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Le chevalier Gauvain et son étrange 'Pentangle'.

Publié le par Perceval

Les ''armes'' du chevalier Gauvain, représentent, soit un aigle bicéphale, soit un ''pentangle''.

 L'aigle provient du blason familial, celui de Lot ( Loth). Le père de Gauvain est roi de Loënois ( selon Brut) , mais dans la plupart des textes, son royaume est l'Orcanie.

Gauvain, est le neveu du roi Arthur et le fils du roi Lot d'Orcanie et de Morgause... On trouve plusieurs équivalents gallois de son nom : Gwalchmai et Gwalchmei ("faucon de la plaine") ainsi que Gawain en franco-normand et anglais.

Il est l'aîné d'une fratrie de chevaliers : Agravain, Gaheris et Gareth (surnommé "Beaumains" par Ké, le sénéchal d'Arthur).

Gauvain est très souvent considéré comme le meilleur des chevaliers de la Table Ronde car il est fort et mesuré. C'est le chevalier modèle : en plus d'être un chevalier d'exception, il fait preuve d'une courtoisie exemplaire pour tous les autres chevaliers de son temps. Gauvain porte fréquemment l'épée du roi Arthur : Excalibur.

Gauvain est le cousin d'Yvain qui est également pour lui un ami très cher. Gauvain est le seul chevalier de la cour d'Arthur, avec Yvain parfois, que l'on nomme "monseigneur". Son cheval se nomme Gringalet. Gauvain a la particularité de voir sa force croître avec le soleil, celle-ci étant à son paroxysme aux heures de midi, avant de diminuer jusqu'à la tombée de la nuit.

Il est très souvent dépeint dans les textes médiévaux comme un modèle de courtoisie et le champion par excellence des demoiselles en détresse. Il n'est d'ailleurs attaché à aucune femme en particulier, étant le défenseur (et, dans plusieurs récits, l'amant) des femmes en général. Son échec dans les aventures du Graal et dans les quêtes spirituelles en général peut être attribué à cette réputation de chevalier trop galant faisant passer les valeurs et les plaisirs matériels avant la religion.

** Gauvain et le ''Géant Vert '' ou le ''Chevalier Vert''

C'est dans ce récit, que Gauvain, présente sur son bouclier le '' Pentangle '' :

Le poème marque la première apparition connue du mot « pentangle » dans la langue anglaise. Le poème décrit le pentagramme comme un signe de fidélité, issu de l'époque de Salomon, et comme un « nœud sans fin ». Plusieurs stances sont dédiées à la description des vertus de Gauvain, représentées par les cinq pointes du pentagramme.

A l'époque médiévale, le "noeud sans fin" était un symbole de Vérité et représentait une protection contre les démons. Il était utilisé en tant qu'amulette de protection personnelle et protégeait également les fenêtres et les portes.

Cependant, dans Sire Gauvain, le poète fait référence au sceau magique présent sur l'anneau du roi Salomon, marqué d'un pentacle, qu'il reçut de l'archange Michel. Ce sceau donnait à Salomon un pouvoir sur les démons...

Les 5 pointes représentent également les 4 éléments de la Vie (Eau, Terre, Air et Feu), plus l'Esprit... Ou les cinq sens... Dans les légendes celtiques, on associe ce symbole à la fée Morgane...

Citation:

« These five pure virtues were fixed in this knight more firmly than in any other. 
And all five times were so joined in him that each one held to the other without any ending and fixed at five points, nor did they ever fail, for they were joined at no point nor sundered were they at all, nor could one find any end thereof at any corner when the games began or were gliding towards an ending. 
». Il s'agit de la description symbolique du pentagramme qui figure sur le bouclier de Gauvain dans le roman médiéval Sir Gawain and the Green Knight.

Traduction proposée :

" Ces cinq pures vertus étaient solidement ancrées dans ce chevalier plus fermement que dans aucun autre. Et, cinq fois, étaient si liées à lui que chacune était liée à l'autre [avec un noeud] sans fin, [le pentagramme est un nœud sans fin] et attachées en 5 points. Elles ne pouvaient pas non plus lâcher car elles n’étaient jointes en aucun point, interrompues nulle part et on ne pouvait y trouver aucune extrémité à aucun angle [du pentagramme] lorsque les jeux commencèrent ou avaient tendance à se terminer. "

En ce qui concerne le chevalier chrétien, le Pentangle symbolise les cinq vertus chevaleresques : la générosité, la courtoisie, la chasteté, la chevalerie et la piété.

Dans le christianisme, le même symbole évoque les cinq blessures reçues par le Christ sur la croix (mains, pieds et coté).

Le personnage de Gauvain, représente bien les influences du paganisme celte, en opposition avec le Christianisme... C'est au départ un héros solaire, il possède la plénitude de sa force physique à midi, et sa vigueur au combat diminue avec l'astre... C'est le premier héros confronté au Graal. Dans les romans en prose christianisés du XIIIe siècle, Gauvain connaît un discrédit.

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Gauvain et le Chevalier Vert -2/2-

Publié le par Perceval

gawain wife green knightLe dernier jour, de plus en plus insistante, la jeune femme réussit à donner trois baisers à Gauvain. Mais elle ne s'arrête pas là, et veut lui offrir un gage de son amour.

Après avoir refusé une bague, Gauvain se voit offrir une ceinture verte aux pouvoirs magiques importants, qui protège celui qui la porte de la mort. Après avoir considéré la terrible épreuve qui l'attend le lendemain, Gauvain accepte la ceinture, mais ayant promis à la belle dame de n'en toucher mot au seigneur, il ne donne à Bertilak que trois baisers...gawain02 film

Le lendemain, alors que Gauvain est conduit par un homme de Bertilak jusqu'à la Chapelle verte, ce dernier lui propose de garder la vie sauve et de s'enfuir, sans que personne ne s'en aperçoive. Gauvain refuse catégoriquement une telle issue, et s'approche de la Chapelle verte. L'endroit ressemble davantage à un sanctuaire païen qu'à une chapelle, et Gauvain entend le bruit d'une faux que l'on aiguise.

Le Chevalier vert apparaît enfin, et lui demande de se préparer à recevoir son châtiment. Sean Connery wielding an axe as the Green Knight in the 1984 film ' Sword of the Valian - The Legend of Sir Gawain and the Green KnightGauvain retire alors son heaume et se met en position, attendant sa mort. Mais le Chevalier vert donne trois coups légers de sa hache. Au dernier coup de hache, seules quelques gouttes de sang s’échappent la nuque de Gauvain.

À peine a-t-il reçu la dernière entaille que Gauvain bondit vers son adversaire, estimant avoir tenu sa promesse jusqu'au bout. C'est alors qu'il se retrouve face à son adversaire souriant, qui lui explique qu'il est l'un des meilleurs chevaliers sur cette terre, car son seul péché a été de vouloir rester en vie.

Il lui avoue ensuite qu'il n'est autre que Bertilak, et la seule épreuve qu'a passée Gauvain se trouvait dans l'enceinte même du château, quand sa femme l'a tenté. Les deux premiers coups de hache valent pour les deux soirs où Gauvain a remis à Bertilak les présents reçus dans la journée; le troisième a puni Gauvain d'avoir gardé - pour lui seul - la pièce d'étoffe donnée par la belle épouse.Illustration from the only surviving manuscript of Sir Gawain and the Green ...

Ayant par trois fois repoussé ses avances, il n'avait accepté que la ceinture verte, d'où l'entaille du dernier coup de hache.

Dès cet instant, Gauvain se fit la promesse de toujours porter la pièce d’étoffe afin de se remémorer cet instant de faiblesses.

La fée Morgane a contraint par enchantement Sir Bertilak - en le changeant en chevalier vert - à toute cette aventure pour effrayer la Reine Guenièvre ( et la faire mourir de peur...) et mettre Camelot à l'épreuve.

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Gauvain et le Chevalier Vert -1/2-

Publié le par Perceval

Gauvain, est le fils du roi Lot d'Orcanie et de la reine Morgause son épouse, il est aussi le neveu du roi Arthur et malgré la rudesse de son caractère, il est l'un des plus fidèles compagnons d'Arthur. Dans les romans français il n'occupe pas une place prépondérante, il laisse le premier rôle à Perceval ou à Lancelot alors que dans la tradition anglaise il très souvent le héros principal comme dans "Sire Gauvain et le chevalier vert".

An illustration from The Sphere magazine showing the Knights of the Round Table

Dans ce récit, les chevaliers de la Table Ronde célèbrent Noël ( ou le solstice d'hiver) en compagnie du roi Arthur et de la reine Guenièvre; un chevalier vert s'annonce et porte insulte au roi Arthur.The Green Knight Entered the Hall by Herbert Cole [Sir Gawain takes up his challenge to test the Round Table knight

Ce chevalier vert pourrait rappeler la figure rituelle du Feuillu lié au folklore saisonnier, et dont le sapin de Noël est l'emblème. Cet homme ''à moitié ogre'' arrive tout de vert vêtu... Il brandit une branche de houx...

Gauvain s'offre à laver l'offense et le chevalier vert lui propose un défi: le décapiter lui, ce chevalier inconnu et à accepter que ce dernier vienne lui réclamer sa tête au bout d’un an, jour pour jour…

 

Gauvain décapite le chevalier vert qui se relève et, sa tête sous le bras, lui rappelle de ne pas manquer à sa promesse. (à noter la scène de décapitation identique dans la légende celtique d' Uath et dans le Livre de Caradoc )

Dix mois plus tard, Gauvain, monté sur son fidèle destrier Gringalet,se met en quête du chevalier décapité. C'est alors que commence une aventure extraordinaire où son courage et sa loyauté seront mis à l'épreuve.

A quelques jours de Noël, alors qu'il erre dans une forêt...

Comme par enchantement, un château apparaît à la lisière de la forêt. Il se nomme le château de Hautdésert, et appartient au seigneur Bertilak qui accueille Gauvain avec chaleur et joie. Étant donnée la fatigue du chevalier, le seigneur lui propose de rester et de se reposer quelques jours avant de repartir. Gauvain décline l'offre, car il doit avant tout retrouver la Chapelle verte et le chevalier vert. Bertilak le rassure aussitôt et lui apprend qu'elle n'est située qu'à quelques milles de là.

Gauvain accepte donc de rester durant trois jours. Ils s'en vont à la messe de Noël où Gauvain rencontre la femme du seigneur, jeune et d'une grande beauté... Sir Gawaine finds the beautiful Lady

Du fait des festivités, Bertilak propose un jeu à Gauvain, connu sous le nom d'« échange des gains » : ce que, durant trois matins, Bertilak gagnera dans une chasse à coure, Gauvain l'aura en échange de ce que lui, resté à se reposer au château, aura gagné dans sa journée. Bertilak ordonne à son épouse de le divertir, en fait de le séduire.

Tous les matins, tandis que le seigneur Bertilak quitte le château de bon matin avec ses chiens et s’en va chasser, elle rend visite à Gauvain dans sa chambre. Gauvain ne veut accepter d'elle que des baisers, le chevalier refuse tout autre chose, à la fois il ne veut pas l'insulter en refusant ses avances et ne veut pas trahir la l'hospitalité de son mari. Tous les soirs, le seigneur et le chevalier annoncent ce qu’ils ont obtenu de la journée. Sincère, Gauvain rend ce que la jeune femme lui a offert dans la journée, pas plus qu'un baiser ...

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La légende de Merlin l'enchanteur. 3/3

Publié le par Perceval

Artus et les chevaliers

Le roi tableAprès avoir chevauché quelques heures, ils éprouvèrent le désir de se reposer. On était au printemps. La beauté du ciel, le chant des oiseaux, la fraîcheur de la verdure naissante les plongèrent dans une douce rêverie. Ils n'en sortirent que pour s'apercevoir que quatorze jeunes gens, tous beaux et bien vêtus, les regardaient.

Ces jeunes gens demandèrent où était le roi Artus. Aussitôt désigné, le roi les vit s'agenouiller devant lui pour lui dire qu'ils désiraient tous recevoir de lui l'ordre de la chevalerie, afin de le servir loyalement et fidèlement. Déjà, durant son absence, ils avaient défendu ses terres contre de terribles agresseurs.

L'air noble des jeunes gens, cette prévenance en sa faveur, inclinèrent Artus à demander qui ils étaient. Celui qui les conduisait se présenta d'abord : c'était Gauvain, fils du roi d'Orcanie. Puis il nomma ses compagnons. Artus leur fit le meilleur accueil et embrassa Gauvain, qui se trouvait être son neveu.

- Je vous octroie la charge de connétable, lui dit-il. Et il l'investit par son gant gauche. Quelques jours après, ils arrivèrent tous à Logres.

Et là, le roi Artus prit Escalibor, la bonne épée, et la pendit au flanc gauche de Gauvain, puis il lui chaussa 1'éperon droit, tandis que le roi Ban lui bouclait le gauche, les éperons d'or étant le signe distinctif des chevaliers. Enfin, il lui donna l'accolade. Il adouba de même, c'est-à-dire revêtit d'une armure ses compagnons, et leur distribua des épées. Seul l'un d'eux, Sagremor, neveu de l'Empereur de Constantinople, ne voulut point d'autre épée que celle de son pays. Puis, chacun des nouveaux chevaliers adouba à son tour les gens de sa maison. Et pour finir, ils allèrent tous ouïr la messe.

Au retour, Merlin, devant le roi, les seigneurs et les nouveaux chevaliers assemblés, leur conta l'histoire du Graal.

Pour finir, il dit, s'adressant à Artus : - Sire, il vous appartiendra à présent de dresser la table du Graal, d'où il adviendra quantité de merveilles.

- La table sera dressée au château de Carduel, en Galles, répondit Artus et le jour de Noël, j'élirai les chevaliers qui auront droit d'y siéger.

Merlin et Viviane

Merlin et Viviane (la Dame du Lac), peint par Gustave DoréUne seconde fois, Merlin s'en alla rejoindre Viviane, ainsi qu'il le lui avait promis. Vous devez croire qu'il avait grand désir de s'y rendre très vite.

Pourtant, il fit un détour au royaume de Bénoïc, en Petite Bretagne, puis au royaume de Gannes, où il conta ce qui s'était passé en Carmélide. Et sachant toutes choses, il demanda aux rois de ces pays de prendre la mer avec des soldats afin d'aider Artus à chasser les Saines du royaume de Logres.

Alors, satisfait de leur réponse, il s'en fut donc en forêt de Brocéliande. Quand Viviane l'aperçut, elle courut à lui, et tous deux éprouvèrent une grande joie à se retrouver. Sans plus tarder, Viviane voulut connaître de nouveaux jeux.

- Beau Sire, lui dit-elle, dites-moi comment je pourrais faire dormir un homme aussi longtemps qu'il me plairait... Elle se garda bien de lui révéler pour qui elle désirait cette science, car elle croyait que Merlin ne la lui aurait pas enseignée. Mais Merlin lisait dans sa pensée. Et il savait qu'elle invoquait une fausse raison quand elle ajouta :

- J'aimerais endormir mon père Dyonas, et ma mère, quand vous viendrez me voir, pour être tout à fait libre.

Merlin refusa. Viviane n'en parut que peu contrariée. Déjà, elle était sûre d'elle-même et de son pouvoir sur Merlin, et, quand arriva le dernier jour, ainsi qu'elle le prévoyait, Merlin céda. Ils se trouvaient alors tous deux dans le verger nommé « Repaire de joie et de liesse », et Merlin lui apprit non seulement ce qu'elle désirait, mais beaucoup d'autres choses encore, par exemple trois mots qu'elle prit par écrit et qui avaient cette vertu de l'empêcher d'appartenir à un homme lorsqu'elle les portait sur elle. Merlin se munissait ainsi contre lui-même, mais il se savait si amoureux de Viviane qu'il lui céderait toujours.

Alors qu'il s'en revenait à Logres, il prit l'aspect d'un vieillard affublé d'un costume démodé, mais pimpant. Or, le jour était extrêmement beau, et Gauvain, dans le dessein d'en profiter, avait demandé son cheval et avait pris le chemin de la forêt.

C'est ainsi qu'il rencontra Merlin monté sur un palefroi blanc. Celui-ci l'aborda et le ramena à la réalité :

- Messire Gauvain, lui dit-il, si tu m'en croyais, tu laisserais là promenade et rêverie, car il vaudrait mieux pour ton honneur faire la guerre aux ennemis de ton roi. Gauvain éberlué, allait répondre, mais Merlin avait déjà disparu.

La guerre aux Saines

Flint, Sir W. Russell (1880 - 1969) combatC'est qu'en effet l'instant était grave. Les Saines, redoutables guerriers, plus nombreux que les flots de la mer, assiégeaient alors la ville de Clarence. Or, un jour où le ciel était couleur de plomb, enveloppé de brume, les Saines furent réveillés par une multitude de lances qui, telle des bêtes sauvages, se jetèrent avec fureur sur leurs tentes, abattant les mâts, renversant les pavillons et massacrant tout ce qui se trouvait sur leur passage.

L'armée des chevaliers, qui avait pour enseigne la bannière blanche à croix rouge, avançait ainsi inexorablement, chassant les Saines, qui tentaient vainement de se rallier au son de leurs cornes et de leurs buccins.

Gauvain tua le roi Ysore et lui prit son cheval, le « gringalet », qui pouvait courir dix lieues sans connaître la fatigue. Les rois Artus, Ban et Bohor, et combien d'autres, firent merveille. Merlin jeta des enchantements, si bien que les Saines cédèrent et s'enfuirent de toute la vitesse de leurs chevaux, s'embarquant sur des bateaux pour une destination inconnue. Alors Artus partagea entre les chevaliers le riche butin laissé par l'ennemi, puis il fit duc de Clarence, Gasselin, l'un de ses chevaliers. Et il y eut cinq jours de grande liesse.

 Mariage d'Artus

guinevere and Arthur mariageLe sixième jour, ils partirent pour la Carmélide, où Guenièvre attendait Artus.

Le jour du mariage, il y eut plus de joie que jamais en un jour de fête. La salle fut couverte de joncs, d'herbes vertes et de fleurs qui embaumaient. L'été débutait, et un vent chaud avait lustré le ciel qui débordait de soleil. Guenièvre apparut aux yeux éblouis de tous, le visage découvert, ses cheveux blonds couronnés d'or et de pierreries, vêtue d'une robe lamée d'or, si longue qu'elle traînait à plus d'une demi-toise. En cortège, les fiancés, les rois et leur cour, les barons du royaume de Carmélide, les nobles et les bourgeois se rendirent à l'église pour la bénédiction nuptiale. Ensuite, tout ce monde fit bombance, après avoir entendu les ménestriers jouer du violon, de la flûte et des chalumeaux, puis les chevaliers se divertirent à l'escrime et autres jeux, et tous dansèrent et prolongèrent ces plaisirs fort tard dans la nuit.

Pas un convive n'oublia de sa vie une aussi belle journée. Une semaine après, les rois Ban et Bohor prenaient congé d'Artus, qu'ils n'avaient pas quitté depuis qu'ils guerroyaient contre les Saines, et regagnèrent leurs terres. Ils partirent en compagnie de Merlin et, ensemble, ils traversèrent la mer pour arriver en Petite Bretagne, où ils furent accueillis avec des transports d'allégresse.

Cependant, Merlin poursuivit son chemin pour aller voir Viviane, dans la forêt de Brocéliande.

Le lac de Diane

Ford, H. J. (1860 - 1941) Merlin et VivianeViviane reçut son ami avec beaucoup de tendresse, si bien qu'il en tomba plus amoureux encore, si la chose se pouvait. Ayant pris la peine de lui expliquer la plupart de ses jeux, c'était elle maintenant qui lisait dans ses yeux et dans sa pensée, de telle façon qu'il n'eût jamais aucun secret pour elle.

Un après-midi qu'ils se promenaient tous deux dans la forêt, Merlin conduisit Viviane au lac de Diane. Il lui fit remarquer une tombe, en marbre, où l'on voyait en lettres d'or ces mots : Ci-gît Faunus, l'ami de Diane. Puis il lui conta cette histoire : Faunus aimait loyalement Diane, la déesse des bois. Hélas ! celle-ci lui préféra Félix et elle n'hésita point, un jour que Faunus blessé voulut se baigner dans l'eau enchantée qui se trouvait alors à la place même de la tombe, à faire renverser une pierre sur lui, celle-là même qui fermait à présent le tombeau, où gisait écrasé le pauvre Faunus. Alors Félix, indigné par l'acte criminel de Diane, la prit par sa tresse, et lui coupa la tête de son épée.

- Et qu'est donc devenu le manoir que Diane avait fait bâtir ? demanda Viviane, après un grand moment de silence.

- Le père de Faunus le détruisit dès qu'il connut la mort de son fils. Or, devinez quelle idée vint brusquement à Viviane ? Elle émit le désir d'avoir un manoir aussi beau et aussi riche que celui de Diane.

Et aussitôt, pour lui complaire, Merlin faisait jaillir, à la place du lac, un château, si merveilleux qu'il ne s'en trouvait point de semblable dans toute la Petite Bretagne.

- C'est votre manoir, ma mie, lui dit-il. Jamais personne ne le verra qui ne soit de votre maison, car il est invisible pour tout autre et aux yeux de tous, il n'y a là que de l'eau. Si, par envie ou par traîtrise, quelqu'un de vos gens révélait le secret, aussitôt le château disparaîtrait pour lui, et il se noierait en y croyant entrer.

- Mon Dieu ! fit Viviane éblouie, jamais on n'entendit parler d'une demeure plus secrète et plus belle. À la voir si heureuse s'augmenta encore la joie de Merlin, qui lui apprit plusieurs autres enchantements, au point qu'il devint d'une imprudence folle.

- Beau Sire, lui dit-elle un jour, il y a encore une chose que je voudrais savoir. C'est comment je pourrais enserrer un homme sans tours, sans murs, sans fers, de manière qu'il ne pût jamais s'échapper sans mon consentement...

Merlin, qui lisait dans sa pensée, répondit :

- Ma belle amie, de grâce, ne me demandez plus rien. Vous voulez m'enfermer ici pour toujours, et je vous aime si fort qu'il me faudra faire votre volonté. Viviane lui sourit tendrement :

- Je n'ai sans vous ni joie ni biens, dit-elle, et j'attends tout de vous. Puisque je vous aime autant que vous m'aimez, ne devez-vous pas faire ma volonté et moi la vôtre ?

- La prochaine fois que je viendrai vous voir, je vous enseignerai ce que vous désirez. Il y avait obligation pour Merlin de retourner, à présent, au royaume de Logres, auprès du roi Artus qui réunissait beaucoup de monde à Carduel, au moment de Noël.

Fondation des Chevaliers de la Table ronde

L'épée et les chevaliers de la table rondeEt il y eut, en effet, grande réception et festin en ce jour, au château de Carduel, au pays de Galles. Merlin amusa les invités du roi en prenant diverses apparences, puis, quand les tables furent enlevées, après le repas, il rappela l'histoire du Graal ou l'histoire de ce vase contenant le sang du Christ.

Or, d'après la légende, ce vase avait été transporté en Petite Bretagne.

- Et, dit Merlin, il est écrit que le roi Artus doit établir ici même une table, qui sera ronde pour signifier que tous ceux qui devront s'y asseoir ne jouiront d'aucune préséance. À la droite du roi demeurera toujours un siège vide, en mémoire du Christ. Qui se risquerait de le prendre, sans être l'élu, serait puni de mort, car il est réservé au Chevalier qui aura conquis le Graal.

- Qu'il en soit ainsi ! déclara Artus. Et aussitôt qu'il eut parlé, surgit, au milieu de la salle, une table ronde autour de laquelle se trouvaient cent cinquante sièges de bois.

Et sur la plupart d'entre eux, on lisait en lettres d'or : Ici doit s'asseoir Un Tel Mais sur celui qui était à la droite du fauteuil du roi, aucun nom n'était inscrit. Artus et les chevaliers désignés vinrent prendre place. On remarquait messire Gauvain, et tous ceux qui avaient défendu le royaume durant l'absence du roi.

Puis Gauvain, en sa qualité de connétable, prononça, au nom de tous, le serment solennel : que jamais Dame, Damoiselle ou homme ne viendrait demander aide à la cour sans l'obtenir, et que, si l'un des chevaliers présents disparaissait, les autres, tour à tour, se mettraient sans trêve à sa recherche, pendant un an et un jour.

Tous les Chevaliers de la Table ronde jurèrent, sur des reliques de saints, de tenir le serment qu'avait fait pour eux messire Gauvain. Ensuite, la reine Guenièvre proposa que quatre clercs fussent à demeure dans ce château de Carduel pour mettre par écrit toutes les aventures des Chevaliers. Le roi Artus l'approuva. Et à l'unanimité, les Chevaliers manifestèrent grande joie.

Quête de Merlin

le tombeau de Merlin La Forêt de BrocéliandePour la quatrième fois, Merlin quitta la cour du roi Artus pour se rendre dans la forêt de Brocéliande. Le roi et la reine en furent peinés, car il était pour eux un excellent ami. Et d'autant plus que Merlin leur avait dit qu'il ne reviendrait pas. Était-ce possible, se disaient-ils, en le voyant disparaître au loin, sur un cheval superbement harnaché.

Ayant retrouvé Viviane, Merlin céda enfin à sa prière et il lui donna les moyens de le faire prisonnier d'amour pour toujours. Mais cela, on l'ignorait à Carduel et quand trois mois furent écoulés, sans que Merlin parût, Gauvain dit au roi, qui se montrait très triste :

- Sire, je vous jure, par le serment que je fis, pour Noël, que je le chercherai, partout où cela me sera possible, durant un an et un jour. Et tous les chevaliers l'imitèrent, et partirent en quête de Merlin à la même heure. Ils se séparèrent à une croisée de chemins.

Or, un jour que Gauvain traversait une forêt après avoir longtemps erré sur les terres de Logres et ne savait où se diriger, il croisa une Damoiselle montée sur un beau palefroi noir, harnaché d'une selle d'ivoire aux étriers dorés. Elle-même était richement vêtue. Mais Gauvain, plongé dans une sombre rêverie, passa auprès d'elle sans la voir ni la saluer, ce qui représentait, pour un chevalier, une faute grave. Profondément choquée, la Damoiselle fit tourner son palefroi et aborda Gauvain, pour lui reprocher son manque de courtoisie. Et, pour le punir, elle lui souhaita de ressembler au premier homme qu'il rencontrerait.

Gauvain s'inclina, ne dit mot et repartit, mais à peine eut-il chevauché quelques lieues, ses yeux s"arrêtèrent sur un nain qui marchait en compagnie d'une Damoiselle. Se rappelant la leçon qu'il venait de s'attirer, il s'empressa de la saluer. À quelque distance, il ne comprit pas, ou il ne comprit que trop, ce qui lui arrivait : les manches de son haubert lui venaient maintenant bien au-delà des mains, et les pans lui couvraient les chevilles.

Eh oui, Gauvain avait tellement diminué de taille qu'il n'était plus qu'un nain, dont les pieds n'atteignaient pas les étriers et la tête son écu... Sa peine fut si vive, qu'il se demanda, un moment, s'il n'allait pas en finir avec la vie. Mais que dirait-on, à la cour du roi Artus, d'un chevalier qui n'aurait su faire face à l'épreuve ? Et déjà, s'aidant d'un tronc d'arbre coupé pour descendre de cheval, il raccourcissait ses étriers, relevait les manches et les pans de son haubert et aussi ses chausses de fer. Puis, courageusement, il reprit la route pour être fidèle à son serment. Mais de Merlin, point ne se présentait. Personne ne l'avait vu ni ne le connaissait. Et vous devinez aisément l'angoisse de messire Gauvain qui continuait à parcourir des lieues.

Un jour, il entra dans la forêt de Brocéliande, et c'est là qu'il découvrit un étrange phénomène : une sorte de vapeur... Il ne pouvait croire que son cheval ne franchirait pas un obstacle transparent et aérien. Mais non. Obstinément, le cheval refusa d'avancer... Et, soudain, il s'entendit appeler par son nom, et reconnut la voix de Merlin.

- Où êtes-vous ? demanda Gauvain. Je vous supplie de m'apparaître...

- Non, répondit Merlin, vous ne me verrez plus jamais, et après vous je n'adresserai la parole qu'à ma mie, Viviane. Le monde n'a pas de tour si forte que la prison d'air où elle m'a enserré. Et il raconta comment, alors qu'il dormait, Viviane avait fait un cercle de son voile, autour du buisson ; et comment, quand il s'éveilla, il comprit qu'il ne pourrait plus sortir de ce cercle enchanté où Viviane le retenait prisonnier. Il dit encore :

- Saluez pour moi le roi, et madame la Reine, et tous les chevaliers et barons, et contez-leur mon aventure. Puis il ajouta : Ne désespérez pas de ce qui vous est advenu, Gauvain. Vous retrouverez la Damoiselle qui vous a enchanté ; cette fois, n'oubliez pas de la saluer, car ce serait folie. À tout ce discours, le nain Gauvain ouvrit de grands yeux.

Cependant, il reprit la route de Carduel, tout à la fois heureux et mécontent, heureux de ce que Merlin lui prédisait la fin de sa mésaventure, et mécontent de penser que son ami s'était montré, pour la première fois, plus fol que sage. Quand il traversa la forêt où il avait croisé la Damoiselle qui lui avait jeté ce mauvais sort, il craignait tant de la rencontrer et de ne pas la saluer, qu'il ôta son heaume pour mieux la voir. Et soudain, il l'aperçut aux prises avec des chevaliers félons qui lui voulaient du mal. Gauvain s'élança alors sur eux et les combattit si bien, malgré sa petite taille, qu'il les mit en déroute.

En reconnaissance de son dévouement et de sa bravoure, la Damoiselle, sur la promesse qu'il lui fît d'être toujours courtois, lui permit de redevenir ce qu'il était avant leur première rencontre. Alors messire Gauvain chevaucha si vite qu'il arrive en même temps que les chevaliers qui étaient partis comme lui pour chercher Merlin et qui revenaient, comme lui, après un an et un jour.

Tous firent au roi et à la reine le récit de leurs aventures et quand vint le tour de Gauvain de raconter l'enserrement de Merlin, il provoqua chez tous une grande tristesse. Des clercs mirent ces récits par écrit. Grâce à eux, nous les connaissons aujourd'hui.

*** Bien sûr tous ces textes sont des adaptations modernes, recueillies comme des " Contes et Légendes de Merlin ", inspirées par les textes anciens ....

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Gauvain, le chevalier qui séduit les femmes.

Publié le par Perceval

Gauvain est le fils du roi Lot d’Orcanie et de Morgause, la sœur d’Arthur. Neveu du roi Arthur, auréolé dès les premiers témoignages littéraires d’une réputation de prouesse, de générosité et de gloire, il incarne dans les romans de Chrétien de Troyes, et dans la plupart des continuations composées au XIIIe siècle, l’idéal de la chevalerie.

Gauvain le chevalier aux demoiselles Messire Gauvain, la fleur de la chevalerie
Gauvain et la damoiselle à la ceinture d'or Messire Gauvain est la fleur de la chevalerie ...

Avant l’arrivée de Lancelot du Lac, Gauvain était considéré comme le meilleur des chevaliers, un chevalier d’exception. La magie l’a imprégné dès son plus jeune âge, il se rendit vite compte que ses forces évoluaient en fonction du soleil. Ses forces étaient à leur maximum lorsque l’astre était à son zénith, et diminuaient de façon significative à la tombée de la nuit. Gauvain fut le premier à réussir à battre Arthur en combat singulier, à l’entrainement, ce qui renforça considérablement le lien qui les unissait déjà.gawain-and-wounded-knight chevalier blessé

Gauvain est un chevalier séduisant et disponible, animé par le goût du risque et par une prouesse sans faille. Chrétien de Troyes, dans Le Chevalier au lion, le désigne comme "celui qui était la fleur de chevalerie et dont la renommée l'emportait sur tout autre mérite " : il est l’un des chevaliers destinés à affronter avec succès les plus grandes aventures. C’est lui qui relève le défi lancé par la Demoiselle Hideuse à la cour arthurienne consistant à aller délivrer une jeune fille assiégée dans le château de Montesclaire; c’est lui qui part après Lancelot à la recherche de la reine Guenièvre.

chevalier 5

Modèle de courtoisie, il sait respecter la rêverie de Perceval, accueillir les nouveaux arrivants à la cour ou se faire le champion des demoiselles. Gauvain est sensible à la beauté des jeunes femmes par exemple à celle de la porteuse du Graal ; il parle d’amour avec la jeune suivante de Laudine, Lunete, mais ne s’attache à aucune femme.

Gauvain n’arrive pas vraiment à comprendre l’amour qui peut lier un homme et une femme, comme Yvain – son ami - et Laudine. Il fera tout pour que Yvain n’ait pas l’occasion de retourner auprès de sa femme, l’entraînant aventure après aventure, quête après quête.

yvain et LaudineYvain et Laudine

Avec la christianisation du mythe, sa figure devient moins glorieuse...

Dans la Quête du Saint Graal, il est exclu de la quête parce qu’il est trop attaché aux valeurs "terriennes". Ainsi Gauvain passe-t-il toujours à côté de la quête, mais – ce qui est plus grave – de récit en récit, il devient l’un de ceux par qui la quête se dégrade et par qui est provoquée la ruine du royaume arthurien. Enfermé dans sa mondanité et sa démesure, sourd à l’esprit de l’aventure du Graal, Gauvain, dans La Mort le roi Artu, est définitivement exclu de cette quête.

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Gauvain, le chevalier qui séduit les femmes

Publié le par Perceval

Gauvain est le fils du roi Lot d’Orcanie et de Morgause, la sœur d’Arthur. Neveu du roi Arthur, auréolé dès les premiers témoignages littéraires d’une réputation de prouesse, de générosité et de gloire, il incarne dans les romans de Chrétien de Troyes, et dans la plupart des continuations composées au XIIIe siècle, l’idéal de la chevalerie.

Gauvain le chevalier aux demoiselles Messire Gauvain, la fleur de la chevalerie
Gauvain et la damoiselle à la ceinture d'or Messire Gauvain est la fleur de la chevalerie ...

Avant l’arrivée de Lancelot du Lac, Gauvain était considéré comme le meilleur des chevaliers, un chevalier d’exception. La magie l’a imprégné dès son plus jeune âge, il se rendit vite compte que ses forces évoluaient en fonction du soleil. Ses forces étaient à leur maximum lorsque l’astre était à son zénith, et diminuaient de façon significative à la tombée de la nuit. Gauvain fut le premier à réussir à battre Arthur en combat singulier, à l’entrainement, ce qui renforça considérablement le lien qui les unissait déjà.gawain-and-wounded-knight chevalier blessé

Gauvain est un chevalier séduisant et disponible, animé par le goût du risque et par une prouesse sans faille. Chrétien de Troyes, dans Le Chevalier au lion, le désigne comme "celui qui était la fleur de chevalerie et dont la renommée l'emportait sur tout autre mérite " : il est l’un des chevaliers destinés à affronter avec succès les plus grandes aventures. C’est lui qui relève le défi lancé par la Demoiselle Hideuse à la cour arthurienne consistant à aller délivrer une jeune fille assiégée dans le château de Montesclaire; c’est lui qui part après Lancelot à la recherche de la reine Guenièvre.

chevalier 5

Modèle de courtoisie, il sait respecter la rêverie de Perceval, accueillir les nouveaux arrivants à la cour ou se faire le champion des demoiselles. Gauvain est sensible à la beauté des jeunes femmes par exemple à celle de la porteuse du Graal ; il parle d’amour avec la jeune suivante de Laudine, Lunete, mais ne s’attache à aucune femme.

Gauvain n’arrive pas vraiment à comprendre l’amour qui peut lier un homme et une femme, comme Yvain – son ami - et Laudine. Il fera tout pour que Yvain n’ait pas l’occasion de retourner auprès de sa femme, l’entraînant aventure après aventure, quête après quête.yvain et Laudine

Avec la christianisation du mythe, sa figure devient moins glorieuse...

Dans la Quête du Saint Graal, il est exclu de la quête parce qu’il est trop attaché aux valeurs "terriennes". Ainsi Gauvain passe-t-il toujours à côté de la quête, mais – ce qui est plus grave – de récit en récit, il devient l’un de ceux par qui la quête se dégrade et par qui est provoquée la ruine du royaume arthurien. Enfermé dans sa mondanité et sa démesure, sourd à l’esprit de l’aventure du Graal, Gauvain, dans La Mort le roi Artu, est définitivement exclu de cette quête.

<-- Yvain et Laudine

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