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1945

1945 - Fabrègues – Jouvenel – Sartre – Denoël

Publié le par Régis Vétillard

Toujours dans un contexte d'épuration, Lancelot va apporter son témoignage pour défendre des personnes pour qui il garde - malgré leurs errements qu'il considère compréhensibles - du respect.

Jean de Fabrègues à gauche avec Jean Peyrade ( écrivain scout, journaliste) maréchaliste, puis rallie la résistance gaulliste Jacques Boudet, journaliste et un proche de Bernanos

Ainsi de Jean de Fabrègues, à qui on reproche d'avoir maintenu - après novembre 1942 - son hebdomadaire Demain. Des amis résistants, apportent les preuves de son action aux côtés des prisonniers et il ne sera plus inquiété. Fabrègues reste un catholique de droite. Il s'inquiète de la puissance des « éléments matérialistes et marxistes » et il estime qu'à présent « le monde est engagé dans une immense lutte de valeurs » ; aussi il milite sur l'urgence de définir les institutions nécessaires pour défendre le respect de la personne humaine et assurer une « maîtrise des puissances collectives et des déterminismes matériels. »

Fabrègues craint une vision idéologique de l’organisation de la vie de la Cité, qui éluderait ''le spirituel'' et empêcherait de « voir le réel tel qu’il est ». Il en appelle à ceux qui lui semblent partager cette vision du monde, comme Gabriel Marcel, Gustave Thibon, Étienne Gilson, Gonzague de Reynold. Aussi dans certains domaines Daniel Rops, Daniel Halévy, souvent Thierry Maulnier, Jean Lacroix, Joseph Folliet, François Perroux, Raymond Aron, Jacques Madaule...

Après 1945, il devient rédacteur en chef de l'hebdomadaire France catholique.

Lancelot aime partager avec lui ses lectures de François Mauriac et de Georges Bernanos dont il a été proche dans l'entre-deux-guerres.

 

De même, Bertrand de Jouvenel (1903-1987), réfugié un moment en Corrèze ( aux côtés d'Emmanuel Berl, d'André Malraux et de sa compagne Josette Clotis), puis en Suisse : on lui reproche son interview d'Hitler en 1936 ; mais du fait de sa coopération avec le SR, échappe à l'épuration, mais se voit considéré, selon sa propre expression, comme un « pestiféré ».

Bertrand de Jouvenel 1955

Il a écrit entre 1943 et 1945, un ouvrage majeur '' Du Pouvoir '' qui paraît en mars 45, à Genève. Ce livre est né de la guerre, et du constat que la guerre n'est pas une chose du passé...

 

Le Pouvoir se présente comme une maladie, d'abord sous la forme de tentation, celle de la ''toute-puissance'', puis effective avec le totalitarisme. Très vite, la croissance du pouvoir, le rend irréversible. L'appareil mis en place, son administration s'apparente à « une chambre des machines » , dont les leviers sont toujours plus perfectionnés.

Issue de notre histoire, la démocratie ferait des gouvernants : des organes de la volonté générale ; ce qui peut être malheureusement une duperie, et un moyen de faire accepter leur pouvoir.

La liberté, seule devrait régir nos actions « arrêtée uniquement lorsqu’elle offense les bases indispensables de la vie sociale » (pp. 513-514). Pour Jouvenel, la liberté ne peut être ''un phénomène de masse ''. Il pourrait s'agir évidemment d'une vision toute aristocratique de la Liberté, si elle n'était pas l'attribut de chaque personne.

Jouvenel écrit ces pages, dans un contexte de ''guerre totale'' : où les peuples ont été « décervelés » au profit d’un bourrage de crâne belliqueux orchestré par le Pouvoir.

Jouvenel estime qu'il ne suffit pas de briser Hitler ; puisque, encore, l'Etat ( ou le Pouvoir) se présente comme le responsable du sort des individus.

Pour Jouvenel, les totalitarismes naissent des démocraties. Les sociétés traditionnelles, avec des ''corps constitués'' s'opposaient à un Pouvoir désireux de tout régenter. Un ''esprit libre'' n'a de cesse de dénoncer l’empiétement du Pouvoir.

« La démocratie, telle que nous l’avons pratiquée, centralisatrice, réglementeuse et absolutiste, apparaît donc comme la période d’incubation de la tyrannie » (p 36)

La masse du peuple en effet préfère à la liberté la sécurité. Et c’est bien ce qu’elle attend d’un Pouvoir fort. Jouvenel décrit une machination où Pouvoir et Individu conspirent ensemble à détruire l'harmonie de la Société.

Jouvenel propose quelques solutions dans cette lutte qu'est le ''Minotaure'' : - établir des ''contre-pouvoirs'' ; - suprématie du Droit ( indépendant du pouvoir) ; - affirmation de la ''dignité'' de la personne ( sens de la liberté).

Si le livre est peu commenté en France ; l’écho est important en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.

Salle des centraux ( rue Goujon)

 

En France, suite à sa devenue célèbre conférence du 29 octobre 1945, Jean-Paul Sartre ( 40 ans) est devenu une vedette.

Lancelot a eu la chance d'être présent à Paris, ce soir là. Avec Geneviève, ils croisent dès 20h15 de nombreux groupes, assez jeunes, qui se pressent vers la rue Goujon. Impossible d'entrer dans la salle ; heureusement, une connaissance bienfaisante ( Lancelot marche aidé d'une canne), les infiltre vers les coulisses, et ils trouvent deux places devant la scène. Ils sont près de Gallimard. A 20h30, Sartre n'est toujours pas là ; et la foule semble toujours s'écouler vers le moindre recoin. Même la chaise du conférencier a été subtilisée. Des personnalités s'inquiètent de la situation, on parle d'appeler Police-Secours, sachant qu'à l'extérieur la situation est, parait-il, critique. Vers 21h15, Sartre apparaît. On lui propose de s'asseoir sur la table. Il refuse. Il demande à certains ( mais qui?) de sortir. Bien-sûr, personne ne bouge. La chaleur est intenable ; des personnes se trouvent mal.

Jean-Paul Sartre 1945 Café de Flore

Sartre - il parle sans notes - s'attelle à défendre '' l'Existentialisme'' : « une doctrine qui rend la vie possible... ». Contre les chrétiens, et contre les marxistes ; il affirme l'optimisme des existentialistes.

Une jeune fille s'évanouit. Ne faut-il pas évacuer la salle ? Sartre est encouragé à continuer. Il reprend son cours, sur la nature humaine - qui n'existe pas ( par essence, donc) - et commente de nombreux philosophes. Quelques idées fortes peuvent être retenues : - l'Homme ne se définit que par rapport à ses actions ; - l'Homme se conçoit lui-même, en dehors de lui-même il n'y a rien ; - l'Homme est essentiellement seul, et il est condamné à être libre ; - l’Existentialisme, orientée vers l'action, est un ''optimisme'', un humanisme. Pour Sartre, l'Européen de 1945 est un personnage qui peut se placer au centre du monde, et il est capable de comprendre chacun, qu'il soit chinois ou indien.

Il cite l'exemple du colonel Lawrence, qui « se voyait du dedans et du dehors. ». Personne n'a le courage d'apporter la contradiction ; vivement et sagement, la foule rejoint la sortie.

De nombreux articles dans les quotidiens font état - ce soir là - de la foule, des chaises cassées et des femmes évanouies. Nous apprenons que Sartre apercevant la foule, pensait qu'il s'agissait d'une manifestation hostile des communistes. La presse salue, le sang-froid du conférencier, son magnétisme personnel. Au même moment Julien Benda, au théâtre du Grand Colombier , renonça à sa conférence : la salle était vide.

La popularité de Sartre, grandit avec la parution de son roman ''Les Chemins de la Liberté'' dont 2 tomes sur trois sont parus, mais déjà épuisés.

 

Lancelot apprend, par la presse et avec stupeur, l'assassinat de Robert Denoël, dans la soirée du 2 décembre 1945, au boulevard des Invalides. L'éditeur accompagné de Mme Voilier ( Jeanne L.), se rendait au théâtre de la Gaîté, lorsque qu'un pneu de la voiture éclata. Pendant que Jeanne L. allait au commissariat pour chercher un taxi, Denoël qui s’apprêtait à changer la roue, a été agressé, puis abattu d'une balle dans le dos.

Denoël avait été poursuivi pour délit de collaboration, pour la publication d'ouvrages antisémites ( Céline, Rebatet), mais il semblait tiré d'affaires. On parle de vengeance politique, mais la presse fait plutôt état d'une bande de jeunes spécialistes d’agressions nocturnes qui sévissent dans le quartier, dont plusieurs viennent d'être arrêtés.

Par ailleurs, nous savons que Robert Denoël, séparé officieusement de sa femme, vivait avec Jeanne L. avec qui il était en ''relation d'affaires''. Puis, nous apprendrons que les affaires personnelles de Denoël, laissées dans la voiture ont disparu.

Plus tard, les éditions Denoël, vont devenir la propriété de Jeanne L. , déshéritant sa femme et son fils. Il semblerait que Denoël devait repasser devant la commission d'épuration, et qu'il avait d'ailleurs préparé un dossier à charge sur de nombreux concurrents ( dossier volé dans la voiture !) et craignait de ne plus pouvoir exercer son métier d'éditeur ; aussi il avait pris ses précautions pour transmettre ses parts à sa maîtresse.

Nous apprendrons plus tard encore, que Jeanne Loviton - après la mort de l’éditeur - a contre-signé les parts conservées en blanc par lui, et se retrouvait ainsi en possession des Éditions Denoël.

Chacun sait également que Gallimard convoitait les éditions Denoël ; ce qui sera réalisé, en 1951, quand Jeanne L. les lui vendra.

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1945 - Les savants allemands

Publié le par Régis Vétillard

Un jour, à Baden-Baden, Lancelot reçoit une carte signée K.M., dont le verso est une reproduction de la carte XVII, l’Étoile. Cette fois-ci, c'est avec joie, qu'il retrouve cet assistant de Gentner qui avait dû rentrer dans la clandestinité, alors que son patron était rappelé en Allemagne, parce que trop proche des français. Wolfgang Gentner, depuis 1941, travaillait à l'Université de Heidelberg ; pour achever la construction du cyclotron de Heidelberg, inauguré finalement le 2 juin 1944.

Kurt M. fait part à Lancelot du désir de Gentner, fixé à Heidelberg en zone d'occupation américaine, de rejoindre la zone française.

Lancelot profite du désordre de l'appareil administratif, pour imposer dans le recrutement du personnel scientifique, la candidature de Gentner sur un poste d'enseignant à l'institut de physique de Freiburg, entièrement détruit d'ailleurs, et qu'il faut donc reconstruire.

Cet objectif facilement réalisé ; K.M. revient à la signification de sa carte du tarot. '' L'Etoile '' est l'annonce d'un temps nouveau ; elle évoque Perceval qui, face au Graal, commence à se révéler. La quête a été laborieuse, déroutante ; et si même le château, au matin, s'avère vide ; Perceval a peut-être acquis la sagesse nécessaire pour accéder à nouveau au château du Graal. Dans l'actualité de notre contexte, l'Etoile évoque un nouveau défi, la conquête spatiale.

A côté de la science de l'atome, qui agite beaucoup les esprits, à raison ; un autre chantier mériterait d'être développé, l'aéronautique … K.M. en est persuadé et nous fournit alors de nombreux renseignements sur la station d' Ober-Raderach située près du Lac de Constance et de Friedrischshafen ; et sur les installations de Nordhausen, non loin de Gottingen. Grâce à nos services de renseignements, nous avons pu doubler les américains sur leur propre terrain, ainsi à l'hôtel Wittelsbacher Hof de Bad Kissingen où sont retenus plus de 120 spécialistes allemands avec leurs familles, gardés par des militaires américains; nous avons pu en convaincre quelques uns de nous rejoindre !

Photographie extraite du rapport de la mission Moureu « Sur la station expérimentale de contrôle et de réception des “V2” de Ober-Raderach », (c) Cnes, fonds Barré

Lancelot prévient aussitôt, Henri Moureu (1899-1978) : ce savant alors collaborateur de Joliot qui a mis en sûreté l'eau lourde jusqu'à Bordeaux, avant que le produit soit acheminé en Angleterre ( 1940 - La guerre et l'énergie nucléaire ( l'eau lourde) - Les légendes du Graal (over-blog.net)). En lien avec la résistance, Moureu a analysé les V2 tombés au nord de Paris, pour informer les alliés des armes ''secrètes'' employées par les allemands. Le missile V2 - tombé sur Paris en septembre 44 - avait mis 4 minutes pour effectuer un vol 320 kms. Plus de 1500 V2 sont tombés sur Londres, volant à 5500km/h, ils étaient équipés d' un moteur à turbo pompes de 25 tonnes de poussée, ce qui pour une fusée de 12 tonnes permettrait de gagner 80 km d' altitude. 

 

Moureu obtiendra les autorisations nécessaires, notamment de la part des américains, pour visiter les installations, ramener du matériel en France et procéder à des essais sur site avec des prisonniers allemands. Les français vont ainsi récupérer de nombreux savants et ingénieurs, avec l'objectif de parier sur des recherches spatiales.

Les installations de la station d'étalonnage des tuyères de fusées V2 d'Ober-Raderach, vont être démontées, entre 1947 et 48 puis transférées au LRBA (Laboratoire de Recherches Balistiques et Aérodynamiques) de Vernon où elles seront utilisées dans le cadre des premières recherches françaises en matière de moteurs de fusées. Le LRBA de Vernon, créé en mai 1946, travaillera au projet de la fusée Véronique.

V2

 

Lancelot, lance le fichage systématiques des savants allemands avant leur recrutement. Il s'agit de connaître leurs travaux, et leur action pendant la guerre. Nombreux sont les scientifiques allemands qui offrent leur service. Plusieurs milliers vont être recrutés. Heinz Bringer, Hermann Oestrich, Eugène Sanger, Irène Bredt, Friedrich Nallinger parmi les plus connus permettront de développer les programmes : fusée Ariane (réacteurs), chasseurs Mystère ou Mirage III, missiles SS-10...

A Vernon, ce sera une soixantaine de spécialistes allemands des V2 - dont le directeur ingénieur Otto Müller, expert en guidage et Heinz Bringer (1908-1999), spécialiste de la propulsion qui inventera le moteur Viking des Ariane), Helmut Habermann et Otto Kraehe qui travaillaient sur la base secrète de Peenemünde, en mer Baltique, aux recherches de Wernher von Braun - qui vont directement participer à la mise au point des premiers missiles français.

A son retour en France, Lancelot se lance dans la recherche d'un lieu où installer un premier groupe d'une trentaine d'ingénieurs allemands pour travailler sur les technologies spatiales. Les anciens Ateliers Edgar Brandt offrent un terrain militaire situé sur le plateau à l'écart et au-dessus de la ville de Vernon ( Eure). C'est là que s'installe le Laboratoire de Recherches Balistiques et Aérodynamiques '' LRBA '', qui vient ainsi d’être créé. On travaille alors sur de ''supers V2'' d’une portée de 3600 km, avec une charge utile de 1000 kg.

Ces cerveaux allemands, au service de l'ennemi, travaillent désormais pour la France. Cependant, les premières années, des femmes de ménage sarroises bilingues, avaient mission de consigner tout signe de trahison ou de désertion.

 

Lancelot a l'opportunité de revoir Jean Painlevé; il suivait - avant la guerre – ses conférences, et surtout ses films qu'il présentait au palais de la Découverte ( La quatrième dimension), ou lors d'une soirée où il vit ''Voyage dans le ciel '' (1936).

Jean Painlevé (1902-1989) est le fils de Paul Painlevé ( mathématicien et homme politique), sa mère est morte à sa naissance. Je rappelle que Paul Painlevé était le ''grand'' ami de la mère de Lancelot. Jean fut pionnier en ce qui concerne le cinéma scientifique. Il n'aime pas les spécialistes ( professeur, chercheur...) et préfère la recherche, et l'enseignement par une intelligente vulgarisation ; il s'agit dit-il '' d'honorer le savoir ''.

À la Libération, il est nommé directeur général de la Cinématographie française ; poste qui ne lui convient pas. Il préfère retourner à ses expériences cinématographiques. En 1945, il présente ''Solutions françaises'' un film qui devait être prêt pour 1939, mais qu'il a refusé de montrer pendant l'occupation. Sur une musique de Duke Ellington, il vante les invention des chercheurs français comme Louis Lumière, Paul Langevin, Joliot-Curie...

Dans son ''Voyage dans le ciel '', Jean Painlevé simulait un voyage depuis la Terre jusqu’à la périphérie de la voire lactée. Le film commence par une présentation de la méthode de mesure des distances par triangulation. Puis le voyage débute, de la Terre à la Lune, puis Mars, Saturne, enfin à la limite de notre univers. Le film montre des paysages imaginés (à l'aide de maquettes, d'animations) et formule des hypothèses sur d’autres univers lointains. Il nous fait découvrir quelques lois fondamentales de l'Univers et se termine par des questions philosophiques sur la place de la planète Terre.

Nous profitons alors de quelques notes, sur une séance d'exposé-débat sur un sujet scientifique, qui vont se poursuivre sur le thème de l'aéronautique spatiale.

Lancelot remarque à la lecture du Figaro de ce jour ( 14 Nov 1945) que la fusée ( de type V-2 allemand) n'est évoquée que dans le contexte de la guerre, contre des avions, ou assurant le transport de bombes. A partir des réflexions des ingénieurs allemands rencontrés, Lancelot se fait vite à l'idée qu'à côté des recherches sur l'énergie atomique, se profile la course de l’aéronautique spatiale. Et, il s'agit là d'une quête, car à son propos, les termes utilisés par les savants, ou de ceux qui simplement s'y intéressent, sont de l'ordre de la '' conquête spatiale'' ou de '' l'aventure humaine des temps modernes '', et de ''vieux rêve de l’humanité ''. Lors d'une discussion un peu plus intime, cette aventure peut s’apparenter à une quête spirituelle, qui permettrait de répondre aux questions fondamentales de l’origine et de la nature de l’humanité. 

Beaucoup d'entre nous, ont lu les ouvrages de Jules Verne – notamment De la Terre à la Lune (1865) et Autour de la Lune (1870) – qui avaient la particularité d’être scientifiquement plausibles ; le vol spatial était possible, et aujourd'hui il nous semble à notre portée.

Une fusée, doit s'élever, donc s'opposer à la gravité ; mais cette attraction diminue en prenant de l'altitude. Si le travail nécessaire à l’élévation d’une masse d’un kilogramme à la hauteur d’un mètre, est le Kg/m ; à 3.000 kilomètres d'altitude, il ne faudra plus que 0,462 kg/m pour gagner 1 mètre.

Pour s'élever en altitude, l'avion à hélice - ayant besoin d'atmosphère – ne convient pas pour les hautes altitudes. L'obus ou le moteur à réaction conviennent, le premier demande une vitesse initiale impossible à réaliser et le second a l’inconvénient de transporter son carburant. On pourrait envisager un V2 qui consommerait la très grande partie de son carburant en quelques minutes, un V2 animé d'une grande accélération. S'il atteignait 3200kms au bout de 10 minutes, il devrait obtenir la vitesse de 11,3 km/m nécessaire pour sortir de l'attraction terrestre. On parle aussi de fusée de type ''gigogne'', c'est à dire plusieurs fusées disposées les unes sur les autres, très coûteux et peu pratique... 

 

La question, posée par Geneviève, qui va occuper les esprits ce soir là, est sur la qualité de la force qui propulse la fusée.

La réponse est : C'est la Réaction qui permet la propulsion ; et surtout, il faut bien comprendre que la pression du moteur ne "s'appuie" pas sur quelque chose dans ce phénomène, ( ni sur la terre, ni sur l'air...) : phénomène que l'on nomme action/réaction, selon la 3e loi de Newton sur le mouvement (toute action produit une réaction opposée).

On peut dire que la fusée s'appuie sur l'inertie ou la masse des particules qu'elle éjecte. Ainsi, les forces exercées par la fusée sur le gaz éjecté sont égales aux forces exercées par le gaz sur la fusée.

La propulsion à réaction marche un peu mieux dans l'espace, hors atmosphère.

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1945 - Zone française en Allemagne.

Publié le par Régis Vétillard

Alors que Lancelot suit – via la France – le rapatriement de dix physiciens allemands vers l'Angleterre ( Opération Epsilon) ; il apprend que le 2 mai 1945 - Wernher von Braun et son équipe qui travaillaient pour le compte des nazis sur le programme V1 et V2 – se sont rendus aux américains. Ils rejoindront les États-Unis, le 20 septembre 1945.

Lancelot insiste au sein de son ministère pour que l'armée française puisse intégrer en son sein une section, rattachée au 2e bureau, qui prospecte pour notre compte le recrutement de scientifiques allemands.

Le 17 mai 45, le général de Gaulle, dans une note secrète, ordonne : « Il y aura tout lieu de transférer en France les scientifiques ou techniciens allemands de grande valeur pour les interroger à loisir sur leurs travaux et éventuellement les engager à rester à notre disposition. ».

Aussitôt, une ''section T'' est intégrée à la Première Armée conduite par le général de Lattre de Tassigny. Dirigée par le colonel Gaston de Verbigier de Saint-Paul, elle regroupe des spécialistes militaires chargés de découvrir et d'exploiter toutes les usines et centres de recherche - situés dans la zone française - pouvant intéresser la Défense nationale. Cette zone du sud-ouest de l'Allemagne, abrite un potentiel scientifique important, concentré essentiellement dans le Wurtemberg-Hohenzollern et le sud du pays de Bade.

En parallèle, Frédéric Joliot-Curie, crée au sein du CNRS, une mission ( sous la responsabilité de M. Lwoff assisté de M. Berthelot) pour collaborer avec le section T ( nommée par les alliés ''french FIAT).

Seulement, les américains - plus rapides, plus déterminés, et craignant les sympathies communistes de Frédéric Joliot-Curie, s'emparèrent ( mission ALSOS) - dans la zone française - de matériels et de savants, comme Otto Hahn et de Werner Heisenberg.

La préoccupation principales des investigations alliées, concernait la capture de renseignements sur les recherches nucléaires allemandes.

 

Le 5 juin 1945, lors de la Déclaration de Berlin, les alliés organisent l'occupation de l'Allemagne. Ils n'ont traité avec aucun gouvernement allemand, et le régime actuel ayant été aboli; l'Allemagne se trouve dépourvu de gouvernement. L'état allemand est divisé en quatre protectorats : russe, américain, anglais et français.

En juillet 1945, Marie-Pierre Kœnig est nommé Gouverneur militaire de la Zone française d’occupation en Allemagne. Le quartier général des '' Troupes Françaises d’Occupation en Allemagne '' a son quartier-général à Baden-Baden. Cette zone comprend également les districts ouest-berlinois de Reinickendorf, et de Wedding.

Mandaté par son ministre, Lancelot se rend en zone française. Il constate les destructions dans Fribourg-en-Brisgau : étrange image que celle de la cathédrale de Fribourg qui se dresse en arrière-plan des ruines de la ville.

A Tübingen dont le château a été épargné, Lancelot fait une curieuse rencontre : celle de Friedrich Sieburg (1893-1964), auteur de Dieu est-il français ? (1929), qui dit se souvenir de la comtesse de Sallembier, croisée dans les salons, avant et pendant l'occupation.

Sieburg représente ces personnalités allemandes qui malgré leur engagement nazi, se disent francophiles. Sa liaison avec Louise de Vilmorin en 1933, est connue.

Son livre était devenu un best-seller, des deux côtés du Rhin. Sieburg y honorait la France comme cultivée et aimable, et la critiquait pour son arrogance nationale, fondée religieusement sur Jeanne d'Arc ( une femme...!).

En 1940, Sieburg devenait conseiller à l’ambassade d’Allemagne en France occupée. Il démissionna deux ans plus tard et retourna au Frankfurter Zeitung en février 1943, qui fut cependant interdit en août de la même année. Le château de Sigmaringen, devenu une enclave française et collaborationniste, reçut son ambassade d'Allemagne, avec Otto Abetz et Friedrich Sieburg.

Friedrich Sieburg

Très perturbé par sa ''guerre'', faite de batailles et de réconciliations avec sa deuxième épouse Dorothee von Pückler qu’il a épousée en 1942. Sieburg vit la moitié du temps sur le domaine de Dorothee, le Schloss Rübgarten, et l'autre moitié dans un appartement à Tübingen chez le professeur d'université Paul Kluckhorn. Sieburg précise que Kluckhorn est un spécialiste de la littérature des Xe et XIIIe siècle dans le sud-est de l'Allemagne, et connaît très bien Chrétien de Troyes et bien sûr Wolfram von Eschenbach.

Sieburg ne craint pas de scandaliser en affirmant bien fort que l'Allemagne ne peut accepter sa défaite, elle « ne peut que chanceler entre la grandeur surhumaine et la honte la plus profonde.», selon ses propres mots. Il s'adresse à Lancelot, comme s'il n'était pas ici, un représentant des alliés victorieux : « Ils veulent '' éradiquer '' le national-socialisme, ne sachant pas que ses ''idées '' ne peuvent pas être '' éliminées'' ; peu importe qui les reprendra ! ». Sa vision de l'avenir, semble bien inquiétante, il se dit persuadé que l'URSS prépare la prochaine guerre ''de civilisation'', que devront affronter bientôt, les ''démocraties occidentales''.

Le plus étrange est le parallèle, qu'il fait avec les relations dans le couple. Il attribue les échecs - qu'il semble avoir vécu au cours de deux mariages, en particulier le dernier ( avec Dorothée, née von Bülow et veuve comtesse Pückler) - à la ''femme'' qui serait « un être capricieux et obsédé par ses blessures, un être tourmenté qui devient le bourreau de celui qui ne peut s'empêcher d'y être attaché. » Il explique comment la catastrophe de sa relation avec Dorothée, s'apparente au désastre de la situation politico-militaire de l'Allemagne.

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Denoël – Valéry

Publié le par Régis Vétillard

Paul Valéry, mort.

En avril 1945 ; alors que la victoire engendre l'épuration  et que Jeanne L. cache Robert Denoël dans un petit appartement qu'elle loue; elle annonce à Valéry, son projet de mariage avec Denoël. Nous savons que Valéry est fou amoureux d'elle, alors qu'elle est plus jeune de 32 années.

 

« Ma Bien-Aimée, / Un jour si beau / Le malheur vint / D’entre tes lèvres… / (…) / Ma bien aimée / Ta bouche tendre / Fit un poison / De tout mon sang… / (…) / Ma bien aimée / Trois mots suffirent : / Ce fut pour dire : / Tu dois mourir…

La vie exige / Qu’un autre obtienne / Celle qui fut / La seule Tienne ; (…) »

L’absence habite l’ombre où je n’attends plus rien / Que l’ample effacement des choses par le mien. » 

Trahi, de plus malade, Paul Valéry meurt le 20 juillet. Son enterrement a lieu le jour de l'ouverture du procès du Maréchal Pétain.

 

Jeanne L. connaît Denoël depuis 1943, alors qu'elle prend - à la mort de son père - la tête des éditions d'ouvrages de droit ( les Editions Domat-Montchrestien ). Denoël ( 1902-1945) est fasciné, exalté par son amante ; il la seconde dans ses affaires.

Denoël qui a édité Rebatel, Céline, mais aussi Aragon et Elsa Triolet, est isolé par ses confrères; et plus gravement par ses auteurs sur qui, il comptait... Seule, Jeanne L. se démène pour le sortir d'embarras.

 

Avec le procès de Pétain ; on se contente de refaire l'histoire, celle de la IIIe république et de l'armistice. Blum évoque l'armistice comme « un énorme abus de confiance moral » ; mais surtout, on accuse le Maréchal d'intelligence avec l'ennemi. On parle de la traque et de la cruauté envers les résistants, et trop peu de la déportation des juifs.

 

 

Le 15 août. La sentence de mort rendue sera commuée en réclusion criminelle à perpétuité. Transféré à l'Ile d'Yeu, Pétain y mourra le 23 juillet 1951.

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6 août 1945 – La Bombe atomique

Publié le par Régis Vétillard

Depuis 1939, les découvreurs de la fission nucléaire sont en lice, pour le Nobel. Ainsi, le Nobel de chimie ( 1944) est décerné à Otto Hahn ( mais sans Lise Meitner...!) en novembre 1945. En effet, Otto Hahn identifie que sous l'action des neutrons, le noyau de l'uranium est capable de se scinder en plusieurs fragments, et Lise Meitner comprend et explique le processus physique en jeu, et notamment l’origine de l’énergie libérée lors d’une fission.

Ce prix Nobel venait d'être illustré quelques semaines précédemment par une nouvelle qui frappent de stupeur Anne-Laure de Sallembier, Lancelot et Geneviève. Cette bombe atomique a pris réalité ce 6 août 1945 à Hiroshima ; elle a rasé à 70% cette ville de 310.000 habitants.

Parmi les premières réactions, nous remarquons, la considération portée à '' la bombe '' comme une application scientifique majeure...

Dans un article de France-Soir du 10 août, le scientifique Louis de Broglie ( prix Nobel) écrit : «  Pour la première fois, l'homme a su utiliser au gré de sa volonté une part des énormes réserves d'énergie qui sommeillent au cœur des atomes. ( … ) Une grande étape se trouve ainsi franchie et rien n'empêche d'envisager que, dans un avenir plus ou moins prochain, les hommes ne puissent se servir à leur guise des immenses quantités d'énergie que la matière recèle. Les durs temps que nous vivons font que la première application de cette puissance nouvelle sert à l'augmentation des moyens de destruction, mais on peut espérer qu'une fois maître des énergies intra-atomiques l'homme saura en faire des applications plus bienfaisantes. ( … )

Tout nous fait présager qu'une ère nouvelle va s'ouvrir : l'ère de l'utilisation des énergies atomiques. »

 

Le 18 décembre 1945, Frédéric Joliot-Curie, devenu le nouveau directeur du CNRS et bientôt Haut-Commissaire au Commissariat à l’énergie atomique, exprime devant l’Académie nationale de Médecine, sa foi en la science, malgré l’horreur :

« Hélas ! C’est par le fracas de l’explosion de Hiroshima que cette nouvelle conquête de la science nous fut révélée. En dépit de cette apparition terrifiante, je suis convaincu que cette conquête apportera aux hommes plus de bien que de mal.»

Et, le journal Le Monde, rajoute, le 20 décembre 1945 :« Que le monde fasse confiance aux physiciens, l’ère atomique commence seulement. »

Dans '' France-Soir'' du 4 novembre 45, Albert Einstein s'inquiète du ''pouvoir destructeur de la guerre" ; il considère la bombe atomique comme un danger pour l’humanité, aussi Einstein fait une proposition révolutionnaire: « Je ne crois pas que le secret de la bombe doive être donné à l'Organisation des Nations Unies. Je ne crois pas qu'il doive être donné à l'Union soviétique. (…) Le secret de la bombe doit être confié à un '' gouvernement du monde''(…). Un tel gouvernement doit être fondé par les Etats-Unis, l'Union soviétique et la Grande-Bretagne, les seules trois grandes puissances disposant d'une grande force militaire. ».

Einstein ne pense pas que l'ONU puisse être efficace. De plus, il ajoute que : « on doit en finir avec ce concept de non-intervention » , ce doit même, être « une des conditions de la sauvegarde de la paix ».

« Dois-je craindre la tyrannie d'un gouvernement du monde? Évidemment. Mais je crains encore davantage l'éclatement d'une ou de plusieurs nouvelles guerres », écrit-il dans France-Soir.

Albert Camus, dans son éditorial du 08 août 1945, réagit dans Combat : « le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes, que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. »

 

L'opération Epsilon, que Lancelot a suivi pour le gouvernement français, s'est conclue en Angleterre, dans un manoir de la campagne anglaise, Farm Hall, lieu de séjour des 10 physiciens nucléaires allemands soupçonnés d’être impliqués dans un programme d’armes atomiques nazi – dont Werner Heisenberg, Max von Laue, Otto Hahn et Carl Friedrich von Weizsäcker. Les conversations des ''invités'' ont été secrètement enregistrées. Le 6 août 1945, ils ont du mal à accepter la nouvelle. Otto Hahn culpabilise, Heisenberg n'imaginait pas que les américains puissent être si avancés; il s'enferme dans sa chambre, comment ont-ils fait ?

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Le 8 mai 1945.

Publié le par Régis Vétillard

Dans l'après-midi, les sirènes retentissent et les cloches sonnent. A 15 heures, l’annonce officielle de la capitulation allemande est faite à la radio par le général de Gaulle. Cette annonce, c'est avant tout celle de ''ne plus avoir peur''. Peur d'être arrêté, peur d'être torturé, peur d'être trahi ou dénoncé...

La veille, l'Amiral Donitz, désigné par Hitler pour lui succéder attend près de la frontière danoise, pour négocier avec les anglais et les américains, une paix séparée d'avec l'URSS. Les alliés refusent.

Une reddition allemande est signée à Reims le 7 mai. Staline réclame qu'elle soit organisée à Berlin et le choix du signataire allemand est très discuté.

La capitulation est donc signée le 8 mai, au quartier général du maréchal Joukov en présence du maréchal Arthur Tedder pour le Royaume-Uni, du général Carl Andrew Spaatz pour les États-Unis et du maréchal Jean de Lattre de Tassigny pour la France.

Finalement, c'est Wilhelm Keitel qui signe l'acte de capitulation sans condition à 1h ... le 9 mai. ( Mais les signatures avaient commencé à 23h00 le 8 mai...)

Le maréchal Keitel - surnommé ''Lakaitel ( petit laquais) agent servile d’Hitler – s'était exclamé : « Ach ! Il y a aussi les Français? Il ne manquait plus que cela… ».

 

Cette réaction allemande entraîne Lancelot sur une réflexion à propos des relations malsaines qui se sont tissées entre les allemands et les français, depuis le 21 juin 1940. Keitel était au côté d'Hitler, dans le wagon du train arrêté à Rethondes en forêt de Compiègne, rappel de 1918. En 1940, nous perdions notre souveraineté ; et le général Huntziger ne représentait alors que le maréchal Pétain et le régime de Vichy. En 1940, de Gaulle, appelant à refuser la défaite, était condamné à mort pour trahison.

Aujourd'hui, 8 mai 1945, c'est le maréchal de Lattre de Tassigny qui représente le Général de Gaulle et s'impose, lors de la signature de l'acte final de la capitulation allemande. La France s'affirme du côté des vainqueurs.

La victoire arrogante de l'Allemagne sur le peuple français, nous a contraint soit à la soumission complète, déshonorante, soit à résistance armée. Les allemands ont du faire avec l'une et l'autre attitude. Nous avons signé une armistice et nous avons continué la guerre.

Keitel, a conduit l'armée allemande dans la folie nazie ; il a ordonné une guerre d'extermination, en particulier à l'Est. Il sera condamné à mort au procès de Nuremberg, et pendu.

 

Jean Cavaillès (1903-1944)

30 juin 1945 – Le corps de Jean Cavaillès a été retrouvé dans un charnier, à la citadelle d'Arras. Il y a été fusillé, le17 février 44. Il est l'un des fondateurs des mouvements ''Libération '' nord et sud.

Le jeudi 12 juillet, Lancelot tient à communier au souvenir de Cavaillès, lors d'une célébration au domicile du dominicain Jean-Augustin Maydieu, 29 boulevard de La Tour-Maubourg. Maydieu a fait partie du CNE ( ''le Céné'', créé par Jacques Decour), il y a rencontré J. Paulhan, Cl. Morgan, Edith Thomas, J. Guéhenno, Aragon, Éluard et un an plus tard, de Mauriac, Camus, Marcel et Sartre . Maydieu a été arrêté le 19 mars 1944, à Annecy, alors qu'il devait rejoindre Béguin en Suisse. Il a été libéré par le maquis le 18 août 1944.

Lancelot y rencontre Dominique Dubarle ( autre dominicain) , résistant avec Maydieu, ami de Gabrielle Ferrières la sœur de Jean Cavaillès dont il est le légataire. Esprit étonnant que Lancelot regrette de ne pas avoir connu plus tôt, ses questions sur les sciences sont fascinantes parce que porteuses d'immenses possibilités qui questionnent l'humain dans son essence. De plus Lancelot ressent l'impression que Dubarle a précisément déjà réfléchi en profondeur aux questions que lui-même se pose ; comme celui du regard que nous posons sur le Monde, Dieu, nos responsabilités en fonction de la nouvelle vision scientifique.

Le père Dubarle, excellent connaisseur de la logique mathématique, collabora occasionnellement avec Louis Leprince-Ringuet sur des problèmes de physique nucléaire. Il contribua à faire connaître la cybernétique en France dès 1948 et écrivit un essai sur Norbert Wiener.  

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1945 - Sigmaringen

Publié le par Régis Vétillard

Le printemps 1945 ; c'est la ''campagne'' d'Allemagne jusqu'à la chute de Berlin ; c'est la fin des ''marches vers la mort'' durant lesquelles les nazis évacuent les camps de concentration, sauvegardant une main-d’œuvre pour leurs usines militaires. C'est « le crépuscule des dieux du Reich, et l'aurore des captifs... »

Lancelot avait rencontré Jean Luchaire en 1921... et par son intermédiaire Otto Abetz à Pâques 1930 au cours des rencontres franco-allemandes de Sohlberg. Devenu le directeur de '' Notre Temps '' il était favorable pour négocier avec Hitler, éviter la guerre à tout prix. Sa fille Corinne Luchaire avait obtenu un contrat avec l'Universum Film AG, après la visite de Ribbentrop à Paris en décembre 38. Il affirme encore qu'Hitler ne veut pas la guerre; pourtant elle le surprend alors qu'il est au sanatorium d'Assy.

A Vichy, Luchaire expliquait à Lancelot, qu'il a mission de sonder les intentions de l'occupant et renseigner le gouvernement français. Luchaire se voyait faire le lien entre Laval et Abetz.

A Paris, il s'est mis au service des exigences allemandes en matière de presse ; presse en zone occupée qu'il contrôlait. Il est devenu rédacteur en chef du Matin et fonda le journal collaborationniste Les Nouveaux Temps.

Il a quitté Paris avant sa libération pour rejoindre, avec Déat et de Brinon, Pétain à Sigmaringen.

Château de Sigmaringen

Von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich, imagine encore opposer un « gouvernement légal » à celui de de Gaulle. Il place à sa tête Fernand de Brinon, chef de cette ''Commission gouvernementale '', il est assisté de Joseph Darnand, secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Marcel Déat, ministre du Travail, Eugène Bridoux, commissaire aux prisonniers de guerre, et Jean Luchaire, commissaire à l’Information.

Hitler ordonne « d’opérer le transfert du chef de l’Etat ( Pétain), même contre sa volonté. » en Allemagne, dans le château de Sigmaringen, dans le Bade-Wurtemberg. Il y arrive, avec sa femme, le 8 septembre 1944. Il feint d'y être prisonnier, et ignore la commission gouvernementale. Laval le rejoint le lendemain. Vont le suivre, des milliers de miliciens, des collabos de tout genre avec leur famille.

De Brinon, prend très au sérieux, son rôle de chef d'une sorte de gouvernement en exil. Il projette de créer des maquis et de former des agents de renseignement. Chacun se pense investi d'une autorité, alors qu'ils n'ont plus aucun pouvoir !

Libération__18 décembre 1944

Jean Luchaire est arrivé avec sa femme, sa maîtresse et sa fille. Il dispose de beaucoup de moyens ( fournis par Otto Abetz) et de personnels pour animer sa radio et son journal '' La France ''.

Les dignitaires hôtes du Château savent qu'ils seront jugés. Le 9 novembre 1944, ils apprennent la condamnation à mort de la mort de Georges Suarez, qui dirigeait le journal pro-allemand ''Aujourd’hui''. Pourtant, on espère la division entre gaullistes et communistes, on rêve d'une coalition avec les nazis contre les soviétiques. On imagine une nouvelle arme du Reich. Et, on apprend, le 16 décembre 44, que les allemands ont lancé une grande contre-offensive dans les Ardennes.

Mais, début 45, les panzers subissent de lourdes pertes.

Le 22 février, Doriot, près de Sigmaringen est mitraillé dans sa voiture, par deux avions.

Pétain craint d'être accusé, dit-il, d'avoir « cherché refuge en terre étrangère pour me soustraire à mes responsabilités. » comme il l'écrit à Hitler. Darnand, le 11 avril, rejoint une poignée de miliciens dans les Alpes. Le 18, à la suite de responsables allemands un millier de Français quittent précipitamment la ville. La gestapo évacue Pétain le 21 avril vers Wagen puis le château de Zeil. Pétain refuse de fuir encore, et souhaite attendre les alliés. Le 24 avril, excédés, les allemands le remettent, lui et son entourage, aux autorités suisses. Le 26, Philippe Pétain se livre aux autorités françaises à Vallorbe.

Jean Luchaire, a gagné Merano où il sera arrêté, le 22 mai 45, par la police alliée en Italie. Sa fille, Corinne Luchaire, est arrêtée le lendemain ... Jugé à partir de janvier 46, il sera condamné à mort, et sera exécuté au fort de Châtillon le 22 février 1946, au côté de Jean Sablé-Teychène, un policier de la Gestapo française, tortionnaire de résistants.

 

L'issue de la guerre, sera t-elle conditionnée par la mise au point, de la part d'un belligérant, d'une bombe atomique ?

De sources russes, on parle d'essais nucléaires sur l’île de Rügen dans la mer Baltique, de la part des allemands ( mars 1945).. Il faut espérer que l’Allemagne soit limité par sa quantité de matériaux fissibles, comme l'uranium enrichi.

De 1939 à 1944, les alliés ont mené plusieurs opérations secrètes pour empêcher Hitler de mettre la main sur les stocks d’eau lourde en Norvège.

On sait, que des physiciens allemands ont réussi dès 1941, à construire ( à titre expérimental) des piles atomiques capable de produire de l'énergie

 

Lancelot après de gros efforts de rééducation a récupéré plus que prévu. Il marche aidé d'une canne, et doit lutter constamment contre la douleur ; avec Geneviève et Elaine, ils rentrent dans leur appartement à Paris. Anne-Laure de Sallembier reste à Fléchigné, qu'elle ne quittera pratiquement plus. 

En 1945, après avoir rencontré le ministre André Diethelm, Lancelot retrouve un poste au 5e bureau de l'état-major des armées du Ministère de la Guerre ; en charge plus particulièrement de la politique française d'occupation en Allemagne.

De Paris, Lancelot est mis dans le secret de l'opération Epsilon, pour assurer le suivi avec le ministère, qui consistait au rapatriement, sous responsabilité américaine, de dix physiciens allemands vers l'Angleterre. Ils devaient être emmenés en bus de Heidelberg en France, via Metz, Reims. De Reims, ils sont transportés en avion à Paris, puis Versailles et le 9 mai 1945 au château du Grand Chesnay. Parmi eux se trouvent, un personnage clé : Heisenberg, directeur de l’Institut Kaiser Wilhelm de physique de 1942 à 1945.

Patriae Impendere Vitam - Insigne des troupes d'occupation en Allemagne ( TOA) - L'épée fracasse la croix gammée nazie.

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La Complainte du Partisan

Publié le par Régis Vétillard

Évoquer ( précédemment) Emmanuel d'Astier, c'est alors l'occasion de se tourner vers une autre personnalité, à l'antipode de son parcours : Gaston Bergery ( 1892-1974). Leur point commun est une femme, Lioubov Krassine (1908-1991) citoyenne soviétique, qui épousa Bergery en 1927, et d'Astier en 1947.

Lancelot connaît assez bien Bergery, licencié en droit. Il habite, 29 rue de Bourgogne, (7e). Dandy, ambitieux, plutôt froid, souvent ironique ; il fréquente les mêmes milieux que Berl et Drieu la Rochelle qui s'en inspire pour décrire le personnage de Clérences.

Après le parti radical, il est à la recherche politique d'une troisième voie.

Louba Krassine - fille du premier ambassadeur en France de la nouvelle URSS - avait seize ans quand elle rencontra le jeune avocat. Son père, l'ambassadeur des soviets à Paris, était un grand bourgeois, ingénieur, rallié à la cause de la Révolution, qui recevait la société parisienne avec faste. L'une de ses ravissantes filles, Louba, devint la femme de Gaston Bergery, en 1927, très fier de pouvoir la présenter à son entourage de gauche. Ils divorcèrent l'année suivante.

Dans les années trente, Lancelot se souvient que Jean Hugo était vraisemblablement très amoureux de Louba Krassine, alors même qu'elle était la meilleure amie de Frosca Munster, son grand amour...

Gaston Bergery soutient Léon Blum, en 1936. Il est pacifiste, munichois ; et après la défaite promeut un « ordre nouveau, autoritaire, national, social, anticommuniste et antiploutocratique ». Acteur de la collaboration, il souhaitait établir un parti unique, ce que refusait les allemands. Il est l'ambassadeur de Vichy à Moscou ( avril 41), puis à Ankara (juin 1942).

Anna Marly

Pendant ce temps, Louba Krassine rencontre à Londres, Anna Marly exilée russe, chanteuse et guitariste.

En 1943, un soir, Louba, devenue la maitresse d'Emmanuel d'Astier, réunit dans son appartement Anna Marly et Joseph Kessel. Anna propose une chanson qu’elle destine aux combattants russes assiégés dans Stalingrad et qu’elle a titré Guérilla Song. Kessel et Druon en feront l'inoubliable Chant des partisans.

Parallèlement, Emmanuel d’Astier écrit les paroles de La Complainte du Partisan dont Anna Marly compose la musique et qui sera reprise par Leonard Cohen en 1969.

En désaccord avec De Gaulle, Emmanuel d'Astier quitte le gouvernement ; il est alors proche des communistes et fonde Libération, comme quotidien. Le 19 août 1944, Libération s'était installé dans les locaux de Paris-Soir rue du Louvre, avec une rédaction en majorité communiste.

D'Astier, va divorcer de l'américaine France Temple qu'il a épousé à Paris en 1931. Et, le 9 août 1947, il se remariera avec Louba Krassine.

 

Avant que Drieu ne tire sa révérence, le 15 mars. Il apprend le 19 janvier, la condamnation à mort de Robert Brasillach, fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge.

«  Vous avez beau dire : ce qu'il y a de meilleur en France ne se console pas de la destruction d'une tête pensante – aussi mal qu'elle ait pensé. N'existe-t-il donc aucune autre peine que la mort ? » ( Mauriac, le Figaro du 24 janvier 45).

La question de la responsabilité de l'écrivain est médiatisée, et taraude Drieu.

Difficile, se questionne Lancelot, de ne pas prendre extrêmement sérieusement l'engagement de ces intellectuels qui allaient jusqu'à réclamer eux-mêmes, la peine de mort pour des millions de morts parce qu'ils étaient juifs.

Lancelot se souvient de ces dernières conversations, avec Drieu, à propos de Judas, l'apôtre condamné pour son rôle essentiel, mais conduit, dit-on, par l'argent. Pour Camus, la situation de l'homme absurde peut être présentée au travers de Don Juan, ou Hamlet. Pour Drieu en août 44, c'est par Judas.

Il se souvenait du livre de Claudel, auteur qu'il admirait, '' Mort de Judas '' publié en 1933. Dans ce texte, Claudel livre un plaidoyer en faveur du pêcheur Judas. La faute de Judas serait de rester dans l’orgueil et dans le péché d’Adam. L’arbre de la pendaison rappelle l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Maurras après sa condamnation, s'en prend à Claudel qui qualifiait Judas de maurassien. Maurras tente de lui montrer que ce sont les autres apôtres qui le sont ; et que Judas c'est Claudel !

Judas, disait Drieu la Rochelle, a trahi - nous le savons bien, fondamentalement - non pour de l'argent, mais pour révéler la nature divine du Christ. Et bien, lui, Drieu, aurait trahi pour annoncer la dimension européenne du patriotisme ; et cette dimension pouvait s'élaborer dans le cadre de la collaboration avec l’Allemagne nazie. « J’ai toujours été nationaliste et internationaliste en même temps, (...) mais dans le cadre de l’Europe. »

Drieu appréciait beaucoup d'échanger sur la spiritualité. Il disait encore : « je veux surtout me délivrer de cette trivialité de la politique dont je me suis affublé. »

Charles Maurras, a été condamné à la réclusion perpétuelle.

Rentré en France, Gaston Bergery est arrêté le 25 octobre 1945 et aussitôt inculpé d’intelligence avec l’ennemi. En février 49, Gaston Bergery bénéficiera d’une relaxe pure et simple.

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1945 - Suicide de Drieu la Rochelle.

Publié le par Régis Vétillard

Vendredi16 mars : Drieu la Rochelle a été trouvé mort dans la matinée, au 23 rue Ferdinand, dans un appartement de Colette Jéramec. Il a succombé à une dose massive de somnifères et une asphyxie au gaz d'éclairage. Une instruction venait d'être ouverte contre lui, et le considérait comme en fuite. il meurt dans les bras d'une juive, Colette prévenue par Gabrielle, sa cuisinière-gouvernante..

Mauriac ne pouvait pas ne pas réagir à la mort de celui pour qui, il avait une certaine considération. Il le considérait comme un « enfant perdu que nous n’avons pas été dignes de sauver ». Mauriac avait célébré '' Blèche'' de Drieu (1928), beaucoup aimé – comme Lancelot d'ailleurs - '' Gilles '' : un livre « essentiel, vraiment chargé d’un terrible poids de souffrance et d’erreur ».

Drieu est passé de sa recherche d'un néo-socialisme à poigne, à l'engagement dans la collaboration. Mauriac dans le Figaro écrit que Drieu ne pardonnait pas à la France, sa faiblesse. Et comment, alors, lui-même a t-il pu céder « au vertige du vaincu que grise l'odeur de son vainqueur. » ? Puis, « il découvrit que ce vainqueur bien-aimé était lui aussi un faible, que le Grand Reich n'était pas si grand devant la Russie soviétique. »

Cependant, Lancelot fait partie de ces quelques uns qui gardent un certain respect et même un peu d'amitié pour celui qui rêvait d’être un Viking. Lui-même, nous exhortait : « Soyez fidèles à l'orgueil de la résistance comme je suis fidèle à l'orgueil de la collaboration. Ne trichez pas plus que je ne triche. Condamnez moi à la peine capitale. Nous avons joué. J'ai perdu. Je réclame la mort. » ( Drieu la Rochelle - Récit secret (1944, rendu public en 1961) )

C'est insuffisant, bien sûr, mais Drieu a aidé André Malraux, et précisément Clara sa femme d’origine juive, il a sauvé Jean Paulhan arrêté par la Gestapo en 1941, alors que l'on venait de trouver chez lui, la ronéo servant à l'édition clandestine des ''Lettres Française''.

Août 1944 : Emmanuel d'Astier, un ami de Drieu, devenu ministre de l'intérieur dans le GRPF est venu lui proposer de le faire passer en Suisse. Voyage sûr, dans une voiture du ministère. Il a refusé.

Je profite de le nommer, pour évoquer Emmanuel d'Astier de La Vigerie ( 1900-1969). Il a partagé avec Drieu, beaucoup de ses errements de l'entre-deux-guerres, et cependant, dès 1940, il s'est refusé à entériner la défaite, il a dénoncé l'accord entre Pétain et les nazis, pour se retrouver finalement du côté de la résistance.

D'Astier après avoir démissionné de la marine, s'était essayé dans une carrière littéraire, avant de devenir journaliste, soutenu par Drieu, d'abord dans l'Action Française, puis à l’hebdomadaire Marianne sous la direction E Berl. Il rejoint la gauche, admire Doriot, dans les années trente.

Je m'interroge sur les causes d'un tel engagement dans la résistance ; aussi remarquable, qu'il est précoce, immédiat. En général, l'antériorité du combat politique l'explique, pourtant ce n'est pas suffisant. Peut-être, observe t-on, dans une telle occasion, une modification brusque de l'environnement social de la personne ; une réaction émotive forte, la sensation d'un écart trop important entre le nouvel ordre du monde imposé et ses propres valeurs, et enfin le désir, de passer à l'action directe ? Tout ceci était réuni pour Emmanuel d'Astier.

Après plusieurs autres mouvements, il crée avec Jean Cavaillès le mouvement ''Libération-Sud''. Dans la clandestinité, il est 'Bernard', puis 'Merlin'. ... !

''Libération'' est l'un des premiers mouvements de résistance, c'est aussi un journal : 53 numéros paraissent dans la clandestinité, pour condamner le régime de Vichy qui a trahi. En quoi... ? Le premier point de rupture a été l'armistice ; ensuite il a collaboré politiquement, militairement, économiquement, Vichy a parié sur une victoire allemande, et accepté la domination hitlérienne. ''Libération '' a critiqué également l'idéologie de la ''Révolution Nationale'' et lui attache la persécution des juifs, des francs-maçons, la censure, la suppression des libertés...

Emmanuel d'Astier, très grand, le visage droit, le profil rectiligne, en impose ; il a du charme et du charisme. Il écoute, essaie de comprendre son interlocuteur. Il attire la confiance, et devient le chef respecté par la pratique des responsabilités au jour le jour.

En novembre 43, il part pour Alger, réclamer, à de Gaulle, des armes pour la résistance. Cadre de la résistance, il fait partie du Gouvernement Provisoire de la République (GRPF) .

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Août 1944 : Valéry - La résistance à Fléchigné.

Publié le par Régis Vétillard

Paul Valéry et Jeanne L. (Jean Voilier)

Le 1er août 1944, Anne-Laure de Sallembier et son fils, sont invités dans les jardins de la demeure de Jeanne L., 11 rue de l'Assomption, pour entendre la lecture d'une pièce que Jeanne appelle '' le troisième Faust'' , et que l'auteur, Paul Valéry, nomme ''Lust'' ( idéal en allemand, idéal féminin) et qui est tout à la gloire de sa maîtresse. Les invités échangent dans le jardin; beaucoup de gens ''bien'', comme Duhamel dont on dit qu'il « tient en respect les forces maléfiques » - Anne-Laure apprécie beaucoup sa femme, Blanche Albane célèbre actrice dans les années 1920 - Mauriac est absent. Duhamel est de formation scientifique, et Lancelot profite également de la présence de Louis de Broglie pour l'interroger sur la genèse de la mécanique ondulatoire.

Lancelot a retenu, en particulier, que Louis de Broglie a profité de l'analogie entre le principe de moindre action en mécanique et le principe de Fermat en optique pour formuler la mécanique ondulatoire. Ce serait intéressant d'en reparler, car cela met en valeur, - pense Lancelot - à la place d'un langage mathématique sous forme d'équations différentielles, un système de formulations ''élégantes'' exploitables en science et en philosophie. Paul Valéry ne pourrait qu'apprécier...

11 rue de l'Assomption Paris

 

Si chacun, ici, reconnaît Jeanne L. dans Lust, et peut-être Valéry dans Faust ; que penser de Robert Denoël, présent également et nouvel amant de cette femme ambitieuse ? Lust pourrait bien finalement, tomber dans les bras du ''disciple''.

 

Faust - transporté à l'époque moderne - est l'intellectuel qui se voudrait le maître de sa secrétaire, et qui se venge ; elle qui - si elle ''n'est pas là pour comprendre'' - interroge le sens du message, le commente, ironise... Lust répond avec son rire, son corps. C'est parole contre parole.

Faust - mythe

Deux personnages interviennent, Méphisto ( ridicule, avec un esprit médiocre, ordinaire) et le disciple auquel Faust se confie : « revivre, ce n'est plus vivre ».

Mais, Faust découvre un moment de plénitude : « Je respire ; et rien de plus, car il n’y a rien de plus. Je respire et je vois (...). Mais ce qu’il y a peut-être de plus présent dans la présence, c’est ceci : je touche (...) » Et, Lust devient '' l'autre '' : « Viens faire un tour dans le jardin », murmure Faust » ( le jardin, la femme, le fruit, l'arbre, le serpent...).

Lust tient tête à Méphisto et se dérobe (?) à l’amour banal du Disciple.

Cette pièce inachevée, se termine ici par un Faust qui meurt d'amour. « II dépend de ton coeur que je vive ou je meure / Tu le sais à présent, si tu doutas jamais / Que je puisse mourir par celle que j'aimais. »

 

Après qu'une jeune femme, accusée de '' collaboration horizontale '' avec l'ennemi, ait été molestée; Geneviève a été dénoncée et inquiétée pour avoir eu une relation avec un officier allemand.

Au mois d'août 1944, Lancelot et Geneviève enceinte, ont rejoint Fléchigné. Avec l'accord d'Anne-Laure, ils ont pris la décision d'organiser très rapidement leur mariage. Il eut lieu dans l'intimité.

Ils assistent de loin à la libération de la Normandie …

Il a fallu attendre, après le 6 juin, que l'armée américaine du général Patton perce les lignes allemandes à Avranches. Le 3 août 1944, elle libère Rennes. Ensuite partagée en trois, un corps d'armée reçoit l'ordre d'établir des têtes de ponts à Mayenne, Laval pour prendre les Allemands à revers.

Le 5 août, les américains sont à Mayenne, qu'ils libèrent.

De plus près, la comtesse de Sallembier, son fils et leurs employés soutiennent l'intendance du maquis Fleury.

Tout se précipite alors, les soldats allemands sont harcelés. Trois d'entre eux sont tués route d’Izé à Bais en début d’après-midi ; en représailles, les Allemands encerclèrent dans la nuit le village de l’Aubrière situé à 500 mètres de Bais. Le 5 août, dans une ferme appartenant à un cousin de notre famille, Albert Vétillard, lui et quatre autres personnes sont désignés comme otages. Alignés, battus et fouillés, ils sont froidement abattus.

Le 6 août, à proximité de Fléchigné, des résistants du groupe Fleury tendent une embuscade sur la route au lieu-dit la Nivelaie, en tirant un fil de fer en travers de la route. Une moto ennemie arrive et heurte le fil de fer. Le conducteur chute, se relève et essuie les tirs des maquisards. Après avoir fait demi-tour, il revient accompagné d'une automitrailleuse, qui oblige les résistants à décrocher, après un cours mais violent engagement au cours duquel Edouard Lemée est tué.

Le 12 août au matin, Alençon est libérée par la 2e Division Blindée française du Général Philippe Leclerc de Hauteclocque.

 

De retour d'une promenade aux Tuileries, le 11 août 1944, Drieu la Rochelle a tenté de se suicider. Il travaillait - avait-il dit - sur une pièce concernant Judas. Il s'interrogeait sur le rôle que le traître devait maintenir pour que les choses s'accomplissent. Judas nécessaire, mais Judas méprisé. Pour Drieu, une des valeurs supérieure qui légitimerait sa trahison, serait la dimension européenne du patriotisme nouveau. Drieu est un précurseur, et son suicide semble pour les jeunes générations, une réponse à cette phrase qui ouvre l'essai de Camus '' Le Mythe de Sisiphe '' : « Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide ? »

Découvert par sa femme de ménage, c'est Colette Jéramec ( sa première femme) qui l'a conduit à l'hôpital américain.

Drieu la Rochelle

Quelques semaines auparavant, Lancelot, avait noté quelques idées de sa conversation. Il se disait vexé « de l'incapacité du fascisme, de l'incapacité allemande, de l'incapacité européenne. » Il parlait souvent de la mort, il avait commencé à vivre ''l'heure de la mort''. Elle lui devenait « merveilleusement, délicieusement familière. »

De sa difficulté de croire en Dieu, il disait : « Impossible d'imaginer l'infini créant le fini... Pourquoi le parfait rêverait-il de l'imparfait ? Pourtant, c'est l'explication la moins impossible. Mais l'Infini n'a pas besoin du fini pour se concevoir ; il n'a pas à se concevoir. »

L'idée de la survie de l'âme individuelle lui paraissait, enfin, lui paraît ( il n'est pas mort...), vulgaire. Se confronter à la mort, volontairement ou non, ne consiste pas à s'interroger sur la question de perdre ou sauver son âme : « Ce que je sens de spirituel en moi, d'immortel, d'inépuisable, c'est justement ce qui n'est point particulier. J'ai toujours eu le sentiment, dans mes moments de plénitude, de lucidité, que ce qui compte pour moi, en moi, c'est ce qui n'est pas moi, c'est ce qui en moi participe à quelque chose d'autre que moi. »

 

Si la rivalité entre Giraud et De Gaulle tourne à l'avantage de De Gaulle ; beaucoup s'inquiètent de la volonté des communistes de s'imposer dans la résistance pour prendre le pouvoir. Les communistes ne souhaitent pas seulement la libération du territoire ; mais aussi le pouvoir de conduire le peuple vers une idéologie, elle-même totalisante ; ainsi ce tract, dans lequel le PC se dit être « le parti qui, guidé par le marxisme-léninisme et par l'enseignement de Staline, a su dégager ce que représente la nation comme facteur de libération humaine. »

La nouvelle du succès du débarquement de Provence, le 15 août, a déclenché l'insurrection à Paris.

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