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1941 – la Gnose et le Graal - 2 Les totalitarismes

Publié le par Régis Vétillard

Passons à présent aux totalitarismes :

Myrrha décrit ces idéologies ainsi : - L'homme moderne se veut l'auteur de sa propre loi, et l'Infini est sécularisé : '' Dieu est mort''. La sphère théologique avec Dieu ''puissance souveraine'' est remplacée par l'Etat, le Reich, et à sa tête : le Chef.

Ne croyons pas alors que nous sommes affranchis du religieux; non, nous avons sécularisé le religieux. Le résultat, c'est que le XXe siècle, sera appelé le siècle de la barbarie !

L'idéologie totalitaire apparaît comme gnostique, en ce sens que ce monde est livré au Mal, que le salut dépend d'un homme providentiel qui a la connaissance du Bien. Ce manichéisme élabore un racisme de race ou de classe. Ce monde est mauvais, parce qu'il est aux mains des Juifs ; cette connaissance cachée n'est dispensée qu'à une minorité ( le parti, les nazis). Le salut final s'exprime dans un futur totalitaire : une société égalitaire ou celle de la race pure.


 

Enfin, observons comment une influence gnostique pourrait manipuler la voie du Graal.

- Reconnaissons que l'Eucharistie présentée chez Chrétien de Troyes n'est pas vraiment orthodoxe. Il s'agit bien d'une eucharistie, selon l’explication de l’ermite à la fin du Conte du Graal : « Le saint homme, d’une simple hostie / qu’on lui apporte dans ce graal / soutient et fortifie sa vie / Le graal est chose si sainte / et lui si pur esprit / qu’il ne lui faut pas autre chose / que l’hostie qui vient dans le Graal.. ». Et nous ne sommes pas habitué à ce que l'eucharistie soit tenue par une femme, sauf chez les gnostiques.

C'est encore une femme, la cousine de Perceval, qui va mettre l'accent sur la ''connaissance'' qu'il n'a pas. Perceval a échoué parce qu'il est ignorant. L’éducation qui lui a été rapidement délivrée par sa mère avant de partir, et par le gentilhomme qui veut lui enseigner les principes de la chevalerie, se voulait ''orthodoxe'', et s'avère insuffisante... Bien sûr, il ne s'agit pas de la Quête d'un objet, mais de la recherche de la connaissance autour du Graal.

 

Un certain gnosticisme, comme mouvement religieux, pourrait entraîner ses adeptes à cette conviction qu'ils sont les initiés, possesseurs d'un secret - c'est à dire d'une connaissance strictement ésotérique – fondé sur une révélation mystérieuse.

Il y a une volonté gnostique de couper le lien théologique et métaphysique qui existe entre christianisme et judaïsme.

Wagner essaie de créer, avec Parsifal, un christianisme gnostique, où le mythe du Graal est détaché de son arrière-plan évangélique, et ouvre la voie à un « Christ aryen ». Bien sûr, on ne passe pas naturellement de Bayreuth à Auschwitz ; mais on ne peut pas empêcher Hitler d'aller nourrir sa passion destructrice dans l’esthétique wagnérienne.

 

Toute religion, et même toute idéologie, n'aurait-elle pas affaire à son ''agnosticisme'', sorte de maladie. ?

Nous en viendrons à la diagnostiquer, et à la déclarer ''gnostique, selon : son rapport à la connaissance, à la contradiction que vit le groupe entre collectif et individuel, à sa manière de traiter ceux qui sont en-dehors du groupe, selon comme elle traite ce qu'elle juge pur et impur ; ce qu'elle veut réserver à un petit nombre ; ce qu'elle justifie seulement par ''révélation'' ; ce qu'elle rejette parce que trop ''incarné'' ; à sa manière dualiste de juger, de se représenter le monde ; à son obsession de revenir aux origines.... etc...

 

Merlin, représente cette problématique parce qu'il est confronté au passage d'un monde païen, partie prenante de la nature, à un monde nouveau, chrétien, qui valorise l'humain ( la personne).

Cette carte renvoie pour Lancelot à son souci actuel de ne pas tomber dans cette maladie gnostique...

Myrrha Lot-Borodine conseille à Lancelot, la lecture de La Queste del Saint Graal traduite par Albert Pauphilet (1923).

Albert Pauphilet, lors du vote de l’assemblée des professeurs de la Sorbonne en 1940, s’est opposé à l’application des mesures prévues par le statut des juifs. ( Il sera emprisonné pour fait de résistance).

Galaad

Vous savez que La "Queste del Saint Graal" est un roman qui forme la quatrième partie du cycle de la Vulgate et a été écrit dans les années 1225-1230.

Pourquoi cette version de la Quête ? Parce que selon les mots de Pauphilet, ce n'est pas un roman, mais une forêt de symboles, que chaque ligne renferme une intention morale ou édifiante.

Pour caricaturer, par quelques exemples, la signification qu'il veut donner : disons que les couleurs blanche et rouge, ce sont les couleurs du Christ, le Château des pucelles c'est l'enfer, la Table ronde est le monde, la vie séculière. Gauvain, c'est le pécheur endurci ; Lancelot c'est le pécheur repentant. Bohort, un « saint laborieux », par opposition, Perceval est le type de ceux qui se justifient par la foi, je dirais ou plutôt qui sont justifiés par la grâce, car, au fond, il est plus coupable que Bohort. Galaad, c'est le ministre du Christ, ou pour dire vrai, c'est le Christ lui-même. La « nef de Salomon » c'est le Temple, c'est l'Église; le lit, le dais, les trois fuseaux qu'elle transporte, figurent l'autel et la croix. L'épée de David c'est la sainte Ecriture. La femme de Salomon c'est « Ancienne loi », la Synagogue. La soeur de Perceval c'est la « Nouvelle loi », c'est l'Église chrétienne. Enfin le Graal, c'est Dieu et la Queste del saint Graal c'est la représentation de l'âme à la recherche de Dieu. Le prétendu roman se révèle sous sa vraie figure, c'est une « Imitation de Jésus-Christ ».

Le ''Lancelot '' se fait un devoir de présenter le récit sous la forme d'une chronique, la Queste commet s'affranchit des règles. La chronologie n'existe pas, parce qu'elle n'a que faire ici : la recherche du royaume de Dieu n'est pas soumise aux lois du temps.

L'auteur de la Queste, sans-doute un religieux cistercien, se soucie peu de la matière de Bretagne ; et beaucoup plus de l'Evangile..

L’œuvre se veut débarrassée de tout agnosticisme. Galaad, c'est le Christ revenant sur la terre sous la forme d'un chevalier errant. A la fin toute différence disparaît entre le Graal et le calice eucharistique. La morale, l'ascétisme, est celle de l'Église chrétienne, et la dogmatique est tout orthodoxe. La Queste est complètement opposée à ceux (tel Amaury de Chartres) qui nient la présence réelle.

Le mysticisme de la Quête peut séduire une âme moderne.

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1941 – la Gnose et le Graal - 1

Publié le par Régis Vétillard

Myrrha Lot-Borodine

Lors de ses visites à Fontenay-aux-Roses, Lancelot eut le privilège d'échanger avec Ferdinand Lot, et aussi avec son épouse, Myrrha Lot-Borodine, au sujet du Graal et du contexte politique actuel... Myrrha avec beaucoup de sollicitude interrogeait Lancelot sur sa vison du Graal et craignait peut-être qu'un mauvais gnosticisme l’amenât à défendre le pire....

Myrrha, dès novembre 1940, s'était autorisée à écrire au cardinal Baudrillart sur sa position concernant le nazisme : « La peur est mauvaise conseillère. Un chrétien, un prêtre surtout, ne doit rien craindre — pas même l'atroce guerre civile pour son peuple — rien sauf le jugement de Dieu, révélé à chaque membre du Corps mystique, par sa conscience profonde. Dans cette conscience, la vérité prime tout (...) » écrivait-elle , et lui demandait s'il avait oublié « la grande voix de Rome qui a définitivement condamné une certaine doctrine raciste, antisémite au premier chef, comme néo-païenne et impie ».

Lancelot, précisément, s'interrogeait sur la question gnostique qui aurait pu rapprocher la voie du Graal, à une religion païenne, comme pouvait le laisser paraître, le national-socialisme aryen.

Avant de parler du Graal, la question concerne un certain ésotérisme gnostique, qui pourrait être le fondement d'un occultisme nazi ?

- Le nazisme a l'objectif d'élaborer une religion raciale, en revenant au paganisme germanique issu des indo-européens ( aryens). Il s'agit donc de renoncer aux croyances étrangères comme celles issues du christianisme. La société de Thulé de Sebottendorff, est dédiée au dieu Wotan. Cependant, on peut reconnaître une influence du romantisme allemand et de la théosophie, en un syncrétisme pas toujours évident.

Lancelot aurait tout d'abord, envie - c'est vrai - de défendre une idée de la '' Gnose '', telle qu'il l'a compris au cours de la lecture de Hans Leisegang (1890-1951). Hans Leisegang, fait partie de ces philosophes, peu nombreux, qui se sont opposés au régime nazi, avec Theodor Litt, Eduard Spranger par exemple.

Hans Leisegang est un philosophe, et aussi un physicien, spécialiste de ''La Gnose'' et de la question du ''Mal''... Que dit-il de la Gnose ?

Le gnosticisme est le moyen d’atteindre le salut, et ce salut s’obtient par la connaissance. « La gnose, c’est la connaissance de ceci que la connaissance nous sauve. »

«  C’est la connaissance de ce que nous sommes et de ce que nous sommes devenus, du lieu dont nous venons et celui dans lequel nous sommes tombés ; du but vers lequel nous nous hâtons et de ce dont nous sommes rachetés ; de la nature de notre naissance et de celle de notre renaissance » Hans Leisegang, La gnose, p. 7 ( Leipsig, 1924).

La connaissance libère et sauve tandis que le mal et l’esclavage viennent de l’ignorance et de l’erreur. Le gnosticisme consiste à ne pas séparer la liberté de la vérité, c’est à-dire de la connaissance. On ne peut être libre que si l’on possède la vérité (la connaissance) ; celui qui est dans l’erreur (l’ignorance) n’est pas libre. Saint Jean affirme que c’est la vérité (connaissance) qui libère : « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous délivrera » (Jean 8, 32).

C'est Platon qui le premier parle de gnôstikos dans le Politique (258e), pour désigner un type de savoir pur ou spéculatif qui concerne « l’action de connaître », par opposition à la connaissance pratique d’un art ou d’une action.

C'est avec le développement d’une orthodoxie chrétienne, que le terme gnostique est devenu synonyme d’hérétique...

La connaissance gnostique est une connaissance qui permet au gnostique de retrouver son essence originelle, de rejoindre le Dieu véritable, le Dieu sauveur. Mais, paradoxalement, ce Dieu est inaccessible, il est caché et inconnaissable.

- Bien, bien … conclue Myrrha... A présent, continuons avec Leisegang et observons ce qui se passe dans un monde gnostique... Ce Dieu, bon, a commencé par créer, par son Logos, le monde pur de l’Esprit. Le monde est alors rempli de puissances spirituelles qui, à leur tour, créent le ciel visible, la terre et l’homme à l’image de Dieu.

Mais il s’est produit chez les esprits une révolte contre Dieu. Elle a eu lieu sous la conduite d’un premier ange révolté qui a entraîné une partie des anges à s’incliner vers la sphère terrestre et à tomber dans les liens de la matière. C’est par ces anges révoltés que le péché est entré dans le monde. L’homme est alors entièrement coupé de Dieu.

Naturellement, cette Gnose personnifie le Mal et le Bien, en opposition, et naturellement, avec un dieu du Mal et un dieu du Bien...

Ce dualisme va servir un antijudaïsme, puisque ce monde étant imparfait, on pourrait en déduire un créateur imparfait, le dieu d'un ancien Testament, le dieu des juifs...

 

Lancelot reconnaît le danger. Pourtant, il ressent comme juste, l'idée d'un Dieu absolument transcendant, et qu'il faut nous méfier de tout anthropomorphisme. Ne peut-on penser que Dieu ne régit pas ce monde, qu'Il n'intervient pas ; sinon – avec le Christ - pour le sauver ?

 

Lancelot exprime sa difficulté à '' Croire ''. Il aime se rappeler ce que lui disait Simone Weil, professeur de philosophie : pour ce qui est des grandes questions, philosophiques, existentielles, il suffit de « les contempler sans plus, fixement, inlassablement, pendant des années, sans aucun espoir, dans l’attente. »

Mais enfin... Le mal s'abat indifféremment sur les bons et sur les méchants, sur les forts ou les faibles etc... Dieu est absent ! Enfin, du moins, ce monde ne semble t-il pas privé de Dieu ?

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1941- la Pierre du Graal -2

Publié le par Régis Vétillard

Himmler - Ahnenerbe - la tapisserie de Bayeux

Hans F. a rencontré Herbert Jankuhn (1905 – 1990), un archéologue allemand spécialisé dans l’archéologie des peuples germaniques, qui travaille dans le cadre de l'Ahnenerbe, pour Himmler. En France, son intérêt se porte en particulier sur la tapisserie de Bayeux, que les allemands considèrent comme un « chef-d’œuvre aryen ». Jankuhn, était présent à Nuremberg quand Hitler et Himmler ont reçu les Regalia, il a raconté combien Himmler fut déçu d'apprendre que la fameuse pierre ''noire'' nommée Orphanus n'ornait plus la couronne impériale...

Il est étonnant que si Himmler savait que cette pierre était censée être une pierre taillée dans la ''lapsit exillis'', tout comme la coupe du Graal ; il ne savait pas que cette pierre connue sous le nom de Orphanus était manquante ; à moins que cette déception exprimait sa volonté impérieuse de la retrouver, la couronne étant ''privée de'' ( sens du latin orphanus), privée de ses pouvoirs.

 

La ''Lapis Exilis'' aurait servi à façonner le Graal; et un gros éclat taillé aurait ainsi orné la couronne de l'Empereur. Cette pierre noire est parfois présentée comme une pierre de météorite, ou une pierre précieuse de couleur vin, ou rouge, ou noire, et qui peut briller dans l'obscurité; cette pierre était plus que l'honneur de l'Empire; elle signifiait certains pouvoirs, particulièrement en présence de la Sainte-Lance. Il n'est donc pas étonnant, que Himmler, fasciné par les objets magiques, ait voulu accaparer la Sainte-Lance et la Pierre du Graal au profit du nazisme.

Pour Hitler le Saint-Empire est le modèle de la suprématie allemande et, lui, se présente comme celui qui restaurerait l'Empire... Si Hitler ne s’intéresse que peu à l'ésotérisme, et même s'en méfie ; il est très sensible à la symbolique que lui développe Heinrich Himmler, pour asseoir sa légitimité et le succès d'un troisième Reich, promis à durer mille ans.

Couronne du Saint-Empire

 

Que sait-on de cette pierre, l'Orphanus ? Nous avons un témoignage d'Albert le Grand ( 1200-1280), dominicain, théologien, naturaliste, chimiste... « L'Orphanus est une pierre précieuse de la couronne de l'empereur des Romains. On l'appelle ainsi car on n'en a jamais vu de semblable. Elle est couleur de vin, d'un vin rouge clair comme si l'éclat de la neige l’imprégnait, mais où pourtant le rouge reste dominant. Cette gemme brille vivement et l'on dit qu'elle aurait même naguère brillé dans l'obscurité ; cependant elle ne le fait plus aujourd'hui. Mais on affirme qu'elle concentre en elle l'honneur de l'Empire. » Albert le Grand, De mineralibus. (1262)

Elle est mentionnée pour la dernière fois dans l'inventaire de succession de l'empereur Charles IV qu'il reçut en 1350. Elle fut ensuite remplacée sur la plaque frontale, par un étroit saphir.

 

Actuellement, où se trouve l'Orphanus?

D'après Hans F., Jankuhn et le duc de Windsor sont persuadés que cette pierre fait partie du trésor britannique, après avoir été en possession de la maison de Hanovre.

En effet, en 1796, les troupes françaises traversent le Rhin,  les insignes impériaux, joyaux de la couronne du Saint-Empire romain germanique, conservés à Nuremberg depuis 1424 sont transportés à Ratisbonne, puis à Vienne : là est constaté que des parties du trésor sont manquantes. Le roi de la Grande-Bretagne, depuis Georges 1er, est de la Maison de Hanovre. Sous Georges III, également prince-électeur de Hanovre au sein du Saint-Empire romain germanique, en 1806, le Saint-Empire romain disparaît face à la Confédération du Rhin supervisée par Napoléon. Ce serait dans ces circonstances que le joyau principal de la Couronne impériale aurait été mis en sécurité en Angleterre, puis en Ecosse.

les Windsor- (Edouard-VIII) et Hitler

 

Le duc de Windsor n'est rien de moins que l'ancien Roi britannique Edouard VIII, qui a abdiqué en 1936, un souverain qui aurait pu trahir son propre pays s'il était demeuré sur le trône; en effet, le monarque avait beaucoup de sympathie pour l’Allemagne nazie. Wallis Simpson qui était devenue sa maîtresse alors qu'il était l'héritier de la Couronne, avait noué d'étroites relations avec de nombreux hauts dignitaires nazis alors qu'ils arrivaient au pouvoir, en 1933.

La famille royale anglaise est d'ascendance allemande. Le roi George V ( né de Saxe-Cobourg et Gotha) prit la décision de renoncer au nom germanique de sa famille pour le remplacer par celui de Windsor. L'oncle d'Edward VIII est le Kaiser Guillaume. La peur du bolchévisme, les progrès de l'Italie mussolinienne, pousse Edouard à admirer les nazis et souhaiter que les élites politiques, reconnaissent et valident la popularité des dictatures. Alfred Rosenberg, ami personnel d’Hitler, est reçu en 1931 par de nombreuses personnalités britanniques comme Lord Hailsham (secrétaire d’Etat à la guerre), Lord Lloyd, Sir Henry Deterding et Montague Norman, gouverneur de la Banque d’Angleterre

Les services secrets britanniques disent posséder un dossier sur Mrs Wallis Simpson, ses liens personnels avec Von Ribbentrop (ambassadeur d’Hitler à Londres), son passé dans des bordels chinois, ses deux mariages, son goût pour les pierres précieuses...

Oswald Mosley and Diana Mitford

Le 10 décembre 1936, après en avoir discuté avec ses proches, Edward abdique, et se marie avec Wallis le 3 juin 1937, au château de l'homme d'affaires Charles Bedaux, lui-même en forte sympathie avec le Troisième Reich. ( Il possède une maison, voisine du Berghof, la résidence d'Hitler.)

Sir Oswald Mosley, fasciste, se marie à Berlin avec sa maîtresse Diana Mitford, dans la résidence de Goebbels en présence d’Hitler (1936). Mrs Wallis envoie ses félicitations. Pendant la guerre, il se veut pacifiste, mais sert les renseignements allemands.

 

Lancelot conclue que cette Pierre, que Lithargoël décrit comme en danger, pourrait être cet ''Orphanus ''. Elle fait le lien entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne.

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1941- la Pierre du Graal -1

Publié le par Régis Vétillard

A Fléchigné, Anne-Laure remet à son fils, une carte du Tarot qu'elle lui confie... A méditer : Le Bateleur.

Le Bateleur a à sa disposition plusieurs instruments. Peut-être aussi, est-il nécessaire de bien garder à l'esprit, la nécessité de pouvoir discerner... Ce bateleur, est à l'image de Merlin et doit faire face à deux dragons : le dragon rouge et le dragon blanc ils paraissent entrelacés.

 

Retour rapide à Paris, où une personne, assez nocive, sans aucun doute ; pourrait peut-être en dire beaucoup plus... Il s'agit du nazi Gerhard Krüger, qui semble donner beaucoup d'importance à toutes les légendes germaniques, et que Lancelot a l'opportunité d'interroger.

Krüger s'étonne de l'intérêt d'un français pour Eschenbach; et le prévient que cet intérêt pour la Pierre du Graal pourrait le mener sur des espaces qu'un français – à son avis – est incapable d'appréhender...

Il ne s'agit pas, seulement, de littérature, insiste t-il... et insinue que son collègue Abetz, lui, s'imagine que français et allemands peuvent se comprendre précisément par ce biais, alors qu'il est bien trop superficiel... Ici, il s'agit des racines qui nourissent l'âme allemande... Cependant, Lancelot arrive à le convaincre de donner une chance à ce qu'un français puisse en connaître les rudiments.

Krüger le confie aux soins d'un collaborateur de l'institut allemand, Hans F., féru de ces thèmes ésotériques...

Quelques jours plus tard, Hans F. invite Lancelot à le rencontrer dans son bureau.

- Je me suis renseigné sur vous... Vous êtes franc-maçon...

Ne vous inquiétez pas.... Moi aussi; enfin, jusqu'en 1933. En effet, la Grande Loge nationale des Francs-Maçons d’Allemagne a cessé d’exister en tant qu’institution maçonnique et s'est transformée en Ordre germano-chrétien des Templiers [Deutsch-Christlicher Orden der Tempelritter] », avant lui-même de clore ses travaux, en 1935. Hitler se méfie des sociétés secrètes; et préfère que nous puissions travailler en toute lumière. Les adjoints du Führer, Himmler, Hess sont très intéressés par les travaux sur notre culture germanique.

Pierre Isaïs - D.H.v.S.S

Hans F. va prêter quelques documents allemands sur la société Thulé, par exemple, et même sur cet ordre, à l'origine de la société Thulé, ''Die Herren vom Schwarzen Stein'' (D.H.v.S.S) .

Je note ci-dessous la prise de notes, à partir de ces lectures, et de ces conversations.

 

La croix des Templiers est appelée la "croix marcioniste", la croix aux épine, insigne des adeptes de Marcion. Marcion, déclaré hérétique, professe - que Jésus n'est qu'un homme, en qui Dieu s'est incarné jusqu'à la mort pour les en libérer; et - que le Dieu d'amour chrétien ne peut pas correspondre au dieu de colère de l'Ancien Testament. On a fait de cette théologie, une croyance dualiste qui verrait dans le monde la confrontation de deux dieux, celui du mal et celui du bien … On y voit également une rupture entre le premier testament juif, et un nouveau testament chrétien.

Rudolf von Sebottendorff (1875-1945) suit cette voie, et va encore plus loin, déniant au Christ l'originalité de son enseignement, qui serait emprunté à une culture païenne beaucoup plus ancienne, et aryenne.... Il sera le fondateur de la Société Thulé, en 1918 à Munich, issu du courant völkisch. Rudolf Hess va devenir l'un des animateurs.

L'Untersberg - Barberousse

 

Hitler vient se détendre et réfléchir dans sa maison de campagne bavaroise, le Berghof, située à Obersalzberg, face à l’Untersberg. Cette montagne est un des endroits les plus légendaires d’Allemagne, lieu de grottes et souterrains qui cacheraient des nains, premiers habitants de la terre. Il serait le siège du dieu Wotan. De nombreuses personnes seraient ici disparues, les portes de souterrains emmenant vers d'autres dimensions, sortes de tunnels temporels...

Les traditions parle encore d'une commanderie de Templiers, d'une apparition de la déesse Isais, et du dépôt de puissantes reliques comme le Graal. Le Graal est vu comme une pierre tombée du ciel, de la couronne de Lucifer. Sur l’Untersberg, est évoqué le voyage d’Isais à travers l’enfer, déguisée en homme, pour récupérer le Graal; et qu'elle ramène sous la forme d'une pierre noire. Elle la remet aux Templiers allemands sur l’Untersberg.

Cette pierre est un cristal de roche, qui permet, à travers lui, aux énergies spirituelles de se manifester. Hildegard von Bingen, a écrit que l’améthyste, qui procure maîtrise et sagesse, pouvait effrayer les serpents; que l’émeraude aide à garder le contrôle sur l’esprit et à rester vigilant.

Isaïs - Vril

 

On revient à l’Untersberg - considéré '' comme le siège des dieux et la montagne du destin'' - avec un templier Hubertus Koch, qui revient des croisades en 1221, et décide d'y construire le temple d'Isais. Les chevaliers l'atteignent par un passage souterrain.

Le ''D.H.v.S.S.'', c'est à dire ''les seigneurs de la pierre noire'', révèlent que Isais leur aurait apporté la Pierre du Graal.

Isais n’est pas une déesse, mais plutôt un être d’une autre dimension. Isais, comme la soeur d'Athéna, comme un des aspects d'Isis, ou l'enfant caché d'Isis et de Seth, comme la compagne de Mithra, comme la déesse de l'amour, Vénus, Aphrodite... Isais a ses adeptes, avec en particulier les femmes de la société du Vril, autour de Maria Orsic.

Nb/ Ci-dessous:

Extrait de '' L'Âne d'or ou les Métamorphoses'' d' APULEE - 13. Le livre d'Isis (XI, 1, 1 - XI, 30, 5)

Il s'agit, dans ce texte, de la prière de Lucius « Reine des cieux, qui que tu sois, (…) Vénus céleste, qui, dès les premiers jours du monde, donnas l'être à l'Amour pour faire cesser l'antagonisme des deux sexes, et perpétuer par la génération l'existence de la race humaine; » et l'apparition d'Isis : « la divine apparition daigna m'honorer de ces paroles (…)

Je viens à toi, Lucius, émue par tes prières. Je suis la Nature, mère de toutes choses, maîtresse des éléments, principe originel des siècles, divinité suprême, reine des Mânes, la première entre les habitants du ciel, type universel des dieux et des déesses. L'Empyrée et ses voûtes lumineuses, la mer et ses brises salubres, l'enfer et ses silencieux chaos, obéissent à mes lois: puissance unique adorée sous autant d'aspects, de formes, de cultes et de noms qu'il y a de peuples sur la terre. (2) Pour la race primitive des Phrygiens, je suis la déesse de Pessinonte et la mère des dieux; le peuple autochtone de l'Attique me nomme Minerve Cécropienne. Je suis Vénus Paphienne pour les insulaires de Chypre, Diane Dictynne pour les Crétois aux flèches inévitables. Dans les trois langues de Sicile, j'ai nom Proserpine Stygienne, Cérès Antique à Éleusis. (3) Les uns m'invoquent sous celui de Junon, les autres sous celui de Bellone. Je suis Hécate ici, là je suis Rhamnusie. Mais les peuples d'Éthiopie, de l'Ariane et de l'antique et docte Égypte, contrées que le soleil favorise de ses rayons naissants, seuls me rendent mon culte propre, et me donnent mon vrai nom de déesse Isis»

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1941 – L'Empereur

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot profite de sa proximité avec Ferdinand Lot, pour aller le voir et l'interroger sur l'histoire du Saint-Empire Romain germanique.

De juin à août 1940 , il a quitté Paris et, il ne craint pas de prendre nettement position contre la politique de Vichy. Proches de lui, son gendre Boris Vildé, Anatole Lewitsky s'engagent contre les occupants. Co-fondateurs du ''réseau'' du Musée de l’homme, les deux hommes sont arrêtés et seront fusillés au Mont-Valérien le 23 février 1942.

Six semaines après cette exécution, Ferdinand Lot sera emprisonné à Fresnes quelques jours par la Gestapo.

Ferdinand Lot se dit très attaché à sa patrie. Et, il le doit au ''petit peuple'', parce que contrairement à lui, les élites s'adaptent facilement au nouveau conquérant. C'est, je crois, dit-il un trait objectif.

 

Le professeur F. Lot est un spécialiste de l'histoire du Saint-Empire Romain germanique.

- L'histoire se continuerait-elle avec le IIIème Reich.. ? Le professeur semble horrifié... « l'Histoire c'est le Discontinu ! » - Que voudriez lire dans les faits historiques ? Une évolution ? Comprenez-bien que « nous sommes victimes d'une métaphore : l'évolution, au sens scientifique du terme, n'existe qu'en biologie ».

Charlemagne - Empereur

- Vous ne pensez pas que l'Histoire se répète ?

- Plus précisément, je dirais que, quand j'écris l'Histoire, je ne pense pas la destiner à éclairer l'avenir.

- L'avenir, je ne sais pas.... mais, le présent, si ...

- Faites attention; et c'est un historien qui vous parle: la relation que j'ai aux évènements est relative; sachant les efforts que je peux faire pour les saisir, dans un passé aboli.

- Et le Reich?

- Une volonté sans aucun doute de s'inscrire dans la suite des Empires allemands. Je note qu'ils le nomme ''Le Reich'' et mentionnent également sa durée de mille ans : das tausendjährige Reich.

- Et l'Empire Romain Germanique? - Etiez-vous au courant, que Hitler en 1938 - après l'Anschluss - a repris les insignes et ornements du souverain du Saint-Empire, couronne, spectre, orbe...etc déposés à Vienne, pour les ramener à Nuremberg?

- Oui. D'ailleurs, j'ai lu un article qui fait remonter les ''Regalia'', à Charlemagne. Sans doute pour joindre ces symboles au 1200ème anniversaire de Charlemagne ( 742-1942). Plus exactement, le premier Reich commence avec le couronnement d' Otton 1er, en 962. Il devient Empereur des romains par le pape Jean XII, et restaure l'empire de Charlemagne. L'Empereur accède à un statut sacré, symbolisé par la couronne octogonale.

La date de l'abandon par François II de sa qualité d'empereur des Romains - le 6 août 1806 - peut être considéré comme l'acte de décès légal de l'Empire romain.

Autre chose : N'oubliez pas qu'une des fonctions impériales est d'être le défenseur de la Papauté et de l'Église romaine.

Hitler pourrait plus facilement se rapprocher de Frédéric II, qui se voyait le successeur des empereurs de la Rome antique et a souhaité créer un empire universel et autorité suprême, en opposition au pape.Et si vous souhaitez que je fasse des rapprochements entre le passé et le présent, je pense aux chevaliers teutoniques qui portaient des croix noires, et rappellent les soldats de l'armée allemande. Le moyen-âge reste pour les tenants d'un empire germanique un élément identitaire.

Le Mythe Barbarossa

- Tenez, je pense encore à autre chose : Guillaume Ier, roi de Prusse, Ier empereur allemand, a fait édifier vers 1895 un monument, dont la base repose sur une statue de  l'empereur du Saint Empire Frédéric Barberousse qui se réveille d'un long sommeil. Ceci conformément à ce que dit la légende : Barberousse se serait, avec sa suite de fidèles, endormi dans une caverne au cœur du Kyffhäuser, d'où il se réveillera un jour pour rétablir l'empire germanique dans son unité et sa splendeur.

Cela ne vous fait pas penser au Roi Arthur, reçu blessé à mort dans l'île d'Avalon et qui d'après la prophétie reviendra pour défendre son pays ?

Barberousse meurt, au sommet de sa gloire, de façon inattendue pendant la croisade en 1190. Dès sa mort, de nombreuses prophéties apparaissent pour annoncer un empereur qui achèverait sa tâche ; à moins qu'il ne soit pas vraiment mort... ! 1190 est aussi la date de création lors du siège de Saint-Jean-d'Acre de l’ordre des chevaliers Teutoniques.

Lancelot, rappelle lui, que c'est aussi le temps de la croisade puis de la captivité de Richard Cœur de Lion en Allemagne.

Paris-Soir - 23 juin 1941 -

Les nazis réactivent la légende, avec l'expression ''troisième Reich'' qui serait le nom de l'empire gouverné par la race des seigneurs et qui doit durer mille ans

 

Hitler lance avec l'opération Barbarossa, la croisade contre le judéo-bolchévisme. Le 22 juin 1941, l’Allemagne nazie envahit l’Union soviétique et présente l'opération comme une grande croisade de l’Europe civilisée contre les hordes athées de la barbarie bolchevique.

 

Pour Lancelot, cette carte du Tarot de l'Empereur, est vraiment d'actualité. Mais quel lien pourrait-il exister entre l'Empereur, ou le Führer ; et la Pierre du Graal ?

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1941 – Fléchigné – la Sainte-Lance

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot et sa mère rejoignent Fléchigné. Trajet en train par Laval, puis Mayenne.

Ils apprennent que la Feldkommandantur de Laval a exigé du préfet « la création et la tenue d’un fichier des juifs en Mayenne ». « 147 fiches cartonnées sont établies, elles mêlent Français et étrangers »

Revenir à Fléchigné, entrer dans la cour, franchir le seuil de la maison, sentir l'odeur caractéristique qu'accompagne la respiration de l'horloge qui accueillaient déjà l'enfant qu'il était; c'est - davantage aujourd'hui - revenir à l'espoir d'un peu de sécurité. Par ici, on n'a encore vu aucun allemand ; par contre le village, à côté, s'est mis à l'heure du nouveau régime ; il faut rester prudent.

 

Anne-Laure et Lancelot prennent le temps de parler. La bibliothèque, les ''trésors'' familiaux pieusement rangés mais disponibles, permettent à leur contact, d'approfondir un ''retour sur soi'' et de l'inscrire dans l'histoire familiale, Anne-Laure y tient beaucoup.

Que de rencontres riches d'hommes et de femmes, que d'idéaux passionnants et d'engagements contradictoires !

 

Lancelot pose les deux cartes de Tarot qui ne le quittent plus : le Fou et l'Empereur.

Anne-Laure les examine.

- C'est naturel de commencer avec le Fou. C'est le chercheur ; celui auquel il faut s'identifier. Il doit questionner et expérimenter. C'est le chevalier au départ de la Quête...

- L'empereur, c'est le pouvoir. L'apparence est importante ; en témoignent la valeur des symboles de pouvoir. Comme le roi Arthur, il tire son énergie créatrice du contact avec '' L'autre Monde''

Lancelot revient à cet homme, qui semble t-il, s'était présenté sous le nom de Lithargoël ( pierre brillante...). Que cherchait-il et pourquoi s'est-il volatilisé ?

Son souci était une pierre ; et la solution concernait une rose....

Anne-Laure continue : - Et cette pierre promise par l'ange Lithargoël, est du même ordre que la pierre du Graal de Wolfram von Eschenbach

- Wolfram, qui fait dire à Trevrizent pour Parcival « si lebent von einem steine :.» (…) « er heizet lapsit exillis... ( « ils vivent par la vertu d'une pierre :.. » « elle s'appelle lapsit exillîs... » : Il s'agit du Graal selon Wolfram, reprend Lancelot.

Lancelot s'interroge sur les liens de la '' lapsit exillîs'' avec la tradition du Graal qui lui semble plus celtique que germanique ?

Sa mère, Anne-Laure de Sallembier, connaît bien ce sujet et c'est toujours avec beaucoup de plaisir qu'elle reprend pour son fils le cadre des histoires qu'il a bien souvent entendues.

Elle fait état des légendes allemandes, rapportées par les plus illustres poètes, lors du ''Tournoi de la Wartburg'' ( vers 1200). On évoque alors qu'une pierre aurait sauté de la couronne de Lucifer lorsque Dieu le précipita du ciel.

- D'accord, pour la pierre du Graal, pour Parsival.... mais qu'en est-il de Merlin, du roi Arthur ?

- Merlin est représenté dans les Chroniques de Nuremberg, de Hartmann (1493), ainsi que « Arturus rex » (Roi Arthur). Cette œuvre - une histoire du monde illustrée – depuis la création, reprend une compilation d’histoires anciennes et de chroniques médiévales. Albrecht Dürer a fait son apprentissage auprès de l'illustrateur de la '' Chronique ''.

On y trouve le roi Arthur et Merlin, auprès de personnages comme Attila le Hun ou diverses têtes couronnées européennes, ou la papesse Jeanne ( on affirmait qu’une femme déguisée en homme avait été élue pape de l’Église catholique au IXe siècle ).

 

La Sainte-Lance, la relique chrétienne de la lance du romain Longinus qui transperça les flancs du Christ, est évoquée lors de la procession du Graal, décrite par Chrétien de Troyes. On la retrouve en Bavière en 955, tendue par Otton Ier pour donner confiance à ses soldats et lui donner la victoire. Charlemagne l’aurait reçue du pape Léon III. En 1938, c'est le chancelier du Reich qui la tient dans ses mains ; il l'avait déjà aperçue en 1912, derrière une vitre à la Hofburg.

 

Lancelot ne peut pas s'empêcher de faire la relation entre sa carte l'Empereur, et le souverain du Saint-Empire romain Germanique, et pourquoi pas Hitler, comme Führer du Troisième Reich?

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1941 – Paris -4- Avenue Victor-Hugo.

Publié le par Régis Vétillard

Paris-Soir - Drieu_la_Rochelle, Robert_Brasillach, Abel_Bonnard

Alors que les anciens ministres Édouard Daladier, Léon Blum, Paul Reynaud et Georges Mandel sont inculpés à la détention à vie dans une enceinte fortifiée par le maréchal Pétain pour avoir « trahi les devoirs de leur charge » ; au même moment Goebbels, ministre de la propagande, organise à Weimar un congrès international des écrivains pour discuter de la littérature dans l'Europe à venir : la délégation française est la plus importante : Drieu la Rochelle, Ramon Fernandez, André Fraigneau, Marcel Jouhandeau, Abel Bonnard, Robert Brasillach, et Jacques Chardonne. Ce train pour Weimar, symbolise ce que l'on appelle '' la collaboration''. Drieu le reconnaît : l'intellectuel ne peut être qu'aveugle aux dessous de l'action à laquelle le politique veut le mêler. Bergery en conclue: « Drieu ne comprend rien à la politique. Il croit toujours que les politiques vont faire des choses merveilleuses, accomplir des miracles... » Et, Drieu d'en rajouter : « Oui, je suis d'intelligence avec l'ennemi. J'apporte l'intelligence française à l'ennemi. » ( cf Exordre )

 

Le long de l'avenue Victor-Hugo, et dès que Lancelot est sorti de son appartement, à partir même de l'escalier qui le conduit dans le grand hall du rez-de chaussée, devant la porte de la concierge, la collaboration, la politique, sont là: celle de Vichy ou des allemands. Il y a cet appartement qui appartient à un homme politique qui s'est embarqué pour Londres avec ses enfants, et qui fait l’objet d’une réquisition officielle par les autorités d’Occupation.

Il y a cet étranger, peut-être un homme d'affaire russe, aux manières de prince qui vient d'acheter, à côté, un hôtel particulier. Il mange souvent au Traktir, au N°16, ce restaurant très fréquenté par les officiers allemands comme par leurs amis. Pourtant, y travaille comme maître d'hôtel, Maurice Rossi, très bon observateur qui renseigne efficacement Gilbert Ranault dit ''Raymond'' puis, ''colonel Rémy''. C'est de là, que Louis de La Bardonnie (1902- ) et sa femme Denise organise des points de passage à la ligne de démarcation; et peut abriter éventuellement ensuite en son château de la Roque. C'est du château, d'ailleurs, le 17 mars 1941, qu'eut lieu d'un poste émetteur, la première liaison radio avec Londres.

 

Le deuxième bureau de l'armée de l'armistice signale à Lancelot, l'organisation de résistance appelée OCM, chez Jacques Arthuys (1894-1943), en son domicile, 72 avenue Victor Hugo. Avocat, puis industriel, il est un ancien militant de l'Action Française. Il travaille, là , avec une princesse russe Véra Obolensky, à créer des filières de passage en zone libre, à monter un service de renseignements; c'est à ce propos qu'il rencontre le frère Roger Souchère, par ailleurs, quelqu'un de profondément attaché à la maçonnerie traditionnelle. Lancelot n'aura pas longtemps les moyens de le connaître davantage, Souchère va être arrêté et déporté par les allemands.

Au domicile de Georges Mandel - 67 avenue Victor-Hugo - arrêté donc le 8 août 1940 au Maroc, le commando Künsberg s'empare de sa collection d'oeuvres d'art.

 

Dans un hôtel du 6 avenue Victor-Hugo, vit Walter Schubert ( né le 18 août 1923) à Vienne, avec sa mère. Il est arrivé en France fin 1933, accompagnés de ses parents ; sa profession : mécanicien sur machine à écrire. Il parle, lit et écrit parfaitement le français. Il est de confession juive, son père a été déporté vers l'est par les autorités allemandes.

14 mai 1941 - La « rafle du billet vert »

Le 13 mai 1941, apporté par un agent de police français, Walter reçoit une ''invitation'' verte pour le lendemain, pour un ''examen de situation ''. Il décide de ne pas s'y rendre. Lancelot fait sa connaissance le lendemain, chez sa concierge ; il l'invite chez lui, et lui propose de le cacher.

Le 14 mai à Paris, 3700 juifs se rendent à la convocation. Ils ne savent pas qu'ils vont être arrêtés, déportés, supprimés.

Walter Schubert franchira la ligne de démarcation près de Chalons sur Saône, dans la nuit du 15 au 16 juillet 1942. Il sera arrêté à Claix par la gendarmerie française, lors de la rafle du 26 août 1942 ( zone libre), et déporté. Il va décéder le 7 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne).

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1941 – Paris -3- Boris Vildé

Publié le par Régis Vétillard

Boris Vildé

C'est l'abbé Degoué ( Fléchigné) qui avait permis que Lancelot rencontre Myrrha Borodine ; c'était au sujet du '' Lancelot-Graal'' dont elle est une spécialiste. Depuis, sa mère continuait de fréquenter la tribu de Ferdinand Lot. Elaine avait sympathisé avec Irène, l’aînée des filles Lot, Irène, mariée avec Boris Vildé (1908-1942). Elaine avait été séduite par la spiritualité orthodoxe.

Après l’armistice de 1940, Myrrha, a écrit une lettre indignée au cardinal Baudrillart qui incline, dit-elle, à la sympathie envers Hitler !

Nous savons ( à présent) que Boris a créé l'un des premiers réseaux de Résistance, appelé plus tard le « Réseau du Musée de l’Homme ». En septembre 1940, Irène et Boris rencontrent le physicien Robert Debré, et une amie à lui, Mme de la Bordonnaye... Ils évoquent l'idée de créer un journal, pour contrer Radio-Paris et la presse autorisée. Vildé avec son ami Anatole Levitsky, et Yvonne Oddon, bibliothécaire du Musée, rédigent des tracts... Bientôt le groupe s'étoffe, et le premier numéro de ''Résistance'' va paraître le 15 décembre 1940.

Boris et Irène, à la suite d'un séjour en Bretagne, mettent au point des moyens pour exfiltrer des personnes vers l'Angleterre.

Le 6 janvier 1941, Boris et Irène font la connaissance de Jean Paulhan, la tête pensante des éditions Gallimard et le fondateur de la NRF ; il accepte de rejoindre le comité de rédaction de Résistance ; (c'est grâce à l'intervention de Drieu la Rochelle, qu'il ne sera pas arrêté.). Paulhan avait déjà manifesté beaucoup d'intérêt aux conférences de Lewitsky ( Collège de sociologie) sur le chamanisme.

Le n° 3 de ''Résistance'' reproduit un discours de Churchill: " Nous ne capitulerons jamais ". Une longue notice est consacrée à Henri Bergson qui vient de mourir... Enfin, le n° 5, le dernier, sera confié à Pierre Brossolette...

Le 26 mars 1941, Boris Vildé est arrêté par la Gestapo, trahi par un agent de liaison qui était en fait indicateur à la solde des allemands.

Le nom et les coordonnées de Lancelot, vont être dévoilés à partir des tableaux de loge saisi par les allemands. A partir d’août 1941, des listes de noms sont diffusés ; et Lancelot reçoit de la part de l'administration à laquelle il est attachée, un courrier qui stipule sa démission d'office.

Albert Lantoine, que Lancelot visite, chez lui, au 24 rue de Navarin lui conseille de quitter Paris. Lui-même, a déjà reçu la visite peu amicale d'officiers allemands ; au mois de février ils lui ont saisi tous ses livres, et même ses manuscrits, dont celui sur Lafayette en cours de travail, et sur la duchesse de Lamballe qu'il venait d'achever. Lantoine est l'un des créateurs de la loge ''le Portique'' dans laquelle Lancelot a été initié, et où selon ses propres mots : « les questions philosophiques provoqueront notre intelligence. » ; il insistait souvent sur le fait que la vie politique - avant la guerre - prenait « une place trop grande dans les préoccupations journalières ; en loge nous voulons considérer les choses au seul point de vue philosophique et critique – avec calme, avec douceur – et disons le mot : avec sérénité »

Albert Lantoine, est un passionné d'histoire, il connaît bien Oswald Wirth, apôtre de la maçonnerie écossaise spirituelle, qui a été le secrétaire de Stanislas de Guaita.

Wirth, en 1927, a publié un ouvrage sur les 22 arcanes du Tarot, qui lui servent de balises sur un chemin initiatique nourri aux traditions de l'alchimie, des bâtisseurs de cathédrales...

 

Lancelot raconte son histoire avec Lithargoël, au château d'Uriage et ses cartes du tarot, qu'il lui a transmises : l'Empereur, et le Mat ( le Fou) .... Albert Lantoine commente : l'Empereur fait référence au Créateur, au concret... Wirth qui a dessiné les arcanes majeurs, fait asseoir l'Empereur sur un cube, la pierre cubique du maçon ( un idéal); mais aussi, avec la représentation d'un aigle noir, comme une incarnation obscure , on peut voir ici une image d'oppression, d'orgueil … Le Fou, nous met en garde contre des divagations de notre esprit « dès qu'il prétend dépasser les limites du réel ». Le lynx qui nous mord le mollet, nous contraint d'avancer vers notre destinée...

Actuellement, Wirth, handicapé et cloué sur un fauteuil, a été accueilli au château de la Rochère par les arrière-neveux de Stanislas de Guaita. Lui aussi, s'est fait enlevé sa bibliothèque à Paris ; et reçut au château certains visiteurs allemands qui s'en sont allés avec tous ses dossiers.

 

Lancelot, par l'intermédiaire de Pierre d'Harcourt, reçoit de Louis Rivet ( le SR de Vichy) une mission en Angleterre qui nécessite une certaine préparation.  Ainsi, même licencié du ministère, Lancelot reste opérationnel dans le cadre de l'armée de Vichy. On lui procure même les papiers nécessaires, qui lui permettent de se réclamer de l'Entreprise générale des travaux ruraux (TR), dépendant du ministère de l'agriculture de Vichy.

Pour le moment, il s'agit de faire passer un maximum de renseignements vers Londres. Près du métro Censier, le café '' Le Mirbel '' sert de boîte aux lettres ( une case derrière la caissière permet d'y déposer du courrier).

Malheureusement, Pierre est repéré ; le 9 juillet 1941, il est arrêté à la station de métro de la Porte Maillot ; il tente de fuir, mais est blessé par balle ; puis hospitalisé et incarcéré à Fresnes.

Anne-Laure de Sallembier connaît Robert d'Harcourt, le père de Pierre et dont la mère Ghislaine est une Caraman-Chinay et sœur de la comtesse Greffulhe. Robert d'Harcourt va multiplier les démarches pour sauver son fils, à Vichy et jusqu'en Hongrie d'où la femme du ministre Kallay intervient auprès d'Hitler... Sa condamnation à mort sera commuée en déportation.

 

Lancelot revoit Brossolette qui s'est établi libraire, mais, il n'arrive pas à gagner sa confiance, peut-être du fait de sa dépendance, jusqu'à présent, de Vichy. Il est vrai qu'il est de venu difficile de se fier, même à quelqu'un que l'on connaît...

 

A Paris, depuis fin 1941, l'opinion publique a changé de camp.... « le pays tout entier a désormais le sentiment de sa servitude... Il ne sait pas encore ce qu'il veut, il sait du moins ce qu'il ne veut pas : tout ce qu'il subit. » Jean Guéhenno.

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1941 – Paris -2- Drieu la Rochelle

Publié le par Régis Vétillard

Le 13 novembre 1941, Drieu la Rochelle fait paraître ses ''Notes pour comprendre le siècle''. Ce livre a intéressé Lancelot pour sa manière intelligente et courageuse de comprendre les raisons qui ont conduit les français à ce désastre actuel. Il est courant de mettre en avant des responsabilités superficielles et institutionnelles ; Drieu préfère ici étudier la question culturelle du déclin et la renvoie à chacun : ne s'agit-il pas d'un déséquilibre du corps et de l’esprit ? Il en fait une lecture historique.

 

A la Renaissance :  « Dans les villes commence à se former la conception bourgeoise de la vie, la conception intellectuelle et rationaliste de l’homme sans corps, de l’homme assis » (p. 43). Il présente la Réforme comme une déviation du christianisme dans un humanisme rationaliste.

Un premier romantisme détache l'esprit de l'homme de son corps, dans une mystique matérialiste exaltant une vision dégradée du corps. Cependant Drieu analyse, dans le mouvement symboliste, une reprise du romantisme vers cette fois une mystique de la force par un retour au corps. Drieu apprécie – dans ce sens – Claudel ; « le cercle est bouclé, l’homme s’est reconstruit, l’âme et le corps après une si longue séparation se sont rejoints » (p. 87).

Le prophète Nietzsche, « jette un anathème écrasant et bientôt définitif sur tout le rationalisme » (p. 105).

Drieu pense que le national-socialisme peut retrouver l'harmonie médiévale : « L’homme nouveau a réuni les vertus qui étaient depuis longtemps dissociées et souvent opposées les unes aux autres : les propriétés de l’athlète et du moine, du soldat et du militant » (p. 120).

- Cette notion de force, n'est-elle pas pour le fascisme un moyen d'embrigader... ? Après tout les universités anglaises utilisent, avec plus de naturel, le culte de l'esprit dans un corps sain ; répond Lancelot.

- Et Nietzche, lui-même, n'est-il pas éloigné de cette folie raciste du nazisme ? Il fait l'éloge du cosmopolitisme européen et de ses différentes cultures grecque, romaine, chrétienne et juive. Le surhomme n’appartient pas à une race : il est un esprit libre, dégagé de la morale religieuse.

- Le fascisme au contraire du symbolisme qui vous va bien, s’absorbe totalement dans l'action. Le symbolisme s'oppose à l'idée de collectivisme... Non ?

Vous voyez le fascisme en esthète, en décadent... Vous êtes paradoxal.

A Paris, la population se sent abandonnée par Vichy... En zone occupée, Vichy semble loin, décalé, soumis.

Jusqu’en fin 1940, les parisiens pensaient voir le Maréchal revenir dans la capitale. De plus en plus de gens pensent que Pétain décide sous l'influence de son entourage ou de l'occupant. Personne ne connaît le nom des ministres, seul celui de Laval est cité, en mal.

A Paris, le préfet gère, sous les ordres des autorités d'occupation ; et l'occupant se sert, abondamment, sans restriction... Des tracts, des affichettes circulent, et imaginent toutes sortes de petites résistances. La manifestation du 11 novembre 1940, initiée par des jeunes a marqué les esprits.

Chaque parisien passe de nombreuses heures à faire la queue. Aussi, ceux qui ont les moyens, paient des coursiers pour effectuer certains achats ; ceux-ci utilisent éventuellement leur carte de priorité ( de blessé de guerre, par exemple).

Lancelot a la chance de profiter des soins d'une bonne, qui s'occupe avec beaucoup de succès de fournir l'essentiel, avec l'aide de la concierge également - personne clé où sa loge sert de lieu d'information, d'échange et de solidarité - le tout grâce aux moyens financiers de la comtesse de Sallembier et de son fils ; et des ressources alimentaires que procurent Fléchigné. Une chose est très difficile à dompter, c'est le froid.

 

Par ce froid février 1941, la proposition faite à la France occupée, est la ''nouvelle Europe'' et à l'appui une Exposition : « La France européenne » inaugurée le 6 juin 1941 à Paris au Grand Palais ; avec réception pour le grand monde. Anne-Laure de Sallembier est invitée avec les personnalités féminines que sont la princesse de Polignac, la comtesse de Chambure ou la duchesse de Noailles qui se pressent également aux galas organisés par Otto Abetz. Fernand de Brinon qui représente le gouvernement français auprès des allemands mène la grande vie, et retrouve régulièrement Josée de Chambrun, la fille de Pierre Laval. Que ce soit lors de premières au théâtre et à l'opéra, ou de grands dîners, les habitués peuvent croiser Otto Abetz et sa femme, Gerard Heller, Ernst Jünger, de nombreux militaires allemands avec les Cossé-Brissac, la duchesse d'Harcourt, le prince de Beauvau-Craon, les Dubonnet, les Morand, le couple Brinon, Jean Luchaire et sa fille Corinne, Arletty, Cocteau, Sacha Guitry...

 

Par exemple, Lancelot put retrouver Jean Luchaire au faite de sa gloire, lors d'une grande soirée en l'honneur du 100ème numéro de son journal ''Les Nouveaux Temps'' et où fut conviée la haute société parisienne ainsi que des personnalités allemandes comme son ami Otto Abetz, ou Ernst Achenbach, le Dr Schleier et le Dr Michel.

 

Lancelot s'est entretenu avec Gerhard Krüger (1908-1994), personnage assez antipathique qui ne tient à parler qu'allemand. Il se présente comme historien, adhérent du NSDAP, et qui défend une spiritualité païenne face à un christianisme qui pour '' l'être allemand'' serait une aliénation. Plus intéressant, il relate comment Hitler a ordonné - après l’Anschluss de l’Autriche au Reich nazi en 1938 – que les insignes impériaux (Regalia) soient rendus au Reich à Nuremberg. Ces '' Reichskleinodien'' sont composés en particulier de la couronne impériale qui a peut-être été portée par Otton Ier ( Xe s.), et de la Sainte-Lance ( de Longinus) obtenue par Henri Ier de Germanie ( père d'Otton, et grand-père d'Hugues Capet...!). "Ce sont les reliques du Reich..."

Hitler devant les Regalia - 1938

Himmler avec la lance de Longin

 

Il est possible également de se retrouver lors de la réouverture de la saison hippique de Longchamps ; vous y croiserez certainement Geneviève Fath, la comtesse d'Oncieu de Chaffardon, la baronne de Beaufort, ou la comtesse de Monjout... Enfin, vous serez peut-être sur la liste des invités de la réception organisée par la Comtesse de Beaumont dans son magnifique jardin parisien.

Si on accepte de se tenir éveillé, de partager un tant soit peu le quotidien des français ; on sent que l'hiver 1940-1941 est dur. Il fait très froid et il n'y a plus le chauffage central, Lancelot a la chance que Louise puisse lui préparer de l'eau chaude dans un pichet de faïence. Chacun vit la difficulté pour se chauffer, mais aussi pour se nourrir... Avec de la chance, sans ticket, on peut avoir des sardines salées de Tunisie, des légumes au vinaigre, des abricots sucrés... On dit que les poils du lupin peuvent remplacer le café...

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1941 – Paris –1– Drieu la Rochelle

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot remonte vers Paris, en passant par Royat, à l’Hôtel Saint Mart où il rencontre le colonel Bonotaux du SMA, puis par Vichy. Il utilise le train spécial Paris-Vichy qui, deux fois par semaine, fait la liaison pour les ministres et les fonctionnaires qui s'arrête à la gare de Moulins-sur-Allier, point de passage de la ligne de démarcation en train.

Passer la frontière, à Moulins, ce n'est pas ordinaire, surtout pour Lancelot qui n'est pas encore retourné à Paris, depuis la défaite... Des soldats allemands, surgissent dans les wagons, vident les couloirs et réclament poliment dans chaque compartiment, les ''ausweis'' ( laisser-passer).

Selon la couleur, on reconnaît des ausweis, pour un voyage, ou plusieurs. Certaines catégories de personnes, bénéficient d'un ausweis permanent, comme Lancelot.

Les habitants de Moulins, peuvent présenter au poste de passage, un Ausweis für den kleinen Grenzverkehr (laissez-passer pour la petite circulation frontalière) provisoire... En règle générale, l'ausweis est très difficile à obtenir...

 

A la gare, la mère de Lancelot l'attend, seule, sans voiture ; et lui fait la surprise d'une promenade en vélo-taxi.

Qu'il semble étrange d'arriver à Paris, pour quelqu'un comme lui qui l'avait quittée avant l'armistice, et d'y reconnaître sa ville, vide, dans les mains d'allemands qui se sentent chez eux. Des drapeaux nazis ont remplacé les couleurs françaises. Les horloges, même, sont à l'heure allemande, plus matinales d'une heure.

Par crainte que l'automobile soit repérée et réquisitionnée, elle ne sert plus qu'aux alentours de Fléchigné.

Lancelot occupe avec sa mère un appartement rue Victor-Hugo ; avec eux également, une ''bonne'' - Louise M. - qui s'était déjà occupée de Lancelot quand il allait au petit-lycée Janson de Sailly.

 

La nuit, Paris est plongée dans l'obscurité et le silence, humiliée.

Abetz offre à Drieu le rôle culturel qu'il envisage pour lui, afin de servir les vainqueurs. C'est à la tête de la prestigieuse NRF, que Drieu revient ; après s'en être écarté reprochant à Paulhan de soutenir des écrivains communistes. Gallimard accepte, pour sauver la « maison » ; et un premier numéro est paru en décembre 1940.

Une ''liste Otto'' juge subversifs 850 auteurs et 2000 titres, et appelle à les faire disparaître des rayons de librairie.

Drieu la Rochelle

 

Lancelot retrouve Drieu, non pas, comme il l'imaginait, en homme satisfait, à la tête de la Nouvelle Revue Française, mais en homme frustré de se retrouver, déjà, dans une voie sans issue... Faute de pouvoir faire l’œuvre littéraire qu'il imaginait, il aimerait, dit-il, être l'éminence grise d'un fascisme français ; qu'il ne voit pas dans ce Vichy pauvre et triste, et qui présente les mêmes tares que la France de gauche, qu'il a remplacé. « Peu de fascisme, peu de vie ! ».

 

Par l'intermédiaire de Drieu, Lancelot croise Otto Abetz, il l'avait rencontré en 1930, chez Jean Luchaire, quand se montait le projet de Sohlberg. Puis, ce professeur de dessin au lycée de Karlsruhe, a rejoint le NSDAP (1935) et animé le Comité France-Allemagne grâce auquel il a travaillé et sympathisé avec Drieu la Rochelle. Marié avec une française, Abetz s'est senti humilié quand il fut expulsé en début d'été 1939 par le gouvernement Daladier. A présent, il revient à Paris avec le titre d'ambassadeur du Reich à Paris.

Pétain - Abetz - Laval

Drieu a senti qu'Abetz n'avait pas vraiment confiance en Lancelot, qu'il rattache ( après Daladier...) à Vichy et à ses services de renseignements... Drieu, dit-il, tente de persuader les ''occupants'', de ne pas pratiquer ce qui fut une erreur de la France envers l’Allemagne. Il tente de convaincre Abetz, qui fait semblant de le comprendre, que le redressement de la France dans le cadre d'une nouvelle Europe pourrait être un modèle pour les autres nations. Drieu envisage un parti unique, avec Doriot à sa tête. Les allemands se méfient d'un parti unique, et préfèrent plutôt jouer des divisions internes du pays.

Drieu raconte à Lancelot son invitation à l’ambassade d'Allemagne le 15 août 1940, seul au milieu de dignitaires allemands ; sa gêne, son angoisse même, d'être en pareille compagnie...

Lors du retour des cendres de l'Aiglon, Drieu était aux premières loges, savourant la rencontre d'un Napoléon et d'un Hitler.

Mais Drieu semble déjà désabusé : il méprise '' le vieux '' conservateur de Vichy ( Pétain); et se rend compte que les allemands n'envisagent pas de ''relever'' la France...

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