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litterature

L'Histoire de Parzival de Wolfram von Eschenbach – 4/,- Parzival et l'Ermite

Publié le par Perceval

Parzival und Sigune

Pendant que l'on racontait les aventures de Gauvain, quatre années se sont passées... Fondamentalement, dans son attitude, Parzival n'a pas changé... Selon lui, Dieu avait le devoir de l'aider lors du moment décisif, dans le château du Graal et, comme il ne l'a pas fait, Parzival continue à lui en vouloir; pourtant, il reste fixer dans sa recherche solitaire du Graal.

(Livre IX ) - Après diverses aventures, aidé de son épée remise par Anfortas ; le héros est arrivé dans une forêt ; il y rencontre sa cousine Sigune, qui vit en recluse dans une cellule, avec le cercueil de l'homme qu'elle aimait... Elle le reconnaît, lui demande des nouvelles du Graal. Il confesse qu'il n'a pu le retrouver. Elle lui conseille de suivre les traces de Kundrie, la sorcière, qui, peu de temps auparavant, est venue de Montsalvage lui apporter de la nourriture, comme elle le fait chaque semaine. Parzival repart en hâte, mais s'égare...

Il rencontre un chevalier du Graal, qui veut lui barrer le chemin ; il le désarçonne et s'empare de son cheval. Un peu plus tard, il croise une troupe de pénitents ; le chevalier qui marche en tête lui reproche avec douceur de n'avoir pas déposé ses armes en un jour aussi auguste ; nous sommes le Vendredi Saint !

Il lui conseille d'aller trouver un ermite qui réside dans le voisinage. Perceval, qui depuis des années avait cessé de croire à la justice de Dieu, se décide à tenter une expérience nouvelle : il s'en remet à Dieu du soin de conduire son cheval et laisse à ce dernier la bride sur le cou ; le cheval le mène tout droit à la retraite de l'ermite Trévrizent.

L'ermite explique le secret du Graal

Perceval trouve auprès de lui un accueil simple, mais amical. L'ermite lui remontre longuement ses torts ; il l'assure que l'aide de Dieu ne fait jamais défaut à ceux qui s'abandonnent entièrement à lui. En apprenant que Parzival poursuit la Quête du Graal , il cherche à le détourner de son dessein : seuls les hommes désignés par le ciel lui-même peuvent pénétrer au château du Graal. Trévrizent révèle à Parzival l'origine du Graal, le caractère sacré de la troupe qui le garde, et lui conte les infortunes d'Anfortas, qui a jadis transgressé les règles de l'ordre auquel il appartenait ; seul, un inconnu a pu jusqu'à ce jour arriver au château, sans avoir été désigné à l'avance.

Au cours de l'entretien Parzival finit par dire son nom et conte quelques-unes de ses aventures. Trévrizent reconnaît en lui son neveu, lui fait connaître l'histoire de sa famille, et achève l'histoire d'Anfortas : le chevalier inconnu qui est arrivé un jour jusqu'à Montsalvage aurait pu délivrer de ses souffrances le roi du Graal, s'il l'avait interrogé sur la cause de ses maux ; malheureusement il n'a posé aucune question.

Après avoir partagé le frugal repas de Trévrizent, Parzival lui avoue qu'il est ce chevalier négligent. Trévrizent le console, l'engage à ne point désespérer de la bonté de Dieu ; il le garde encore quinze jours près de lui et, avant de la laisser repartir, l'absout de ses péchés.

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L'Histoire de Parzival de Wolfram von Eschenbach – 3/,- L'Histoire de Gauvain

Publié le par Perceval

Les livres VII et VIII rapportent uniquement les aventures de Gauvain.

Gauvain au contraire de Parzival, est dès son apparition l'incarnation de la chevalerie idéale. Lui aussi doit affronter des tâches de plus en plus difficiles en raison des défauts de la société courtoise ; mais tous les conflits auxquels il est confronté tirent leur origine du fait qu'il comprend mal ce qu'est l'amour (c'est la problématique de l'amour courtois). Gauvain cependant se montre capable de résoudre les problèmes qui en découlent, même si au cours des ans il est incapable d'être fidèle à son épouse - ce en quoi il s'oppose encore à Perceval. ( wiki)

 

Le héros s'est mis en route pour se rendre au royaume d'Ascalon, où il doit affronter Kingrimoursel en combat singulier. Il rencontre une grande troupe guerrière ; c'est l'armée du roi Méliant ( Meljanz de Liz) , qui va assiéger Belleroche ( Bearosche) , château du prince Lyppaut. Méliant veut se venger des avanies que luia infligées la fille aînée de Lyppaut, Obie.

Gauvain suit l'armée et arrive à Belleroche ; il n'a d'abord nul dessein de prendre part au combat qui se prépare. Il va camper sous les murs du château ; d'en haut les dames de contemplent. Méprisante, la fille aînée de Lyppaut, Obie, déclare que cet étranger n'est qu'un marchand ; la jeune sœur, Obilôte, au contraire, vante l'air noble du nouveau venu et se déclare prête à lui accorder son amour.

Le maréchal du château, Schérule, invire Gauvain à pénétrer dans la ville et lui offre l’hospitalité. Le prince Lyppaut vient lui rendre visite et le prie de l'aider à repousser les ennemis. Gauvain ne croit d'abord pas pouvoir y consentir ( il ne veut pas être impliqué dans une bataille parce qu'il est obligé d'arriver à temps et sans blessures à Ascalon); mais il finit par céder, quand la jeune Obilote, qui n'est d'ailleurs qu'une enfant de sept à huit ans, lui adresse la même prière. Avec un grand sérieux, la fillette adopte le langage et les manières des grandes personnes. Gauvain la traite avec autant d'égards que si elle était déjà une dame. Il emporte au combat, comme un véritable chevalier servant, le présent qu'il a reçu d'elle. Il défait successivement les chefs de l'armée ennemie, blesse Méliant et le fait prisonnier. Sur la prière d'Obilôte, le roi Méliant se réconcilie avec Obie et l'épouse. Gauvain prend congé de tous et en particulier de la jeune Obilôte, désolée de le voir s'éloigner. Il repart seul vers Ascalon.

Parzifal est apparue un instant dans ce livre ; on l'a vu combattre glorieusement dans l'armée du roi Méliant, mais son rôle demeure très effacé.

Gawan und Antikonie

( Livre VIII) En arrivant dans le royaume d'Ascalon, Gauvain rencontre le roi du pays, Vergulaht, qui est en train de chasser. Vergulaht s'excuse de pas l'accompagner jusqu'au château; il l'envoie à sa sœur, la belle et séduisante princesse Antikonie. Cette dernière accueille l'étranger avec empressement. Bientôt, Gauvain en vient à la requérir d'amour, et elle laisse voir qu'elle répond jusqu'à ce que cela les met tous les deux dans une situation compromettante, quand à ce moment un vieux chevalier entre dans la salle... Il ameute contre Gauvain les habitants du château qui pensent qu'il a l'intention de violer la jeune femme. Conduit par Antikonie, Gauvain se réfugie dans une tour; il se défend à l'aide d'un échiquier, tandis que la princesse lance sur les assaillants les figures du jeu d'échec. Le roi, survenant, veut en personne attaquer Gauvain. Mais le landgrave Kingrimoursel qui, devant toute la cour d’Arthur, avait provoqué Gauvain, prend la défense de ce dernier. Après de longues discussions, le roi consent à une trêve. Kingrimoursel remet à une année le combat singulier qui devait l'opposer à Gauvain.

Vergulaht tient conseil avec ses barons : au cours de l'entretien, il leur conte qu'il, a été récemment vaincu en combat singulier, par un chevalier inconnu, vêtu d'une armure vermeille ( Parzival), lequel lui a imposé ou bien de partir en quête et trouver le Graal, ou, bien d'aller se constituer prisonnier près de la reine de Beaurepaire. Un des conseillers du roi Vergulahl l'engage à libérer Gauvain, en lui imposant de rechercher le Graal. Gauvain accepte et prend congé de la cour et d'Antikonie.

Kingrimoursel accompagne Gauvain pendant quelque temps et se charge de ramener ses écuyers et ses pages en leur pays.

L'Histoire de Parzival de Wolfram von Eschenbach – 3/,- L'Histoire de Gauvain

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L'Histoire de Parzival de Wolfram von Eschenbach – 1/,-

Publié le par Perceval

« O vous qui avez une saine intelligence, soyez attentifs à la doctrine qui se cache sous le voile de ces vers étranges . » (Dante) -

« Je ne tiendrais pas pour sage celui qui ne discernerait pas facilement

les solides enseignements que renferme ce récit »

(W. von Eschenbach). »

Lohengrin and Elsa - Parzival and Condwiramurs - Gahmuret and Herzeloyde

 

Gamuret et Herzeloyde

Cela commence avec l'histoire de Gamuret ( Gahmuret) – le père de Perceval ( Parzival ) - . Gandin, roi d'Anjou, a deux fils, Galoès et Gamuret ( le cadet). A sa mort l'aîné hérite de ses États, l'autre cherche fortune en Orient et sert le kalife de Bagdad, Baruch, alors en guerre avec les princes de Babylone, Pompeius et Ipomidon, puis il erre en d'autres pays; le vent le jette sur la côte d'Afrique, où une belle princesse maure, Bélacane, est assiégée par le roi d'Écosse Friedebrand et les Maures d'Assagog. Il la délivre, l'épouse; mais bientôt l'ennui d'une vie sédentaire lui fait abandonner Bélacane. Peu après son départ, la malheureuse reine accouche d'un fils dont la peau tachetée de blanc et de noir rappelle sa double origine, elle le nomme Fièrefils.

Gamuret aborde en Espagne. Il apprend qu'Herzéloïde, reine de Galles et de Norgals, a promis sa main et ses États au vainqueur d'un tournoi qu'elle donne en sa capitale de Canvolès. Une foule de princes prétendent à un si haut prix ; mais Gamuret triomphe de tous ses adversaires; et au moment où il épouse Herzéloïde – après avoir écarté la revendication amoureuse de la reine de France, Ampflise... Il apprend que sa mère et son frère Galoès sont morts, le laissant héritier du royaume d'Anjou. Mais Gamuret ne peut jouir paisiblement de tant de puissance; le goût des aventures l'entraîne encore ; il repart. Six mois après Herzéloïde, déjà inquiète d'un songe sinistre qui lui présageait les plus grands malheurs, elle apprend que son époux a péri devant Bagdad. Quatorze jours plus tard elle met au monde Parzival.

Herzeloyde et Parzival enfant

Parzival, est le fils de Gahmuret – en lien familial avec Arthur – et de Herzeloyde – en lien avec le Graal - . Avec la mort de Gahmuret ; c'est peut-être aussi l’ancien monde chevaleresque qui fomente la passion et la douleur, qui meurt ( même si ses valeurs restent fortes...). Herzeloyde en totale liberté apporte quelque chose de nouveau dans le monde. Elle rompt avec l’ancien et met le nouveau à sa place, jusqu’à sacrifier sa vie pour cela.

Herzeloyde abandonne toute sa richesse de ses trois royaumes et se retire avec l’enfant et quelques esprits serviables dans la « solitude » de la forêt de Soltâne.

Herzeloyde, ne vit plus que pour son fils. Elle se retire avec Parzival dans un lieu désert, la forêt de Soltane. Délibérément, elle lui fait tout ignorer du monde et de la vie en dehors de la forêt, elle ne le prépare en particulier à rien de ce que réclamerait, sur le plan social, éthique et guerrier, son statut de chevalier et de seigneur.

Ce n’est que plus tard qu’il apprendra son nom et son origine de la bouche de sa cousine Sigune, peu avant d’arriver pour la première fois à la cour du roi Arthur

Parzival grandit en harmonie avec la nature. Et, Herzeloyde essaie de protéger son fils des dangers de la chevalerie, et même d’être tenté par elle, mais elle n'y réussira pas. Dans l'espoir que son fils lui reviendra après avoir fait dans le monde assez de mauvaises expériences, elle l’habille comme on habille les ''simplets'' et elle lui donne sur la façon de se conduire des instructions absurdes qui, observées à la lettre et jointes à son habit, ne peuvent manquer de le rendre ridicule.

Parzival grandit, il devient robuste et habile à tous les exercices du corps. En lui germe le désir du vaste monde. Un jour, alors qu'il est à la chasse, il rencontre un chevalier qui en poursuit deux autres. Il est fasciné par eux … Il apprend la nature et la gloire de la vie chevaleresque. Sa mère ne peut plus le tenir. Il décide de se rendre à la cour du Roi Arthur, roi de Bretagne, pour devenir chevalier. Sa mère lui donne des conseils, qu'il suivra à la lettre sans les comprendre... Il la quitte. Elle en meurt de douleur...

En chevauchant Perceval aperçoit une tente ; il y pénètre et trouve une dame endormie. Croyant obéir aux conseils de sa mère, il l'embrasse, malgré elle, il lui prend en outre un anneau et un fermail. Soupçonnée d'infidélité par son époux: Orilus, la dame, Jeschoute (Jeschute) , sera soumise pendant plus d'une année à des tourments rigoureux...

Parzival fait ensuite la rencontre d'une autre dame, Sigune ( Sigunde) , qui se lamente sur le cadavre de son chevalier servant. Il s'entretient avec elle, et découvre qu'elle est sa cousine, et apprend d'elle de quelle lignée il descend.

Après avoir passé la nuit chez un pécheur, Parzifal se rend à Nantes, où se trouve la cour d'Arthur. En chemin, il rencontre un chevalier vêtu d'une armure vermeille, Ither de Gaheviez, qui le charge d'un message pour le roi : il a volé une coupe au roi et l'a reversée sur la reine Ginover (Guenièvre) et il a lancé un défi à l'un ou l'autre de ses chevaliers.... Arrivé à Nantes, Parzival excite la curiosité et l'admiration de tous. Le roi lui fait un amical accueil. Une jeune femme, Cunneware, se prend à rire en le voyant. Or elle n'avait jamais ri. Elle ne devait rire que le jour où elle se trouverait en face du plus vaillant de tous les chevaliers. Le sénéchal Ké, irrité de voir qu'elle fait un pareil honneur à un rustre, la roue de coups. Perceval annonce son intention de la venger...

Parzifal bat le ''chevalier vermeil (rouge)'' Ither qui a volé une coupe à la table ronde d'Arthus. C'est ainsi que Parzival le tue d'un coup de javelot, et obtient son armure et son cheval. 

A l'aventure, Parzifal, arrive le soir devant un château isolé ( Graharz) , où il est reçu par Gornemant. Ce vieux chevalier l'accueille avec bonté, lui enseigne les règles de la bienséance et lui conseille en particulier de ne pas poser trop de questions. Il lui apprend aussi à manier la lance et l'épée. Gornemant ( Gurnemanz) voudrait retenir Parzival près de lui et lui donner pour épouse sa fille, la belle Liâze ; mais Parzival ne se juge pas encore digne de cet honneur.

Quand il quitte Graharz au bout de 14 jours pour poursuivre sa vie d’aventures, il est devenu un chevalier parfait dans le sens du monde arthurien.

Parzival arrive dans le royaume de Brobarz à Belrapeire ( Beaurepaire) . La reine du pays, Condwiramour ( Kondwiramur) – dans sa ville - est assiégée par le roi Clamadieu, qui veut la contraindre à l'épouser. La ville souffrant d'une cruelle famine, offre l'hospitalité à Parzival. Au cours de la nuit, le reine se rend dans la chambre du héros, où il repose. Elle le supplie de venir en aide aux assiégés ; il lui en fait la promesse. Le lendemain, Parzifal défait en combat singulier, Kingrun, sénéchal de Clamadieu, et l'envoie faire sa soumission au Roi Arthur.. La reine Condwiramour déclare alors qu'elle n'aura jamais d'autre époux que Parzifal, son sauveur. Sur ces entrefaites, deux navires chargés de vivres, arrivent dans le port de Beaurepaire ; la disette prend fin.

Parzival devient l'époux de Condwiramour. Le roi Clamadieu, ayant appris la défaite de son sénéchal, attaque à son tour la ville ; il est repoussé. Il provoque alors Parzival en combat singulier. Parzival le vainc, le fait prisonnier et l'envoie, lui aussi, à la cour du Roi Arthur. Après être demeuré quelque temps près de son épouse Condwiramour, devenu le maître du royaume, et mis en ordre les affaires... Parzival la quitte, afin d'aller prendre des nouvelles de sa mère Herzeloïde ( qu'il ne savait pas morte …) et aussi pour chercher aventure. L'amour du bonheur ne peut pas satisfaire son goût pour l'action....

Kondwiramur ou Condwiramur ; provient du français : ''celle qui conduit à l'amour''.. Elle est réputée pour sa beauté... Parzival semble inhibé, au point qu'elle pense qu'il la rejette. Ce n'est pas du tout le cas, cependant – comme son père – il va la laisser pour vivre l'aventure d'un chevalier. Tout au long de sa Quête, il est reste habité par l'amour pour sa femme ( au contraire du comportement de Gauvain) ...

A suivre : .. L'Histoire de Parzival...

Les illustrations sont des peintures du Château de Neuschwanstein, de Ludwig de Bavière...

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Sur la piste du Graal : le comte de l'X. -5- Parzival.

Publié le par Perceval

Lorsque Théodore-Claude-Henri Hersart de La Villemarqué arrive à Paris, en 1833, pour étudier à l’École des Chartes, Paulin Paris travaille depuis cinq ans à la Bibliothèque du Roi...

Paulin Paris ( 1800-1881) est né en Champagne. Il est membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et professeur au Collège de France... Il aime citer Madame de Staël, sur le Romantisme : « Cette littérature est la seule qui soit susceptible d'être perfectionnée, parce qu'ayant ses racines dans notre propre sol, elle est la seule qui puisse croître et se vivifier de nouveau.. »

On dit que la France n'a pas d'épopée … Alors, Paulin Paris, recherche dans les romans du Moyen-âge, et décide de publier nos anciens textes.. M. Paulin Paris publie ainsi sept volumes, de 1836 à 1848.

Chanson de geste - Lavisse élémentaire - trouvere

Il y distingue deux catégories de romans, les uns chevaleresques, les autres mystiques, faisant un ensemble assez étrange. Selon l'ordre des événements, le premier est le Joseph d'Arimatie, ou plutôt le Saint-Graal, qui en est un remaniement; puis vient le roman de Merlin l'enchanteur et ses suites, c'est-à-dire Le roi Artus, Gauvain et Perceval, Lancelot du Lac, Tristan; enfin la Quête du Saint-Graal et la dernière partie du Lancelot ou Mort d'Artus. Le mysticisme tient le commencement et la fin, les aventures chevaleresques et galantes occupent le milieu...

 

L'allemand la Motte Fouqué, et l'académicien Paulin Paris, tentent de comparer Chrétien et Wolfram... Le système parental ( la lignées, la généalogie...) semble plus élaboré chez Wolfram, de plus la lignée s'élargit jusque chez les ''païens'' ( caractère non endogamique). Avec le ''Prêtre Jean '' qui fondera une communauté orientale... Le monde du Graal rejoint l'histoire universelle … !

Parzival and Condwiramurs

Par sa mère - Herzeloyde, sœur d'Anfortas - Parzival est de la lignée des rois du Graal...

A noter que le demi-frère de Parzival ( Feirefiz) tombera amoureux de la porteuse du Graal ( Repanse de Schoye, également sœur d'Anfortas) qu’il épousera après s’être fait baptiser : de leur union naîtra un fils, Jean, le futur Prêtre Jean...

La faute de Parzival, est plus claire, dans le bouche de l'ermite et oncle, Trevrizent : « Tu es du même lignage qu’Ither ; tu as méprisé les liens du sang ! Dieu n’a pas oublié ton forfait, et il te demandera peut-être encore des comptes. […] C’est avec douleur que je dois te dire que tu as commis deux graves péchés : tu as tué Ither et tu dois également déplorer la mort de ta mère. ». Ither, est le chevalier à l'armure vermeille que Parzival revêtira... Il n'est pas responsable de la mort de sa mère, comme dans Perceval...

 

Wolfram rattache à son Parzival, en épilogue, la légende du Chevalier au Cygne qui était déjà liée à la famille de Godefroy de Bouillon, l’un des chefs de la Première croisade (en 1096) et premier roi de Jérusalem. Loherangrin, l’un des fils jumeaux de Parzival et de Condwiramurs, celui qui a été appelé à Munsalvaesche par Dieu, est envoyé par le Graal en Brabant où il doit venir au secours d’une princesse harcelée par des prétendants éconduits. Conduit à Anvers par un cygne, il restaure l’ordre et la justice et épouse la princesse, après lui avoir fait jurer que jamais elle ne demanderait qui il est, et il devient prince de Brabant.... ( encore une histoire à raconter, plus tard … !)

Le chevalier au cygne, Livre d'heures début XVIe s

 

Charles-Louis de Chateauneuf est vivement impressionné par la prégnance de l'histoire de Parzival dans la mentalité allemande ( et, il ne connaît pas encore – bien sûr – les œuvres qui se préparent de Wagner … !)...

La Motte Fouqué, parle de l'écriture de son épopée sur Parzival qui est beaucoup plus qu'un travail : « c'est le résultat d'un pacte avec Wolfram .. !. ». C'est un manuscrit de 500 pages... qu'il écrit alors qu'il vient de se remarier avec une jeune femme de trente ans plus jeune …

La Motte Fouqué ajoute qu'il vient d'obtenir de l' ''Hohenzoller Friedrich-Wilhelm IV'' (*) , la réactivation de l'ordre du cygne, éteint après la Réforme...

Ci-dessous - Dame avec le collier de l'ordre des chevaliers du Cygne  (1490)

(*) De la Dynastie des Hohenzollern, Frédéric-Guillaume IV de Prusse ( 1795-1861), que l'on surnomme le « Roi romantique », est passionné par le romantisme et affiche son goût du Moyen Âge.

L' Ordre des Chevaliers de Notre-Dame du cygne, ou Ordre du Cygne , est le plus ancien ordre de chevaliers de la Prusse. Créé le 29 septembre 1440, par l'électeur Friedrich II de Brandebourg, il devait donner à la noblesse des objectifs politiques et sociaux communs sous la direction des Hohenzollern. 

Le siège de la branche franconienne était la chapelle George de la collégiale Saint-Gumbertus à Ansbach, qui n’est qu’à environ 20 kilomètres d’Eschenbach, du nom de son habitant le plus célèbre, Wolfram... La Réforme vit l'annulation de l'ordre... Le 24 décembre 1843, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse tente de rétablir l'Ordre du cygne en tant qu'organisation multiconfessionnelle et humanitaire, et ouvert aux hommes et aux femmes...  

Richard Wagner, atteint lui aussi par le virus du Graal, en 1845, commence à concevoir son opéra Lohengrin, créé en 1850. 

 

** Il serait temps d'entrer dans le vif de l'Histoire de Parzival, contée par Wolfram von Eschenbach.. ? Avec Heinrich, je vais tenter de vous la résumer ...

A suivre... L'Histoire de Parzival.

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L'homme qui a perdu son ombre... - A. von Chamisso -3/.-

Publié le par Perceval

En 1810, Adelbert von Chamisso (1781-1838) est de nouveau à Paris, il y fréquente la communauté allemande... Il a une liaison avec Helmina von Chézy (1783-1856); elle est une écrivaine et une journaliste allemande. Elle assiste aux cours que Schlegel donne à Paris et qu'elle va traduire en français avec Adelbert von Chamisso...

Avec elle, il vit un bonheur de quelques semaines ; mais, il ne peut s'établir avec elle … C'est elle, qui inspirera et donnera son prénom (Mina, diminutif de Helmina) à l'héroïne de son 'Peter Schlemihl' (1814).

 

<-- Cinq figures féminines du Romantisme allemand - Therese Hubert, Caroline Schelling, Dorothea Schlegel, Sophie Mereau et Helmina von Chézy

 

C'est à Rahel Levin, qu'il doit ce nom '' Schlemihl '' ; Rahel l'employait car elle redoutait de l'être .. Juive, elle souhaitait s'assimiler complètement ; mais, peu avant sa mort elle revendiquait fièrement son origine … Près d'elle, Chamisso a compris et a mieux vécu sa condition d'apatride...

 

Le malheur du Schlemihl, c'est qu'au lieu de se faire aussi mince qu'un ombre, il devient '' sans ombre '', et si lui ne s'en préoccupe pas ; ce sont les autres qui le distinguent et le rejettent, même et en particulier la belle Fanny... Le seul, à se fondre dans le décor, c'est '' l'homme en gris'' ( le diable), seul il est indiscernable … Je reviens sur l'été 1803 à Berlin, quand il rencontre Cérès Duvernay ... Il est tombé amoureux d'elle et a demandé en vain sa main en 1804/05. Il lui écrit des vers... Elle servira de modèle au personnage de Fanny...

 

En 1810, Chamisso rencontre Germaine de Staël ; elle réside alors à Chaumont (région de la Loire), où l’empereur Napoléon consent à ce qu’elle maintienne ses mondanités malgré la fâcherie provoquée par le roman Delphine. Adelbert von Chamisso passe un long moment au château, où se croisent écrivains, peintres, philosophes et intellectuels de renom, tels Mathieu de Montmorency et August Whilhelm von Schlegel, mais aussi Juliette Récamier et Benjamin Constant. Comme d'autres de ses amants, fasciné par Madame de Staël ; il la suit dans son exil suisse, au château de Coppet... Exil confirmé depuis le très politique ''De l’Allemagne''. Là-bas, Adelbert redécouvre la flore, notamment en compagnie d’Auguste de Staël, et ses longues marches l’emmènent à nouveau sur les traces de Rousseau et des sciences naturelles. Chamisso trouve en Mme de Staël, « un ''être complet'', à la fois une Corinne charmante et une souveraine. Elle n'est pas un être à qui il manque quelque chose, une ombre, mais quelqu'un qui parvient à faire de ceux qu'elle invite autant d'ombres qui lui appartiennent... » ( de Pierre Péju)

Quand il rentre à Berlin à l’été 1812, après un bref détour en Vendée ( qui n'est pas anodin... ! ).. En effet, il reçoit l'offre d'un poste de professeur qui lui est destiné... Mais sur place, rien ! Il n'est pas attendu .. 

Chamisso accroît ses recherches dans le domaine de la botanique. Il retourne chez Hitzig, qui l’accueille avec une amitié qui ne fléchira jamais, et s’inscrit à l’Université.

Eté 1813, Adelbert écrit '' L’Étrange Histoire de Peter Schlemihl '', pour les enfants de son hôte, œuvre qui sera très vite diffusée en Allemagne, mais qui ne connaîtra une édition vraiment satisfaisante en France qu’en 1838.

Chamisso raconte comment il aurait connu Schlemihl et comment celui-ci lui aurait remis son manuscrit : « J’ai connu Peter Schlemihl en 1804 à Berlin, c’était un grand jeune homme gauche, sans être maladroit, inerte, sans être paresseux, le plus souvent renfermé sur lui-même sans paraître s’inquiéter de ce qui se passait autour de lui [… ]. J’habitais en 1813 à la campagne près de Berlin [… ] lorsqu’un matin brumeux d’automne, ayant dormi tard, j’appris à mon réveil qu’un homme à la longue barbe, vêtu d’une vieille kurtka noire râpée et portant des pantoufles par-dessus ses bottes, s’était informé de moi et avait laissé un paquet à mon adresse. » Ce paquet contenait le manuscrit autographe de la merveilleuse histoire de Peter Schlemihl  - Préface à l’édition française de 1838, Schrag, Paris..

 

Chamisso maintient la fiction d’un Schlemihl.. Ils ont le même caniche qui s’appelle Figaro, le même domestique qui s’appelle Bendel, ils aiment les mêmes femmes : Fanny et Mina (Helmina von Chezy), la botanique, etc..

 

Dans les trois années qui suivent, l’écrivain s’éprend de la botanique, et dans une moindre mesure de la médecine, et c’est avec un bonheur non dissimulé qu’il consent à faire partie d’une expédition autour du monde, en 1815, au bord du navire russe Rurik...

Ce grand voyage durera trois ans exactement ...

Adelbert von Chamisso (1781-1838)

A la fille adoptive ( 14 ans) de Mme Piaste, orpheline élevée avec les enfants Hitzig, il promet le mariage à son retour … Antonia Piaste l'a attendu, elle a maintenant dix-sept ans. Chamisso, à trente-neuf ans l'épouse. C'est semble t-il, un mariage heureux, et sept enfants … A présent, il dit « Moi, j'ai trois ombres : la Prusse, les végétaux et Antonia. »

 

Pourtant, il eut une autre liaison : non pas avec ''Fanny'' Hertz, femme d’un des Hertz, ami de Chamisso et banquier à Hambourg ; mais,lors de ce voyage, avec Marianne Hertz, la jolie et vive maîtresse de maison, qui le reçoit si chaleureusement à Hambourg, et dont il eut un enfant (1822) qu'il a tenu à reconnaître … En 1825, il revient en France, et ressent un déchirement du à cette nationalité qui n'est pas réglée … Il a le besoin d'aller marcher des journées entières dans la solitude de la nature …

Sa jeune femme va mourir avant lui, et il ne lui survit que quelques mois... Berlin 1838

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L'homme qui a perdu son ombre... l’histoire de Peter Schlemihl - A. von Chamisso -2/.-

Publié le par Perceval

On se rappelle : que Schlemihl poursuivi par le diable, se retient de signer ce fameux contrat … Et, finit par lancer la bourse de Fortunatus dans l’abîme... ! L’homme en gris disparaît, Schlemihl se retrouve seul, soulagé, s’endort et fait un rêve où apparaissent Mina ( épousée par le méchant Rascal...) , puis de nouveau Chamisso...

Peter Schlemihl, est toujours sans ombre et dorénavant sans argent, contraint de fuir à nouveau la compagnie des hommes, erre dans tout le pays, et use ses souliers sur les chemins. Il lui reste à peine de quoi s'acheter une paire de bottes usagées. Très vite il se rend compte que celles-ci ne sont autres que les bottes de sept lieues, qui lui permettent de franchir mers et continents en quelques enjambées... Schlemihl décide alors de s'établir comme anachorète dans la Thébaïde, et de consacrer le reste de ses jours à étudier la faune et la flore de tous les continents.

La vitesse de déplacement, mais aussi la diversité des coutumes, font que ces voyages relativisent la malheur de ne plus avoir d'ombre... Le récit, beaucoup plus rapide, change de ''sens'' …

 

Un jour qu'il est tombé malade après être tombé dans les eaux glacées qui bordent la Norvège, et après avoir erré quelque temps à travers le monde dans un état de semi-inconscience, Schlemihl s'évanouit.

Il se réveille dans un hôpital inconnu, dont il constate avec stupeur qu'il porte son nom. Il s'aperçoit que ses propriétaires ne sont autres que Bendel, qui l'a fait construire avec l'argent que lui avait légué son maître, et Mina, à présent veuve. Ceux-ci ne reconnaissent pas l'homme qu'ils ont aimé dans ce vieil homme hirsute à la longue barbe blanche, mais Schlemihl surprend une de leurs conversations au cours de laquelle ils se demandent si les prières qu'ils adressent quotidiennement pour le bonheur et le repos de ''l'homme sans ombre'' l'ont soulagé de son fardeau.

Schlemihl, une fois rétabli, quitte l'hôpital sans se faire connaître, pour retourner dans la Thébaïde, Il a laissé laissé sur son lit une lettre :

« Votre vieil ami est, ainsi que vous, plus heureux aujourd'hui qu'il ne l'était alors ; et s'il expie sa faute, c'est après s'être réconcilié. »

Adelbert_von_Chamisso

Cette histoire fut écrite par Adelbert von Chamisso, né Louis Charles Adélaïde de Chamisso (1781 – 1838), et qui n’est arrivé en Allemagne qu’à l’âge de 14 ans...

 

<-- Adelbert von Chamisso pendant son voyage autour du monde , par Louis_Choris

Il en est de lui, comme de cet homme, qui s'interroge sur son identité...

Avant ''la révolution'', la famille Chamisso s'ancrait au Château de Boncourt...

« … C’est ainsi, château de mes pères,
Que tu vis toujours en mon cœur
Alors que rien de toi ne reste
Qu’une terre où va la charrue. 
»

 

« Récemment j’ai peint dans ma mémoire le jardin, jusqu’à la plus petite courbe de l’allée la plus éloignée, jusqu’au moindre buisson, et ma force d’imagination était si vive qu’elle me représentait avec la plus grande précision tous ces détails intacts. J’étais hors de moi ! » Lettre à sa sœur,

Et en 1837, (un an avant sa mort) : « Je n’ai fait que rêver du château de Boncourt .. » lettre à son ami Louis de La Foye.

Adelbert von Chamisso (1781-1838)

 

Le père, Louis Marie de Chamisso, intègre l’armée dite « des Princes » aux côtés du maréchal de Broglie, dont il devient l’aide de camp. Le château de Boncourt est bientôt entièrement démoli...


 

''Schlemihl'' est un mot yiddish : « Dans le dialecte juif, on appelle de ce nom des gens malheureux ou maladroits auxquels rien ne réussit… » lettre du 27 mars 1821 à son frère Hyppolyte

Le choix de ce mot explique à lui seul « l’intention d’écriture » de l’auteur, qui dira plus tard à Madame de Staël : « Ma patrie : je suis français en Allemagne et allemand en France, catholique chez les protestants, protestant chez les catholiques, philosophe chez les gens religieux et cagot chez les gens sans préjugés ; homme du monde chez les savants, et pédant dans le monde, jacobin chez les aristocrates, et chez les démocrates un noble, un homme de l’Ancien Régime, etc. Je ne suis nulle part de mise, je suis partout étranger – je voudrais trop étreindre, tout m’échappe. Je suis malheureux… Puisque ce soir la place n’est pas encore prise, permettez-moi d’aller me jeter la tête la première dans la rivière…»

Berlin

 

Après un passage par les Flandres, la Hollande, ensuite l’Allemagne avec Düsseldorf, Wurtzbourg, Bayreuth,... Voici les Chamisso à Berlin. À partir de 1793, Louis Charles y vit modestement avec sa mère Marie-Anne, née Gargam, et ses six frères et sœur. Les revenus sont minces, aussi la plupart des enfants Chamisso sont-ils employés à la Fabrique royale de porcelaine comme miniaturistes, ce qui permet à la famille de subvenir à ses besoins. Contrairement à ses frères et sœur, Louis Charles croise la première grande opportunité de son existence : admis comme page auprès de la reine Frédérique Louise de Hesse Darmstadt, il entre à son service en 1796.

Schauspielhaus am Gendarmenmarkt in Berlin

Il entre au lycée français de Berlin, et en devenant un membre de la Cour, le jeune Chamisso intègre plusieurs cercles, dont d’aucuns lui ouvriront les portes des salons berlinois.

Puis, Chamisso n'a pas d'autre choix que d'entrer dans l’armée prussienne en 1798

Rahel (Levin) Varnhagen_von_Ense

L'allemand est pour lui la langue de l’écrit, alors que le français – qu’il écrit mal – reste la langue dans laquelle il pense, compte et rêve. Pendant qu’il est en garnison à Berlin, il commence aussi à fréquenter les salons littéraires juifs berlinois et notamment le plus célèbre, celui de Rahel Lewin, future femme de son ami August Varnhagen. La question de l’émancipation, de l’assimilation et de la conversion – qui concernent autant Chamisso, bien que non juif, pour d’autres raisons – tourmente au plus haut point Rahel Varnhagen...

 

Mauerstraße, où Rahel levin avait son salon

En décembre 1806, il est à Paris, d’où il écrit encore à Varnhagen : « Je hais la France, et l’Allemagne n’est plus et pas encore. »

 

Il retourne donc à Berlin, sous occupation française. Ses amis allemands sont tous devenus patriotes, animés par un esprit de revanche, le cosmopolitisme est suspect, on lui montre partout une certaine mauvaise humeur critique, on lui reproche son caractère abrupt et taciturne, sa tabagie. Les années 1808-1809 sont pour Chamisso des années difficiles. En octobre 1808, il écrit à Fouqué : « Au demeurant, le monde m’est de toutes parts fermé comme avec des planches clouées, et je ne sais ni d’où partir ni où aller. »

A suivre …

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L'homme qui a perdu son ombre... l’histoire de Peter Schlemihl -1/.-

Publié le par Perceval

Adelbert von Chamisso (1781-1838)

Peter Schlemihl, un jeune homme sans fortune – qui débarque d'on ne sait d'où – est à la recherche d'un emploi... Il se présente chez un riche, Monsieur John, avec une lettre de recommandation... Il est reçu, alors que son hôte reçoit des invités... Il est invité à se joindre à la compagnie...

Il s’aperçoit que chaque fois que quelqu’un exprime un désir, un étrange personnage vêtu de gris sort de sa poche et présente l’objet de ce désir. C’est d’abord un pansement, ensuite une longue vue, ensuite un tapis de plus de cent mètres carrés, puis une tente de même surface avec tous ses accessoires, enfin trois chevaux tout sellés pour la monte.

Pris d’inquiétude, Peter quitte discrètement la compagnie pour tomber, au détour d’une allée, sur ''l’homme en gris'', qui lui dit ceci : « Pendant le court moment que j’ai eu le bonheur de passer près de vous, j’ai plusieurs fois – permettez-moi de vous le dire, monsieur – réellement contemplé avec une indicible admiration l’ombre si belle, si belle que vous projetez au soleil, avec –une sorte de noble dédain, sans y faire attention – oui, cette ombre superbe que voilà à vos pieds. Pardonnez-moi une proposition téméraire sans doute. Répugneriez-vous à me céder cette ombre ?»

 

Parmi les huit merveilles qu’il lui propose en échange, l’homme en gris cite la bourse inépuisable que l'on appelle ''La bourse de Fortunatus '' … Elle permet à son propriétaire d'en tirer des pièces d'or à volonté... Il accepte. L'homme en gris s'éclipse ensuite, en indiquant qu'il retrouvera le jeune homme un an plus tard, jour pour jour....

 

La bourse de Fortunatus est aussi le nom donné à un objet mathématique, similaire au ruban de Möbius mais avec une dimension supplémentaire (ce qui le rend impossible à fabriquer dans notre monde à trois dimensions). Tout comme le ruban de Möbius n'a qu'une face, les faces externe et interne de la bourse de Fortunatus sont confondues (on peut passer de l'une à l'autre sans franchir de bord), ou selon une interprétation plus symbolique, le monde au-dehors de la bourse étant aussi au-dedans, celle-ci contient le monde entier.

 

 

C’est dans les yeux des autres qu’il va s’apercevoir très rapidement de ce qu’il a perdu.

 

Cette nuit- là, Peter Schlemihl en s’endormant sur l’or puisé dans sa bourse, fait un rêve où il voit Chamisso, assis à sa table de travail, mort... !

Je dois préciser que le narrateur est Peter, lui-même, qui écrit à son ami Chamiso ( l'auteur, donc …)

 

Schlemihl, devenu fabuleusement riche, s'aperçoit que le fait de ne plus avoir d'ombre l'isole irrémédiablement de la communauté des hommes, qui éprouvent un violent dégoût vis-à-vis de celui qui est affligé d'une telle infirmité.

Il finit par quitter la ville en compagnie de son domestique Bendel ( serviteur honnête et entièrement dévoué à son maître et qui va être le seul à connaître son secret) et quelques autres dont le coquin Rascal qui fera courir le bruit que Schlemihl est le roi lui-même voyageant incognito. « J’étais flatté, fût-ce dans ces conditions, d’avoir été pris pour le souverain révéré. »

 

Schlemihl va essayer d’organiser sa nouvelle vie. Les dispendieuses largesses de Schlemihl lui gagnent le cœur d'une population à qui il s'est bien gardé de révéler son secret : ne sortant qu'à la nuit tombée, il donne chez lui de somptueuses réceptions...

Il quitte une femme (Fanny) dans les yeux de laquelle il a lu l’horreur devant l’absence d’ombre... Cependant, il tombe amoureux de Mina, la fille d'un notable local.... Elle « éclipse les autres femmes comme le soleil éclipse les astres de la nuit », et grâce à elle « la majesté, l’innocence et la grâce, unies à la beauté », règnent. Il se propose de l'épouser, dès lors qu'il aura revu l'homme en gris et qu'il lui aura racheté son ombre.

 

Une journée avant la date fatidique ( un an s'est passé …).. Rascal quitte avec fracas le service de son maître, dont il fait mine d'avoir récemment découvert ''le secret'', qu'il se hâte de répandre dans toute la ville.

Le père de Mina refuse de donner la main de sa fille à un homme dépourvu d'ombre, et chasse le jeune homme.

Schlemihl retrouve, donc, l'homme en gris... Mais, celui-ci ne lui rendra son ombre qu'en échange de la signature d'un contrat au libellé lapidaire :

« Je soussigné lègue au porteur du présent mon âme après sa séparation naturelle de mon corps. » Comprenant alors à qui il a affaire, Schlemihl refuse.

Le Diable lui montre alors ce qui se passe au même moment chez les parents de Mina : ceux-ci sont en train de négocier la main de leur fille à Rascal, qui s'est considérablement enrichi en volant consciencieusement son maître durant le temps qu'il le servait. Schlemihl est au désespoir, mais il résiste et ne signe toujours pas : la jeune fille est donc mariée contre son gré avec l'ancien domestique de Schlemihl.

 

Rascal épouse Mina, Bendel emporté par le désir de venger son maître poursuit l’homme en gris...

 

Les habitants, peu reconnaissants envers leur bienfaiteur, refusent de compter parmi eux un homme sans ombre. Schlemihl part seul, après avoir donné, la mort dans l'âme, son congé et beaucoup d'or à son fidèle Bendel.

Le diable apparaît sous différentes formes sans jamais être reconnu d’emblée par Schlemihl qui poursuit une ombre sans maître sur la lande.

 

« Une sueur d’angoisse coulait de mon front, de sourds gémissements déchiraient ma poitrine, la démence grondait en moi », dit Schlemihl.

 

Le Diable suit toujours Schlemihl, et lui propose d'être son serviteur, il lui laissera tout le temps qu'il restera à son service la jouissance de son ombre, en attendant que Schlemihl signe enfin le fameux contrat qui lui ferait échanger son ombre contre son âme, ce qui lui permet de retrouver – un temps - la compagnie de ses semblables.

Pourtant, il résiste... D'autant, qu'il voit ce qu'est devenu Thomas John : un fantôme livide et épouvanté que le diable sort de sa poche... Saisi d'horreur, Schlemihl jette la bourse de Fortunatus ( qui le lie au diable) dans un gouffre. Le Diable disparaît alors..

Peter Schlemihl, a tout perdu, la fortune et son ombre …

A suivre ...

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Rencontres dans le salon de Delphine de Girardin

Publié le par Perceval

La princesse de Belgiojoso - 1832 par Francesco Hayez

Au cours de ces années 1830, c'est le salon de Christine de Belgioso (1808-1871) qui servit à C.-L. De Chateauneuf d’initiation à l'entrée dans le ''monde''.

La ''princesse'' merveilleusement belle, charmait tous ceux qui l'approchaient. Elle a de nombreux amants ; mais peu peuvent revendiquer son amour... Trois hommes cherchent à être ainsi reconnu d'elle : A. de Musset, H. Heine, et Mignet se disputent cette reconnaissance. Finalement, c'est François Mignet historien, le père de sa fille, qui s'impose …

Mais, Christine de Belgioso, n'aurait eu qu'une passion : sa patrie. Contre l'Autriche, elle défend l'unité italienne, et soutient Charles-Albert de Sardaigne ( dynastie des Savoie). De 1848 à 1860, elle deviendra en Italie une héroïne...

 

Son salon, outre ses ''artistes '' proches - le poète allemand Heinrich Heine, le compositeur hongrois Franz Liszt, l'historien François Mignet, le poète Alfred de Musset... - est fréquenté de très nombreuses personnalités...

Le comte d'Apponyi - attaché à l'ambassade d'Autriche à Paris - ironise : « Outre la prétention d'être une seconde Sapho ou Corinne, elle se plaît à prendre la physionomie d'un spectre : elle est blême et blafarde. » et à propos de Musset : Il « se roule sur les canapés, met ses jambes sur la table, se coiffe d'un bonnet dans le salon, fume des cigares. » Rodolphe d'Apponyi, Vingt-cinq ans à Paris (1826-1850).

 

Échappant à l'emprise de la princesse, mais infiniment reconnaissant... Ch.-L. De Chateauneuf réussit à entrer dans un autre salon en vue qui, avec le mariage d'Emile de Girardin avec Delphine Gay, va attirer toutes les gloires littéraires...

Portrait de Delphine de Girardin 1824

Delphine de Girardin (1804-1855) va exercer son influence par son salon régulièrement fréquenté, entre autres, par Théophile Gautier, Honoré de Balzac, Alfred de Musset, Victor Hugo, Laure Junot d'Abrantès, Marceline Desbordes-Valmore, Alphonse de Lamartine, Jules Janin, Jules Sandeau, Franz Liszt, Alexandre Dumas père, George Sand et Fortunée Hamelin...

Delphine Gay, est la fille de Sophie Gay, femme de lettres connue, dans les milieux parisiens de l’Empire, pour ses romans sentimentaux. En juin 1831, Delphine – reconnue pour ses poèmes - et que courtisait Vigny, épouse Emile de Girardin qui va transformer la presse: quotidien bon marché, roman-feuilleton etc …


 

Charles de L'Escalopier, conservateur de la Bibliothèque de l'Arsenal, va faire rencontrer Charles-Louis avec des passionnés de l'histoire médiévale. Ainsi, il va rencontrer l'historien Augustin Thierry, qui est d'ailleurs un fidèle ami de Christine de Belgioso...

L'histoire médiévale va conduire Charles-Louis sur la voie de l'occultisme, qui se fait alors reconnaître, avec la rencontre de Jules de Rovère (1797-1864), puis celle d' Alphonse-Louis Constant (1810-1875)...

Les Belles femmes de Paris

A l'époque où Charles-Louis rencontre Alphonse-Louis Constant, celui-ci quitte le séminaire...

Il n'est pas anodin, d'en expliquer la raison : il vient de rencontrer le féminin... Il a en charge l'éducation religieuse d'une jeune fille, Adèle Allenbach... Il va alors ressentir, selon ses propos, « un besoin impérieux d'aimer ». « Elle fut mon initiatrice à la vie », affirme t-il. Son attachement effraie la fille ; et s'écarte de lui … Il préfère quitter ce qu'il avait construit depuis des années, le sacerdoce...

Il vit alors la ''bohème'' : dans des '' hôtels borgnes ( sans restaurant) garnis ( meublé) '' pour les étudiants, ou les grisettes ; des chambres parfois sans feu, avec la faim pour tenaille … Deux femmes vont l'aider à sortir de là … La première c'est Flora Tristan ; elle vient de fuir son violent de mari, et se bat pour garder ses enfants... Elle va le soutenir et l'inciter à développer ses dons de dessinateur. Il participe aux côtés de Alphonse Esquiros ( rencontré au petit-séminaire) notamment, à une éphémère publication mensuelle, ''Les Belles Femmes de Paris''. Pour sa revue, il parcourt les salons et rencontre Delphine de Girardin... Il soupire alors auprès de son cœur, et c'est elle qui initie le jeune ''abbé'' à l'occultisme …

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Un jeune romantique en ces années 1830 - 2-

Publié le par Perceval

A partir de 1830, certains se désolent que les ''salons'' du type ''Staël'', '' Récamier'', disparaissent ou évoluent en devenant plus ''artiste''. Après les '' lectures '', les hommes '' noirs du haut en bas ''s’adonnent au jeu, « perdant impitoyablement la fortune de leurs femmes » ou de leurs filles qui dansent dans la pièce à côté....

Les artistes considèrent qu'ils forment un monde à part, et comme dit Jal, ont plaisir de montrer aux « heureux de la terre qu’on p[eut] très bien vivre et s’amuser sans eux ». Mieux encore, ce sont désormais les gens du grand monde qui quémandent « le plaisir de venir, au milieu d’un cercle d’artistes, chercher les joies dont leurs salons dorés n’ont plus le secret. »

Mademoiselle Mars - Aimée Perlet 1823

En 1827, la comédienne Mlle Mars a donné un bal masqué, l'élite des arts et de la littérature est présente... Des grands noms de l'aristocratie la sollicite pour y être reçus. Mlle Mars prouve à cette occasion qu’elle peut recevoir avec une grâce, une aisance, une délicatesse d’esprit et un savoir-vivre dignes des grandes hôtesses de salons, le piquant, l’originalité en plus, tout en restant dans le bon ton.

 

Sainte-Beuve confirme l’orientation poétique du salon du XIXe siècle.

Virginie Ancelot (1792–1875)

 

Le salon de Mme Ancelot ( Virginie Ancelot - Chardon (1792-1875)), devient l'un des plus réputés de Paris où succès et notoriété se font et se défont. Balzac, Chateaubriand, Lamartine, Mérimée, Musset, Stendhal, Pierre-Édouard Lémontey, Lacretelle, Alphonse Daudet, Baour-Lormian, Victor Hugo, Sophie Gay et sa fille Delphine de Girardin, Henri de Rochefort-Luçay, Mélanie Waldor, la comédienne Rachel, Jacques Babinet, Juliette Récamier, Anaïs Ségalas, François Guizot, Saint-Simon; Alfred de Musset, Alfred de Vigny, Prosper Mérimée, Eugène Delacroix, et bien d’autres s’y retrouvent régulièrement.

Virginie Ancelot, est écrivain, dramaturge, mémorialiste et peintre.

Cette renommée facilitera l’accession de son mari à l’Académie française, en 1841...

Terminons, dans l'intimité des messieurs en une fin de soirée :

J. Fr. Ancelot, sachant que son épouse lui était fort infidèle, lança à la sortie d’une soirée ; après que l'un dit : « Je vais chez les filles. » et l'autre : « Je vais coucher avec Suzanne, la comédienne. » Ancelot dit : « Moi, je vais faire trente cocus d'un seul coup, je vais coucher avec ma femme. » D'après une lettre de Mérimée à Stendhal ( du 1er décembre 1831)...

C'est vrai que Stendhal eut une ''aventure'' avec Virginie Ancelot... C'est peut-être chez elle, ou dans un autre salon, que Stendhal rencontre Alberthe de Rubempré (1804-1873) en 1828. Elle habite 11, rue Bleue et l'appelle ''azur''... Elle tient salon, vit séparée de son mari et goûte l'occultisme …

Quand Stendhal lui est présenté le 6 février 1829, elle a vingt-cinq ans et a pour amant Eugène Delacroix. Hélas, le peintre est de santé médiocre. Il fatigue vite …

Elle parle de son « joli con », et rit beaucoup de l'embarras de son auditoire. Le 21 juin elle couche avec Stendhal qui se révèle un amant exceptionnel, et le clame dans son salon où se pressent Mareste, Mérimée, Delacroix, Gonssolin, Lingay, Sutton Sharpe et les autres... Delacroix menace de se pendre...

Un mois plus tard elle ferme sa chambre à l'écrivain... Il le regrette amèrement... Il reprendra son caractère pour le personnage de Mathilde de la Mole.

 

Si le jeune Charles-Louis de Villeneuve, fréquente les salons, au risque d'en oublier ses mathématiques ; ses nouvelles relations vont lui permettre de retrouver sa quête.... Le graal pouvant prendre diverses formes; il est temps pour le jeune homme d'être initié à la rencontre physique du féminin...

Le discours romantique, fait de l'amour une expérience mystique... On est "éperdu d'amour", les coeurs "saignent".. La jeune fille est un ange de pureté et de virginité ; aussi entre la femme et l'homme, la parole pourrait devenir scandaleuse ; on parle d'aveu, de souffrance … On se frôle, on rougit, on se tait et on se regarde …

A, ce qui pour un homme est ressenti comme une frustration ; on va se réfugier vers l’accueil maternel d'une Mme de Rénal (Le Rouge et le Noir) ou d'une Mme de Mortsauf (Le Lys dans la vallée)... Le jeune homme délègue à cette femme son éducation sentimentale et sexuelle...

Pourtant, à lire Flaubert ( sa vie et son œuvre) on y voit la coexistence de postures angéliques du romantisme et des pratiques masculines qui se caractérisent par les exploits de bordel.

En même temps, le jeune homme identifie la jeune fille à la pureté et fait sa cour selon le rituel classique, et il connaît des expériences sexuelles multiples avec des prostituées, des cousettes (les ouvrières à l'aiguille dans les grandes villes) ou grisettes, jeune fille facile et fraîche qu'on abandonnera pour épouser l'héritière de bonne famille. ( Alain Corbin)

Ceci est le résultat d'une éducation virile : force, bravoure, pour dominer... On valorise le membre viril, et le droit d’accès aux femmes … !

 

Charles-Louis de Villeneuve rencontre dans un salon, son initiatrice...

Angélique-Félicité Bosio, marquise de la Carte

Anaïs Bosio (1808-1871) épouse à 14 ans, le comte de La Carte. Réputée pour être une jeune femme aux fantaisies nombreuses et variées, dotée d'un esprit de conversation aigu, elle tient salon dans son appartement parisien.

En 1828, elle devient la maîtresse d'Alfred de Musset. Infidèle et amour déçu de Musset, leur relation prenant fin en 1829, elle serait le personnage de la maîtresse dans son roman Confession d'un enfant du siècle.

Elle devient la maîtresse de Jules Janin, avec qui, à partir de 1833, elle vit maritalement durant plusieurs années au no 8 de la rue de Tournon et avec qui elle a une fille, Julie, que Janin reconnaît. Ils se séparent en 1838. ( Wiki)

Pour raconter cette expérience ; voici le témoignage d'Arsème Houssaye (1814-1896) - ( extrait de ses souvenirs de jeunesse) :

« La marquise de Lacarte était chez Janin un luxe qui le ruinait, mais il n'avait pas le courage de briser. Elle était si belle, d'ailleurs, cette fille du baron Bosio, que c'eût été chasser de la maison l'œuvre d'art la plus parfaite. La voir, c'était le plaisir des yeux, même pour Janin, dont ce n'était plus le plaisir du cœur. 

(...)

Cabinet de bain XIXe - Château de Chamerolles

« Quelques jours après, comme j'étais retourné chez Jules Janin, je me trompai de porte, et je tombai comme un aérolithe dans la chambre à coucher de madame de Lacarte. Elle descendait dans sa baignoire. Suzanne la chaste se fût jetée à l'eau jusqu'aux cheveux, mais la marquise me dit avec son beau sourire

- Ah c'est vous? Donnez-vous la peine d'entrer; vous allez me tenir compagnie pendant une demi-heure.

- Je suis bien heureux, madame,.de m'être trompé de porte.

Et nous voilà en gaie causerie. La marquise était couchée dans sa baignoire, non pas vêtue de l'air du temps, mais de l'eau qu'elle agitait de sa main blanche naturellement, je ne regardais pas de l'autre côté. Elle était charmante en naïade, avec ses cheveux opulents qui la voilaient à demi.

Tout à coup, la marquise me dit d'un air malin

- Je vous avertis que je vais sortir du bain.

Et, souriant d'un sourire attractif qui me retint, car je m'en allais comme un Champenois

- Donnez-moi la main.

Je vis alors la plus belle statue du baron Bosio. .. Honni soit qui mal y pense la marquise était vêtue de ses cheveux et de sa pudeur et de mon amour de l'art... »

A suivre ...

<- La Nymphe Salmacis 1826 de J.F. Bosio (1768-1845)

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Un jeune romantique en ces années 1830 - 1-

Publié le par Perceval

Charles-Louis de Chateauneuf (1816-...), après avoir échoué à l'entrée de l’École Polytechnique, profite de cette infortune pour affirmer son goût pour la littérature ( selon le sens général de l'époque …) et aborder enfin sa ''quête'' qui passe par la connaissance du Moyen-âge...

Rompant avec les projets de sa famille, et une partie de leur soutien financier; il va avoir l'opportunité de trouver une place de secrétaire chez l'historien Augustin Thierry (1795-1856)...

Je vais vous expliquer comment cela s'est passé...

  • Comment Ch.-L. De Villeneuve est devenu romantique et libéral...

  • Comment il fréquente les ''salons'' ...

Son intérêt pour l'histoire et Walter Scott, lui a fait suivre les articles du jeune Sainte-Beuve ( 1804-1869) chargé de la critique des ouvrages historiques, dans '' Le Globe''... C'est ainsi que Charles-Louis va devenir aussi un admirateur de Victor-Hugo (1802-1885)..

Sainte-Beuve, dans la revue, décrit un un groupe de personnes, qui depuis le salon de l'Arsenal, constitue ce que l'on va appeler '' le Cénacle '' et qui autour de Victor-Hugo constitue l'Ecole romantique …

Ces ''enfants du siècle '' ( Musset) – qui n'ont connu ni la Révolution, ni l'Empire - exprime un goût vers le lointain passé. Pour la plupart, leurs positions sont aristocratiques, et ils s'affichent en tant que royalistes... Je pense au '' Génie du Christianisme '' et Fr.-R de Chateaubriand : en 1814, Chateaubriand entra en politique en publiant, le 5 avril 1814, un pamphlet daté du 30 mars, intitulé De Bonaparte et des Bourbons et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes pour le bonheur de la France et celui de

l’Europe.).

 

Puis, Victor Hugo ce « véritable poète du parti ultra » (Stendhal) qui a publié une ode au sacre de Charles X; affirme an 1830 : « le romantisme, tant de fois mal défini, n’est, à tout prendre, et c’est là sa définition réelle, que le libéralisme en littérature ».

Comment en est-on arrivé là ? Ce fut une véritable guerre : les romantiques étaient royalistes, et les classiques libéraux ; ceux qui prêchaient la liberté dans l'art étaient absolutistes en politique, et par contre les libéraux ne voulaient pas souffrir la moindre émancipation dans le domaine littéraire.

Ainsi, la poésie est devenue royaliste et catholique en même temps que romantique.

Le théâtre, va devenir le lieu de l'unité entre les deux courants, contre les ''ultra''.

Dans la préface de « Cromwell » (1827), Victor Hugo écrit un manifeste qui sera le fondement de la théorie du romantisme.

Victor Hugo - 1836

 

En 1829, la censure refuse « Marion Delorme », drame romantique que le poète voulait mettre en scène. Hugo proteste, rencontre Charles X... En vain

A l’occasion des Trois Glorieuses de 1830, et du naufrage de Charles X, Victor Hugo abandonne le parti légitimiste et se rallie aux Orléans qu’incarne Louis-Philippe. 

 

Les ''enfants du siècle '' vivent leurs passions, à partir des salons... Au cœur de ces rencontres mondaines, l'activité fort appréciée de cette société des élites, est '' la lecture ''

« On s'occupe de psychologie, d'art et d'archéologie aussi bien que de littérature. On discute sur le gothique et les cathédrales, sur la peinture anglaise et les vitraux de Westminster, sur la femme et l’amour... On organise des lectures. » Chronologie du romantisme (1804-1830) / René Bray,...

Pas de soirée réussie sans la récitation de quelque poème par un auteur à la mode.

« Dans les salons, au milieu d’une assemblée non officiellement poétique, si deux ou trois poètes se rencontrent par hasard, oh ! la bonne fortune ! vite un échantillon de ces fameuses soirées ! le proverbe ne viendra que plus tard, la contredanse est suspendue, c’est la maîtresse de maison qui vous prie, et déjà tout un cercle de femmes élégantes vous écoute. » Sainte-Beuve, « Des soirées littéraires ou Les Poètes entre eux », 1832.

Tony Johannot (1803-1852). Soirée d'artiste 1831

Les ''grandes maisons'' proposent leur jour, où la maîtresse de maison reçoit... On y est expressément invité le premier soir, avant de devenir un habitué... Les soirs de « petit cercle », un dîner est servi à dix heures... Les soirées se terminent entre intimes …

Charles Nodier 1780-1844

Auguste Jal (1795-1873), écrivain, archiviste et historien français, présente l’Arsenal comme un lieu sans prétention : « le sans-façon est vrai », le « bon goût dépouillé de toute manière » ; on savoure « liberté et retenue » dans « ces soirées où se rencontrent toutes les nuances d’opinions politiques, littéraires et d’arts »

En pleine bataille romantique, Jal, nous raconte : « On rencontre des adversaires chez Nodier, jamais d’ennemis ; les partis y conservent leur force de raison, ils abdiquent, en y entrant, leur aigreur et la violence de leur logique ». Même au plus fort de la bataille entre romantiques et classiques, « les soirées de l’Arsenal ont été remarquables par l’union qui n’a pas cessé d’exister entre tous les visiteurs de cette maison ; et cependant se trouvaient en présence […] Victor Hugo et Ancelot, Alexandre Dumas et Alexandre Duval, Lamartine et Auger, Delacroix et Alaux le Romain » : ce témoignage insiste sur la disparité idéologique des membres de l’Arsenal qui, loin d’être un cénacle univoque, une école, est une tribune, mais une tribune pacifique. Le maître de maison, par ses talents de conciliateur, son humour qui désamorce l’agressivité, est le principal artisan de cette réussite.

A.Devéria – Marie Nodier - Vers 1829

 

A. Jal note que l’Arsenal doit aussi beaucoup aux hôtesses (l’épouse de Nodier, la sœur de celle-ci, Mme de Tercy, la fille de Nodier, Marie Ménessier) : « Ces trois femmes, pleines de naturel, d’esprit et d’amabilité » reçoivent les hôtes. Les activités sont régies par une division sexuée. Le salon de Nodier est de ceux où l’on joue et le maître de maison passionné de cartes, préside au jeu d’écarté et aux lectures poétiques, dans lesquelles Hugo et Lamartine prennent souvent la parole, lectures qui occupent « les quatre dernières heures de la journée de chaque dimanche », tandis que la danse est conduite par les gracieuses hôtesses. Mais leur rôle ne se limite pas à une fonction protocolaire et décorative : Jal témoigne du plaisir que les invités ont à voir éclore le talent de la jeune Marie Ménessier, poétesse et musicienne.

 

« La maison de Nodier était fort animée, et les réunions pleines de gaieté je n'ai vu nulle part autant d'entrain. Les peintres, les poètes, les musiciens, qui faisaient le fond de la société, étaient laissés à toutes leurs excentricités particulières, et remplissaient le salon de paroles vives et retentissantes. On chantait, on dansait, on jouait, on disait des vers. Tout cela était plein de vie; madame Nodier était aimable de bonté. Sa fille unique l'était avec son esprit, qui tenait de celui de son père, avec ses talents agréables et avec ses quinze ans. C'était une existence qui s'épanouissait parée de mille enchantements.

Marie Mennessier-Nodier 1811-1893

Peu de jeunes filles ont eu, autant que mademoiselle Marie Nodier, cette verve joyeuse qui semble dire : Je suis heureuse de vivre! On s'amusait donc beaucoup chez Nodier, car une réunion s'empreint naturellement des dispositions d'esprit de la femme qui la préside, et la toute charmante fille de Nodier remplissait de joie le salon de son père elle y avait ses amies, comme elle à la fleur de l'âge. Des poètes, des musiciens, des peintres aussi jeunes et joyeux, les faisaient danser, et tout cela était sous le charme de l'espérance la gloire leur apparaissait rayonnante, ils la voyaient de loin Et ce qui mettait le comble à l'insouciance, à l’enthousiasme et à l'exaltation, c'est que toute cette jeunesse, heureuse d'espérer, ne pensait pas le moins du monde à l'argent. C'était encore le temps où l'on n'y pensait guère chez les artistes et chez les écrivains. Il y en avait qui étaient arrivés à leur âge mur, d'autres à la vieillesse, sans y avoir jamais songé; on le leur reprochait et ils en riaient, car ils étaient heureux d'une vie modeste dont le luxe était le succès de leurs ouvrages et la joie le plaisir du travail. » de Mme Ancelot, Les Salons de Paris,

Dans les années 1830, l'Arsenal est un cénacle romantique en vue où se croisent poètes, peintres et musiciens. On reconnaît debout, à gauche, légèrement penché, Charles Nodier, homme de lettres et bibliothécaire à l'Arsenal depuis 1824. À la table de jeu sont représentés Alfred Johannot, Frédéric Soulié et Jules Janin, et dans l'angle de droite, près d'une jeune femme, Paul Foucher. Tony Johannot était un habitué du salon de l'Arsenal. Tous les dimanches soirs, la première génération des romantiques se réunissait chez Nodier : Hugo, Lamartine, Dumas, Musset, Vigny, Gautier, Balzac, Nerval, Delacroix, Devéria, Tony Johannot…

Dans les années 1830, l'Arsenal est un cénacle romantique en vue où se croisent poètes, peintres et musiciens. On reconnaît debout, à gauche, légèrement penché, Charles Nodier, homme de lettres et bibliothécaire à l'Arsenal depuis 1824. À la table de jeu sont représentés Alfred Johannot, Frédéric Soulié et Jules Janin, et dans l'angle de droite, près d'une jeune femme, Paul Foucher. Tony Johannot était un habitué du salon de l'Arsenal. Tous les dimanches soirs, la première génération des romantiques se réunissait chez Nodier : Hugo, Lamartine, Dumas, Musset, Vigny, Gautier, Balzac, Nerval, Delacroix, Devéria, Tony Johannot…

Soirée d'artiste - Tony Johannot (1803-1852), dessinateur, 1831. BnF, bibliothèque de l’Arsenal, 4-EST-SUPPL-22-© Bibliothèque nationale de France

Alexis-Félix Arvers ( 1806-1850), poète, fréquentait les soirées organisées par Charles Nodier, il est connu pour le sonnet ci-dessous : timide, il se serait consumé pour une femme mariée bien mystérieuse, que les critiques désignent en général comme Marie Mennessier...

Mes heures perdues

« Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.

Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas.

À l’austère devoir, pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle
“Quelle est donc cette femme ?” et ne comprendra pas. »

A suivre ...

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