequel ils soutiennent que la sorcellerie est plus naturelle aux femmes, en raison de la méchanceté foncière de leur coeur. Entre 1450 et 1550, on estime à plus de cent mille le nombre de femmes qui sont brûlées vives sur le bûcher, en Allemagne seulement !

« La religion chrétienne a été et est encore le plus grand ennemi du progrès moral dans le monde »

Russell assure appuyer son athéisme, sur les bases de la raison et non sur la passion...

Sur le plan intellectuel, il remarque: la foi en quelque chose est codifiée et impérative... Elle s’accompagne donc toujours de dogmes doctrinaux qui ne résistent pas à un examen rationnel, même si la philosophie, d’inspiration théologique, a tenté de les rationaliser. La théologie tente de transformer la foi en savoir... Et, comme il y a plusieurs religions, et tentent chacune d'imposer son ministère; elles se font la guerre...!

Russell dénonce et démonte quelques unes des pseudo-preuves de l’existence de Dieu – comme celle qui veut que le principe de causalité nous contraigne à poser une cause suprême (et sans cause !) ou encore celle qui affirme qu’il y aurait un plan de la providence assignant à l’univers une fin bonne et qui expliquerait sa perfection.

La religion qui entend, selon une étymologie, relier les hommes entre eux et donc prôner l’amour du prochain, ne relie qu’en interne : elles s’opposent entre elles en externe, elles se combattent et se sont combattues sous les pires formes et elles constituent donc un  ferment de haine entre les hommes – point qui est régulièrement et scandaleusement occulté par l’histoire officielle des religions que l’Ecole nous enseigne, alors que le spectacle du monde contemporain nous en offre encore de terribles exemples.

  • Mais, tout cela n'advient-il pas, du fait d'une mauvaise interprétation des textes fondateurs... ?

Les membres du Moral Science Club, Cambridge, 1913

Russell va plus loin... Et en vient aux textes... Ainsi de la dualité de l’âme et du corps. Il pointe le mépris du corps, au profit du spirituel et la conséquence sur la vie sociale de moindre importance par rapport à la vie future, jusqu'à accepter de souffrir pour gagner le ''salut''... Paradoxalement, la croyance en la survie de l'âme aboutit à un individualisme, centré sur son propre salut... !

Bien sûr, Russell évoque la morale religieuse, avec en particulier tous les interdits visant le corps et la sexualité. On oublie trop facilement tout le mal causé aux femmes, aux enfants et cette culpabilité aidée par cette croyance absurde dans le pêché originel... Cela ne sert qu'à rendre les hommes plus violents, malades...

Bref, la religion est pour Bertrand Russell le règne de l’obscurantisme : par ses dogmes et ses pratiques constitutives, mais aussi par son refus constant des découvertes scientifiques, de Galilée à Darwin...etc

Tout le monde reste sonné par ce réquisitoire, et il est bien difficile d'apporter dans cet environnement si fraternel la contradiction...

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Le Congrès de philosophie d'Heidelberg - 1908 - 2

Publié le par Perceval

Retrouvons le congrès, à Heidelberg...

Avec une organisation matérielle irréprochable, le congrès de philosophie a su - malgré tous les charmes de cette vie étudiante - retrouver le sérieux des thèmes proposés...

Le thème qui s'est imposé – et dès le premier jour avec la conférence de M. Josiah Royce en l'assemblée générale – est '' le pragmatisme '' ; avec nécessairement une présentation des idées nouvelles sur la notion de '' vérité ''…

La vérité apparaît comme une chose changeante, purement pratique. Nous en arrivons à nous tourner plutôt vers l'avenir - vers les conséquences pratiques à obtenir - que vers le passé. La vérité n'est pas à trouver toute faite, il nous faut la faire; l'homme n'est pas fait pour elle, mais elle est faite pour l'homme. Ainsi conçoit-on la vérité moins en fonction d'un milieu objectif que plutôt en rapport aux besoins subjectifs d'un individu.

D'autre part, des théories récentes sont largement influencées par la recherche et les méthodes scientifiques... D'après M. Royce de nouvelles recherches - sur les bases des mathématiques, la nouvelle logique, l'étude des relations, tout cela - mettent en lumière des vérités qui sont tout à fait solides et absolues.

Peut-il y avoir une conciliation possible entre ces divers courants?

Pour M. Royce, on doit considérer la vérité absolue comme une nécessité qui s'impose à l'action plutôt que comme une évidence immédiate qui se dévoile à l'intelligence. On pourrait admettre, au-dessous de la vérité absolue, des formes inférieures de vérité empirique, relative à nos besoins pratiques... Cela ne permettrait-il pas d'accorder l'instrumentalisme et l'individualisme ?

Malgré ces vues modérées de M. Royce, le débat a donné lieu à de fortes protestations au nom des idées conservatrices, et la partie allemande de l'assemblée semblait tout de suite incliner fortement de ce côté.

Deux jours plus tard, M. Schiller prend la parole et fait de la notion rationaliste de vérité une critique bien dans sa manière, subtile et spirituelle. Comment concevoir un accord entre une pensée et un objet,comment distinguer l'évidence logique d'une simple nécessité psychologique, comment en général distinguer une proposition qui prétend être vraie d'une autre qui l'est réellement ? La ''vérité'' purement formelle prétend être vraie, mais elle n'est vérifiée que par les résultats qu'elle donne. C'est d'ailleurs, en fait, toujours par cette méthode que l'on juge. La vérité alors n'est pas indépendante de nous, sans doute, mais que nous fait un monde indépendant de nous ? il ne nous regarde en rien.

M. Schiller définit le pragmatisme comme une méthode... Il n'est ni un individualisme, ni un subjectivisme. Il n'est pas d'un bloc... L'opinion allemande ( avec le Dr Itelson de Berlin) y est décidément hostile : une « philosophie de cuisine... » !...

Pour M. Itelson, un Kepler, un Copernic ne paraissent pas avoir eu conscience de faire la vérité, mais plutôt de péniblement chercher à la voir derrière le voile qui la cache. Pour M. Mally de Graz, le pragmatisme tourne en rond : la vérité c'est ce qui est utile pour la connaissance; or la connaissance nécessaire... c'est celle qui saisit la vérité ! Et, pour M. Nelson (Gottingen) le pragmatisme aboutit à un procès à l'infini : vrai est ce qui est utile, mais comment savoir que c'est vraiment utile sinon en montrant l'utilité qu'il y a à l'admettre ?

M. Jerusalem soutient son frère d'armes anglais : Il ne s'agit pas, dit-il, pour nous, de formuler

d'oiseuses vérités de cabinet, niais d'avoir des jugements qui déterminent notre action ; exemple : « ich muss nieinen Regenschirm nehmen ».

M. Schiller a tenté de clore la discussion. Peut-on dire que : vrai et utile sont synonymes. Le vrai est utile, c'est-à-dire le vrai est vrai. Mais y a-t-il une vérité pour les pragmatistes ?

Le rationaliste prend la vérité comme une chose absolue et achevée qu'il n'a qu'à pénétrer de plus en plus. Le pragmatiste part d'une probabilité qui va se vérifiant de plus en plus, elle tend vers une limite qui serait la vérité absolue. M. Nelson demande s'il faut concevoir que la vérité est l'utilité, ou bien seulement que l'utilité est le critère de la vérité. M. Schiller termine en signalant la valeur sociale du pragmatisme ; il y a autant de vérités que de fins, chacun se fait la sienne, c'est la paix des intelligences.

 

M. Boutroux, dans sa conférence, a tracé un tableau général de l'activité philosophique en France depuis 1867, la date du célèbre Rapport de M. Ravaisson.

La philosophie éclectique est morte... Les influences régnantes sont caractérisées par l'enseignement consciencieux de Lachelier, par l'ouvrage de Ravaisson tout brûlant d'une foi métaphysique nouvelle, par les travaux philosophico-scientifiques des Anglais, de Darwin surtout qui ont appris à apprécier l'importance philosophique des savants, par les travaux de Taine et de Théodule Ribot. Il en sort un renouveau et quelques années de travail ardent vont mener à une dissolution du mouvement philosophique en groupes distincts, à une sorte de divorce de la philosophie comme unité et des sciences philosophiques spéciales, psychologie, sociologie, histoire, logique des sciences.

 

La Philosophie finira t-elle par disparaître ?

Personne, ici n'y croit... Les sciences laissent des questions qu'elles ne peuvent traiter : sur quelle certitudes la science elle-même s'appuie t-elle, quelles sont ses sources, que vaut-elle, atteint-elle le réel et qu'est-ce que le réel ? Et puis, il y a toutes ces questions morales que les savants les plus positifs ne parviennent pas à écarter. La préoccupation philosophique subsiste...

M. Boutroux s'interroge sur le caractère de la philosophie française. Il pense y voir le goût des idées claires, joint à un souci profond de réalité et de spécificité, à un amour très vif des choses morales. De là, les directions divergentes qu'il signale.

 

Une conférence de l’italien Benedetto Croce, L'intuizione pura e il carattere lirico dell' arte. Traite de l'Esthétique : esthétique empirique, pratique ( le plaisir), intellectuelle ( théorique et logique), agnostique ( indéterminée et indéterminable), esthétique mystique pour laquelle « l'art est une fonction cognitive supérieure à la philosophie », sa dernière et grandiose manifestation fut l'esthétique romantique.

L'esthétique de l'intuition pure : En voici le point de départ : elle accepte de l'esthétique romantique l'affirmation du caractère théorique de l'art et la négation de son caractère logique, mais au lieu de faire de l'art la fonction la plus haute et la plus complexe de l'Esprit connaissant, elle en fait la plus simple et la plus primitive. L'intuition esthétique est libre de toute abstraction, de tout concept, de toute détermination conceptuelle. Elle est Intuition pure. La force de l'art vient de cette « élémentarité » de son mode de connaissance. La théorie de l'intuition pure ne méconnaît pas le caractère sentimental de l'impression artistique, bien au contraire l'intuition quand elle est pure se ramène à un état d'âme, « elle est synonyme de représentation d'un état d'âme ». L'art n'est pas la représentation des choses physiques, mais de l'esprit qui est la seule réalité. C'est la thèse idéaliste absolue.

Malheureusement, on annonce l'absence de M. Bergson... ! Cependant, on peut entendre la vénérable Me Clarisse Coignet faire l'éloge du philosophe auquel elle voue un culte touchant.

M. Winter nous fait part de deux études claires et bien fouillées sur les rapports de l'intuition et de la pensée mathématique , et sur le rôle de la philosophie dans la découverte scientifique. Il défend l'idée que les formes supérieures de la philosophie, métaphysique ou théorie de la connaissance, ne peuvent pas, et ne doivent pas influencer la Science. Et, seule la pensée philosophique qui naît au contact des réalités scientifiques a une action efficace.

 

Ce IIIe Congrès international de Philosophie s'est occupé de beaucoup d'autres questions. On peut dire que les recherches de logique et de méthode des sciences ont fait l'objet d'une préférence assez marquée. Parmi les tendances, elles se sont manifestées nombreuses, mais l'une – le matérialisme – ne s'est guère présentée.

Le prochain Congrès devrait se tenir en 1912 à Bologne.

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William James (1842-1910) et la Vérité

Publié le par Perceval

Henry James, Edith Wharton et H. Sturgis

Comme Anne-Laure de Sallembier rencontrait Edith Wharton, elle eut aussi l'avantage de côtoyer l'écrivain Henry James... Elle imaginait d'ailleurs, qu'Edith et lui étaient amants et cachaient leur liaison en utilisant un personnage créé par leur imagination romanesque … ( cf Article - Edith Wharton – une américaine à Paris.)

 

Surtout, Anne-Laure a rapporté de nombreuses notes de ses entretiens avec William James (1842-1910), le frère d'Henry, qui en 1909-1910 avait rejoint l'Europe, alors qu'il était d'ailleurs malade du cœur et venu se reposer chez son frère... Il avait démissionné d'Harvard en 1907; et devait mourir le 26 août 1910 d'une crise cardiaque...

Le père d'Henry et William était un grand théologien, disciple de Swedenborg... Il s’intéressait, comme ses fils, aux fantômes et à la parapsychologie…

Henry et William James

Henry, expatrié en Angleterre, romancier, est le plus connu... Il a un tempérament d'artiste avec un bon sens de l'humour. Il apprécie le luxe des dîners anglais et des salons littéraires

William, l’aîné, se veut plus sérieux... Il a quitté New York pour les verts pâturages de l'Université de Harvard, où il introduit la psychologie à l'université, philosophe ''pragmatiste'' il s'est révélé être une sorte de prophète... Bergson a rencontré William à Londres, il écrit à un ami : « C'est un homme si modeste et sans prétention, mais quel génie intellectuellement ! J'ai le pressentiment que ce qu'il a mis en lumière s'imposera et constituera un tournant dans l'histoire de la philosophie. »

 

Anne-Laure semble s'être confiée et a parlé de sa Quête... Elle interroge William sur '' la Vérité ''…

Ne devons-nous pas penser et agir à partir de principes ''vrais''.. ? La Quête serait bien décevante si elle reposait sur des principes faux ! N'est ce pas identique en science... ?

- Oui, pour savoir si une chose est vraie, il faut- dit-il – poser une croyance, la tester et l'intégrer dans un corpus plus large... James doute que l'on puisse observer le Réel ''en soi'' ( ce qui supposerait sortir de ses croyances, dit-il...)

 

 « La vérité vit à crédit. » « Nos pensées et nos croyances, poursuit James, passent comme monnaie ayant cours tant que rien ne les fait refuser, exactement comme les billets de banque tant que personne ne les refuse. Mais tout ceci sous-entend des vérifications, expressément faites quelque part, des confrontations directes avec les faits, sans quoi tout notre édifice de vérités s'écroule, comme s'écroulerait un système financier à la base duquel manquerait toute réserve métallique. Vous acceptez ma vérification pour une chose, et moi j'accepte pour une autre votre vérification. Il se fait entre nous un trafic de vérités. Mais il y a des croyances qui, vérifiées par quelqu'un, servent d'assises à toute la superstructure. » 

 

Les vérités sont des croyances que nous ( ou d'autres pour nous) vérifions …

Mais ce qui est étonnant chez William James, c'est qu'il rajoute :  Il est des croyances ou vérités auxquelles la seule « volonté de croire » suffit... !

Par exemple, sur la question du libre arbitre: W. James dit « Mon premier acte de libre arbitre est de croire au libre arbitre ».

 

Abordons, à présent, le ''Pragmatisme ''

« Les idées ne sont pas vraies ou fausses. Elles sont ou non utiles. » Telle est la thèse centrale que défend William James

 

Anne-Laure est vivement interpellée par cette remise en question de '' La Vérité '' : Une et Imposante... Elle pensait devoir choisir entre Une Vérité surnaturelle et une Vérité matérielle ; les deux s'appuyant sur le raisonnement, tel la déduction à partir d'hypothèses... Méthode que W. James récuse ; il préfère s'en tenir à l'étude des faits : inutile de discuter sur l'essence d'un objet, il serait suffisant d'en discuter les caractéristiques, et son utilité … !

 

Et... La question brûle les lèvres d'Anne-Laure : Croyez-vous en Dieu... ?

- Oui... ! « c'est la croyance qui donne des couleurs à la vie et qui fait la différence ».

Reginald W. Machell (1854–1927)

Ce qui intéresse James, ce ne sont pas les éventuelles '' preuves '' de l'existence de Dieu... idiotes... ! Ce sont les phénomènes de la religion : la prière, l'expérience mystique, en particulier les conversions ...etc

Sa première idée est l'inconscient, mais il n'interdit pas une force supérieure... L'esprit en nous est bien plus vaste que notre conscience...

 

Anne-Laure réussit même à lui faire exprimer sa croyance en ''quelque-chose de plus grand que notre monde'', mais pas forcément un dieu unique … Plutôt une multitude de puissances ; dans la nature agissent tant de forces différentes et qui interagissent avec l'humanité mais sans contraindre notre liberté... Ce Dieu donc, n'est pas le maître du bien et du mal...

 

Anne-Laure trouve le personnage sympathique. Il tient à ce que ses idées soient claires, compréhensibles, et critiquent les discours obscurs qui se justifieraient parce qu'ils seraient profonds ...!

W. James est un bon orateur... Il est passionnant à écouter ; et à la grande différence de son père, il respecte les femmes. Il accepte la conversation, écoute les questions...

- N'ayez pas peur de penser, d'agir... Affirmez votre liberté... !

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La Quête de la Vérité - Philosophie

Publié le par Perceval

Nous étions déjà à Heidelberg... mais, revenons il y a quelques mois au temps de la préparation de ce voyage...

La Vérité 1900

En cette époque, où un monde nouveau et scientifique semble avoir du mal à faire sa place, où le nouveau siècle tarde à s'établir, la philosophie ne craint plus à se remettre en cause, à tel point que c'est la notion même de Vérité qui est questionnée, et, sans tabou religieux...

 

Je propose – à l'aide des notes d'Anne-Laure – de réviser la notion...

 

- Si vous recherchez la Vérité au travers l'histoire de la philosophie en espérant ainsi bénéficier du progrès de la pensée, alors vous pensez que la Vérité n'est pas éternelle et immuable... ?

- Non... C'est, simplement, présumer que l'esprit évolue au cours des siècles dans sa prise de conscience... La Vérité pourrait être ce qu'elle est ; et l'esprit humain, lui, de plus en plus réceptif...

 

 

Mais, vous pourriez être sceptique, avec Pyrrhon ; ne pas faire confiance en vos sens... David Hume ( XVIIIe s), est persuadé que l'homme est inapte à atteindre la vérité absolue...

 

Si je dis , l'être est en devenir.... Je peux déjà me projeter dans l'antiquité avec Héraclite...

Ensuite Platon pense que les idées sont capables de contenir toute vérité intelligible ; et que le réel est intelligible...

Aristote ajoute qu'en étudiant le monde sensible, nous pouvons accéder aux ''causes'', jusqu'à '' l'essence''...

Pour Augustin d'Hippone, les vérités sont en Dieu.

Pour Thomas d'Aquin, la théologie tient ses principes de la Révélation ; et la philosophie est sa servante, la raison naturelle va du bas vers le haut (Dieu) : « la vérité est l'adéquation de l'intellect aux choses »

 

Descartes pense que la raison est  la « faculté de bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux ». Une méthode est nécessaire... Il nous faut saisir les idées ( entendement), pour ensuite les affirmer ou les nier.. Malheureusement notre entendement est limité, et notre volonté est infinie... !

 

Spinoza reprend la conception classique de la vérité comme correspondance de l'idée et de l'objet.

Vous voulez dire que la recherche de vérité est une expérience de pensée : accord avec les faits et accord avec soi, pour devenir une évidence... ?

Mais, Leibniz se méfie de l'évidence intuitive.

 

Pour Kant, la connaissance vraie ne peut être qu'une connaissance scientifique qui porte sur la nature. La vérité scientifique ne porte que sur les phénomènes; elle ne reflète donc pas la réalité telle qu'elle est en elle-même, mais telle qu'elle est pour nous. Les concepts métaphysiques ( Dieu, la liberté, l'âme...) sont exclus de la connaissance scientifique ; et la croyance se substitue au savoir...

 

Nous sommes tentés de dire, que la Vérité voudrait ressembler à la Réalité...

Henri Bergson

Mais pour Bergson, la réalité est ''mouvante'' ( elle est un point de l'espace et du temps...) ; elle est particulière, singulière ( comme l'instant = division du temps) ... Et la Vérité se veut universelle...

Bergson, nous permet d'envisager qu'il peut y avoir coïncidence de l'esprit humain avec le cœur de l'être, cela se réaliserait dans l'intuition (comme la durée...)...

 

On retrouve, la soi-disant ''évidence intuitive'' … ? et, Bergson répond qu'effectivement ; il y a comme un caractère non-exact de la vérité, qui ne peut être atteinte que par d’autres formes de discours, comme la métaphore, l'analogie...

A suivre avec William James ...

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Le Congrès de philosophie d'Heidelberg - 1908 - 1

Publié le par Perceval

 

Réunion de famille à Remenoncourt, 1907. Henri Poincaré et Émile Boutroux sont au premier rang face à la caméra.

Nous savons déjà que, Anne-Laure et Jean-Baptiste fréquentent de près le cercle très philosophique des amis et parents Poincaré ; et en particulier Emile Boutroux, marié à Aline Poincaré, la sœur d'Henri...

Emile Boutroux est un grand connaisseur et admiratif de la philosophie allemande ; il a même travaillé une douzaine d'années à l’université d'Heidelberg... Anne-Laure va faciliter sa vie mondaine, et le soutenir dans la préparation du Congrès International de Philosophie...

Précisément en cette année 1908 - après Paris en 1900 - il se tient à Heidelberg; et Anne-Laure et Jean-Baptiste, vont accompagner le couple Boutroux, à ce qui sera un grand événement mondain et intellectuel...

Il n'est pas sans importance pour la suite, de noter que le fils d'Anne-Laure, Lancelot, l'accompagne ( pour la première fois dans ses voyages) à Heildelberg... Lancelot à huit ans est déjà un garçon sensible, à l'esprit très éveillé...

Heildelberg l'hôtel Zum Ritter St. Georg

C'est ici, que Lancelot apprend le sens de l'un de ses premiers mots allemands préférés: gemütlich... M. Boutroux, l'emploie dans son toast, pour remercier les allemands de leur accueil cordial en particulier celui de leur hôte M. le Professeur Elsenhans; ensuite, ils utiliseront fréquemment ce mot pour décrire l'ambiance des restaurants, des hôtels...

Ces congrès - que les chemins de fer et le télégraphe facilitent - renforcent la communication et la coopération entre savants, mais n'effacent pas les rivalités nationales... Le choix des villes concluent une compétition entre gouvernements, et reflètent la situation géopolitique...

L'Allemagne, depuis 1870 est perçue comme un pays prédominant...

Napoléon III remet son épée à Guillaume Ier.

Cependant, en ce 1er septembre 1908, jour d'anniversaire de la défaite française de Sedan; nous remarquons le tact de nos hôtes et aussi de la majorité de la population d'Heildelberg... Même si nous assuyons quelques échanges de quelques ''gallophobes'' qui se scandalisent de cette délicatesse...!

L'Université et la ville, le Gouvernement grand-ducal de Bade lui-même ont rivalisé d'efforts pour faire fête au Congrès.

Le programme en marge du congrès est varié et abondant, avec le choix de valoriser le côté pittoresque de la vieille Allemagne : le vieil hôtel Ritter, les fresques du Carcer peintes par les étudiants punis et incarcérés... Et, bien-sûr, la ruine mélancolique du vieux Schloss ( château), si étrangement rouge dans le cadre vert des montagnes.

Un soir, tous les invités du Congrès, purent embarquer dans des des chalands sur le Neckar, et assister à un prestigieux spectacle du château sorti soudain de la nuit, tout brûlant d'une lumière magique, comme si quelque sabbat ressuscitait dans ses murs les fêtes et l'orgie d'antan. Une de ces images rares que l'oeil n'oublie plus.

Heidelberg 1908 Alte Brücke, Schloß, Carte envoyé du Congrès de Philosophie

L'Université, Ruprecht-Karls-Universität Heidelberg ou Ruperto Carola du nom de ses deux fondateurs, ouvre largement ses portes aux visiteurs, chacun peut remarquer l'installation coquette et confortable ( gemütlich ) de ses salles et surtout sa merveilleuse bibliothèque.

Twain-idle-student_Heidelberg

 

Pendant l'été 1878, Mark Twain est resté trois mois à Heidelberg pour y apprendre l'allemand... Dans son livre ''A Tramp Abroad '' publié en 1880, Twain décrit ses impressions quant à la vie universitaire à Heidelberg de manière aussi détaillée qu'humoristique. Il dépeint l'université comme une école d'aristocrates où les étudiants mènent un style de vie élégant et décrit la forte influence exercée par les sociétés d'étudiants.

Wilhelm Meyer-Förster, dans sa pièce Alt Heidelberg (1903) -  l'une des pièces allemandes les plus jouées dans la première moitié du 20e siècle -, est aussi frappé par cette vie universitaire... Il y raconte l'histoire d'un prince allemand qui vient à Heidelberg pour étudier, et qui tombe amoureux de la fille de son aubergiste.

 

A suivre, avec l'état des recherches sur '' la Vérité ''

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Henri Bergson, philosophe.

Publié le par Perceval

Henri Bergson, philosophe.
Henri Bergson, vers 1912

Plusieurs heures avant le début du cours de Henri Bergson (1859-1941), le valet de pied de la comtesse de Sallembier, retient sa place; puis une procession de voitures s'aligne devant le Collège de France. Bergson parle sans notes, parmi les auditeurs beaucoup d'hommes et de femmes du monde, et aussi des sténographes assermentés qui retranscrivent la parole du Maître avec exactitude...

Anne-Laure y croise également Charles Péguy, qui est un disciple fervent du philosophe... Depuis quelque temps elle fréquente le salon de Geneviève Bizet ( ex Straus, et née Halevy) au 104, rue de Miromesnil, et rencontre avec plaisir le clan Halevy, des gens cultivés et sans le moindre snobisme, en particulier Daniel Halévy (1872-1962), ami de Péguy et condisciple de Proust ... Geneviève Bizet lit tout ce qui parait et adore la conversation d'intellectuels... plutôt masculins; les femmes y sont moins nombreuses qu'ailleurs.

Bergson semble bien frêle, avec son col empesé ; mais quand il enseigne, ses paroles débordent d'énergie... Il propose de voir le monde dans leur épaisseur, et pour cela de ralentir le temps... Le réel c'est la durée, et « percevoir c'est immobiliser »... L'espace se loge dans les plis du temps, dans ses ondulations...

" (...) si vous voulez vous préparer un verre d'eau sucrée, fait-il remarquer à ses auditeurs du Collège en 1901, il faut attendre que le sucre fonde. Le temps de la fonte peut sembler inutile à celui qui a soif, il n'en a pas moins une valeur absolue. Car c'est à l'intérieur de ce temps que quelque chose de nouveau advient. Or ce quelque chose se donne à nous comme un bloc de durée, sans division possible. Ce que j'éprouve dans mon attente, ce n'est pas le "temps-longueur" des mathématiciens et des pendules, mais le "temps-invention", flux universel qui se creuse, s'intériorise, au lieu de s'écouler mécaniquement d'un point à un autre. C'est l'univers même en train de se faire. Décomposer la fonte en une infinité de petits morceaux de sucre qui se meuvent dans l'eau, c'est rater sa vérité profonde, car le monde n'est pas une somme de petits morceaux, pas plus que mon attente n'est faite de petites impatiences."

Bergson éclaircit des notions, qui sont traversées par le concept de durée, et qui vont occuper bien des scientifiques: le fini, l’infini, le relatif, l’absolu, le mouvement…

«Si j’envisage non plus du dedans mais du dehors le mouvement de mon bras qui se lève, si au lieu de le sentir, de me sentir l’accomplissant, je le regarde du dehors s’accomplissant, je vois qu’il traverse un point puis un autre point et ainsi de suite ; il parcourt autant de points qu’on voudra, et ce mouvement n’est pas autre chose, pour moi, que la succession des positions du mobile le long de sa trajectoire.»

La connaissance venue de dedans est absolue, «simple» et «indivisible». Celle que l’on a du dehors est relative, obtenue par «composition». C’est pourtant cette dernière qui est la connaissance d’usage, «car nous avons contracté l’habitude de considérer le mouvement comme étant essentiellement cela», une suite divisible de «positions qui se succèdent», mais qui, prises une à une, seraient autant…d’arrêts ( sources: Bergson côté cours de Robert Maggiori)

Le symbolisme est finalement une abstraction générale assez forte où les humains vont progresser de représentations en représentations pour signifier le plus de choses communes avec le moins de mots possibles.

La Quête qui nous motive ici, utilise le signe du Graal; ce signe fixe une attitude que nous exprimons par rapport à ce que nous souhaitons signifier... Le signe est un pont entre moi et la chose, il m'indique le trajet à suivre ... Le concept lui, s'inscrit plutôt dans une saisie intellectuelle...

Bergson emmène le lecteur vers une psychologie originale de la relation du sujet aux choses.

la Durée - Bergson - Alice Dell'Arciprete

Pour ''connaître ''; il est nécessaire de conceptualiser, et de percevoir; le concept a tendance à figer...

« Il faut que, par un effort d’intuition, nous cherchions à nous replacer dans la chose que nous voulons penser. Au lieu de prendre, du dehors, des vues sur elle, il faut que nous cherchions à sympathiser avec elle » Henri Bergson, Histoire de l’idée de temps. Cours au Collège de France

 

La pensée religieuse ou magique comme la pensée « scientifique » ne nous montrent qu’un aspect relatif de la réalité : ils symbolisent le monde plus qu’ils ne nous le montrent tel qu’il est.

 

La Quête du Graal, interroge l'âme, la mort et l'existence d'un ''au-delà''. Anne-Laure en cherche un écho dans l'oeuvre de Bergson...

Bergson entend intégrer dans sa réflexion, les témoignages de la science, mais aussi l'expérience mystique...

Dans le contexte de la psychologie de l’époque de Bergson, l’hypnose ( par exemple) renverse la subordination de l’esprit au corps en montrant l’action causale de l’esprit sur le corps.

Bergson au Collège de France

Dans le contexte de la IIIe République, la raison doit empêcher un retour en arrière vers la superstition... A l'inverse, Bergson pense que le fait religieux exprime un besoin biologique de l’espèce qu’aucune morale laïque ne saurait satisfaire.

Par la croyance, la nature humaine réagit en défense contre sa raison qui désenchante, contre l'inévitable mort et le néant possible, contre l'annihilation de la personne... Ces scénarios sont eux-même produits par l'intelligence ( la raison) parce que l'homme a la possibilité d'accéder à l'être, par sa négation ...

« Les philosophes ne se sont guère occupés de l’idée de néant. Et pourtant elle est souvent le ressort caché, l’invisible moteur de la pensée philosophique. Dès le premier éveil de la réflexion, c’est elle qui pousse en avant, droit sous le regard de la conscience, les problèmes angoissants, les questions qu’on ne peut fixer sans être pris de vertige » L’évolution créatrice, H Bergson

L'angoisse du néant, chez l'homme, est pour Bergson consubstantielle à l'intelligence; c'est en quelque sorte le ''péché originel'' de l'homme...

La mort est un ''scandale'' pour l'esprit. Nous avons l'expérience de la durée, et nous ne pouvons envisager l'instant dernier... Notre seule expérience est celle de la mort d'autrui...

Cette faculté créatrice qu'est l'intuition nous amène au coeur de l'être. La conscience nous permet d'affirmer l'existence: entre, penser un objet et le penser existant, il n’y a absolument aucune différence...

L’expérience de la conscience révèle notre participation à un principe conscient plus grand et impérissable... Et, l’impossibilité à se représenter le néant pourrait signifier l'existence de l'Etre même ...

« Quand un instinct puissant proclame la survivance probable de la personne, (on a) raison de ne pas fermer l’oreille à sa voix . » L’Evolution créatrice.

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Henri Poincaré, mathématicien et philosophe.

Publié le par Perceval

Il est vrai que le ''tout Paris'' connaît mieux Caroline Otero que Marie Curie, ou Boni de Castellane que Henri Poincaré... Cependant un grand siècle scientifique se met en place...

Collège-de-France-1904

La France et le pays de Descartes ( on vient de fêter en 1896 le tricentenaire de la naissance de Descartes) , la raison est déterminante et chacun a foi en une vérité absolue ... Pourtant des penseurs et savants questionnent la connaissance en soi... Poincaré proclame que la géométrie d'Euclide n'est la plus vraie que parce que, elle est la plus commode... Le positivisme est mis à mal, alors que la science ouvre des portes: la théorie atomique, la radioactivité ...etc

N'oublions pas - parmi ceux qui réagissent au positivisme scientiste - la mouvance symboliste et décadentiste, la mode de l’occultisme, l’attrait pour le spiritisme et, d’une manière générale, le renouveau du spiritualisme dont Bergson reste le principal représentant au tournant du siècle.

La foule se presse aux portes du Collège de France

Comme de nombreux parisiens cultivés, Anne-Laure de Sallembier se presse devant le Collège de France, pour entrer dans la salle n°8 et écouter notamment Bergson; ou courre les conférences données par Henri Poincaré ( ainsi, celle donnée à ''Foi et Vie'' sur '' La morale et la science''...

Poincaré ne publiait pas lui-même ses cours à la Sorbonne et ses conférences... Ses étudiants ou ses collaborateurs ( comme JBV) s'en chargeaient.

 

Sans-doute est-ce le goût de l'érudition, de la Quête, qui ont réunit Anne-Laure et Jean-Baptiste; en particulier ce sur quoi - de la littérature à la science, en passant par la philosophie - la Connaissance s'enrichit chaque jour au point de nous faire penser que nous pouvons peut-être accéder à la Vérité...

Ce siècle nouveau leur permettra t-il de conclure la Quête du Graal ...?

Henri Poincaré (1854-1912), est un personnage qui passerait facilement inaperçu... Il est petit, myope. Enfant, il voit mal au tableau et développe une mémoire auditive. Il se souvient de ses cours, sans prendre de notes. Il dessine mal, mais possède une vision spatiale, qu'il développe en géométrie... Il peut effectuer toute une suite de calculs mentalement, et les coucher sur papier en rentrant chez lui... Après avoir compris, il écrit vite, très vite au point de commettre des erreurs...

Il aime lire, et écrire... Il s'essaie sur un roman, et des pièces de théâtre...

Henri Poincaré souffre d'insomnies, et de troubles de l'attention. Il ne pratique pas le sport. Il n'est pas liant et peu enclin aux confidences. Il se soumet aux règles de vie par désintérêt, et provoque ainsi des fautes par distraction....

Depuis l'âge de 18ans, il se considère agnostique et se méfie de l'institution catholique, de ses positions anti-intellectuelles, et son influence sur la vie sociale... Il professe le droit à '' la libre pensée''. Il est républicain, et pour la propriété individuelle. Il est pour que les femmes se libèrent de l'influence cléricale et acquièrent tous les droits civiques ...

Dreyfusard, il critique les méthodes d'analyse du bordereau qui semble accuser Dreyfus...

Henri Poincaré, mathématicien et philosophe.

En ce début de siècle, Henri Poincaré est considéré comme l'un des derniers savants ''universels''; que l'on questionne sur des domaines qui s’étendent des mathématiques à la physique aussi bien que de l’astronomie à la philosophie. Il œuvre, toute sa carrière durant, à la vulgarisation de ses résultats et des grands travaux de la science.

La science dévoile la Vérité - 1900

Pour Poincaré, une formation littéraire ( avec pratique du thème et de la version latine...) est mieux formée pour suivre les subtilités du raisonnement mathématique que le bachelier scientifique... Pour lui Science et philosophie ne s'opposent pas; la philosophie étant le cadre réflexif de diverses activités.

La recherche de la vérité est au coeur de l'activité humaine.

« Vouloir faire tenir la nature dans la science, ce serait vouloir faire entrer le tout dans la partie »; la science ne peut pas nous faire connaître "la véritable nature des choses", mais "les véritables rapports des choses"

La science nous fait connaître quelque chose de la réalité : « les rapports entre les choses ; en dehors de ces rapports il n’y a pas de réalité connaissable »

 

Poincaré parle de ''relativité"... Relativité, parce que si, un système est connu par l'observation du scientifique, cette observation donne lieu à un modèle, qui n'est qu'une convention... Les principes de la mécanique, les axiomes géométriques... sont des conventions... La science ne dit pas le ''vrai'', elle dit ce qui est commode pour notre raison...

Ce modèle est rationnel, et interdépendant de celui qui l'observe et d'autres systèmes ... Tout est interdépendant, et non pas soumis au hasard...

Anne-Laure extrapole les propos de Poincaré, sur la philosophie, et sur la religion... Les dogmes ne sont que des conventions...

Henri Poincaré en famille - 1904

« Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir. » (Extrait de La Science et l’hypothèse, 1908)

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Jules de Gaultier – le Bovarysme.

Publié le par Perceval

En particulier au Mercure, les préoccupations et les discussions tournent beaucoup autour des relations entre les hommes et et les femmes … A ce propos, une figure de femme entretient de longues discussions, celle d'Emma Bovary... !

 

Madame Bovary est parue pour la première fois, en 1856, dans La Revue de Paris.

Nous dirions que c'est une histoire banale... et précisément, fait scandale à cause de sa banalité même : deux adultères et un suicide. Un fait divers, marqué par son époque.. Une femme insatisfaite, qui, après avoir cherché des sensations intenses dans la littérature, les images de la religion et la relation amoureuse, n’échappe à son milieu que par la mort. Ce portrait fait par Flaubert (1821-1880) semble si juste, réaliste ; qu'est adopté un néologisme basé sur ce personnage : « le bovarisme » ou « bovarysme »... Ce terme est employé une première fois en 1880 dans le Siècle pour qualifier la ''maladie'' ( Flaubert était médecin) dont souffre Emma...

Jules de Gaultier (1858-1942) - (Paris, entre 1901 et 1905)

L'homme qui entretient Anne-Laure de Sallembier, de ce sujet est Jules de Gaultier (1858-1942), que nous avons déjà évoqué...

Jules – homme élégant, à l'attitude noble - est un simple receveur des finances, qui va faire de la philosophie et publier dans les revues les plus prestigieuses… Il connaît bien la Normandie, qu'il apprécie ( Anne-Laure y est bien-sûr attachée …) ; à Paris, dit-il, il est comme « dans une chambre sans fenêtre » ...

Il soutient que le bovarysme, qui toucherait beaucoup de femmes, serait d'être amoureuse de l'amour, au lieu d'être amoureuse d'un homme ( bien réel...)... Comme Don Quichotte ( pour l'homme...), Emma Bovary mélange la vie, et ses illusions ; et ils ne peuvent pas supporter la réalité...

- Il s'agit donc d'une maladie... ?

- Non …. C'est un état de fait … !

- Vous exagérez...

- Pensez-vous que chacun d'entre nous puissions avoir la connaissance effective de la réalité … ? Le premier pas – disons créateur - de l'homme, c'est de distinguer le moi du monde extérieur … Il voit la diversité du monde, il distingue des ''phénomènes''...

- Il se fait une idée du monde qui l'entoure ….

- Oui, mais attention... Ce monde n'est pas figé. Il évolue...

- Mais, ce qui se montre à nous, peut nous mentir ! ?

- Oui... et de plus, notre perception aussi … Le tout repose nécessairement sur une illusion... !

- Alors... Comment accéder à la Vérité … ?

- « Croire ! Contempler ! ce double vœu a hanté de tout temps les cervelles philosophiques ; il a partagé le monde des philosophes en deux types rivaux et ennemis : le sacerdote et l’artiste. »

En fait, Jules de Gaultier pense « que toute vérité, qu’elle soit morale ou scientifique, n’est jamais vraie en soi, mais qu’elle ne l’est qu’en fonction de son utilité présente ou passée. »

Jules de Gaultier se rattache à à Schopenhauer, par son éducation philosophique...

« Le monde est un spectacle à regarder et non un problème à résoudre » dit-il.

Anne-Laure de Sallembier, découvre Nietzsche, grâce à Gaultier qui tient la chronique philosophique du Mercure... Il ne réside pas à Paris, mais Anne-Laure le voit régulièrement lors de ces passages. Élégant, physique d'officier de cavalerie, il parle posément en bon professeur. Il semble ne parler que de ''bovarysme'' ; il en a fait la clé de voûte de sa philosophie. C'est une manière de parler de la limite de la Connaissance ; et concerne l'humain en général... « toute réalité qui se connaît elle-même, se connaît autre qu’elle n’est. Ainsi s’énonce, resserrée en la forme d’un aphorisme, la notion du Bovarysme ».

Ce que nous appelons connaissance est en fait une création de notre part. La réalité phénoménale est autre qu'elle n'est ! Notre perception repose sur une illusion... Il ne resta au philosophe que de croire ou contempler...

Proche de Nietzsche, Gaultier reste fondamentalement persuadé que toute vérité, qu’elle soit morale ou scientifique, n’est jamais vraie en soi, mais qu’elle ne l’est qu’en fonction de son utilité présente ou passée.

Le « rationalisme » lui apparaît comme étant « une confusion des catégories de l’intelligence et de la croyance ».

Seuls les artistes ne sont pas dupes des illusions qu'ils créent. L'art est essentiel, c’est un des moyens que la vie choisit pour manifester « qu’elle veut aussi prendre conscience d’elle-même ». C'est ce que Gaultier appelle : la « justification esthétique de l'existence ». Le philosophe-artiste est critique du monde, même s'il reste sensible aux idées du temps...

 

Le philosophe tente de comprendre le mécanisme des actions humaines et de chercher quel peut bien être leur but, et si elles en ont un, ou si la vie n'est pas autre chose qu'un ensemble de gestes évoluant parmi les ténèbres du hasard.

La philosophie rejoint les mythes qui ré-enchantent la banalité du quotidien, non que ce quotidien soit banal, mais parce qu'ils en traitent avec génie ( analogue à un sujet traité avec art, ou sans art …) Schopenhauer dit, comme Shakespeare... Frédéric Nietzsche, est en même temps un grand poète et un grand philosophe.

Je peux imaginer comment ce discours a pu émouvoir Anne-Laure ; elle, qui tentait de comprendre comment l'histoire du Graal, de Perceval, des chevaliers de la Table Ronde, et des femmes-fées, pouvaient encore parler à des hommes et femmes de raison en ce début du siècle … !

 

La question posée par ''le bovarysme'', est qu'il peut se développe dans un sens absolument opposé à la personnalité réelle de l'individu. On parle alors de maladie, s'il s'agit de fausse passion, fausse vocation. Le ''non-vrai'' devient une condition de l'existence ; jusqu'au moment où le rêve se brise au contact de la réalité... Par exemple, quand Emma imite la signature de son mari sur les billets qu'elle a souscrits, malheureusement, son imagination ne change pas la loi du monde. Les effets souscrits sont représentés à leur échéance. Impayés, ils sont protestés. Emma, plutôt que d'avouer, choisit la mort.

 

Pour Gaultier, encore, l''instinct de vie'' pousse l'individu à créer de l'illusion pour vivre ( idoles …) ; à l'opposé'' l'instinct de connaissance'' en doute et démystifie...

Baudelaire disait : « … Je sortirai quant à moi satisfait d'un monde où l'action n'est pas la sœur du rêve. » ( Reniement de saint Pierre, des Fleurs du Mal )

 

Nietzsche affirme que le mythe est d'une manière générale « le lit de paresse de la pensée » … Et donc, s'il s'agit de nourrir sa pensée par les mythes, il faut ne pas s'y laisser enfermer, telle une croyance ; mais s'y laisser inspirer, interroger... Le mythe a cette faculté de proposer une multiplicité de sens …

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