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mary butts

Mary Butts – Années 1920 – et le Graal. 3

Publié le par Régis Vétillard

Mary Butts raconte à Lancelot, les quelques idées – qui lui sont venues - quant à l'intrigue de son prochain livre... La Coupe du Graal aurait été trouvée au fond d'un puits ; retiré de là, grâce à une lance... Qu'elle influence aurait la présence du Graal sur ses personnages... ?

Elle, serait seule femme avec quatre hommes, dont son frère. Elle s'appelle Scylla, son amant c'est Picus, amant déjà d'un homme, présent... Que va t-il se passer... ?

Parmi les hommes, l'un serait comme un élément rapporté : un américain ; les autres à travers lui, rejetteraient ce monde moderne, un monde brisé par la guerre et le nihilisme...

Alors Mary pense que le chaos se répandrait rapidement... Nous n'avons qu'une arme, dit-elle, la folie !

Mary voudrait insister sur notre relation forte avec la terre, pour elle cela s'exprime par son attachement aux paysages du Dorset, paradis perdu d'une propriété familiale. Le paysage a une influence sur nos croyances, il devient sacré... Ce lien passe par le féminin, comme l'exprime Jane Harrison. Le culte de la déesse précède le monothéisme masculin ; elle pense que le maintien de ce lien spirituel à la terre peut guérir une âme découragée... La femme peut assumer ce rôle de prêtresse.

A l'opposé le paysage urbain est une friche, dominée par la science et la rationalité, le manque de sentiment...

 

L'esprit de Lancelot, est accaparé par la présence de Mary . Éloigné d'elle, il ne pense qu'à la retrouver, et son corps hurle de désir... Mais Mary, sans se refuser, souhaiterait l'initier au sacré par un rite d'union des deux polarités. Si, ''ce qui est en haut est comme ce qui est en bas'', l'union sexuelle est un acte sacré....

 

Mary emmène Lancelot à quelques unes des conférences d'une femme russe, qui attire énormément de monde, pour parler de magie sexuelle. Cela se passe dans une grande salle d'un restaurant, on y croise des artistes de , des surréalistes et beaucoup de curieux..

Cette magicienne propose un véritable système religieux, voire une nouvelle religion qui repose sur un troisième terme de la Trinité, qui remplaçant l'Esprit, serait le Féminin. Le Féminin de qui relève la sexualité... qui permet de transformer le désir en lumière...

La Coupe du saint-Graal est remplacée par la femme. Pendant l'acte sexuel, la femme sujet de la Quête du chevalier affranchi, brûle alors d'un feu d'amour qu'elle transmet au Chevalier, qui s'ouvre à la Lumière , appelée Lucifer ou la Connaissance. Il s'agit de ''noces alchimiques'', fusion de deux natures antagonistes mais complémentaires...

Le propos est très résumé, et ce qui frappe Lancelot, et l'ennuie vraiment, c'est la référence constante à Satan ….

 

Mary comprend cette réticence ; et elle-même qui vient de vivre des expériences similaires à Théléma, qui ne lui ont causé que dégoût, se demande si cela ne relèverait pas de l'inversion entre magie blanche et magie noire ? Un peu, ce qui exprimé dans le rapport entre l'ange et l'ange déchu...

Lancelot se souvient d'avoir rencontré dans les documents relatifs à sa quête ; des écrits sur le combat de Jacob avec l'ange...

Aussitôt, tous les deux se rendent à l'église Saint-Sulpice, pour découvrir le tableau de Delacroix... Pour la chapelle dédiée aux Saints-Anges, c'est le peintre qui a choisi le thème... Ils ont la chance, alors qu'ils commentent la toile, d'échanger avec un vieux prêtre qui les observait ...

Lancelot en profite pour lui faire part de ce qui le trouble :

- Cet ange ne pourrait-il pas être Satan... ?

- Vous voulez dire que Jacob se battrait contre lui-même ? Quant à Satan, pour ma part, ma foi, ma confiance ne porte que sur les anges... Un ange déchu n'est plus un ange, non … ?

- Mais Satan existe, ne tente t-il pas le Christ … ?

- Effectivement l'homme Jésus est tenté par des passions humaines, la gloire, la puissance, la connaissance.... Un ange qui ne serait plus le messager de Dieu, deviendrait une passion humaine...

- Et l'amour … ?

- Ah, l'amour …. Cela, c'est divin !

 

Mary forte de son expérience, désapprouve la recherche de puissance au travers de rituels sexuels ; c'est ce qu'elle appelle la magie noire... La magie blanche ne force pas et nourrit généreusement ce qui peut exister

 

Finalement, le rituel magique ( magie blanche ) eut lieu... La coupe et l'athamé eurent leur part, et Lancelot a communié à la présence de Morgane... Cette expérience fondatrice fut unique, Mary a rejoint Londres, puis le Dorset, la terre de ses ancêtres....

Son roman Armed with Madness, sera publié en 1928.

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Mary Butts – Années 1920 – et le Graal. 2

Publié le par Régis Vétillard

Mary Butts se dit très intéressée de mieux connaître Lancelot, et avec lui de mieux comprendre la quête du Graal. Elle veut en faire le sujet de son prochain livre...

Mary Butts

Mary invite Lancelot, chez elle, où il rencontre également un jeune homme, Sergueï, elle écrit de lui qu'il est « un page aux boucles noires et aux yeux de glace verte... » ; Lancelot pense à un oiseau et à un danseur...

- Oui, c'est juste, répond Mary... Je pourrais l'appeler Picus et mon héroïne, Scylla... Scylla est une nymphe de grande beauté qui - du fait de l'amour d'un dieu - est transformé en monstre féminin...

Lancelot connaît moins la mythologie grecque, et Mary lui traduit l'image en rapprochant le dieu du Roi Arthur, et Scylla de Morgane ... Oui Morgane.... On dit que Morgane est venu s'installer dans le Dorset, la région de prédilection de Mary, à ' Badbury Rings ' , un lieu utilisé par les prêtresses, les druides pour pratiquer leurs rites magiques ...

Mary pense que le Dorset est la région du Graal – à l'opposé de la ville et de ce temps d'après-guerre représenté par la « Waste land »... Elle voudrait appeler ainsi son roman, mais T. S. Eliot, pour un livre-poème, qu'elle adore, lui a déjà pris ce titre …

Quand elle s'est rendue à l'abbaye de Glastonbury ; assise sur une pierre de ces ruines elle a ressenti fortement ce qu'elle nomme ''mana'' c'est à dire un ''pouvoir d'influence'' qui émane de certaines personnes ou de certains lieux...

Mary est obsédée par la mythe et le rituel. Ses héroïnes incarnent « le principe féminin de la vie » en contact avec des pouvoirs magiques oubliés depuis longtemps... Elle est persuadée que le malaise spirituel de l’après-guerre qui génère le modernisme littéraire peut être guéri par le rituel et la magie ; elle prend ses sources chez Sir James Fraser, Jessie L. Weston et les 'Ritualistes de Cambridge', et chez les modernistes, comme Joyce, Yeats et Eliot.

Marie raconte qu'elle a appris et pratiqué avec Cecil, la magie, l’écriture automatique et les voyages astraux... Ils parlent aussi, avec grande excitation des ''carrés magiques''... Mary en aurait pratiqué toutes sortes, à Théléma... Connaît-il le '' livre d’Abramelin '' ? Un grimoire qui recense quelques démons et quelques sorts qui se présentent sous la forme de carrés de mots, à l'image du carré SATOR...

Les démons... ! Devant le visage horrifié de Lancelot ; Mary s'esclaffe... « N'aie crainte... Pour commander aux démons, il faut d'abord les avoir vaincus... ! »

 

Ainsi, Mary et Lancelot se sont revus, ont énormément échangés sur différents thèmes comme le symbolisme, l'alchimie, et bien sûr la légende arthurienne... Mary se montre si intéressée par ce que lui rapporte Lancelot, sur sa Quête, et celle de ses aïeux ; qu'elle exprime son enthousiasme d'avoir rencontré « la réincarnation d'un chevalier arthurien » ; elle souhaite connaître les détails de cette histoire... Et lui ému par son regard, par l'intérêt qu'elle lui porte ; elle, si belle, si envoûtante... Aussi occupe t-elle à présent toutes ses pensées, le jour, la nuit, surtout la nuit ; au point que par manque de sommeil peut-être, perd-il un peu de vigilance, pour distinguer ce qui est réel de ce qui l'est moins … Et, s'il était ensorcelé... ?

 

Mary l'interroge encore et encore …. « Quels sont les effets du Graal … ? »

On parle d'effets merveilleux : une lumière inconnue... Mais de lui-même on ne sait rien... Et, que contient-il ? Perceval ne pose aucune question ! Et qui est la Porteuse du Graal, que sait-elle ?

Les Continuations enrichiront la connaissance des effets du Graa. Par exemple, par la profusion des mets en sa présence... Le Graal sert à gré, ou « par le gré » ce qui convient à chacun... De par son contenu, le Graal donne le pouvoir de se régénérer et de multiplier ce qu'il contient... A côté du rôle positif, l'un des aspects - plus sauvage du Graal – est, quand il est associé à la lance : il évoque un rituel sanglant ( voir dans Peredur...) …

En tout cas, le Graal a une portée initiatique car il permet une révélation, ce qui pourrait être l'objet de la Quête...

 

Ce jour là, Mary soulève sa jupe, et vient s'asseoir à califourchon sur le genoux de Lancelot. Elle pose ses bras autour de son cou ; et lui demande : « Et si le Graal était là... Que ferais-tu ? »

- Si j'étais face au Graal … ? Je ne sais pas … Je n'y ai jamais pensé...

- Et, s'il était là ! Sur tes cuisses ?

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Mary Butts – Années 1920 – et le Graal. 1

Publié le par Régis Vétillard

Mary Butts (1890-1937) est de dix années plus âgée que Lancelot. Elle vient du Dorset, en Angleterre. Elle a épousé en mai 1918 le poète pacifiste et éditeur John Rodker, a donné naissance à leur fille Camilla, fréquente des écrivains modernistes, et a commencé une liaison avec Cecil Maitland, un vétéran de la guerre qui continue à le rendre fou... En 1921, avec lui, elle passe environ douze semaines à l’abbaye de Thelema d’Aleister Crowley en Sicile... Elle y a trouvé certaines pratiques choquantes, et est reparti en mauvaise forme...

Nancy la connaît assez pour se soucier d'elle, et elle a la bonne mais dangereuse idée de lui ''confier'' le jeune Lancelot...

Mary Butts connaît bien Paris, où elle entretient des amitiés avec des artistes, comme Jean Cocteau qui illustrera son livre Imaginary Letters (1928). En 1925 Mary a publié son premier roman, Ashe of Rings, un roman anti-guerre avec des éléments surnaturels.

Actuellement (1926), Mary est à Paris, elle a rompu d'avec son ''grand amour'' Cecil Maitland ; Elle vit dans un appartement de la rue Montessuy, proche de la tour Eiffel... Elle héberge un amant, Sergueï Maslenikoff, qu'elle vient de rencontrer à Paris. Sergueï est une sorte d'aristocrate ( russe blanc), artiste sans le sou. Mary le trouve charmant, drôle, mélancolique...

Mary Butts à Paris, 1925

 

Comment ne pas être intrigué par cette femme, belle à l'abondante chevelure rousse et au regard vif, les yeux verts, un long cou blanc à la Rossetti, et qui semble avoir déjà vécu tant d'expériences déroutantes et surnaturelles ? A l'écart de l'effervescence des amis de Nancy ; Lancelot et Mary vont faire connaissance plus avant, et chacun d'une curiosité réciproque... vont arriver au Graal !

 

En Angleterre, l'intérêt pour le Graal, est vivace depuis la guerre... Mary a lu l'ouvrage de référence de Jessie L Weston, From Ritual to Romance publié en 1919. L'auteure rattache l'histoire du Graal et d'autres légendes arthuriennes aux rites païens d'avant le christianisme. Son analyse s’inspire de l’étude comparative de Sir James Frazer sur la religion, The Golden Bough (1890), et de son affirmation selon laquelle la religion moderne a évolué à partir de cultes de fertilité plus anciens et de leurs rites du dieu/roi mourant. Les « Ritualistes de Cambridge », qui s’inspirent aussi beaucoup de Frazer, influencent également Weston, en particulier le travail de Jane Ellen Harrison, avec cette théorie de la pratique rituelle et leur croyance commune que le rituel précédait le mythe...

Mary Butts est convaincue du rôle fondamental des pratiques rituelles dans les cultes rattachés aux mythes anciens, ainsi que sur le rôle des femmes dans ces rites...

 

Comme tout anglais, elle connaît Les Idylles du Roi de Tennyson (1885). Mais aussi : The High History of the Holy Grail (1910) (La Haute Histoire du Saint Graal) traduite par Sebastian Evans. Perlesvaus, aussi appelé Li Hauz Livres du Graal (La Haute Histoire du Saint Graal), qui est une vieille romance arthurienne française datant de la première décennie du XIIIe siècle ; elle serait censée être une des continuations de l’œuvre inachevée de Chrétien De Troyes « Perceval, le conte du Graal ».

 

Mary pourrait citer également ''L’Église cachée du Saint Graal'' ( The Hidden Church of the Holy Graal ) de Arthur Edward Waite (1909). Il s'agit d'une suite de récits assez divers, qui commencent avec des textes aux références païennes pour finir sur une épopée chrétienne et allégorique. Le contenu peut satisfaire autant le lettré que le mystique à la recherche du Graal... En effet, Waite tente de donner un sens à tout cela. Il examine et rejette les théories du XIXe siècle qui relient le Graal aux Templiers, ou aux franc-maçons, ou même aux cathares... Sa conclusion est qu’il existe encore une « église intérieure » dans le christianisme: il veut dire non pas une secte souterraine, mais un ''noyau mystique''. Son concept d'Eglise cachée est basé sur une compréhension profonde du sacrement de l'eucharistie, et le Saint Graal est son symbole...

Arthur Machen

 

Arthur Machen (1868-1947) auteur de ''Le grand dieu Pan'' est captivé très jeune par l'occultisme qu'il découvrit dans la bibliothèque de son père, pasteur anglican. Ecrivain, il est attiré par les mystères païens de son Pays de Galles natal, passionné de mythologie classique et de merveilleux...

The Secret of the Sangraal & Other Writings de Arthur Machen, permet à cet auteur de fictions de présenter son approche mystique de la vie et de l’art. Nous pouvons ainsi examiner dans quelle mesure (ou non) ses croyances personnelles correspondent à ses écrits imaginatifs. Machen apparaît ici comme mystique, comme un chrétien ''occulte'', un peu fantasque, comme un homme parfois blessé, souvent audacieux : sa conviction est que le monde que nous connaissons n’est qu’un rideau de stimuli sensoriels et de croyances intellectuelles au-delà de laquelle se cachent des vérités plus substantielles et terrifiantes.

The Secret Glory, la dernière grande œuvre de Machen, est une description satirique de la vie dans une école publique. Le héros, orphelin, Ambrose Meyrick, un adolescent d’origine galloise, est inscrit dans une école publique anglaise. Il va se heurter à des ''rituels'' et à un harcèlement violent , avec des épisodes quotidiens d’intimidation scandaleusement acceptés, sinon encouragés, par les directeurs d’école et les enseignants.

Au moment où il semble avoir atteint le sommet de la souffrance et de la mortification, Ambrose, grâce à ses origines celtiques, a une « vision »... Il découvre un monde qui promet une formidable rédemption et des merveilles jamais vues auparavant, un monde qui le conduira à la recherche du Saint Graal et qui changera son destin. Libéré par cette quête, il découvre avec candeur, un monde violent, les angoisses de l’âge, et la découverte du sexe avec la jeune serveuse Nelly... Mythes celtiques, atmosphères mystérieuses et paysages oniriques se croisent sur le chemin intime du ''héros'' …

La légende du Saint Graal, de l'époque de sa deuxième épouse Purefoy, conduira Arthur Machen à un passionnant voyage dans cette légende chrétienne qui supplantera le grand dieu Pan de l'époque de sa première épouse Amy. Les quêtes arthuriennes remplacent les rites de la Rome antique, et le roi Arthur prend la place du dieu Pan...

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