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1944 - Les Yeux d'Elsa.

Publié le par Régis Vétillard

Geneviève

Lancelot reconnaît dépendre de plus en plus de Geneviève. Son désir, ses sentiments, son esprit sont résolument tournés vers elle.

Sur fond de crise à la Comédie Française, Lancelot, sa mère et Geneviève, assistent à une soirée en hommage à Molière. En fin de soirée, on parle beaucoup de Raimu qui va jouer dans le Bourgeois Gentilhomme. De nombreux artistes sont là, des chantres de la collaboration ( opposés à la politique actuelle de l'administrateur Vaudoyer) et des gradés de la Wehrmacht. L'officier allemand, amoureux de Geneviève est présent. Après une rapide inclination, il l'enlève et la tient fermement à ses côtés, malgré les regards désespérés de la jeune femme vers Anne-Laure et Lancelot.

Après avoir bu sa coupe, la Comtesse de Sallembier, s'approche du groupe des officiers allemands et prie, en allemand, de laisser Mademoiselle Geneviève T. libre d'être raccompagnée chez elle ; le militaire s'incline..

Georges Duhamel, offre à Lancelot, deux fascicules publiés en Suisse par Albert Béguin. Il s'agit de recueils de Poésies de Louis Aragon, Les Yeux d'Elsa, et Brocéliande. Il lui parle en particulier de Béguin ; et souhaite qu'après la guerre, il puisse le rencontrer.

 

Albert Béguin dirige depuis 1942, Les Cahiers du Rhône, dans lesquels il publie la poésie d'Aragon, de Paul Éluard, Saint-John Perse, Jules Supervielle, Pierre Jean Jouve et Pierre Emmanuel. Il est professeur à l’Université de Bâle, en Suisse, et spécialiste, entre autres, du romantisme allemand, de Balzac et de la poésie médiévale; ce qui, s'apparente beaucoup au goûts mêmes de Lancelot.

 

''Les Yeux d'Elsa'' ont pu être diffusés en zone libre avant que l’armée allemande ne déferle dans le sud. Aragon s'était passionné pour la poésie française des origines, avec ses chansons de geste, romans courtois, poèmes des troubadours et des trouvères.

Elsa Triolet

Ainsi, Lancelot découvre en feuilletant l'ouvrage, des poèmes comme ''Chanson de récréance '', "Richard Coeur-de-lion" écrit en juin 1941, alors qu'Aragon et Elsa, avec Georges Dudach, arrêtés au passage de la ligne de démarcation, sont incarcérés à Tours, jusqu'au 17 juillet ; ou '' Lancelot '' chevalier de son pays.

 

En préface : '' Arma virumque cano ... '' (de Virgile, Eneide ) , ou '' « Je vais chanter la guerre et celui ( celle) qui...» allusion donc à la guerre, et à la France ( ou à Elsa). Tout lecteur, sait, censure oblige, qu'un texte peut en cacher un autre.

Dans le poème ''Les yeux d'Elsa'' ; Lancelot pense, aussi, à ce guerrier allemand amoureux, sans-doute désespéré : « Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire/ J’ai vu tous les soleils y venir se mirer / S’y jeter à mourir tous les désespérés... »

Les nuits, évoquent la guerre, de 14 à 40, « le bruit retrouvé du canon. » et la patrie perdue au travers des femmes aimées. L'occupation, c'est l'exil d'un temps qui n'est plus. Et les fêtes galantes ne sont qu'un carnaval de voyous-voyeurs.

Encore ce personnage de Peter Schlemihl ( Chamisso), qui vend son âme au diable, contre son ombre. Et ce chevalier, traversant le pont de Cé, soumis aux épreuves, et abandonnant ses armes.

Place aux ''plaintes'' : « Rien ne pourra calmer ce pauvre coeur vieilli / Et ni d'avoir perdu Victoire et mon pays. » ( Victoire est aussi la femme Vittoria ). Plainte pour les fusillés, des communards, et d'aujourd'hui.

L'amour du chevalier s'adresse au pays : « En étrange pays dans mon pays lui-même / Je sais bien ce que c’est qu’un amour malheureux. »

La Chanson de récréance, est pour le chevalier qui se rend à ''merci'' et se détourne de ses devoirs de chevalier pour s'adonner à l'amour ( comme Erec, amant d'Enide). Heureux temps, malgré tout. Richard cœur de lion, au retour de croisade, prisonnier, sauvé et reconnu grâce à une chanson, par son ami Blondel. «  Tous les Français ressemblent à Blondel / Quel que soit le nom dont nous l’appelions / La liberté comme un bruissement d’ailes / Répond au chant de Richard Coeur-de-Lion. »

Autre troubadour : Alain Borne, comparé à Bertrand de Born. « Vous me faites penser à ce poète qui s’appelait Bertrand de Born presque comme vous.

Alain Borne un pays sans borne / Ressemble à votre poésie / Où des demoiselles choisies / Comme au beau temps de l’unicorne / Attendent un Bertrand de Born.

Qui leur chante les raisons de vivre et d’aimer les raisons d’aimer et d’en mourir songez-y. »

Aragon, se dit : « Je suis ce chevalier qu'on dit de la charrette » ( Lancelot )

Le cantique à Elsa, est un chant religieux, en ce que l'amour est une religion.

À la fin de « Ce que dit Elsa » c'est par sa bouche, la pratique du double sens : « Tu me dis Si tu veux que je t’aime et je t’aime / Il faut que ce portrait que de moi tu peindras / Ait comme un ver vivant au fond du chrysanthème / Un thème caché dans son thème / Et marie à l’amour le soleil qui viendra. »

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1943-44 – La vie continue.

Publié le par Régis Vétillard

D'après la presse, Daladier, Blum et Gamelin, auraient été amenés en Allemagne. Les examens des étudiants pourraient être supprimés, ou réduits... On craint que ce soit pour les recruter en Allemagne. Les uniformes verts sont moins présents dans les rues.

Drieu se prépare pour un voyage en Suisse. Il y verra de Jouvenel. Y restera t-il ?

« Les communistes soutiennent De Gaulle contre les américains. Tout présage le succès du communisme.» annonce t-il.

Sur '' Radio-Paris'' Hérold-Paquis dans sa chronique, décrit l'arrivée, à Alger, du communiste André Marty ( venu de Moscou), comme l'annonce d'une répression sanguinaire.

En Afrique du nord, se joue le destin de la France et Giraud soutenu par les américains, aurait laissé la place à De Gaulle.

''Le Matin'' du 18 septembre 1943, annonce « la condamnation à mort de Pierre Pucheu, ancien ministre de l'Intérieur du défunt Darlan » avec ce titre : '' Rien ne sert de trahir...''. Le bruit avait couru qu'il avait rejoint Giraud.

 

Durant l'été 1943, un million d'exemplaires du 6ème et dernier tract de la Rose Blanche, ont été dispersé sur le territoire allemand, par l'aviation anglaise. Ainsi, ce n'est pas la ''Pierre'' qui a été lâchée sur l'Allemagne, mais les pétales de la ''Rose''...

Cependant les recherches de la Pierre, sont toujours en cours; et entretiennent dans le public, la crainte du cataclysme nucléaire...

 

Daniel-Rops

Le 20 juillet 43, l'entière édition de '' L'Histoire sainte – Le peuple de la Bible '' de Daniel-Rops ( Fayard) a été saisie et détruite par la Gestapo ! Trois jours avant, un article de René Gerin (*), dans le journal collaborationniste L'Œuvre de Marcel Déat écrivait : « Dans sa conclusion. M. Daniel-Rops, s'en tenant au seul plan historique, développe trois observations. Il s'étonne, d'abord, qu'Israël ait traversé les siècles sans jamais disparaître : « Jusqu'à nos jours, déracinée de sa terre, dispersée dans le monde, la race héritière et infidèle continue son existence indestructible, comme une écharde dans la, chair vive des nations, qu'elle inquiète et qu'elle oblige à s'interroger. » En second lieu. M. Daniel-Rops marque le caractère progressif du développement de cette histoire, depuis le monothéisme d'Abraham jusqu'au principe de la loi de Moïse, et à la métaphysique et à la morale des prophètes, qui préparent le christianisme. Troisième observation : le témoignage d'Israël, si grand qu'il soit, apparaît Inachevé. Pour lui trouver sa conséquence logique, M. Dandel-Rops répète avec saint Paul : « Finis enim Legis, Christus » ( Christ est la fin de la loi) et, avec Pascal : « Jésus-Christ, que les deux Testaments regardent, l'Ancien comme son attente, le Nouveau comme son modèle, tous deux comme leur centre. ».

(*) René Gerin, est membre, comme Robert Denoël, de ' La Ligue de pensée française ', une organisation de gauche plutôt favorable à la collaboration avec l'Allemagne.

 

René Barjavel

Paru en mars 1943, chez Denoël, « ''Ravage'' de M. René Barjavel porte en sous-titre : roman extraordinaire. En effet, et Dieu merci, l’action n’en est pas ordinaire. Elle se passe en l’an 2052. La civilisation matérielle est arrivée à un stade que chacun peut imaginer comme il lui plaît et que M. René Barjavel Imagine, lui, avec un humour féroce, d’autant plus féroce qu’il ne sera peut-être pas toujours perçu. Par exemple, quand il glisse une phrase de ce genre : « La technique du plastec (un nouveau matériau) avait permis de pousser très loin l'imitation de la nature, objet suprême de l'art. » Suit la description d’une statue des temps futurs qui imite la nature... à fond, si j’ose dire! Je recommande aussi la page où il est question des biftecks aux pommes, débités en série : viande et légumes artificiels, bien entendu, les biftecks sont taillés élans une « mère » qui se reconstitue au fur et à mesure. Bref! c’est le triomphe de la rationalisation. Et brusquement la catastrophe. » La Croix du 15 mai 1943. Ce journal regrette le traitement que l'auteur fait du christianisme, et de l'image du Christ dans un asile d'aliénés.

Dans ''Je suis Partout '' du 24 septembre 1943, commence la parution en feuilleton du nouveau roman '' extraordinaire '' de Barjavel : le Voyageur Imprudent.

 

Le 11 octobre 1943, Lancelot et sa mère assistent à la première de ''Sodome et Gomorrhe'', pièce de Giraudoux, au théâtre Hébertot, avec Edwige Feuillère et Gérard Philipe . Beaucoup de monde. Ils croisent Valéry, accompagnée de sa femme Jeannie, qui se plaint de la longueur des tirades.

Dans le thème repris de la Genèse - Sodome serait sauvé par la présence d'un couple uni, à défaut de dix justes - Lancelot y voit la description d'une fin du monde, représentée par un divorce entre l'humain et la nature, et ici, entre l'homme et la femme. C'est vrai, cette pièce est difficile, sombre.

Anne-Laure a rencontré Giraudoux à plusieurs reprises, en particulier avec le Dr Karl Epting de l'Institut allemand, qui obtenait pour divers écrivains ( comme François Mauriac) des titres de libre circulation entre les deux zones.

Giraudoux fuyant le foyer morose d'avec son épouse Suzanne, habite à l'hôtel. Il a rompu avec sa maîtresse de 1936, qui n'est autre que Jeanne L.

Quelle surprise de de voir publier chez Denoël un ouvrage de Lanza del Vasto, Le Pèlerinage aux sources ; un récit de son voyage aux Indes et de son expérience auprès de Gandhi et de maîtres indous.

 

Le peintre Maurice Denis - catholique, proche de l’Action Française - a été tué par une automobile boulevard St-Michel. Il avait démissionné du ''Comité d'organisation professionnelle des arts graphiques...'' en évoquant qu'il préférait travailler dans un «  régime de la liberté ». Il avait même rejoint avec des communistes le Front national des arts. Anne-Laure de Sallembier, se rend à ses obsèques à l'église paroissiale de Saint-Germain ( 19 nov 43). M. Denis, très attaché à Bergson, était dans son esthétique symboliste très proche des intuitions du philosophe. A partir de ces deux personnalités, nous pourrions évoquer, le temps, la durée, l'image mentale, l'intériorité, le signe et la figure du féminin...

 

Le dimanche 9 janvier 1944, Anne-Laure et Geneviève emmènent Lancelot au Cinéma pour marquer son anniversaire ( le 10 janv.). Elles ont porté leur choix sur '' le Colonel Chabert'' avec Raimu et Marie Bell, au Cinéma Marivaux. Lancelot et sa mère sont des passionnés de Balzac. Plusieurs adaptations ont servi ce romancier, dont la Duchesse de Langeais en 42. Le décalage historique, la romance permettent d'échapper au contexte de l'occupation.

Le spectateur s'attendrit sur le destin de Chabert ( bien servi par Raimu ) ; bien sûr ; mais, dans le film sa femme se retrouve dans l'obligation de défendre ses enfants et sa famille ( influence sans-doute de la politique familiale de Pétain). Nous entendons Raimu glorifier sa patrie ; et nous l'entendons conclure bizarrement : « Pour famille, la France. Pour père, l’empereur ! Ah !... s’il était là, celui-là ! Il n’aurait pas permis ! Notre soleil s’est couché ! Nous avons tous froid maintenant ! » . Cependant, n’apparaît pas à l'écran, le bellicisme de Napoléon, ni lui-même.

Si ce n'est le plaisir de voir les acteurs, d'apprécier la reconstitution de l'époque Restauration, d'être au cinéma face à la charge d'Eylau ; l'adaptation littéraire semble bien pauvre en comparaison du roman.

 

Jacques Bergier restait discret sur ses activités ; mais Lancelot sut qu'il fit passer certaines informations reçues à Londres, qui concernaient la base de Peenemünde - dans l’île d’Usedom au nord de l’Allemagne, sur la mer Baltique - où s’effectuaient les études et les expérimentations de fusées V2 ( V pour Vergeltungswaffe – arme de représailles) et d’après les rumeurs qui circulaient, devait effectuer une destruction totale dans un rayon de vingt kilomètres lors de son impact.

Un raid aérien britannique sur Peenemünde est organisé la nuit du 17 au 18 août 1943.

Jacques Bergier a été arrêté le 23 novembre 1943, à Lyon, par la Gestapo, et déporté à Mathausen.

Dans le journal ( La Croix du 6-janvier-44), Lancelot apprend la disgrâce du général de La Porte du Theil : il avait participé à la création des ''Chantiers de la jeunesse'' en souhaitant y insuffler les ''valeurs militaires''. Quelques jours plus tard, des personnes bien informées annoncent qu'il a été arrêté par la Gestapo. Dans le même journal, en deux lignes, le lecteur apprend que la « G. Q. G. du nouveau commandement suprême « allié » pour l'invasion de l'Europe à l'Ouest, sera établi à Londres. » Chacun, croît à l'offensive alliée; et qu'elle sera victorieuse, mais quel en sera le coût humain ?

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1943 - La Pierre et La Rose Blanche

Publié le par Régis Vétillard

A l'occasion de lectures et de préparations de synthèses scientifiques, l'intimité qui s'est établie entre Lancelot et Geneviève, passent de l'esprit au corps. Cette nouvelle situation pourrait être simple et heureuse, si Geneviève ne pouvait cacher un évènement récent dont elle jure d'en avoir été la victime. Depuis, deux ou trois mois, un officier allemand la poursuit de ses attentions. La semaine dernière, Geneviève a accompagné l'officier; dans une soirée dont elle ignorait le contenu. Dans un appartement cossu et bien chauffé, deux jeunes femmes françaises étaient les compagnes de deux allemands. Finalement, la soirée joyeuse et arrosée, s'est achevée, à deux, dans une chambre. Elle se souvient à peine de cette relation forcée. Elle regrette tant !

Werner Heisenberg

 

Par l'intermédiaire de l'équipe de Gentner, Anne-Laure de Sallembier reçoit une copie d'un manuscrit du physicien allemand, Werner Heisenberg de l’Institut de Physique Kaiser-Wilhelm de Berlin. Des scientifiques français souhaiteraient en avoir la traduction.

Werner Heisenberg fait partie avec Louis de Broglie, Schroedinger, Pauli, Dirac, Eisntein... de ces physiciens qui ont fait de la théorie des quanta, ce que l'on a appelé : la mécanique ondulatoire.

Nous savons que les nazis, en 1941, s'en étaient pris grossièrement à Heisenberg, en le traitant d' « Ossietzky de la physique » ( Ossietzky était un pacifiste, opposant nazi et Nobel de la paix 1936) parce qu'il enseignait la relativité. L'Allemagne, ne pouvant se défaire de tous ses savants, il fut réhabilité ; et même utilisé comme éminence culturelle, pour gagner des élites du Danemark, de Pologne, des pays-Bas à la collaboration.

 

Kurt M. a fait partie de ces militaire de la Wermacht qui ont constitué l'équipe de Gentner au Collège de France. Gentner - jugé trop proche des français - a été rappelé en Allemagne ; mais son équipe est restée et remplacé par Wolfgang Riezler, et Herbert Jensen ( que Gentner a présenté comme un ami) . Ni Anne-Laure, ni Lancelot, n'avait rencontré Kurt M. Un matin, en civil, l'homme se rend à leur domicile. Après qu'il se soit présenté, et donné suffisamment de détails sur les personnes dont il se réfère, il prie la comtesse de l'écouter. La Gestapo est chargée aujourd'hui même de l'arrêter. Il assure avoir pris ses précautions, pour ne pas avoir été suivi; et après s'être exprimé; il disparaîtra ne voulant à aucun prix leur attirer des ennuis.

Après que sa mère ait accepté de le recevoir, Lancelot découvre l'homme et avec stupeur reconnaît celui qu'il avait secouru au château d'Uriage. Il s'était nommé '' Lithargoël '', n'avait laissé de sa présence que deux cartes du tarot ( le Fou et l'Empereur) ; et semblait être à la recherche d'une pierre ; pourquoi ? «  Nur die Rose kann... ( Seule la rose peut...) avait-il ajouté. Le matin, il était disparu. ( voir : L'Ecole d'Uriage -3- Lithargoël - Les légendes du Graal (over-blog.net) )

L'homme parle très mal le français, et préfère s'exprimer en allemand.

 

Kurt Müller a fait une partie de ses études avec Werner Heisenberg à l’Institut de Physique Kaiser-Wilhelm. Avec d'autres jeunes gens, ils ont des contacts avec des étudiants de différentes universités allemandes, dont Munich où ils ont fondé un mouvement de résistance appelé ''Die Weiße Rose'', la Rose Blanche. L'idée était d'organiser les mêmes actions, et distribuer des tracts dénonçant la guerre, le sort des juifs et le régime nazi. L'objectif est de provoquer une prise de conscience.

Heisenberg lui-même est au courant de l'initiative de ces jeunes, et prononce à dessein les mots de « Weiße Rose » quand il peut... Il fait d'ailleurs allusion au mouvement dans le manuscrit qui vous a été remis.

Müller est incorporé en février 1943 dans la Wehrmacht en France dans le cadre du service militaire.

Kurt M. tient à faire savoir que plusieurs scientifiques allemands, dont Gentner, mais aussi Walther Bothe qui construisent à Heidelberg, le premier cyclotron allemand, empêcheront toute utilisation militaire par les nazis. W. Bothe fait partie du projet allemand d’énergie nucléaire, également connu sous le nom d’Uranverein (Club de l’uranium). De plus, Gentner tient informé de l'état de ce programme son collègue physicien suisse Paul Scherrer qui fait passer l'information aux américains.

Lancelot l'interroge sur le physicien Von Weizsäcker, dont on dit que protégé d'Heisenberg, il serait très engagé pour fabriquer l'arme nucléaire ? Kurt assure qu'ils ne travaillent pas pour faire la bombe ; l'équipe d'Heisenberg est engagée sur la voie de la connaissance ; ils tachent de savoir si des réactions en chaîne sont possibles. D'ailleurs, l’économie de guerre allemande serait incapable de mobiliser les ressources nécessaires.

L’équipe de la Rose blanche. De gauche à droite  Hans et Sophie Scholl et leur ami Christoph Probst. Juillet 1942

 

Malheureusement - la presse allemande faisait déjà état du “dangereux état d’esprit” de la jeunesse estudiantine – nous avons appris « le procès de trois étudiants. Christoph Probst, Hans Scholl et Sophie Scholl, le 22 février 1943, condamnés à mort et exécutés à Munich pour la diffusion de tracts anti’hitlériens. Deux ouvriers de Freiburg. coupables de ne pas les avoir dénoncés. et une femme de Stuttgart qui leur avait fourni des fonds, ont été condamnés à 10 ans de prison. Ces étudiants étaient les fondateurs de ''la Rose Blanche ».

Thomas Mann vient de saluer à la BBC ces « courageux et magnifiques jeunes gens ». « Vous ne serez pas morts en vain, vous ne serez pas oubliés ».

A présent, nous avons le projet de faire disperser par l'aviation anglaise, sur le territoire allemand, des exemplaires du 6ème et dernier tract de la Rose Blanche. En voici la copie, nous savons que vous avez la possibilité de le faire passer en Angleterre.

 

Anne-Laure de Sallembier fait la transposition des paroles de Kurt M. avec ce qu'elle sait et peut, elle, en dire :

La pierre représente la bombe, et la rose la connaissance. Heisenberg expliquait que la motivation de ses recherches, n'étaient pas la pierre, mais la rose blanche. Le pierre sert à construire, mais aussi peut être utilisée comme une arme.

Les pierres ne sont pas des masses inertes ; elles peuvent être liées au ciel, d'où elles tombent. La pierre du Graal est tombée du front de Lucifer.

De la pierre peut naître la vie, Les évangiles parle de la transformation de pierre, en pain.

La rose peut être l'image de l'âme, de la connaissance pure ( blanc), de l'amour de la connaissance.

La rose blanche, pour un alchimiste renvoie au ''petit œuvre'', le premier pas vers la pierre philosophale ( l’œuvre au rouge)

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La machine idéale : la chaleur, une énergie disponible.

Publié le par Régis Vétillard

le Petit Journal - 4 février 1943

Geneviève se passionne pour les sciences physiques ; elle est assez étonnante à persévérer, au-delà du raisonnement expérimental, dans sa traduction mathématique. Elle remplit d'une écriture soignée, des pages de calculs, assimilant le calcul différentiel et intégral. Elle a plaisir à côtoyer les infiniment petits et leurs variations. Geneviève est aussi de plus en plus présente auprès de Lancelot, elle l'accompagne dans ses laborieuses et fatigantes sorties dans Paris. Il est reconnaissant, à sa mère, mais aussi à Geneviève, de lui faire oublier, non pas la guerre, mais la défaite. Il sent poindre à présent, les beaux jours.

Lancelot interroge sa mère, sur cet officier allemand, qui pressait de près Geneviève. Anne-Laure, ennuyée d'avoir été la cause de cette rencontre, a abordé ce sujet avec elle ; et, la sent très gênée d'en parler. Elle croit comprendre qu'il se dit très amoureux d'elle; il est très attentionné, mais elle n'éprouve aucun sentiment pour lui. Elle espère pouvoir terminer cette relation très vite.

La mère de Lancelot, pense, que vis à vis d'elle, il serait juste que Lancelot se décide à clarifier ses propres sentiments.

Conference de Téhéran_1943

 

La défaite de l'Allemagne devant Stalingrad ( 2 février 1943) - Les américains en Afrique du Nord ... - Roosevelt, Churchill et Staline – se rencontrent à Téhéran en novembre 1943 .

Chacun attend la nouvelle d'un débarquement massif des anglo-américains ; c'est ce que, les bombardements sur Rouen, Rennes, Le Mans, signifieraient. 

Si nous prenions beaucoup de hauteur dans le temps, pourrions penser que la guerre est une loi de la nature ? Allons encore plus loin et interrogeons-nous ( plus tard...) sur l'hypothèse que le conflit pourrait être '' une réaction à la croissance de l’entropie irréversible que subit toute structure en non-équilibre thermodynamique. ''

 

Revenons à Pierre de Launay, et à sa présentation toute personnelle et passionnée, des fondamentaux de la thermodynamique.

Il fait très froid. Économiser l'énergie devient un objectif primordial lorsque les ressources en bois et en charbon s'épuisent, comme en ce temps de guerre.

'' La chaleur est une énergie qui est à notre disposition...'' En 1943, il est difficile d'entendre pareille chose, alors que tous les parisiens souffrent, l'hiver, de froid !

Dans tout corps, les molécules bougent et créent une énergie sous forme de chaleur. Cette énergie pourrait être canalisée, à l'aide d'une machine...

Pour réfléchir à cela, il nous faut revenir à Sadi Carnot (1796-1832). A l'époque, les ingénieurs sont sollicités pour déterminer quelles sont les conditions dans lesquelles une machine thermique produit ''le plus'' en consommant ''le moins''.

Sans entrer dans le détail de fonctionnement d'une telle machine, tentons de comprendre quelques principes.

Les principes de la thermodynamique ne sont pas encore posés. Mais, déjà, pour Carnot, la chaleur est un fluide et non un combustible ; « La puissance motrice est due, dans les machines à vapeur, non à une consommation réelle de calorique, mais à son transport d'un corps chaud à un corps froid (…) Il ne suffit pas, pour donner naissance à la puissance motrice de produire de la chaleur : il faut encore se procurer du froid, sans lui, la chaleur serait inutile. » ( Réflexions... 1824)

 

C'est cette circulation d'énergie thermique depuis la source chaude vers la source froide qui va être converti en travail.

Sa machine ''idéale'' comprend

- Un cylindre fermé ( parfaitement isolé), avec dedans : une ''substance agissante'' : un gaz.

- Un piston mobile ( sans frottement) son déplacement nous permet de récupérer un travail.

- Un corps chaud ( un foyer...),

- un corps froid ( un condenseur).

Le gaz va être chauffé par une source chaude et refroidi par une source froide. Les changements de température sont causés également par l'expansion et la compression du gaz.

Un exemple de cycle de piston, dans lequel il manipule la chaleur afin d'effectuer un travail utile

De Launay, grâce à une petite animation en papiers de couleurs, énonce à la petite assemblée la litanie de la magie du ''cycle de Carnot'' : « Le gaz est compressé fortement, sa pression et sa température augmentent : la pression du gaz est alors supérieure à la pression atmosphérique, le piston veut revenir en arrière pour équilibrer, la température du gaz aura tendance à diminuer puisque le volume augmente ; mais si j'apporte une source chaude le gaz légèrement plus froid va récupérer de l'énergie, la température du gaz ne varie pas, sa pression diminue peu, le piston continue de reculer. A ce moment, je supprime la source chaude, le gaz a un gros volume, à haute pression, pour équilibrer la pression le piston continue de reculer mais n'ayant plus d'apport d'énergie de la source chaude, la température et la pression diminuent fortement. Nous arrivons au point où le gaz a un gros volume à faible température et à faible pression, et le piston repart dans l'autre sens pour équilibrer la pression avec la pression atmosphérique. A présent, j'ajoute la source froide, le gaz se comprime mais sa température ne change pas car il refroidit par la source froide, la pression augmente très peu, le piston continue de reculer. Arrive le moment où je coupe la source froide, le gaz a un petit volume à faible température et à faible pression ; à ce moment-là le gaz va être comprimé par le piston pour revenir au point de départ; c’est à dire à un petit volume à haute température. » Le ''bidouilleur'' de génie regarde chacun. C'est magique ! Le physicien nous prévient : cette machine idéale n'existe pas. Cette façon cyclique de convertir de la chaleur en travail mécanique, a ses limites et ses pertes d'énergie...

 

- Une machine thermique peut-être un moteur, ou un système à produire de la chaleur.

- Si une machine peut nous chauffer, pourrait-on inventer une machine à faire du froid ?

- A priori oui... Imaginons notre fluide qui conduit la chaleur... S'il est plus froid que l'intérieur de la machine, la chaleur va passer du chaud au froid, le fluide se réchauffe, et l'intérieur de la machine se refroidit... Le sens des transferts thermique n'est alors pas naturel, et il est possible que si l'on fournit de l'énergie au système.

Ce fluide pourrait être un gaz ; et nous savons qu'un gaz fortement comprimé, qui ensuite se détend a pour conséquence de le refroidir... Seulement comprimer très fortement ce gaz ( pour ensuite le détendre) , libère de la chaleur qu'il faut évacuer...

- Donc inversement ; si on confine dans un espace, cette évacuation de chaleur, on refroidirait l'extérieur... ? Ne serait-ce pas une piste pour nous faire une machine à faire du chaud. Resterait à voir, si ce serait économique... ?

De Launay, en est persuadé, la Thermodynamique est la science du futur : science de la chaleur, et science des grands systèmes en équilibre.

Nous aurions deux certitudes à effet négatif : l'augmentation de l'Entropie, et les limites de notre planète. A effet positif, nous bénéficions de la chaleur, de l'énergie du soleil ( infinie, à notre échelle) et un univers en expansion ( assez vaste pour y rejeter ce que la vie ''dissipe''.)

Notre planète est une machine thermique ; elle mériterait pour sa sauvegarde d'être pilotée par un gouvernement mondial, pour une gestion optimale des crises... De Launay, parle de dissiper de l'énergie avec efficacité ; et imagine un même vocabulaire pour les sciences dures et les sciences humaines...

 

A ce moment de ce parcours scientifique ; il me paraît essentiel de parler d'Albert Einstein ( 1879-1955)

C'est devant l'entrée du Grand hôtel Curhaus de Davos, que Lancelot avec Elaine, rencontrèrent le grand physicien et prix Nobel, Albert Einstein ; c'était à l'occasion des Cours universitaires de Davos, de 1928. Il se souvient en particulier de ces échanges entre Albert Einstein et Paul Tillich.

C'est ici : 1928 Davos - 2 - Albert Einstein et Paul Tillich - Les légendes du Graal (over-blog.net)

et 1928 Davos - 3 - Albert Einstein et Paul Tillich

 

Rappelons-nous :  « Il n’y a plus rien à découvrir en physique ­aujourd’hui. » ( Lord Kelvin, 1900), éventuellement quelques précisions à faire... Sur la composition de l'éther, par exemple...

Les communications, les transports, l'énergie avec l'électricité … Tout était à portée.

Pourtant, tout ceci, ne concernait que le monde macroscopique, et à échelle humaine. La structure de la matière, demeurait inconnue.

Jusqu'à ce que Einstein révolutionne la physique... !

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Quel lien entre la Réalité et la théorie physique ?

Publié le par Régis Vétillard

Frédéric Joliot

Frédéric Joliot, au sein de l'université, mène une vie clandestine qui s’avérera critique par la présence d'un agent double... Ses rencontres avec d'autres intellectuels, les entraînent à réfléchir aux conséquences de découvertes comme la fission de l'atome. Certains sont attirés par le régime soviétique.

Joliot travaille sur le cyclotron ; il prépare les '' jours d'après '' et prévoient la construction de ''générateurs de projectiles transmutants'', et la formation des hommes qui devront les fabriquer.

Il republie des notes sur les réactions nucléaires, et la radiobiologie.

Joliot est persuadé que les allemands ne sont pas prêts à fabriquer une bombe nucléaire, ils ont fait peu de progrès sur l'uranium ; ils n’utilisent pas le cyclotron pour des projets militaires. Par ailleurs, il a su compter sur Gentner, qu'il qualifie d' ''anti-nazi'' ; qui a été rappeler à Heidelberg parce que trop ''proche'' des français; et sur Hans Jensen qui vient d'arriver et que Gentner lui a présenté comme un ''ami'' ; à la différence de Wolfgang Riezler, chargé de le remplacer à la tête de l'équipe.

 

La mère de Lancelot ne peux cacher longtemps, à son fils, le fond de sa pensée. Elle imagine volontiers pouvoir le marier, elle lui rappelle son âge, sa difficulté - suite à son accident - à être tout à fait autonome. Geneviève serait parfaite, ne lui conviendrait-elle pas ?

Lancelot, il est vrai est sensible aux attentions qu'elle lui prodigue. Il remarque sa beauté, même s'il transparaît derrière la régularité des traits, une certaine dureté... Elle n'eut pas une enfance facile : orpheline, des merciers lui offrent famille et travail dans leur commerce. Affaire d'autant plus prospère que le père assure les achats des trois magasins, tout en travaillant comme fondé de pouvoir-acheteur pour un grand magasin de nouveautés à Casablanca.

Lancelot arrive à marcher avec des béquilles. Son chirurgien, se félicite de ces résultats, alors qu'il a hésité sérieusement à procéder à l'amputation du pied droit. Les salons scientifiques se tiennent toujours le jeudi après-midi, avec parfois la visite de chercheurs. Ainsi Pierre de Launay, polytechnicien et thermodynamicien qui a bien connu Pierre Duhem et - curieusement - s'est intéressé avec lui à la ''science de la nature''... au Moyen-âge.

Duhem mêlait physique et métaphysique : « Il serait déraisonnable de travailler au progrès de la théorie physique, si cette théorie n’était le reflet de plus en plus net et de plus en plus précis d’une Métaphysique ; la croyance en un ordre transcendant à la Physique est la seule raison d’être de la théorie physique. » disait-il. Nous reparlerons - avec lui - du Moyen-âge...

Pierre Duhem

Pour Pierre Duhem, les théories physiques ne relient pas les phénomènes à leurs causes réelles et ne révèlent rien du monde réel. Maritain retient cette idée, pour les mathématiques du fait de son abstraction, - et il est vrai que la science prend de plus en plus une forme mathématique...- , mais il lui semble que la structure de la physique dépend de la matière et ne peut qu'adhérer au réel … 

Pour Duhem, dire que la matière est composée d’atomes, c’est tomber dans une métaphysique atomiste … Pour lui, le tableau de Mendeleïev est un système de classification qui rend compte des expériences de chimie, pas de la réalité ultime de la matière. 

De quelle nature est la réalité ? Duhem répond : - cette question ne relève pas de la méthode expérimentale ; celle-ci ne connaît que des apparences sensibles et ne saurait rien découvrir qui les dépasse. La solution de ces questions est transcendante aux méthodes d'observation dont use la Physique ; elle est objet de Métaphysique.

Il serait important de préciser le lien entre physique et métaphysique...

Quelle est donc la fonction d’une théorie physique, si ce n’est pas dire ce que c’est que la réalité ?

Duhem donne plusieurs réponses :

1. Une théorie physique permet l’économie de la pensée. C’est une idée que Duhem reprend à E.Mach,

2. un système de classement de nos expériences,

3. mais ce classement n’est pas arbitraire ; sa capacité prédictive montre qu’il doit refléter un ordre naturel.

 

Une loi physique comme U=R*I, n'explique rien. Elle se contente ( et c'est beaucoup...) de modéliser ce qui se passe, de permettre des calculs et faire des prévisions ( avec u=ri et p=ui, je peux calculer le temps nécessaire à chauffer mon café)

« Les grandeurs sur lesquelles portent les calculs ne prétendent point être des réalités physiques. » Duhem.

Poincaré lui-même écrivait : « Les théories mathématiques n'ont pas pour objet de nous révéler la véritable nature des choses ; ce serait là une prétention déraisonnable. Leur but unique est de coordonner les lois physiques que l'expérience nous fait connaître, mais que sans le secours des mathématiques nous ne pourrions même énoncer.

Peu nous importe que l'éther existe réellement, c'est l'affaire des métaphysiciens ; l'essentiel pour nous c'est que tout se passe comme s'il existait et que cette hypothèse est commode pour l'explication des phénomènes. Après tout, avons-nous d'autre raison de croire à l'existence des objets matériels. Ce n'est là aussi qu'une hypothèse commode ; seulement elle ne cessera jamais de l'être, tandis qu'un jour viendra sans doute ou l'éther sera rejeté comme inutile. » (La science et l’hypothèse , chap. XII).

La science décrit, elle n'explique pas. Elle décrit avec plus ou moins de précision, ainsi ce qu'il en est des lois de Newton, ou de la notion d' '' éther'' … !

Il ajoute : « Loin de là, sans ce langage ( mathématique) , la plupart des analogies intimes des choses nous seraient demeurées à jamais inconnues ; et nous aurions toujours ignoré l'harmonie interne du monde, qui est, nous le verrons, la seule véritable réalité objective.

La meilleure expression de cette harmonie, c'est la loi ; la loi est une des conquêtes les plus récentes de l'esprit humain ; il y a encore des peuples qui vivent dans un miracle perpétuel et qui ne s'en étonnent pas. C'est nous au contraire qui devrions nous étonner de la régularité de la nature. » ( H. Poincaré, La valeur de la science 1906)

Il est donc difficile d'affirmer q.q.ch. sur la nature du réel ''en soi'', la théorie physique ne serait qu'une classification de nos représentations.

Pourtant...

Einstein pense pouvoir élaborer une théorie unique pour expliquer comment le monde s'organise à l'aide de lois élémentaires et universelles. Avant d'en parler. Je voudrais en rester à la thermodynamique, parce que notre polytechnicien Pierre de Launay souhaite nous entretenir de découvertes pour lui essentielles quant à notre besoin d'énergie.

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L'Unité des forces du Monde

Publié le par Régis Vétillard

- N'avons-nous pas imaginé que le monde était rationnel, et que ses lois s'imposaient ?

Je ne parle pas qu'en physique ; je pense davantage à la gestion de l'Etat.

- Notre chef nous demandait alors de lui donner cartes blanches, pour assurer - autoritairement si nécessaire – la gestion technocratique de l'Etat français. La ''Révolution Nationale '' c'est le rejet de la démocratie et du libéralisme ; le pouvoir populaire devant s'identifier à un dirigeant fort. Pétain prétendait exécuter sans détours et sans délais « ce que le peuple veut ».

Parler du fascisme avec Drieu c'est attirer sa colère sur le régime français. Pour lui, il s'agissait d'une vision du monde cohérente et esthétique (!) ; il en parlait en 1934 dans un essai intitulé « Socialisme fasciste » ; une époque où l'Italie de Mussolini, pouvait en être le modèle.

« Le libéralisme niait l’État, dans l’intérêt de l’individu ; le fascisme réaffirme l’État comme la véritable réalité de l’individu. » ( B. Mussolini, La Doctrine du fascisme, 1938.) 

Et pour en revenir aux loi de la physique de la nature : Oui, la doctrine fasciste affirmait que les peuples étaient soumis aux « lois de la nature », aux lois originelles de tous les êtres humains en lutte entre eux pour la survie et l’expansion. ( Ezio Maria Gray, politicien fasciste italien)

Dans ces lois, ''la force'' serait l’élément essentiel : la nature se caractérise par ses forces.

Dans la presse, on parle de pouvoir libérer une énorme quantité d'énergie, en faisant exploser le noyau d'un atome... ! Edmond Blanc dans '' le Jour'' en conclut : « On dit qu’il ne faut pas jouer avec le feu. Il ne faut peut-être pas davantage jouer avec l’énergie colossale enfermée dans les atomes, petits univers scellés par les forces de la Nature. »

Prenons du recul, avec la Physique, encore.... Nous sommes 4 siècles avant J.C. ; la structure de notre monde, est pensée autour des 4 éléments, la terre, l'eau, l'air et le feu. Ces éléments se combinent par attraction ( amour ) ou répulsion ( haine). Aristote associe à la matière 4 qualités : le chaud, le froid, l'humide et le sec. Exemple, le feu est chaud-sec, l'air est humide-chaud, l'eau froide et humide et la terre froide et sèche...

Pour René Descartes ( 1596-1650), le monde est ''plein'' : l'action créatrice de Dieu repose sur la matière qui doit emplir tout l'espace. Ce monde plein ( le ''vide'' n'existe pas) est composé de trois éléments, l'éther, le feu, la terre. Blaise Pascal va lui, expérimentalement, admettre l'existence du vide.

L'Unité de la nature de Kant, inspire des scientifiques qui travaillent sur l'électricité et le magnétisme.

« La nature, c'est l'existence des choses, en tant qu'elle est déterminée selon des lois universelles. ». Et, si Kant dit «  unité de la nature », il ne s'agit pas de réalité en soi, il s'agit d'une « unité nécessaire, certaine à priori, de la liaison des phénomènes. » Car « l’entendement ne puise pas ses lois (a priori) dans la nature, mais les lui prescrit » ( Prolégomènes, 1783 ) .

 

En 1820, Ørsted met en évidence la relation entre l'électricité et le magnétisme. La loi d'Ampère la plus connue est celle de l'électrodynamique. Elle décrit les forces que deux conducteurs parallèles parcourus par des courants électriques exercent l'un sur l'autre.

Il est possible d'envisager que les forces « électrique » et « magnétique » puissent être en fait unifiées, et Maxwell propose en 1860 une théorie générale de l'électromagnétisme classique, qui pose les fondements de la théorie moderne.

 

A ce propos, Feymann qui participera au projet Manhattan ( la course à la bombe atomique, avant les nazis..) dira que l’événement marquant du XIXe siècle sera d'avoir établi les fameuses ''4 équations de Maxwell '', qui expliquent des phénomènes comme l'électricité, le magnétisme et la lumière.

Depuis 1884, elles sont là : ( pas de panique …)

1 Une charge électrique génère un champ électrique autour d'elle.

2 Le champ magnétique est engendré par une configuration en ''dipôle''. Il est impossible de séparer les pôles Nord et Sud d'un aimant.

3 Si on fait varier le flux magnétique dans un circuit, ça provoque un courant électrique dans ce circuit ( Loi de Faraday).

4 Un courant provoque un champ magnétique.

Ces 4 équations expliquent tout l'électromagnétisme ! Les physiciens vont rapidement se rendre compte que les ondes lumineuses ne sont autres que des ondes électromagnétiques.

 

Wilhelm Ostwald ( Professeur à l’université de Leipzig ) suggère une autre piste : celle de reconstruire la physique sur la base des deux principes de la thermodynamique : le principe de conservation de l’énergie et celui d’entropie.

Ostwald, en 1895, prétend que le concept de matière, lié à une interprétation mécaniste de la nature, est périmé. «  dans le monde de la mécanique rationnelle, il n'y a ni passé, ni avenir au même sens que dans le notre. L'arbre peut redevenir graine, le papillon chenille... Pourquoi ces faits ne se produisent-ils pas dans la réalité ? La théorie mécanique ne l'explique pas ; le fait que, dans la nature réelle, les phénomènes ne sont pas réversibles, condamne sans appel le matérialisme physique. »

L'énergie est un invariant de l'Univers, régissant l'ensemble des phénomènes physiques. Pour Ostwald tout est énergie.

 

Pierre Duhem (1861-1916), s'était lié d'amitié avec Paul Painlevé ( ami d'Anne-Laure...), qu'il avait rencontré à l'Ecole Normale Supérieure. Son opposition au chimiste Marcelin Berthelot et son anti-républicanisme, seront des obstacles à sa nomination à Paris. Il part pour Bordeaux. Anti-dreyfusard, il se brouille avec Painlevé ( 1894).

La plupart des contemporains de Pierre Duhem - en France notamment - se proposaient de réduire les phénomènes chimiques à la mécanique ; lui, les rapportait à la thermodynamique. Et, donc en opposition au projet de réduction mécaniste des atomistes, comme Boltzmann.

Duhem considère que l'entropie ne peut être représentée par une combinaison de seuls concepts mécaniques.

Pourtant, en 1909, Otswald va admettre que Jean Perrin avec son article '' Mouvement Brownien et réalité moléculaire '' a apporté la preuve expérimentale de la structure atomique de la matière.

Thomson et Clausius formule l'Entropie par des interdictions : - ''un système ne peut produire un effet mécanique en extrayant de la chaleur de l'objet le plus froid avec lequel il interagit''. - '' Il n'existe aucun processus qui aurait pour seul effet un transfert de chaleur d'un corps froid vers un corps plus chaud.''

L'entropie se présente sous forme d'irréversibilité de flèche du temps, de dégradation. Lors du freinage d'une voiture son énergie cinétique se dégrade en chaleur dans les freins.

 

Maxwell et Boltzmann ( encore eux...!) vont formaliser l'expression mathématique de la théorie cinétique des gaz ( qui interprète les notions de température et de pression des gaz).

Un gaz paraissait être un milieu continu, élastique … L'idée de la nature atomique de la matière cependant faisait son chemin ; et un gaz pouvait être un ensemble de particules en agitation permanente. Un gaz apparaissait comme un véritable ''chaos'' ( qui a donné ''gaz''!), et qui cause une pression sur les parois.

Clausius interprète la chaleur en tant que manifestation de l'énergie associée à leurs mouvements désordonnés.

James Maxwell suppose donc que les particules d'un gaz sont des sphères de petites dimensions, dures et parfaitement élastiques. Ces molécules s'entrechoquent à des vitesses différentes

James Maxwell montre que la température absolue T du gaz est un paramètre caractérisant la distribution de probabilité des vitesses des molécules.

Enfin, Ludwig Boltzmann, comme nous l'avons vu, veut élucider la nature de l'entropie, grandeur restée mystérieuse. Après des années d'efforts, il y parvient en 1877. Il fait correspondre, à un état d'équilibre d'un matériau, un très grand nombre W de configurations microscopiques possibles indiscernables à notre échelle, et il identifie l'entropie S du matériau au logarithme de ce nombre. S=K log W ( K=1,38.10 puissance-23) ( formule novatrice inscrite sur la tombe de Boltzmann), S exprime une complexité cachée, sa croissance s'interprète comme une augmentation du désordre microscopique. Ainsi, l'ordre exhibé par un cristal disparaît lors de sa fusion. Une augmentation de température fait croître le désordre.

Face au caractère désordonné de l'énergie fournie à un moteur thermique par la source chaude, la source froide apporte de l'ordre.

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1943 – Drieu – Colette - La vie continue

Publié le par Régis Vétillard

Drieu la Rochelle a le génie de se rendre insupportable. Centré sur lui-même, il tient à vous convaincre qu'il tient à vous. Il se plaint des femmes et badine avec Geneviève. Très agressif, il cible continuellement les juifs; et ne dort plus depuis que « sa femme N°1 » est retenue à Drancy.

Anne-Laure l'interroge sur Colette Jéramec, qui vient d'être internée avec ses deux enfants ( avril-mai 1943). Devenue médecin pédiatre, elle travaille comme chercheur à l'Institut Pasteur avec le professeur Legroux, bactériologiste. Son troisième époux, père de ses deux garçons, est Paul Tcherniakovsky qui travaille à la faculté des sciences. Elle refuse de porter l'étoile jaune.

Colette Jeramec

Drieu, ami d'Otto Abetz, est aussitôt prévenu. Abetz est absent, pour le remplacer Rudolf Schleier, très impliqué dans la déportation des juifs, que Drieu méprise... Cependant, il va tout faire, mobiliser chacun pour intervenir; et finalement la faire libérer, le 25 mai, la veille de son transfert vers Auschwitz.

Drieu est allé la voir au camp d'internement établi dans un grand ensemble de logements en construction, à Drancy, une banlieue ouvrière. Il décrit les barres d'immeubles, la cour fermée de barbelés, le parloir, la misérable apparence de Colette... Mais c'est lui que l'on doit plaindre: d'avoir été forcé à voir ça !

Il ne peut s'empêcher d'ajouter qu'il la trouve insupportable, « aux manières petites-bourgeoises, terriblement scientiste, et surtout, surtout pas artiste pour deux sous, sans humour. »

 

En décembre 1943, Eugène Wollman ( bactériologiste) et sa femme Elisabeth ( biologiste) sont tous deux transférés à Drancy, puis déportés à Auschwitz par le convoi 63, ils seront assassinés à leur arrivée.

 

Appuyé par Paul Langevin, en résidence surveillée à Troyes, Frédéric Joliot est élu à l'académie des sciences, en juin 1943. La question se pose pour certains : s'agit-il d'une compromission avec Vichy, ou de la victoire d'un camp opposé à Vichy ? Est-il vrai que Joliot est en négociation avec des industriels et envisage la réalisation d'une usine centrale produisant jour et nuit une puissance électrique de 300.000 kW avec consommation annuelle d'une tonne d'uranium ? A moins qu'il ne s'agisse que d'un projet pour les '' jours d'après'' ?

Joliot précise que son travail, en relation avec l'occupant «  concerne principalement la technique du cyclotron et la radioactivité artificielle. » et n'a aucun rapport direct ou indirect avec la guerre ; refusant toute participation à l'effort de guerre allemand.

Irène Joliot-Curie part en Suisse, pour soigner sa tuberculose. Elle obtient avec l'aide de Gentner les autorisations de Vichy.

 

La comtesse de Sallembier rejoint Duhamel, pour intervenir auprès de Brinon, et obtenir la libération de Béatrice de Camondo et de son mari, le compositeur Léon Reinach, arrêté parce que trahi par son passeur alors qu'il tentait de rejoindre l'Espagne. Anne-Laure avait suivi la conversion de Béatrice au catholicisme, ne s'étant jamais sentie de confession juive... Ils feront partie du convoi 62, avec 1200 personnes conduites vers la mort à Auschwitz.

 

Il fallait s'en douter ! Anne-Laure partage à Lancelot le souci que lui a confié Geneviève T. Un officier allemand se montre très empressé auprès d'elle pour l'inviter, et la voir seule...

 

Les ''légionnaires '' de la Révolution Nationale sont devenus '' La Milice '' ( janvier 1943) et se mettent au service de la Waffen SS ; Laval en est le chef, avec Joseph Darnand pour adjoint.

 

Un professeur de philosophie au lycée Condorcet, Jean-Paul Sartre, publie un essai philosophique "L'Etre et le Néant", et Marcel Aymé, un roman ''Le Passe-Muraille", puis le conte "La Patte du chat" dans l'hebdomadaire "Je suis partout".

Jacques Bergier qui passe à Paris régulièrement sous une fausse identité ( Jacques Verne) , informe de l'arrestation du chimiste André Helbronner chez lequel il avait travaillé , le 7 juin 1943 à Lyon, sur dénonciation d'un milicien (français) dénommé Plouvier travaillant pour la gestapo de Klaus Barbie. Il mourra en mars 1944 au KZ Buchenwald.

Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir

 

Un ami, raconte avec entrain sa soirée en petit comité de la représentation d'une pièce de Sartre '' Les Mouches '' au Théâtre de la Cité : une pièce, bien-sûr à visée philosophique. Sartre nous disait qu'il voulait s'opposer à la religion du repentir qui avait cours, suite à ''la défaite'' , Jupiter est ''le roi des mouches''. Comme Oreste, nous ne devons pas nous demander si nous sommes libres, nous devons prendre conscience que nous le sommes, nos actes sont de notre responsabilité. Le cadre mythique de la pièce, nous indique l'absolu de la liberté. Oreste tue sa mère, la reine Clytemnestre et son amant ( assassin de son père) ; et se déclarant responsable de son crime, il se libère de son destin. Cet acte engage alors tout le peuple d'Argos, à qui, Oreste révèle, qu'il est libre. Cette pièce n'aura sans-doute aucun succès, dans notre contexte d'occupation ; pourtant... ! Le jeune Albert Camus était présent, il l'a félicité et sans-doute remercié pour l'article de Sartre sur L'Etranger.

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L'Entropie

Publié le par Régis Vétillard

Les unités de l'Armée française en Algérie ont basculées du côté des '' Alliés ''. L'amiral Darlan aurait ordonné aux soldats, marins et aviateurs de se joindre aux Anglo-Saxons afin d’être fidèles à la vraie pensée du maréchal Pétain dont il serait, lui Darlan, le véritable interprète.

Une manifestation doriotiste aux Champs-Élysées n'a pas de succès ; ils crient '' Guerre aux anglais '' et ne sont pas suivis.

En réaction, les Allemands ont donc franchi la ligne de démarcation et envahi la zone libre ; le gouvernement de Vichy est sous-contrôle de l'occupant. Pétain ne devrait-il pas partir pour Alger ?

La Gestapo s'est aussi installée à Vichy, et prépare des arrestations. Le 12 novembre, des SS s'emparent de Weygand.

Le nazisme est à l’œuvre !

 

Nous sommes face à un nouveau facteur de désorganisation. Dans un système fermé, nous parlons aujourd'hui d'Entropie... Peut-on parler, comme J. Schumpeter de '' destruction créatrice''... ? Il n'y a plus le choix, il faut s'adapter. Du côté de la vie, nous parlons de '' néguentropie '' pour s'organiser, s'adapter, fonctionner...

 

Pour l'instant, je reviens à la physique.... Le terme entropie a été forgé en 1865 par le physicien allemand Clausius, qui introduit cette grandeur afin de caractériser mathématiquement l'irréversibilité de processus physiques tels qu'une transformation de travail en chaleur.

Arrêtons-nous sur cette notion de '' l'Entropie ''.

Rappelez-vous, notre rencontre avec Russell, à ce propos : Bertrand Russell et l'Entropie - Les légendes du Graal (over-blog.net)

A l'origine, l'entropie exprime une dissipation de l'énergie en chaleur... C'est ce qui rend le temps irréversible, la vieillesse, la mort... Alors, constatons que la vie, c'est ce qui résiste à l'entropie...

L'énergie se conserve, se transforme et une partie fuit ( chaleur ). L'énergie est de moins en moins ''disponible''. Mais, l'entropie n'est pas l'énergie ( Joule) .

L'énergie s'exprime lors de ses formes utiles ou libres ( qui développent un travail) , et les formes inutiles ( chaleur).

L'Entropie S= Q / Température. Où, Q est la quantité de chaleur ( Energie inutile) en Joule  reçue par un système thermodynamique et T sa température thermodynamique en Kelvin.

Si on brûle un combustible, on passe de l'énergie chimique à de l'énergie thermique, et on peut s'en servir pour faire de l'énergie mécanique... Pas entièrement, un moteur thermique doit être refroidi... Par exemple, dans un moteur à quatre temps : la chaleur engendrée doit être expulsée vers le monde extérieur, pour que le cycle reprenne. Un moteur thermique n'est pas un système isolé ; il arrive à fonctionner parce qu'il redonne à l'extérieur son augmentation d'entropie.

 

L'entropie serait nulle au zéro absolu. Les mouvements des particules d'un gaz s'arrêteraient.

Le zéro absolu est la température la plus basse possible, impossible à dépasser. Il correspond à la limite basse de l'échelle de température thermodynamique, soit l'état dans lequel l'entropie d'un gaz parfait atteint sa valeur minimale, notée : 0 °Kelvin ou -273,15 °Celsius. .

On dit aussi, qu'une diminution locale de l'entropie serait une création d'ordre, et un gain d'ordre d'un côté doit se payer par un désordre plus grand de l'autre...

Que signifie réellement cette notion d'ordre ? Comment lui donner un sens ?

L'ordre serait ici l'interaction entre atomes ; le désordre, le déplacement libre des atomes.  Un système de basse entropie est plus ordonné qu'un système ayant une entropie élevée.

La croissance de l’entropie est une croissance de la complexité à l’œuvre au sein d’un système fermé. C’est le cas de l’Univers. Au sein du système, elle permet , ici et là, à l’ordre et à l’organisation de voir le jour, la vie par exemple est grande fabricante d’entropie. 

Il y a un problème : plus d'ordre local, signifie plus d'entropie globale … ! Le système s'ordonne et libère de l'entropie. C'est donc que le système est ouvert ; il est alors parfaitement possible de faire diminuer son entropie.

Par exemple si on comprime un gaz à température constante, son entropie diminue (les molécules seront plus "tassées" et donc le désordre va diminuer), mais pour cela, il faut fournir de l'énergie en appuyant sur le piston. Un autre exemple : je mets un morceau de sucre dans un verre d'eau chaude (isolé). Initialement l'entropie est faible : le sucre est concentré dans le morceau solide (une seule configuration) et l'eau à part, puis le sucre se dissout et diffuse dans l'eau et évolue vers un état où les molécules de sucre peuvent se répartir suivant un très grand nombre de configurations aléatoires avec une concentration homogène dans tout le volume : le système évolue vers un état d'entropie maximale.

A l'inverse, si le système est ouvert, je peux agir dessus en évaporant l'eau pour re-cristalliser le sucre et reformer le morceau, puis remettre de l'eau : je suis revenu à un état d'entropie plus faible, mais il a fallu fournir un travail pour cela.

A chaque fois que l'on fait fonctionner un moteur thermique, on fait augmenter l'entropie de l'univers. L'énergie thermique ne peut pas se retransformer en énergie utile.

 

Les pensées de Lancelot, le conduisent sur une réflexion sur nos sociétés. Comme des systèmes physiques composés d'humains ; ne pourraient-elles pas obéir à la thermodynamique ? Elles transforment de la matière, créent de l'énergie utile comme la nourriture, le transport ; et bien-sûr s'ordonnent politiquement, économiquement. Cette complexification et cet ordonnancement diminuent l'entropie, et elles l'évacuent. La terre serait un moteur thermique, la source chaude ( le soleil, et même le noyau terrestre), la source froide, peut-être la nuit. Le système physique Terre comprend le vivant, tout autant que l'atmosphère, les océans...

La Terre se doit d'évacuer ses déchets vers une '' source froide '', pour ne pas accumuler et augmenter le désordre, et à moins de devoir vivre dans un flux de chaleur... les lois de la thermodynamique sont implacables : on ne peut pas lutter contre...

Clausius considérait l'Univers comme fermé et isolé. Aujourd'hui, grâce à Edwin Hubble ( 1889-1953) et depuis les années-vingt nous savons que l'Univers est en expansion. Et, cette expansion s'accélère. L'Univers est donc hors équilibre: il s'auto-organise ; peut-être comme des cycles de Carnot autour d'un point critique, de l'eau par exemple.

Théoriquement, dans un univers qui tend vers l'équilibre, la vie n'aurait pas dû advenir. Mais, l'Univers étant un système ouvert, la vie existe pour dissiper de l'énergie !

Nous augmentons l'ordre ( l'intelligence artificielle pourrait en être le meilleur !), par la biologie, la sociologie...etc

Évidemment, il faut se méfier d'un tel réductionnisme, qui aurait tendance à séduire par la théorie du ''Grand Tout''

L'autrichien Ludwig Eduard Boltzmann, physicien, est né le 20 février 1844, et s'est suicidé en septembre 1906. Son nom est attaché au concept d'Entropie.

Boltzmann est un contemporain de Georg Cantor, ce dernier a jeté le domaine des mathématiques dans l’incertitude par sa définition de l’infini et l’hypothèse du continuum. 

Boltzmann a obtenu son doctorat pour sa thèse sur la théorie cinétique des gaz. L’idée que le mouvement des petites particules – atomes et molécules – définit les propriétés de la matière est très controversée à l’époque. L’un des principaux obstacles à son acceptation était le fait que les molécules et les atomes n’étaient pas visibles, de sorte que les preuves ne pouvaient être déduites.

 

A 25 ans, Boltzmann était déjà professeur titulaire de physique mathématique à l’Université de Graz. Boltzmann a développé son interprétation statistique de la deuxième loi de la thermodynamique dans son célèbre article de 1877 sur la deuxième loi et le calcul des probabilités.

C’est dans cet article que la célèbre relation de Boltzmann, S = k log W, est apparue pour la première fois. Cette équation relie l’entropie S, au logarithme du nombre de micro-états thermodynamiques possibles de la matière.  W.

 

L’idée de Boltzmann que la matière, et toutes les choses complexes – l’eau, le feu, la vie – étaient soumises à l’entropie et à la probabilité, a déclenché un immense bouleversement dans le monde de la physique, mais non sans une grande résistance entre collègues, y compris Ernst Ostwald et Ernst Mach (  « Atomes? En avez-vous déjà vu un? » ) , deux de ses plus grands adversaires.

 

L’entropie est irréversible, elle augmente presque toujours, rendant la désintégration inévitable et imparable. Ou, en bref, le désordre est toujours plus élevé dans le futur, vers lequel nous nous dirigeons en spirale.

 

Pour lui, science et philosophie, s'imbriquent dans la recherche de la vérité. Ostwald fondait, lui, sa recherche en science physique sur l'énergie. En 1895, il affirmait : « L’irréversibilité réelle des phénomènes naturels prouve ainsi l’existence de processus qui ne peuvent pas être décrits par des équations mécaniques, et avec cela, le verdict sur le matérialisme scientifique est réglé. ». Boltzmann se battait comme un taureau, contre un adversaire qui paraissait plus souple. Arnold Sommerfeld, qui assistait à la confrontation a considéré le taureau comme victorieux : « Les arguments de Boltzmann ont porté le coup. Nous, les jeunes mathématiciens de l’époque, nous sommes tous du côté de Boltzmann... ».

En 1909, Ostwald a fini par accepter qu’il s’était trompé.

Boltzmann était sujet à des périodes de dépression sévère ; et il était très affecté par la non-reconnaissance de ses idées. Sa pierre tombale arbore sa célèbre formule de l'entropie.

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L'énergie alimente le moteur de notre civilisation

Publié le par Régis Vétillard

* L'armée d'armistice cesse d'exister ; Rivet ( des BMA) aurait rejoint Alger. Dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942, les forces américaines ont débarqué au Maroc, à Oran. Vichy va devoir choisir son camp ! Un peu d'espoir et quelques sourires s'échangent entre français ; alors même que le boucher apprend à ses clients qu'ils n'auront plus que 90gr de viande par semaine.

Inévitablement, les allemands envahissent la zone libre. Weygand a été arrêté. Pétain devrait se replier sur l'Afrique du nord, puisque les accords d'armistice sont devenus inopérants Comment les valeurs de la révolution nationale pourraient-elles s'accorder avec la terreur des SS, sur tout notre territoire ?

En décembre 1942, l’école d'Uriage, qui faisait preuve d’un esprit opposé à la collaboration et s’était de facto placée en marge de la politique menée par le gouvernement de Vichy, est dissoute par Laval pour “menées antinationales”.

* Dans le journal, Lancelot se satisfait d'apprendre que ce 20 décembre 1942, pour le prix Goncourt, une seule voix s'est portée sur Les décombres de Lucien Rebatet . Et, les bonnes surprises viennent de la publication par Albert Camus de L’Etranger et Le Mythe de Sisyphe.

* Drieu la Rochelle passe en coup de vent ; il dit préférer la victoire des russes à celle des américains. Il aurait entendu sur Radio Alger qu'on lui promettait, ''à lui comme aux autres, le châtiment suprême''. Il regrette d'être tombé dans les excès de la politique ; et ce qui l'attriste, « c'est d'être mis dans le même sac que d'autres. »

 

* Entre mi-1942 et 43, Jules Guéron - chef du laboratoire de la direction de l'armement de la France Libre – affecté à Cambridge pour des des recherches sur la libération de l'énergie nucléaire dans la fission de l'uranium, tente - sans succès - de faire venir Joliot en Angleterre ; et s'occuper de la question de l'uranium.

Un an avant les Américains, Guéron va établir la valeur juste de la section de capture des neutrons lents par l'uranium 238, donnée cruciale pour la poursuite des recherches atomiques. Ceci, avant que le groupe de Cambridge soit transféré au Canada ( janvier 43).

En effet, les scientifiques nucléaires américains progressent sur la fission des atomes d’uranium et la réaction en chaîne, en particulier dans l’isotope U235, lorsque la matière est bombardée par des neutrons. On connaît l’efficacité des neutrons lents par rapport aux neutrons rapides pour obtenir une réaction en chaîne, et les méthodes possibles de séparation de l’U235 de l’U238 dans l’uranium naturel. ( Plus de 99% de l’uranium naturel est composé d’uranium 238, difficilement fissible).

 

L'homme aurait donc besoin d'augmenter indéfiniment ses moyens d'agir ( énergie = moyen d'action). Il y eut la maîtrise du feu, la force humaine ou animale pour transporter, construire, utilisation du vent, de la vapeur, de l'électricité …. Reprenons :

Une force qui se conserve sur un déplacement produit un ''travail''. Descartes en observant le choc de deux boules en conclut que c’est la quantité de mouvement ''masse*vitesse'' qui se conserve en se communiquant d’un objet à l’autre. Newton met en avant l'idée de force - la force comme cause: force d'inertie, force imprimée - plus que celle de sa conservation ; la force est la cause qui modifie la quantité de mouvement ( m.v)

En Allemagne - dans un contexte philosophique différent - un nouveau concept émerge : l'énergie.

Leibniz (1646-1716) pose un concept métaphysique, indissociable de la notion de force : l'action, « wirkung » La notion de « force » rejoint alors celle de '' puissance active '' à l’œuvre dans le monde.

C'est ensuite l'influence de la Naturphilosophie, de Schelling ( 1775-1854). La nature, est un sujet actif, gouvernée par 3 forces : la lumière, l'électricité et le magnétisme. L'Univers s'organise par transformation de forces. On appréhende la nature de façon globale et la force est le principe fondamental de tous les phénomènes ; cette force passe sans cesse d'une forme à une autre. Cette vision permet de chercher des analogies entre les phénomènes des différentes composantes de la physique.

Les phénomènes de chaleur, de puissance mécanique, d'électricité pourraient être la même puissance naturelle qui sous ses diverses formes reste constante en quantité.

J.P. Joule ( 1818-1889) va déterminer quantitativement l'équivalence entre la chaleur et le travail.

En 1847, Helmholtz propose la '' loi de conservation des forces '', il réfute l'idée du calorique, puisque la chaleur peut être engendrée. La chaleur exprimerait une quantité de force vive du mouvement et une quantité de tension de l'état intérieur de la substance.

C’est en 1850 que William Thomson ( = Lord Kelvin - 1824-1907) propose de substituer « energy » à « force » et ce n'est qu'après 1875, que le mot ''énergie'' est repris dans la littérature scientifique française.

 

Au XVIIIe siècle, la température devient une grandeur mesurable. Mais, quelle est la nature de la chaleur ? Est-ce une matière ? Un ''principe '' ( un peu comme le ''feu en puissance'' d'Aristote).

Tout corps susceptible de combustion contiendrait du phlogistique ; et quand il brûle le phlogistique s'échappe, devient feu ( lumière + chaleur).

Une autre théorie fait l'hypothèse que la chaleur serait une sorte de fluide, nommée calorique. Il faudrait également différencier la chaleur ( une quantité) de la température ( une intensité)

 

Dès 1770, avec James Watt et les premières machines à vapeur, en l’absence du concept d’énergie, on considérait généralement la chaleur, à côté de la lumière, de l’électricité et du magnétisme, comme l’un des quatre « fluides impondérables », appelé phlogistique puis calorique.

Lavoisier va imaginer le '' calorimètre '' permettant de contrôler les échanges de chaleur...

 

Anne-Laure de Sallembier se souvient très bien d'un débat entre Poincaré et Duhem, que lui avait rapportée J.B. de Vassy. Pierre Duhem (1861-1916), monarchiste et catholique, était un physicien, spécialiste de '' Thermodynamique ''. J.B. avait été assez séduit par la tentative de Duhem, d' unifier les sciences physiques et chimiques au sein d’une thermodynamique généralisée. Duhem était en opposition au projet de réduction mécaniste des atomistes comme Boltzmann.

A la source de ses propres travaux scientifiques, Duhem plaçait « l'une des plus grandes découvertes qu'aient jamais enfantées la philosophie naturelle » : la théorie de la chaleur de Sadi Carnot (1796-1832), présentée en 1824 dans ses ''Réflexions'', et que les institutions scientifiques ont ignorées...

Avant de revenir à Duhem ; rappelons-nous l'apport de S. Carnot.

S. Carnot, se passionne pour les machines à vapeur et leur rendement. Il considère que le travail moteur n'est produit dans une machine que par une « chute de calorique » d'un corps chaud à un corps froid ( comme le travail d'une chute d'eau...). Il en conclut les conditions de température et l'écart pour un rendement maximal...

A sa suite, en 1834, l'ingénieur Emile Clapeyron formule le second principe de la thermodynamique... Enfin, Joules vers 1843, affirme que la chaleur n'est pas une substance, et qu'une machine thermique est un dispositif de conversion entre chaleur et travail.

James Joule (1818-1889) a démontré que la chaleur, le travail mécanique et l'électricité sont des formes d'énergies interchangeables ; et d'une transformation à l'autre, la quantité totale d'énergie demeure égale.

Le berlinois Rudolf Clausius (1850) réunit les concepts de chaleur et de travail en un même concept, celui d'énergie.

Le XIXe siècle sera le siècle de la machine thermique décrite avec ces concepts de - énergie et - entropie.

L'énergie va se présenter sous des formes multiples : mécanique, chimique, chaleur, électrique, radiative, entre lesquelles elle peut se transformer .

Boltzmann donne une explication statistique à la deuxième loi de la thermodynamique ; elle est fondamentale, car elle impose, en une seule phrase, l'existence d'une flèche du temps, alors que toutes les équations de la physique permettent en principe d'avancer ou de reculer dans le temps.

« L'énergie disponible est le principal enjeu de la lutte pour l'existence et de l'évolution du monde. » Ludwig Boltzmann (1844-1906)

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La Relativité avant Einstein

Publié le par Régis Vétillard

En août 1942, les allemands ont obtenu de Darlan, la dissolution des BMA ; ceci alors que nos services pourchassaient les espions allemands en zone libre. L'un d'eux avaient même été exécuté le 19 juin 1942.

A Vichy, le gouvernement Laval, s'engage dans une collaboration qui ne peut servir nos intérêts. Après les appels à '' la Relève '' consistant en l'échange de travailleurs volontaires français en Allemagne, contre la libération de nos prisonniers ; on annonce le STO, qui rendrait ce travail obligatoire... !

A Paris, l'atmosphère est lourde. Les SS s'imposent comme les maîtres ; ils arrêtent ; les gens disparaissent...

Autour des universités, des refuges sont organisés dans les greniers des labos pour de jeunes chercheurs ou étudiants réfractaires au STO. On construit un émetteur de 300 watts, et un centre de réception couvrant entièrement le spectre hertzien de transmission est caché dans un coffre de ventilation au laboratoire de chimie nucléaire. Le labo des Arts et Métiers accueille une imprimerie de faux-papiers. La nuit on fabrique des postes pour l'écoute radio. '' L'université libre '' est diffusée en 2000 ou 3000 exemplaires, et informe des arrestations, condamne la complicité du doyen Montel et du recteur Gidel.

De tout ceci, bien sûr, rien n'est dit à personne ; encore moins à Geneviève T. qui prend à cœur le rôle qu'elle se donne de garde-malade. Lancelot ne s'en plaint pas ; il s'interroge peut-être sur la complicité qui transparaît entre sa mère et la jeune femme.... Anne-Laure emmène la jeune femme avec elle, lors de soirées mondaines, parfois également fréquentées par des officiers allemands.

 

Continuons nos travaux sur la Physique, avec Newton - dans la continuité de Galilée ( Newton naît l'année de la mort de Galilée : 1642) :

Pour avoir un déplacement, un mouvement, - faut-il une force ?

- Non … ! Une bille lancée, et sans frottement, peut avancer sans force : c'est un mouvement rectiligne uniforme ( M.R.U.)...

* Encore... Si je fais rouler un ballon et que soudain, je le lâche.... la vitesse du ballon est maintenue même après l'avoir lâché... C'est la loi d'inertie ( 1ère loi de Newton)

Si je suis dans un train, et que je laisse tomber une pomme.... Tombe t-elle plus loin vers l'arrière, puisque le train avance... ? Non... !

La pomme tombe tout droit. La pomme conserve la vitesse qu'elle avait, avant que je ne la laisse tomber, elle continue d'avancer.

Il se passe la même chose que, si j'étais sur terre. On peut très bien estimer, dans le train, que je suis au repos et que c'est la terre qui recule. Dans le ''référentiel terre'', il se passe la même chose que dans le ''référentiel train'' ...

A ce propos, n'oublions pas que selon Aristote, la Terre ne pouvait pas être en rotation ; parce que si l’on laisse tomber un objet d’une tour, alors il ne tomberait pas au pied de la tour.

Galilée va donc réfuter cet argument. Etre immobile est équivalent à être en mouvement rectiligne uniforme (M.R.U.).

* Attention, c'est sans compter sur d'autres forces :

Si j'envoie en l'air, ou mieux, si un canon envoie en l'air un boulet... Que va t-il faire ? Il va continuer sa course vers le haut, puis il va venir s'écraser au sol, selon une courbe...

Il s'agit là de l'effet conjugué de deux forces sur un même objet :

Revenons à la gravitation :

En effet, il y a équivalence entre '' force gravitationnelle '' et '' force d'inertie '' ( ce que l'on voit avec l'expérience du train très rapide, qui démarre, en accélération donc, dans lequel l'objet est plaqué contre la paroi, ou le conducteur sur son siège...)

Le principe d'inertie.

Le train - qui avance en M.R.U - pour s'arrêter et rejoindre le référentiel (terre) doit freiner, ceci grâce à l'action d'une force. Cette force est nécessaire pour vaincre l'inertie du train ; et modifier sa vitesse.

A présent, re-voyons le démarrage d'un train ( très très rapide) ; il allume ses moteurs : il va quitter le référentiel terre pour rejoindre le référentiel en mouvement. La force modifie la vitesse, ou engendre l'accélération ( f =m.a)

Restons dans le référentiel (inertiel) du train :

La balle ( qui n'est pas fixée) posée au sol, reste attachée au référentiel terre, et ne bougera qu'à partir du moment où elle cognera dans la paroi du fond, et sera amenée avec le train. La force d'inertie plaque la balle contre la paroi... L'accélération cause une force d'inertie qui la tient sur la paroi.

Cette équivalence entre force gravitationnelle et force d'inertie, suggérée par Einstein en 1907 est le point de départ de sa théorie de la relativité...

En quelques mots : dans le référentiel de la fusée, la balle ''tombe '' vers la paroi, ou plus exactement la balle est fixe, et la paroi avance vers la balle...

Pour la gravitation, la balle tombe vers la terre, et ce serait comme si, la surface de la terre avançait avec une accélération g... !

 

Finalement...

Pour Albert Einstein ( 1879-1955 ), la force de gravitation de Newton est une illusion. Avec sa théorie de la Relativité Générale, il présente une explication des effets de la gravitation qui ne fait appel à aucune force, mais serait la manifestation de la courbure de l'espace-temps...

 

Si avec Newton, nous étions restés à l'idée d'absolu, comme l'éternité du mouvement des astres, Einstein annonce un monde difficile à comprendre : exemple, pour Camille Flammarion, comme le note la comtesse de Sallembier qui l'a bien connu : pour lui il était '' difficile de remettre en cause, Descartes, Newton ; il ne comprenait pas la Relativité, et ne voulait pas la comprendre '':

C. Flammarion

« La raison en est bien simple - disait-il - l’essence des choses nous est inconnue. Tout notre savoir n’est qu’une interprétation des phénomènes. L’absolu nous reste secret. Nos sens terrestres ne nous laissent apercevoir que des apparences.
Qu’est-ce que la gravitation universelle décrite par Newton ? Qu’est-ce que la lumière ? La théorie classique actuellement enseignée admet que l’espace est rempli par l’éther et que la lumière est un mouvement ondulatoire dans l’éther, comparable aux ondulations qui se produisent dans une pièce d’eau dans laquelle on a jeté une pierre. Les longueurs d’ondes sont même mesurées. Newton pensait, au contraire, que la lumière représente une émission de particules lancées du Soleil et des étoiles, et la première question de son Optique est : « Les corps agissent-ils sur la lumière à distance et font-ils dévier ses rayons ? »
Ce sont là deux théories opposées, qui peuvent être soutenues toutes les deux, et la pression de la lumière solaire sur les comètes qui produit les queues cométaires, toujours opposées au Soleil, ainsi que d’autres observations, sont en faveur de l’idée newtonienne. Or, il se trouve aujourd’hui qu’un physicien suisse déjà célèbre par sa théorie  fort discutée de la relativité, M. Albert Einstein, présente une théorie nouvelle qui diffère sensiblement des deux précédentes.
D’abord pour ce philosophe, l’espace n’est pas absolu, mais « relatif » et, qui plus est, relié au temps. Le temps devient une quatrième dimension de l’espace. »

(…) « J’avoue, pour ma part, que je ne la comprends pas. Il me semble que malgré l’opinion d’Einstein, l’espace et le temps ne se tiennent pas à ce degré là. L’espace peut exister sans le temps. Il est absolu et sans bornes imaginables. Lors même qu’il n’y aurait aucun corps céleste, ni Terre, ni Soleil, ni planètes, ni aucun astre, il y aurait encore de l’espace, attendu que le vide serait même un endroit où l’on pourrait imaginer que quelque chose fût placé ; tandis que le temps est essentiellement relatif, étant un produit du mouvement des astres. Si la Terre ne tournait pas, si aucun astre ne se mouvait, s’il n’y avait aucune succession de phénomènes, il n’y aurait pas de temps. Dans l’espace absolu, le temps n’existe pas. L’espace existe par lui-même ; le temps est créé  par le mouvement ». Camille Flammarion ( Article paru dans la revue « L’Astronomie », vol.34, 1920 )

 

Newton avait réussit la synthèse de la terre ( la gravitation) et du ciel ( Copernic). C'est ce besoin d'universel, qui nous a fait rationnels tout en répondant à notre exigence d'un inconditionné.

Lancelot se remémore également l'enseignement de Paul Painlevé (1863-1933) - mathématicien, homme politique et ministre de la Guerre ( 1925-1929), et grand ami d'Anne-Laure de Sallembier. - qui tentait de repérer les caractères communs aux deux théories ( Newton et Einstein). Il se souvient aussi des débats contradictoires lors de la visite d'Einstein, début avril 1922 à Paris. Painlevé était séduit par l'audace de la théorie de la Relativité, mais il n'était pas prêt à remettre en cause l'édifice de la mécanique classique.

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