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1941- la Pierre du Graal -1

Publié le par Régis Vétillard

A Fléchigné, Anne-Laure remet à son fils, une carte du Tarot qu'elle lui confie... A méditer : Le Bateleur.

Le Bateleur a à sa disposition plusieurs instruments. Peut-être aussi, est-il nécessaire de bien garder à l'esprit, la nécessité de pouvoir discerner... Ce bateleur, est à l'image de Merlin et doit faire face à deux dragons : le dragon rouge et le dragon blanc ils paraissent entrelacés.

 

Retour rapide à Paris, où une personne, assez nocive, sans aucun doute ; pourrait peut-être en dire beaucoup plus... Il s'agit du nazi Gerhard Krüger, qui semble donner beaucoup d'importance à toutes les légendes germaniques, et que Lancelot a l'opportunité d'interroger.

Krüger s'étonne de l'intérêt d'un français pour Eschenbach; et le prévient que cet intérêt pour la Pierre du Graal pourrait le mener sur des espaces qu'un français – à son avis – est incapable d'appréhender...

Il ne s'agit pas, seulement, de littérature, insiste t-il... et insinue que son collègue Abetz, lui, s'imagine que français et allemands peuvent se comprendre précisément par ce biais, alors qu'il est bien trop superficiel... Ici, il s'agit des racines qui nourissent l'âme allemande... Cependant, Lancelot arrive à le convaincre de donner une chance à ce qu'un français puisse en connaître les rudiments.

Krüger le confie aux soins d'un collaborateur de l'institut allemand, Hans F., féru de ces thèmes ésotériques...

Quelques jours plus tard, Hans F. invite Lancelot à le rencontrer dans son bureau.

- Je me suis renseigné sur vous... Vous êtes franc-maçon...

Ne vous inquiétez pas.... Moi aussi; enfin, jusqu'en 1933. En effet, la Grande Loge nationale des Francs-Maçons d’Allemagne a cessé d’exister en tant qu’institution maçonnique et s'est transformée en Ordre germano-chrétien des Templiers [Deutsch-Christlicher Orden der Tempelritter] », avant lui-même de clore ses travaux, en 1935. Hitler se méfie des sociétés secrètes; et préfère que nous puissions travailler en toute lumière. Les adjoints du Führer, Himmler, Hess sont très intéressés par les travaux sur notre culture germanique.

Pierre Isaïs - D.H.v.S.S

Hans F. va prêter quelques documents allemands sur la société Thulé, par exemple, et même sur cet ordre, à l'origine de la société Thulé, ''Die Herren vom Schwarzen Stein'' (D.H.v.S.S) .

Je note ci-dessous la prise de notes, à partir de ces lectures, et de ces conversations.

 

La croix des Templiers est appelée la "croix marcioniste", la croix aux épine, insigne des adeptes de Marcion. Marcion, déclaré hérétique, professe - que Jésus n'est qu'un homme, en qui Dieu s'est incarné jusqu'à la mort pour les en libérer; et - que le Dieu d'amour chrétien ne peut pas correspondre au dieu de colère de l'Ancien Testament. On a fait de cette théologie, une croyance dualiste qui verrait dans le monde la confrontation de deux dieux, celui du mal et celui du bien … On y voit également une rupture entre le premier testament juif, et un nouveau testament chrétien.

Rudolf von Sebottendorff (1875-1945) suit cette voie, et va encore plus loin, déniant au Christ l'originalité de son enseignement, qui serait emprunté à une culture païenne beaucoup plus ancienne, et aryenne.... Il sera le fondateur de la Société Thulé, en 1918 à Munich, issu du courant völkisch. Rudolf Hess va devenir l'un des animateurs.

L'Untersberg - Barberousse

 

Hitler vient se détendre et réfléchir dans sa maison de campagne bavaroise, le Berghof, située à Obersalzberg, face à l’Untersberg. Cette montagne est un des endroits les plus légendaires d’Allemagne, lieu de grottes et souterrains qui cacheraient des nains, premiers habitants de la terre. Il serait le siège du dieu Wotan. De nombreuses personnes seraient ici disparues, les portes de souterrains emmenant vers d'autres dimensions, sortes de tunnels temporels...

Les traditions parle encore d'une commanderie de Templiers, d'une apparition de la déesse Isais, et du dépôt de puissantes reliques comme le Graal. Le Graal est vu comme une pierre tombée du ciel, de la couronne de Lucifer. Sur l’Untersberg, est évoqué le voyage d’Isais à travers l’enfer, déguisée en homme, pour récupérer le Graal; et qu'elle ramène sous la forme d'une pierre noire. Elle la remet aux Templiers allemands sur l’Untersberg.

Cette pierre est un cristal de roche, qui permet, à travers lui, aux énergies spirituelles de se manifester. Hildegard von Bingen, a écrit que l’améthyste, qui procure maîtrise et sagesse, pouvait effrayer les serpents; que l’émeraude aide à garder le contrôle sur l’esprit et à rester vigilant.

Isaïs - Vril

 

On revient à l’Untersberg - considéré '' comme le siège des dieux et la montagne du destin'' - avec un templier Hubertus Koch, qui revient des croisades en 1221, et décide d'y construire le temple d'Isais. Les chevaliers l'atteignent par un passage souterrain.

Le ''D.H.v.S.S.'', c'est à dire ''les seigneurs de la pierre noire'', révèlent que Isais leur aurait apporté la Pierre du Graal.

Isais n’est pas une déesse, mais plutôt un être d’une autre dimension. Isais, comme la soeur d'Athéna, comme un des aspects d'Isis, ou l'enfant caché d'Isis et de Seth, comme la compagne de Mithra, comme la déesse de l'amour, Vénus, Aphrodite... Isais a ses adeptes, avec en particulier les femmes de la société du Vril, autour de Maria Orsic.

Nb/ Ci-dessous:

Extrait de '' L'Âne d'or ou les Métamorphoses'' d' APULEE - 13. Le livre d'Isis (XI, 1, 1 - XI, 30, 5)

Il s'agit, dans ce texte, de la prière de Lucius « Reine des cieux, qui que tu sois, (…) Vénus céleste, qui, dès les premiers jours du monde, donnas l'être à l'Amour pour faire cesser l'antagonisme des deux sexes, et perpétuer par la génération l'existence de la race humaine; » et l'apparition d'Isis : « la divine apparition daigna m'honorer de ces paroles (…)

Je viens à toi, Lucius, émue par tes prières. Je suis la Nature, mère de toutes choses, maîtresse des éléments, principe originel des siècles, divinité suprême, reine des Mânes, la première entre les habitants du ciel, type universel des dieux et des déesses. L'Empyrée et ses voûtes lumineuses, la mer et ses brises salubres, l'enfer et ses silencieux chaos, obéissent à mes lois: puissance unique adorée sous autant d'aspects, de formes, de cultes et de noms qu'il y a de peuples sur la terre. (2) Pour la race primitive des Phrygiens, je suis la déesse de Pessinonte et la mère des dieux; le peuple autochtone de l'Attique me nomme Minerve Cécropienne. Je suis Vénus Paphienne pour les insulaires de Chypre, Diane Dictynne pour les Crétois aux flèches inévitables. Dans les trois langues de Sicile, j'ai nom Proserpine Stygienne, Cérès Antique à Éleusis. (3) Les uns m'invoquent sous celui de Junon, les autres sous celui de Bellone. Je suis Hécate ici, là je suis Rhamnusie. Mais les peuples d'Éthiopie, de l'Ariane et de l'antique et docte Égypte, contrées que le soleil favorise de ses rayons naissants, seuls me rendent mon culte propre, et me donnent mon vrai nom de déesse Isis»

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1941 – L'Empereur

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot profite de sa proximité avec Ferdinand Lot, pour aller le voir et l'interroger sur l'histoire du Saint-Empire Romain germanique.

De juin à août 1940 , il a quitté Paris et, il ne craint pas de prendre nettement position contre la politique de Vichy. Proches de lui, son gendre Boris Vildé, Anatole Lewitsky s'engagent contre les occupants. Co-fondateurs du ''réseau'' du Musée de l’homme, les deux hommes sont arrêtés et seront fusillés au Mont-Valérien le 23 février 1942.

Six semaines après cette exécution, Ferdinand Lot sera emprisonné à Fresnes quelques jours par la Gestapo.

Ferdinand Lot se dit très attaché à sa patrie. Et, il le doit au ''petit peuple'', parce que contrairement à lui, les élites s'adaptent facilement au nouveau conquérant. C'est, je crois, dit-il un trait objectif.

 

Le professeur F. Lot est un spécialiste de l'histoire du Saint-Empire Romain germanique.

- L'histoire se continuerait-elle avec le IIIème Reich.. ? Le professeur semble horrifié... « l'Histoire c'est le Discontinu ! » - Que voudriez lire dans les faits historiques ? Une évolution ? Comprenez-bien que « nous sommes victimes d'une métaphore : l'évolution, au sens scientifique du terme, n'existe qu'en biologie ».

Charlemagne - Empereur

- Vous ne pensez pas que l'Histoire se répète ?

- Plus précisément, je dirais que, quand j'écris l'Histoire, je ne pense pas la destiner à éclairer l'avenir.

- L'avenir, je ne sais pas.... mais, le présent, si ...

- Faites attention; et c'est un historien qui vous parle: la relation que j'ai aux évènements est relative; sachant les efforts que je peux faire pour les saisir, dans un passé aboli.

- Et le Reich?

- Une volonté sans aucun doute de s'inscrire dans la suite des Empires allemands. Je note qu'ils le nomme ''Le Reich'' et mentionnent également sa durée de mille ans : das tausendjährige Reich.

- Et l'Empire Romain Germanique? - Etiez-vous au courant, que Hitler en 1938 - après l'Anschluss - a repris les insignes et ornements du souverain du Saint-Empire, couronne, spectre, orbe...etc déposés à Vienne, pour les ramener à Nuremberg?

- Oui. D'ailleurs, j'ai lu un article qui fait remonter les ''Regalia'', à Charlemagne. Sans doute pour joindre ces symboles au 1200ème anniversaire de Charlemagne ( 742-1942). Plus exactement, le premier Reich commence avec le couronnement d' Otton 1er, en 962. Il devient Empereur des romains par le pape Jean XII, et restaure l'empire de Charlemagne. L'Empereur accède à un statut sacré, symbolisé par la couronne octogonale.

La date de l'abandon par François II de sa qualité d'empereur des Romains - le 6 août 1806 - peut être considéré comme l'acte de décès légal de l'Empire romain.

Autre chose : N'oubliez pas qu'une des fonctions impériales est d'être le défenseur de la Papauté et de l'Église romaine.

Hitler pourrait plus facilement se rapprocher de Frédéric II, qui se voyait le successeur des empereurs de la Rome antique et a souhaité créer un empire universel et autorité suprême, en opposition au pape.Et si vous souhaitez que je fasse des rapprochements entre le passé et le présent, je pense aux chevaliers teutoniques qui portaient des croix noires, et rappellent les soldats de l'armée allemande. Le moyen-âge reste pour les tenants d'un empire germanique un élément identitaire.

Le Mythe Barbarossa

- Tenez, je pense encore à autre chose : Guillaume Ier, roi de Prusse, Ier empereur allemand, a fait édifier vers 1895 un monument, dont la base repose sur une statue de  l'empereur du Saint Empire Frédéric Barberousse qui se réveille d'un long sommeil. Ceci conformément à ce que dit la légende : Barberousse se serait, avec sa suite de fidèles, endormi dans une caverne au cœur du Kyffhäuser, d'où il se réveillera un jour pour rétablir l'empire germanique dans son unité et sa splendeur.

Cela ne vous fait pas penser au Roi Arthur, reçu blessé à mort dans l'île d'Avalon et qui d'après la prophétie reviendra pour défendre son pays ?

Barberousse meurt, au sommet de sa gloire, de façon inattendue pendant la croisade en 1190. Dès sa mort, de nombreuses prophéties apparaissent pour annoncer un empereur qui achèverait sa tâche ; à moins qu'il ne soit pas vraiment mort... ! 1190 est aussi la date de création lors du siège de Saint-Jean-d'Acre de l’ordre des chevaliers Teutoniques.

Lancelot, rappelle lui, que c'est aussi le temps de la croisade puis de la captivité de Richard Cœur de Lion en Allemagne.

Paris-Soir - 23 juin 1941 -

Les nazis réactivent la légende, avec l'expression ''troisième Reich'' qui serait le nom de l'empire gouverné par la race des seigneurs et qui doit durer mille ans

 

Hitler lance avec l'opération Barbarossa, la croisade contre le judéo-bolchévisme. Le 22 juin 1941, l’Allemagne nazie envahit l’Union soviétique et présente l'opération comme une grande croisade de l’Europe civilisée contre les hordes athées de la barbarie bolchevique.

 

Pour Lancelot, cette carte du Tarot de l'Empereur, est vraiment d'actualité. Mais quel lien pourrait-il exister entre l'Empereur, ou le Führer ; et la Pierre du Graal ?

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1941 – Fléchigné – la Sainte-Lance

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot et sa mère rejoignent Fléchigné. Trajet en train par Laval, puis Mayenne.

Ils apprennent que la Feldkommandantur de Laval a exigé du préfet « la création et la tenue d’un fichier des juifs en Mayenne ». « 147 fiches cartonnées sont établies, elles mêlent Français et étrangers »

Revenir à Fléchigné, entrer dans la cour, franchir le seuil de la maison, sentir l'odeur caractéristique qu'accompagne la respiration de l'horloge qui accueillaient déjà l'enfant qu'il était; c'est - davantage aujourd'hui - revenir à l'espoir d'un peu de sécurité. Par ici, on n'a encore vu aucun allemand ; par contre le village, à côté, s'est mis à l'heure du nouveau régime ; il faut rester prudent.

 

Anne-Laure et Lancelot prennent le temps de parler. La bibliothèque, les ''trésors'' familiaux pieusement rangés mais disponibles, permettent à leur contact, d'approfondir un ''retour sur soi'' et de l'inscrire dans l'histoire familiale, Anne-Laure y tient beaucoup.

Que de rencontres riches d'hommes et de femmes, que d'idéaux passionnants et d'engagements contradictoires !

 

Lancelot pose les deux cartes de Tarot qui ne le quittent plus : le Fou et l'Empereur.

Anne-Laure les examine.

- C'est naturel de commencer avec le Fou. C'est le chercheur ; celui auquel il faut s'identifier. Il doit questionner et expérimenter. C'est le chevalier au départ de la Quête...

- L'empereur, c'est le pouvoir. L'apparence est importante ; en témoignent la valeur des symboles de pouvoir. Comme le roi Arthur, il tire son énergie créatrice du contact avec '' L'autre Monde''

Lancelot revient à cet homme, qui semble t-il, s'était présenté sous le nom de Lithargoël ( pierre brillante...). Que cherchait-il et pourquoi s'est-il volatilisé ?

Son souci était une pierre ; et la solution concernait une rose....

Anne-Laure continue : - Et cette pierre promise par l'ange Lithargoël, est du même ordre que la pierre du Graal de Wolfram von Eschenbach

- Wolfram, qui fait dire à Trevrizent pour Parcival « si lebent von einem steine :.» (…) « er heizet lapsit exillis... ( « ils vivent par la vertu d'une pierre :.. » « elle s'appelle lapsit exillîs... » : Il s'agit du Graal selon Wolfram, reprend Lancelot.

Lancelot s'interroge sur les liens de la '' lapsit exillîs'' avec la tradition du Graal qui lui semble plus celtique que germanique ?

Sa mère, Anne-Laure de Sallembier, connaît bien ce sujet et c'est toujours avec beaucoup de plaisir qu'elle reprend pour son fils le cadre des histoires qu'il a bien souvent entendues.

Elle fait état des légendes allemandes, rapportées par les plus illustres poètes, lors du ''Tournoi de la Wartburg'' ( vers 1200). On évoque alors qu'une pierre aurait sauté de la couronne de Lucifer lorsque Dieu le précipita du ciel.

- D'accord, pour la pierre du Graal, pour Parsival.... mais qu'en est-il de Merlin, du roi Arthur ?

- Merlin est représenté dans les Chroniques de Nuremberg, de Hartmann (1493), ainsi que « Arturus rex » (Roi Arthur). Cette œuvre - une histoire du monde illustrée – depuis la création, reprend une compilation d’histoires anciennes et de chroniques médiévales. Albrecht Dürer a fait son apprentissage auprès de l'illustrateur de la '' Chronique ''.

On y trouve le roi Arthur et Merlin, auprès de personnages comme Attila le Hun ou diverses têtes couronnées européennes, ou la papesse Jeanne ( on affirmait qu’une femme déguisée en homme avait été élue pape de l’Église catholique au IXe siècle ).

 

La Sainte-Lance, la relique chrétienne de la lance du romain Longinus qui transperça les flancs du Christ, est évoquée lors de la procession du Graal, décrite par Chrétien de Troyes. On la retrouve en Bavière en 955, tendue par Otton Ier pour donner confiance à ses soldats et lui donner la victoire. Charlemagne l’aurait reçue du pape Léon III. En 1938, c'est le chancelier du Reich qui la tient dans ses mains ; il l'avait déjà aperçue en 1912, derrière une vitre à la Hofburg.

 

Lancelot ne peut pas s'empêcher de faire la relation entre sa carte l'Empereur, et le souverain du Saint-Empire romain Germanique, et pourquoi pas Hitler, comme Führer du Troisième Reich?

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1941 – Paris -4- Avenue Victor-Hugo.

Publié le par Régis Vétillard

Paris-Soir - Drieu_la_Rochelle, Robert_Brasillach, Abel_Bonnard

Alors que les anciens ministres Édouard Daladier, Léon Blum, Paul Reynaud et Georges Mandel sont inculpés à la détention à vie dans une enceinte fortifiée par le maréchal Pétain pour avoir « trahi les devoirs de leur charge » ; au même moment Goebbels, ministre de la propagande, organise à Weimar un congrès international des écrivains pour discuter de la littérature dans l'Europe à venir : la délégation française est la plus importante : Drieu la Rochelle, Ramon Fernandez, André Fraigneau, Marcel Jouhandeau, Abel Bonnard, Robert Brasillach, et Jacques Chardonne. Ce train pour Weimar, symbolise ce que l'on appelle '' la collaboration''. Drieu le reconnaît : l'intellectuel ne peut être qu'aveugle aux dessous de l'action à laquelle le politique veut le mêler. Bergery en conclue: « Drieu ne comprend rien à la politique. Il croit toujours que les politiques vont faire des choses merveilleuses, accomplir des miracles... » Et, Drieu d'en rajouter : « Oui, je suis d'intelligence avec l'ennemi. J'apporte l'intelligence française à l'ennemi. » ( cf Exordre )

 

Le long de l'avenue Victor-Hugo, et dès que Lancelot est sorti de son appartement, à partir même de l'escalier qui le conduit dans le grand hall du rez-de chaussée, devant la porte de la concierge, la collaboration, la politique, sont là: celle de Vichy ou des allemands. Il y a cet appartement qui appartient à un homme politique qui s'est embarqué pour Londres avec ses enfants, et qui fait l’objet d’une réquisition officielle par les autorités d’Occupation.

Il y a cet étranger, peut-être un homme d'affaire russe, aux manières de prince qui vient d'acheter, à côté, un hôtel particulier. Il mange souvent au Traktir, au N°16, ce restaurant très fréquenté par les officiers allemands comme par leurs amis. Pourtant, y travaille comme maître d'hôtel, Maurice Rossi, très bon observateur qui renseigne efficacement Gilbert Ranault dit ''Raymond'' puis, ''colonel Rémy''. C'est de là, que Louis de La Bardonnie (1902- ) et sa femme Denise organise des points de passage à la ligne de démarcation; et peut abriter éventuellement ensuite en son château de la Roque. C'est du château, d'ailleurs, le 17 mars 1941, qu'eut lieu d'un poste émetteur, la première liaison radio avec Londres.

 

Le deuxième bureau de l'armée de l'armistice signale à Lancelot, l'organisation de résistance appelée OCM, chez Jacques Arthuys (1894-1943), en son domicile, 72 avenue Victor Hugo. Avocat, puis industriel, il est un ancien militant de l'Action Française. Il travaille, là , avec une princesse russe Véra Obolensky, à créer des filières de passage en zone libre, à monter un service de renseignements; c'est à ce propos qu'il rencontre le frère Roger Souchère, par ailleurs, quelqu'un de profondément attaché à la maçonnerie traditionnelle. Lancelot n'aura pas longtemps les moyens de le connaître davantage, Souchère va être arrêté et déporté par les allemands.

Au domicile de Georges Mandel - 67 avenue Victor-Hugo - arrêté donc le 8 août 1940 au Maroc, le commando Künsberg s'empare de sa collection d'oeuvres d'art.

 

Dans un hôtel du 6 avenue Victor-Hugo, vit Walter Schubert ( né le 18 août 1923) à Vienne, avec sa mère. Il est arrivé en France fin 1933, accompagnés de ses parents ; sa profession : mécanicien sur machine à écrire. Il parle, lit et écrit parfaitement le français. Il est de confession juive, son père a été déporté vers l'est par les autorités allemandes.

14 mai 1941 - La « rafle du billet vert »

Le 13 mai 1941, apporté par un agent de police français, Walter reçoit une ''invitation'' verte pour le lendemain, pour un ''examen de situation ''. Il décide de ne pas s'y rendre. Lancelot fait sa connaissance le lendemain, chez sa concierge ; il l'invite chez lui, et lui propose de le cacher.

Le 14 mai à Paris, 3700 juifs se rendent à la convocation. Ils ne savent pas qu'ils vont être arrêtés, déportés, supprimés.

Walter Schubert franchira la ligne de démarcation près de Chalons sur Saône, dans la nuit du 15 au 16 juillet 1942. Il sera arrêté à Claix par la gendarmerie française, lors de la rafle du 26 août 1942 ( zone libre), et déporté. Il va décéder le 7 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne).

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1941 – Paris -3- Boris Vildé

Publié le par Régis Vétillard

Boris Vildé

C'est l'abbé Degoué ( Fléchigné) qui avait permis que Lancelot rencontre Myrrha Borodine ; c'était au sujet du '' Lancelot-Graal'' dont elle est une spécialiste. Depuis, sa mère continuait de fréquenter la tribu de Ferdinand Lot. Elaine avait sympathisé avec Irène, l’aînée des filles Lot, Irène, mariée avec Boris Vildé (1908-1942). Elaine avait été séduite par la spiritualité orthodoxe.

Après l’armistice de 1940, Myrrha, a écrit une lettre indignée au cardinal Baudrillart qui incline, dit-elle, à la sympathie envers Hitler !

Nous savons ( à présent) que Boris a créé l'un des premiers réseaux de Résistance, appelé plus tard le « Réseau du Musée de l’Homme ». En septembre 1940, Irène et Boris rencontrent le physicien Robert Debré, et une amie à lui, Mme de la Bordonnaye... Ils évoquent l'idée de créer un journal, pour contrer Radio-Paris et la presse autorisée. Vildé avec son ami Anatole Levitsky, et Yvonne Oddon, bibliothécaire du Musée, rédigent des tracts... Bientôt le groupe s'étoffe, et le premier numéro de ''Résistance'' va paraître le 15 décembre 1940.

Boris et Irène, à la suite d'un séjour en Bretagne, mettent au point des moyens pour exfiltrer des personnes vers l'Angleterre.

Le 6 janvier 1941, Boris et Irène font la connaissance de Jean Paulhan, la tête pensante des éditions Gallimard et le fondateur de la NRF ; il accepte de rejoindre le comité de rédaction de Résistance ; (c'est grâce à l'intervention de Drieu la Rochelle, qu'il ne sera pas arrêté.). Paulhan avait déjà manifesté beaucoup d'intérêt aux conférences de Lewitsky ( Collège de sociologie) sur le chamanisme.

Le n° 3 de ''Résistance'' reproduit un discours de Churchill: " Nous ne capitulerons jamais ". Une longue notice est consacrée à Henri Bergson qui vient de mourir... Enfin, le n° 5, le dernier, sera confié à Pierre Brossolette...

Le 26 mars 1941, Boris Vildé est arrêté par la Gestapo, trahi par un agent de liaison qui était en fait indicateur à la solde des allemands.

Le nom et les coordonnées de Lancelot, vont être dévoilés à partir des tableaux de loge saisi par les allemands. A partir d’août 1941, des listes de noms sont diffusés ; et Lancelot reçoit de la part de l'administration à laquelle il est attachée, un courrier qui stipule sa démission d'office.

Albert Lantoine, que Lancelot visite, chez lui, au 24 rue de Navarin lui conseille de quitter Paris. Lui-même, a déjà reçu la visite peu amicale d'officiers allemands ; au mois de février ils lui ont saisi tous ses livres, et même ses manuscrits, dont celui sur Lafayette en cours de travail, et sur la duchesse de Lamballe qu'il venait d'achever. Lantoine est l'un des créateurs de la loge ''le Portique'' dans laquelle Lancelot a été initié, et où selon ses propres mots : « les questions philosophiques provoqueront notre intelligence. » ; il insistait souvent sur le fait que la vie politique - avant la guerre - prenait « une place trop grande dans les préoccupations journalières ; en loge nous voulons considérer les choses au seul point de vue philosophique et critique – avec calme, avec douceur – et disons le mot : avec sérénité »

Albert Lantoine, est un passionné d'histoire, il connaît bien Oswald Wirth, apôtre de la maçonnerie écossaise spirituelle, qui a été le secrétaire de Stanislas de Guaita.

Wirth, en 1927, a publié un ouvrage sur les 22 arcanes du Tarot, qui lui servent de balises sur un chemin initiatique nourri aux traditions de l'alchimie, des bâtisseurs de cathédrales...

 

Lancelot raconte son histoire avec Lithargoël, au château d'Uriage et ses cartes du tarot, qu'il lui a transmises : l'Empereur, et le Mat ( le Fou) .... Albert Lantoine commente : l'Empereur fait référence au Créateur, au concret... Wirth qui a dessiné les arcanes majeurs, fait asseoir l'Empereur sur un cube, la pierre cubique du maçon ( un idéal); mais aussi, avec la représentation d'un aigle noir, comme une incarnation obscure , on peut voir ici une image d'oppression, d'orgueil … Le Fou, nous met en garde contre des divagations de notre esprit « dès qu'il prétend dépasser les limites du réel ». Le lynx qui nous mord le mollet, nous contraint d'avancer vers notre destinée...

Actuellement, Wirth, handicapé et cloué sur un fauteuil, a été accueilli au château de la Rochère par les arrière-neveux de Stanislas de Guaita. Lui aussi, s'est fait enlevé sa bibliothèque à Paris ; et reçut au château certains visiteurs allemands qui s'en sont allés avec tous ses dossiers.

 

Lancelot, par l'intermédiaire de Pierre d'Harcourt, reçoit de Louis Rivet ( le SR de Vichy) une mission en Angleterre qui nécessite une certaine préparation.  Ainsi, même licencié du ministère, Lancelot reste opérationnel dans le cadre de l'armée de Vichy. On lui procure même les papiers nécessaires, qui lui permettent de se réclamer de l'Entreprise générale des travaux ruraux (TR), dépendant du ministère de l'agriculture de Vichy.

Pour le moment, il s'agit de faire passer un maximum de renseignements vers Londres. Près du métro Censier, le café '' Le Mirbel '' sert de boîte aux lettres ( une case derrière la caissière permet d'y déposer du courrier).

Malheureusement, Pierre est repéré ; le 9 juillet 1941, il est arrêté à la station de métro de la Porte Maillot ; il tente de fuir, mais est blessé par balle ; puis hospitalisé et incarcéré à Fresnes.

Anne-Laure de Sallembier connaît Robert d'Harcourt, le père de Pierre et dont la mère Ghislaine est une Caraman-Chinay et sœur de la comtesse Greffulhe. Robert d'Harcourt va multiplier les démarches pour sauver son fils, à Vichy et jusqu'en Hongrie d'où la femme du ministre Kallay intervient auprès d'Hitler... Sa condamnation à mort sera commuée en déportation.

 

Lancelot revoit Brossolette qui s'est établi libraire, mais, il n'arrive pas à gagner sa confiance, peut-être du fait de sa dépendance, jusqu'à présent, de Vichy. Il est vrai qu'il est de venu difficile de se fier, même à quelqu'un que l'on connaît...

 

A Paris, depuis fin 1941, l'opinion publique a changé de camp.... « le pays tout entier a désormais le sentiment de sa servitude... Il ne sait pas encore ce qu'il veut, il sait du moins ce qu'il ne veut pas : tout ce qu'il subit. » Jean Guéhenno.

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1941 – Paris -2- Drieu la Rochelle

Publié le par Régis Vétillard

Le 13 novembre 1941, Drieu la Rochelle fait paraître ses ''Notes pour comprendre le siècle''. Ce livre a intéressé Lancelot pour sa manière intelligente et courageuse de comprendre les raisons qui ont conduit les français à ce désastre actuel. Il est courant de mettre en avant des responsabilités superficielles et institutionnelles ; Drieu préfère ici étudier la question culturelle du déclin et la renvoie à chacun : ne s'agit-il pas d'un déséquilibre du corps et de l’esprit ? Il en fait une lecture historique.

 

A la Renaissance :  « Dans les villes commence à se former la conception bourgeoise de la vie, la conception intellectuelle et rationaliste de l’homme sans corps, de l’homme assis » (p. 43). Il présente la Réforme comme une déviation du christianisme dans un humanisme rationaliste.

Un premier romantisme détache l'esprit de l'homme de son corps, dans une mystique matérialiste exaltant une vision dégradée du corps. Cependant Drieu analyse, dans le mouvement symboliste, une reprise du romantisme vers cette fois une mystique de la force par un retour au corps. Drieu apprécie – dans ce sens – Claudel ; « le cercle est bouclé, l’homme s’est reconstruit, l’âme et le corps après une si longue séparation se sont rejoints » (p. 87).

Le prophète Nietzsche, « jette un anathème écrasant et bientôt définitif sur tout le rationalisme » (p. 105).

Drieu pense que le national-socialisme peut retrouver l'harmonie médiévale : « L’homme nouveau a réuni les vertus qui étaient depuis longtemps dissociées et souvent opposées les unes aux autres : les propriétés de l’athlète et du moine, du soldat et du militant » (p. 120).

- Cette notion de force, n'est-elle pas pour le fascisme un moyen d'embrigader... ? Après tout les universités anglaises utilisent, avec plus de naturel, le culte de l'esprit dans un corps sain ; répond Lancelot.

- Et Nietzche, lui-même, n'est-il pas éloigné de cette folie raciste du nazisme ? Il fait l'éloge du cosmopolitisme européen et de ses différentes cultures grecque, romaine, chrétienne et juive. Le surhomme n’appartient pas à une race : il est un esprit libre, dégagé de la morale religieuse.

- Le fascisme au contraire du symbolisme qui vous va bien, s’absorbe totalement dans l'action. Le symbolisme s'oppose à l'idée de collectivisme... Non ?

Vous voyez le fascisme en esthète, en décadent... Vous êtes paradoxal.

A Paris, la population se sent abandonnée par Vichy... En zone occupée, Vichy semble loin, décalé, soumis.

Jusqu’en fin 1940, les parisiens pensaient voir le Maréchal revenir dans la capitale. De plus en plus de gens pensent que Pétain décide sous l'influence de son entourage ou de l'occupant. Personne ne connaît le nom des ministres, seul celui de Laval est cité, en mal.

A Paris, le préfet gère, sous les ordres des autorités d'occupation ; et l'occupant se sert, abondamment, sans restriction... Des tracts, des affichettes circulent, et imaginent toutes sortes de petites résistances. La manifestation du 11 novembre 1940, initiée par des jeunes a marqué les esprits.

Chaque parisien passe de nombreuses heures à faire la queue. Aussi, ceux qui ont les moyens, paient des coursiers pour effectuer certains achats ; ceux-ci utilisent éventuellement leur carte de priorité ( de blessé de guerre, par exemple).

Lancelot a la chance de profiter des soins d'une bonne, qui s'occupe avec beaucoup de succès de fournir l'essentiel, avec l'aide de la concierge également - personne clé où sa loge sert de lieu d'information, d'échange et de solidarité - le tout grâce aux moyens financiers de la comtesse de Sallembier et de son fils ; et des ressources alimentaires que procurent Fléchigné. Une chose est très difficile à dompter, c'est le froid.

 

Par ce froid février 1941, la proposition faite à la France occupée, est la ''nouvelle Europe'' et à l'appui une Exposition : « La France européenne » inaugurée le 6 juin 1941 à Paris au Grand Palais ; avec réception pour le grand monde. Anne-Laure de Sallembier est invitée avec les personnalités féminines que sont la princesse de Polignac, la comtesse de Chambure ou la duchesse de Noailles qui se pressent également aux galas organisés par Otto Abetz. Fernand de Brinon qui représente le gouvernement français auprès des allemands mène la grande vie, et retrouve régulièrement Josée de Chambrun, la fille de Pierre Laval. Que ce soit lors de premières au théâtre et à l'opéra, ou de grands dîners, les habitués peuvent croiser Otto Abetz et sa femme, Gerard Heller, Ernst Jünger, de nombreux militaires allemands avec les Cossé-Brissac, la duchesse d'Harcourt, le prince de Beauvau-Craon, les Dubonnet, les Morand, le couple Brinon, Jean Luchaire et sa fille Corinne, Arletty, Cocteau, Sacha Guitry...

 

Par exemple, Lancelot put retrouver Jean Luchaire au faite de sa gloire, lors d'une grande soirée en l'honneur du 100ème numéro de son journal ''Les Nouveaux Temps'' et où fut conviée la haute société parisienne ainsi que des personnalités allemandes comme son ami Otto Abetz, ou Ernst Achenbach, le Dr Schleier et le Dr Michel.

 

Lancelot s'est entretenu avec Gerhard Krüger (1908-1994), personnage assez antipathique qui ne tient à parler qu'allemand. Il se présente comme historien, adhérent du NSDAP, et qui défend une spiritualité païenne face à un christianisme qui pour '' l'être allemand'' serait une aliénation. Plus intéressant, il relate comment Hitler a ordonné - après l’Anschluss de l’Autriche au Reich nazi en 1938 – que les insignes impériaux (Regalia) soient rendus au Reich à Nuremberg. Ces '' Reichskleinodien'' sont composés en particulier de la couronne impériale qui a peut-être été portée par Otton Ier ( Xe s.), et de la Sainte-Lance ( de Longinus) obtenue par Henri Ier de Germanie ( père d'Otton, et grand-père d'Hugues Capet...!). "Ce sont les reliques du Reich..."

Hitler devant les Regalia - 1938

Himmler avec la lance de Longin

 

Il est possible également de se retrouver lors de la réouverture de la saison hippique de Longchamps ; vous y croiserez certainement Geneviève Fath, la comtesse d'Oncieu de Chaffardon, la baronne de Beaufort, ou la comtesse de Monjout... Enfin, vous serez peut-être sur la liste des invités de la réception organisée par la Comtesse de Beaumont dans son magnifique jardin parisien.

Si on accepte de se tenir éveillé, de partager un tant soit peu le quotidien des français ; on sent que l'hiver 1940-1941 est dur. Il fait très froid et il n'y a plus le chauffage central, Lancelot a la chance que Louise puisse lui préparer de l'eau chaude dans un pichet de faïence. Chacun vit la difficulté pour se chauffer, mais aussi pour se nourrir... Avec de la chance, sans ticket, on peut avoir des sardines salées de Tunisie, des légumes au vinaigre, des abricots sucrés... On dit que les poils du lupin peuvent remplacer le café...

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1941 – Paris –1– Drieu la Rochelle

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot remonte vers Paris, en passant par Royat, à l’Hôtel Saint Mart où il rencontre le colonel Bonotaux du SMA, puis par Vichy. Il utilise le train spécial Paris-Vichy qui, deux fois par semaine, fait la liaison pour les ministres et les fonctionnaires qui s'arrête à la gare de Moulins-sur-Allier, point de passage de la ligne de démarcation en train.

Passer la frontière, à Moulins, ce n'est pas ordinaire, surtout pour Lancelot qui n'est pas encore retourné à Paris, depuis la défaite... Des soldats allemands, surgissent dans les wagons, vident les couloirs et réclament poliment dans chaque compartiment, les ''ausweis'' ( laisser-passer).

Selon la couleur, on reconnaît des ausweis, pour un voyage, ou plusieurs. Certaines catégories de personnes, bénéficient d'un ausweis permanent, comme Lancelot.

Les habitants de Moulins, peuvent présenter au poste de passage, un Ausweis für den kleinen Grenzverkehr (laissez-passer pour la petite circulation frontalière) provisoire... En règle générale, l'ausweis est très difficile à obtenir...

 

A la gare, la mère de Lancelot l'attend, seule, sans voiture ; et lui fait la surprise d'une promenade en vélo-taxi.

Qu'il semble étrange d'arriver à Paris, pour quelqu'un comme lui qui l'avait quittée avant l'armistice, et d'y reconnaître sa ville, vide, dans les mains d'allemands qui se sentent chez eux. Des drapeaux nazis ont remplacé les couleurs françaises. Les horloges, même, sont à l'heure allemande, plus matinales d'une heure.

Par crainte que l'automobile soit repérée et réquisitionnée, elle ne sert plus qu'aux alentours de Fléchigné.

Lancelot occupe avec sa mère un appartement rue Victor-Hugo ; avec eux également, une ''bonne'' - Louise M. - qui s'était déjà occupée de Lancelot quand il allait au petit-lycée Janson de Sailly.

 

La nuit, Paris est plongée dans l'obscurité et le silence, humiliée.

Abetz offre à Drieu le rôle culturel qu'il envisage pour lui, afin de servir les vainqueurs. C'est à la tête de la prestigieuse NRF, que Drieu revient ; après s'en être écarté reprochant à Paulhan de soutenir des écrivains communistes. Gallimard accepte, pour sauver la « maison » ; et un premier numéro est paru en décembre 1940.

Une ''liste Otto'' juge subversifs 850 auteurs et 2000 titres, et appelle à les faire disparaître des rayons de librairie.

Drieu la Rochelle

 

Lancelot retrouve Drieu, non pas, comme il l'imaginait, en homme satisfait, à la tête de la Nouvelle Revue Française, mais en homme frustré de se retrouver, déjà, dans une voie sans issue... Faute de pouvoir faire l’œuvre littéraire qu'il imaginait, il aimerait, dit-il, être l'éminence grise d'un fascisme français ; qu'il ne voit pas dans ce Vichy pauvre et triste, et qui présente les mêmes tares que la France de gauche, qu'il a remplacé. « Peu de fascisme, peu de vie ! ».

 

Par l'intermédiaire de Drieu, Lancelot croise Otto Abetz, il l'avait rencontré en 1930, chez Jean Luchaire, quand se montait le projet de Sohlberg. Puis, ce professeur de dessin au lycée de Karlsruhe, a rejoint le NSDAP (1935) et animé le Comité France-Allemagne grâce auquel il a travaillé et sympathisé avec Drieu la Rochelle. Marié avec une française, Abetz s'est senti humilié quand il fut expulsé en début d'été 1939 par le gouvernement Daladier. A présent, il revient à Paris avec le titre d'ambassadeur du Reich à Paris.

Pétain - Abetz - Laval

Drieu a senti qu'Abetz n'avait pas vraiment confiance en Lancelot, qu'il rattache ( après Daladier...) à Vichy et à ses services de renseignements... Drieu, dit-il, tente de persuader les ''occupants'', de ne pas pratiquer ce qui fut une erreur de la France envers l’Allemagne. Il tente de convaincre Abetz, qui fait semblant de le comprendre, que le redressement de la France dans le cadre d'une nouvelle Europe pourrait être un modèle pour les autres nations. Drieu envisage un parti unique, avec Doriot à sa tête. Les allemands se méfient d'un parti unique, et préfèrent plutôt jouer des divisions internes du pays.

Drieu raconte à Lancelot son invitation à l’ambassade d'Allemagne le 15 août 1940, seul au milieu de dignitaires allemands ; sa gêne, son angoisse même, d'être en pareille compagnie...

Lors du retour des cendres de l'Aiglon, Drieu était aux premières loges, savourant la rencontre d'un Napoléon et d'un Hitler.

Mais Drieu semble déjà désabusé : il méprise '' le vieux '' conservateur de Vichy ( Pétain); et se rend compte que les allemands n'envisagent pas de ''relever'' la France...

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L'Ecole d'Uriage -3- Lithargoël

Publié le par Régis Vétillard

Viennent souvent, au château, des conférenciers de Grenoble, ou de Lyon ; et la parole est si libre que Lancelot semble être ici, hors du temps de Vichy.

Philippe Pétain et, à sa gauche, les cardinaux français Emmanuel Suhard et Pierre Gerlier, ainsi que Pierre Laval, en novembre 1942

L'un des derniers thème de discussion concerne l''' Explication chrétienne de notre temps ''. On évoque la défaite en remontant dans l'histoire, jusqu'à la fin du Moyen-âge pour y trouver les racines d'une ''crise de civilisation'', lorsque l’homme s’est « coupé de la vie supérieure » pour sombrer dans le matérialisme. La Renaissance ensuite, s'est centrée sur l'émancipation de la tutelle de l’Église ; jusqu'à s'imaginer fonder une société sans dieu, pourtant issue du christianisme...

La défaite de 40, semble donc justifier une pensée réactionnaire catholique. La '' Révolution nationale '' pouvant être le moyen d’effacer '' la République Parlementaire'' issue de 1789.

Le programme de formation intellectuelle comprend l’étude des trois auteurs désignés comme « les Maîtres de la politique française » : Maurras pour la monarchie, Péguy pour la critique du parlementarisme et Proudhon pour le traditionalisme

Le directeur de l'école, ne craint pas – sur ces bases – de provoquer un débat , en organisant un colloque avec Emmanuel Mounier et Jean Lacroix, les fondateurs de la revue Esprit ; Jean-Jacques Chevallier, professeur de droit à la faculté de Grenoble ; Michel Dupouey du Secrétariat général à la Jeunesse ; Henri Massis, de La Revue universelle et surtout principal conseiller du Maréchal pour les problèmes de jeunesse...

Emmanuel Mounier

 

Pour Mounier, la personne est une « liberté créatrice qui prend le monde comme problème et le construit comme destin » ; ce qui la constitue, c'est l’Être infini : « un Être personnel présent au plus intime de nous-mêmes ». La personne est '' vocation ''…

La pensée de Massis, même si – à la suite de Péguy - se rattache à une politique de l'incarnation ; elle semble à Mounier trop amère, angoissée. Au point d'en arrêter la recherche ; sa pensée est ''solution ''. Mounier en appelle plus à la ''proposition'', et même au mystère...

Le conflit idéologique éclate, et c'est finalement le contrôle même de l'Ecole qui est en jeu.

 

Lancelot voit passer des gens estimés de tous, même si, comme René Gosse, doyen de la faculté des sciences, un brillant scientifique, il est révoqué le 6 décembre 1940 de toutes ses fonctions. Au même moment, Mgr Caillot, évêque de Grenoble diffuse un message pour soutenir la politique du Maréchal Pétain, et s'en prend directement aux franc-maçons.

René de Naurois

 

René de Naurois, qui ne cache pas dans ses prédications son aversion pour le national-socialisme, supporte de plus en plus mal, l'idée que la France puisse devenir un satellite de l'Allemagne nazie. Il se rend souvent à Grenoble, et Lancelot sait qu'il soutient un mouvement de résistance qui vient de se créer autour d'une professeure de Lettres du lycée Stendhal, Marie Reynoard.

 

Début 1941, Dunoyer de Segonzac, prononce à la faculté des Lettres de Grenoble, une conférence, il exalte l'esprit de revanche et, dans un même élan, avoue que son plus cher désir est la victoire de l'Angleterre. Des applaudissements éclatent dans la salle.

 

Le 17 février 1941, Segonzac reçoit des instructions précises de Vichy: il est sommé de se séparer de Mounier et de l’abbé de Naurois. De ce jour, l’abbé entre dans la résistance active.

Le 20 août, la revue Esprit sera interdite.

 

Lancelot, dans son rapport au Secrétariat d'Etat à l'Instruction publique et à la Jeunesse, sut mettre en avant les aspects qui étaient attendus par le régime de Vichy ; exposé juste, donc mais réduit...

Lancelot fait l'éloge de ces jeunes stagiaires volontaires, énergiques qui chantent en cadence des chansons folkloriques ou d’actualité comme ''Maréchal, nous voilà ''.

A Uriage, sont régulièrement évoquées des figures comme Jeanne d'Arc, Péguy, Lyautey, et le vainqueur de Verdun. On y exalte les vertus dures et nobles comme, la pureté, l’abnégation, le don de soi, le goût du sacrifice, ou bien encore l'humilité des petites gens. On y évoque le passé, prenant volontiers ses références dans la chevalerie médiévale, prônant le retour aux traditions ancestrales...Etc.

 

Quelques jours avant le printemps, et le départ de Lancelot. Un événement va le marquer profondément...

Les habitants du village d'Uriage, ont récupéré un homme blessé, et l'amènent inconscient au château … Mutique, il semble incapable de parler... il ne comprend pas le français, mais l'allemand... Lancelot et René de Naurois parlant allemand, tentent de l'interroger...

Il porte sur lui quelques cartes du Tarot de Marseille, - le Fou – l'Empereur - qu'il présente pour expliquer sa présence, ici.

Quand on lui demande comment il s'appelle, il répond, quelque chose comme ''Litarguel'' : Naurois, pense au nom d'un ange ( comme Gabriel, ou Raphaël...) ?

La dernière nuit, il semble aller mieux et retrouver ses esprits. Il s'adresse à Lancelot qui le veille : il souhaite connaître son nom, et le nom du lieu, où il est : puis, il répète ''Lancelot... Lancelot - Vielen Dank ( Merci beaucoup ); comme s'il était soulagé.

- Et vous, que faites-vous, ici... ? - Wir müssen den Stein wiederfinden...( Nous devons retrouver la pierre ) ceci dit, avec beaucoup de difficulté. Enfin, il réclame ses deux cartes de tarot, pose le fou sur son cœur ; puis le tend à Lancelot ; et lui fait signe qu'elle est à lui, à présent.

Lancelot n'a pas bien compris :

- Quelle pierre... ? Pourquoi... ? - Der Edelstein ist in Gefahr ( la pierre est en danger)

L'homme ferme les yeux. - Nur die Rose kann... ( Seule la rose peut...)

Puis, il ferme les yeux ; il s'endort...

Le lendemain, son lit, sa chambre sont vides. L'homme a disparu, aucune trace de lui, sinon les deux cartes de tarot, que Lancelot a gardé.

Lancelot est profondément bouleversé, par le mystère de cette rencontre. Comment cet homme est-il arrivé ici, et pourquoi... ?

Où est-il ?... ? Le médecin pense qu'il était seulement très fatigué; et sans-doute était-il poursuivi par des nazis...

 

L'abbé Paul Tresson, que j'ai évoqué plus avant, reconnaît dans le nom de l'homme, entendu par Lancelot et Naurois : le nom de '' Lithargoël ''. - De qui s'agit-il ? - D'un ange effectivement, un ange thérapeute. Il est mentionné dans un livre, qui appartient à la série des Actes apocryphes des apôtres. Ce livre a disparu ; mais on connaît une parabole qui devait y figurer, parce qu'elle est rapportée dans la littérature syriaque.

L'étymologie du nom Lithargoël est à chercher en grec du côté de ''pierre brillante '', ce qui correspond au sens de l'histoire ; et la terminaison 'el ' renvoie au nom divin, commune aux noms d'ange.

Cette histoire raconte qu'un marchand, Lithargoël, offre aux pauvres, une pierre, une perle, mais ils ne répondent pas à son invitation; ils l'accueillent, mais ne partent pas dans la cité que leur indique l'ange... Pierre et les apôtres, vont accepter de s'y rendre, ils y seront alors accueillis par Lithargoël, qu'il ne reconnaissent pas, habillé en médecin, et qui va se révéler être le Christ.

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L'Ecole d'Uriage -2- Le poste à galène

Publié le par Régis Vétillard

Les ateliers autour de la TSF ont du succès. Tout ce qui concerne la radiodiffusion est sensible : une réglementation spéciale, en zone non-occupée, concerne les émetteurs qui sont sous contrôle du gouvernement de Pétain ; et en zone occupée, tout poste émetteur doit être remis aux allemands, sous peine d'être accusé d'espionnage ou de trahison...

Avec la radio nationale de Vichy ; il y a Radio-Paris qui diffuse à nouveau, mais sous contrôle allemand. Et bien sûr, chacun connaît à présent, Radio-Londres qui émet à partir des studios de la BBC ; mais son écoute se doit d'être clandestine...

 

Les contacts avec l'appui de René Cosse, permettent à Lancelot, de récupérer et d'acheter des petits matériels électroniques pour les ateliers de radio, comme le cuivre, les bobinages, les vieilles lampes, condensateurs...

Il s'agit d'une initiation à la TSF, avec comme objectif, d'être à l'écoute de l'information ce qui en cette période, s'avère d'un intérêt essentiel à tous.

« Tourner le commutateur, allumer les lampes, faire ce geste qui après quelques secondes va me mettre en communication avec l’univers (…) C’est chaque fois la même émotion, le même frémissement, la même inquiétude, et la même surprise quand, venue de je ne sais où dans l’univers portée par l’air musical et vibrant, éclate tout à coup dans la chambre où je suis seul une voix inconnue et fraternelle ». Jean Guéhenno, en 1938

 

Je recopie les notes de Lancelot :

Fabriquer un récepteur nous permettra d'extraire le message sonore d’une onde porteuse ( on dit : en modulation d'amplitude AM ) émise par l’émetteur et propagée dans l’air jusqu’à nous.

- Il faut de la pierre de galène, un sulfure de plomb , qui existe à l'état naturel ; c'est un corps gris métallique, un cristal qui a une capacité semi-conductrice.

On enchâsse la pierre dans une coupole de laiton reliée à un fil, et on relie un autre fil à une petit pointe métallique qui viendra « explorer » la surface de la galène par l’intermédiaire d’un petit ressort qui facilitera le réglage.

- Nous avons besoin d'une bobine, et d'un condensateur variable ( CV) monté en parallèle ; pour s'adapter à la longueur d'onde que l'on veut recevoir. La bobine sera réalisée autour d'un petit tube en carton avec du fil fin en cuivre ; et le condensateur pourrait être composé d'une feuille de carton, taillée en secteur d'un quart de cercle, sur lequel est collé, sur les deux faces, une feuille d'étain revêtue d'une feuille de cellophane, le tout relié à la borne "terre", sachant qu'il doit pivoter dans l'entaille, elle même revêtue de deux feuilles d'étain collées sur deux secteurs de carton, et reliées à la borne "écouteur".

- Et, de quel courant avant-nous besoin, dites-vous ? - Aucun, aucune autre source d'énergie que celle reçue avec la très faible tension haute fréquence reçue par l’antenne.

- Il nous faut encore : une excellente antenne, des écouteurs sensibles aux faibles courants de l'antenne, et une bonne prise de terre pour évacuer le courant généré.

L’antenne sera constituée d’un fil de cuivre de 10 à 20 mètres tendu à l’extérieur ( camouflée par le fil à linge …!) , le plus haut possible et isolé à la fois des masses environnantes (murs, arbres, etc.) et électriquement par des isolateurs aux extrémités.

- A quoi sert la pierre de galène ? - Comme semi-conducteur, elle va permettre de démoduler le signal, et d'extraire le signal audio de l'onde porteuse...

Il paraît que l'on peut remplacer la galène par une patate coupée en deux, chaque 1/2 patate séparée de l'autre moitié par un film en cellophane ou une feuille de mica.

Revue - Toute la radio - fevr 1940

 

Le circuit composé d'une bobine et d'un condensateur est appelé circuit LC :

Le circuit LC combine les propriétés des deux composants permettant le phénomène de résonance électrique.

Au moment où le courant entre dans le circuit, le condensateur est donc rempli d’énergie, alors que la bobine en est vide. On peut donc supposer un transfert d’énergie entre les deux réservoirs :

Lorsque la bobine est vide, elle “aspire” l’énergie électrique. Et lorsque le condensateur est vide, la bobine déstocke donc son énergie et recharge le condensateur. On appelle ce phénomène “résonance électrique”, qui se produit à une “fréquence de résonance donnée” :

Excité par l'intermédiaire des ondes radio, le circuit LC entre en résonance. La résonance se traduit par de fortes oscillations du courant et l'apparition d'une  tension. Cette tension est utilisée par le poste à galène pour faire fonctionner les écouteurs.

 

- Le son est déjà une onde ; et pourquoi est-il nécessaire de la moduler ( au départ de l'émetteur) ? - Parce qu'il faut différencier chaque signal correspondant à une radio, et il faut la propulser sur une longue distance... Il faut donc passer en haute fréquence, ceci par modulation d'amplitude ( AM).

Notre récepteur, doit permettre au signal de revenir de “l’état modulé” à un “état audible” ; c'est le rôle d'une diode, ici la galène.

- Qu'est-ce qui permet de choisir la radio, que l'on veut écouter ? - C'est le condensateur ; en faisant varier la surface commune entre deux armatures ( on fait varier sa capacité), on sélectionne la tension maximale qui pourra passer, c'est à dire l'amplitude de l'onde et ainsi choisir la radio. Si le circuit LC ne sélectionne pas assez, on entendra deux émissions en même temps...

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1940 - L'Ecole d'Uriage -1-

Publié le par Régis Vétillard

A Vichy, Bergery s'était entretenu avec Lancelot au sujet d'un projet d'une école des cadres... Il lui avait proposé même de participer à une rencontre de responsables de mouvements de jeunesse, dans la forêt de Randan près de Vichy du 1er au 4 août 1940. Il pourrait retrouver Henry Dhavernas, rencontrer Jean Jousselin, pasteur protestant et responsable des Éclaireurs Unionistes de France, et le capitaine de cavalerie Pierre Dunoyer de Segonzac (1906-1968) . Bergery l'avait assuré que cela devrait l'intéresser....

Pierre Dunoyer de Segonzac et ses adjoints à l'école des cadres d'Uriage à Uriage-les-Bains, France en 1942

En septembre 1940, Dunoyer de Segonzac ( il a 34 ans) crée le Centre Supérieur de formation des chefs de la Jeunesse. Comme Pétain, qui a confiance en lui, il estime que les ''élites'' ont failli ; aussi faut-il assurer leur formation pour reprendre le combat le jour où le redressement annoncé par le Maréchal, nous le permettra...

A Vichy, Dunoyer de Segonzac recrute une équipe de jeunes gens. Elle va se constituer notamment avec le capitaine Eric d'Alençon ; Roger Vuillemin, un professeur d’éducation physique particulièrement dynamique; et, pour aumônier de l'école, une personne qu'apprécie particulièrement Lancelot : l'abbé René de Naurois ( 1906-2006).

René de Naurois, aumonier

Début août 1940, il s'agit de trouver un lieu pour installer l'école : Dunoyer de Segonzac, réussit à faire réquisitionner un château, libre, près de Gannat - La Faulconnière - et commence son service le 12 août. Cependant au bout de deux mois, le directeur décide de déménager pour se soustraire aux visites régulières de fonctionnaires de Vichy, et pour avoir les coudées franches. Il informe le secrétariat d'Etat, du déménagement de l'école pour Uriage, près de Grenoble.

 

Le 20 octobre, l'Ecole d'Uriage reçoit la visite de Pétain, qui conforte le projet d'une équipe d'origine sociale, de profession et d'engagement politique différents ; bien sûr engagée derrière le Maréchal.

 

En accord avec le SR et avec mission d'en rapporter de l'information, Lancelot part pour Uriage, peu avant Noël 1940.

Le Château d'Uriage

Lancelot va tout de suite être saisi et séduit par le lieu... L'école s'est installée dans un château d'aspect médiéval, impressionnant quand on y arrive en fin d'après-midi entre brume et crépuscule. Quelle émotion supplémentaire d'entendre que ces murs abritaient une branche de la famille maternelle du chevalier Bayard.

Dans le hall, un grand portrait de Pétain accueille le visiteur ; et sur un mur adjacent, le blason officiel de l'école fait une référence historique évidente aux moines-chevaliers de l’ordre du Temple. Tout ici, semble inviter Lancelot, à inscrire son projet, dans l'histoire du fil rouge qui relie ses ancêtres. Il trouve à Uriage, l'esprit de chevalerie qui l'accompagne depuis l'enfance et qui se présente sous la forme d'un ordre, d'une devise, d'un blason.

Blason d'Uriage

Il devait rester deux à trois semaines ; mais il restera plusieurs mois... Lancelot trouve sa place comme ''instructeur radio''.

 

Il occupe beaucoup de son temps à en connaître l'histoire, voire même, ses secrets... Le dernier propriétaire qui a vécu au château était un homme cultivé et fortuné. Ingénieur, il fit de nombreux voyages en particulier en Egypte, d'où il a ramené une pièce fameuse, qu'il découvrit le 8 mars 1842 : une Stèle royale de Ramsès II, dite « stèle de Kouban », troisième année du règne de Ramsès II (1287 avant J.C.). Cet homme s'appelle Louis de Saint-Ferriol (1814-1877) ; mécène de sa ville, il va y développer sa cure thermale.

A partir de 1920, le déclin s’amorce. Le fils de Louis : Gabriel de Saint-Ferriol, vieillissant, vend l’établissement thermal et décède en 1927, sans descendance. Le château est légué à sa nièce, Ghislaine Pellissier de Féligonde (1914-1994), qui vit à Paris, et se mariera , le 3 août 1949, à Hervé de Fleuriau (1909-1974).

Ghislaine Pellissier de Féligonde, est la fille de Charles Pellissier de Féligonde (1882 -1962) marié à Odette de Martel (1883-1969), le neveu de Gabriel de Saint-Ferriol... Il a classé, et répertorié, et gardé ou vendu , ce qu'il restait des collections du château ; après que Gabriel de Saint-Ferriol, en 1916, ait déjà fait don des collections égyptologiques au musée de Grenoble.

Lancelot rencontre l'abbé Paul Tresson ( 1876-1959), un très grand érudit, en particulier sur les apocryphes, qui a travaillé sur les collections du Château d'Uriage, Il a publié en 1927 dans la Revue biblique : Le voyage du comte Louis de Saint-Ferriol à travers le désert du Sinaï d’après son journal inédit.

Ecole d'Uriage, 1942

 

Pierre Dunoyer de Segonzac, pense que Pétain permettra de ressouder la communauté nationale, dans l'honneur national ; à l'image de Jeanne d'Arc, qui a exalté le sentiment national, contre l'envahisseur... Uriage se doit de travailler à cela en formant les nouveaux chefs, les cadres de l'Etat.

Des stages de trois semaines à trois mois sont organisés, pour de jeunes fonctionnaires, ou de jeunes officiers (le lieutenant Le Ray, futur chef des FFI de l’Isère, sera stagiaire).

Une équipe d'instruction encadre les stagiaires, une équipe d'études est chargée de la formation intellectuelle, avec des exposés, des débats, de la recherche avec un travail de documentation ; et une équipe d'administration est chargée de la vie matérielle de l'Ecole et d'encadrer les travaux collectifs.

Lorsque l'abbé de Naurois invite Emmanuel Mounier et Jean Lacroix ; il hésitent, Mounier tranche : « C’est bien simple. En arrivant nous demanderons la liberté complète de parole. Si on nous la refuse, nous partirons ; si on nous l’accorde, nous dirons tout ce que nous avons à dire. »

René de Naurois à Uriage en 1940-41

La revue de Mounier, ' Esprit ' qui a repris fin 1940, décrit ainsi, l’École :

« Ni l’intrigue personnelle, ni la passion politique n’ont été tentées d’y faire la moindre incursion. Plus précisément, la nécessité de faire vite, de répondre à des besoins immédiats, de dépasser une mentalité de défaite que tant de sous-produits psychologiques menaçaient d’empoisonner, n’ont pas dévié, – et c’est presque un miracle, – le souci de faire des hommes complets, où l’esprit, le cœur et le corps aient chacun sa juste part. Si bien qu’école d’entraînement physique et de formation de cadres, l’Ecole d’Uriage est déjà une école de culture et de caractère. »

Emmanuel Mounier

 

La discussion affleure souvent les ambiguïtés des valeurs annoncées de la '' révolution nationale'', au regard du Personnalisme de Maritain et de Mounier... Pour l'instant, répond Mounier : il s'agit pour nous de « faire de l'armement spirituel clandestin, c'est-à-dire profiter des similitudes de noms entre nos valeurs et les valeurs publiquement proclamées pour y introduire, à la faveur de cette coïncidence, le contenu désirable » ( Note du 4 août 1940, Entretiens X (Œuvres, t. IV, p. 668) ). Ce nouveau régime est peut-être l'occasion d'abattre '' l'ancien ordre individualiste et bourgeois''. La chute de Laval ( déc 1940) est un signe positif ; mais cela suffira t-il à étouffer ceux qui conduisent une politique xénophobe et antisémite ? Et s'il fallait finalement s'opposer à ce régime ; utilisons le mieux possible notre influence sur la formation des jeunes.

La pédagogie de l'Ecole d'Uriage, utilisent l'ambiance naturelle du lieu, un rythme et une alternance des activités diverses et complémentaires. Il s'agit de créer une atmosphère virile, empreinte de camaraderie, de solidarité, au cours d'une vie communautaire faite d'étude et d'exercices manuels. Le jeudi et le dimanche ( messe en plus) se partagent entre les travaux personnels en étude ou en bibliothèque et des sports de plein air. Le lundi est un jour de repos, et sortie libre entre 7h00 et 19h00. Le sport ponctue chaque journée, en particulier au réveil.

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