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magie

Mary Butts – Années 1920 – et le Graal. 3

Publié le par Régis Vétillard

Mary Butts raconte à Lancelot, les quelques idées – qui lui sont venues - quant à l'intrigue de son prochain livre... La Coupe du Graal aurait été trouvée au fond d'un puits ; retiré de là, grâce à une lance... Qu'elle influence aurait la présence du Graal sur ses personnages... ?

Elle, serait seule femme avec quatre hommes, dont son frère. Elle s'appelle Scylla, son amant c'est Picus, amant déjà d'un homme, présent... Que va t-il se passer... ?

Parmi les hommes, l'un serait comme un élément rapporté : un américain ; les autres à travers lui, rejetteraient ce monde moderne, un monde brisé par la guerre et le nihilisme...

Alors Mary pense que le chaos se répandrait rapidement... Nous n'avons qu'une arme, dit-elle, la folie !

Mary voudrait insister sur notre relation forte avec la terre, pour elle cela s'exprime par son attachement aux paysages du Dorset, paradis perdu d'une propriété familiale. Le paysage a une influence sur nos croyances, il devient sacré... Ce lien passe par le féminin, comme l'exprime Jane Harrison. Le culte de la déesse précède le monothéisme masculin ; elle pense que le maintien de ce lien spirituel à la terre peut guérir une âme découragée... La femme peut assumer ce rôle de prêtresse.

A l'opposé le paysage urbain est une friche, dominée par la science et la rationalité, le manque de sentiment...

 

L'esprit de Lancelot, est accaparé par la présence de Mary . Éloigné d'elle, il ne pense qu'à la retrouver, et son corps hurle de désir... Mais Mary, sans se refuser, souhaiterait l'initier au sacré par un rite d'union des deux polarités. Si, ''ce qui est en haut est comme ce qui est en bas'', l'union sexuelle est un acte sacré....

 

Mary emmène Lancelot à quelques unes des conférences d'une femme russe, qui attire énormément de monde, pour parler de magie sexuelle. Cela se passe dans une grande salle d'un restaurant, on y croise des artistes de , des surréalistes et beaucoup de curieux..

Cette magicienne propose un véritable système religieux, voire une nouvelle religion qui repose sur un troisième terme de la Trinité, qui remplaçant l'Esprit, serait le Féminin. Le Féminin de qui relève la sexualité... qui permet de transformer le désir en lumière...

La Coupe du saint-Graal est remplacée par la femme. Pendant l'acte sexuel, la femme sujet de la Quête du chevalier affranchi, brûle alors d'un feu d'amour qu'elle transmet au Chevalier, qui s'ouvre à la Lumière , appelée Lucifer ou la Connaissance. Il s'agit de ''noces alchimiques'', fusion de deux natures antagonistes mais complémentaires...

Le propos est très résumé, et ce qui frappe Lancelot, et l'ennuie vraiment, c'est la référence constante à Satan ….

 

Mary comprend cette réticence ; et elle-même qui vient de vivre des expériences similaires à Théléma, qui ne lui ont causé que dégoût, se demande si cela ne relèverait pas de l'inversion entre magie blanche et magie noire ? Un peu, ce qui exprimé dans le rapport entre l'ange et l'ange déchu...

Lancelot se souvient d'avoir rencontré dans les documents relatifs à sa quête ; des écrits sur le combat de Jacob avec l'ange...

Aussitôt, tous les deux se rendent à l'église Saint-Sulpice, pour découvrir le tableau de Delacroix... Pour la chapelle dédiée aux Saints-Anges, c'est le peintre qui a choisi le thème... Ils ont la chance, alors qu'ils commentent la toile, d'échanger avec un vieux prêtre qui les observait ...

Lancelot en profite pour lui faire part de ce qui le trouble :

- Cet ange ne pourrait-il pas être Satan... ?

- Vous voulez dire que Jacob se battrait contre lui-même ? Quant à Satan, pour ma part, ma foi, ma confiance ne porte que sur les anges... Un ange déchu n'est plus un ange, non … ?

- Mais Satan existe, ne tente t-il pas le Christ … ?

- Effectivement l'homme Jésus est tenté par des passions humaines, la gloire, la puissance, la connaissance.... Un ange qui ne serait plus le messager de Dieu, deviendrait une passion humaine...

- Et l'amour … ?

- Ah, l'amour …. Cela, c'est divin !

 

Mary forte de son expérience, désapprouve la recherche de puissance au travers de rituels sexuels ; c'est ce qu'elle appelle la magie noire... La magie blanche ne force pas et nourrit généreusement ce qui peut exister

 

Finalement, le rituel magique ( magie blanche ) eut lieu... La coupe et l'athamé eurent leur part, et Lancelot a communié à la présence de Morgane... Cette expérience fondatrice fut unique, Mary a rejoint Londres, puis le Dorset, la terre de ses ancêtres....

Son roman Armed with Madness, sera publié en 1928.

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1900 – L'occultisme -

Publié le par Perceval

Anne-Laure de Sallembier, comme dans la plupart des assemblées intimes bourgeoises, a fait ''tourner les tables''... Ces pratiques occultes semblaient faire le lien entre l'Esprit et la matière, entre la religion et la science...

 

Jusqu'à la Grande Guerre, de nombreux scientifiques ont accueillis les expériences occultes, et ont tenté d'ouvrir des territoires nouveaux de connaissance . Camille Flammarion, les Curie, Paul Langevin, Charles Richet, Édouard Branly ont touché à l’occulte... Papus ( Gérard d’Encausse, médecin). Arago de l'Académie des sciences, par exemple nomme une commission pour étudier les faits qui entourent '' la fille électrique '' Angélique Cottin ( déplacements de corps …). Camille Flammarion, s’engage dans l’étude du spiritisme dans le but précis de réconcilier la science et le spiritualisme.

Liane de Pougy par Nadar

Après le ''magnétisme'' ( au XVIIIe s. comme nous l'avons vu, ici même : ) , le ''spiritisme'' apparaît comme la nouvelle doctrine. La grande figure spirite en France est Allan Kardec (1804-1869) : Le livre des esprits 1862: sa tombe – il s'appelait réellement Hyppolite Léon Rivail - est un lieu de pèlerinage toujours fleuri (elle l’est encore de nos jours)... Depuis les ''salons'', des cérémonies mystérieuses pour parler aux morts ou profiter des visions d’un extralucide, fleurissent dans le tout Paris mondain.

Par exemple, Liane de Pougy, dans son appartement du Faubourg du Roule, reçoit nombre d’amis et de voyantes célèbres... On y fait régulièrement « tourner les tables » …

Nous sommes en 1908, et la France se remet à peine de l’affaire Dreyfus ; elle s'est officiellement séparée de l’Eglise catholique, apostolique et romaine. Des congrégations entières comme les Chartreux ont été chassés de leurs couvents entre deux gendarmes. Les relations avec la papauté sont au bord de la rupture. Les lieux de cultes sont propriété d’état et lors de leurs inventaires calotins et bouffeurs de curés font le coup de poing. Il y aura même des morts.

Le spiritisme veut renouveler le christianisme, et ses nouveaux ''médiums'' sont souvent des femmes... Dans ce cadre elles prennent la parole, sont écoutées, et sont publiées... Elles promeuvent une solidarité nouvelle ( crèches, bibliothèques, maisons de retraite...). La Revue spirite met ainsi en question l’indissolubilité du mariage. Ces femmes spirites relativisent la filiation : un bébé n’est que le fruit de l’association d’un esprit qui vient d’ailleurs incarné dans un corps de chair au moment précis de la naissance. La Revue milite pour une réforme du Code civil afin que la femme trouve sa pleine et entière « personnalité morale et juridique. »

En juin 1908 se tient à Paris un Congrès spiritualiste assorti d'un Convent maçonnique des rites spiritualistes. L’événement est important pour les occultistes et pour le grand public, le dossier de presse en témoigne. On y remarque le jeune René Guénon, (le premier, au second rang en partant de la gauche, portant un sautoir maçonnique) ; à sa gauche, Amélie Gédalge (1865-1931) de la Maçonnerie mixte du « Droit humain » et à la gauche de celle-ci, Marie Martin (1848-1914), l’épouse du Dr Georges Martin...

 

Rufina Noeggerath (1821-1908) ( française et dite '' Bonne-Maman''), s’intéresse aux preuves de survie après la mort. Médium douée, elle crée alors son propre groupe spirite. Ses communications sont fortement marquées par la tolérance et l’anticléricalisme. Elle y défend tous les persécutés, les Juifs en particulier. Son livre La survie, sa réalité, sa manifestation, sa philosophie, est publié en 1897.

Claire Galichon, médium et écrivain, publie un certain nombre d’ouvrages où elle défend un « féminisme spiritualiste » et pour l'époque révolutionnaire … Figurez-vous qu'elle ose réclamer: une éducation et une instruction égales pour les deux sexes, un salaire égal lorsque le travail est égal, l’accès des femmes à toutes les carrières... ! Nous sommes en 1909...

Elle dénonce l’assujettissement de l’épouse et la violence du mari qui commence bien souvent lors de la nuit de noce. « Certaines nuits de noce sont des nuits de bataille. (…) Ce qui importe en face du désir d’amour, c’est qu’il soit réciproque. Quand il est partagé, il perd tout caractère répugnant. » 

Dans un contexte culturel largement anti-sémite (!) de cette époque, des théosophes comme St-Yves d’Alveydre (1842-1909); valorisent la « Mission des Juifs », tout autant que l'action civilisatrice des égyptiens, des hindous, des celtes ...etc.

Pour lui, la Fraternité du Temple, est l'héritière en Occident de la tradition ésotérique. Les occultistes du XIXe s. cherchent des liens entre les Templiers et l’Alchimie... On va même tenter de trouver des explications ( loin du diable) symboliques à la figure du Baphomet ( voir Eliphas Levi).

Les templiers purent recevoir des juifs : les secrets de la magie; et des arabes, les secrets de l'Alchimie …

 

N'oublions pas qu'au XIXème siècle, le mot ''occultisme'' est utilisé comme un synonyme d’ésotérisme...

L'ésotérisme désignait un espace de liberté pour la spéculation spirituelle hors du carcan des dogmes et des règles établies de l’exégèse religieuse...

J'ai déjà évoqué ici, qu'en cette fin de siècle, cette nouvelle spiritualité ne s'oppose pas aux idées nouvelles que sont le socialisme, ou le féminisme...

Annie Besant- Théosophes au Comité de grève

Au contraire :

Victor Hennequin, avocat, fouriériste, député de l’Assemblée législative en 1850, est à l'écoute de « l’esprit de l’âme de la Terre »... Jean Reynaud, publie également, '' Philosophie religieuse. Terre et ciel. (1854)'' Il souhaite un renouvellement des études théologiques et pour ce faire met en rapport sciences physiques, sciences morales, astronomie et théologie. Il a pour ambition de démontrer la vie dans l’univers, de poser le dogme de l’immortalité, de nier l’existence de l’enfer. Par ses souffrances et par son travail, l’homme participe à sa régénération et à celle de la planète.

Arthur Arnould ( directeur de la revue théosophique '' le Lotus Bleu'' est un ancien élu de la commune... La nouvelle génération née autour de 1865, de jeunes artistes et futurs voyageurs influencés par l’anarchisme sont théosophes dans les années 1890, comme Ivan Aguéli (1869-1917) ou Alexandra David-Néel (1868-1969) qui intègrent la loge Ananta d’Arnould. Et d'autres ….

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Alphonse-Louis Constant, et le Féminin. -2/2-

Publié le par Perceval

Sur le plan personnel de la vie d'A.-L. Constant, il est intéressant d'imaginer – d'après ce que l'on sait - son rapport avec des femmes proches de lui...

 

Constant rencontre en 1843, Mle Eugénie Chenevier, sous-maîtresse à l’Institution Chandeau (à Choisy le roi) .

Charlotte Chenevier

Parmi les pensionnaires de l’Institution se trouve la jeune Marie-Noémi Cadiot, à laquelle Eugénie s’est liée d’amitié. Lorsque les deux jeunes filles sortent le dimanche, A. Constant les accompagne et ils passent tous trois de bons moments. Eugénie et Alphonse-Louis, envisagent de se marier; et déjà, Eugénie attend un enfant de lui … Mais Marie-Noémi est tombée amoureuse... Et, elle lui envoie des lettres enflammées, des poèmes...et finit même par fuguer de chez ses parents pour aller se réfugier dans la mansarde de celui-ci. Son père exige alors le mariage, sous la menace d'une accusation de détournement de mineure, car la jeune fille n'a même pas 18 ans. A. Constant doit se résigner. Le mariage a lieu le 13 juillet 1846.

Eugénie a un fils ( Alphonse), en 1846, que son ''père'' ne reconnaît pas … Plu tard, il tentera de se rapprocher de lui...

 

Marie-Noémi prend des cours de sculpture auprès de James Pradier (1790-1852) dont elle est aussi le modèle et la maîtresse...

DAPHNE - CADIOT - Noémie

Marie-Noémi va devenir une femme de lettres, romancière, une sculptrice, une critique d'art et une révolutionnaire qui aura un rôle actif dans le mouvement féministe issu de la Révolution de 1848.

- Vers 1851-52, A. Constant rencontre le mathématicien polonais Josef Hoëné-Wronski (1776-1853), dont l’œuvre fait sur lui une impression durable et l’oriente vers la pensée mathématique et le messianisme... Le 15 août 1803, il eut une révélation de ''l’Absolu'', et jusqu’à la fin de sa vie il ne cessa d’élaborer une théorie générale de « Messianisme », ou de « Paraclétisme », fondée sur cette découverte, et de l’exposer dans de nombreux ouvrages philosophiques et politiques. En avril 1810, Josef Wronski a épousé Henriette Victoire Sarrazin de Montferrier...

 

Marie-Noémi quitte A. Constant pour l'écrivain et mathématicien Alexandre, marquis de Montferrier (1792-1863) et beau-frère d' Hoëné-Wronski. En 1875, elle épousera le député de Marseille Maurice Rouvier (1842-1911) qui deviendra plus tard ministre du gouvernement de Jules Ferry.

 

Noémie_Constant par J.J._Pradier

Elle expose des sujets mythologiques au Salon de Paris à partir de 1852 d'abord sous le nom de Noémie Constant, puis, à partir de 1864, sous celui de Claude Vignon (personnage de "La Cousine Bette", roman de Balzac). Elle fréquente le club des Femmes d'Eugénie Niboyet, écrit dans Le Tintamarre et Le Moniteur du Soir des feuilletons littéraires sous le pseudonyme de « Claude Vignon »

 

A.-L. Constant a pris le pseudonyme d'Éliphas Lévi, ou Éliphas Lévi Zahed (traduction en hébreu de Alphonse-Louis Constant), et va devenir une grande figure de l'occultisme...

 

« La foi n'est qu'une superstition et une folie si elle n'a la raison pour base, et l'on ne peut supposer ce qu'on ignore que par analogie avec ce qu'on sait. Définir ce qu'on ne sait pas, c'est une ignorance présomptueuse; affirmer positivement ce qu'on ignore, c'est mentir. » Eliphas Lévi

 

Eliphas Lévi, se fait connaître par ses connaissances sur l'Esotérisme, en général … Il donne des leçons à l'évêque d'Évreux, Mgr Devoucoux, sur la Qabbale.

Judith Gautier dessinée par JS Sargent.

 

Comme grand admirateur de Balzac, je note qu'Eliphas Lévi connaît très bien la veuve d'Honoré de Balzac, Ewelina Rzewuska Comtesse Hanska ; elle le reçoit dans son château de Beauregard, à Villeneuve-Saint-Georges, il apprécie la magnifique bibliothèque... Il est très lié également avec Judith, fille de Théophile Gautier et première femme de Catulle Mendès. Quand il tombe malade d'une mauvaise grippe, il quitte Paris et s'installe chez Mme de Balzac... Avec le comte Alexandre Branicki, hermétiste, il aurait réussi quelques expériences probantes du Grand Œuvre dans un laboratoire installé au château... Malheureusement, un an plus tard, Mme de Balzac meurt.

Mlle. Judith Gautier à la Fourberie, JS Sargent.

 

 

Avec Mendès, Judith – elle a 24 ans - rencontre Wagner à Bayreuth. Il s'enflamme pour elle. Judith Gautier inspire à Wagner les « filles-fleurs » de Parsifal. Elle traduira en français le livret...

 

Le_Chevalier_aux_Fleurs_1894_Georges_Rochegrosse

Le tableau représente le moment où Parsifal, héros chaste dont le destin est de reconquérir le Saint-Graal, vient de terrasser les gardiens du château du magicien Klingsor. Il s'éloigne dans le jardin enchanté, sourd aux appels des filles-fleurs, femmes fatales aux corps à peine couverts de fleurs.

Les jeunes filles entourent le jeune homme pour se disputer ses faveurs, mais il se décide finalement à les repousser. Kundry, qui obéit aux ordres du magicien, renvoie les Filles Fleurs et use à son tour de son charme pour tenter de le faire succomber.

L'un des thèmes les plus importants de l'Opéra Parsifal de Wagner est la lutte entre la chair et l'esprit : le magicien Klingsor, incapable de résister à ses pulsions, s'est châtré, et son obsession est de conduire à leur perte les Chevaliers du Graal, par l'intermédiaire des filles-fleurs, les tentatrices.. ( Wiki)

 

Oui... Nous retrouvons Parsifal... Le mythe arthurien revient sur le devant de la scène mythologique du XIXe siècle … Nous en reparlerons ….

Pour le moment, nous faisons connaissance de l'entourage de A.-L. Constant ( E. Lévi) ; qui va impressionner Ch.-L. De Chateauneuf...

El. Lévi - Histoire de la Magie

 

Un climat spiritualiste règne à cette époque...

Gautier en 1866, fait paraître un récit '' Spirite '' ; Mendès en 1869, fait paraître un poème swedenborgien ' Hespérus ' qui évoque des noces spirituelles entre deux âmes complémentaires...

Romantisme et Symbolisme vont faire le lien ; comme dans le salon de Nina de Villard, elle-même passionnée de Kabbale et de spiritisme... Les poètes apparaissent être alors les prophètes chargés de dire l'ineffable, de retrouver la langue poétiques des origines et de hautre Tradition, des correspondances entre '' Ciel et Terre ''… Et, précisément pour E. Lévi, la ''magie'' tente de révéler ces correspondances, et de mettre de l'harmonie dans le monde ...

 

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Robert Houdin, le Roi, et Cagliostro

Publié le par Perceval

Robert Houdin est invité, en ces premiers jours de novembre 1846, à Saint-Cloud pour se rendre devant le roi Louis-Philippe et sa famille...

Le jour fixé un fourgon attelé de chevaux de poste vient de très bonne heure prendre ses bagages et le conduire au château. Un petite scène est montée, et le ''magicien '' installe ses tables, consoles et guéridons, ainsi que les divers instruments de sa séance...

R. Houdin, enchaîne les expériences, qui reçoivent un accueil très favorable : exclamations de surprise, et démonstrations plus expressives encore...

Puis, une expérience composée pour la circonstance acheva de lui concilier tous les suffrages....

En voilà l’explication :

« J’empruntai à mes nobles spectateurs quelques mouchoirs, dont je fis un paquet que je déposai sur ma table. Puis, à ma demande, différentes personnes écrivirent sur des cartes les noms d’endroits où elles désiraient que les mouchoirs fussent invisiblement transportés.

Ceci terminé, je priai le Roi de prendre au hasard trois de ces cartes et de choisir ensuite, parmi les trois endroits qu’elles désignaient, celui qui lui conviendrait le mieux.

—Voyons, dit Louis-Philippe, ce qu’il y a sur celle-ci: «Je désire que les mouchoirs se trouvent sous un des candélabres placés sur la cheminée.» C’est trop facile pour un sorcier; passons à une autre carte. «Que les mouchoirs soient transportés sur le dôme des Invalides.» Cela me conviendrait assez, mais c’est beaucoup trop loin, non pas pour les mouchoirs, mais pour nous..... Ah! ah! fit le Roi en regardant la dernière carte, je crains bien, Monsieur Robert-Houdin, de vous mettre dans l’embarras; savez-vous ce qu’elle propose?

—Que Votre Majesté veuille bien me l’apprendre.

—On désire que vous fassiez passer les mouchoirs dans la caisse de l’oranger qui est au bout de cette avenue, sur la droite.

—N’est-ce que cela, Sire! Veuillez ordonner et j’obéirai.

—Soit! je ne suis pas fâché de voir un pareil tour de magie. Je choisis donc la caisse d’oranger.

Le Roi donna à voix basse quelques ordres, et je vis aussitôt plusieurs personnes courir vers l’oranger pour le surveiller et empêcher toute fraude.

J’étais enchanté de cette précaution, qui contribuait à l’éclat de ma réussite, car le tour était déjà fait et la précaution devenait tardive.

Il s’agissait de faire partir les mouchoirs pour leur destination. Je mis le paquet sous une cloche de cristal opaque, et, prenant ma baguette, j’ordonnai à mes voyageurs invisibles de se rendre à l’endroit désigné par le Roi.

Je levai la cloche: le petit paquet n’y était plus, et une tourterelle blanche se trouvait à sa place.

Le Roi s’approcha alors vivement de la porte, à travers laquelle il porta ses regards vers l’oranger, pour s’assurer que le comité de surveillance était à son poste. Cette vérification faite, il se mit à sourire en hochant légèrement la tête.

—Ah! Monsieur Robert-Houdin, me dit-il, avec une teinte d’ironie, je crains bien pour la vertu de votre baguette magique. Voyons, ajouta-t-il en se retournant vers le fond du salon, où se tenaient quelques serviteurs; que l’on aille prévenir Guillaume (c’était, je crois, un des maîtres jardiniers) de faire immédiatement l’ouverture de la dernière caisse qui se trouve sur la droite de l’avenue; qu’il cherche avec précaution dans la terre et qu’il m’apporte ce qu’il y trouvera,... si toutefois il y trouve quelque chose.

Guillaume ne tarda pas à arriver près de l’oranger, et, bien que très étonné des ordres qui lui étaient donnés, il se mit en mesure de les exécuter.

Il enleva soigneusement un des panneaux de la caisse, en gratta la terre avec précaution, et déjà l’une de ses mains s’était avancée vers le centre de l’oranger sans avoir rien découvert, quand tout-à-coup un cri de surprise lui échappa, en même temps qu’il retirait un petit coffret de fer rongé par la rouille.

Cette curieuse trouvaille, nettoyée de la terre qui la souillait, fut apportée et déposée sur un petit guéridon qui se trouvait près du Roi.

—Eh bien, Monsieur Robert-Houdin, me dit Louis-Philippe dans un mouvement d’impatiente curiosité, voici un coffret. Est-ce que par hasard les mouchoirs s’y trouveraient renfermés?

—Oui, Sire, répondis-je avec assurance; ils y sont et depuis fort longtemps.

—Comment depuis fort longtemps? cela ne peut être puisqu’il y a à peine un quart d’heure que les mouchoirs vous ont été confiés.

—Je ne puis le nier, Sire; mais où serait la magie si je ne parvenais à exécuter des faits incompréhensibles? Votre Majesté sera sans doute plus surprise encore, lorsque je lui prouverai d’une manière irrécusable que ce coffre, ainsi que ce qu’il contient, a été déposé dans la caisse de l’oranger, il y a soixante ans.

—J’aimerais assez vous croire sur parole, reprit le Roi en souriant, mais cela m’est impossible; dans ce cas, il me faut des preuves.

—Que Votre Majesté veuille bien ouvrir cette cassette, et elle en trouvera de très convaincantes.

—Oui, mais j’ai besoin d’une clef pour cela.

—Il ne tient qu’à vous, Sire, d’en avoir une. Veuillez la détacher du cou de cette charmante tourterelle, qui vient de vous l’apporter.

Louis-Philippe dénoua un ruban qui soutenait une petite clef rouillée, avec laquelle il se hâta d’ouvrir le coffret.

Le premier objet qui se présenta aux yeux du Roi fut un parchemin sur lequel le monarque lut ce qui suit:

 

'' AUJOURD’HUI, 6 JUIN 1786, Cette boîte de fer, contenant six mouchoirs, a été placée au milieu des racines d’un oranger par moi, Balsamo, comte de Cagliostro, pour servir à l’accomplissement d’un acte de magie qui sera exécuté dans soixante ans, à pareil jour, devant Louis-Philippe d’Orléans et sa famille. ''

—Décidément, cela tient du sortilège, dit le Roi de plus en plus étonné..... Rien ne manque à la réalité, car le sceau et la signature du célèbre sorcier sont apposés au bas de cette déclaration qui, Dieu me pardonne, sent fortement le roussi.

A cette plaisanterie, l’auditoire se prit à rire.

—Mais, ajouta le Roi, en sortant de la boîte un paquet cacheté avec beaucoup de soin, serait-il possible que les mouchoirs fussent sous cette enveloppe?

—En effet, Sire, ils y sont; seulement, avant d’ouvrir ce paquet, je prie Votre Majesté de remarquer qu’il est également scellé du cachet du comte de Cagliostro.

Ce cachet, qui a joué un grand rôle sur les fioles d’élixir de longue vie et sur les sachets d’or potable du célèbre alchimiste, avait une certaine célébrité.

—Certainement, c’est bien le même, répondit mon Royal spectateur en regardant à deux fois le sceau de cire rouge.

Toutefois, impatient de connaître le contenu du paquet, le Roi en déchira vivement l’enveloppe, et bientôt il étala devant les spectateurs étonnés les six mouchoirs qui, quelques minutes auparavant, étaient encore sur ma table. »

** Texte extrait de : '' Confidences et Révélations: Comment on devient sorcier par Jean-Eugène Robert-Houdin.'' 1868

 

Ch-L de Chateauneuf, sera d'autant plus interpellé par cette expérience que Cagliostro, lui semble être un personnage incontournable dans sa recherche... Beaucoup de frères maçons se réclame de l'Egypte... Et le ''rite égyptien '' alors avancé se rattachait de près ou de loin au Rite Egyptien de Cagliostro (1743-1795) de 1784...

La science ainsi professée n’est pas exempt de diverses manipulations, et l'esprit est fortement sollicité pour discerner – non pas le vrai du faux – mais l'esprit de la lettre... La lettre ne décrit que le sensible ; et ce n'est déjà pas rien … L'ésotérisme n’apparaît alors n'être que l'expression de l'indicible ; et le prendre à la lettre est du même ordre que de prendre une illusion pour de la science … !

 

On retrouve Cagliostro, en Allemagne, obtenant un certain succès avec le Rite Egyptien...

En 1779, Cagliostro fonde en Allemagne une loge maçonnique égyptienne... Il sera au cœur de ce qu'on appelle la querelle du crypto-catholicisme... A la faveur de l’Aufklärung qui se veut un mouvement émancipateur, des intellectuels dénoncent l'imposteur Cagliostro, mais aussi à ceux qu’ils appellent indistinctement « martinistes » ou « illuministes »... Certains suspectent, même, Cagliostro d'être un agent catholique ( et même jésuite …) opposé à un protestantisme défenseur d'une religion raisonnée.

Le contexte maçonnique défend une autre interprétation … : en Allemagne, la Stricte observance templière, alors dominante, se rattache à la communauté chrétienne primitive... Elle maintient vive le souvenir des Croisades, l'influence musulmane et les persécutions des chevaliers templiers par le pape....

La légende dit que Cagliostro, en visitant un souterrain, dans le sud allemand, a trouvé un parchemin vieux de cinq siècles : c'est un manuscrit des Templiers ! Il donnerait au comte la mission de venger l'ordre du Temple et de contribuer au renversement de tous les souverains absolus...

Cagliostro peut devenir ainsi un héros révolutionnaire, comme dans le Joseph Balsamo (1849), d’Alexandre Dumas, où il apparaît comme l’artisan philanthrope, pour la France, d’une révolution démocratique européenne.

 

Ce séjour en Allemagne de Cagliostro ; et son rapport avec les Templiers ; nous le retrouverons avec Wolfram von Eschenbach et son '' Parzival'' dans un prochain article …

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Le monde de la magie au Moyen-âge : -3/.-

Publié le par Perceval

Dans le roman ''Yvain '', le merveilleux accroît son pouvoir magique...

John William Waterhouse - Morgane

Morgane, la fée, fait administrer à Yvain un onguent qui lui vaudra le surnom de 'la sage'. C’est un véritable médicament, capable de guérir la fièvre : «[...] d’un oignemant me sovient/ Que me dona Morgue la sage ;/ Et si me dist que si grant rage / N’est an teste, qu’il ne l’en ost. »

Morgane est savante chez Geoffroy de Monmouth (Historia Regum Britanniae) ; chez Wace (le Roman de Brut) et dans La Mort le roi Arthur, Morgane emmène Arthur sur l’île d’Avalon pour le soigner de ses blessures (épisode déjà présent dans l’Historia Regum Britanniae).

« Une fée est tout simplement une femme plus instruite que la moyenne » (Anne Berthelot, « Magiciens et enchanteurs : Comment apprivoiser l’autre “faé” ).

 

La magie est un art, c’est-à-dire une discipline, un savoir … mystérieux.

Yvain est le héros de l'aventure de la ''fontaine merveilleuse'' ...

Yvain va entrer dans un monde régi par l'enchantement, il se sacrifie pour une Dame ''qui fait la pluie et le beau temps'' et devient le nouveau gardien de la Fontaine... Mais, il partira de chez sa dame, en quête d’aventure, il oubliera qu’il est dans un pays hors du temps et ne respectera pas le rendez-vous avec sa dame, avec la fée...

Voir ici, le détail de cette histoire :

LA FONTAINE MAGIQUE DE BARENTON, OU, LAUDINE ET YVAIN.

Yvain, The Knight of the Lion (ca. 1177)

L’épisode de la fontaine concerne les quatre états de la matière … La pierre est d'émeraude, l'eau, le feu de la foudre et l'air du vent …

L’émeraude creusée qui compose le perron est semblable au fourneau de l’alchimiste et le creuset intérieur équivaut à l’espace que l’alchimie permet de découvrir en soi-même.

Les pierres sont enchâssées dans le sceau d’un anneau... Les anneaux constituent des dons de fées aux chevaliers. Le premier est donné par Lunete, suivante de Laudine, à Yvain. Il lui procure le don d'invisibilité... Différent est l’anneau qu’Yvain reçoit de Laudine, anneau qu’elle remet à son époux lorsqu’il part pour un an à l’aventure. Il a le double pouvoir de le protéger et de lui prouver la fidélité de sa dame.

Lancelot subit une épreuve d’initiation, avec le ''Lit périlleux''. La magie, dans ce cas, ajoute un élément de mystère au merveilleux

Cette valeur initiatique est aussi présente dans l’épreuve du Lit de la Merveille soutenue par Gauvain dans le Palais des Reines, royaume des mères et monde des morts...

Perceval et le cortège du Graal détail

Perceval, pourrait bien, lui, ''percer'' l'enchantement de ces aventures... Il est soumis à la vison d'un cortège – est-ce là un prodige ou un miracle ? - et son ''péché'' est de ne pas poser de question. La queste est bien avant tout une question. Ici, on passe de la ''merveille'' au symbole ; les continuateurs en christianisant l'aventure, vont proposer une mystique du Graal …

En conclusion,  la magie constitue une menace pour l’intégrité et le bonheur de la société et seule la rupture des enchantements peut aboutir à la Joie de la Cour.

Sources : un article de Cristina Noacco ( Université de Toulouse)

 

La magie savante au Moyen-âge, préoccupe l'Eglise ; elle est une forme de l'activité scientifique, et même philosophique : elle a pour objet, la connaissance, la gnose... Le seul fait d'explorer les lois de la nature menace le dogme...

Un bon exemple de cette magie savante est le ' Picatrix ', ouvrage du XIIIe siècle présentée en sa version latine : il s'agit d'un traité de magie et d'hermétisme médiéval,  inspiré par l'alchimiste Jabir Ibn Hayyan (721-815)...

 

L'activité de chercher à connaître, expérimenter … peut fournir une illumination extérieure, qui renvoie à une illumination intérieure de la connaissance de Dieu ; mais cette étude par la gnose, et non par la foi ( cad le ''catéchisme'' encadrée par les clercs...) est suspecte. Les philosophes ( ceux des ''Lumières'') du XVIIIe siècle, devant tant de malhonnêteté intellectuelle, jetteront le bébé avec l'eau du bain …

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Le monde de la magie au Moyen-âge : -2/.-

Publié le par Perceval

Dans le roman de Chrétien de Troyes,'' Erec et Enide '' :

Érec, après avoir chevauché plus de trente lieues en compagnie d'Enide, sa femme, et de Guivret le Petit, son ami, arrive devant un château-fort entouré de tous côtés d'une eau large et profonde. C'est le château de Brandigan. Il appartient au roi Évrain, qui l'a fait fortifier par luxe plutôt que par besoin, car la défense naturelle suffisait. Erec propose aussitôt d'aller y prendre hôtel ; mais Guivret l'avertit qu'il y a là un «mal trespas », autrement dit une mauvaise coutume. Depuis sept ans, aucun de ceux qui s'y sont aventurés n'en est revenu ; on y reçoit «honte ou mort ». D'ailleurs, si l'aventure est périlleuse, elle a un beau nom, elle s'appelle «la Joie de la Cour ». Ce mot achève de décider Erec à demander l'hospitalité du roi ...

 

Dans la dernière partie du roman, au terme de sa quête, Erec tente la terrible aventure dont nul n’est jamais revenu. Il doit vaincre le géant Mabonagrain pour lui permettre de sortir de ce verger d’amour où il est prisonnier.

« Autour du verger il n’y avait ni mur ni haie, mais seulement de l’air. Par un effet magique l’air sur chaque côté assurait la clôture du jardin, si étroitement qu’il était impossible d’y pénétrer, à moins de voler par-dessus, exactement comme s’il avait été entouré d’une barrière de fer. Eté comme hiver, on y trouvait des fleurs et des fruits à maturité. Ces fruits étaient ensorcelés : on pouvait les manger dans le verger mais il était impossible de les emporter à l’extérieur. Celui qui aurait voulu en emporter un n’aurait jamais pu trouver la porte et ne serait jamais sorti du verger avant de l’avoir remis en place. De tous les oiseaux qui peuplent le ciel et qui font le plaisir de l’homme en chantant pour le distraire et le réjouir, il n’en est pas un que l’on ne puisse y entendre, et même plusieurs de chaque espèce. Il n’est pas sur toute l’étendue de la terre d’épice ou de racine douées de vertus médicinales qui n’y soient cultivée, et en abondance. C’est là que par une entrée fort étroite pénétra la foule des gens avec le roi Evrain et tous les autres. Erec chevauchait dans le verger, la lance en arrêt, tout en goûtant le chant des oiseaux qui s’y faisaient entendre. Ils étaient pour lui le symbole de sa Joie, la chose qu’il désirait le plus. […] Erec suivit alors un sentier, seul, sans aucun compagnon, et finit par trouver un lit d’argent recouvert d’un drap brodé d’or, à l’ombre d’un sycomore ; sur le lit il vit une jeune fille, à la taille bien prise, au visage fin, d’une beauté de rêve. »

 

… apparaît, étendue sur un lit et à l’ombre d’un sycomore, une fée.

Le verger est un monde '' autre '', parallèle au réel, régi par l’enchantement...

Pour pouvoir demeurer avec sa dame, Mabonagrain est obligé de tuer tout chevalier qui pénètre dans le verger, afin de prouver constamment qu’il est le meilleur chevalier.

 

Dans le Cligès , Fénice, fille de l’empereur germanique , est promise à l’empereur de Constantinople Alis. Lors de la rencontre publique des promis, la jeune fille tombe immédiatement amoureuse du chevalier Cligès (et réciproquement), qui n’est autre que le neveu de l’empereur...

Cligès et Fenice (BNF 2186 folio 3v)

La « nigromance » de Thessala va permettre à Fénice, bien que mariée, de préserver sa virginité et de rester fidèle, d’esprit et de corps, à Cligès...

Thessala, originaire, comme son nom l’indique, de Thessalie, « où sont feites les deablies, anseigniees et establies », experte à ce titre en enchantements, en sortilèges et en poisons, confectionne une potion épicée qui, correctement filtrée, permet à l’empereur d’assouvir en rêve son désir charnel pour Fénice. Le « philtre » n’induit donc pas l’amour, mais crée, à titre défensif, l’illusion de l’activité sexuelle. L’empereur et la jeune vierge « coucheront dans le même lit, mais durant tout le temps qu’ils seront ensemble, elle sera en sécurité comme s’il y avait un mur entre eux deux. […] Quand il sera profondément endormi, il aura d’elle son plaisir à volonté ; [et] il sera persuadé d’avoir ce plaisir en état de veille, sans être victime d’un songe, d’une tromperie ni d’un mensonge. »

Le breuvage est confié par Fénice à Cligès, qui, tout en en ignorant la vertu, en sert une pleine coupe à Alis, ainsi que le lui a ordonné la mariée. L’empereur se trouve aussitôt envoûté et livré à ses fantasmes. La nigromance, dont le caractère diabolique est sous-entendu,permet paradoxalement à la jeune fille, contrairement à Iseult, de ne pas verser dans l’adultère , ni même d’être véritablement mariée, puisque la consommation du mariage n’a pas eu lieu ! Seul l’esprit de l’empereur est troublé et trompé.

 

 La caractéristique de Thessala est de préparer des breuvages ensorcelés, capables de soumettre l’arbitre de ceux qui les boivent. Chrétien nous la montre à l’œuvre, avec beaucoup de réalisme, avec ses herbes et ses ingrédients, dont on ne met pas en doute les vertus obscures mais efficaces...

La potion ''d'amour'' préparée par Thessala et offerte à Alis au repas de noces, aura comme effet de lui faire croire qu’il possède son épouse la nuit, alors qu’il rêve seulement.

L’effet de la magie est une illusion... Plus tard Fénice boit une potion narcotique qui la fera sembler morte et lui permettra de rester insensible aux douleurs que les médecins du roi Alis lui infligent pour vérifier sa mort. Ensuite, elle pourra vivre cachée dans une tour avec Cligès... Le philtre procure un faux plaisir et une fausse mort. Il est puissant, efficace, mais ne résout pas le problème : il donne un ''faux'' bonheur …

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Le monde de la magie au Moyen-âge avec Chrétien de Troyes : -1/.-

Publié le par Perceval

Pour Pic de la Mirandole ( XVe s), la magie agit par amour : « Les merveilles de l'art magique ne s'accomplissent que par l'union et l'actualisation des choses qui sont latentes ou séparées dans la nature. (…) Faire de la magie n'est pas autre chose que marier le monde »

Par édit royal de 1682, sous Louis XIV, la notion de sorcier ou magicien est supprimée : désormais l'État ne reconnaît plus que des charlatans, des imposteurs, ou des imaginatifs, des fous. Le XVIIIe s. tente de rationaliser la magie. Paris voit défiler de hautes figures de la magie, comme le comte de Saint-Germain en 1763, Franz Anton Mesmer en 1778, Cagliostro en 1785, tous contestés...

 

Pour parler du Moyen-âge, il nous faut un témoin : Chrétien de Troyes (né vers 1130 et mort entre 1180 et 1190) ; l'un des premiers auteurs de romans de la chevalerie, et de la littérature arthurienne en particulier.

Il est au service de la cour de Champagne, au temps d'Henri le Libéral (1127-1181) et de Marie de France (1145-1198), son épouse. Henri part en croisade de 1147 à 1150 ; puis de 1176 à 1181. Marie de France ou de Champagne, est la première fille de Louis VII le jeune roi de France et d'Aliénor d'Aquitaine, ce qui présente la particularité de faire d'elle la demi-sœur à la fois de Richard Cœur de Lion et de Philippe Auguste. Comtesse de Champagne par son mariage, elle assume trois fois la régence sur ses terres. Son fils parti en croisade, va devenir Roi de Jérusalem... Elle participe à la cour lettrée d’Aliénor d'Aquitaine à Poitiers (1170-1173) et protège de nombreux écrivains... Chrétien de Troyes lui dédie son ''Chevalier de la Charrette''.

Le comte Henri était un grand lettré, appréciant tout particulièrement les auteurs classiques, les historiens et les philosophes. Il aimait discuter avec les théologiens de son époque, Pierre de la Celle, Pierre Comestor, Jean de Salisbury notamment.

Pour nous placer dans le contexte culturel, nous serons attentifs au cadre théorique des '' 4 éléments '' :

La théorie des quatre éléments est une façon traditionnelle de décrire et d'analyser le monde. Elle remonte à la Grèce antique ( Aristote) et servit de base à toute la science naturelle du Moyen-âge.

L’univers est composé de quatre éléments : feu, terre, eau, et air, et pour les comprendre il faut envisager les quatre qualités élémentaires : chaud, froid, humide et sec.

Ainsi : le Feu (chaud et sec) ; la Terre (froide et sèche), l'Eau (froide et humide) et l'Air (chaude et humide)...

N'oublions pas, que nous sommes à l’époque des croisades, et que c'est au XIIe siècle en Terre Sainte, et lors de la reconquista en Espagne, que le savoir des Grecs et la théorie aristotélicienne des éléments a pénétré en Occident par l’intermédiaire des Arabes.

Au XVIIIe siècle, lors de l'institution de l’initiation maçonnique : les quatre éléments vont signifier la purification par le feu, l’eau, l’air et la terre. L'initié doit être purifié pour entrer en maçonnerie.

Dans le roman médiéval Perceforest, un épisode fait référence aux quatre éléments :

Le roi Perceforest, voulant symboliser les œuvres du Dieu Souverain dans le temple qui lui est dédié, fait construire un reliquaire « d'or et d'argent et garny d'un fin cristal dont le piet estoit rond » et y place les « quatres élémens ».

Les quatre éléments vont alors lui permettre de matérialiser « la magnificience et la puissance du Souverain Créateur »: « II print premièrement de la terre, qui est le plus pesant des quatres, et en mist dedans le creux du pillier de cristal. Après il y mist de l'eaue, et consequamment il y encloït de l'aer, puis mist de l'oelle especiale dedens l'ampoulle qui estoit sus le pillier. En ceste oille mist de la mesche, puis l'aluma. Ce fait, il s'eslonga ung petit, puis regarda le riche reliquaire, car il lui pleut a merveilles, car l'en y veoit assez clerement les quatres elemens ».

Cette référence aux conceptions scientifiques d' Aristote dans un ouvrage purement littéraire montre combien les quatre éléments faisaient partie de la culture de base des lettrés en cette fin du Moyen Age.

 

Chez Chrétien de Troyes, les lieux magiques de ses romans font référence aux propriétés magiques de l’Air, de l’Eau, de la Terre et du Feu.

  • L’Air enveloppe le verger de la Joie de la Cour.

  • l’Eau versée par Yvain sur la fontaine merveilleuse déclenche l’orage...

  • de la Terre viennent les pouvoirs magiques des pierres précieuses, utilisées toutes seules ou enchâssées dans les anneaux et des plantes mélangées dans les philtres.

  • tandis que le Feu accompagne les rites de passage, sorte d’ordalie païenne, dans le lit périlleux.

 

La magie se situe dans le contexte du merveilleux, d’où elle sort et qui représente son point de référence constant.

C'est ainsi que nous partons en « quête de la Joie » jusqu'à la « quête du Graal »

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Le Chevalier d'Oisemont : mentaliste.

Publié le par Perceval

Le Chevalier d'Oisemont : mentaliste.

Le chevalier d'Oisemont, se présente comme un ''mentaliste'' qui a eu accès aux secrets traditionnels expérimentés par Cagliostro et le Comte de Saint-Germain. Il est reçu avec beaucoup de curiosité dans les salons ; et son discours ésotérique est ponctué de nombreux tours qui ne peuvent qu'émerveiller ceux qui l'écoutent …

The Fortune Teller by George Morland

Peux t-on prévoir l'avenir ? Bien sûr ! Le chevalier – après s'être recueilli - écrit un court texte sur une feuille, la glisse dans l'enveloppe ; qu'il donne et confie à une personne assise autour de la table.

A partir d'un jeu de cartes ordinaire, il fait choisir 1 carte à trois personnes : ici opère le hasard … Chacune pose sa carte côté face, et chacun peux la voir... Il laisse la possibilité de changer sa carte … ! Ici, opère le libre-arbitre !!

3 cartes sont sur la table … Et, sur ces bases opère le Destin... Le Destin est une vaste mécanique qui s'apparente à une opération mathématique qui dépend du hasard, mais aussi du choix personnel.

Le chevalier « pose sur chaque carte choisie le nombre de cartes nécessaire pour amener la valeur de la carte à 10. 10 : la Tetraktys pythagoricienne (1+2+3+4) a le sens de la totalité , de l'achèvement ...etc...

Par exemple, si la première carte choisie est un 4, il pose 6 cartes dessus (6 + 4 = 10), si la suivante est un 7, il pose simplement 3 cartes dessus (7 + 3= 10), si la dernière carte est une figure, il ne pose rien car les figures valent 10.

À ce stade, le chevalier fait remarquer que le nombre de cartes sur la table dépend des choix que ses amis ont faits en prenant leur carte et que s'ils avaient choisi des cartes différentes 1l y aurait un nombre de cartes différent sur la table. Comme pour aller plus loin, il additionne les valeurs des 3 cartes choisies - dans notre exemple 4 + 7+ 10 = 21 - et il pose sur la table 21 cartes. Il retourne la carte du dessus du jeu (la vingt-deuxième) comme étant la carte découlant des choix de nos 3 amis.

Imaginons qu'il s'agisse du 6 de carreau.

The Card Players, 1760 by Pietro Longhi

 

Le chevalier demande à ce que l'enveloppe – confiée tout à l'heure - soit ouverte... A l’intérieur on trouve cette note: « Je peux anticiper la vaste mécanique du Destin, et prévoir avant que le hasard et votre choix opèrent que vous nous conduirez au 6 de carreau ... »

 

* «  Entre nous ... » Le meilleur dans cette expérience, c'est qu'elle fonctionne toute seule. Tout est automatique. Il suffit de rédiger votre note telle quelle, et de placer le '6 de carreau' en trente-quatrième position, et vous êtes prêt. Autre contrainte est de faire choisir les 3 cartes dans les 33 premières du jeu, ce qui n'est pas compliqué car cela représente presque les deux tiers du jeu. ( Sources : Le carnet du mentaliste – de Viktor Vincent - )

 

Vous allez ce soir, décider de l'heure de votre mort... Et ce choix, sera bien confirmé par le Tarot.

Choisissez une heure.... Attention ! Choisissez bien !! On ne recommencera pas ….

Il y aura une imprécision … Vous n'avez que 21 cartes en main... Aussi, si vous choisissez 11h, je ne peux vous affirmer si ce sera 11h ou 23h …

 

Vous choisissez ? …. Disons : 6h

* Nous cherchons à présent la confirmation par le tirage de la carte de la Mort ...

Jan Gerard Waldorp 'Visit to the Fortune Teller,' 1790s

Vous prenez votre jeu de Tarot, avec les cartes classées dans l'ordre, la 1ére face avant le N°I (le bateleur), puis la II, (la papesse)... etc, jusqu'à la carte XXI ( le Monde). Vous retournez le jeu – face cachée, dans votre main gauche. La 1ére carte devient la dernière la n°XXI ( le Monde), vous n'en voyez que le dos …

Vous posez sur la table, votre choix : 6 cartes …, une par une ...

J'interviens : je vous demande de reprendre 4 cartes : 4 comme 4 éléments, 4 saisons … etc : ce qui vous retient à la terre …

Vous reprenez une à une 4 cartes que vous posez une à une sur le tas que vous tenez dans votre main gauche … ( le dos tourné donc)

Puis, je vous demande d'ajouter 13 cartes : 13 étant le N° de la carte de la Mort...

Enfin : vous confirmez votre choix et reprenez 6 cartes ( c'est vous qui aviez choisi 6h...)

 

La carte supérieure qui est posée en face de vous : vous la retournez, et c'est... : La Mort !

** Confirmé ! J'espère que vous aviez bien réfléchi ….

 

Bien sûr, ces exemples ne sont que de petits jeux, qui peuvent annoncer avec le charisme de personnages comme Cagliostro, Saint-Germain, ou même Casanova ; un développement plus spectaculaire qui conduit l'auditeur à douter de son propre scepticisme naturel, et se laisser aller à suivre – en ce XVIIIe s - un discours teinté d'occultisme par exemple ...

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Le Comte Cagliostro et le comte de Saint-Germain

Publié le par Perceval

Au XVIIIe siècle, un illusionniste comme Giussepe Pinetti ( 1750-1803) n'était pas encore considéré comme un artiste respecté... Le magicien lui-même jouait sur l’ambiguïté de ses dons. Ainsi Pinetti se présentait-il comme un homme de science. Il a commencé sa carrière comme professeur de physique ( ou de ''philosophie naturelle'') à Rome dans les années 1770, ses cours étaient agrémentés d’expériences, des ''illusions'' qu'il faisait passer pour des démonstrations scientifiques...

Durant l’hiver 1783, Pinetti présente ses ''expériences'' devant la famille royale à Fontainebleau. Il obtient alors l’autorisation exceptionnelle de les présenter au Théâtre des Menus Plaisirs du Roi. Pinetti a bénéficié aussi de l’appui du Duc de Chartres, cousin du Roi, maître du Grand Orient de France (Pinetti était lui-même franc-maçon). En Allemagne il a même utilisé les réseaux rosicruciens.

 

Cagliostro va se présenter comme un disciple du comte de Saint-Germain...

Ce dernier semble bien mystérieux, il apparaît en 1743 à Londres, où il est connu comme musicien et compositeur, et riche... Soupçonné d'espionnage l'homme disparaît pour Paris, il y tombe amoureux d' Élisabeth d’Alencée, alors qu'elle se marie avec le baron d'Ogny , puis on le trouve en Prusse (1749). En 1758, Le marquis de Marigny, directeur des Bâtiments du roi, l'autorise à s'installer dans le château de Chambord, alors inhabité, pour installer son laboratoire de teinture, et de fabrication de couleurs …

La favorite du roi Louis XV, la marquise de Pompadour (soeur de M. de Marigny), intriguée par ce mystérieux personnage dont son frère lui a tant parlé, l’introduit à la cour, persuadée qu’il aura tous les talents pour divertir le roi.

Le comte de Saint-Germain, est couvert de bijoux, et richement vêtu ... Il parle plusieurs langues, est érudit sur nombreuses disciplines ( une vraie encyclopédie …!). Parfait conteur, il aime relater des épisodes historiques, comme s'il les avait vécu au plus près … !

Moqueur, Voltaire écrit de lui : « C’est un homme qui ne meurt point et qui sait tout. » ( lettre du 15 avril 1760 à Frédéric II)

 « Il me montra une quantité de gemmes et surtout des diamants de couleur, d’une grandeur et d’une perfection extraordinaires. Je crus voir les trésors d’Aladin, possesseur de la lampe merveilleuse ». Selon le baron Charles-Henri de Gleichen, diplomate danois en France, qui a publié dans Mercure étranger, Paris (1813), le récit des rencontres qu’il eut avec Saint-Germain.

« Jamais homme de sa sorte n’a eu ce talent d’exciter la curiosité et de manier la crédulité de ceux qui l’écoutaient. Il savait doser le merveilleux de ses récits, suivant la réceptibilité de son auditeur. Quand il racontait à une bête un fait du temps de Charles Quint, il lui confiait tout crûment qu’il y avait assisté, et quand il parlait à quelqu’un de moins crédule, il se contentait de peindre les petites circonstances, les mines et les gestes des interlocuteurs, jusqu’à la chambre et la place qu’ils occupaient, avec un détail et une vivacité qui faisaient l’impression d’entendre un homme qui y avait réellement été présent. Quelquefois, en rendant un discours de François 1er, ou de Henri VIII, il contrefaisait la distraction en disant : “Le roi se tourna vers moi”… il avalait promptement le moi et continuait avec la précipitation d’un homme qui s’est oublié, “vers le duc un tel.” » Témoignage du baron de Gleichen, lors d'une rencontre avec le comte de Saint-Germain en 1759 à Paris.

La vieille comtesse de Gercy, femme d'ambassadeur, affirme avoir croisé Saint-Germain à Venise, cinquante ans plus tôt, tout aussi jeune et fringuant.

Les rumeurs circulent sur son grand-âge, et sur des expériences qui lui permettraient de faire grossir des perles, ou de transmuter les métaux ...

C. de St-Germain dans la série Outlander

Obligé de quitter la France ( espionnage pour le compte privé de Louis XV et agent ''double''…)...

Il part à Amsterdam pour y rétablir l'ordre des Templiers (!), puis il voyage en Prusse, Russie, Italie, Angleterre, et Autriche (où on le voit souvent à Vienne, au «quartier général des Rose-Croix») et échoue finalement à la cour du landgrave de Schleswig-Holstein, alchimiste fervent.

 

Cagliostro

 

Dans la cellule romaine de Cagliostro, après sa mort fut découvert l’ouvrage hermétique intitulé ‘Très Sainte Trinosophie’, aujourd’hui conservé à la bibliothèque de Troyes et dont il n'existe qu'un exemplaire... Il serait attribué au comte de Saint-Germain ; à moins qu'il ne soit de Cagliostro … ?

 

 

La Très Sainte Trinosophie - Illustrations - Bibliothèque de Troyes
La Très Sainte Trinosophie - Illustrations - Bibliothèque de Troyes
La Très Sainte Trinosophie - Illustrations - Bibliothèque de Troyes
La Très Sainte Trinosophie - Illustrations - Bibliothèque de Troyes
La Très Sainte Trinosophie - Illustrations - Bibliothèque de Troyes
La Très Sainte Trinosophie - Illustrations - Bibliothèque de Troyes
La Très Sainte Trinosophie - Illustrations - Bibliothèque de Troyes
La Très Sainte Trinosophie - Illustrations - Bibliothèque de Troyes
La Très Sainte Trinosophie - Illustrations - Bibliothèque de Troyes
La Très Sainte Trinosophie - Illustrations - Bibliothèque de Troyes
La Très Sainte Trinosophie - Illustrations - Bibliothèque de Troyes
La Très Sainte Trinosophie - Illustrations - Bibliothèque de Troyes

La Très Sainte Trinosophie - Illustrations - Bibliothèque de Troyes

Le docteur Eckert écrira en 1857 : « Les archives de la Franc-Maçonnerie prouvent que M. de Saint-Germain prit aussi part à la grande Conférence Maçonnique tenue en 1785 à Paris, où se trouvaient aussi Lavater, De Saint-Martin, Mesmer, Wöllner, De Gleichen et Cagliostro. »

C de St-Germain

La survivance des Templiers, qui intéresse particulièrement J.L. De la Bermondie, et Jean Sinclair, pouvait être un objectif du Comte de Saint-Germain : Rose+Croix, il était chargé de recruter de nouveaux membres pour la Stricte Observance Templière parmi la noblesse, alors qu'il fréquentait les Cours d’Europe. On cite une lettre adressée par Saint-Germain au comte Goërtz à Weimar ou il écrit :  « J’ai promis une visite à Hanau pour rencontrer le Landgraf Karl afin de travailler avec lui au système de la Stricte Observance, régénération de l’Ordre des Francs-Maçons, dans l’esprit aristocratique, pour laquelle vous vous intéressez aussi si vivement ». Le prince Charles de Hesse, auprès duquel le Comte de Saint-Germain finira sa vie, était Grand Maître de la Stricte Observance.

 

Selon le témoignage du chevalier d'Oisemont, il s'agit à présent d'observer quelques tours de Cagliostro ...

A suivre ...

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Le Comte Cagliostro et sa femme, la belle Lorenza. -2/-

Publié le par Perceval

Le chevalier d'Oisemont est devenu disciple du mage, et – avec l'aide de ses amis Sinclair et de La Bermondie – ils vont tenté de dévoiler quelques-unes des astuces de ce faux magicien Merlin…

Cagliostro affirme posséder une eau de jouvence, sérum de perpétuelle jeunesse qu'il vend aux crédules. Il vend à chers deniers différents élixirs, des pilules, fait des tours de magie et de sorcellerie, et il prétend avoir le pouvoir de faire apparaître les morts.

Selon la Marquise de Créquy, il a soutiré quatre ou cinq cent mille francs à Madame d'Urfé pour une révélation sur le Grand Œuvre. Son succès, prodigieux dans la bonne société parisienne, s'explique par sa personnalité, et parce qu'il a derrière lui une demi-douzaine de gentilshommes qui spéculent sur les effets que ses pouvoirs produisent sur une société aristocratique fortunée et blasée.

A Paris, Lorenza organise des soupers magiques, ainsi celui mémorable qui réunit trente six grandes dames à cent louis par tête, et qui a rapporté au ménage le beau denier sonnant de 86400 livres... La belle Sérafina voit son entourage augmenter, quelques hommes se glissent chez elle, et il s'en trouve qui osent lui parler d'amour.

La chronique a retenu « la demi-passion que Sérafina a éprouvé pour un gentilhomme fort épris d’elle. il se nommait le chevalier d’Oisemont. On dit que, pour la première fois, Cagliostro montra de la jalousie. C’était commencer un peu tard. Il est vrai qu’il n’était plus jeune et que Lorenza était encore dans toute l’efflorescence de ses belles années. Quoi qu’il en soit , il parait avéré que le chevalier obtint des rendez-vous et qu’il sut se faire aimer. »

On dit aussi que Mme de La Motte ( l'instigatrice de l'affaire du collier) , témoin de la chose, marchanda son silence contre son aide pour se concilier Cagliostro...

 

Lors d'un précédent article, je parlais d'Antoine Bertin qui consacra toute son énergie amoureuse à célébrer une " chevalière " : Marie Catherine Sentuary, mariée à un négociant bordelais ( Testart). Elle venait souvent seule à Paris chez ses sœurs ( en particulier Michelle de Bonneuil, muse d'un autre poète : André Chénier. ). La jeune femme est décrite dans Les Amours sous le nom d'Eucharis.

Et précisément, Mme de Bonneuil - esprit libre et aventureux – fut également initiée aux mystères de Cagliostro et aux rites de la maçonnerie égyptienne dont son beau-frère, Jean-Jacques Duval d'Eprémesnil, était l’un des maîtres...

Les deux maris de sa sœur - Jacques Thilorier et Jean-Jacques Duval d'Eprémesnil - , avaient appartenu l’un et l’autre à la loge des Neuf Sœurs..

 

Jean de Sinclair et J.L. De la Bermondie rêvent eux, d'une maçonnerie templière qui retrouverait le climat médiéval, mystérieux, de l'alchimie et de cette quête du Graal, qui était tombée '' en sommeil'' …

L'exemple que donnait à voir Cagliostro, semblait leur montrer la voie …

Face au primat de la raison développé par certains philosophes, que l'on appelle alors ''matérialisme'', un mot va exprimer l'inverse ; il est curieux que ce soit celui de ''mentaliste'' qui est alors choisi... Le ''mentaliste'' est celui dont l'inclination se porte sur la sphère mentale, celui dont le but artistique est l’expression de la pensée...

Le magicien, le sorcier,'' forcent'' les conditions du réel pour déstabiliser le mental de ses interlocuteurs, et les amener à oser imaginer au-delà des limites de ce qu'ils pensaient être le réel ..

Cagliostro, fait sans aucun doute partie de ces ''mentalistes''...

Et, il n'était évidemment pas parmi les premiers... Lucien de Samosate, un grec du IIe siècle, décrit les procédés utilisés par de ''faux prophètes'' pour décacheter secrètement des billets déposés par des fidèles avant la fermeture du temple.

Un moine franciscain, Luca Pacioli (1445-1517), décrit dans ''De viribus quantitatis'' l'utilisation d’un enfant qui avec un code de communication reçoit des informations de manière secrète... Cagliostro utilisera le procédé de l'enfant médium ...

 

Le magicien Hieronimo Scotto, opère à la cour autrichienne de l’archiduc Ferdinand II, entre 1569 et 1582. Le médecin personnel de l’Archiduc, raconte: « je pensais à un huit de coeur, et Scotto me sorti aussitôt cette carte. Oh miracle ! il fit de même avec dix autres personnes présentes. Quelle cartes voulez vous ? demandez t il. Et vous l’aviez aussitôt. »... Ainsi, avec quelques simples démonstrations de cartomagie, Hieronimo Scotto a les faveurs de Ferdinand II, qu'il conseille sur sa politique …

 

Au XVIIIe siècle, nous verrons dans le prochain article, comment et avec qui, le ''mentalisme'' dans l’ambiguïté la plus complète va accompagner des projets où se rencontrent : alchimie, science, ésotérisme et malheureusement aussi escroquerie ...

 

A suivre ...

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