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Quelques réponses sur les ' Noces de Cana '

Publié le par Perceval

« Observe chaque détail de l’Ecriture, car en chacun, pour qui sait creuser profond, il y a un trésor, et peut-être même que c’est là où l’on y pense pas que se cachent les joyaux précieux des mystères » (Origène – Homélie sur la Genèse)

 

J'interroge... En clair et en obscur, certaines pierres me parlent ...

Noces de Cana
Jean place ce signe au début de la montée de Jésus, de Galilée vers Jérusalem. Jésus est suivi de ses disciples, tel un ‘ maître ’, un rabbi.

L'indication du " Troisième jour " expression presque toujours en lien avec la résurrection, est elle-même signe de la voie symbolique ( et spirituelle ...) à prendre, pour lire la suite ... et que les évènements qui vont se produire sont indicatifs d'un temps nouveau.

Eau changée en vin, avant d’être transformé lui-même en sang.  

 

« Jésus utilise les miracles physiques pour démontrer des vérités spirituelles. Il guérit des maladesNoces-Cana Barth pour démontrer qu’Il avait le pouvoir de pardonner les péchés. Il maudit le figuier comme signe du jugement prochain qui s’abattrait sur le temple. Il fit des guérisons le jour du sabbat pour montrer Son autorité sur le sabbat. Il ressuscita des gens pour montrer qu’Il était la résurrection et la vie. Il nourrit des milliers pour montrer qu’Il était le pain de vie. Et dans le récit qui nous intéresse, Il fut la source d’une abondante bénédiction lors d’un repas de noces, pour montrer qu’Il sera l’hôte du banquet messianique dans le Royaume de Dieu. »


« Imaginons un instant ce qui se serait produit si les invités présents aux noces avaient voulu se relaver les mains. Ils se seraient dirigés vers les vases de purification, pour réaliser soudainement qu’ils étaient remplis de vin. Il n’y aurait pas eu d’eau pour pratiquer leur rituel. Un tel changement, d’état sur le plan physique, symbolise une transformation spirituelle dans le judaïsme en rapport avec le symbolisme des rites de purification La purification spirituelle par le sang de Christ supplante les rituels de purification. Jésus a accompli la signification symbolique des rituels en se substituant Lui-même à eux. »

«  Jésus a accompli totalement les rituels et les a rendus obsolètes. A l’ère messianique, il n’y a pas de place pour les rituels de purification. Les serviteurs puisèrent donc ensuite du vin, et en apportèrent au maître de cérémonie qui confia à l’époux que : « Tout homme sert d’abord le bon vin, puis le moins bon après qu’on s’est enivré ; toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent » (verset 10).


Pourquoi pensez-vous que Jean rapporte de tels propos ? S’agit-il tout simplement de conseils en vue de prochaines noces ? Ou encore pour montrer que Dieu peut produire un vin de grande qualité ? Non, Jean veut nous faire comprendre le symbolisme spirituel rattaché à ce miracle.

les beatitudes fra AngelicoCertains Juifs étaient comparables à des personnes « qui avaient bu du vin » pendant si longtemps (en accomplissant les rituels de purification) qu’ils en étaient devenus incapables de reconnaître un vin de qualité supérieure. Lorsque Marie s’est exprimée en disant : « Ils n’ont plus de vin », cela symbolisait le fait que les rites de purification étaient devenus dénués de leur sens spirituel. Jésus les remplaçait par quelque chose de nouveau et de meilleur. »

« Le récit du miracle ajoute la dimension de l'accomplissement. Le vin représente probablement l'enseignement nouveau dispensé par Jésus : cf. Pr 9,4b-6 ou Is 55,1-3. Ce vin remplace l'eau destinée aux purifications et qui était présent dans six (symbole d'imperfection) jarres. »

 

« Qu’en est-il, pour nous-mêmes, de certaines de nos traditions ? Ne sont pas t-elles pas devenues aussi caduques que les eaux de purification ? Jésus ne voudrait-il pas les changer en quelque chose de beaucoup plus stimulant ? »


Marie n'adresse pas une véritable demande à Jésus. Elle dit simplement: "Ils n'ont pas de vin" (Jn 2, 3).

 « En effet, à Cana, Jésus reconnaît non seulement la dignité et le rôle du génie féminin, mais en acceptant l'intervention de sa Mère, il lui offre la possibilité de participer à l'œuvre messianique. »

« Les deux fois il appelle sa mère : " femme ". Vierge eve autunIl ne faut pas y voir une attitude irrévérencieuse. Au Calvaire au contraire ce mot a une résonance de solennité. Car à ce moment suprême, où Jésus est sur la Croix, il proclame le rôle spécifique de Marie. Jésus donne à sa mère l’appellation de "femme ", en faisant allusion à la première femme Eve. L’homme l’appelle Eve parce qu’elle est la mère de tous les vivants.


Je cite, ci-dessous: Benoit XVI…

« Marie remet tout au jugement du Seigneur.

"Femme, voici ton fils - Fils, voici ta mère" (cf. Jn 19, 26-27). Il indique donc à l'avance l'heure où Il fera devenir la femme, sa mère, mère de tous ses disciples. D'autre part, ce titre évoque le récit de la création d'Eve: Adam, au milieu de la création et de toute sa richesse, se sent seul, comme être humain. Eve est alors créée, et en elle, il trouve la compagne qu'il attendait et qu'il appelle du nom de "femme". Ainsi, dans l'Evangile de Jean, Marie représente la femme nouvelle, définitive, la compagne du Rédempteur, notre Mère: l'appellation apparemment peu affectueuse exprime en revanche la grandeur de sa mission éternelle.

"Que me veux-tu, femme?". Ce qu'au plus profond ils ont à voir l'un avec l'autre, c'est ce double "oui", dans la concomitance duquel a eu lieu l'incarnation. C'est ce point de leur très profonde unité que le Seigneur vise à travers sa réponse. C'est précisément là que renvoie la Mère. Là, dans ce "oui" commun à la volonté du Père, se trouve la solution. Nous devons nous aussi apprendre toujours à nouveau à nous acheminer vers ce point; là apparaît la réponse à nos interrogations.

"Mon heure n'est pas encore venue". Jésus n'agit jamais seulement de lui-même; jamais pour plaire aux autres. Il agit toujours en partant du Père, et c'est précisément cela qui l'unit à Marie, car c'est là, dans cette unité de volonté avec le Père, qu'elle a voulu elle aussi déposer sa demande.

Il ne "produit" pas simplement du vin, mais il transforme les noces humaines en une image des noces divines, »

 

Autre interprétation:
"Après la remarque/intercession de Marie, Jésus s'adresse à elle en l'appelant "femme" : signe supplémentaire que Marie représente l'Eglise comme on le verra dans le commentaire du texte sur la Croix. La B.J. remarque fort justement : "Cette appellation semble s'adresser à la nouvelle Ève, Amour courtoismère des vivants (Gn 3,15.20)". Boismard de son côté note : "C'est le terme que Jésus emploie pour s'adresser à n'importe quelle femme (..) Ce n'est donc pas un terme de mépris (..) Mais Jésus évite le terme de mère, parce qu'il veut faire abstraction du lien qui l'unit à Marie (..) Il agit maintenant en Messie". Mais l'interpellation est rude : "Quoi de toi à moi ?" On va voir que cette rudesse est justifiée par le fait que Marie fait d'une certaine manière sortir Jésus de son rôle : Boismard a peut-être tort d'écarter a priori toute idée d'hostilité comme en Jg 11,12 ou 2 Ch 35,21.

Notons qu'à la fin de notre texte, il nous est dit que "les disciples crurent en lui" : jusqu'alors, ils le suivaient. Quelque chose de fondamental s'est donc produit, en lien avec la Passion/Résurrection."


 

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Questionner La Parole : Jean 2, 1-11 : Les noces de Cana

Publié le par Perceval

A propos de la lecture de l’Evangile, se dire qu’aucun mot, n’est là par hasard. Tendre vers une lecture spirituelle,mediter-la-parole-de-dieu c’est à dire traverser les interprétations, qu’elles soient littérales, historiques, symboliques ou religieuse ; et ne garder que ce qui nous ‘con-vient’ pour une compréhension spirituelle de la Parole.

Dans cet objectif, et selon le témoignage de Perceval : Questionner, interroger…

Bien entendu, il s’agit de précéder cette rencontre avec le Graal, par une traversée de ses ombres. Il s’agit de porter ‘ attention ‘ aux signes, aux rencontres, de séparer l’ivraie du bon grain…etc. C’est le but même de la quête. Mais, la différence entre le mythe et ma vie ; c’est qu’ici et maintenant tout est lié… Il s’agit quotidiennement de ‘délier’, de tailler pierre après pierre, alors que l’œuvre est déjà faite en partie… Alors que la pierre d’angle est déjà posée, en pleine gloire ; j’en suis, moi, aux fondations …

Apprenti, j’interroge le Maître. Je suis rempli d’inquiétude, la voie est remplie d’embûches, mes frères me soutiennent. Frappe, et l’on t’ouvrira. Interroge et l’on te répondra.

Je taille en direct ma planche, avec un texte célèbre : les noces de Cana.cana peinture contemporaine


Lors de cette rencontre, s’approcher avec respect et Ecouter … Une ‘ lectio divina ‘ avec le corps, à voix haute…


Trois jours, le sens ? La suite, est-elle sur le même mode de compréhension ? Une noce, le sens ?, en Galilée.. ? La mère de Jésus : elle est là ; à quel moment aussi ? Le lien ? Jésus indépendant de Marie, mais avec ses disciples.. Ses disciples, ici?

Le vin manque… Quelle importance ? Ce n’est pas une histoire de vie ou de mort ! J’ai parfois entendu noter « Marie sait que Jésus ne peut rester insensible à l’embarras de ceux qui l’ont invité avec ses disciples…etc » Pas convainquant ! la famille est aisée.. Pas de grand enjeu ?

 

Le langage de Jésus, n’est pas anodin : «Que me veux-tu, femme ? Mon heure n’est pas encore venue». Sens littéral ? Pourquoi :« Femme » ? «  Mon heure .. » Jésus connaît donc, déjà, la fin ? Marie répond… Le dialogue n’est pas convenu…

noces canaSix jarres ! Il y a la quantité ! Pourquoi Jésus utilise t-il des jarres pour les ablutions ? Les remplir d’eau, toutes… Pourquoi une telle quantité ? Du bon vin ! Après le moins bon ? Pourquoi, pourquoi ?


Est-ce une démonstration de la puissance de Jésus… ? Non ! ( se souvenir des tentations …). Et pourtant, il s’agit bien d’une certaine ‘manifestation’ de la ‘gloire ‘ ( mon heure n’est pas venue ..)

Ce n’est pas l’obéissance de Jésus qui est louable, ici… D’autant que le miracle va assurément conduire les invités à l’enivrement ! Pourquoi Jean, nous rapporte t-il cette anecdote ?

Pourquoi, est-il noté que le miracle de Cana s’achève par l’adhésion des disciples qui « crurent vers lui »… Nous savons que leur foi n’est pas sûre… En quoi étaient-ils donc, avant, disciples ?

Voilà... C'est ainsi, avec toutes ces questions, que le pèlerin que je suis, arrive, au rituel eucharistique... J'attends avec impatience, l'homélie ( réservée au clerc..!) pour saisir le message qui m'est lancé au travers de cette Parole... Il est peu de dire, que je suis si souvent déçu...: une récitation convenue d'un catéchisme moralisant . Certes, tous les prêtres ne sont pas Zundel...!
Malgré tout, je lance un avis: ' Recherche maître spirituel '. Amen.

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La voie du chevalier 2

Publié le par Perceval

La compétition, la guerre, celles que notre société promeut, consistent à éliminer l’adversaire, à supprimer la vie, mort-d-Arthurcomme si la Mort ne consistait qu’à recevoir notre carcasse vide. Alors, qu’à l’occasion de cette même mort ; ce qui nous reste, dans nos cœurs, du vivant aimé, c’est non pas - sa voiture, sa profession…, mais sa sincérité, sa dignité, sa tendresse… Tout pourrait nous apparaître selon l’usage que nous en faisons ( du fleuve, à l’animal… jusqu’à mon prochain …). Le chevalier ne peut se résoudre à perdre sa liberté, à tomber dans une idéologie où l’homme ne compte pour rien ( conséquence de la lois des grands nombres …).
Le chevalier est l’homme pour lequel le monde est un espace public où se manifester. Il n’est pas un gestionnaire, comme peuvent l’être nos gouvernants. L’idéal chevaleresque s’exprimerait dans l’héroïsme, la sainteté … Sa voie s’emprunte avec générosité, respect et amitié ( les bouddhistes parlent de ‘gentillesse’, les chrétiens d’’amour’ …). apprenti travailIl est intéressant de noter que ces valeurs chevaleresques, ont été conservées  au travers des corporations de métiers. Aujourd’hui encore, les ‘ Compagnons du Tour de France ‘ s’en réclament, les francs-maçons dans un emploi plus spéculatif utilisent ces symboles pour ‘plancher’.…
Le travail, peut être l’occasion d’un accomplissement humain. Simone Weil, a relevé le défi : ayant vécu le travail comme une humiliation, elle va consacrer ses forces à penser une manière spirituelle de le vivre.


Ces quelques mots s’inspirent et résument la pensée de Fabrice Midal ( La voie du chevalier ).

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La voie du chevalier. 1

Publié le par Perceval

pelerin étoilesLa quête a son but en soi, à condition que l’objet ait un sens. Le regard porté sur les étoiles, le chevalier, ne compte pas rester sur place. Il ne s’agit pas de chercher fortune, et la destination n’est pas connue. C’est d’un pèlerinage, qu’il s’agit. Il prendra fin, à l’issue de la quête, délaissant monts et vallées, pour s’embarquer au-delà des mers, derrière l’horizon.


Le pays est aride, les lacs asséchés… L’inhumanité ordinaire règne dans un pays lié aux stress quotidiens. Le royaume est aux mains d’humanoïdes qui ont rationaliser au plus fin, l’avidité de chacun : le moindre de leur projet, jusqu’au simple geste est rationnel, la moindre ressource est utilisée, Pollutionmarchandisée… jusqu’à l’homme lui-même qui est soumis à la même comptabilité. Son poste, sa fonction, son habitation sont soumis aux mêmes forces de production. La connaissance a le statut de vérité, si elle se déclare scientifique, statistique. Les courbes du marché donne le sens. La pensée doit se domestiquer, elle doit s’orienter, comme les enfants. Sera considéré comme tabou, l’irrationnel, réservé à l’espace privé comme toutes les ‘cochonneries’. Pour les domestiquer, elles seront comme le reste soumises aux lois du marché : leur croissance et leur profit seront un gage de liberté …


Le chevalier avance à contre courant. Il sait qu’il part en guerre. Son apprentissage se fait sur le tas, et pour ne pas succomber à la douleur et la confusion, il lui faut œuvrer sur lui-même, avant ( et parfois en même temps ) d’aider le monde… Retrouver le don, la sincérité, la joie, la bonté… c’est une guerre contre la guerre de l’utilité. Retrouver le courage, le souffle de l’indignation et l’enthousiasme du combat. Lancelot charette infamieOuvrir, sans peur, sa sensibilité, présenter sa fragilité. Ne plus accepter la souffrance, mais accepter de voir ses blessures : celles que l’on se fait, et celles que l’on fait…


La chevalerie s’inspirent de figures, plus que de principes. Ainsi Perceval et le roi pêcheur. Cet exemple parle à l’humain d’aujourd’hui, parce que la voie du chevalier est un chemin ouvert à tous ceux qui croit à la destinée humaine de grandir vers le divin, ou vers l’Homme.


Lancelot et la charette de l'infamie: ( quête de l'Amour courtois )

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L'expérience de la limite - Christianisme et Ecologie -

Publié le par Perceval

Le texte ci-dessous, est composé d'extraits d'une conférence donnée par Eléna LASIDA: économiste, chargée de mission à Justice et Paix, chrétienne donc, qui relève la problématique actuelle inscrite dans le développement durable pour questionner notre christianisme .... Lumineux !Développement durable

"Le développement durable est une chance pour notre foi chrétienne d’abord parce qu’il renvoie à des questions essentielles de la vie humaine. Les menaces qui pèsent aujourd’hui sur les conditions matérielles de la vie nous font prendre conscience d’autres dimensions de l’existence qui ont été sous-évaluées dans nos sociétés très industrialisées : la dimension spirituelle de la vie, mais également sa dimension relationnelle....


C’est une chance aussi pour nous chrétiens, accusés d’avoir réagi tardivement face à cette menace majeure qui pèse aujourd’hui sur notre planète, et, plus encore, d’avoir soutenu et cautionné l’exploitation de la nature en raison de l’appel à “ dominer la terre ” selon le Livre de la Genèse. Je pense en effet que cette accusation offre la chance de nous interroger sur notre rapport à la vérité et sur notre manière d’être présents dans le monde. Comme chrétiens, nous nous sentons habités d’une Bonne Nouvelle que nous voudrions transmettre au monde. Mais nous l’avons peut-être trop limitée à une déclaration de principes, ou à une liste de valeurs à défendre, en privilégiant la forme doctrinaire qu’elle a prise au cours de l’histoire. Nous avons aujourd’hui la chance de retrouver le sens dynamique, relationnel, vital de la Bonne Nouvelle, définie plutôt que par une vérité connue d’avance, par une vérité toujours à découvrir à travers et en dialogue avec le monde. Une Bonne Nouvelle qui ne nous appartient pas, que nous ne possédons pas, mais qui se révèle à travers toute parole capable de susciter la vie là où la mort semble l’emporter....


Je crois que nous sommes ici renvoyés au fondement même de la foi chrétienne et de la vie humaine. Nous nous trouvons en effet aujourd’hui face à des limites qui bloquent notre avenir. Or la limite est sans doute l’une des expériences les plus humaines qu’on puisse vivre. Nous sommes tout au long de la vie confrontés à des limites : des difficultés pour réaliser nos projets, des échecs, des pertes de capacités. Face à la limite, nous avons deux attitudes possibles : soit une approche négative qui regarde surtout ce qu’elle empêche, ce qu’elle entrave, ce qu’elle bloque ; soit une approche positive, qui essaye de voir ce qu’elle rend possible, ce qu’elle met en mouvement, ce qu’elle libère. Dans le premier cas, nous vivons la limite par le moins ; dans le deuxième, la limite par le plus....


YinYang terreFace aux limites environnementales auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés, de nombreuses voix s’élèvent en faveur du moins : moins de consommation, moins de production, moins de croissance, moins de mobilité. Mais s’agit-il d’abord de freiner la marche pour pouvoir durer plus longtemps ? Ou ces limites nous donnent-elles aujourd’hui la possibilité de penser nos modes de développement d’une manière radicalement nouvelle ? Si nous focalisons l’attention uniquement sur le moins, c’est-à-dire sur ce que nous avons à réduire et à perdre, cela signifie que nous croyons qu’il y a un seul modèle de développement possible et qu’il s’agit de le ralentir pour le faire durer. Mettre l’accent uniquement sur le moins signifie qu’il n’y a pas d’avenir nouveau devant nous, juste du déjà connu qu’il faut faire durer. Les limites auxquelles nous sommes confrontés nous permettent-elles d’imaginer un avenir différent ? Libèrent-elles des capacités nouvelles ? Nous permettent-elles de dire autrement la vie et ce qui fait vivre ?

....
Je crois qu’il existe aujourd’hui une multiplicité d’initiatives liées au développement durable qui révèle les différents plus qu’on pourrait gagner avec un mode de vie différent : moins de rapidité mais plus de relation ; moins de mobilité mais plus d’enracinement ; moins de productivité mais plus de proximité. Ces initiatives multiples disent la vie autrement : à travers l’attente et la surprise plutôt qu’à travers l’immédiateté et le contrôle ; à travers la liberté conçue comme responsabilité partagée plutôt que comme indépendance ; à travers la manière d’être présent et d’habiter l’espace plutôt qu’à travers la mobilité permanente.

Je crois que des mots comme frugalité, sobriété, ascèse ou sacrifice, que nous employons souvent dans le domaine religieux pour dire que l’essentiel de la vie n’est pas dans la consommation ou dans l’accès aux biens, disent encore le moins plutôt que le plus. Comment nommer le plus qui est en jeu, sans pour autant nier le moins ? Car la perte sera bien entendu inévitable : rien de nouveau ne peut naître si on ne lui fait pas de la place. Mais c’est le fait de croire qu’il y a un nouveau possible devant nous, même si nous ne connaissons pas lequel, qui inscrit la perte dans une dynamique positive et créative et fait de la traversée du désert une marche vers la terre promise.


Le développement durable nous invite donc à revisiter notre représentation de l’avenir : comment transformer la menace en promesse, la limite en nouveau possible ? Il nous faut développer pour cela une éthique de la limite. Or l’éthique de la limite résonne très fortement avec l’un des principaux mystères de la foi chrétienne : la résurrection. La résurrection n’est pas simplement la vie après la mort, ou la vie contre la mort, mais plutôt la vie qui traverse la mort, la vie qui se fraie un passage et qui émerge là où l’on ne l’attend pas. Et en ce sens la résurrection renvoie à une expérience profondément humaine, voire la plus humaine qui puisse exister : celle de l’échec qui ouvre au radicalement nouveau, celle de la limite qui libère une capacité nouvelle, celle du vide qui se met à désirer la vie.

 ....

Cette représentation de l’homme comme prédateur a souvent été associée au commandement du Livre de la Genèse de dominer la terre (Gn 1, 28), créant parfois une certaine culpabilité chez les chrétiens en raison des effets néfastes produits par une exploitation exacerbée de la nature. Pourtant, cet appel à dominer la terre s’inscrit bien dans un souci de désacralisation de la nature et de non-confusion entre Dieu et les phénomènes naturels. Il faut prendre ce texte dans son contexte et surtout en liaison avec le deuxième récit de la Création qui invite l’homme à cultiver et garder la terre (Gn 2, 15).

 ....

Mais dans le second récit de la Création, Dieu appelle l’homme pas seulement à garder, au sens de conserver, mais également à cultiver la terre. De ce fait l’homme n’est pas considéré seulement comme gardien mais également comme co-créateur. Il ne s’agit pas seulement de préserver ce qui a été créé, mais également de le faire fructifier. La création n’a pas été achevée, elle a été confiée à l’homme qui devient également responsable de la continuer.

 

homme à l'image de dieuCette idée de l’homme co-créateur permet de penser une relation entre l’homme et la nature autre que la relation de domination, en l’inscrivant à l’intérieur de l’alliance nouée entre le Créateur et sa création, avec en son centre l’humanité . La notion d’alliance résonne fortement avec la représentation de l’homme co-créateur. L’alliance suppose en effet la co-responsabilité dans un projet commun, l’interdépendance des partenaires, la relation de confiance pour prendre des risques ensemble. La nature a été donnée aux hommes pour devenir ensemble une source de vie

 ....

Troisième et dernière dimension interrogée par le développement durable : notre représentation de la transcendance. Nous vivons dans un monde où les catastrophes naturelles nous confrontent plus que jamais à l’emprise de l’imprévisible ; en même temps, nous disposons plus que jamais des moyens pour le maîtriser, le contrôler et nous sécuriser face aux imprévus. Comment dire Dieu, entre la représentation d’une transcendance qui fait peur et provoque la mort et le déni de toute transcendance ?

 ....

débat: – La co-création ne risque-t-elle pas de conduire à une absence de limite ? La co-création peut-elle autoriser les OGM, les manipulations génétiques ?


Non bien sûr, co-création ne veut pas dire faire n’importe quoi. Il y a des limites. Mais j’ai voulu différencier les notions de co-création et de sauvegarde. La sauvegarde induit l’idée qu’il s’agit uniquement de préserver pour que cela dure. L’enjeu aujourd’hui est plutôt de créer autrement, c’est-à-dire en respectant les équilibres de la nature et les équilibres humains. Il faut des limites, mais ces limites sont à décider ensemble, en concertation.

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Le silence et la prière

Publié le par Perceval

Une jeune femme demandait à Maurice Zundel comment il priait. Il lui répondit avec sans doute son sourire énigmatique: " J'écoute jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de bruit".
cercle-macon
Je rapprocherai bien ce témoignage avec cette petite histoire:

Parfois, des nuées de visiteurs bruyants convergent vers le monastère,

brisant ainsi le silence qui y règne d'ordinaire.

Cela contrarie les disciples, mais pas le Maître,

qui semble autant à l'aise dans le bruit que dans le silence.

Ses disciples protestent. Il leur dit:

« Le silence n'est pas l'absence de bruit, mais l'absence de soi. »

Anthony de Mello

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La place de la spiritualité: Bouddhisme et christianisme

Publié le par Perceval

Je viens d’entendre, grâce à l’émission « Sagesses Bouddhistes », le docteur Daniel Chevassut. chevassutIl  est médecin à l'hôpital Nord de Marseille où il a ouvert  une consultation de la Souffrance. Il est aussi le représentant de la Tradition bouddhiste au niveau des hôpitaux de l’Assistance Publique de Marseille.

J’ai envie de m’interroger à propos de 2 points :

  • - le langage utilisé par ce médecin bouddhiste sans être laïque, se situe à un niveau que peut entendre toute personne capable d’échanger sur la ‘ spiritualité ‘ ; au point qu’une patiente musulmane, le remercie de l’avoir réconciliée avec sa propre spiritualité. Cela questionne, le catholique que je suis, qui avance souvent précédé de son crédo : ‘ Jésus ‘, seul et unique médiateur …etc. J’ai même rencontré des prêtres qui ont des difficultés de parler de ‘spiritualité’, autrement qu’en évoquant l’Esprit Saint…
  • Pourtant, « La voie spirituelle que l’on suit a son importance, mais plus que la voie elle-même, c’est le résultat qui découle de la pratique spirituelle. Suis-je plus serein, plus heureux, plus humble, plus aimant et compatissant ? » ( D. Chevassus ).
  • De même, je dois pouvoir parler « d’un éveil à une Réalité plus profonde. », pour être entendu de quelqu’un ( que je comprends bien ) qui est gêné par les mots ‘ rencontrer Dieu ‘.

 

  • - la laïcité, à laquelle je suis attaché, impliquerait de bien séparer ‘ l’espace privé ‘, de ‘l’espace collectif ’. A ce propos, admettons d’abord que la ‘laïcité’ n’est pas une option spirituelle parmi d’autres. C’est un principe fondateur du projet républicain, permettant à tous les citoyens de vivre pacifiquement leurs différences. Et bien évidemment, il faut veiller sans cesse à ce qu’il n’y ait pas une influence des normes religieuses sur les lois civiles. Et si on constate, c’est vrai, que des croyances religieuses se muent en identités, et peuvent s’affronter, fortes de leur emprise sociale ; il faut le regretter et il est légitime, que nous en appelions alors à l’état, pour faire respecter la laïcité..
  • Cependant, La laïcité ne saurait réduire la ‘spiritualité’ à une « offre privée » , - d’abord parce que : « On ne peut, au nom de la laïcité, accuser d'intolérance toute expression d'une conviction. Au contraire, l'expression publique des convictions, y compris éthiques et spirituelles, constitue un élément vital du débat démocratique pour une société en quête de sens. La laïcité ne saurait donc mettre les croyants en congé de l'histoire ». (Michel Bertrand)  - Ensuite, parce que la spiritualité a une dimension collective, qui la met au cœur de nos relations, privées bien sûr, mais aussi professionnelles, et sociales : il en est ainsi à l’école lors de l’échange éducatif, mais aussi à l’hôpital, lors de notre confrontation à la ‘ souffrance ‘…

Je reprends ainsi quelques propos de D. Chevassus : « la pratique de la méditation aide à mieux percevoir la priorité des besoins chez le patient. »

« la dimension spirituelle peut venir renforcer la qualité du soin. », « elle fait partie intégrante de l'être humain »

« Lorsque la  dimension spirituelle d'un être humain se développe, les qualités, telles que l'amour, la compassion, la tolérance, le respect, la patience, etc... ont tendance à s'exprimer spontanément. »

« Enfin, l'éveil de la conscience a des répercussions sur le plan physique, physiologique, biologique et psychologique. »

 

Je cite encore Daniel Chevassus :

« Ces trois domaines, le corps (soma - corpus), la psyché (psukhê - anima) et la conscience (pneuma -spiritus), correspondent non seulement à une réalité objective, mais ils sont aussi interdépendants et interactifs. Fréquemment, me semble-t-il, cette dimension est assimilée au psychisme, ce qui pose un véritable problème : d'une part, si on nie cette dimension spirituelle, on ne peut pas en prendre soin, comme on le ferait normalement pour son corps, son intellect, son affect, etc. Les nourritures du corps, du mental et de la conscience ne sont, en effet, pas les mêmes, ceci n'étant pas sans conséquences sur l'équilibre psychologique et physique de la personne, à plus où moins long terme. Des émotions telles que la colère, l'orgueil ou la jalousie ont ainsi, dans leur genèse, une part non négligeable de souffrance spirituelle. En outre, dans l'optique d'une prise en charge sensée de la douleur, un même message douloureux sera interprété différemment en fonction de l'intégration de la douleur, propre à chaque patient. Or, ce processus d'intégration dépend non seulement de la dimension mentale, mais aussi du niveau de conscience et de perception de la personne. Ce dernier point est souvent occulté.

 

 

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Edith Stein, Zundel, Rilke,F. Midal, et moi ...

Publié le par Perceval

Je suis, ce matin, très entouré et sollicité…

Jugez : à peine éveillé, c’est Edith Stein qui m’interpelle : «  Chaque être créé a un sens qui lui est propre, et c’est sa manière particulière d’être à l’image de l’essence divine ». Quelle belle reconnaissance du chemin de chacun ! Quelle confiance en la liberté de chaque humain…

Le plus beau, est qu’à l’instant suivant, Zundel ajoute : « Il faudrait crier sur les toits que Dieu est liberté infinie, que le sens de la création c’est la liberté infinie, mais que cette liberté – comme celle de Dieu – elle ne peut s’accomplir que par le vide total que l’on fait en soi »

Fleur peinteLa clé de cette liberté est là : le vide… L’absence de mon petit ‘moi’, qui sait, qui s’impose parce qu’il aime ceci et n’aime pas cela… Moi, qui se préfère à la place qu’il pourrait faire à l’autre, par peur d’être oublié… L’Amour, non pas celui que je prends, mais celui que je donne … D’ailleurs, je n’aime pas prononcer ce mot…

Fabrice Midal, me tape sur l’épaule : « En effet, me dit-il, il nous semble que l’on nous a tant parlé d’amour, d’une manière désincarnée, fausse Nous savons la déceler dans les propos de ceux qui ont toujours le mot « amour » à la bouche. L’amour sert très souvent à des manipulations psychologiques mesquines voire perverses. Toutefois, le prix à payer de cette analyse est lourd. On a liquidé la possibilité de comprendre, de transmettre et de vivre ce qu’est l’amour.

L’autre écueil, c’est la sentimentalité qui nous fait confondre le rêve de midinette et le véritable amour qui n’est pas une consolation mais un risque. L’amour ne nous endort pas, mais nous réveille ! L’amour, pour prendre le titre de mon précédent livre, implique de « risquer la liberté ». 

De ces deux façons — en l’instrumentalisant ou en le rêvant — , on a rendu le chant de l’amour inaudible. » C’est vrai !

Il ajoute : « Et si de l’amour on ne savait rien ? ( le titre de son nouveau livre ). Ensuite, sans autre formalité, il me présente un ami à lui, que je sais assez proche : Rainer Maria Rilke.. !

Les poètes ne sont pas toujours très clairs, à la première lecture, mais ce qu’il dit : me parle.

« Est-il possible qu’on n’ait encore rien vu, rien su, rien dit qui soit réel et important ? Est-il possible qu’on ait eu des millénaires pour regarder, pour réfléchir, pour enregistrer et qu’on ait laissé passer ces millénaires comme une récréation dans une école, pendant laquelle on mange sa tartine et une pomme ?» ( Rainer Maria Rilke, Les Carnets de Malte Laurids Brigge, Gallimard, 1991, p.38.)

 

Oui, c’est bien cela. Moi, peut-être chacun de nous ; j’attends, je cherche cette chose à voir, à entendre, rien que pour moi. Cette chose essentielle, qui, j’en ai l’intuition a plus à voir avec de l’être, que de l’avoir, que du faire …. Cette chose qui m’est propre, qui serait ma manière particulière d’être …
« à l’image de l’essence divine » me souffle Edith Stein

 

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La Bible traduite par Meschonnic, et lue par P. Sollers ..!

Publié le par Perceval

" C'est l’histoire de cette brave dame catholique qui voit un vieux monsieur ne payant pas de mine en train de lire un livre. « Vous lisez quoi, cher monsieur ? — La Bible, madame. — Mais en quelle langue ? — En hébreu. — Ah bon, la Bible a aussi été traduite en hébreu ? »

 

Voici un extrait d'un texte de Sollers, sur la traduction de la Bible par Meschonnic...

 

" Meschonnic traduit la Bible, et la démonstration est faite que nous n’avons eu entre les mains, jusqu’à présent, que des approximations ou des recouvrements, tradition hellénique ou chrétienne, compromis du rabbinat, dévotion, timidités, voiles. « L’Occident ne s’est fondé que sur des traductions et, pour le Nouveau Testament, fondement du christianisme, des traductions de traductions de traductions… Si l’anglais et l’allemand ont eu un original second, avec la King James Version et avec Luther, le français n’en a jamais eu. » Voilà le point essentiel. Dieu, en français, est quasiment inaudible, à moins de le prendre pour Victor Hugo. Il faut donc qu’une énergie particulière, simultanément poétique et de traduction, nous fasse franchir cette surdité acquise, sirop, emphase ou répulsion. Le poème, pour Meschonnic, est une « force-sujet dans le langage », et les versets de la Bible sont cette force qui n’a pas encore été dégagée comme telle.


Rien ne le montre mieux, aujourd’hui, que la parution éclatante des Psaumes sous le nouveau titre de Gloires . De la belle complainte on passe à l’interpellation directe, de la « bondieuserie » à une sorte de guerre permanente et abrupte, où les accents, les te’amim, jouent un rôle fondamental. Ce terme hébreu est le pluriel de ta’am, qui veut dire goût. La Bible est une guerre du goût. Son parler-chanter (du moins dans Gloires) doit s’entendre comme un « goût dans la bouche » - à la fois goût et raison -, comme « une physique du langage ».

Parler, chanter, raisonner sont une même substance qui peut être écoutée par Dieu, à qui on demande de prêter l’oreille. Gloires est plus fort que psaumes, à la tonalité idyllique, et sans aucun doute préférable à louanges, dont Meschonnic dit drôlement que cela aurait « un côté Saint-John Perse », comme s’il s’agissait d’une « adoration vague et d’une acceptation du monde et de son histoire ». Mais non, voyons : rien de plus tendu, de plus tremblant, de plus dramatique que ces paroles sortant enfin de la brume cléricale pour exposer l’épouvante et la peur du gouffre, l’appel au nom divin et à sa promesse de joie. La Tora n’est pas la Loi, mais l’Enseignement. Les Gloires sont des situations d’abîme : c’est l’homme qui risque d’être avalé, raflé, détruit par ses persécuteurs réels, jeté au trou, mais qui garde confiance dans son « Dieu de la multitude d’étoiles ». On presse Dieu d’écouter, d’intervenir, de parler, de trancher. Il l’a fait, il peut donc le refaire.

Des décalages justifiés de mots, et chaque fois des pans entiers de représentations fausses s’effondrent. Ne dites plus « péché » ou « pécheurs », mais plutôt « égarement », « égarés ». Les pécheurs sont des égarés et les méchants sont des « malfaisants ». Beaucoup d’égarés, beaucoup de malfaisants, ça se prouve. Voulez-vous retrouver le sens d’Amen ? Dites : « C’est ma foi. » Vous avez l’habitude d’Alleluia ? Entendez : « Gloire à Yah ». Ne récitez pas « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » mais « à quoi m’as-tu abandonné » (ce n’est pas du tout la même chose). Traduction Dhorme (Pléiade) : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament annonce l’oeuvre de ses mains. » Traduction Meschonnic : « Le ciel proclame la splendeur du dieu, et l’oeuvre de ses mains est ce que raconte le déploiement du ciel. »

Autre forme, autre scansion, autre disposition des mots sur la page, avec des blancs significatifs de respiration. Début des Gloires : « Bonheur à l’homme qui n’a pas marché dans le plan des malfaisants et dans le chemin des égarés. » Ce « Bonheur à » est en effet bien préférable à « Heureux celui qui » ( « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage » ). Au passage, on signalera à ceux qui se plaignent des textes comportant trop de citations le très bel essai de Meschonnic sur Walter Benjamin dans Utopie du juif , rappelant qu’il s’agit là d’un art très ancien (le Talmud, par exemple). Principe de montage permettant un autre rapport à l’Histoire. « Les citations dans mon travail, écrit Benjamin, sont comme des voleurs de grands chemins qui surgissent en armes et dépouillent le promeneur de ses convictions. »

Les touristes de l’existence détestent ces rappels bibliques. On les comprend. Dans Gloires, la partie est rude. Il y a là un certain David, un des plus grands poètes de tous les temps, dressé dans une position limite : vous sentez passer sur lui la peur, le frisson, le spasme, la panique, la souffrance jusque dans les os ; vous le voyez inlassablement aux prises avec le mensonge, la corruption et la fraude. Il a sa musique, sa conviction, ses « prières secrètes », son murmure, jour et nuit, même s’il est courbé, épuisé, pourri, les tripes brûlantes. Il n’a plus de force, son coeur va trop vite, il est abandonné, il va devenir sourd, muet, aveugle, pendant que ses ennemis sur lui « se grandissent ». Le tumulte l’entoure, il patauge dans la détresse et des marais de boue, mais il persiste à chanter ce Dieu « qui maintient les montagnes dans sa force ». D’un côté la fosse, la mort et les amis de la mort ; de l’autre le roc, un grand oiseau aux ailes protectrices, la vie. Autant dire que Gloires est un livre d’une actualité brûlante.”

Philippe Sollers, Le Monde du 18.05.01.

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Sagesse chrétienne: Pape Jean XXIII

Publié le par Perceval

Décalogue de la sérénité, du Pape Jean XXIII

« 1 - Rien qu'aujourd'hui, j'essaierai de vivre exclusivement la journée, sans tenter de résoudre le problème de toute ma vie.

2 - Rien qu'aujourd'hui, je porterai mon plus grand soin à mon apparence courtoise et à mes manières ; je ne critiquerai personne et ne prétendrai redresser ou discipliner personne, si ce n'est moi-même.

3 - Rien qu'aujourd'hui, je serai heureux, dans la certitude d'avoir été créé pour le bonheur, non seulement dans l'autre monde, mais également dans celui-ci.

4 - Rien qu'aujourd'hui, je m'adapterai aux circonstances, sans prétendre que celles-ci se plient à tous mes désirs.foule metro

5 - Rien qu'aujourd'hui, je consacrerai dix minutes à la bonne lecture, en me souvenant que, comme la nourriture est nécessaire à la vie du corps, la bonne lecture est nécessaire à la vie de l'âme.

6 - Rien qu'aujourd'hui, je ferai une bonne action et n'en parlerai à personne.

7 - Rien qu'aujourd'hui, je ferai au moins une chose que je n'aurai pas envie de faire ; et si j'étais offensé, j'essaierai que personne ne le sache.

8 - Rien qu'aujourd'hui, j'établirai un programme détaillé de ma journée. Je ne m'en acquitterai peut-être pas entièrement, mais je le rédigerai. Et je me garderai de deux calamités : la hâte et l'indécision.

9 - Rien qu'aujourd'hui, je croirai fermement - même si les circonstances prouvent le contraire - que la bonne Providence de Dieu s'occupe de moi comme si rien d'autre n'existait au monde.

10 - Rien qu'aujourd'hui, je ne craindrai pas. Et tout spécialement, je n'aurai pas peur d'apprécier ce qui est beau et de croire en la bonté. Je suis en mesure de faire le bien pendant douze heures, ce qui ne saurait pas me décourager, comme si je pensais que je dois le faire toute ma vie durant. »

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