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Articles avec #la quete du graal tag

La procession du Graal au château du Roi Pêcheur

Publié le par Perceval

Episode du GRAAL, dans le château du Roi Pêcheur: Texte de Chrétien de Troyes

 

Parsifal quête

Et il s'en va, la lance haute, armé comme il était venu.

Il tient chemin toute la journée, sans faire rencontre de nulle créature terrienne qui lui sache indiquer sa voie. Sans cesse il fait prière à Dieu, le Père Souverain, Lui demandant, s'Il le veut bien, de trouver sa mère en bonne vie et en santé.

Il priait toujours quand, descendant d'une colline, il parvient à une rivière. L'eau en est rapide et profonde. Il n'ose s'y aventurer. "Seigneur, s'écrie-t-il, si je pouvais passer cette eau, je crois que je retrouverais ma mère si elle est encore en ce monde!"

Il a longé la rive. Approche d'un rocher entouré d'eau qui lui interdit le passage. À ce moment, il voit une barque qui descend au fil du courant. Deux hommes y sont assis. Sans bouger il les attend, espérant les voir au plus près. Mais ils s'arrêtent au milieu de l'eau, ancrent leur barque fortement. L'homme à l'avant de la barque pêche à la ligne, piquant à l'hameçon le leurre d'un petit poisson pas plus gros que menu vairon.

Le chevalier qui les regarde, ne sait comment il peut passer cette rivière. Il salue les gens. Il leur dit: "Seigneurs, me direz-vous où il est un pont ou un gué?"

Le pêcheur lui répond:

"Non, frère, vingt lieues en aval ou amont il n'est ni gué, ni pont, ni barque plus grande que celle-ci qui ne porterait pas cinq hommes. On ne peut passer un cheval. Il n'est ni bac, ni pont, ni gué.

-Par le nom de Dieu, dites-moi où je trouverai un logis pour cette nuit.

-Vous en aurez besoin, c'est vrai. De logis comme d'autre chose. C'est moi qui vous hébergerai pour cette nuit. Montez par cette brèche que vous voyez là dans la roche. Quand vous serez dessus le haut, vous apercevrez un vallon et une maison où j'habite près de la rivière et des bois."

Pousse son cheval par la brèche jusqu'au sommet de la colline. Il regarde au loin devant lui mais ne voit rien que ciel et terre. "Que suis-je ici venu chercher sinon niaiserie et sottise? Que Dieu couvre de male honte qui m'a enseigné mon chemin! Vraiment, je vois une maison à découvrir ici en haut! Pêcheur, tu m'as dit un beau conte! Tu as été trop déloyal si tu me l'as dit pour me suivre!"

À peine a-t-il ainsi parlé qu'il aperçoit en un vallon la pointe d'une tour. De ce lieu-ci jusqu'à Beyrouth on n'eût point trouvé une tour si bien plantée! Oui, c'était une tour carrée de pierre bise et deux tourelles. L'était en avant une salle et, devant la salle, des loges.

Le cavalier descend par là. "Celui qui m'enseigna la voie, il m'a bien conduit à bon port!" Maintenant se loue du pêcheur et, comme il sait où héberger, ne le traite plus de tricheur ou de félon ou de menteur. Joyeux il s'en va devers la porte. Trouve baissé le pont-levis.

Tout juste est-il dessus le pont qu'il rencontre quatre valets. Deux valets ôtent son armure, un autre emmène son cheval, lui donner avoine et fourrage; le dernier vient au cavalier et lui recouvre les épaules d'un manteau de fin écarlate neuf et brillant. Les valets le mènent aux loges. D'ici au moins jusqu'à Limoges on n'en eût trouvé de si belles. Le cavalier s'y attarde jusqu'au temps où viennent le quérir deux serviteurs. Il les suit. Au milieu d'une vaste salle carrée se trouve assis un prudhomme de belle mine, aux cheveux déjà presque blancs. Il est coiffé d'un chaperon de zibeline aussi noire que mûre. S'enroule autour du chaperon une étoffe de pourpre. De mêmes matières et couleurs est faite la robe du prudhomme. Penché, il s'appuie sur son coude. Au milieu de quatre colonnes, devant lui brûle un clair grand feu. Si grand que quatre cents hommes au moins auraient pu se chauffer autour sans que la place leur manquât. Les hautes et solides colonnes qui soutenaient la cheminée étaient oeuvres d'airain massif. le roi pêcheurAccompagné des deux valets, devant ledit seigneur paraît l'hôte qui s'entend saluer: "Ami, vous ne m'en voudrez point si pour vous faire honneur je ne puis me lever: mes mouvements sont malaisés."

L'hôte répond: "Au nom de Dieu n'ayez souci! Toutes choses sont bien ainsi."

Le prudhomme s'en soucie si fort qu'il fait effort pour se soulever de son lit. Il dit: "Ami, ne craignez point! Approchez-vous! Asseyez-vous tout près de moi. Je vous l'ordonne."

L'hôte s'assoit. Et le prudhomme lui demande:

"Ami, d'où venez-vous aujourd'hui?

-Sire, ce matin j'ai quitté un château nommé Beaurepaire.

-Dieu me garde! Vous avez eu longue journée! Ce matin vous étiez en route avant que le guetteur ait corné l'aube!

-Non sire. C'était déjà prime sonnée, je vous assure."

perceval-recoit-l-epee-du-roi.jpg

Pendant qu'ils parlent entre un valet, une épée pendue à son cou. Il l'offre au seigneur qui la sort un peu du fourreau et voit clair où l'épée fut faite car c'est écrit dessus l'épée. Il la voit d'un acier si dur qu'en aucun cas elle ne se brise sauf un seul. Et seul le savait qui l'avait forgée et trempée.

Le valet, qui l'avait portée, dit: "Sire, la blonde pucelle, votre nièce la belle, vous fait présent de cette épée. Jamais n'avez tenu arme plus légère pour sa taille. La donnerez à qui vous plaira, mais ma dame en serait contente si cette épée était remise aux mains de qui serait habile au jeu des armes. Qui la forgea n'en fit que trois. Comme il mourra, n'en pourra jamais forger d'autre."

Sitôt le seigneur la remet au jeune hôte, la présentant par les attaches valeureuses telle un trésor. Car le pommeau était en or, de l'or le plus fin d'Arabie ou bien de Grèce, le fourreau d'orfroi de Venise. Si précieuse, il lui en fait don: "Beau sire, cette épée fut faite pour vous. Et je veux qu'elle soit à vous. Ceignez-la et dégainez-la."

Ainsi fait le jeune homme en remerciant. Et, la ceignant, laisse un peu libre le baudrier. Tire l'épée hors du fourreau et, quand il l'a un peu tenue, il la remet. Elle lui convient à merveille, au baudrier comme au poing. Et il paraît bien être l'homme à en jouer en vrai baron.

Il confie l'épée au valet gardant ses armes, qui se tient debout près des autres autour du grand feu vif et clair. Puis volontiers vient se rasseoir auprès du généreux seigneur. Telle clarté font dans la salle les flambeaux qu'on ne pourrait trouver au monde un hôtel plus illuminé!

perceval-cortege-du-saint-graal-mini.jpg

Comme ils parlaient de choses et d'autres, un valet d'une chambre vint, qui lance brillante tenait, empoignée par le milieu. Il passa à côté du feu et de ceux qui étaient assis. Coulait une goutte de sang de la pointe du fer de lance et jusqu'à la main du valet coulait cette goutte vermeille. Le jeune hôte voit la merveille et se roidit pour n'en point demander le sens. C'est qu'il se souvient des paroles de son maître en chevalerie. Ne lui a-t-il pas enseigné que jamais ne faut trop parler? Poser question c'est vilenie. Il ne dit mot.

Deux valets s'en viennent alors, tenant en main des chandeliers d'or fin oeuvré en nielle. Très beaux hommes étaient ces valets qui portaient les chandeliers. En chaque chandelier brûlaient dix chandelles à tout le moins. Une demoiselle très belle, et élancée et bien parée qui avec les valets venait, tenait un graal entre ses mains. Quand en la salle elle fut entrée avec le Graal qu'elle tenait, une si grande lumière en vint que les chandelles en perdirent leur clarté comme les étoiles quand se lève soleil ou lune. Derrière elle une autre pucelle qui apportait un plat d'argent. SangrealLe Graal qui allait devant était fait de l'or le plus pur. Des pierres y étaient serties, pierres de maintes espèces, des plus riches et des plus précieuses qui soient en la mer ou sur terre. Nulle autre ne pourrait se comparer aux pierres sertissant le Graal. Ainsi qu'avait passé la lance, devant lui les pierres passèrent. D'une chambre en une autre allèrent. Le jeune homme les vit passer, mais à nul n'osa demander à qui l'on présentait ce Graal dans l'autre chambre, car toujours il avait au coeur les paroles de l'homme sage, son maître en chevalerie.

Je crains que les choses ne se gâtent car il m'est arrivé d'entendre que trop se taire ne vaut parfois guère mieux que trop parler. Donc, qu'il en sorte heur ou malheur, l'hôte ne pose nulle question.

Le seigneur commande alors d'apporter l'eau, mettre les nappes. Et font ainsi les serviteurs. Lors le seigneur comme son hôte lave ses mains, dans une eau chauffée tout à point. Deux valets apportent une large tour d'ivoire faite d'une pièce, la tiennent devant le seigneur et son hôte. D'autres valets mettent en place deux tréteaux doublement précieux: de par leur bois d'ébène ils dureront un très long temps; nul danger qu'ils brûlent ou pourrissent. Rien de tel ne saurait leur advenir. Sur ces tréteaux les valets ont posé la table; sur la table étendu la nappe. Que dirai-je de cette nappe? Jamais légat ni cardinal ni pape ne mangera sur nappe plus blanche! Le premier plat est une hanche de cerf, bien poivrée et cuite dans sa graisse. Boivent vin clair et vin râpé servi dedans des coupes d'or. C'est sur un tailloir en argent que le valet tranche la hanche et en dispose chaque pièce sur un large gâteau.

Alors, devant les deux convives une autre fois passe le Graal, mais le jeune homme ne demande à qui l'on en sert. Toujours se souvient du prudhomme l'engageant à ne trop parler. Mais il se tait plus qu'il ne faudrait.

À chaque mets que l'on servait, il voit repasser le Graal par-devant lui tout découvert. Mais ne sait à qui l'on en sert. Point n'a désir de le savoir. Il sera temps de demander à l'un des valets de la cour le lendemain dès le matin quand il quittera le seigneur et tous ses gens.

On lui sert à profusion viandes et vins les plus choisis, les plus plaisants qui sont d'ordinaire sur la table des rois, des comtes, des empereurs.

Quand le repas fut terminé, le prudhomme retint son hôte à veiller pendant que les valets apprêtaient les lits et les fruits. On leur offrit dates, figues et noix-muscades, grenades, girofles, électuaire pour terminer et encore pâte au gingembre d'Alexandrie et gelée d'aromates.

Ils burent ensuite de plusieurs breuvages: vin au piment sans miel ni poivre, bon vin de mûre et clair sirop.

Le Gallois s'émerveille de tant de bonnes choses qu'il n'avait jamais goûtées.

Enfin le prudhomme lui dit: "Ami, c'est l'heure du coucher. Si vous me permettez je vais retrouver mon lit dedans ma chambre. Hélas, je n'ai nul pouvoir sur mon corps! Il faut que l'on m'emporte."

Entrent alors quatre serviteurs très robustes qui saisissent la courtepointe où le seigneur demeure couché et l'emportent dedans sa chambre.

Le jeune homme reste là, seul avec valets pour le servir et prendre bien soin de lui. Puis quand le sommeil le gagne, ils le déchaussent, le dévêtent et le couchent dans un lit garni de draps de lin très fins. Jusqu'au matin il y dormit.

Dès le point du jour s'éveilla. Toute la maison était déjà levée mais personne ne se trouvait auprès de lui. Il lui faudra donc s'habiller seul, qu'il le veuille ou non. N'attend une aide de quiconque, se lève et se chausse, va prendre ses armes posées là sur la table proche. Dès qu'il est prêt, il va de porte en porte qui étaient ouvertes la veille. Mais c'est en vain: portes fermées et bien fermées! Il appelle, il frappe très fort et encore plus, mais personne ne lui répond.

Il en est là, va à la porte de la salle. Elle est ouverte. Il en descend tous les degrés jusqu'en bas. Il trouve son cheval sellé, sa lance auprès de là et son écu contre le mur. Il monte et va partout cherchant mais il ne rencontre personne: sergent, écuyer ni valet. Le pont-levis est abaissé vers la campagne. Nul n'a donc voulu le retenir, quelle que soit l'heure, quand il voudrait quitter ce lieu! Mais il pense bien autrement: ce sont les valets, se dit-il, qui sont partis sur le chemin de la forêt relever des pièges et des cordes. Va donc aller de ce côté pour en trouver quelqu'un, peut-être, qui dise où l'on porte ce Graal et pourquoi cette lance saigne. Passe le pont pensant ainsi, mais quand il est dessus la planche il sent bien que les pattes de son cheval bondissent d'un coup. Par bonheur elles sautent à merveille, sinon cheval et cavalier auraient pu s'en tirer très mal! Il tourne la tête en arrière et voit qu'on a levé le pont sans que nul se soit montré. Il appelle, mais point de réponse.

Il crie: "Dis-moi, toi qui as levé le pont: Réponds-moi! Où te caches-tu? Montre-toi, car j'ai quelque chose à te dire!"

Vaines paroles! Nul ne lui répondra.

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"Perceval ou le Conte du Graal ", est-il un mythe ?

Publié le par Perceval

Citer «  Perceval » ( et la quête du Graal ), comme un mythe, est peut-être un raccourci, que des spécialistes pourraient contester… ? Cette histoire étant rattachée à une œuvre littéraire, peut-être est-il plus exact de parler de «  mythe littéraire » .. ? L’histoire est de plus relativement récente …

  Parsifal-Odilon-Redon.jpg

Revenons donc à la définition du Mythe et, j’en retiens de la part de spécialiste, quelques unes qui vont dans le sens de ce que j’entrevois…, comme :

- Mircéa Eliade :  « Le mythe raconte une histoire sacrée : il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des commencements »

- Gilbert Durand « Nous entendons par mythe un système dynamique de symboles, d’archétypes et de schèmes, système dynamique qui, sous l’impulsion d’un schème, tend à se constituer en récit ».

- Marc Eigeldinger « Le mythe n’est pas uniquement récit, mais aussi discours du désir et de l’affectivité. Il ne s’exprime pas à l’aide d’idées ou de concepts et se développe en marge de la rationalité ; il se consacre à dire la vérité psychique […], à suggérer l’affleurement de l’irrationnel et de l’inconscient, à traduire le contenu du désir et ses relations avec le sentiment »

- Jean-Pierre Vernant : le mythe ne se réfère pas à un genre particulier… Il serait « l’envers, l’autre du discours vrai, du logos »

Le mythe, serait ou aurait été retenu pour « vrai », je préfèrerai dire avec

- Campbell : "Non, le mythe n'est pas un mensonge. Une mythologie complète est constituée d'une organisation d'images symboliques et narratives, métaphoriques des potentialités de l'expérience humaine, et de l'accomplissement d'une culture donnée à un moment donné."

parsifal_Odilon-Redon.jpgEt forcément, je dirai que le mythe littéraire, contrairement peut-être au mythe ethno-religieux, ne fonde ni n’instaure plus rien. Les oeuvres qui l’illustrent sont d’abord écrites, signées par une (ou quelques) personnalité singulière. Évidemment, le mythe littéraire n’est pas tenu pour vrai.

- Jean Pouillon ajoute, que « ni l’opposition du vrai et du faux, ni celle du croire et du ne pas croire ne sont pertinentes pour situer le mythe ».. !

 

Sans doute, pouvons nous admettre que la littérature, si elle ne le crée pas, et un « conservatoire des mythes ». De plus, comme le dit Véronique Gély, « la littérature n’est pas seulement le conservatoire des mythes, elle est leur laboratoire, et le lieu de leur épiphanie »

 

Pour ce qui est du « mythe de Perceval », il nous est donc parvenu tout enrobé de littérature », il ne nous est accessible qu’en tant que « mythe littéraire ». Il a cette particularité que sa première rédaction est caractérisée, par l’absence de clôture. Le « Conte du graal » de Chrétien de Troyes est inachevé… !

 

Odilon-Redon-17.jpgEnsuite, ce corpus est à l’image d’un arbre dont le tronc serait constitué de la tradition médiévale, à partir de laquelle les multiples ramifications modernes s’élanceraient vers le ciel, toujours plus éloignées de la souche première, mais puisant leur sève dans un réseau de canaux toujours plus vaste et plus complexe….

 

Effectivement, si le mythe de Perceval est extrêmement présent dans le demi-siècle qui suit son entrée en littérature, c’est le silence presque total du début de la Renaissance à la fin du siècle des Lumières. Après un timide renouveau au tournant des XVIIIème et XIXème siècles, c’est le drame wagnérien qui le ramène sur le devant de la scène artistico-littéraire. Au cours du XXème siècle également, la fortune de ce mythe varie considérablement : après avoir connu une certaine vogue jusqu’à la seconde guerre mondiale, il se fait beaucoup plus discret pendant les années qui suivent, pour resurgir avec une vigueur inattendue dans les années 1980.

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Sources: en partie Thèse de doctorat présentée par Christophe Imperiali " En quête de Perceval - Étude sur un mythe littéraire ", et le peintures sont d'Odilon Redon.

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Origine et destin ... du "Conte du Graal"

Publié le par Perceval

On peut s’étonner du destin d’une œuvre littéraire, comme le « Le Conte du Graal » de Chrétien de Troyes. La question étant de se demander comment le « roman» (conte) devient-il un « mythe » ? Sans doute l’histoire de l’œuvre recèle une partie de la réponse…

  bayeux-tapiss3-Hastings.jpg

Nous identifions facilement les personnages comme faisant partie de la « matière de Bretagne » attachée à la légende du Roi Arthur …

- Historiquement, plusieurs rois bretons , devant l’'importante menace d'invasion des Saxons, se rangent tous sous la bannière d'un dénommé Artorius.
roi-arthus.jpgCe guerrier, probablement né vers 470-475 en Cornouailles, est le chef d'une bande très mobile de cavaliers mercenaires. Tous voient en lui la seule personne capable de tenir tête à l'envahisseur. Artorius est nommé commandant en chef de la nouvelle armée et, tous unis, les rois Bretons et Gallois remportent, quelque part dans le sud-ouest de l'Angleterre vers 500-518, une grande victoire qui stoppe l'envahisseur pendant une quarantaine d'années. C'est la bataille de Mont Badon (ou Bath, ou Badbury). Quand Artorius trouve la mort dans une grande bataille, près de Camelford en Cornouailles, aux alentours de 540-542, c'est la fin de l'indépendance bretonne : à la fin du siècle, les Saxons occupent les trois quarts de l'île.

 

Ph-d-Alsace.gifC'est Robert Wace, dans son Roman de Brut ( Brutus ), en 1155, qui donne la coloration courtoise et légendaire à l’ « Historia regum Britanniae »du Gallois Geoffroy de Monmouth ( 1136). Arthur devient le monarque idéal, un modèle d'humanité, de vaillance, de générosité et de délicatesse. C'est lui aussi qui, le premier, mentionne la Table Ronde, symbole politique de la société courtoise.

La légende arthurienne est, dès la fin du onzième siècle, diffusée à travers toute l'Europe, et même au-delà, par les conteurs professionnels qui accompagnent les armées partant pour la Terre Sainte à l'occasion des deux premières croisades.

Chrétien de Troyes (1135-1183) , est un copiste, adaptateur de textes, et écrit sur commande, ainsi pour Marie de Champagne ( 1128-1190) au service de laquelle il reste de 1160 à 1185. Le Conte du Graal est dédié à Philippe d’Alsace ( 1143-1191)  ( prétendant éconduit de Marie de Champagne.. ). Chrétien écrit ce roman entre 1182 et 1190, et meurt avant de l’avoir terminé.

Amour-courtois.jpgMarie de Champagne abandonne la courtoisie, à la mort de son mari, pour la dévotion. Philippe d’Alsace est fort pieux… Aussi la tonalité mystique de ce dernier roman est peut-être plus conforme aux goûts des commanditaires..

« Perceval, ou le conte du Graal » est le seul roman de Chrétien de Troyes qui suscitera un grand nombre de continuations et de reprises, donnant naissance à un mythe durable : le mythe du Graal. Le Parzival de Wolfram von Eschenbach (1201-5) est le texte le plus ancien après le Conte du Graal.

 

Marie de Blois ou Marie de Champagne (1128 † 1190), duchesse de Bourgogne, fille de Thibaut IV de Blois, dit le Grand, et de Mathilde de Carinthie. Veuve en 1162 d'Eudes II de Bourgogne. Abbesse de Fontevraud en 1174. ( Wiki..)

 

Voilà, ce qui en est du contexte de l’écriture de ce « roman-conte », et finalement ces explications semblent bien insuffisantes, pour comprendre, analyser et s’enrichir d’un tel texte. Pourquoi… ?

Sans doute, le plus délicat à saisir c'est le passage du niveau conscient de la lecture au niveau inconscient de la suggestion mythique. Peut-on s’autoriser à passer de l’un à l’autre.. ? S’agit de la part de l’auteur, qui parle par images, jeux de mots … de simples allégories.. ? Par exemple :

-       Le « gaste pays » ou pays dévasté a t-il un rapport avec la blessure à la hanche du souverain ? Ce rapport peut désigner le concept de « stérilité ». Il se trouve que ce rapprochement avait déjà été pratiqué ( selon Plutarque, Isis rendit sa fécondité à Jupiter en lui séparant les jambes qui se trouvaient soudées et bloquées…)

 

Certains auteurs ont montré que le conte du Graal, était le passage d’un mythe à un autre : il y a un mythe venu de la mémoire, ancien qui évoque le souvenir d'un monde païen, disparu ...(notamment à travers les textes littéraires que l'auteur a pu connaître), et un mythe en création ( le Graal ) ; plus précisément la christianisation d'un mythe. Nous en reparlerons...

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Perceval: Le chevalier Vermeil et la chevalerie. 2

Publié le par Perceval

- Notes de lecture de l'étude " LA LEGENDE DU GRAAL " de Emma Jung et Marie Louise von Frans.

( suite de l'artcle: Le chevalier vermeil, et Perceval 1 )

 

Perceval-et-le-chevalier-rouge.jpgLes contes, de toute part,  nous fournissent des « chevaliers rouges », en général en relation avec l’autre monde… Le chevalier vermeil renvoie à sa composante d’ombre dangereuse (la virilité arrogante pour Perceval) … Mais …méfions nous de trop simplifier : « La mythologie associe souvent la couleur rouge, d’une part, au sang, au feu, à l’amour et à la vie, et d’autre part, à la guerre et à la mort. Cette double signification montre que la figure d’ombre n’est pas seulement destructrice, mais également capable de promouvoir les forces de vie si elle est intégrée par le conscient. »

Voilà pourquoi le Chevalier Rouge est, dans une certaine mesure, une expression de la future totalité intérieure de Perceval… Malheureusement, Perceval l’abat avec une brutalité inconsidérée que rien ne justifie. … D’un point de vue psychologique, le meurtre du Chevalier Rouge (l’ombre) traduit une répression brutale des émotions et des affects et correspond à la première étape de la construction d’une personnalité consciente. Tout jeune être qui grandit en société et qui aspire à devenir un individu responsable, doit traverser cette phase de lutte impitoyable contre ses pulsions primitives avant de s’épanouir plus pleinement. Dans notre histoire, le processus se déroule sans aucune réflexion et résulte du désir que nourrit Perceval de devenir chevalier et d’être reçu à la cour d’Arthur.


Après avoir retiré l’armure à son adversaire et l’avoir revêtue, Perceval est appelé, à son tour, le « Chevalier Rouge ». En réussissant à maîtriser les émotions intérieures qui l’assaillaient, il permet à la vitalité et à l’énergie qu’elles contenaient de se mettre au service de la conscience qui gagne ainsi en force et en signification.

Remarquons à la lecture que :

- Perceval, tue le chevalier pour prendre son armure, plus que pour lui reprendre la coupegraal d’or… II la renvoie à Arthur en la confiant à l’un de ses valets, sans se donner la peine de se placer lui-même, et sans se douter qu’il y a là, par hasard, une première allusion à l’objet qui sera plus tard au centre de la quête – le vase, le Graal….

- A ce stade de son développement, Perceval n’est pas conscient de la signification de la coupe.

- L’armure subtilisée à son adversaire et qu’il porte désormais constitue un autre élément important … Le mode d’appropriation est loin d’être chevaleresque, de telle sorte qu’une certaine culpabilité y est attachée. Il y a lieu de souligner que Perceval revêt l’armure par-dessus son habit gallois dont il ne veut pas se séparer. Si l’armure représente une part essentielle de lui-même, cela signifie qu’il n’est pas encore le chevalier qu’il souhaiterait être, mais qu’il n’en possède que l’apparence extérieure. Celle-ci correspond à ce que la psychologie analytique nomme la perceval chevalierpersona (masque). Le terme « masque » indique qu’il ne s’agit pas de la véritable nature d’un individu, mais d’une enveloppe destinée à produire un effet sur autrui. La persona forme en quelque sorte une façade et elle est généralement construite pour faciliter l’adaptation sociale de l’individu ; c’est pourquoi Jung la considère comme un élément constitutif de la psyché collective.


Il est significatif que Perceval ignore son nom et se reconnaît uniquement comme « cher fils », « beau fils » et « beau sire », les mots que la mère utilisait pour s’adresser à lui.

Ne simplifions pas… , la « persona » ne doit pas être considérée uniquement comme un masque destiné à tromper les autres, mais aussi comme un moyen d’adaptation essentiel et indispensable. La vie en société est impossible sans le respect de certaines formes

Parallèlement, la persona offre, tout comme les vêtements, une protection contre le monde, sans laquelle l’homme serait trop vulnérable. Il arrive aussi qu’elle constitue une sorte de modèle ou d’idéal que l’on espère réaliser. Dans ce cas, elle sert de ligne directrice de grande valeur pour l’individu, mais si l’idéal est mal choisi, s’il est trop ambitieux ou mal adapté, il peut conduire à des impasses.
La chevalerie représente pour Perceval un idéal de cette nature. Cependant, il n’est pas encore chevalier, il n’en possède que l’armure, c’est-à-dire l’apparence extérieure, dont il lui faudra prendre la mesure. …

Gregoire-envoie-St-augustin-de-cantorbery.jpg
Saint Grégoire le Grand envoyant saint Augustin évangéliser les Angles et les Saxons. Legenda aurea. Bx J. de Voragine.
R. de Montbaston. XIVe.

Grégoire le Grand lorsqu’il chargea Augustin d’une mission auprès des Anglo-Saxons. Il lui recommanda de ne pas agir avec brutalité et de ne pas détruire les anciens sanctuaires, mais, au contraire, de les bénir afin que le peuple se réunisse en des lieux familiers, désormais au service du vrai Dieu. « Car, disait-il, il est clair qu’il n’est pas possible qu’un esprit fruste et inculte fasse brusquement table rase du passé, tout comme celui qui se prépare à gravir le sommet le plus élevé doit le faire pas à pas, ou étape par étape, et non en quelques sauts. » De ce point de vue, la chevalerie chrétienne eut pour mission de participer à la réalisation de l’idéal chrétien.

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L'histoire résumée du Chevalier Vermeil

Publié le par Perceval

Rappel de ce qui s'est passé précédemment :

Dans la Gaste Forêt, Perceval a rencontré des chevaliers pour la première fois : il est très intrigué et les somme de questions toutes plus naïves les unes que les autres ( exemple : " Êtes-vous Dieu ? / - Non, certes / Alors, qui êtes-vous donc / Un chevalier / Chevalier ? Je ne connais personne ainsi nommé / ) Il décide de tout quitter et de se rendre chez le roi Arthur pour être fait chevalier, malgré les objections et la douleur de sa mère. Avant son départ, sa mère lui donne trois recommandations : 

    1) Servir et secourir les dames et les demoiselles
    2) Fréquenter des prudhommes
    3) Prier Dieu
Il aperçoit sa mère qui est "tombée comme morte", mais ne s'en soucie pas et poursuit son chemin.
La première rencontre de Perceval, est celle d'une jeune fille sous une tente. Il met en pratique de manière très exagérée et inopportune ( la jeune fille n'est pas en danger) le premier conseil donné par sa mère : il lui vole un baiser, lui prend son anneau, signe d'appartenance à un jeune homme, il se "goinfre" des victuailles qu'il trouve et tout ceci malgré les protestations, les cris et les pleurs de la jeune fille qui redoute la jalousie de son ami.

 

Perceval ( à l’allure de « paysan » ) arrive à la cour du roi Arthurarthur2-copie-1.jpg. Il croise un chevalier à l'armure vermeille qui lui demande de transmettre un message au roi : il veut que le roi lui rende ses terres qu'il revendique comme sienne ou qu'il envoie un homme pour les défendre. Il est celui qui vient de voler une coupe, défier, humilier le roi, et bafouer la reine .. !

 

perceval-et-chevaliers.jpgLe jeune homme entre à la rencontre du Roi Arthur, qu’il recherche pour qu’il le fasse chevalier.

Perceval, contre tous les usages, sur son cheval, interroge le roi qui est plongé dans la mélancolie. Le jeune homme lui demande de le faire chevalier …

Le sénéchal lui dit que s'il désire les armes du chevalier vermeil, il n'a qu'à aller les chercher lui-même, et que le roi le fera aussitôt chevalier. Une jeune fille se met à rire. Keu, en colère, la frappe au visage et pousse dans une cheminée un fou qui avait coutume de dire que la jeune fille (qui n'avait pas rit depuis dix ans) rirait le jour où elle verrait un chevalier supérieur aux autres.

Le jeune homme, parti à la rencontre du Chevalier Vermeil, lui demande de retirer ses armes, mais celui-ci veut livrer combat. Le Chevalier vermeil blesse le jeune homme à l'épaule, et Perceval ( qui ne connaît pas encore son nom .. ! ) lui lance son javelot à l'œil et atteint le cerveau du chevalier.

Avec l'aide d'Yvonnet, Perceval s'empare des vêtements du chevalier Vermeil. Dés lors, le but de Perceval est de retourner auprès de sa mère et sans plus tarder il se met en route. Le roi regrette qu'il soit parti.  

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Le chevalier vermeil, et Perceval 1

Publié le par Perceval

Selon Maître Eckart, « la nature profonde de tout grain, signifie le blé, (..)  de toute naissance, l’homme. » Ce qui existe aujourd’hui, est l’expression incomplète de ce qui adviendra…

 

- Notes de lecture de l'étude " LA LEGENDE DU GRAAL " de Emma Jung et Marie Louise von Frans.Carl-and-Emma-Jung.jpg

 

L’histoire de Perceval illustre parfaitement l’effort de comprendre et de choisir sa destinée. Au départ, la chevalerie ne constituait pour lui qu’un objet de convoitise. Puis, au travers de nombreuses erreurs, il mûrit lentement et épouse son destin en devenant le meilleur des chevaliers, le seul qui puisse conquérir le Graal. Le chevalier correspond à cet «  homme idéal »

 

Le « chevalier vermeil » par divers aspects ressemble à Perceval ; comme lui, il se conduit mal à la cour du roi. Lorsqu’il dérobe la coupe d’or et qu’il répand son contenu sur la robe de la reine, il commet une offense envers le principe féminin; Perceval a fait et fera de même dans la suite de l’histoire. C’est pourquoi il est possible de le considérer comme le double ou l’ombre de Perceval.

 

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" Lorsque le processus d'individuation devient conscient, lorsque le moi fait l'expérience de l'inconscient collectif, il se transforme. Cela se produit le plus souvent lors de la rencontre avec l'ombre..." Jung

- D’un point de vue psychologique, l’ombre désigne des traits de caractère inférieurs, généralement sombres ou secondaires, auxquels le moi conscient accorde peu d’importance, mais dont l’existence est bien réelle. Le plus souvent, il s’agit de traits de nature émotionnelle qui possèdent une certaine autonomie et qui, à l’occasion, débordent le conscient. Ces contenus sont en partie d’origine individuelle et peuvent être pris en compte par un effort moral de connaissance de soi ; ils ne sont pas exclusivement négatifs car ils traduisent une part de vitalité et une parenté avec les instincts, lesquels possèdent également une valeur positive. Par ailleurs, l’ombre contient aussi des aspects obscurs d’origine collective qui se cristallisent dans l’image archétypique d’une divinité destructrice et qui mettent l’humanité en face de problèmes terrifiants.


( Pour 'reprendre' cette notion de l'ombre, je conseille cet article de Jean Rochette ( c'est ICI ) )perceval-combat-le-chevalier-vermeil.jpg

 

La figure du Chevalier Rouge conduira finalement Perceval dans les sombres abîmes du problème du mal.

 

Pour le moment, cependant, nous le considérerons comme l’ombre personnelle de Perceval, à savoir une part d’émotivité et de brutalité barbare qu’il doit surmonter avant de devenir un chevalier chrétien.

 


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Fonctions du mythe

Publié le par Perceval

  Comme nous le voyons ci-dessous, le mythe ne s’oppose en rien, au message religieux… Au contraire, il peut le porter ; c’est même l’un des objectifs du récit christianisé de la Quête du Graal. Le mythe, est même, le moyen le plus vieux du monde pour exprimer une spiritualité… Aujourd’hui, en préférant la théologie, ou le métaphysique ( porteurs également d’immenses découvertes …) , nous estimons, - sans doute imbus de notre science -,  qu’il est malsain de lier mythe et religion… Le pire, c’est qu’au nom même d’une certaine rationalité ( !) , nous préférons imposer dogmatiquement la matérialité de certains faits, même s’ils contredisent cette même rationalité… ! ( à n’y rien comprendre .. ! ). Bien sûr, alors les symboles, les mythes – dans cette optique – signifient : histoires pour enfants ( je n’utilise pas le mot de «  conte » dans ce cas.. ! ) , fictions, fantaisies…etc.

Quelles sont les fonctions du Mythe ?

-      Nous réconcilier avec la vie :

Esprit-reenchanter-le-monde.jpgNous pourrions refuser d’entrer plus avant dans « le monde », refuser le corps, refuser les épreuves, refuser ce qui fait la vie … La mythologie prône la capacité de l’homme à améliorer « le monde ».

La mère de Perceval ( qui avait déjà perdu son père, son mari …) , voulait mettre son fils à l’écart...! 

Le chevalier affirme la vie, et tous ses aspects aussi bien monstrueux, que magnifique, sans effectuer de tri. L’héroïsme c’est d’agir sans ressentiment envers la vie et sa part de violence inaliénable. Le bouddhisme rappelle, en préalable, cette vérité essentielle : «  Toute vie est souffrance ». Et, la sagesse ( de toutes les traditions ) est d’accepter et d’aimer cette vie.

-       Représenter l’univers :

Voici-Le-temps-De-Construire.jpgLe passage par le mythe permet de mettre en récit une expérience personnelle complexe : par exemple celle de passer d’un bonheur à un malheur soudain, «  sans explication ». De même, tous le mythes racontent qu’il existait un temps de l’unité avant le temps de la dualité ( de la séparation ). Il y a «  la chute », puis la résurrection.

 

 

-       Donner des règles et des valeurs :

Souvent le mythe justifie à sa manière les lois contingentes ( droits et devoirs ). Le héros les respecte, mais ne vit pas par elles. Elles ne l’angoissent pas. Les valeurs priment sur les lois, et portent parfois le héros jusqu’au sacrifice.

 

-       Franchir des seuils psychologiques :

Le mythe peut nous aider à traverser les différentes périodes de notre vie…

Toute la quête du héros correspond à une amplification des rites de passage ( mort et résurrection ..). L’objectif est d’arriver à l’autonomie, à être les seuls garants de notre vie, les seuls à diriger notre pensée ; afin, d’accéder à notre vocation :

Entrer dans le 'troisième âge' ...

-       Le mythe personnel nous aide à accepter l’inévitable déclin physique qui accompagne le retrait de cette « course aux illusions »…, et donne sens à cette période de vie.

-       Toute mythologie prépare au passage ultime, celui de la vie à la mort. Elle présente l’image d’une deuxième vie, comme une vie que nous avons déjà en nous ; aussi, explorer notre prpore mythologie personnelle peut nous aider à traverser ce stade ultime : à vivre pleinement ! Plutôt que d’imaginer un futur après la mort, les mythes se concentrent sur notre présent et les richesses de notre vie imaginaire. L’autre vie est déjà là au fond de nous-mêmes.

 

Sources: Ces lignes sont des notes de lecture alors que je savoure l’ouvrage de Laureline Amanieux : «  Ce héros qui est en chacun de nous ».

La quête du héros, Joseph Campbell. from laureline amanieux on Vimeo.

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Le mythe, qu'en faire ?

Publié le par Perceval

Mais, le mythe ne propose t-il pas une concurrence au christianisme, et pire une sorte de religion païenne ? Psychanalyse, ésotérisme… cela n’est-il pas réservé à une élite ?

 

Les clercs du catholicisme, craignent sans doute que l’enseignement, la transmission ne leur échappent.. ! Benoît XVI, est un remarquable théologien ; sans doute connaît-il moins les progrès des autres sciences humaines… ? Icare.jpgPeut-être s’agirait-il de faire un peu plus confiance aux laïcs et en particulier aux femmes qui ont d’autres formations, d’autres espaces de pensée …etc

 

Je reviens sur cette peur et je continue, au travers de la lecture de Joseph Campbell, à traduire l’histoire de Perceval et y reconnaître les caractéristiques de la vie de l’âme…

 

Le mythe, langage de l’inconscient , est une ressource supplémentaire à qui veux approfondir sa recherche, sa Foi … Un peu du même ordre que la métaphysique : avec l’avantage que le mythe parle à tous.


Le mythe pour Campbell est une métaphore… Il est un récit imagé pour représenter ce qui ne peut pas s’expliquer rationnellement. Le mythe n’explique pas le monde.

Le mythe n’est pas relié à un temps historique.

Le mythe raconte, avec des images, ce dont on ne possèdera jamais le sens.

Le mythe n’est en rien ( ce que l’on dit pourtant … !) une quête d’explications.. Le poème n’explique rien, le mythe non plus …

Le mythe ne «  donne pas de sens » à laParzival.jpg vie. Le mythe me donne des clés pour comprendre les difficulté sur  mon chemin de foi… Le mythe n’est pas « magique », le mythe raconte que :  si j’avais « le courage » ( cf Tillich ), je pourrais changer des orientations de ma vie ; et, autrement que par une injonction - par exemple : l’homélie catholique va insister une fois de plus sur le « commandement ( ! )  » de l’Amour… Tu dois aimer ! Je sais … et … je culpabilise, parce que je ne sais pas comment faire …

Le conte de la quête du Graal, me prend là où j’en suis, et sous le couvert des évangiles ( pour ce qui me concerne ), me propose ( à moi : mais … à chacun son mythe .. ! ) un chemin de «  courage », de vie … et d’épreuves …

 

Le mythe, utilise les symboles, et nous connaissons aujourd’hui leur valeur et leur nécessité, comme trousse à outils, pour persévérer dans notre quête …

 

Nous pourrions, par exemple, visiter la richesse du symbole représenté par le « roi pêcheur » que rencontre Perceval. Un roi, blessé, « à la hanche » ( dans sa sexualité ..  ) occupe ses journées en allant pêcher ( et non plus combattre … )… N’a t-il pas, d’ailleurs, lui-même péché ( au sens catholique ..) , ce qui a plongé son royaume dans le chaos ( gaste pays ). Dans la mythe grec, Orphée aussi est pécheur…

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Joseph Campbell: le mythe, le héros , et moi ...

Publié le par Perceval

Les textes ci-dessous sont des extraits d’un mémoire ( Univ. De Montréal ) de « Sciences des religions » de Claude Harvey., et d'un article de Anne-Marie Bilodeau.

 

Né le 26 mars 1904 à New York, Joseph Campbell joseph campbell 1904-1987étudie d’abord la biologie et les mathématiques au College Dartmouth en 1921. Ensuite, à Columbia, il complète une thèse dans le domaine des légendes arthuriennes. Il part pour l’Europe en 1926-7. Il y étudie la littérature, le vieux français à la Sorbonne et fait la connaissance de Joyce. L’année suivante, il part pour l’Université de Munich où il étudie le sanskrit et la philologie indo-européenne. Cela lui donne l’occasion de découvrir les penseurs allemands tels: Jung, Freud, Goethe, Thomas Mann.

Son séjour en Europe et la rencontre qu’il fait avec les traditions françaises et allemandes lui ouvrent tellement l’esprit, que, lorsqu’il revient à l’Université Columbia, deux semaines avant le crash boursier de 1929, il déclare à ses professeurs à propos de sa thèse doctorale en cours sur les légendes arthuriennes: «this whole thing has opened out.». Mais ses professeurs ne partagent pas cet enthousiasme à voir son esprit s’élargir et avec lui le rayon de l’interrogation du jeune chercheur. Ils refusent catégoriquement que celui-ci change de direction dans son analyse, et c’est ainsi qu’il décide de quitter Columbia… ( …)

 

Campbell étudie les mythes aussi bien en général qu’à des niveaux plus particuliers. Comme nous l’avons souligné précédemment, il s’intéresse plus spécifiquement au personnage du héros mythique dans son livre intitulé The Hero with a Thousand Faces. Georges dragonC’est à partir de cet ouvrage qu’il établit principalement sa crédibilité et sa notoriété. Soulignons ici que l’intérêt manifesté par Campbell pour les récits d’Arthur, des Chevaliers de la Table ronde et du Graal est vraisemblablement une des origines de sa propension à l’aventure du héros ou, du moins, ce qui contribue entre autres choses à lui donner la forme que nous connaissons aujourd’hui dans ses travaux. À cet effet, voyons comment Campbell peut faire cette association entre la mythologie arthurienne et l’aventure du héros.

Selon Campbell, «avant l’introduction du christianisme en Europe», il y a quatre grandes traditions mythologiques: la grecque classique, la romaine, la celtique et la germanique. Ces traditions reconnaissent à la personne le statut d’«individu» et non pas seulement celui de membre de la société, contrairement à celles de l’Orient: le cheminement de chacun y est très valorisé.

Pour Campbell, à l’intérieur de ces quatres traditions, les légendes du Graal expriment exactement ce qu’est, dans son esprit, la spécificité de la spiritualité occidentale par rapport à la spiritualité orientale, i.e. le caractère individuel de la démarche:

Sir GalahadChaque chevalier pénétra donc dans la forêt à l’endroit qu’il avait lui-même choisi, et où ne s’ouvrait aucun chemin. S’il apercevait un chemin, c’était forcément celui de quelqu’un d’autre. Le suivre aurait signifié ne pas s’aventurer dans la quête. Sachant cela, qu’en est-il de l’instruction que vous devez recevoir? Si ceux qui ont suivi un chemin avant vous vous transmettent des indices, vous devez passer outre, adapter cette information à vos choix. Il n’y a pas de mode d’emploi. Cette magnifique légende des chevaliers qui vont chacun leur chemin relate une quête merveilleuse, car si quelqu’un découvre le chemin de quelqu’un d’autre et, songeant qu’il mène au but, choisit de l’emprunter, il s’égare totalement, même si l’autre réussit. Quelle belle histoire, n’est-ce pas? Ce que nous cherchons, notre cheminement, notre but, tout cela est une réalisation qui n’a encore jamais eu lieu sur terre, c’est l’épanouissement de notre potentiel personnel. (...) Chacun doit résoudre sa propre énigme et glaner çà et là ses propres indices. 

La démarche occidentale, pour Campbell, est donc simple: il s’agit, en quelque sorte, de réfuter les valeurs de la «religion», du «système», i.e. de l’idéologie dominante au nom de laquelle, et pour sa survivance, on sacrifie les individus. Cette démarche nous invite plutôt à résister à l’appel uniformisateur de l’idéologie, afin de trouver et d’accomplir sa propre voie. Nous ne pouvons que remarquer la similitude entre la démarche occidentale, dont la quête du Graal illustre très bien la nature, et l’aventure du héros, que Campbell forge par la suite. Cependant, d’autres outils importants l’aidèrent à forger sa grille de lecture des mythes, qu’il nous importe ici de souligner.

 

- Premièrement, selon Campbell, la psychanalyse est l’outil qui nous permet de lire la grammaire des symboles mythiques… (…)

- En second lieu, l’homme n’est pas maître des symboles, selon le professeur du College Sarah Lawrence. Graal apparitionSi Campbell postule l’existence des archétypes, il n’endosse pas exactement la définition que Jung donne de ceux-ci. En effet, ce dernier voit dans le contenu des archétypes le produit de l’hérédité, tandis que Campbell y ajoute les «expériences “significatives”» des êtres humains. Par ailleurs, Campbell ne généralise pas la théorie du développement parallèle pour fonder son postulat des archétypes. Pour lui, une bonne partie des similitudes entre les mythes et les symboles religieux sont imputables au phénomène de la diffusion. Mais par-dessus tout, ce qui différencie Jung et Campbell est la fonction que l’un et l’autre donnent respectivement à la mythologie Campbell ne limite pas la fonction de la mythologie à celle d’une rééquilibration intérieure de l’individu; il lui donne aussi la tâche d’ouvrir ce dernier sur la dimension spirituelle. C’est pourquoi Campbell dépeignit les deux perspectives dans son ouvrage sur les héros. Mais avant de regarder ces deux composantes de la mythologie, regardons maintenant la structure que Campbell identifia à travers l’ensemble des mythes qu’il étudia: le monomythe.

 

- Campbell, à travers l’ensemble des mythes de l’humanité, dégage un cheminement-type, un structure initiatique récurrente qu’il nomme «monomythe» : ( … ) En résumé donc, le monomythe se présente comme suit: Un héros s’aventure hors du monde de la vie habituelle et pénètre dans un lieu de merveilles surnaturelles; il y affronte des forces fabuleuses et remporte une victoire décisive; le héros revient de cette aventure mystérieuse doté du pouvoir de dispenser des bienfaits à l’homme, son prochain.

 

 

De  Anne-Marie Bilodeau: ( ci-dessous )

 

Le héros qui, pour conquérir un royaume ou une princesse, se lance dans une aventure semée d'embûches, est le prototype de toute personne qui, s'éveillant à des valeurs spirituelles jusque-là insoupçonnées, entreprend un voyage intérieur vers ses propres sources, à la recherche de son identité réelle. Ce voyage, qui constitue pour Carl G. Jung le «processus Gauvain vole au secours de la demoiselle à la cei-copie-1d'individuation», une maturation psychologique, acquiert, dans la perspective de Campbell, une valence spirituelle.

 

La fonction principale du mythe — qu'il qualifie de fonction mystique — consiste à nous mettre en relation avec cette énergie, avec le mystère du monde, qui est aussi, ajoute-t-il, le mystère même de notre être.

 

Campbell considère la religion comme une forme évoluée de la mythologie, son prolongement dans l'histoire: elle est simplement, à son avis, l'intégration de la mythologie dans les différentes cultures. Toute religion, possède ses mythes, ses récits sacrés. Les religions dites «primitives» sont fondées sur de tels récits. Quant aux «grandes religions», elles ont aussi leurs récits religieux — leurs mythes — mais se réclament principalement de la parole d'un prophète, d'un visionnaire ou d'un dieu; elles se disent «révélées». Les religions dites «du Livre» s'inscrivent dans l'histoire mais aussi la transcendent car elles revendiquent une création divine, une Révélation et chacune proclame son universalité. S'il ne rejette pas cette dimension, qui à son avis relève de la théologie, Campbell ne l'intègre cependant pas à son discours sur le mythe et la mythologie car son approche se veut scientifique et non théologique.

 

À plusieurs reprises dans ses écrits, Campbell s'élève avec véhémence contre une interprétation trop littérale des mythes et des symboles, en particulier dans la tradition judéo-chrétienne. Une lecture littérale et historique des récits sacrés du christianisme dépouille, à son avis, les mythes de leur vrai sens et de leur dynamisme. Alors qu'ils sont conçus pour évoquer la réalité spirituelle, les symboles bibliques, si on les concrétise, perdent leur référence essentielle et entrent en conflit avec les connaissances scientifiques les plus élémentaires. Un exemple suffira à illustrer ce propos: celui de la notion de virginité mariale. Qui donc peut croire aujourd'hui qu'une vierge puise donner naissance à un enfant ? (À l'époque de sa jeunesse, dans les années 20, dans le milieu catholique irlandais américain dont il est issu, la Bible était souvent interprétée de façon littérale, comme elle l'est encore d'ailleurs dans certains milieux fondamentalistes.)

 

Pour Campbell, les symboles mythologiques ne sont pas inventés mais jaillissent spontanément des profondeurs de la psyché. Inversement, la connaissance des symboles conduit à celle de l'esprit humain, dont ils révèlent des puissances, des potentialités spirituelles ou, pour citer de nouveau Huxley, «des processus à jamais déployés dans le coeur de l'homme». La pensée de Campbell rejoint ici celle de Lévi-Strauss, qui considère que la connaissance des mythes peut donner accès à «des structures fondamentales de l'esprit humain: des processus cognitifs/symboliques sous-jacents à toute la pensée humaine»

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Je peux être le héros de mon histoire.

Publié le par Perceval

Notre tradition occidentale, de la recherche de « Soi », rejette  ‘ le parcours collectif à la suite d’un « gourou » ‘ … graal-table-arthur-copie-1.jpgDans «  la Quête du Saint Graal » qui incarne le véritable état d’esprit de l’homme occidental, on raconte l'histoire d'un jour quand les chevaliers de la cour d'Arthur se sont réunis dans la salle de banquet avant d’être servi.  Il était la coutume qu'aucun repas ne devait être servi sans connaître la nouvelle aventure ...  A cette occasion, le Graal apparut, recouvert d'une étoffe, accroché dans l'air puis se retira.


Chacun fut exalté, et Gauvain, le neveu du roi Arthur, propose un vœu. «Que tous se lancent dans la Quête du Graal, afin de le « dévoiler » . Tous s’y engagèrent …  mais, et ceci est très important : «  Il serait « honteux » d’y aller collectivement… A chacun d’entrer dans la forêt au point le plus sombre et qu’il choisit lui-même… ! Marcheur-foret.jpg


Cette quête est personnelle : Spirituellement, nous devons tous chercher le Graal , mais chacun pénétre dans la partie de la forêt où personne d'autre n'a frayer un chemin, pour nous.


Avant d’aborder cette aventure, - et nous en sommes le plus souvent à un point où nous n’avons même pas acquis les « outils » ou les « armes » du chevalier – il faut nous préparer… !

Ma tradition, ma religion m’offrent tout ce qui est nécessaire :

C’est à l’intérieur de notre mythologie que nous pouvons trouver le chemin de notre quête.

Sur ce schéma de la «  Quête » Quelques personnalités contemporaines ont débroussaillé la réflexion : bien sûr, Carl Gustav Jung, et plus récemment Joseph Campbell ( 1904-1987 ). Campbell a analysé le parcours des héros mythiques, et il remarque que, quelle que soit l’époque et la culture dans lesquelles ils vivent, ils suijoseph-campbell-1904-1987.jpgvent un parcours contenant au moins une partie d’un schéma commun. Egalement, des œuvres plus contemporaines : les trilogies Star Wars, Matrix, et le Seigneur des Anneaux collent de très près à ce schéma archétypal.

Selon Campbell, les héros ont une fonction très importante, car ils permettent de véhiculer des moyens universels pour s’émanciper et pour s’épanouir.


<- Campbell s’est dit inspiré par le personnage principal de « Babbitt »  ( de Harry Sinclair Lewis (1885 –1951) : romancier et dramaturge américain majeur des années 20 et 30. En 1930, il fut le premier américain à recevoir le prix Nobel de littérature. ) dans la dernière page du livre, se lamente :


« De toute ma vie, jamais je n’ai fait une seule chose que j’ai réellement voulue ! Je ne crois pas avoir accompli quoi que ce soit si ce n'est d'avoir réussi à subsister. Je me rends compte que je n’ai pas fait la moitié du quart des choses qu'il m'ait été possible de faire. Eh bien, peut-être accomplirez-vous plus de choses. Je n'en sais rien. Mais j'éprouve une sorte de plaisir honteux de savoir que vous saviez ce que vous vouliez faire et que vous l’avez réalisé. Bien, ces gens ici essayeront de vous intimider, et de vous rabaisser. Dites-leur d’aller au diable ! Je vous soutiendrai. Prenez ce travail à l’usine, si c'est ce que vous désirez. Ne soyez pas effrayé par votre famille. Non, ni par les habitants de Zénith. Ni par vous-même, comme je l'ai été. Avancez, vieil homme ! Le monde est à vous ! »

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