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Articles avec #perceval tag

L'Histoire de Lancelot, du pays de Passais -5- La Légende arthurienne

Publié le par Perceval

Pour nous, lecteurs, c'est au XIIe siècle que tout commence... C'est le temps de la transcription des légendes arthuriennes.. Elles deviennent mythes ( avec le Graal...), parce qu'elles sont l'expression mystérieuse d'une ''foi'' en ce temps là.... Je dis ''légendes'', parce qu'elles s'appuient sur des personnages, sur des lieux, qui ont laissé des traces...Il suffit de se promener autour de chez soi, pour rencontrer leurs sépultures, les localités, ou les châteaux où ils ont vécu, les chapelles ou églises qu'ils ont fondé...etc

Quand un lieu incarne une histoire qui vient de loin dans le temps, cette histoire devient une légende... Il ne s'agit pas ici de croyance, mais de l'aptitude à ressentir en soi, l'action d'une symbolique qui s'exprime à travers des images, des histoires, de la musique, de la peinture ...etc

 

L'ermite est une figure essentielle dans les récits autour des chevaliers de la Table Ronde. Il peut être lui-même un ancien chevalier ; il fournit l'accueil spirituel, le logis et même une formation...

Perceval, après son échec au château du Roi Pêcheur, alors que cinq années ont passé pendant lesquelles il s'est illustré par des exploits chevaleresques, semble avoir oublié, sa quête, Dieu et la religion... Perceval rencontre sur son chemin, trois chevaliers et dix dames qui portent le capuchon et marchent pieds nus, en acte de pénitence, ils lui apprennent que ce jour est le Vendredi Saint, et lui reprochent sa conduite... Enfin, ils lui indiquent comment aller chez un ermite.

Perceval décide de se repentir de ses péchés et va chez l'ermite... Il apprend qu'il est son oncle et que le roi Pêcheur est également son oncle et que le Saint Graal qu’il a vu dans le château contient l’hostie que l’on sert au père du roi Pêcheur depuis 12 ans et que c’est à cause de la douleur qu’il a donnée à sa mère, qu’il n’a rien demandé au sujet du Graal: là est son péché...

L'ermite lui enseigne à faire pénitence, à aimer et croire en Dieu, à honorer les hommes et les femmes d’honneur ; à secourir les filles, les veuves et les orphelins en difficulté ; et aujourd'hui, à déjeuner comme lui, et se préparer pour communier, le jour de Pâques...

 

Lors des aventures de Lancelot, la rencontre avec l'ermite ponctuent les épisodes... L'ermite est un chevalier âgé ; il lui donne de judicieux conseils pour prévoir la suite... Blessé, l'ermite du Plessis le soigne...
L'ermite n'hésite pas à se présenter pour faire des reproches, il prophétise... La figure de l'ermite va remplacer celle de Merlin. A côté de la forêt comme lieu des démons, du désert, de l'initiation; il y a la fontaine liée à l'ermitage, qui apporte la guérison...

Je pense à la fin du parcours de Lancelot, quand délaissé par Guenièvre, il fuit dans la forêt, devient homme-sauvage; puis, conduit à la repentance, s'isole jusqu'à la fin de ses jours...

Lassay est donc le lieu où s'établit Fraimbault, devenu ermite, au VIe siècle...

 

Fraimbault de Lassay ( Frambaldus de Laceio) dont le nom signifie littéralement le lancier du lac ( De fram baldo: le porteur de framée, lance de jet chez les germains.) (fram = la lance, baldo = porter, laceio = le lac)...

L'eau est dans cette histoire un élément important ; on la retrouvera dans l'image du trèfle ( en cartomancie, en alchimie, le trèfle évoque les esprits des eaux... )...

« certains cabalistes ont prétendu reconnaître dans les cartes, les esprits des quatre éléments. Les carreaux sont les salamandres, les cœurs sont les sylphes, les trèfles les ondins, et les piques les gnomes. » le dictionnaire infernal de Collin de Plancy 1863.

Dans les jeux de cartes, le Valet de trèfle, porte le nom de Lancelot. En cartomancie, le valet de trèfle peut annoncer une rencontre amoureuse ''embarrassante''..

 

Le personnage de Lancelot, apparaît en littérature sous la plume de Chrétien de Troyes, vers 1168 dans "Le chevalier à la charrette"...

Lancelot du Lac, le meilleur chevalier du Monde, fils de Ban de Banoïc, dont le château est entouré d'eau et de marais, est né aux'' marches'' de Gaule et de Petite Bretagne... On le retrouve, vers 1223, dans le roman en prose ''le Lancelot-Graal'' : une œuvre de référence, sans cesse adaptée jusqu'à nos jours (avec la version de Malory).

Selon la légende arthurienne, Lancelot est de la lignée de Joseph d'Arimathie, premier détenteur du Graal...

Georges Bertin, à la suite de René Bansard et de J.-Ch. Payen, relève une source d'inspiration probable pour Chrétien de Troyes, dans les récits qui entourent la vie de saint Fraimbault de Lassay.

Le chevalier sans nom, qui a pour patronyme, son attribut la lance ; nous ramène à Fraimbault de Lassay, (Frambaldus de Laceio ) ou le porteur de lance du lac... Tous deux sont issus de famille noble, et coupent le lien familial... Tous deux vivent l'initiation, par une mise en retrait chez la Dame du Lac, ou le monastère... Tous deux sont associés au conte de ''la Charette''... et tous deux finiront leurs jours comme moine...

La charrette des morts – dans les traditions locales - renvoie à celle qui vient de l’autre monde et que nul ne peut apercevoir sans mourir... La charrette des condamnés, également, est le symbole de la dégradation publique. Chrétien de Troyes nous l’explique, et décrit ce véhicule comme une marque d’opprobre, et... le moyen de parvenir dans l’au-delà. Lancelot demande au nain qui conduit la charrette infâme s’il n’a pas vu passer la reine... Le nain pour retrouver la reine, l'invite à monter dans la charrette... Lancelot hésite entre son '' honneur '' et son devoir de sauver la reine qu’il n’a jamais vue. Et, Lancelot devient le “ Chevalier de la charrette ” qui indique la dégradation, subie volontairement, et qui lui porte ombrage, même vis à vis de la Reine qu'il sauve pourtant... Gauvain, lui, refuse résolument de monter sur la charrette d’infamie...

Fraimbault, lui aussi fils d'un puissant, s’enfuit du palais paternel pour entrer au couvent. Son père le fait rechercher, et réfugié à Ivry-sur-Seine, il se terre dans une grotte, qu’une subite inondation du fleuve proche rend inaccessible.

Beaucoup plus tard, le saint doit charrier des pierres pour la construction d’une église, il demande à un charretier de l’aider au transport ; l’homme lui répond qu’il transporte déjà un mort dans sa charrette. En arrivant à destination, le charretier a la surprise de trouver son propre maître, mort au fond du véhicule, et revient supplier saint Fraimbault de rendre la vie au cadavre.

Cette charrette des morts, nous renvoie à celle qui vient de l’autre monde et que nul ne peut apercevoir sans mourir...

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Proust et le Graal

Publié le par Perceval

La Recherche de Proust, pourrait s'apparenter à la Quête du Graal...

Pour la Recherche, il s'agit de faire le lien entre le présent : celui des actes du quotidien, et l'esprit d'un passé qui refait surface ; pour la Quête c'est retrouver les correspondances avec le mythe, et rejoindre l'Idée du Beau, du Vrai ; et les deux au travers de la littérature...

 

De plus, c'est au nom de la religion de la Beauté que Proust s'en prend à la ''loi de séparation'', pour défendre les cathédrales ( Le Figaro du 16/08/1904) ; même si c'est ici une religion sans transcendance...

Fantin-Latour, Le Graal, Prélude de Lohengrin - 1892

 

Et surtout, Proust fait référence à Wagner:

« Le rôle du héraut et du roi tout entier, le rêve d'Elsa, l'arrivée du cygne, le chœur du juste, la scène entre les deux femmes, le refalado, le Graal, le départ, le présent du cor, de l'épée et de l'anneau, le prélude, est-ce que tout cela n'est pas beau ? » sur Lohengrin lettre à Reynaldo Hahn (1894) de Trouville)

 

Le Narrateur de la Recherche serait un ''Perceval'' agnostique, découvrant en début une tasse de thé, qui n'en finit pas de la questionner, échappant aux jeunes ''filles-fleurs'', et qui finalement retrouve le Graal à la faveur de pavés disjoints, ou d'un livre...

Comtesse Greffulhe 1902

Encore, c'est le rôle que tient la duchesse de Guermantes : vue dans l'église de Combray, elle apparaît comme dans l'opéra de Wagner : ''Les Maîtres chanteurs de Nuremberg''. Ce serait là l'église Ste Catherine de Nuremberg avec l'entrée solennelle de la duchesse.. Juliette Hassine (Essai sur Proust et Baudelaire) rapproche cette scène de Parsifal : « Pour l'enfant qui attend d'être touché par la grâce du regard de Mme de Guermantes, le spectacle de la duchesse s'avançant dans la sacristie est pour lui une vraie apparition du Graal. »

La duchesse de Guermantes, est selon Proust, une descendante de Geneviève de Brabant, que l'on retrouve chez Wagner ; et … dans les légendes limousines des ancêtres d'Anne-Laure de Sallembier ( c'est ICI...)

C'est aussi, lors de la représentation en 1908 de Tristan und Isolde que Proust, dans sa correspondance, dit admirer pour la première fois, assise dans sa loge, la princesse de Bibesco (1886-1973) qui semble avoir été un des modèles pour la duchesse de Guermantes...

Princesse Bibesco-1911 Boldini

Son salon parisien était fréquenté par Paul Claudel, Georges Clémenceau, Gérard de Nerval, Montesquiou, Anatole France et de nombreuses autres personnalités du beau monde de l'art et de la politique. Proust va la rencontrer lors du bal de L'Intransigeant, le 10 mai 1911, à l'hôtel Carlton .

Dans Au Bal avec Marcel Proust, celle-ci le décrit «  livide et barbu, le col de son manteau relevé sur sa cravate blanche, qui avait traîné sa chaise depuis le début de la soirée ».

Emmanuel et Antoine Bibesco furent les voisins du jeune Marcel Proust, boulevard Malesherbes. Ils partageaient un même humour, s’étaient donnés des surnoms, et avaient un goût commun pour les choses de l’esprit. En leur compagnie, Proust fut entraîné au théâtre, dans les salons, au restaurant, en excursion pour visiter les églises en vue de sa traduction de Ruskin. Ils voyagèrent jusqu’en Belgique et en Hollande. La rencontre des Bibesco fut, en outre, pour Proust, l’entrée dans un monde différent du sien.

librairie Lefailler - vitrine-Proust

L'objet de la Recherche, c'est le '' Temps retrouvé '', lors d'un éblouissement, d'une félicité...

C'est ce qu'écrit Proust « « je présenterai comme une illumination à la Parsifal la découverte du Temps retrouvé dans les sensations, cuiller, thé etc. » Cahiers Proust

À la fin du Temps retrouvé, la longue séquence intitulée « L’Adoration perpétuelle » emprunte son titre à la liturgie catholique pour désigner la découverte du sens de sa vie et de sa vocation littéraire par le héros. En début de la « matinée » du prince de Guermantes, le narrateur est contraint de faire une halte dans le salon-bibliothèque pour attendre la fin du morceau musical dont l’exécution a commencé avant son arrivée. Il y découvre un livre '' François le Champi ''…

 

« (...) je sentais que le déclenchement de la vie spirituelle était assez fort en moi maintenant pour pouvoir continuer aussi bien dans le salon, au milieu des invités, que seul dans la bibliothèque ; il me semblait qu’à ce point de vue, même au milieu de cette assistance si nombreuse, je saurais réserver ma solitude. » (Le Temps retrouvé) Et c'est ensuite le passage du « bal de têtes »...

 

Cristophe Imperiali ( de l'Université de Lausanne) rapproche deux moments du Conte du Graal de Chrétien de Troyes; et de La Recherche du temps perdu de Marcel Proust : d'un côté, l'impérissable scène des gouttes de sang sur la neige; de l'autre, la scène capitale où, dans la bibliothèque des Guermantes, Marcel décide de devenir écrivain.

 

Cette révélation de la mémoire involontaire et de la fonction qu'elle est appelée à jouer dans l'œuvre d'art à créer, Proust l'appelle, dans ses cahiers, une « illumination à la Parsifal »:

 

Je cite ci-dessous des extraits de ce texte qui donne la clé de toute ''La Recherche''

(…) il y a un instant j'étais entré dans la cour de l'hôtel de Guermantes, (…) au moment où, me remettant d'aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s'évanouit devant la même félicité qu'à diverses époques de ma vie m'avaient donnée la vue d'arbres que j'avais cru reconnaître dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d'une madeleine trempée dans une infusion, tant d'autres sensations dont j'ai parlé et que les dernières œuvres de Vinteuil m'avaient paru synthétiser. (…)

 

(…)  je m'efforçais de tâcher de voir clair le plus vite possible dans la nature des plaisirs identiques que je venais, par trois fois en quelques minutes, de ressentir, et ensuite de dégager l'enseignement que je devais en tirer. (..)

 

(..) Et, au passage, je remarquais qu'il y aurait dans l'oeuvre d'art que je me sentais prêt déjà, sans m'y être consciemment résolu, à entreprendre, de grandes difficultés. (..)

 

(…) au vrai, l'être qui alors goûtait en moi cette impression la goûtait en ce qu'elle avait de commun dans un jour ancien et maintenant, dans ce qu'elle avait d'extra-temporel, un être qui n'apparaissait que quand, par une de ces identités entre le présent et le passé, il pouvait se trouver dans le seul milieu où il pût vivre, jouir de l'essence des choses, c'est-à-dire en dehors du temps. Cela expliquait que mes inquiétudes au sujet de ma mort eussent cessé au moment où j'avais reconnu, inconsciemment, le goût de la petite madeleine, puisqu'à ce moment-là l'être que j'avais été était un être extra-temporel, par conséquent insoucieux des vicissitudes de l'avenir. 

 

A la recherche du temps perdu (Marcel Proust) - VII : Le Temps Retrouvé III : Matinée chez la princesse de Guermantes. L'Adoration perpétuelle...

Parsifal de Wagner - Bayreuth 1882

Dans Le Temps retrouvé, rien n'indique quel est le «morceau» de musique qui se joue dans le salon, au moment où le narrateur médite dans la bibliothèque; mais dans la Matinée chez la Princesse de Guermantes, le morceau était très précisément identifié: il s'agissait du deuxième acte de Parsifal, dont la princesse organisait la première audition parisienne. Or, 1' expression « illumination à la Parsifal » renvoie très évidemment à la révélation vécue par Parsifal dans ce deuxième acte, à travers le baiser de Kundry. Or, c'est précisément par un de ces court-circuits temporels que nous évoquions, que Parsifal est soudain capable de relier l'étreinte de Kundry et la blessure d'Amfortas, c'est-à-dire d'aller chercher très loin l'autre moitié de sa sensation présente pour créer cette conjonction hors du temps qu'évoque Proust.

(…)

Parsifal a intégré instinctivement, par la puissance d'une pure compassion, ce qu'aucun raisonnement intellectuel ne permet de saisir, et il est prêt à entreprendre le chemin qui lui permettra de revenir à Montsalvat, de guérir Amfortas et de rédimer le monde du Graal. C'est donc cela qui se joue dans le salon, au moment même où le narrateur, dans la bibliothèque, reçoit son« illumination à la Parsifal » ... Même si la mention de la pièce jouée dans le salon a disparu du Temps retrouvé, une étude génétique montre bien qu'il n'y a guère de doute à avoir quant à l'influence directe qu'exerce sur ce passage le Parsifal de Wagner.

(...)

Dans le Conte du Graal, c'est immédiatement après cet épisode du sang sur la neige que Perceval accède enfin à la cour d'Arthur, mais, surtout, qu'il s'en écarte aussitôt pour partir en quête du Graal - quête qui ne débute, précisément, qu'à ce moment là.

Sources de cette comparaison : Cristophe Imperiali

 

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Voyage en Allemagne – Ansbach et Eschenbach -

Publié le par Perceval

Il semble que ce soit, en 1906, à Bayreuth, précisément, qu'Anne-Laure rencontra Rudolf Steiner  (1861-1925), venu lui aussi pour le Parsifal... C'est lui, semble t-il, qui lui apprend que le village dont est originaire Wolfram von Eschenbach : Obereschenbach ( en 1917 son nom changera en ''Wolframs-Eschenbach'') est proche de Nürnberg ... Il lui annonce aussi le plus sérieusement du monde qu'il pense connaître le lieu où – pour Wolfram - se tenait Montsalvage; il suffirait de lire attentivement le Parzival d'Eschenbach … !

Comme Anne-Laure, je suis allé à 'Wolframs-Eschenbach' ; auparavant le trajet nous conduit à Ansbach : une ancienne résidence des Margraves de Brandenburg-Ansbach, une famille noble de Hohenzollern qui a essentiellement marqué la ville.

Charles-Alexandre (1736-1806) est le dernier margrave de Brandebourg-Ansbach (1757-1791), ainsi que le dernier margrave de Brandebourg-Bayreuth (1769-1791). Libertin, il vend son margraviat à la Prusse en 1791 contre une rente annuelle ; il se remarie avec la 'scandaleuse', voyageuse et féministe Elisabeth Craven (1750-1828)... A Ansbach, Elisabeth – écrivaine reconnue par ailleurs – forme une troupe de théâtre et accueille et soutient Maria Theresia Ahlefeldt, une compositrice …

Elizabeth Craven a été mariée à seize ans, a eu sept enfants, issue de la haute société, a parcouru une douzaine de pays et a souvent franchi les limites imposées alors au comportement féminin... Les familles Austen et Craven étaient très proches... Les spécialistes de Jane Austen, ont reconnu dans ses romans une influence de lady Craven …

Revenons à Ansbach, où on peut voir aujourd'hui l'imposant palais 'Residenz Ansbach', avec son orangerie et ses jardins... L'attention du visiteur est orientée vers  Kaspar Hauser qui le 14 décembre 1833, fut mortellement blessé dans ce jardin... Kaspar Hauser (1812 (?)-1833) était un jeune Allemand - à l'identité inconnue, apparu le 26 mai 1828, dans une rue de Nuremberg  - qui affirmait avoir grandi dans l'isolement total d'une sombre cellule.

Voyage en Allemagne – Ansbach et Eschenbach -
Voyage en Allemagne – Ansbach et Eschenbach -
Voyage en Allemagne – Ansbach et Eschenbach -
Voyage en Allemagne – Ansbach et Eschenbach -

A Ansbach, deux églises sont côte à côte... St. Johannis, et surtout St. Gumbertus à l’origine l’église d’un monastère fondé par Saint-Gumbert vers 750. La choeur fut transformée au XVIe siècle en une chapelle ''Schwanenritterkapelle'' (chapelle des Chevaliers du Cygne)... En effet, cette chapelle fut offerte par le margrave Albrecht Achilles à l'ordre des membres de l' ordre des cygnes . On y voit les épitaphes des chevaliers, avec leurs blasons, et certains sont représentés en armure...

 George, margrave de Brandebourg-Ansbach , a suivi la Réforme en 1528... La nef a été transformée en une salle de prédication dans une palette restreinte de gris et de crème, construite pour répondre à la concentration luthérienne sur la prédication, sans les ornements des autels latéraux...

 

L' Ordre des Chevaliers de Notre-Dame du cygne, ou Ordre du Cygne ( Schwanenritterorden), est le plus ancien ordre de chevaliers de la Prusse. Créé le 29 septembre 1440, par l'électeur Friedrich II de Brandebourg, il devait donner à la noblesse des objectifs politiques et sociaux communs sous la direction des Hohenzollern. 

Le siège de la branche franconienne était la chapelle George de la collégiale Saint-Gumbertus à Ansbach, qui n’est qu’à environ 20 kilomètres d’Eschenbach, du nom de son habitant le plus célèbre, Wolfram... La Réforme vit l'annulation de l'ordre... Le 24 décembre 1843, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse tente de rétablir l'Ordre du cygne en tant qu'organisation multiconfessionnelle et humanitaire, et ouvert aux hommes et aux femmes...

 

Anne-laure de Sallembier continue son pèlerinage, cet ordre du cygne, résonne en harmonie avec ses propres recherches... Je disais, ici même, qu'un ami de son grand-père Charles-Louis : Edgar Quinet ( l'historien …) et sa femme Minna, lui avaient parlé de cette région dont elle était originaire … C.-L. de Chateauneuf, eut également la chance de rencontrer – en visite à Paris - Friedrich de la Motte Fouqué (1777-1843), qui se passionne pour l'épopée du Graal, et en écrit une épopée qu'il nomme '' Der Parcival''... En 1841, Friedrich se rend à Berlin à la demande du roi de Prusse; qui est très interessé par sa version de l' ''épopée du Graal''... Cependant, la Motte Fouqué ne publie pas l'ouvrage... Il meurt le 23 janvier 1843... Après la mort de Fouqué, le roi fidèle à une promesse réhabilite en 1843 l'ordre des chevaliers du Cygne , en la ville d'Ansbach, dont le plus célèbre chevalier est Lohengrin ... En 1845, Wagner commence la conception de son opéra Lohengrin, créé en 1850. Et, en 1877, Richard Wagner entreprend enfin de composer son "Parsifal". C'est sa dernière oeuvre, il meurt en 1883.

Hommage à Eschenbach, dans son village
Hommage à Eschenbach, dans son village
Hommage à Eschenbach, dans son village

Hommage à Eschenbach, dans son village

Tout naturellement, Anne-Laure de Sallembier, n'a qu'à parcourir une dizaine de kilomètres, pour commémorer Wolfram von Eschenbach. Ce chevalier-poète franconien est né autour de 1170 dans le village d’Eschenbach, près d'Ansbach donc, en Bavière et mort autour de 1220.

Wolfram Eschenbach Ritter ( Armoiries)

Il séjourne dans une seigneurie, à Wildenberg,  dans l’Odenwald, petit massif montagneux à l`est du Rhin. Au début du XIIIè siècle, sa présence est signalée à la Wartburg, la Cour du Landgrave Hermann 1er ( 1190-1217), landgrave de Thuringe et conte palatin de saxe. C’est là que vraisemblablement il  écrit une grande partie de son Parzival. Il est également l’auteur d’un Titurel et d’un autre roman intitulé Wilhelm dont le héros est Guillaume d’Orange.

Poète, chevalier et féru d'astrologie et d'alchimie, mais peu fortuné . Comme Minnesänger (équivalent germanique de trouvère), il est considéré comme le ''champion'' de poésie lyrique, lors de la bataille de la Wartbourg (  Wagner a mis en scène cet épisode dans son opéra Tannhäuser. ) ....

Eschenbach connaît bien la légende de Lohengrin, le Chevalier du Cygne... A lire ICI

 

Wolfram von Eschenbach s'inspire assez précisément du Conte du Graal de Chrétien de Troyes ; il ajoute l'histoire des aventures orientales du père du héros, Gahmuret... Le Graal est une pierre, le  ''lapsît exillis'', gardé par des Templiers...

«  C'est une œuvre conquérente qui sort de la plume de Wolfram ; elle dépasse l'ambiguité de Chrétien de Troyes. En fait, Parzifal inaugure, en milieu germanique, un puissant courant ésotérique, politique et philosophique qui marquera durablement l'ensemble de la tradition européenne. En ce sens, il semble bien y avoir un graal français et un graal allemand qui n'appellent pas les mêmes enjeux culturels. Au terme d'une longue évolution, le pangermanisme du XIXe siècle explorera le mythe dans des recoins ignorés des auteurs français et lui donnera un retentissement exceptionnel. Le texte de Wolfram servira de support à bien des rêves hermétistes ou occultistes jusqu'au XXe siècle. » Philippe Walter

Aujourd'hui, la ville de Wolframs Eschenbach offre au visiteurs un musée ( Attention: il faut être germaniste, sinon c'est incompréhensible ...! et pas d'audio-guide en français ...) en 10 salles... Un jeu de piste littéraire, assez mystérieux; à l'aide de moyens picturaux, de couleurs et de formes inhabituelles, d'un éclairage sophistiqué et de textes sélectionnés... On passe de la légende arthurienne, à la généalogie de Parzival ( complexe mais nécessaire...). Une salle vous plonge dans le monde du Graal: sombre et mystérieux, il est le monde de la douleur, de la culpabilité et de la mort. En quoi Parzival est-il coupable? C'est aussi le monde du malheur amoureux. C'est le monde de sa mère.

Après la salle dédiée à Titurel; celle de la nuit et de l'amour, du jour et de la séparation: la salle du Secret qui ne peut se révéler... La salle des chevaliers avce leur boucliers, leurs armes ... est celle de la souffrance et de la mort. Jusqu'à la tombe de Wolfram...!

Fin du voyage.

Le musée: W. von Eschenbach
Le musée: W. von Eschenbach
Le musée: W. von Eschenbach
Le musée: W. von Eschenbach
Le musée: W. von Eschenbach
Le musée: W. von Eschenbach

Le musée: W. von Eschenbach

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Voyage en Allemagne – Parsifal et Wagner -

Publié le par Perceval

Anne-Laure de Sallembier est sortie bouleversée de la représentation de Parsifal... C'est comme si un événement capital avait eu lieu ; quelque chose en elle s'est accompli : « Cette œuvre a atteint le fond de mon âme ; mais je ne sais pas encore ce qu'elle peut me révéler... »

Elle eut l'impression d'avoir assisté à une sorte d'initiation, à un mystère... Celui de la Rédemption...

Elle se demande si la beauté de cette œuvre ne toucherait pas à l'essence même de la religion... ?

C'est comme si elle avait ressenti - après la nuit et les larmes de la souffrance - la fraîcheur, la paix d'un nouveau jour sous la protection d'un amour divin...

Pendant le spectacle, Anne-Laure passe de la terreur aux frissons suaves, de la fascination à l'extase …

Le spectacle s'adresse d'abord à l'intuition par le symbole … Puis, ce que l'intuition ressent, est confirmé par ce que la raison comprend.... Elle retrouve là quelque enseignement de Bergson ...

La musique de Wagner, pénètre dans le corps, on a du mal à dominer ses impressions... Il y a la tentation de la volupté, mais on sent toujours, en même temps, l'aspiration de l'âme verts le haut...

A Montsalvat le Graal est à l'abri d'un temple inaccessible ; confié à la garde d'hommes simples et purs à qui Il donne un pouvoir surhumain. Ils gardent aussi la Lance, mais la lance est passée au pouvoir de l'Ennemi, et le Graal est menacé... La Lance est - comme - à l'avant-poste du Graal …

 

Je retranscris ici, quelques notes, qui concernent surtout des images, de la musique

Acte I :

* « On voit passer le roi Amfortas couché sur sa litière, se rendant au bain. Kundry, la séductrice, apparaît sous une de ses personnalités. Vêtue comme une sorcière sauvage, elle apporte un baume mystérieux pour le roi malade. Mais son demi-repentir ne suffit pas à l’affranchir, et Klingsor peut s’empare d’elle à volonté pour l’employer au service de ses œuvres de ténèbres. » (...)

« Gournemans assis sous un grand arbre, raconte aux jeunes écuyers groupés autour de lui l’histoire des malheurs récents du Graal et des souffrances du roi Amfortas depuis qu’il a succombé à la séduction d’une magicienne. Soudain, vibre dans l’air le bruit d’une flèche décochée et un beau cygne s’abat expirant à quelques pas du groupe. Les écuyers se précipitent et amènent le coupable devant Gournemans. Parsifal, car c’est lui, regarde effaré;il ne comprend pas ce qu’on veut de lui. »

« Pendant que l’âme de Parsifal s’éveille au sentiment de la pitié pour le cygne, l’orchestre fait entendre les motifs qui, plus tard, seront associés aux scènes les plus religieuses et en particulier à celle de la communion dans le temple du Graal. (…) le procédé musical de Wagner vient renforcer la signification ésotérique de l’idée... » (...)

« L’audition de ces motifs, jointe à la vision de la scène, fait pénétrer instantanément dans le cerveau de l’auditeur cette idée que la communion de l’âme avec le divin et la rédemption qui en est la conséquence, ne peuvent s’accomplir qu’en respectant la loi d’amour qui unit dans une solidarité absolue toutes les parties de l’Univers... » (...)

« C’est en vain que Gournemans interroge Parsifal. Il ne sait rien, ni qui il est, ni d’où il vient. Mais Kundry, la sorcière, révèle sa naissance. Elle apprend à Parsifal que sa mère est morte de chagrin parce qu’il l’a abandonnée.

* « L’orchestre fait entendre le motif de la magie, qui tout au long de l’oeuvre souligne la perte du libre arbitre... (...)

« Gournemans qui vaguement entrevoit que ce naïf enfant des bois pourrait être « le Simple, le Pur » dont l’arrivée a été prédite au Roi pécheur, entraîne Parsifal du côté du Temple. C’est ici que se trouve ''la montée au Graal'': . Cette partie musicale de l’oeuvre est celle qui m’apparaît comme la plus profondément ésotérique ( c'est à dire : à comprendre par l'intuition, avant la raison...), parce que le génie du maître semble avoir exprimé en ces surhumaines harmonies le mystère de l’évolution de la vie sur tous les plans de l’existence: le plan cosmique : évolution des mondes; le plan matériel terrestre : évolution de l’homme; le plan spirituel : évolution de l’âme. » (...)

« Le décor commence à se mouvoir de gauche à droite de façon à donner l’illusion de la marche. Insensiblement les voûtes de la forêt se changent en masses montagneuses. L’obscurité envahit la scène. Au milieu des harmonies puissantes de l’orchestre qui montent et s’enflent comme les vagues de l’Océan, on entend cette phrase cadencée de Gournemans: «Tu vois mon fils, le temps ici devient l’espace.»

Ainsi que les personnages du drame, l’auditeur se croit transporté dans l’infini insondable. Le monde de l’illusion disparaît, nous avons dépassé les limites du temps. Dans le gouffre de la vie universelle, la loi éternelle se déroule avec les mondes qui évoluent et les humanités qui se dégagent lentement des règnes inférieurs de la nature pour s’élever jusqu’à la sphère de l’esprit.

L’orchestre seul parle, car les mots seraient impuissants à peindre le mystère qui se déroule. »

« Le motif de la marche du Graal entremêlé avec l’appel des cloches; puis les motifs de la douleur et de la pitié. Les différents crescendos qui s’accentuent comme une ascension sur des plans d’élévation successifs disent l’effort douloureux de l’univers, de la nature et de l’homme enfantant le divin.

(…) bientôt le thème du Graal s’affirme dans toute sa plénitude avec l’idée de la victoire. Puis, tout s’apaise : seules les cloches du Graal appellent les chevaliers. Ils entrent deux à deux dans le Temple. Le décor est ici à la hauteur du rêve, la vision du Maître est égalée. On se sent dans le tabernacle où s’adore l’immuable.

S'accomplit la liturgie du Graal...

Parsifal porte la main à son coeur, la vérité est devenue vie en lui. Mais.... il reste silencieux !

Désormais, quelles que soient les épreuves qu’il aura à subir, l’étoile du Graal le guidera. La lumière a pénétré jusqu’au fond de son âme. Gournemans peut le chasser hors du Temple, il saura y revenir. »

 

Au deuxième acte,

« Le prélude du deuxième acte prépare l’auditeur à pénétrer dans le royaume de la magie où s’agitent et se démènent les forces élémentaires, semi-intelligentes, au moyen desquelles Klingsor exerce ses enchantements diaboliques. Rien de plus coloré que cette phrase du début. On dirait une chevauchée de furies. Puis, sur une basse qui semble peindre le chaos des éléments, des traits rapides se dessinent, semblables à des salamandres sillonnant la nuit. » (...)

« Kundry sort d’un gouffre, enveloppée d’une vapeur blanche sous laquelle apparaît sa beauté radieuse.

Au moment où Kundry s’éveille, Klingsor étouffe sa conscience spirituelle et, par la suggestion exercée sur le quatrième principe, ou l’âme animale, il enfonce le dard du désir dans la chair qui commence à tressaillir. (...)

(…) surgit un jardin enchanté, où la séductrice, cachée derrière un bosquet de plantes tropicales, attend l’arrivée de Parsifal. (…) la scène ravissante des filles-fleurs. Rien de plus chastement voluptueux... (…) C’est un trait caractéristique de l’oeuvre de Wagner que l’idée du mal y est toujours représentée d’une façon frappante, sans jamais souiller l’âme par la vulgarité des tableaux ou la lascivité des attitudes. À quelle hauteur se livre la lutte ! On le comprend au premier appel de Kundry : « Parsifal !… »

« Ces trois notes évoquent un monde de pensées ; l’effet en est saisissant. Il dit tant de choses, ce nom prononcé en ce moment, et souligné par les divers motifs de l’orchestre. Il évoque la vaste forêt, les jours de l’enfance, la tendresse maternelle, les rêves de l’adolescent, son pressentiment du Graal ; tout ce-la voluptueusement enveloppé de chauds effluves qui émanent de la séductrice. « Je t’ai vu dans ton berceau de mousse », lui dit-elle. Puis, elle lui décrit les angoisses de sa mère lorsque son fils restait longtemps loin d’elle, sa joie quand elle le retrouvait, ses étreintes folles. Et, pour vaincre la pureté qui s’effarouche, elle ajoute en souriant : « Ces baisers-là ne te faisaient-ils pas peur ? » Ah ! elle sait bien, la subtile magicienne, la rose de l’Enfer, que de vulgaires voluptés ne sauraient séduire le « Simple et le Pur ». Elle a touché juste en faisant vibrer la corde qui chante l’amour unique, le seul qui ne trompe pas. «Ma mère! ma mère!» s’écrie le jeune homme en s’affaissant aux pieds de Kundry. Doucement, la magicienne enlace de ses bras l’enfant qui se souvient et pleure. «L’aveu et le repentir effaceront ta faute, lui dit-elle, en se penchant vers lui, le savoir changera ta folie en raison. Apprends à connaître cet amour qui enveloppait Gamuret lorsque l’ardeur d’Herzeleide l’embrasait. L’amour qui te donna la forme et l’existence, devant lequel la mort et l’innocence reculent, qu’aujourd’hui, avec le salut suprême de la bénédiction maternelle, il te donne son premier baiser»

La séductrice se penche et pose ses lèvres sur celles de Parsifal.

Le baiser qui devait perdre Parsifal, le sauve. Il repousse les bras nus de l’enchanteresse.

« Amfortas ! » Ce cri, qui produit une impression bouleversante, n’est-il pas comme la réponse à l’appel de Kundry, un instant auparavant : « Parsifal ! »

Parsifal, toujours sous l’obsession du souvenir d’Amfortas, se représente la scène où le roi du Graal a succombé... (...)

 

Désormais elle n’est plus l’esclave de Klingsor qui obéit à une impulsion reçue. C’est une vraie femme en proie aux affres d’un amour méprisé, (...)

Dans son âme blessée, passionnée, mais toujours aspirante, Parsifal se confond avec le Sauveur qu’autrefois, dans une lointaine existence... etc

Il est impossible de donner avec des paroles la moindre idée de la puissance de cette scène exprimée par la musique. (…)

Après le cri «Amfortas» viennent les motifs de la souffrance et de la pitié; puis, semblables à des sifflements de l’enfer, des passages démoniaques, qui s’appliquent à l’œuvre diabolique de Kundry.

(..)

Lorsque Parsifal est à genoux, ce sont les thèmes du Graal et de la Cène qui viennent fortifier son âme contre la tentation. Dans le délire de la passion de Kundry, les harmonies rappellent le château magique avec ses ensorcellements. (...)

Klingsor tient la lance qu’il a dérobée à Amfortas ; il en menace Parsifal. L’éclair du fer reluit, mais il s’arrête au-dessus de la tête du « Simple et du Pur. » Parsifal prend la lance et dessine dans l’air un grand signe de croix. Alors jardins et palais disparaissent. Klingsor s’enfonce dans l’abîme ; les filles-fleurs jonchent le sol. Kundry s’affaisse en poussant un cri. Au fond de la scène, apparaît le sommet neigeux qui domine le Graal.

 

* Un prélude d’une beauté incomparable nous peint la morne tristesse qui plane sur le Graal, et ces harmonies désolées, venant après le mouvement enfiévré de la magie, font passer dans notre âme le froid de la mort. D’autres motifs nous disent la lutte anxieuse de Parsifal à la recherche du Graal et le cri de Kundry brisée et vaincue. Le moi inférieur est bien crucifié, mais l’âme spirituelle n’a pas encore reçu le baptême de la lumière céleste.

« Le troisième acte s’ouvre comme une idylle de paix et de rédemption. Nous sommes dans un paysage printanier et au milieu d’une prairie parsemée des premières fleurs, à la lisière d’une forêt ombreuse d’où s’échappe une source claire. Le vieil écuyer de Titurel, Gournemans, s’est fait anachorète. Il sort de sa hutte, car il a entendu un profond gémissement, un soupir d’angoisse derrière le buisson. Il approche et voit Kundry endormie là d’un sommeil léthargique. Il la relève inerte comme un cadavre, lui frotte les mains et l’asperge d’eau. Enfin elle ouvre les yeux. Gournemans, qui l’a souvent retrouvée ainsi et qui ne sait rien de sa vie de péché, remarque cette fois-ci une différence. Rien de sauvage ni de fiévreux; elle est humble et triste. Elle porte la robe brune des pénitentes,une corde en guise de ceinture, et arrange soigneusement ses cheveux épars.

(...)

« l’admirable scène connue sous le nom de Charme du Vendredi Saint. (…) Parsifal prend le flacon des mains de Kundry et le remet à Gournemans, afin de recevoir de lui l’onction sainte. « Qu’il soit purifié et lavé de toutes les souillures de sa longue course errante ! » dit le pieux chevalier, tandis que les motifs les plus doux passent comme des brises d’amour sur les têtes inclinées. Puis, au moment où Gournemans prononce ces mots : « Ainsi l’heure est venue, ton front je le bénis et Roi je te salue ! » le motif de Parsifal vainqueur éclate avec une force triomphante et se termine en un grandiose fortissimo sur le thème du Graal. Parsifal puise de l’eau dans le creux de sa main et la répand sur la tête de Kundry en disant : « Ainsi j’accomplis mon premier devoir, reçois l’eau du baptême, et crois en ton Sauveur qui t’aime. » - Kundry s’affaisse aux pieds de Parsifal et pleure.

Le bruit de ses sanglots étouffés qui se mêle à la phrase adorable de la Foi, pénètre l’âme d’une émotion indicible. (...)

«  même effet de décor qu’au premier acte. Toute la scène semble se mouvoir, mais en sens inverse. Cette montée au Graal, bien différente de la première, exprime par la musique le désespoir de l’heure actuelle, la mort de Titurel. (...)

Amfortas ne peut échapper à sa souffrance, car son repentir n’a pas changé la direction de son désir. En lui c’est l’être inférieur qui aspire toujours à la vie. Il n’a pas la force de s’élever à un état de conscience supérieur. Parsifal lui, par la pitié pour le souffrant, est monté jusqu’à la sphère de l’amour divin.

 

Sources : Émilie de Morsier (1843-1896) PARSIFAL de Richard Wagner

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Parsifal de Wagner - Kundrie

Publié le par Perceval

Parsifal est l'histoire de la quête spirituelle du héros et le combat du bien et du mal sur fond d’exaltation de l’idéal chevaleresque.

La ''Kundry'' créée par Wagner, apparaît tour à tour comme la servante passionnément dévouée des chevaliers du Graal quand elle est livrée à sa propre nature, et comme leur ennemie acharnée, l’instrument de leur déchéance, lorsque, subissant malgré elle le magique ascendant de Klingsor, elle se transforme en une femme « effroyablement belle » et devient le moyen de séduction le plus irrésistible des jardins enchantés.

Lola Montes 1852

Les pieux chevaliers ignorent cette double nature et ne voient en elle qu’un être bizarre, malade, indompté, dont les fréquentes et longues absences, précédées d’un profond sommeil, correspondent toujours à un nouveau malheur venant fondre sur eux ; mais c’est elle qui a séduit, et perdu Amfortas, et c’est sur elle encore que compte le sorcier pour faire sombrer la vertu du ''chaste fou'' promis. Effroyables missions contre lesquelles l’infortunée se révolte ; aussi la voit-on sombre et angoissée chaque fois qu’elle sent s’appesantir sur ses yeux le lourd sommeil hypnotique dans lequel la plonge Klingsor lorsqu’il veut la soumettre à son odieuse puissance.

Perceval le gallois - Rohmer

 

Finalement, c'est Kundry, qui éclaire Parsifal sur sa propre histoire, et qui lui permet d’accomplir son destin.

Si Parsifal ne se perd pas dans le jardin maléfique des ''filles-fleurs'' de Klingsor ; il est soudain pris par une voix d’une irrésistible beauté qui s’adresse à lui : « Parsifal ! » A quoi le jeune garçon étonné répond: « Est-ce moi que tu as appelé, moi qui n’ai pas de nom? » Kundry, sait que lui, Parsifal, est bien le rédempteur annoncé par la prophétie... Kundry cherche désespérément à se libérer de sa propre malédiction ( celle d’avoir ri autrefois du Sauveur souffrant ), ce qui - pense t-elle – ne pourra se faire qu’en se faisant aimer totalement d’un être pur et innocent comme l’était le Sauveur dont le souvenir l’obsède... Elle entreprend de séduire ce chevalier simple et transparent qui l’attire irrésistiblement.

Klingsor verflucht Kundry (Franz Stassen)

Au moment où Parsifal s'apprête à sombrer délicieusement : il rejette brutalement la séductrice, se redresse et se précipite loin d’elle en criant de toutes ses forces: « Amfortas – la blessure !- la blessure! -elle brûle dans mon cœur- oh, plainte, plainte, terrible plainte, j’ai vu saigner la plaie. Voilà qu’elle saigne en moi maintenant ! »

Wagner dans une lettre à Louis II explique le sens de cette réaction inattendue: « Le baiser qui fait succomber Amfortas au péché éveille en Parsifal qui lui est innocent la conscience de la faute commise par le malheureux dont il n’a auparavant ressenti que confusément la plainte désolée. La cause du péché d’Amfortas lui apparaît en toute clarté à travers son propre sentiment de la compassion. C’est avec la rapidité de l’éclair qu’il reconnaît le poison. Ainsi le savoir de Parsifal est plus grand que celui de toute la chevalerie de Graal qui a toujours pensé qu’Amfortas ne souffrait que de la blessure infligée par la lance. »

Kundry répond: « Si tu es rédempteur, quel pouvoir méchant t’interdit de t’unir à moi pour mon salut (…) Une heure seulement m’unir à toi, qu’en toi je sois absoute et sauvée! » Parsifal: « Le baume qui guérit ta peine vient d’autre source que ton mal. » 

Bien plus tard, Kundry, à genoux aux pieds de Parsifal, lui lave les pieds et les essuie de ses cheveux, telle Marie-Madeleine autrefois avec le Christ.

Lors de la dernière représentation de Parsifal en présence de Wagner, il monte au pupitre pour diriger la fin de l’opéra. Il va mourir six mois plus tard à Venise, le 13 février 1883.

Nietzche va accuser son ancien ami de s’être « effondré soudain, éperdu et brisé, au pied de la croix des chrétiens » ; cependant il admire l'oeuvre : « Parsifal  conservera éternellement son rang dans l’art de la séduction, comme le ‘coup de génie’ de la séduction… J’admire cette œuvre, j’aurais aimé l’avoir faite. »

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Parsifal de Wagner

Publié le par Perceval

Parsifal de Wagner

Je n'ai hélas jamais vu, le Parsifal de Wagner... Je n'en ai écouté que des extraits... Alors, je n'aborderai pas l'aspect musical de l'oeuvre... Je vais seulement rapporter, l'histoire que nous conte Wagner :

En ce temps, les précieuses reliques que sont : le Graal et la Sainte-Lance, sont conservés dans une demeure inviolable et inaccessible aux profanes, sur le '' Montsalvat '', où se dresse un château élevé par le pur Titurel, et les mettre à l'abri des ennemis de la Foi... Autour de lui, une élite de chevaliers que leur pureté a rendus dignes de ces augustes fonctions, sert le Graal qui récompense ces nobles serviteurs de leur pieuse fidélité, en les investissant d’une force et d’une vaillance miraculeuses...

Klingsor, d'une contrée voisine, souhaite être admis dans cet ordre chevaleresque; mais tiraillé par le ''péché''; il ne peut faire taire ce désir qui emplit son âme... Ne pouvant y parvenir, il détruit cette force maléfique en se mutilant... Mais, cette indigne action lui ferme à jamais les portes du Château sacré... ! De plus, il reçoit de l'Esprit du mal les enseignements maudits de l’art de la magie.

Plein de haine alors contre ceux qui l’ont renié comme frère, il a employé son fatal pouvoir à transformer la lande aride en un jardin plein de délices où croissent, moitié fleurs, moitié femmes, des êtres fantastiques d’une beauté irrésistible, déployant leurs séductions pour s’appliquer à perdre ceux des chevaliers du Graal qui sont assez faibles pour tomber dans leurs pièges.

klingsor and the magic garden - Wagner's Parsifal

Les uns après les autres, une grande partie des gardiens du Graal se font attirer puis ensorceler par ces femmes dans les ivresses de la luxure. Tant et si bien qu’un beau jour, leur chef Amfortas, n’en pouvant plus de voir sa communauté disparaître ainsi peu à peu, a décidé de partir lui-même armé de la sainte lance pour le jardin magique dans le but d’en finir avec ce Klingsor que son père Titurel avait autrefois rejeté avec dégoût.

La chasteté forcée de Klingsor lui donnait pour accomplir le mal autant de puissance qu’une chasteté librement assumée en donnait aux autres religieux pour faire le bien. Il était parvenu à se rendre maître, grâce à cette force, d’une femme extraordinairement séduisante, sorte de réincarnation d’Hérodias et de Marie-Madeleine, aspirant elle-même à la délivrance de ses fautes et attendant cette grâce d’un être qui, enfin, saurait résister à ses charmes.

Cette femme, se nomme Kundry dans sa vie actuelle ; autrefois dans une vie antérieure, elle avait croisé sur son chemin le Christ montant au Calvaire chargé de sa croix et elle avait ri de Lui... Ensuite, elle dut porter douloureusement le souvenir du regard qu’il lui avait alors adressé... Cette femme, géniale personnification de l’éternel féminin à la fois Eve et Marie, tiraillée entre le mal et le bien, est en quête de cet amour absolu qu’elle avait entrevu autrefois dans le regard du Christ.

Kundry: Mihoko-Fujimura

Kundry séduit les chevaliers; mais aussi les sert pour expier et réparer le mal qu’elle leur cause au service du mal. Amfortas, le présomptueux, armé de la lance sacrée, n’eut pas plus tôt rencontré l’ensorcelante Kundry qu’il succomba à son tour; Klingsor s’empara de la lance, il lui infligea au flanc une blessure inguérissable avec laquelle il regagna à grand peine le domaine du Graal.

Là, malgré tous les baumes et les onguents, il ne parvint jamais à se remettre de son mal et il ne cessait d’implorer le Ciel pour sa guérison.

Depuis ce temps, la confrérie auguste des chevaliers est plongée dans la tristesse et la honte, chacun d’eux prenant sa part de l’humiliation et des douleurs du roi déchu.

Le plus terrible pour Amfortas venait du fait qu’étant grand-prêtre du Graal, lui seul pouvait officier et découvrir la sainte relique, source de vie et de force pour toute la communauté, et que cette monstrance sublime lui infligeait du fait de sa faute des tortures atroces, faisant saigner sa blessure plus que jamais et anéantissant ses dernières forces.

Un jour où, prosterné devant le tabernacle, il implorait la pitié du Seigneur, il entendit une voix céleste prophétisant la guérison de sa blessure et le rachat de ses fautes par un Être tout de pureté et de miséricorde, un ''chaste'', un ''simple'', qui après avoir ravi aux mains criminelles de Klingsor la lance profanée, la rapporterait au sanctuaire, et viendrait rendre au Graal son éclat immaculé... D'un seul attouchement de la lance cicatriserait la plaie...

Parsifal et Kundrie

La ''Kundry'' créée par Wagner, apparaît tour à tour comme la servante passionnément dévouée des chevaliers du Graal quand elle est livrée à sa propre nature, et comme leur ennemie acharnée, l’instrument de leur déchéance, lorsque, subissant malgré elle le magique ascendant de Klingsor, elle se transforme en une femme « effroyablement belle » et devient le moyen de séduction le plus irrésistible des jardins enchantés. Les pieux chevaliers ignorent cette double nature et ne voient en elle qu’un être bizarre, malade, indompté, dont les fréquentes et longues absences, précédées d’un profond sommeil, correspondent toujours à un nouveau malheur venant fondre sur eux ; mais c’est elle qui a séduit, et perdu Amfortas, et c’est sur elle encore que compte le sorcier pour faire sombrer la vertu du ''chaste fou'' promis. Effroyables missions contre lesquelles l’infortunée se révolte ; aussi la voit-on sombre et angoissée chaque fois qu’elle sent s’appesantir sur ses yeux le lourd sommeil hypnotique dans lequel la plonge Klingsor lorsqu’il veut la soumettre à son odieuse puissance.

Acte I : Une forêt aux environs du château du Graal situé sur une montagne inaccessible. Gurnemanz attend, entouré de jeunes chevaliers, l'arrivée du roi Amfortas. Gurnemanz ( basse) est un vieux chevalier du Graal, ayant servi sous les règnes de Titurel et d’Amfortas.

Apparaît Kundry ( soprano), elle tient une fiole contenant un baume – pour le roi, afin d'apaiser ses souffrances - qu'elle est allée quérir en Arabie...

Soudain, un cygne percé d'une flèche s'abat au sol, mort. Consternation de Gurnemanz, des chevaliers et des pages : les animaux, en particulier les cygnes, sont sacrés sur les terres du Graal.

Et, surgit le jeune Parsifal (ténor), spontané, ignorant de tout et notamment du mal... Le jeune homme ignore tout, sauf qu'il a une mère nommée Herzeleide. Kundry raconte son histoire : sa naissance, sa rencontre avec des chevaliers .....

Le sage Gurnemanz, pressent qu’il pourrait être le sauveur tant attendu. Les cloches de Montsalvat appellent à la cérémonie du service du Graal. Gurnemanz propose au nouveau venu de l’accompagner, ils s’éloignent ensemble.

Scène 2, dans la grande salle du château: Hélas, la torpeur du jeune homme pendant la célébration du Graal, provoque son renvoi.

Acte II : En haut d'une tour de son château, Klingsor se tient à côté de ses instruments de magie. Il tire de son sommeil Kundry, qui était revenue jusqu'à lui, et qui s'éveille en poussant un hurlement. Klingsor sait qu'un jeune héros dangereux approche : il ordonne à sa créature de le séduire et de le perdre, comme tous les autres auparavant....

En son jardin féérique où les filles fleurs séduisent pour les perdre les chevaliers du Graal, Klingsor, enjoint la diabolique Kundry de charmer Parsifal. Elle lui prodigue un voluptueux baiser.. Ce baiser transperce Parsifal d'une douleur folle : « Amfortas ! La blessure ! » : dans un dévoilement, il comprend tout. La compassion pour la souffrance du roi du Graal lui apporte la révélation de la connaissance. Il repousse Kundry. Devant son refus elle le maudit, le réduisant à errer loin de Montsalvat. Parsifal triomphe de Klingsor appelé au secours par Kundry, il récupère la lance.. En un instant, le château de Klingsor disparaît et le jardin merveilleux se transforme en désert aride. Kundry est effondrée : « Tu sais où me retrouver », lui dit Parsifal, qui s'en va pour tenter de retrouver Montsalvat.

Acte III : Une prairie en fleurs, en lisière d'une forêt, dans la gloire du printemps ; une source, une hutte appuyée sur un amas de rochers. C'est le Vendredi Saint ; des années plus tard. Un ermite sort de la hutte : c'est Gurnemanz, encore vieilli, pauvrement vêtu de la robe en ruines de chevalier du Graal.

Au terme de son chemin initiatique, arrive Parsifal, sous les traits d’un chevalier en armure noire, ramenant enfin la sainte lance.

Amfortas ne désirant plus que la mort, néglige le rite du calice, et les chevaliers, privés de réconfort divin, dépérissent. Titurel (basse), le père d’Amfortas, lui-même a succombé. Parsifal se reproche de n'avoir pas su éviter ce désastre. Étreint par la douleur et l'épuisement, il est au bord de l'épuisement...

Kundry, dans un acte de pénitence, comme la prostituée de l’évangile, lave et oint d’un parfum les pieds de Parsifal,  avant de les essuyer de ses cheveux.

Gurnemanz, baptise Parsifal et lui donne l’onction, faisant de lui le nouveau prêtre roi de Montsalvat. Son premier office est de baptiser Kundry qui s’endort dans le sommeil de la mort et du pardon.

La scène finale, se passe dans la grande salle de Montsalvat, devant la dépouille de Titurel.

Parsifal s’avance vers Amfortas, pose la lance sur la blessure qui se referme. Enfin il annonce que le Graal sera désormais exposé pour tous et pour toujours. Il aura par la suite un fils, Lohengrin…

Mais là c’est une autre histoire !

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L'Histoire de Parzival de Wolfram von Eschenbach – 6/,- Parzival, Roi du Graal.

Publié le par Perceval

V. King Amfortas and the castle of the Grail lie under a spell

V. King Amfortas and the castle of the Grail lie under a spell

Parzival dans un duel avec Gawan vaincu.

(Livre XIV) – Perceval et Gauvain – Gauvain engage le combat avec le chevalier inconnu qu'il vient de rencontrer. Cependant les messagers d'Arthur arrivent au camp de Gramoflant et invitent ce dernier à se rendre à Joflanze. A leur retour, ils aperçoivent Gauvain, qui échange avec son adversaire de furieux coups d'épée et semble sur le point de succomber. Ils poussent des cris, prononcent le nom de Gauvain. Aussitôt le chevalier inconnu cesse de combattre et se fait connaître : c'est Perceval. Sur ces entrefaites arrive Gramoflant, qui, voyant l'épuisement de Gauvain, remet au lendemain le combat qui devait avoir lieu ce jour là. Perceval accompagne Gauvain vers les tentes d'Arthur. Il est accueilli avec joie et reprend sa place parmi le chevaliers de la Table Ronde. Il supplie Gauvain de le laisser combattre Gramoflant qui, de son côté, était venu seul en reconnaissance. Les deux chevaliers foncent l'un sur l'autre, et Gramoflant est forcé de reconnaître la supériorité de Perceval. C'est lui qui, cette fois, est à bout de forces quand arrive Gauvain, et il lui faut consentir à un nouvel ajournement.

Gawan_und_Orgeluse

Arthur profite de ce répit pour essayer de régler à l’amiable le différend qui oppose le frère et le fiancé d'Itonié. Il y réussit à la suite d'habiles négociations. Gramoflant devient alors l'époux d'Itonié. Arthur unit en outre la seconde sœur de Gauvain avec Lischoix, et Sangive avec Florant. Orgueluse fait savoir à tous les prétendants qui l'avaient suivie que l'époux de son choix est Gauvain. La joie est générale. Seul, Perceval demeure triste en songeant à son épouse Condwiramour, dont il est séparé depuis si longtemps.

A l'aube, il revêt son harnois et s'en va au hasard, loin de tous.

 

( Livre XV) – Parzival et Feirefils – Parzival rencontre sur sa route un chevalier païen qui,venant d'Orient, a naguère abordé dans les environs, avec une flotte immense. Les deux chevaliers engagent le combat. Pour la première fois, chacun se trouve devant un adversaire qu'il ne peut vaincre. Mais, au cours du combat, l'épée de Parzival se brise. Le païen ne veut pas frappé un ennemi désarmé. Il cesse de combattre et prie Parzival de lui faire connaître son nom ; il dit lui-même qui il est : il s'appelle Feirefils l'Angevin ; il est fils de Gamuret et de Belacâne. Les deux héros sont donc frères. Parzival conte à Feirefis, qui ne le savait pas encore, la mort de Gamuret.

Neuschwanstein: Parsifal rencontre Feirefils

Puis les deux frères se rendent ensemble au camp d'Arthur. Ils sont d'abord reçus par Gauvain. Arthur, accompagné de toute sa cour, vient ensuite les saluer. Le lendemain, le roi donne une grande fête en l'honneur de Feirefis et de Parzival. Au cours du festin apparaît Kundrie la sorcière ; elle vient de Montsalvage, en messagère, pour annoncer que le ciel lui-même a désigné Parzival comme roi du Graal. Accompagné du seul Feirefis et guidé par Kundrie, Parzival se met en route vers Montsalvage.

 

(Livre XVI) – Parzival, Roi du Graal.- A Montsalvage, Anfortas, dont les souffrances sont plus vives que jamais, supplie les Templiers de le laisser mourir. Il adresse la même prière à Parzival, quand celui-ci se présente au château. Mais Parzival, après avoir prié, pose à Anfortas la question si longtemps différée : il lui demande quel est son mal. Anfortas recouvre aussitôt la santé. Mais il a cessé d'être roi du Graal : cette dignité appartient maintenant à Parzival.

Cependant on annonce que Condwiramour s'est mise ne route pour rejoindre son époux et qu'elle est arrivée sur les bords du Plimizel. Parzival se rend au devant d'elle avec une troupe de chevaliers. Aprsè avoir été saluer, en passant, l'ermite Trévrizent, il arrive au petit matin dans la plaine où sont dressées les te,tes de Condwiramour et des guerriers qui l’accompagnent.

Il retrouve son épouse, qu'il avait quittée depuis cinq ans, et voit pour la première fois ses deux fils, Kardeis et Loherangrin.

Le premier, désigné pour devenir roi de galles et d'Anjou, repart avec les chevaliers qui l'avaient escorté jusqu'au Plimizel. Parzival prend, avec Condwiramour et Loherangrin, le chemin de Montsalvage. Une grande fête réunit au château tous les chevaliers autour du roi Parzival et de la reine Condwiramour.

Repanse de joie, accompagnée comme à l'accoutumée de vingt-quatre autres demoiselles, apporte le Graal dans la grande salle des fêtes. Mais le Graal demeure invisible à Feirefis, qui est païen.

Lohengrin

Transporté par la beauté de Repanse de Joie, Feirefis exprime le désir de l'épouser et se déclare prêt à devenir chrétien. Son souhait est exaucé le lendemain, après qu'il a reçu solennellement le baptême. Au bout de douze jours, il repart avec son épouse pour l'Inde ; il aura d'elle plus tard un fils qui sera le Prêtre Jean.

Des années s'écoulent et Loherangrin devient un chevalier accompli. Un jour, sur l'ordre du Graal, il part pour le Brabant, afin de venir en aide à al duchesse, menacée par ses vassaux. Il s'offre à devenir son époux, à la condition qu'elle ne cherche jamais à savoir qui il est. Elle accepte et, pendant de longues années, les deux époux vivent heureux ; Loherangrin rétablit l'ordre dans le duché de Brabant. Mais, un jour, la duchesse ne peut s'empêcher de lui poser la question défendue. Il l'abandonne alors et retourne à Montsalvage.

Wolfram termine son poème par quelques réflexions sur les modèles qu'il a suivis et sur lui-même.

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L'Histoire de Parzival de Wolfram von Eschenbach – 2/,-

Publié le par Perceval

Parsival en chemin vers Montsalvat d'André Kosslick artiste allemand 1703-1770

Parsival en chemin vers Montsalvat d'André Kosslick artiste allemand 1703-1770

Parzival au Gralsburg ( Château du Graal) - Livre V -

Parzival a quitté son épouse Condwiramour... Le motif de cette douloureuse séparation est la quête de sa mère ; et cela veut aussi bien dire la quête de sa propre mission qui est de découvrir le Graal.

par André Kosslick ...

Parzival arrive le soir au bord d'un lac perdu dans une forêt. Il aperçoit deux pêcheurs dans une barque et leur demande s'il est quelque demeure, aux environs, où il puisse passer la nuit. L'un des pêcheurs lui indique le chemin d'un château proche en Terre de Salvaesche; il annonce à Parzival qu'il sera lui-même son hôte en ce château. A son arrivée, Parzival est reçu avec honneurs ; on lui ôte son harnois ; on lui prête un manteau de soie ; puis on le conduit dans une vaste salle, où sont assemblés quatre cent chevaliers, tous tristes...

Parzival retrouve là celui qu'il avait pris pour un pêcheur : c'est Anfortas, roi du pays environnant et oncle de Parzival ( Anfortas est le fils du défunt roi Frimutel et le frère de Herzeloyde)... Anfortas qui souffre d'une maladie mystérieuse *, est à demi étendu sur un lit de sangle, devant un grand feu, dans le vaste salle du château. Parzival prend place à son côté.

* Anfortas est incapable de marcher, de monter à cheval, de s'étendre, de se tenir debout, il ne peut que s'adosser à un appui. Par la pêche, il trouve un peu de à son infortune. Le roi du Graal subit le châtiment d’un amour interdit, sous la forme d’une blessure aux parties génitales infligée par un coup de lance.

Parzival assiste alors à un spectacle surprenant : un page entre avec une lance dont la pointe laisse tomber des gouttes de sang, fait le tour de la salle - des lamentations générales la suivent - puis disparaît. Viennent ensuite, en un cortège magnifique, vingt-cinq jeunes filles, qui tiennent en main des lumières, des pieds de table en ivoire, une table taillée dans une pierre précieuse et des couteaux d'argent; la reine Repanse de Schoye porte le Graal, qu'elle dépose devant le roi Anfortas

<- Parsifal avec Amfortas dans le Château du Graal. Peinture murale dans la Salle des Chanteurs, August Spiess, 1883 château de Neuschwanstein

Le Graal est une pierre précieuse, dispensatrice de vie ; il fournit aux assistants tout ce qu'ils souhaitent : mets et boissons ; et offre la vie éternelle ...

Le Graal est le but le plus élevé des désirs terrestres et le symbole du salut entre le ciel et la terre. Aucun humain n'a encore vécu - assez pur et noble - pour être digne d'être le Gardien du Graal.

Parsifal - The Grail in 1933 German stamp

Parzival admire toutes ces merveilles, mais, se souvenant des préceptes de Gornemant, s'abstient par discrétion, de poser aucune question. Il n'interroge pas même le roi, quand ce dernier lui fait cadeau d'une épée. Arès le festin, on le conduit dans une chambre où il s'endort d'un sommeil inquiet et troublé : un rêve pénible lui donne à penser que des épreuves cruelles l'attendent dans la vie.

Le lendemain, au réveil, il trouve le château désert. Il se met en selle ; au moment où il franchit le pont-levis, un écuyer invisible l'invective et lui reproche de ne pas avoir posé de questions. Parzival, poursuivant son chemin dans la forêt, rencontre sa cousine Sigune échevelée qui pleure toujours son prince mort - elle embrasse son cadavre embaumé!. Elle lui révèle qu'il vient de passer la nuit au château de Montsalvage ( Munsalvaesche)..  Ce château ne peut pas être trouvé intentionnellement, seul le hasard offre cette opportunité à ceux qui sont dignes du Graal... L'épée que lui a donnée Anfortas, est une épée magique fabriquée par le célèbre forgeron Trebuchet.

Parzival und Sigune

Quand il est forcé d'avouer à Sigune qu'il n'a même pas été capable de dire une simple parole de consolation, elle le maudit ... Il la quitte alors. Il rejoint bientôt la duchesse Jeschoute ( Jeschute) , épouse du duc Orilus, qui l'a condamnée à mener une vie humiliante et dure, parce qu'il croit qu'elle a, un an plus tôt, accordé son amour à Parzival... Ce dernier combat contre Orilus, le vainc, jure solennellement que la duchesse est innocente, qu'il n'a jamais eu de relations avec elle, et réconcilie les deux époux. Sur son ordre, Orilus doit aller à la cour d'Arthur, pour faire savoir à Cunneware qu'elle sera vengée de l'affront que lui a jadis fait le sénéchal Ké...

 

( Livre VI) Arthur s'est mis en route avec toute sa cour, pour rechercher Perceval, qu'il voudrait voir de joindre à la troupe des Chevaliers de la Table Ronde. Il a fait promettre à tous ceux qui l'accompagnent de ne jamais prendre part à un combat singulier sans en avoir reçu de lui la permission. Précisément Parzival se trouve justement dans la même région qu'Arthur.

Une couche de neige recouvre le sol. Près de lui un faucon poursuit une oie sauvage : quelques gouttes de sang tombent sur la neige, près de Parzival. Le blanc et le rouge le font songer à son épouse, Condwiramour ; il est si profondément plongé dans ses pensées qu'il est hors d'état de prêter attention à ce qui l'entoure.

Or un page, venu du camp d'Arthur, l'aperçoit et, croyant voir en lui un ennemi, va jeter l'alarme au camp. Segramor obtient d'Arthur la permission d'aller combattre l'étranger. Bien qu'à peine sorti de son état hypnotique, Perceval le désarçonne. Alors le sénéchal Ké vient à son tour le provoquer ; dans une sorte d'état de somnambulisme, Parzival jette à terre Ké, qui se casse un bras et une jambe. Gauvain enfin vient trouver le chevalier étranger et, ayant deviné la raison de son attitude singulière, cache sous un tissu les gouttes de sang répandues dans la neige. Parzival revient alors à lui. Il apprend de la bouche de Gauvain qu'il a vengé, sans le savoir, l'affront jadis fait à Cunneware. Il se rend avec Gauvain à la cour d'Arthur, où on lui fait un magnifique accueil et où l'on donne une fête en son honneur. Toute l'assemblée se réjouit.

Trois scènes du Parsival de Wolfram d'Eschenbach

Parzival est accueilli à la Table Ronde avec tous les honneurs de la cour ; il est ainsi monté jusqu'au sommet de la hiérarchie des chevaliers. La Table Ronde se réunit pour le repas pris en commun ; il semble que là toutes les oppositions, toutes les fautes, toutes les rivalités internes sont pardonnées et effacées.

C'est justement à ce moment, où se manifeste la splendeur et la sûreté de soi de la société noble la plus typique, que se présentent deux personnages qui détruisent totalement cette atmosphère de gaîté, en proférant malédictions et reproches amers contre l'honneur chevaleresque de Gauvain et de Parzival, ce qui met fin immédiatement à la fête...

En effet, on voit soudain apparaître Kundrie ( Cundry) la sorcière, qui maudit Parzifal, parce qu'il a négligé, lors de son séjour au Château du Graal, de poser la question qui eût délivré Anfortas. Elle invite d'autre part les chevaliers présents à tenter une belle aventure : quatre cents dames sont prisonnières au Château de la Merveille ; ceux qui les délivreront pourront compter sur la reconnaissance des prisonnières.

Kundrie possède une apparence repoussante ( nez à fome de chien, dents qui dépassent de la bouche, oreilles d'ours, mains à la peau de singe, ongles sales comme des griffes...) ; même son frère Malcreature est répugnant à l’extérieur... La raison de cette apparence laide est une "inconduite lointaine" qui remonte à Adam. Ses filles avaient été mis en garde de ne pas prendre certaines herbes pendant la grossesse, elles ont ignoré ses conseils, de sorte que des enfants déformés sont nés. Ce faisant, ils ont changé "la forme que Dieu nous a donnée dans l'acte de création"

Cundry est qualifiée de "sorcière" par la vieille reine Diptam au Château magique Clinschors, qui lui explique les remèdes avec lesquels elle prendra plus tard soin de la santé de Gauvain. Elle apporte également de la nourriture pour toute la semaine Sigune, en deuil, à l'ermitage de Trevrizent, tous les samedis...

Cundry contraste avec Parzival et les dames de la cour. En effet, elle a une haute éducation et de fortes valeurs morales, ce qui la différencie de Parzival : ainsi, elle maîtrise le latin, l'arabe et le français sans erreurs et maîtrise également la dialectique, la géométrie et l'astronomie. En raison de son savoir, elle est appelée "la sorcière". Elle est connue pour parler "comme une cascade" et son discours ne cesse jamais. Avec ses paroles, elle "détruit toujours tout plaisir et toute joie"...

Après Kundrie apparaît un chevalier étranger, Kingrimoursel ; il vient provoquer en combat singulier Gauvain, qu'il accuse ( à tort) d'avoir déloyalement fait périr le roi Kingrisin. L'assemblée se sépare tristement. Avant de partir pourtant, Parzival unit Clamadieu et Cunneware. Il apprend d'une reine étrangère, Ecuba, qu'un sien frère vit en Orient : c'est un roi puissant et riche, du nom de Feirefis.

Parzival se débat avec lui-même et contre le monde, il est tourmenté par le doute... C'est là que se révèle l'idée superficielle de Parzival au sujet de Dieu : il explique - son refus de parler au château du Graal - par le fait que Dieu a refusé de s'occuper de lui, alors qu'il aurait pu manifester sa toute-puissance en guérissant Anfortas et en préservant ainsi Parzival, son serviteur fidèle, de l'imprécation déshonorante lancée par Kundrie. Comme dans un rapport de vassal à suzerain, Parzival dénonce sa soumission à Dieu ...

Hermann Hendrich - Parsifal voit les trois gouttes de sang

Il quitte la Table Ronde, pour se lancer dans la Quête du Graal. Il part pour une recherche solitaire du Graal qui durera plusieurs années, et devient par cela même un personnage secondaire...

Gauvain de son côté, se met en route pour se rendre au Royaume d'Escalon, où doit avoir lieu son combat avec Kingrimoursel.

A suivre ...

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L'Histoire de Parzival de Wolfram von Eschenbach – 1/,-

Publié le par Perceval

« O vous qui avez une saine intelligence, soyez attentifs à la doctrine qui se cache sous le voile de ces vers étranges . » (Dante) -

« Je ne tiendrais pas pour sage celui qui ne discernerait pas facilement

les solides enseignements que renferme ce récit »

(W. von Eschenbach). »

Lohengrin and Elsa - Parzival and Condwiramurs - Gahmuret and Herzeloyde

 

Gamuret et Herzeloyde

Cela commence avec l'histoire de Gamuret ( Gahmuret) – le père de Perceval ( Parzival ) - . Gandin, roi d'Anjou, a deux fils, Galoès et Gamuret ( le cadet). A sa mort l'aîné hérite de ses États, l'autre cherche fortune en Orient et sert le kalife de Bagdad, Baruch, alors en guerre avec les princes de Babylone, Pompeius et Ipomidon, puis il erre en d'autres pays; le vent le jette sur la côte d'Afrique, où une belle princesse maure, Bélacane, est assiégée par le roi d'Écosse Friedebrand et les Maures d'Assagog. Il la délivre, l'épouse; mais bientôt l'ennui d'une vie sédentaire lui fait abandonner Bélacane. Peu après son départ, la malheureuse reine accouche d'un fils dont la peau tachetée de blanc et de noir rappelle sa double origine, elle le nomme Fièrefils.

Gamuret aborde en Espagne. Il apprend qu'Herzéloïde, reine de Galles et de Norgals, a promis sa main et ses États au vainqueur d'un tournoi qu'elle donne en sa capitale de Canvolès. Une foule de princes prétendent à un si haut prix ; mais Gamuret triomphe de tous ses adversaires; et au moment où il épouse Herzéloïde – après avoir écarté la revendication amoureuse de la reine de France, Ampflise... Il apprend que sa mère et son frère Galoès sont morts, le laissant héritier du royaume d'Anjou. Mais Gamuret ne peut jouir paisiblement de tant de puissance; le goût des aventures l'entraîne encore ; il repart. Six mois après Herzéloïde, déjà inquiète d'un songe sinistre qui lui présageait les plus grands malheurs, elle apprend que son époux a péri devant Bagdad. Quatorze jours plus tard elle met au monde Parzival.

Herzeloyde et Parzival enfant

Parzival, est le fils de Gahmuret – en lien familial avec Arthur – et de Herzeloyde – en lien avec le Graal - . Avec la mort de Gahmuret ; c'est peut-être aussi l’ancien monde chevaleresque qui fomente la passion et la douleur, qui meurt ( même si ses valeurs restent fortes...). Herzeloyde en totale liberté apporte quelque chose de nouveau dans le monde. Elle rompt avec l’ancien et met le nouveau à sa place, jusqu’à sacrifier sa vie pour cela.

Herzeloyde abandonne toute sa richesse de ses trois royaumes et se retire avec l’enfant et quelques esprits serviables dans la « solitude » de la forêt de Soltâne.

Herzeloyde, ne vit plus que pour son fils. Elle se retire avec Parzival dans un lieu désert, la forêt de Soltane. Délibérément, elle lui fait tout ignorer du monde et de la vie en dehors de la forêt, elle ne le prépare en particulier à rien de ce que réclamerait, sur le plan social, éthique et guerrier, son statut de chevalier et de seigneur.

Ce n’est que plus tard qu’il apprendra son nom et son origine de la bouche de sa cousine Sigune, peu avant d’arriver pour la première fois à la cour du roi Arthur

Parzival grandit en harmonie avec la nature. Et, Herzeloyde essaie de protéger son fils des dangers de la chevalerie, et même d’être tenté par elle, mais elle n'y réussira pas. Dans l'espoir que son fils lui reviendra après avoir fait dans le monde assez de mauvaises expériences, elle l’habille comme on habille les ''simplets'' et elle lui donne sur la façon de se conduire des instructions absurdes qui, observées à la lettre et jointes à son habit, ne peuvent manquer de le rendre ridicule.

Parzival grandit, il devient robuste et habile à tous les exercices du corps. En lui germe le désir du vaste monde. Un jour, alors qu'il est à la chasse, il rencontre un chevalier qui en poursuit deux autres. Il est fasciné par eux … Il apprend la nature et la gloire de la vie chevaleresque. Sa mère ne peut plus le tenir. Il décide de se rendre à la cour du Roi Arthur, roi de Bretagne, pour devenir chevalier. Sa mère lui donne des conseils, qu'il suivra à la lettre sans les comprendre... Il la quitte. Elle en meurt de douleur...

En chevauchant Perceval aperçoit une tente ; il y pénètre et trouve une dame endormie. Croyant obéir aux conseils de sa mère, il l'embrasse, malgré elle, il lui prend en outre un anneau et un fermail. Soupçonnée d'infidélité par son époux: Orilus, la dame, Jeschoute (Jeschute) , sera soumise pendant plus d'une année à des tourments rigoureux...

Parzival fait ensuite la rencontre d'une autre dame, Sigune ( Sigunde) , qui se lamente sur le cadavre de son chevalier servant. Il s'entretient avec elle, et découvre qu'elle est sa cousine, et apprend d'elle de quelle lignée il descend.

Après avoir passé la nuit chez un pécheur, Parzifal se rend à Nantes, où se trouve la cour d'Arthur. En chemin, il rencontre un chevalier vêtu d'une armure vermeille, Ither de Gaheviez, qui le charge d'un message pour le roi : il a volé une coupe au roi et l'a reversée sur la reine Ginover (Guenièvre) et il a lancé un défi à l'un ou l'autre de ses chevaliers.... Arrivé à Nantes, Parzival excite la curiosité et l'admiration de tous. Le roi lui fait un amical accueil. Une jeune femme, Cunneware, se prend à rire en le voyant. Or elle n'avait jamais ri. Elle ne devait rire que le jour où elle se trouverait en face du plus vaillant de tous les chevaliers. Le sénéchal Ké, irrité de voir qu'elle fait un pareil honneur à un rustre, la roue de coups. Perceval annonce son intention de la venger...

Parzifal bat le ''chevalier vermeil (rouge)'' Ither qui a volé une coupe à la table ronde d'Arthus. C'est ainsi que Parzival le tue d'un coup de javelot, et obtient son armure et son cheval. 

A l'aventure, Parzifal, arrive le soir devant un château isolé ( Graharz) , où il est reçu par Gornemant. Ce vieux chevalier l'accueille avec bonté, lui enseigne les règles de la bienséance et lui conseille en particulier de ne pas poser trop de questions. Il lui apprend aussi à manier la lance et l'épée. Gornemant ( Gurnemanz) voudrait retenir Parzival près de lui et lui donner pour épouse sa fille, la belle Liâze ; mais Parzival ne se juge pas encore digne de cet honneur.

Quand il quitte Graharz au bout de 14 jours pour poursuivre sa vie d’aventures, il est devenu un chevalier parfait dans le sens du monde arthurien.

Parzival arrive dans le royaume de Brobarz à Belrapeire ( Beaurepaire) . La reine du pays, Condwiramour ( Kondwiramur) – dans sa ville - est assiégée par le roi Clamadieu, qui veut la contraindre à l'épouser. La ville souffrant d'une cruelle famine, offre l'hospitalité à Parzival. Au cours de la nuit, le reine se rend dans la chambre du héros, où il repose. Elle le supplie de venir en aide aux assiégés ; il lui en fait la promesse. Le lendemain, Parzifal défait en combat singulier, Kingrun, sénéchal de Clamadieu, et l'envoie faire sa soumission au Roi Arthur.. La reine Condwiramour déclare alors qu'elle n'aura jamais d'autre époux que Parzifal, son sauveur. Sur ces entrefaites, deux navires chargés de vivres, arrivent dans le port de Beaurepaire ; la disette prend fin.

Parzival devient l'époux de Condwiramour. Le roi Clamadieu, ayant appris la défaite de son sénéchal, attaque à son tour la ville ; il est repoussé. Il provoque alors Parzival en combat singulier. Parzival le vainc, le fait prisonnier et l'envoie, lui aussi, à la cour du Roi Arthur. Après être demeuré quelque temps près de son épouse Condwiramour, devenu le maître du royaume, et mis en ordre les affaires... Parzival la quitte, afin d'aller prendre des nouvelles de sa mère Herzeloïde ( qu'il ne savait pas morte …) et aussi pour chercher aventure. L'amour du bonheur ne peut pas satisfaire son goût pour l'action....

Kondwiramur ou Condwiramur ; provient du français : ''celle qui conduit à l'amour''.. Elle est réputée pour sa beauté... Parzival semble inhibé, au point qu'elle pense qu'il la rejette. Ce n'est pas du tout le cas, cependant – comme son père – il va la laisser pour vivre l'aventure d'un chevalier. Tout au long de sa Quête, il est reste habité par l'amour pour sa femme ( au contraire du comportement de Gauvain) ...

A suivre : .. L'Histoire de Parzival...

Les illustrations sont des peintures du Château de Neuschwanstein, de Ludwig de Bavière...

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Sur la piste du Graal : le comte de l'X. -4- L'Histoire de Parzival.

Publié le par Perceval

Pour en revenir au Graal, le comte de l'X. et le professeur Guillaume-Alfred Heinrich, insistent sur le fait que les croisés, tout pleins du sentiment de la Passion, ont cru trouver en Palestine plus d'une relique de ce sacrifice mémorable. Bien sûr , il évoque le ''Sacro Catino'' transporté à Gênes, en 1101, nous dit-il … Mais, par exemple, les moines de Fécamp en Normandie possédaient un autre saint Graal ; ils conservaient aussi dans une fiole de cristal du sang de Jésus-Christ, recueilli par Nicodème...

Enfin, il nous rappelle que le dogme de l'Eucharistie reçut une glorification nouvelle: au XIIe siècle, par la condamnation de l'archidiacre Bérenger de Tours; au XIIIe , et par l'institution de la fête du Saint-Sacrement... Ce qui prouve bien que notre légende ne fut pour certains esprits qu'une sorte de représentation séculière de l'eucharistie...

 

Pourtant, le Graal de Wolfram von Eschenbach, n'est pas explicitement une coupe … !

L'ermite conte à Parzival l'histoire merveilleuse de la fraternité du Graal :

« L'ermite parla ainsi : il m'est parfaitement connu que de vaillants chevaliers ont leur demeure à Munsalvaesche, auprès du Graal . Ils partent fréquemment à cheval en quête d'aventures . Ces templiers livrent combat afin d'expier leurs péchés et peu leur importe d'être victorieux ou vaincus. Là vit donc une troupe de valeureux guerriers, et je vais vous dire de quoi ils vivent : Leur nourriture ils la reçoivent d'une pierre, qui en son essence est toute pureté, et si vous ne la connaissez pas je vais vous dire son nom : on l'appelle " Lapsit exillis " . C'est par la vertu de cette pierre que le phénix se consume et devient cendre ; mais il renaît de ses cendres .C'est grâce à cette pierre que le phénix accomplit sa mue pour resplendir ensuite aussi beau qu'auparavant ...La pierre donne à l'homme une telle force que le corps garde la fraîcheur de sa jeunesse . Cette pierre aussi a pour nom le Graal ... »

Je vous disais, dans un article précédent, que le conte de l'X. et Charles-Louis de Chateauneuf, privilégiaient la ''piste germanique'' du Graal... En effet, dans ces années 1830-1850 ; les spécialistes de littérature française, n'ont toujours pas pris la bonne mesure de ce qu'au XVIIIe siècle, on appelait les ''antiquités françaises''...

C'est bien l'école romantique - allemande avant la française – qui va re-découvrir ces textes... Voilà ce qu'en dit Paulin Paris (1800 - 1881) un historien français de la littérature, spécialiste de l'époque médiévale.

«  J’apprendrai sans doute à plusieurs lecteurs que l’histoire des chevaliers de la Table ronde, celle du beau Tristan, de la belle Isolde, de Lancelot et de la Dame du Lac ; que les douze Pairs de la cour de Charlemagne sont tous originaires de France... (…) quant aux Français, loin de tirer parti d’une source aussi riche, ils ont préféré emprunter les étrangers qui les avaient eux-mêmes copiés. »

Ainsi, comme le remarque Michel Zink : «  Faut-il donc passer par le romantisme, et par le romantisme allemand, pour en venir aux littératures de la France médiévale ? »

Le conte de l'X. et C.-L. de Chateauneuf, vont avoir la chance de rencontrer – en visite à Paris - Friedrich de la Motte Fouqué (1777-1843), qui se passionne pour l'épopée du Graal, et qui recherche les sources françaises... Descendant de huguenots réfugiés en Allemagne, l'écrivain n'a plus qu'un objectif : écrire une épopée qu'il nomme '' Der Parcival''...

Friedrich de la Motte Fouqué

Friedrich de la Motte Fouqué, a publié en 1811, une œuvre qui va le rendre célèbre '' Undine '' ( Ondine). Marié à une écrivaine qui tient salon, il est un ami d'Adelbert von Chamisso...

En France, il vient rencontrer l'académicien Paulin Paris; et aussi le breton, Théodore Hersart, vicomte de La Villemarqué (1815 -1895).

** Le Parzival de Wolfram von Eschenbach a déjà été édité, en allemand moderne, par Karl Lachmann, en 1833... Mais rien de tel - en français - pour Chrétien de Troyes... !

Le Conte du Graal de Chrétien de Troyes n’est accessible qu’à travers quelques rares et précieux manuscrits médiévaux ; aucune œuvre de Chrétien n’a fait l’objet d’une édition moderne... Seule , l'anglaise Charlotte Guest a publié en annexe de ses Mabinogion, une transcription passablement fautive du ''Chevalier au lion'' , et qui est due, précisément, à La Villemarqué... Quant à Perceval et le Graal, ils semblent recueillir encore moins d'intérêt que Merlin, ou Lancelot ...

La Villemarqué collecte en Bretagne, les anciennes chansons populaires, et contes... Il publie un recueil , nommé Le Barzaz Breiz , qui sera reconnu par les lettrés parisiens... Soutenu par Augustin Thierry, Sainte-Beuve... Parmi les romantiques, on le compare à Grimm...

La Villemarqué - Collectage

Hersart de la Villemarqué, dans ''les Romans de la Table Ronde et les Contes des anciens Bretons'' (1859) a traduit et publié: Owenn ou la Dame de la fontaine, Ghérent ou le Chevalier au faucon, et Pérédur ou le Bassin magique.

 

Le philosophe Arthur Schopenhauer compare le mythe Jésus, à celui qui en train de retrouver vigueur, après s'être formé au Moyen-âge autour du Roi Arthur, précisant « il y a quelques années, le ministère de l'instruction publique de France a envoyé en Angleterre M. de la Villemarqué, pour rechercher l'origine des mythes relatifs à ce roi Arthur. »

 

« Nous, les Bretons, attendons le retour du roi Arthur comme les juifs celui du Messie », écrit Chateaubriand dans son Essai sur la littérature anglaise (1836). D'ailleurs au XIXe siècle, se développe une certaine idée interceltique... A Glastonbury, notamment en 1838, La Villemarquée, participe au renouveau des relations interceltiques...

Theodore Hersart de la Villemarqué

 

Théodore Hersart de la Villemarqué, même s'il ne s’intéresse que très peu aux textes de Chrétien de Troyes, tente d'expliquer l’apparition du Graal dans le roman de Chrétien... Sous sa plume, le Graal dérive à la fois du bassin de Keridwen cité dans l’Histoire de Taliesin, de l’histoire du héros gallois Peredur – dont il explique le nom par «homme des bassins» – et du chaudron de Bran-le-béni.. Au sujet de ce chaudron, La Villemarqué écrit: « Ce vase avait, comme le graal, la propriété de guérir les blessures mortelles, et même de rendre la vie; mais de peur que la personne ressuscitée ne révélât le secret de sa guérison, elle recouvrait la vie sans l’usage de la parole». Voilà qui expliquait, selon La Villemarqué, le mutisme de Perceval. Quant à la lance qui saigne La Villemarqué la trouvait aussi chez Taliesin: «Le pays des Loègres (l’Angleterre) périra par la lance sanglante»...

Nous sommes donc loin, en France, d'une véritable compréhension de la Quête du Graal ...

 

Jacques Boulenger en 1923, écrira :

« Néanmoins, nos grands écrivains romantiques, à qui elle aurait pu inspirer de beaux poèmes, ignoreront la '' Matière de Bretagne ''. Il n’y a jamais eu, depuis 1591, qu’un seul essai d’adaptation littéraire des romans de la Table ronde : c’est celui de Paulin Paris (1868-1877), qui, travaillant sur les manuscrits mêmes, n’a pu achever son ouvrage et n’a rempli, d’ailleurs sans grand talent, il me semble, que la moitié de son dessein. »

 

Revenons donc à l'allemand, Friedrich de la Motte Fouqué...

A suivre ...

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