Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

litterature

L'Aventure au temps de la Quête du Graal -1/2-

Publié le par Perceval

Que faut-il comprendre quand on dit que la Quête est une ''aventure'' … ?

 

Le mot « aventure » est un terme technique essentiel du vocabulaire poétique médiéval.

 

Le terme '' aventure '', par lequel le chevalier définit l'objet de sa quête - et ce faisant, il se définit lui-même :

 

« .. Je suis, dit-il, un chevalier en quête

de ce qu'il ne peut trouver;

car je cherche et rien ne trouve.

- Et que voudrais-tu trouver ?

- Aventurer pour éprouver ma prouesse et ma hardiesse.

Donc je te prie, te demande et t'implore,

si tu le sais,

de me conseiller une aventure ou une merveille.

- De cela, dit-il, tu te passeras : je ne sais rien de l'aventure et jamais je n'en ai entendu parler. »

Le chevalier au Lion - (Yvain, v. 358-369)

Le terme ' aventure ' a à faire avec ''la merveille'' ( ou d’aventure ou de mervoille ) et qu'il devra servir de preuve pour le courage d'Yvain.

Cependant on ne saurait comprendre la subtilité sémantique de ce passage si l'on ne se rappelle pas qu'en ancien français le verbe ''trover'' ne signifie pas simplement '' trouver '' ..( …) à l'origine c'était un terme technique du vocabulaire poétologique roman, qui voulait dire " composer de la poésie " et les poètes s'appelaient eux-mêmes trobadors en langue d'oc, trouvères en langue d'oil ou ou trovatori en italien.

Yvain, qui cherche ce qu'il ne peut trouver, pourrait être alors une évocation voilée de Chrétien de Troyes qui '' trouve '' l'argument de son poème: l'aventure du chevalier est l'aventure même du poète.

 

L'aventure est pour le chevalier autant rencontre avec le monde que rencontre avec lui-même et, de ce fait, source de désir et d'effroi.

Dans un lai de Marie de France, le protagoniste, après avoir rencontré la femme aimée, rentre chez lui en proie à un si grand trouble qu'il doute de lui et de ce qu'il a vu:

« Il pensait à son aventure

et doutant en son cœur

il est saisi d'effroi, ne sait que croire

et il ne lui paraît pas qu'elle soit vraie. »

(Lai de Lanval, v. 197 -2O0)

Toutefois, plus étrange et risquée est l’aventure, plus elle est désirable :

« Mais plus grande est la merveille

et plus risquée l'aventure,

plus il la désire et plus elle l'attire. »

(Érec et Enide, v. 5 644-5 646)

 

L'Aventure dans les romans de chevalerie désigne autant le hasard que le destin, autant l'événement inattendu qui met le chevalier à l'épreuve qu'un enchaînement de faits qui se vérifieront nécessairement.

« L'aventure qui doit être

il ne peut se faire qu'elle ne soit,

et ce qui doit arriver

pour rien au monde ne peut manquer. »

(Roman de Rou, v. 5609-5612)

 

Sources : Textes extraits de '' L'aventure – de Giorgio Agamben '' Rivages Poche

Voir les commentaires

La littérature médiévale sur le Graal en suivant la chronologie...

Publié le par Perceval

1009 : Destruction du Saint-Sépulcre par le calife fatimide al-Hakim.

1031 : Disparition du califat de Cordoue. La prise de Tolède en 1085 et celle de Huesca en 1096 ; annoncent la ''Reconquista '' en Espagne... Depuis le début du IXe siècle, les musulmans occupent la péninsule ibérique..

1095 : L’empereur byzantin Alexis Ier Comnène demande de l’aide au pape Urbain II ; celui-ci prêche au concile de Clermont la première croisade. 1099 : Prise de Jérusalem par les croisés.

1120 : Fondation de l’ordre militaire des Templiers.1122 Suger, abbé de Saint-Denis ; et 1137 règne de Louis VII.

1135 :Historia Regum Britanniae de Goeffroy de Monmouth

Premier portrait d’Arthur, Historia Regnum Britanniae, Geoffroy de Monmouth, milieu du XIIème siècle, copié à l’abbaye du Mont Saint-Michel, BnF (MS latin 8501, f.108v)Geoffroy de Monmouth (vers 1100 - 1155), est un évêque et historien anglo-normand au service du roi Henri 1er d'Angleterre, écrivant en langue latine et familier du monastère de Glastonbury.

« Histoire des rois de Bretagne ») est une œuvre rédigée en latin entre 1135 et 1138

On y trouve la première apparition de personnages marquants tels que Merlin ou Uther Pendragon. 

L’œuvre eut un grand succès au Moyen Âge. Elle marque la naissance littéraire de la matière de Bretagne et a une influence déterminante sur la légende arthurienne. Une adaptation en français est faite par le trouvère normand Wace en 1155 titrée Le roman de Brut.

Il n’est pas encore question du Graal, mais les fondements de la légende arthurienne prennent forme. Les légendes celtiques, le merveilleux et l’idéal chevaleresque permettent de donner à Arthur une grandeur comparable à celle de Charlemagne et donne à la dynastie des Plantagenêt une ascendance glorieuse.

1148-1149 : Deuxième croisade.

1155 : Mécénat d’Aliénor d’Aquitaine et de ses filles – André le Chapelain, De amore ; essor de la fin’amor – Troubadours de la 2e génération, Bernard de Ventadour

1155 :Roman de Brut de Wace

Wace (1100-1180) est un poète normand.

Le Roman de Brut, ou Brut, est une histoire légendaire de l’Angleterre de 14 866 vers rédigée en anglo-normand par Wace. Probablement commencé vers 1150, le Roman de Brut est achevé en 1155.

Wace traduit et adapte librement en anglo-normand l’oeuvre de Geoffroy de Monmouth. Il invente notamment la Table Ronde. Ce roman dédié à la reine d’Angleterre Aliénor d'Aquitaine relate l’histoire de l’ancêtre supposé du roi Henri II Plantagenêt, Brut, qui aurait lui-même eu pour aïeux Brutus, premier roi d’Angleterre, et Énée.

1180 : règne de Philippe Auguste.

1180 :Le Conte du Graal de Chrétien de Troyes

Dans ses cinq romans de chevalerie, Chrétien de Troyes développe la légende arthurienne et la « matière de Bretagne ». Il donne notamment une unité au cadre arthurien en fixant un ensemble de personnages clés dans lesquels puiseront ses continuateurs.

1187 : prise de Jérusalem, par Saladin.

1189-1192 : Troisième croisade.

1192 : Victoire de Richard Cœur de Lion contre les troupes de Saladin à Jaffa. Trêve …

1190-1200... : Première Continuation de Perceval ou Continuation Gauvain : Œuvre du pseudo-Wauchier de Denain

Ecrivain français de langue d'oïl et traducteur actif au début du XIIIe siècle.

Cette Première Continuation suit les aventures de Gauvain en oubliant à peu près totalement (du moins pour la plus ancienne version) le personnage de Perceval. C’est au tour de Gauvain de se rendre, et d’échouer, au Château du Roi Pêcheur. Cependant, les modifications du texte de Chrétien sont nombreuses. On ne peut plus à proprement parler de cortège, le Roi Pêcheur n’est plus mehaigné, et le Graal se déplace tout seul. Il se rapproche d’ailleurs dans cette version des chaudrons d’abondance du folklore celtique. Si la Lance qui saigne est christianisée par son assimilation à la lance de Longin, il n’en va pas de même pour tous les motifs de cette scène qui reste très largement mystérieuse, voire angoissante.

 la Première Continuation ne clôt pas l’histoire du Graal. Gauvain échoue devant une épreuve préalable qui consiste à ressouder l’épée brisée et il s’endort alors que le roi allait lui révéler les ravages occasionnés par le « coup douloureux » portés par cette épée.

1204 : Parzifal de Wolfram von Eschenbach.

Un roman du Graal allemand qui s’inspire assez précisément du Conte du Graal de Chrétien de Troyes et également de sources indo-européennes...

1205-1210 :Deuxième Continuation ou Continuation Perceval ; Oeuvre de, ou rédigée sous l’autorité de Wauchier de Denain.

Wauchier de Denain, un clerc, traducteur par ailleurs d’ouvrages religieux en prose, a pour mécène le comte et la comtesse de Flandre, de la famille de Philippe de Flandre, le commanditaire du Conte du Graal.

Cette continuation se clôt après la tentative de Perceval de ressouder l’épée brisée. Tentative presque réussie, mais pas tout à fait puisqu’il reste une petite fêlure sur la lame. Or Perceval a posé les questions du Graal et de la Lance et rien ne s’est produit : la prouesse attendue de la part du héros du Graal est donc renouvelée. L’histoire n’est pas menée à son terme.

Cette oeuvre par contre, se recentre sur Perceval et se rapproche, en ce qui concerne le Graal, du texte de Chrétien : il y a à nouveau une procession, le Roi Pêcheur ne se déplace plus. La voie est ouverte vers une christianisation du Graal, et ce par divers épisodes, comme l’enfant dans l’arbre. Christianisation que l’oeuvre de Robert de Boron fixera...

1200-1210 : Le Roman de l’Histoire du Graal de Robert de Boron. ( il a eu connaissance des deux premières continuations)

L’oeuvre de Robert de Boron est conçue comme un roman en vers en trois parties : l’Histoire du Graal, le Merlin et le Perceval. Mais si nous avons conservé le Roman de l’histoire du Graal, il ne reste du Merlin en vers qu’un fragment et son Perceval en vers est perdu.

Cette oeuvre marque une étape décisive dans l’évolution médiévale du mythe du Graal. Son oeuvre, qui s’appuie sur Chrétien de Troyes et Wace (pour le personnage de Merlin notamment) se veut une christianisation : Merlin devient un « sergent » de Dieu et le Graal est relié aux Evangiles Apocryphes grâce auxquelles il devient une relique : le plat de la dernière Cène et le récipient dans lequel Joseph d’Arimathie a recueilli le sang du Christ.

1210 : Mises en proses des romans en vers de Robert de Boron : Merlin et Perceval, dont il nous reste deux manuscrits : le Didot-Perceval et le Perceval de Modène.

Le Graal est christianisé, conformément à l’Histoire du Saint Graal en vers de Robert de Boron. Le héros est Perceval, conformément au Conte du Graal de Chrétien, auquel il est d’ailleurs fait plusieurs fois référence, de façon explicite ou implicite, lorsque certaines aventures évoquent précisément celles du Perceval de Chrétien. On retrouve également un certain nombre de motifs issus des deux premières Continuations.

Le motif de la question à poser demeure, de même que l’échec de Perceval lors de sa première visite au Château du Roi Pêcheur. Le personnage de Gauvain par contre, disparaît totalement, et certaines de ses aventures sont désormais attribuées à Perceval, comme le tournoi contre Mélian de Lis.

Ces mises en prose sont importantes dans le devenir de la littérature arthurienne et du Graal. La prose en effet servait auparavant pour la traduction et le commentaire des textes sacrés. Désormais, le Graal est valorisé et en quelque sorte authentifié. Le lien entre le Graal et la prose est si étroit que, hormis les deux dernières Continuations du Conte du Graal, toujours en vers, les autres oeuvres traitant du Graal sont désormais en prose.

1204 : Les croisés saccagent Constantinople et fondent l’Empire latin.

1209-1229 : Croisade contre les Albigeois dans le sud de la France.

1215 : Quatrième concile de Latran. ( Lutte contre les hérésies : canon 21 relatif à la confession ...) et définit le concept de la transsubstantiation : «  il identifie le sang et le corps du Christ réellement contenus dans le vin et le pain lors de la communion chrétienne. ». Le Graal est identifié au calice pendant la 'consécration' lors de la messe.

1190-1250 : Perlesvaus, Li Haut Livre du Graal. Anonyme, en ancien français

On ignore l’auteur et la date de cette oeuvre. Il est certain qu’elle a été écrite après le Conte du Graal et le Perceval de Robert de Boron auxquelles elle emprunte des éléments, mais on ne sait pas si elle se situe avant ou après le cycle du Lancelot-Graal.

Un roman qui fait suite au Conte du Graal. En effet, il s’ouvre alors que Perceval (qui se nomme dans l’oeuvre Perlesvaus, puis Par-lui-fait, puis Perceval) vient d’échouer au château du Roi Pêcheur. Nous suivons d’abord l’itinéraire de Gauvain, à la recherche du « bon chevalier » Perlesvaus, puis nous retrouvons ce dernier. La structure est donc inverse par rapport à celle de Chrétien. Un points intéressant : la violence du récit. A la différence de la Quête du Graal, l’oeuvre ne renie pas la chevalerie terrestre, mais est au contraire, un appel à la croisade, dans son opposition systématique entre l’Ancienne Loi, la Nouvelle, et la religion des sarrazins.

1217-1229 : Cinquième croisade.

1219 (Août) : Saint François d’Assise prêche auprès des croisés et du sultan.

1215-1235: Le cycle du Lancelot-Graal, avec notamment la Quête du Saint Graal

Le cycle du Lancelot-Graal est un grand ensemble élaboré en cinq parties, dont l’ordre de composition est le suivant : Lancelot, la Quête du Saint Graal, la Mort le roi Artu, auxquelles viennent s’ajouter une Histoire du Saint Graal et une Histoire de Merlin qui ne sont pas celles de Robert de Boron.

Ces récits ayant été composés par des auteurs différents, la variété d'esprit, d'inspiration et de mode d'écriture prévaut sur l'unité.

La Quête du Saint Graal se consacre exclusivement à l’objet mythique. Son apparition lors de la Pentecôte dès les premières pages du roman lance l’ensemble des chevaliers de la Table Ronde sur sa quête. On y retrouve Gauvain, mais ce dernier, symbole même d’une chevalerie trop terrienne, échoue. Lancelot, marqué par le péché et la faute que représente son amour pour Guenièvre ne peut que très rapidement apercevoir le Graal, après sa conversion, tandis que Perceval, Bohort et Galaad seuls parviennent au Graal dont Galaad découvre les ultimes secrets.

Tout en conservant le héros initial de la quête, Perceval, c’est désormais Galaad, fils de Lancelot et de la fille du Roi Pêcheur, chevalier vraiment pur à la « semblance » du Christ qui devient le héros du Graal.

Ce cycle a été l'une des plus importantes sources du Morte d'Arthur de Thomas Malory.

1230: Troisième Continuation, œuvre de Manessier. La Commanditaire est Jeanne, comtesse de Flandre et de Hainaut († 1244). Elle est la fille aînée de l'empereur Baudouin de Constantinople et de Marie de Champagne( fille d'Aliénor d'Aquitaine)

La rédaction du cycle du Conte du Graal est fortement liée à la famille comtale de Flandre. Chrétien de Troyes écrivait sous la protection de l'oncle de Jeanne, Philippe de Flandre. Manessier, auteur de la Troisième continuation, a dédié son œuvre à la comtesse Jeanne. Il est vraisemblable que son prédécesseur Wauchier de Denain, auteur de la Seconde continuation ait également fait partie de son entourage, sans qu'on puisse démontrer de manière certaine que l'ouvrage fut écrit pour elle.

Cette continuation s’enchaîne à la Deuxième Continuation, restée inachevée...

Manessier trouve un achèvement aux aventures du Graal. L’épée est ressoudée par Perceval puis de nouveau brisée. Elle ne sera ressoudée que lorsque Perceval aura tué Partinal de la Rouge Tour. Le Roi Pêcheur retrouvera alors l’usage de ses jambes. Perceval apprenant du Roi qu’il est son neveu, il fait le vœu de lui succéder. Perceval succède au Roi Pêcheur mais après sept ans de règne il se retirera dans un ermitage pour y finir pieusement ses jours, nourri par le Graal qui sera emporté avec lui dans les cieux...

« Au fur et à mesure qu’elle est retouchée, l’histoire du Graal ne cesse de se cléricaliser. Certes, la Troisième Continuation garde l’arrière-fond des luttes entre partis aristocratiques et leur lot de violences gratuites et de vengeances incessantes, propres au Conte de Chrétien de Troyes. Mais Manessier met, pour la première fois, explicitement en scène la lutte du héros contre le diable. De plus, Perceval devient prêtre à la fin de ses jours. La spiritualité est omniprésente dans un roman où foisonnent les symboles religieux. » Aurell Martin (2007). op. cit., p. 381

1225-1230: Continuation du Conte du Graal, œuvre de Gerbert de Montreuil.

Gerbert de Montreuil est un poète picard. Il dédie à Marie, comtesse de Ponthieu, un roman d'aventures : le Roman de la violette.

Gerbert de Montreuil, qui écrit que les descendants de Perceval conquerront Jérusalem (évidente allusion à Godefroy de Bouillon et à ses frères), pourrait avoir composé sa continuation pour les comtes de Boulogne.

Cette continuation, contemporaine de l’œuvre de Manessier, mais rédigée de façon indépendante, s’enchaîne également à la Deuxième Continuation.

Une voix divine explique à Perceval qu’il doit subir de terribles épreuves s’il veut entendre les secrets du Graal. Perceval se heurte aux portes du paradis, sur lesquelles il brise son épée. Il remporte de rudes épreuves avant son retour au château du Roi Pêcheur. Là, il réussit à ressouder l’épée de façon parfaite. Lors de sa présence au passage du cortège, son hôte lui révèle les mystères du Graal et de la lance brisée. Pour autant, Gerbert de Montreuil ne parvient pas à terminer l’histoire.

L’œuvre de Gerbert de Montreuil, bien qu’elle soit inachevée, à la différence de la Troisième Continuation, oriente, comme l’œuvre de Manessier, le motif du Graal dans un sens nettement religieux. La christianisation du mythe est désormais acquise, et ce depuis l’œuvre de Robert de Boron.

Un changement s’opère au 13e siècle dans l’approche du merveilleux celtique dont s’inspirait Chrétien de Troyes. Martin Aurell ( médiéviste) souligne cette différence :

« Les romans arthuriens adoptent un ton pédagogique, aux antipodes du mystère et de l’intrigue que Chrétien de Troyes avait su préserver dans son Conte. Des explications allégoriques sur les épisodes et objets des romans pullulent désormais dans la matière de Bretagne. Elles relèvent de la culture cléricale et savante, qui fait intervenir le diable dans des merveilles que les récits du XIIe siècle auraient présentées comme de simples exceptions aux lois de la nature. » Aurell Martin (2007). op. cit., p. 384

1236 : Ferdinand III de Castille prend Cordoue.

 

Voir les commentaires

Le Lai du Chèvrefeuille - Marie de France

Publié le par Perceval

Marie de France, au XIIe siècle, est considérée comme la première femme écrivain française. Liée à la cour d'Henri II, elle aurait vécu à la Cour d'Angleterre.

Contemporaine de Chrétien de Troyes et des troubadours occitans, Marie a fait de ses Lais ( de 1160 à 1175) des hymnes à l’amour ; à l’amour courtois : celui qui était en usage à la cour du roi Arthur.

Les histoires que raconte Marie sont puisées dans la « Matière de Bretagne » et les anciennes légendes galloises qui lui ont été transmises oralement. Le merveilleux y est omniprésent car ce sont bien des contes dont on retrouvera la trame dans des légendes ou des histoires racontées par des auteurs plus récents.

 

Dans les Lais de Marie de France, on y rencontre des fées qui parfois aiment des mortels, d’autres fois se métamorphosent en divers animaux . On y suggère même que certains héros de légendes auraient eux-mêmes raconté les histoires.

Ainsi ce serait Tristan, le Tristan aimé d’Yseult, qui parce qu’il était barde, aurait composé ce délicieux « Lai du Chévrefeuille » :

Tristan, chassé de la cour du roi Marc, apprend que Guenièvre voyage avec celui-ci . Connaissant le chemin du cortège royal, il décide de profiter de l'opportunité pour graver un message sur une baguette de noisetier. Guenièvre l'aperçoit, et les deux amants passent un moment ensemble.

 

(...)

Le jour où le roi se mit en route,
Tristan revint au bois.
Sur le chemin où il savait
Que devait passer le cortège,
Il trancha une branche de coudrier par le milieu,
Et le fendit de manière à lui donner une forme carrée.
Quand il eut préparé le bâton,
Avec son couteau il écrivit son nom.
Si la reine le remarque,
Qui y prenait bien garde -
Elle connaîtra bien le bâton
De son ami en le voyant.
Telle fut la teneur de l’écrit
Qu’il lui avait dit et fait savoir :
 

Comme du chèvrefeuille
Qui s’attachait au coudrier
Une fois qu’il s’y est attaché et enlacé,
Et qu’il s’est enroulé tout autour du tro
nc,
 

« Belle amie, ainsi est-il de nous :
Ni vous sans moi, ni moi sans vous. »

 

 

"Le Lai du Chèvrefeuille" raconté par Edith Mac Leod - enregistrement CLiO

Voir les commentaires

Le Graal - 1/3 -

Publié le par Perceval

Le Graal - 1/3 -

C'est Chrétien de Troyes, en écrivant Perceval le Gallois ou le Conte du Graal (1181), qui enrichit la légende arthurienne d’un nouveau thème : la quête du Graal. Le-graal-au-coin-de-l---nigme

'Graal', provient ( XIIe s. ) d'une forme occitane (gré, gréau ou grial en langue d’oc) et une forme provençale (grasal) issues du latin médiéval gradalis qui désignait un « plat large et peu profond »...

Devenu nom propre vers 1200, le mot s’est spécialisé au sens de « plat de la Cène ». Dans Le Roman de l’Estoire dou Graal (1200-1210) de Robert de Boron, le Graal apparaît bien comme la relique précieuse qui a servi au Christ à Pâques, et ensuite à Joseph d'Arimathie pour recueillir le sang du Christ crucifié …Hélène ou Sainte Hélène (vers 247-250 - vers 329-330), est une impératrice romaine, épouse de Constance Chlore et mère de Constantin

Pourtant, dès le IVe s., Hélène, la mère de l'empereur Constantin était à Jérusalem, à la recherche de sites chrétiens. En 327, elle pense découvrir la tombe de Jésus et un morceau de la vraie croix, et trouve divers objets, dont un calice. Une légende de l'époque ( tradition orthodoxe …) dit que Marie-Madeleine avait recueilli la coupe, et c'est ce qu'Hélène pense avoir trouvée. On l'appela la « calice de Marie ». Il est transporté à Rome.

Ensuite, l'historien du Ve s. Olympiodore écrit, qu'il est transporté en Bretagne en 410 pour le protéger, lorsque Rome est est mis à sac par les Wisigoths.

Ainsi, quelques dizaines d'années plus tard, le Roi Arthur est censé pouvoir le rencontrer. The_Damsel_of_the_Sanct_Grael_or_Holy_Grail

Le Graal est décrit comme une coupe d’abondance dans le Lancelot-Graal ( 1225) lorsque, les Chevaliers de la Table Ronde étant réunis le jour de la Pentecôte, apparaît un vieillard en robe blanche tenant un jeune chevalier vêtu d’une armure couleur de feu, Galaad, qui annonce au Roi et à ses compagnons la venue du Graal, lequel, se manifestant dans les airs, remplit la palais de parfums et charge les tables de mets succulents.   

 

dyn006_original_419_327_pjpeg_2625226_1f1378df1a1dcca2f5e474e5aaeb0de2

 

Voir les commentaires

La Légende du Roi Arthur selon Thomas Malory, manuscrit de 1469

Publié le par Perceval

 

 

Cette page ouvre le troisième livre. Il commence, « In the begynnyng of Arthure, after he was chosen kynge by adventure and by grace…" [Au début d'Arthur, après avoir été élu roi par l'aventure et par la grâce '] La vision du chevalier Malory (1405-1471) , est écrite au travers de ce qu'il vit, et en particulier ce que l'on nomme la Guerre des Roses... Malgré les bouleversements de cette époque, il y avait un fort regain d'intérêt pour la chevalerie et le passé de la Grande-Bretagne. Les aventures des chevaliers d'Arthur semblaient représenter toutes les anciennes et nobles valeurs, érodées à présent par la guerre. La fidélité est devenue une vertu en voie de disparition. Dans son récit Malory compare le comportement des seigneurs et dames, de la cour d'Arthur, à celle de la noblesse contemporaine. Il critique la réticence actuelle à récompenser un service fidèle - une injustice qu'il ressentait particulièrement vive, alors qu'il languissait en prison.

 Les noms des personnes et des noms de lieux sont présentés avec des lettres rouges. Malory poursuit en décrivant le mariage d'Arthur et de la reine Guenièvre. Arthur dit à Merlin, "“I love Guenever the king's daughter, Leodegrance of the land of Cameliard, the which holdeth in his house the Round Table that ye told he had of my father Uther.”."

 

Malgré les bouleversements de l'époque de Malory, il y avait un fort regain d'intérêt pour la chevalerie et le passé de la Grande-Bretagne. Les aventures des chevaliers d'Arthur ont incarné les valeurs aristocratiques auto-même qui ont été érodés par l'opportunisme politique de la Guerre des Roses. 

Jusqu'en 1934, l'édition de William Caxton imprimé de 1485 a été considérée comme la plus ancienne version survivante du texte de Malory. Cette année là, le bibliothécaire de Winchester College, Walter Oakeshott, organise une exposition des livres les plus intéressants de l'université, quand il a découvre ce manuscrit dans un coffre-fort. Il détermine que le texte a été transcrit entre 1471 et 1483, par deux copistes qui travaillaient ensemble.

 

 

Pour ne pas les confondre, je cite à présent un autre texte:

La Mort du roi Arthur. Giflet jetant Excalibur dans le lac. Roman du XIIIe siècle 

" La mort le roi Artu" : Ecrit ainsi, il s'agit d'un roman du XIII°s qui, bien que formant un tout, n'est pas indépendant. Il s'inscrit dans la continuité de La Queste del Saint Graal, et se présente comme la conclusion du Lancelot en prose. Il appartient au cycle de la Vulgate, appelé également Lancelot-Graal.

Les premières lignes de ce roman déclarent que l'auteur de ce roman est Gautier Map. La dernière phrase le nomme encore, cette fois, comme l'auteur de tout le Lancelot en prose.

Cependant, cette attribution à l'archidiacre d'Oxford, auteur du De Nugis Curialium et familier du roi Henri II Plantagenet, est une supercherie, comme l'indiquerait sa date de décès, 1209. Or, la composition du Lancelot en prose est estimée être entre 1215 et 1220 et celle de La mort le roi Artu, vers 1230. Les auteurs sont inconnus, et quelques minces détails prouveraient qu'ils seraient d'origine champenoise.

Voir les commentaires

<< < 10