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Madame Solario - 1-

Publié le par Perceval

J'avais lu une première fois ce roman, alors qu'il était considéré d'un auteur anonyme ( collection 10/18) , avec de fortes présomptions que ce soit Winston Churchill...

Je viens de le relire, sachant que l'auteure en est Gladys Huntington, née Parrish, américaine née en 1887 et décédée en 1959.

Ce livre fut publié, anonymement, en 1956. Gladys Huntington se suicide trois ans plus tard. Sur la stèle posée sur sa pierre tombale est inscrite la mention : « Epouse de Constant Huntington et fille d’Alfred Parrish ».

Gladys Parrish Huntington

Je vais tenter de raconter le sujet de ce livre qui m'a impressionné... A noter, tout de suite, que j'ai aimé ce livre pour ce qu'il se retient de dire, plutôt que par son intrigue qui pourrait se résumer, ou se décrire à la manière du film de René Féret (2012) , que je ne recommande précisément pas, du fait de l'absence du mystère qui irradie le livre ( ajouté au fait, sans-doute, de l'anonymat de l'auteur …).

Ce livre, va bien au-delà d'une réflexion sur les structures sociales et familiales : conditionnement social, inceste ..etc..). Le film est trop conventionnel, pas assez mystérieux... ; et trop loin des images que mentalement le lecteur se construit en tournant les pages … Marie Féret ( Natalia Solario) est trop jeune pour le rôle... Restent, l'esthétique des décors et des costumes, la beauté du lac de Côme...

Ce livre de 500 pages, est organisé en trois parties et trente chapitres.

L'héroïne de ce roman est Nelly-Natalia-Ellen Solario, et l'histoire est située en 1906, dans un palace de Cadenabbia, l’Hôtel Bellevue ( qui existe toujours), au bord du lac de Côme, en Italie. Lieu de villégiature, nous sommes au coeur d'une société mondaine cosmopolite (avec des américains, italiens, français, russes et anglais). Le décor, et le mystère qui entoure l'héroïne pourraient nous renvoyer à quelques écrits de Henry James...

Silvana Mangano

Madame Solario distille quelques renseignements sur ses origines : anglaise, américaine et plus encore avec son nom ''exotique''… La réticence de Natalia à donner des informations sur elle-même ne fait qu'ajouter à son énorme charme, ce qui fascine – avec sa beauté - en particulier les hommes.. Citoyenne du monde, déracinée et familiarisée avec la haute société, elle incarne une question que chacun tente de résoudre...

 

Gladys Huntington, nous décrit un tableau, où s'offrent particulièrement à nos yeux les toilettes féminines :

« En l'année 1906, les femmes portaient de longues jupes qui leur moulaient les hanches et rasaient le sol ; les tailles fines étaient serrées dans d'étroites ceintures, les bustes pleins et les corsages très ornementés. La mode d'été exigeait aussi le port de volumineux voiles de mousseline jetés sur les chapeaux à larges bords et flottant de là sur les épaules jusqu'à la taille ou même au-dessous.

Une telle profusion de parures faisait de chaque femme une sorte de divinité, et une divinité suppose toujours un culte. L'atmosphère sociale de cette époque était particulièrement imprégnée de féminité»

La première partie est racontées du point de vue de Bernard Middelton, jeune Anglais qui vient de finir ses études et qui bénéficie de quelques vacances avant de rentrer en Grande-Bretagne prendre un poste dans la banque familiale. Il est ici, seul, de façon inattendue, du fait de la maladie de son compagnon de voyage... Il semble naïf, mais observateur, et rapide à tirer des conclusions...

'Middleton '- comme les jeunes filles l'appellent - est dès son arrivée, rapidement entraînée dans un tourbillon d'excursions en bateau et de bals. Il se sent attiré vers une jeune fille aristocrate hongroise, Ilona Zapponyi ; il remarque sa pâleur et son air malheureux. Mais la jeune fille, n'a d’yeux que pour le comte Kovanski.... Bernard « sut tout de suite qu'il n'aimait ni l'homme ni le regard»; en effet, ce personnage apparaît bien antipathique, hautain...

film de René Féret

Nous aurions pu imaginer une intrigue d'amour entre Middleton, et Llona...

« Sa position à l'égard d'Ilona changea. Il se sentait toujours attiré vers elle, mais leurs routes étaient parallèles, elles ne se rencontraient pas comme il l'avait cru pendant la demi-heure qui venait de s'écouler. »

 

A l’hôtel Bellevue, les jours coulent doucement entre excursions sur le lac, balades, pique-niques, bals et potins en tout genre. Quand le bateau à vapeur du soir arrive, tout le monde observe les éventuels nouveaux arrivants... C'est l'un des événements de la journée, un événement social...

« Le vapeur du soir accostait au même moment et tout le monde était sur la terrasse pour assister à l'arrivée éventuelle de nouveaux pensionnaires. C'était l'un des événements de la journée, et même un événement mondain, une « réunion ». C'est par ce même vapeur que Bernard était arrivé lui aussi et il se rappelait l'impression à la fois chatoyante et mystérieuse que lui avaient faite de prime abord ces gens alors totalement inconnus. Maintenant il les connaissait, tout au moins de vue et de nom, et il était là, parmi eux, regardant un paysage tout différent de celui qui s'offrait aux yeux des arrivants. La roue à aubes de l’archaïque petit vapeur blanc brassait l'eau à grand bruit. On lança des cordages, les noeuds coulants s'accrochèrent aux poteaux du débarcadère et les passagers descendirent la minuscule passerelle. Du rivage, quelqu'un aperçut une figure de connaissance et l'on échangea des paroles d'accueil. Chacun semblait parler et sourire, il régnait une gaieté générale, on aurait presque dit une scène d'opérette. »

L'hôtel devient une scène où vont se fréquenter et s'observer une foule de personnages, qui dans le cadre d''un confortable désœuvrement vont graviter de plus ou moins prêt, autour d'une belle femme mystérieuse puis du couple qu'elle forme avec son frère qui la rejoint... Certains vont être entraînés dans les ''combines'' conçues par le frère et soeur.... En particulier le couple du marquis et de la marquise Lastacori, avec leur fille Missy : « cheveux noirs, et un teint naturellement coloré, des hanches étroites, une poitrine pleine, et ses mouvements nerveux faisaient tinter ses bracelets ». cette jeune fille exubérante, capricieuse va tomber amoureuse du frère de Madame Solario...

 

Alors que Bernard a l'espoir de retrouver Ilona, il entend une conversation entre sa mère et le colonel: « Madame Solario revient demain ». «Ah, vraiment?» répondit la comtesse Zapponyi un peu sèchement. Il est clair que le colonel et la comtesse connaissent Madame Solario, mais le nom entendu derrière une colonne, pour le moment, ne signifie rien pour Bernard.

Puis, il constate le départ de Llona...

(1895)

 

Ensuite, Bernard va être sous le charme de madame Solario, de près de dix ans son aînée, et devient secrètement amoureux d'elle.

Madame Solario apparaît, puis passe comme une enchanteresse qui capte l'attention des hommes; elle pourrait, alors, être comparée à une «Belle dame sans merci», à la fois vulnérable et inatteignable. Nous n'apprenons que fort peu de choses d'elle, celles que peut glaner le jeune Bernard Middelton : n'aurait-elle pas un accent français, d'où vient-elle, n'est-elle pas américaine, pourquoi est-elle ainsi seule... ? Peut-être peut-on capter une certaine froideur, du fait de la distance que met l'énigmatique Me Solario avec les autres résidents ; alors que le jeune anglais, lui, nous devient plus familier …

Il semble que Me Solario apprécie la présence du jeune homme; ils sont de connivence ; elle insiste pour qu'il l'accompagne dans une promenade en barque sur le lac.. Et tout cela semble t-il, sous le regard dissimulé du comte Kovanski...

Ils marchent le long des sentiers sinueux qui longent le lac, Bernard devient un compagnon fréquent, et impressionné par cette beauté insaisissable.

Ils deviennent assez proche, au point qu'elle demande à Middleton de ne rien lui cacher et de la prévenir s'il se passait quelque chose de désagréable … A son tour, il lui demande de ne pas partir sans lui avoir fait savoir.... Elle lui promet.

Mata-Hari

 

Par son charme sa réserve, sa beauté, Natalia Solario, devient le centre d'intérêt de tous ; et en particulier de quelques hommes, comme le comte russe Kovanski, rarement visible... Bernard constate - pendant les repas - que Kovanski couve d'un regard amoureux Me Solario ; et que Ilona, ​​avec qui Bernard a sympathisé, n'a aucune chance de gagner l'intérêt de Kovanski...

Le bal est l'occasion de montrer la grâce naturelle de madame Solario, elle danse de façon exquise ; elle est très demandée, et les hommes se font concurrence et attendent pour danser avec elle …

 

Une certitude est la beauté de Madame Solario : blonde, grande... Elle agit en douceur, mange avec grâce... Et personne n'a idée de ce qu'elle pense...

Elle possède un chapeau pour chaque occasion, mauve, ou blanc ; un chapeau de paille naturelle pour faire du bateau... Il existe même un ''chapeau de restaurant'' avec le bord transparent et une énorme rose rose devant, et le même genre de rose est attaché à la ceinture de sa robe en dentelle blanche.

Enfin, c'est l'arrivée surprise à l'hôtel, d’Eugène Harden, le frère de Madame Solario, qu'elle n'a pas vu depuis douze ans, et qui l'appelle Nelly.

A suivre...

Auparavant... Incursion dans la Légende arthurienne avec la '' Dame sans Merci ''

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Edith Wharton – Les règles de la fiction

Publié le par Perceval

L'ambiance qui règne dans ce colloque littéraire improvisé semble excellente, et peut-être facilitée par quelque vin frais italien... Très vite la discussion entrevoit le thème du sujet du roman; par sujet j'entends l'enjeu, duquel les personnages et la situation sont au service...

Winston et Edith se disputent sur le sujet, que chacun rêverait d'écrire, mais - qui ne peut se faire - ... Edith raille d'ailleurs ces romans qui se voudraient résolument modernes par leur écriture ''pornographique''. Elle en revient encore à son ami, Henry James... Subjectivité et mystère, tout l'opposé d'un Maupassant ... Si l'instinct sexuel anime un personnage, et que l'auteur explique la situation, alors le personnage devient une marionnette... Ceci dit même si Maupassant est un auteur exceptionnel, par sa maîtrise de l'écriture, son style puissant et précis; il pense qu'on obtient le meilleur effet en peignant les êtres de l'extérieur plutôt que de l'intérieur; il ne tient pas compte de la nature morale de l'homme...

Churchill, reconnaît que Maupassant choque la bienséance victorienne... Edith Wharton, ajoute que la culture victorienne mêle art et morale... Au fond, à Maupassant il manque l’ambiguïté, et le mystère de James...

 « La quête du secret ne doit jamais se terminer car elle constitue le secret lui-même. » Tzvetan Todorov, critique littéraire bulgare, à propos de la nouvelle de Henry James, « Le motif dans le tapis ».

Clementine, et Winston Churchill

 

Et si nous relevions le défi - propose Clémentine - quel est le sujet le plus choquant qu'un auteur ne pourrait écrire sans talent, et que seule la vraie littérature pourrait s'emparer...?

Anne-Laure rappelle qu'Edith est déjà allée bien loin dans cette exploration... En effet, dans « L’ermite et la sauvageonne », la romancière nous plonge dans une ambiance mystérieuse pour témoigner avec finesse et subtilité de ... disons ''l'appel de la chair'', même si ici, il est encore aveugle et sans objet. Dans « Le prétexte », Edith tourne en dérision les contraintes sociales et les réticences morales qui entravent les sentiments d’une femme mûre; hélas si l'écriture est délicate, l'intrigue est cruelle....

 

Edith Wharton, se plaint amèrement de la situation dans laquelle se trouve la femme aujourd'hui... En littérature, aussi, reconnaissez - dit-elle - qu'avant Jane Austen il était possible d'aborder sans honte tous les aspects de la vie. A partir de cette époque, la pruderie s'est mise à régner...

Thackeray (1811-1863), lui-même, présentant sa merveilleuse ''Foire aux vanités'' (1848) comme un spectacle de marionnettes, reconnaissait avec amertume et tristesse: « Depuis la mort de l'auteur de Tom Jones (1749), aucun romancier parmi nous n'a été autorisé à dépeindre un ''homme'' dans toute sa vigueur »... Les romans de Charlotte Brontë (1816-1855), d'un romantisme irréel, sont accusés de sensualité et d'immoralité... !

Finalement, Morton Fullerton propose un sujet, qui lui semble tabou par excellence... Edith le sait, Morton est attiré par les relations en marge... L'amour très protecteur de sa mère, son attirance très jeune pour sa petite cousine, Katherine Fullerton, élevée avec lui comme sa sœur... Tout cela sans-doute l'amène à proposer le sujet de l'inceste... Et, précisément, Edith est interpellé depuis longtemps par ce thème...!

Alors, attention...! Je reste avec Edith Wharton, sur le plan littéraire; l'inceste n'est pas pris dans sa réalité scandaleuse... Son évocation est une stratégie d'évitement... En effet, écrire sur l'exquise découverte du plaisir sexuel, par un rapport incestueux, rend inavouable cette bouleversante révélation... Edith, sait que l'émoi féminin est condamné au mutisme...!

Donc, effectivement, évoquer l'inceste, signifie au lecteur que le plaisir sexuel, en soi, devient alors un motif inavouable, qui ne peut être écrit...

de John Singer Sargent

Et cependant, quelqu'un va relever le défi...? Winston Churchill...? Edith Wharton...? ou ... Gladys Parrish...?

 

Effectivement, Gladys Parrish (1887-1959) sera l'auteure d'un best-seller, mais l'oeuvre restera anonyme, et provoquera en partie son suicide... Et, précisément, la trame de ''Madame Solario'', pourrait bien être née, là pendant ces longues discussions autour du thème d'un futur succès littéraire... Longtemps ce roman, sera attribué à tort à Churchill....!

Les trois prochains articles seront consacrés au roman ''Madame Solario''

 

Sources: ''Les règles de la fiction'' d'Edith Wharton

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Edith Wharton en Italie -2-

Publié le par Perceval

Hôtel Bellevue, Cadenabbia, Lac de Côme

A l'hôtel Bellevue de Cadenabbia un extraordinaire et heureux hasard va faire rencontrer – pour un jour - nos deux couples voyageurs avec des ''connaissances'' et composer un joyeux, cultivé et improvisé colloque sur le thème de l'écriture d'un roman. Et j'ose émettre une hypothèse littéraire: et si c'était ce jour là que serait né l'idée du roman ''Madame Solario'' promis à un beau succès... ? Je vais m'en expliquer …

Winston_Churchill et Clementine_Hozier

Ces ''connaissances'' vont s'assembler grâce à Clémentine Churchill-Hozier, qui admire Edith Wharton, et surprise de la trouver là s'empresse de lui présenter son mari, le jeune député et récent président du Board of Trade, Winston Churchill, avec qui, elle vient de se marier... Les présentations incluent une jeune américaine, Gladys Parrish, amie de Clémentine et qui possède une maison sur le lac de Côme, et qui va se joindre au groupe...

Cette rencontre sera très productive, si j'en crois les notes d'Anne-Laure, qui laissent entrevoir l'idée d'un roman dont l'intrigue serait située dans cet hôtel même...

Ce jour là, Anne-Laure de Sallembier avec Jean-Baptiste de Vassy, Edith Wharton avec M.F., Winston et Clémentine Churchill, et Gladys Parrish – la plus jeune et célibataire – ensemble, vont donc beaucoup parler littérature.

Edith Wharton, 1905

De tous les sept, l'écrivain reconnu est Edith Wharton; en 1905, elle a publié ''The House of Mirth'' qui fut un grand succés...

De tous, l'un ( et ce n'est pas E. Wharton...) recevra le prix nobel de littérature... Il s'agit de W. Churchill (1874-1965), il est un jeune homme passionné par l'aventure, l'action... Alors qu'il termine ses études à l’académie royale militaire de Sandhurst, son désir le porte vers d’autres continents... N'ayant point de rente, il participe aux campagnes miltaires comme correspondant de guerre notamment pour le Daily Telegraph. Il commente, et ose même critiquer les stratégies militaires de ses supérieurs. Il relate ses propres exploits en Inde, au Soudan, en Afrique du Sud. Par exemple, il sauve son régiment lors d’une mission de reconnaissance à la frontière nord-ouest de l’Inde, et il parvient à s’échapper des geôles des troupes ennemies au Soudan.

Mais, pourrait-il écrire un roman ...? Il avoue lui-même avoir peu d'imagination; mais il répète à l'envie: « J’aime que les choses arrivent et, si elles n’arrivent pas, j’aime les faire arriver »

Le jeune homme a soif d'action, et ne cache pas son ambition... Après avoir compté ses exploits, sa carrière littéraire est lancée, et il compte en faire une voie royale vers la politique... Il vient d'écrire la biographie de son père, député et ministre, mort 13 ans plus tôt.

Churchill ( 12 ans plus jeune) est ravi de rencontrer Edith Wharton, qu'il ne connaissait pas; mais son épouse Clémentine, lui assure qu'étant lui-même l'enfant d'une américaine ravissante, fortunée et fantasque: Jenny Jerome, il ne peut qu'être intéressé par ses écrits, sa mère pouvant être l'héroïne de l'un des romans de Wharton ... Valentine ajoute que le surnom de l'ecrivaine – selon Henry James - serait « l'ange de la dévastation », car elle a le don de parler calemement de choses bouleversantes... Winston - qui ne connaît pas non plus H. James - trouve tout ceci fort intéressant...

Winston Churchill et son épouse Clementine, 1910

Il est à remarquer que tous ces gens se retrouvent en Italie; et qu'ici, ils savourent une réelle liberté; il serait inconcevable de retrouver la même assemblée et la même désinvolture en Angleterre ( ou pire, aux Etats-Unis...).

Déjà à Paris, Edith Wharton elle-même a pu s'aventurer dans l'adultère... Il est vrai que son mari, malade, va rentrer en Amérique. Ensuite, la littérature procure à l'écrivaine, un intérêt particulier de l'élite culturelle à son égard: « À Paris, personne ne peut vivre sans littérature, et le fait que je fusse un écrivain professionnel, au lieu d’effrayer mes amis élégants, les intéressait beaucoup. (...) La culture est, en France, une qualité éminemment sociale, tandis qu’on pourrait aussi bien dire qu’elle est antisociale dans les pays anglo-saxons. En France, où la politique divise brutalement les classes et les coteries, les intérêts artistiques et littéraires les unissent ; et, partout où deux ou trois Français cultivés se rencontrent, un salon se constitue aussitôt » ( E. Wharton - Les Chemins parcourus)

"Edith-Wharton" photographié par Annie Leibovitz

 

De cette mémorable journée et soirée, à l'hôtel Bellevue de Cadenabbia... Je note que, Edith Wharton, admire Balzac, pour ce qu'il est le premier « à considérer ses personnages, physiquement et moralement, dans leurs habitudes de vie, avec toutes leurs manies et leurs infirmités, et à les montrer ainsi aux yeux du lecteur, mais aussi à concevoir l'intrigue de ses romans autant en fonction du lien des personnages avec leur lieu d'habitation, leur milieu social et leurs opinions personnelles, qu'en fonction de l'action qui résulte de leur rencontre. »

La pruderie des romanciers anglais, les contraint à l'hypocrisie quand il s'agit de l'amour et des femmes... « Scott remplaça le sentiment par le sentimentalisme, et réduisit ses héroïnes au rôle d'ornements insipides.. » alors que dans la volonté réaliste de Balzac, ses personnages féminins, les jeunes comme les vieilles, sont des personnes vivantes, autant pétries de contradictions et déchirées de passions humaines, que le sont ses personnages d'avares, de financiers, de prêtres, de médecins. »

"Edith-Wharton" photographié par Annie Leibovitz

« La nouveauté, en Balzac comme en Stendhal, est d'avoir avant tout considéré leurs personnages comme des produits de leurs conditions matérielles et de leur milieu... »

 

Clémentine Churchill interroge Edith sur les nouvelles tendances littéraires, celles qui mettent l'accent sur les '' flux de conscience'' ( ''The Stream of Consciousness " est, à l'origine, un concept philosophique que William James ( le frère d'Henry) formula en 1892.).

Cette méthode « note les réactions mentales comme les réactions visuelles, (…) elle les livre comme elles viennent, sans considération pour le rapport qu'elles peuvent ou non avoir avec le sujet, ou plutôt avec l'idée que leur masse hétéroclite constitue en soi un sujet.

Cette volonté de noter chaque sensation, chaque mouvement d'une pensée à demi consciente, chaque réaction automatique aux impressions passagères, n'est pas aussi neuve que semblent le prétendre ses défenseurs. La plupart des grands romanciers l'ont manifestée, non pas comme une fin en soi, mais en ce qu'elle pouvait servir un dessein général... »

"Edith-Wharton" photographié par Annie Leibovitz

 

Edith Wharton préfère insister sur le besoin d'une nouvelle vison... Observer son objet suffisamment longtemps pour le faire sien; l'alimenter de ses recherches, de son savoir et de son expérience... D'ailleurs ne pas s'en tenir là, connaître un grand nombre d'autres choses... Expérimenter, voyager...

Aller en Italie..! et, Winston Churchill rappelle la formule de Mr Kipling: « Que peut-on savoir de l'Angleterre si l'on ne connaît que l'Angleterre ? »

Mais, qu'en est-il de l'inspiration...? Personne, dans cette assemblée ne semble y croire, sinon en la comparant à une enfant titubant et bredouillant... L'imagination doit tirer parti de l'expérience spirutuelle et morale... Pour qui écrit-on? L'un privilégie son public, et l'autre « pour un autre moi avec qui l'artiste créatif est toujours en mystérieuse correspondance »...

Un point inquiète Gladys Parrish: au moment d'écrire le romancier ne se demande t-il pas: quel personnage va voir cette chose que je veux raconter... ? Par qui vais-je la décrire ? Deux personnes décriront forcément la même chose de façon différente...

Effectivement, rapporte E. Wharton: « le romancier qui a choisi le point de vue d'un personnage doit alors s'efforcer de ne communiquer rien de plus, rien de moins, et surtout rien d'autre, que la façon dont sent, pense et réagit ce personnage.»

A suivre...

Sources: ''Les règles de la fiction'' d'Edith Wharton

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Edith Wharton en Italie

Publié le par Perceval

Edith Wharton connaît bien l'Italie; elle y est venue dès l'enfance, puis avec son mari, ou des amis... L'Italie, c'est la liberté de la France,  avec en plus, le spectacle, c'est à dire la ''scène'' ( le sens du mot anglais...) où se joue les romances d'une saison, avec pou décor les panoramas du nord de l'Italie...

Edith Wharton en voiture...

Edith Wharton aime particulièrement les voyages en automobile...

En 1908, je pense, Edith Wharton convainc Anne-Laure de l'accompagner dans une excursion vers les lacs italiens ; ils partent à deux voitures et deux chauffeurs, donc pour les deux couples. Anne-Laure est accompagnée de J.B. (Jean-Baptiste de Vassy), et Edith Wharton de M.F.... A noter que ces deux hommes ne sont désignés que par leurs initiales ...!

Les domestiques prennent le train et tout le monde devrait se retrouver au bord du lac de Côme....

L'une au moins des deux automobiles est une Panhard et Levassor 15hp, avec une carrosserie torpédo du carrossier de Levallois-Perret Vanvooren.

 

 

Le voyage en automobile est en vogue...

Dans les années 1900, l'automobile s'enhardit ; elle franchit les frontières vers l'Allemagne, l'Italie, la Suisse et l'Angleterre. On peut recenser et suivre les nouveaux exploits comme: des tours dans l'Empire de Russie jusqu'au Caucase et en Géorgie, des randonnées aux Indes, de nombreux tours automobiles aux États-Unis et au Canada.

En 1905-1906, quatre automobilistes, partant de Paris, ont parcouru quatre mille lieues à travers l'Europe et l'Asie pour atteindre Pékin ( Compte rendu dans la Revue du Touring Club de Fr. en 1907, ).

L'automobile est encore loin d'être la rivale du chemin de fer... On ne compte en France que 31.286 voitures en 1907 et il est difficile de trouver des chauffeurs pour franchir les frontières. Un membre du T.C.F. se rendant de Paris à Prague, soit un trajet de 1.200 km (en 39 heures de routes) estime en 1908 avoir dépensé 130 litres d'essence, et les 5 litres d'essence coûtent 2,5 F en 1905...

Souvenir du Plinius Grand-hôtel au bord du lac de Côme

Le tourisme à l'étranger n'est plus une aventure incertaine et périlleuse. Les trains et les paquebots sont confortables et sûrs, les hôtels acceptables et nombreux, en règle générale le touriste est bien accueilli, l'hospitalité courtoise et même chaleureuse ; on improvise des interprètes, et au client aisé on offre toutes les facilités douanières et financières... En 1907, on peut aborder un circuit à travers la Suisse et jusqu'aux lacs italiens, d'une semaine, pour 300 francs environ...

Le voyageur peut également utiliser toute une série de guides particuliers comme le Touriste français en Angleterre de Benassy et Arnaudet (1909), le Guide du voyageur en pays de langue allemande de Moussard et Schuchmacher (1909), le Tour de l'Espagne en automobile de Marge (1909), le Tourisme français en Espagne de J. Laborde (1909), le Guide routier des États-Unis d'Amérique (1909) ou bien encore le Guide pratique du cyclo-touriste en Algérie (1902).

Lac de Côme, Côme en 1900

A l'approche de Côme, les voyageurs sont émerveillés par '' la vue du lac sur un fond montagneux tapissé de verdure et hérissé de sapins entre lesquelles se détachent des tourelles de châteaux, des toits de superbes villas...''

Anne-Laure décrit la promenade du soir, vers les quais du port... La population composée d'ouvriers de l'industrie du velours et de la soierie, a emplit la place qui donne sur le port, où sont amarrés les bateaux qui font le service entre Côme, Menaggio, Bellagio et Lugano. On y organise des promenades en barque... La place est le point terminus des tramways jaunes, des Thomson-Houston, comme à Nice...

Como

Le soir, après le dîner, Anne-Laure monte dans sa chambre dont une fenêtre à balcon donne sur le lac. Elle voit s'allumer peu à peu, dans ces creux des montagnes, de scintillantes lumières. «  Les bateaux qui arrivent font retentir au loin le bruit de leur grave sirène dont l'écho se répercute piano, pianissimo... Sur le quai, des gens se promènent, allant de la place Cavour au jardin public et vice-versa. Le ciel se constelle d'étoiles diamantées. des barques voguent au milieu du lac et le bruit de l'eau déplacée par les mouvements des rames arrive jusqu'à mes oreilles. Spectacle magique ! »

Le lendemain, les deux couples décident de rejoindre leur destination, Cadenabbia, par le bateau...

« A 8 heures 50 nous quittons le port de Côme et filons vers Cadenabbia. Le bateau se dirige vers le nord en offrant en arrière une jolie vue sur la place Cavour et sur toute la ville; à ma droite, je laisse Brunate qui domine les derniers faubourgs de Côme et à gauche Borgovico, où s'élèvent de ravissantes villas. Puis le lac est resserré par une pointe près de laquelle se voient le mont Palanzone, dans une position solitaire ... »

 

Sources : L'Italie et la Sicile : récits de voyage / Gabriel Lécolle

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Edith Wharton et Morton Fullerton

Publié le par Perceval

Edith Wharton

Aujourd'hui, nous savons bien qu'il a existé un tel personnage ''haut en couleur'' : Morton Fullerton serait diplômé de Harvard et correspondant du Times à Paris ; et également un escroc, sans principes et sans morale... Un beau garçon, libertin et bisexuel, qui a su éblouir Henry James. Il est régulièrement endetté parce qu’il serait soumis au chantage d’une ancienne maîtresse... !

C'est à Paris, qu'Edith Wharton va vivre sa seule histoire d'amour sensuelle... Elle dit ne pouvoir vivre ce genre d'aventure, clandestine et de plaisir, que dans l'atmosphère de la capitale française... Cette expérience, dit-elle, va « couler dans son sang » ; elle ajoute : «  Je suis submergée par le bonheur... »

Paris, en effet, est devenu un lieu de libération, pour des femmes intellectuelles comme elle. Ce qui arrive là - un adultère discret - n'aurait jamais pu avoir lieu en Amérique … De plus, la messagerie postale de l'époque permet un échange rapide de lettres livrées plusieurs fois par jour par la poste parisienne et permet de planifier rapidement une rencontre :

- «Au Louvre à une heure dans l'ombre de Diane », écrit-elle dans une note ; la sculpture en marbre blanc de Diane, la déesse de la chasse, nue et allongée, son bras droit enroulé autour du cou d'un cerf, repose dans une pièce peu visitée... C'est un excellent lieu de rendez-vous pour une entrevue privée. Ensuite, ils se rendent dans les anciennes arènes romaines de Lutèce près du jardin des plantes, puis font le tour du jardin du Luxembourg.

Ils se retrouvent au Théâtre, à la Comédie-Française ou au Marigny. Ils dînent dans des restaurants situés dans les coins obscurs de la Rive Gauche, qu’elle décrit comme « le bout du monde… où la nourriture est mauvaise et où il n’y a aucune chance de rencontrer des connaissances».

 

Une autre fois, Edith et Morton vont prendre le train pour Senlis... A son retour Edith confie : « J'ai vécu, ma très chère amie, tout ce que je n'avais jamais connu auparavant, l'interférence de l'esprit et du sens, la double attirance, la communion mêlée du toucher et de la pensée. »

Ce qui est intéressant, c'est ce témoignage de femme sur la sensualité, et plus précisément sur le plaisir sexuel en 1908, qu'elle découvre à quarante-six ans, pour avoir fait fi des contraintes sociales entravant une femme mûre, et qui vante à présent les émotions de tous ceux qui, un jour, se sont « aimés une heure sur le rebord du monde ».

W. M. Fullerton (1865-1952), ici en 1887

Mais, que sait-on encore de ce '' Morton Fullerton ''.. ?

Fullerton a décidé de s’installer à Paris, peut-être pour fuir un passé ''complexe ''...

A Paris, il fréquente la société édouardienne de la classe supérieure, celle de Henry James. De son charme irrésistible, il attire hommes et femmes....

Au moment où il aurait rencontré Edith Wharton, il était divorcé de la chanteuse d'opéra Camille Chabert (mariés en 1903) qui ne pouvait tolérer ses liaisons... Il est encore empêtré par des aventures simultanées avec au moins deux autres Françaises - Adèle Moutot, une actrice mineure qui s'appelait Madame Mirecourt, et Hélène Pouget, un modèle d'artiste de Nîmes. Fullerton entretient également une «relation quasi incestueuse» avec Katherine Fullerton, sa cousine et sœur adoptive...

 

photographié par Annie Leibovitz - magazine- Edith Wharton

Le 15 février 1908, selon H. James, Edith et Morton se sont rendus à Herblay, pour visiter la maison d'Hortense Allart (1801-1879), dernière maîtresse de Chateaubriand ( 1768-1848)... Sa beauté et son charme - elle a 28 ans - ont ébloui l’ambassadeur sexagénaire....

Tous deux sont admirateurs de l'écrivaine, en particulier de sa correspondance … Edith écrit à son propos, qu'elle admire « son intrépide manière de regarder la vie dans les yeux ». Ce jour même, Edith relate des moments d'intimité avec Morton... ou avec Henry ( se demande Anne-Laure..) ou plutôt avec … Walter Berry le seul homme qu'elle ait vraiment aimé... . Diplomate et expert en droit international, il vit aussi à Paris... ? Edith va brûler toutes ses lettres écrites pendant quarante-cinq ans ...

Aujourd'hui, nous savons par des lettres, qu' Edith Wharton après un retour en Amérique, a retrouvé Morton à Londres.

William Morton Fullerton 1909

Le 1er juin 1909, Edith, Morton et Henry James se sont rencontrés pour un dîner... Il y avait beaucoup de champagne et une conversation foisonnante où, selon le biographe F Kaplan , les trois amis étaient assis ensemble « dans l'antichambre de la passion amoureuse ».

Elle passa la nuit avec Morton à l'hôtel Charing Cross, à Londres.

 

Après cette nouvelle nuit de passion au Charing Cross Hotel de Londres, Edith écrivit à Morton des lettres qui ensuite seront laissées sans réponse :

« Ce que vous souhaitez, apparemment, c'est prendre de ma vie, ce que j'ai de plus intime et ce qu'une femme - une femme comme moi - peut donner, pendant une heure, de temps en temps, quand cela vous convient. »

Ce qui reste de cette histoire d’amour est un recueil de poèmes écrits pour son amant et qu'elle a accepté de publier en 1909 : Artemis to Actaeon. Des poèmes, et d'autres textes étonnent par leur érotisme...

Au numéro 53 de la rue de Varennes, une plaque commémore le temps passé par Edith Wharton en France

Anne-Laure a retenu de cette amitié, la passion d'Edith pour la beauté, l'esthétique et sa répulsion pour ce qui lui paraît laid. Edith note sa culpabilité que son éducation lui a léguée, avec l'impérieuse nécessité de se taire en particulier sur ce qui concerne le corps, le sexe et le plaisir...

Edith souffre, qu'une communication intime avec un homme, puisse être si difficile..

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Edith Wharton – une américaine à Paris.

Publié le par Perceval

Elles sont nombreuses, les américaines, mondaines, actrices, mécènes, écrivaines, danseuses... ; dans le Paris de la ''Belle Epoque''... Leur point commun est d'être éprises de liberté... Sans-doute fuient-elles une Amérique puritaine.... ?

Mariage de Boni de Castellane et Anna Gould

Parmi les plus connues, qui sont-elles ?

Anna Gould (1875-1961), ''héritière'', épouse le comte Boni de Castellane. Les excentricités dispendieuses de Boni finirent par inquiéter la famille Gould... Les citoyens américains s'émeuvent que d’authentiques et solides fortunes américaines, s'en aillent chercher en Europe, de la frivolité ou simplement un titre de comtesse ? Anna Gould se remarie civilement le 7 juillet 1908 avec un cousin de son premier mari, Hélie de Talleyrand-Périgord, prince de Sagan (1859-1937).

Winnareta Singer

Winnaretta Singer (1865-1943), héritière des machines à coudre Singer, se marie en 1893 avec le prince Edmond de Polignac, compositeur aristocrate, et lui ouvre les portes de l'élite de la société française. Tous deux homosexuels, ils partagent la même passion du mécénat artistique. Admiratrice des œuvres d'Edgar Degas et de Claude Manet ; elle est très amie avec Gabriel Fauré et Proust est un habitué de son salon. 

Isadora Duncan (1877-1927), danseuse américaine, elle révolutionne la pratique de la danse par un retour au modèle des figures antiques grecques. Femme libre, parfois extravagante et danseuse magique aux pieds nus et aux voiles vaporeux; elle s’installe à Paris au printemps de l’année 1900 avec sa famille. Peu après, elle débute dans les salons parisiens les plus réputés, puis en 1903, fait sa première apparition publique, au Théâtre Sarah Bernhardt.

Alice Toklas

Alice Toklas (1877-1967), femme de lettres américaine. Elle est la compagne de l'écrivaine Gertrude Stein, dès 1907. Ensemble elles tiennent au 27, rue de Fleurus un salon qui attire des écrivains tels que Ernest Hemingway, Scott Fitzgerald, Thornton Wilder, Paul Bowles et Sherwood Anderson ainsi que des peintres avant-gardistes comme Picasso, Matisse et Braque.

Romaine Brooks (1874-1970), peintre américaine, elle a 31 ans quand elle achète un grand studio, rive gauche, à Paris...

Anne Morgan (1873-1952), fille d'un grand banquier américain, elle milite pour les conditions de travail et le droit de vote des femmes. À partir de 1908, elle vit à Versailles avec deux amies. En 1914, la guerre la surprend dans toute son horreur. Loin de rentrer à New York, Anne Morgan reste pour venir en aide aux blessés.

Romaine Brooks

 

Anne Morgan 1910

 

Natalie Barney 1900

 

Natalie Clifford Barney (1876-1972), grande amoureuse homosexuelle au charme exceptionnel, et d'une grande intelligence, elle est une femme de lettres américaine qui a son salon littéraire, rue Jacob. Dans ce ''temple de l’amitié'' on croise Colette, André Gide, Ernest Hemingway, Adrienne Monnier, Jean Cocteau…

Mary Cassatt

Mary Cassatt (1844-1926), peintre américaine, elle a choisi de vivre et de travailler à Paris, où elle intègre le groupe des impressionnistes.

Dorothea Klumpke (1861-1942), la plus jeune des trois sœurs Klumpke, est la première femme à soutenir, en 1893, une thèse de doctorat en mathématiques et astronomie à la Sorbonne. Elle sera aussi la première à effectuer des ascensions en ballon libre destinées à des observations astronomiques. Directrice du Bureau des mesures de l'Observatoire de Paris, elle a été nommée chevalier de la Légion d'honneur.

Anna, l’aînée des sœurs Klumpke, elle-même peintre, devient la compagne de Rosa Bonheur. Vivant à ses côtés au château de By, près de Fontainebleau, elle en devient la mémorialiste.

Dorothea Klumpke, astronome

 

Américaines ou Anglaises, je pourrais citer encore Djuna Barnes, Sylvia Beach, Caresse Crosby, Nancy Cunard, Hilda Doolittle, Janet Flanner, Anaïs Nin, Jean Rhys,... etc...

 

 

Et, Edith Wharton (1862-1937), que je vais évoquer bien plus longuement ; parce que cette femme issue d'une bonne famille de la haute bourgeoisie du « vieux New York », intellectuelle, établie à Paris a rencontré Anne-Laure de Sallembier ; et que j'ai quelques documents qui me permettent d'en parler …

E. Wharton

Enfant, Edith a étudié le français et s'était déjà rendue à Paris avec ses parents... Elle a parcouru toute l'Europe et découvert Paris, Rome, mais aussi l'Espagne et l'Allemagne.

Dès 1880, elle publie ses créations, elle connaît le succès avec « The Decoration of Houses » (1897) et surtout avec ''Chez les heureux du monde'' (The House of Mirth) , son premier roman, en 1905.

Dans les années 1880, Edith se fiance, et rompt : elle est courtisée par deux hommes. Walter Van Rensselaer Berry qui partage son esprit intellectuel et littéraire ; mais sans fortune, il n'ose pas la demander en mariage... Edith Jones, âgée de 22 ans, épouse un rentier, neurasthénique et infidèle, Edward (Teddy) Wharton, issu du même milieu qu'elle mais avec qui elle ne partage rien de ses intérêts intellectuels et artistiques...

E. Wharton

Walter Berry va devenir en 1916 un ami de Proust, son livre ''Pastiches... '' lui sera dédié...

 

En 1903, Edith Wharton rencontre Henry James (1843-1916) en Angleterre, avec lequel elle restera liée jusqu’à la mort...

En 1907, elle s'installe à Paris. L’écriture et les mondanités la distraient d'une vie familiale triste et sans enfants. Elle habite place des Etats-Unis...

Lorsqu'elle a besoin d'un hébergement temporaire, elle utilise l'Hôtel de Crillon , qui vient d'ouvrir ses portes dans un immeuble de la fin du XVIIIe siècle situé Place de la Concorde, et qui, à son avis, accueillait une foule cultivée. Elle déteste le Ritz, où séjournent les Américains nouvellement riches mais non cultivés...

Edith Wharton

En 1910, elle va emménager 53 rue de Varenne et y reçoit Paul Bourget, Anna de Noailles,… Dans la même rue, travaillent ensemble l’écrivain Rainer Maria Rilke et Auguste Rodin … Elle écrit là Le Temps de l’innocence, tableau cynique de la haute bourgeoisie américaine pour lequel elle reçoit le premier prix Pulitzer féminin en 1921. 

Le style d'Edith Wharton pourrait se rapprocher de Balzac, Zola, Flaubert, qu'elle lit en français ; il s'approche du ''naturalisme'' tant elle observe d'un œil et d'une plume documentée les agissements de la société qui l'entoure... Selon les mots de Henry James ,dans ses romans, elle dit "plus" et dit "mieux".

The House of Mirth - Edith Wharton -

Teddy aime sans-doute sa femme ; ils voyagent, pratiquent les sports de plein air ; mais Teddy est atteint d'une maladie nerveuse, et dès 1907, dépression et manies font qu'il est difficile à vivre...

The House of Mirth - Edith Wharton - film 2000

En 1907, Edith Wharton, a quarante-cinq ans. Elle est déjà un écrivain reconnu. Son roman ''The House of Mirth'' rencontre un grand succès en Amérique, et elle est riche...

Au cours d'une soirée chez la comtesse Rosa de Fitz-James, au 142, rue de Grenelle, Edith Wharton aurait été présentée à William Morton Fullerton (1865-1952) par son ami Henry James. Morton Fullerton travaillerait comme journaliste à Paris pour le London Times.

Elle confie à Anne-Laure de Sallembier, le trouver mystérieux et très intelligent... Mais... Ce qui m’apparaît vraiment mystérieux ; c'est que la suite des documents indiquent que Anne-Laure ne croit pas à '' l'existence '' de Morton … ! Elle semble convaincue que H. James et Edith sont complices dans cette aventure fictive qu'elle attribue à leur imagination de romanciers... Jusqu'au jour, où Edith Wharton et M.F. vont proposer à Anne-Laure de l'emmener en Italie...

A suivre... 

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Une histoire de fantôme...

Publié le par Perceval

Comme vous le savez, par quelques pages précédentes, Anne-Laure de Sallembier, fréquente des personnes qui pratiquent avec beaucoup de conviction la communication avec des esprits, j'entends par là des âmes de personnes décédées...

Dans ses notes, Anne-Laure relève le cas d'un jeune homme devenu amoureux de l'esprit d'une femme.

Cela a commencé dans son manoir de Fléchigné...

Et le plus émouvant, c'est que cette histoire me permet permettre d'en connaître un peu plus sur la famille de la mère d'Anne-Laure : Cécile-Joséphine J. (1851-1885) (la fille de Charles-Louis de Chateauneuf et de Mme J. ) et Louis-Ferdinand Vétillard, sont les parents d'Anne-Laure de Sallembier....

Ce qui reste mystérieux c'est le peu de renseignements que nous avons sur ces deux femmes: Mme J., et sa fille Cécile-Joséphine J.

Anne-Laure - la fille de Cécile-Joséphine - , elle-même ne portera jamais le nom de Vétillard (nom de son père) ; mais avant son mariage, celui d'Anne-Laure de Chateauneuf, ou même d'Anne-Laure J....

 

Que sait-on de Cécile-Joséphine J....?

Elle est née en 1851, fille de Charles. L. de Chateauneuf... et de Mme J. , reconnue par son père adoptif, époux de sa mère... Cécile-Joséphine J. vécut enfant, avec sa mère et son époux, mais connut semble t-il assez bien son vrai père ( Charles-L.) .

Elle épousera l'héritier d'une famille de commerçants, Louis-Ferdinand Vétillard, qui est donc le père d'Anne-Laure ( fille unique), un notable commerçant de Paris...

Cécile-Joséphine, après son mariage et la naissance de sa fille (1875), vécut à Fléchigné; elle fut peu présente à Paris, où vivait et travaillait son mari ... Sa santé fragile, aujourd'hui on dirait sa dépression, explique pourquoi sa fille Anne-Laure, dès son adolescence s'est partagée entre l'hôtel parisien de son père, l'appartement de son grand-père ( Charles-Louis de Chateauneuf) à Paris et Fléchigné...

La mort de Cécile-Joséphine, en 1885, est restée elle aussi mystérieuse... On évoque, à mots couverts, un suicide, ou une anorexie fatale ... des mots qui - si on les emploie aujourd'hui - ne sont pas utilisés alors...

 

Au cours de séances de spiritisme organisée chez Anne-Laure, à Fléchigné, un homme ''rencontre'' l'esprit de Cécile-Joséphine qui va l'inviter à se déplacer dans un autre logis où elle serait morte ...! Il s'agit de René Bauchesnes, que sa naissance illégitime contraint à vivre en marge de sa mère, malgré ses soins... Il va être connu pour ses ouvrages sur l'histoire locale et ses légendes...

Ce qui va alors se passer, alors, ressemble à une passion amoureuse entre cet homme et le fantôme de la mère d'Anne-Laure...!

René Bauchesnes, va acquérir cette maison bourgeoise ( et hantée, donc) pour écrire des contes et légendes locales, voire peut-être des histoires qui se seraient véritablement passées, inspirées par la fantôme...

Il le décrit lui-même dans un de ces plus beaux textes... !

 

Amoureux d'une revenante, donc, René Bauchesnes va reconstruire le fil de la vie de cette femme, et dévoiler sa forte personnalité, doublée d'une vive sensibilité que les règles de bienséance inculquées ne parvenaient pas à masquer et étouffer. Cécile-Joséphine n'a pu supporter la lancinante difficulté d'être une femme prisonnière d'un rôle assigné. L'instruction soignée dont elle a bénéficié lui permit de se passionner pour la chose intellectuelle, de s'y réfugier dans les heures de terrible souffrance...

Ensuite, après un temps d'enfermement volontaire; René Bauchesnes retrouve la société et va tomber amoureux d'une femme bien réelle...

Mais, c'est sans compter sur la belle revenante... ! Jalouse, elle va lui gâter la vie, jusqu'à le faire mourir... On parlera dans les alentours d'un suicide, et on oubliera très vite ce personnage qui dès sa naissance dut vivre, dissimulé en quelque sorte...

Le plus étrange, c'est que c'est lui-même qui écrivit cette histoire, à la manière d'une nouvelle.. avant de mourir .. !!

 

Anne-Laure sera persuadée d'être ''accompagnée'' par la présence de sa mère...

De plus, la connaissance de sa généalogie ( décrite dans des articles anciens) va la persuader d'une ascendance maternelle qui relève de la féérie et que portent des figures commes Mélusine, ou Viviane, ou Morgane ( voir la ''Margot'' de Roger de Laron...).

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La terre tourne t-elle ? -2/2-

Publié le par Perceval

Après l'affaire Dreyfus, une autre affaire nourrit la controverse entre catholiques et laïques... L’abbé Loisy (1857-1940), théologien exégète de l’Église, a publié en 1902 un ouvrage intitulé L’Évangile et l’Église dans lequel son approche historique et philologique des textes de la Bible remet en cause un certain nombre de dogmes de l’Église. La condamnation de cet ouvrage par décret du Saint Office en décembre 1903 suscite l’émotion; l’anathème envenime le débat, qui se transforme vite en une opposition entre l’Église et la science.

Dans Le Matin du 28 décembre 1903, un entrefilet intitulé Propos d’un Parisien, rédigé par le journaliste d’opinion Henri Harduin, reprend la polémique sur la rotation de la Terre et la porte dans un champ idéologique que Poincaré n’envisageait pas. Il utilise la condamnation de Loisy pour mettre en lumière l’immobilisme de l’Église, opposé à la perpétuelle et saine remise en question de la science par elle-même...

 

Édouard Drumont, fondateur du journal politique antisémite, La Libre Parole, du 9 janvier 1904, répond à Harduin en retournant l'objection, au risque de trahir les propos de Poincaré:

« Des journalistes en quête d’un thème pour une chronique, comme notre confrère Harduin, qui a pris la tâche d’amuser les lecteurs du Matin, ne perdent pas cette occasion de faire solennellement la leçon à l’Église ; ils sortent immédiatement Galilée : “ Vous voyez, s’écrie M. Harduin, quel contraste entre la science et l’Église ! L’Église condamne Galilée ; la science dès qu’un fait nouveau lui est démontré, s’incline et reconnaît ses erreurs passées. ”

L’argument aurait quelque valeur si la science était arrivée à une certitude quelconque, alors qu’en réalité, elle en est toujours aux conjectures et aux hypothèses. Il n’est pas démontré du tout que la Terre tourne, comme le prétendait Galilée, et qu’elle ne soit pas le centre du système planétaire. M. Harduin, qui n’est pas plus savant que moi, affirme imperturbablement que la terre tourne ; mais M. Poincaré, qui est, à l’heure actuelle, le premier des géomètres physiciens français et qui est probablement plus instruit que M. Harduin et que moi, n’a nullement ce ton affirmatif qui est celui des demi-ignorants. »

A noter que l'on mélange ici : la rotation diurne de la Terre autour de son axe, la révolution annuelle autour du Soleil, le pendule de Foucault, le procès de Galilée...

Un journaliste du Figaro reprend la question devenue populaire, dans un article publié le 2 février 1904 et intitulé Tournons-nous ?:

« C’est un problème qui n’a peut-être pas beaucoup d’actualité; mais enfin nous voudrions bien savoir à quoi nous en tenir. »

 

André Beaunier la reprend dans le Journal des débats politiques et littéraires du 23 mars 1904. Le lendemain, le chroniqueur scientifique François Peudefer signe un long article intitulé La Terre tourne-t-elle? dans lequel il rappelle au grand public toutes les preuves tangibles de la rotation diurne de la Terre tout en faisant l’historique de la polémique. Une semaine plus tard, Le Petit Parisien propose sous le même titre un article de Jean Frollo dans lequel Poincaré se trouve de nouveau impliqué.

Le_Matin___derniers_télégrammes_[...] 7 mai 1904 PoincaréLe_Matin___derniers_télégrammes_[...] 7 mai 1904 Poincaré

Le_Matin___derniers_télégrammes_[...] 7 mai 1904 Poincaré

Poincaré rédige, alors, une lettre ouverte adressée à Flammarion intitulée La Terre tourne-t-elle ?, publiée dans le Bulletin de la Société astronomique de France de mai 1904 et reproduite dans le journal Le Matin du 7 mai 1904 :

« Je commence à être un peu agacé de tout le bruit qu’une partie de la presse fait autour de quelques phrases tirées d’un de mes ouvrages – et des opinions ridicules qu’elle me prête. Les articles auxquels ces phrases sont empruntées ont paru dans une revue de métaphysique [...]. Je parlais le langage de la métaphysique moderne. Dans le même langage, on dit couramment “Les deux phrases le monde extérieur existe, et il est commode de supposer que monde extérieur existe, n’ont, qu’un seul et même sens. ”

La rotation de la Terre est donc certaine, précisément dans la même mesure que l’existence des objets extérieurs. Je pense qu’il y a là de quoi rassurer ceux qui auraient pu être effrayés par un langage inaccoutumé. Quant aux conséquences qu’on a voulu en tirer, il est inutile de montrer combien elles sont absurdes. Ce que j’ai dit ne saurait justifier les persécutions exercées contre Galilée, d’abord parce qu’on ne doit jamais persécuter même l’erreur, ensuite parce que même au point de vue métaphysique, il n’est pas faux que la Terre tourne, de sorte que Galilée n’a pu commettre d’erreur.

Cela ne voudrait pas dire non plus qu’on peut enseigner impunément que la Terre ne tourne pas, quand cela ne serait que parce que la croyance à cette rotation est un instrument aussi indispensable à celui qui veut penser savamment, que l’est le chemin de fer, par exemple, à celui qui veut voyager vite.

Quant aux preuves de cette rotation, elles sont trop connues pour que j’insiste. Si la Terre ne tournait pas sur elle-même, il faudrait admettre que les étoiles décrivent, en 24 heures, une circonférence immense, que la lumière mettrait des siècles à parcourir. »

La polémique va poursuivre Poincaré jusqu’à la fin de sa vie, en particulier lorsqu’il est élu à l’Académie française en 1908.

Extrait de l’article de l’évêque BOLO

 

Un évêque à la une du journal Le Matin du 20 février 1908, écrit une virulente attaque contre les philosophes et les scientifiques...

La Revue Illustrée du 5 avril 1908 consacre quant à elle un long dossier à Poincaré pour marquer son élection à l’Académie. Il est en partie composé d’extraits d’une interview qu’il y accorde au journaliste et dans laquelle il rassure encore une fois le public profane : la Terre tourne !

Enfin, dans l’ouvrage Ce que disent les choses, qui rassemble des textes publiés en 1910 dans une revue pour enfants, Poincaré revient sur le mouvement des planètes et des étoiles, et la rotation de la Terre. Une phrase y rappelle ses réflexions : « Un seul des mouvements apparents est réel, la Lune tourne réellement autour de la Terre ; c’est elle en effet qui est la plus petite. »

 

Cette affaire de savoir si oui ou non, la terre tourne... illustre l'effervescence intellectuelle qui règne aussi bien du côté de l'Eglise, que du côté des sciences...

Il y a, la condamnation du modernisme par Pie X, avec le décret Lamentabili et l’encyclique Pascendi, date de 1907 ; et par ailleurs la remise en cause d'un positivisme étroit, qui avait dominé jusqu’alors...

Henri Poincaré, en particulier ouvre un débat qui va renouveler notre vision de la science et qui va se concrétiser à travers des avancées scientifiques majeures, d’Heisenberg à Einstein, de la physique quantique à la théorie de la relativité...

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La terre tourne t-elle ? -1/2-

Publié le par Perceval

La terre tourne t-elle ? -1/2-

Anne-Laure de Sallembier a gardé des notes concernant la réinstallation du pendule de Foucault au Panthéon, à l’initiative de Poincaré et de l’astronome Camille Flammarion.

A deux heures de l'après-midi du 22 octobre 1902, eut lieu en présence de savants, de professeurs et d'une assemblée nombreuse représentante de la notabilité parisienne, dans le cadre glorieux du Panthéon, l'inauguration de la réinstallation du pendule de Foucault en présence de M. Chaumié, ministre de l’Instruction publique.

Cette expérience est au cœur d'une polémique entourant des propos de Henri Poincaré, et représentative d'un époque …

 

Cela commence pendant l’Exposition universelle de Paris, début août 1900. Lors du Congrès international de philosophie, Henri Poincaré (1854-1912), présente ses idées sur les principes de la mécanique lors de la session Logique et histoire des sciences. Dans son exposé, il remet en cause l’existence d’un espace absolu :

« Il n’y a pas d’espace absolu et nous ne concevons que des mouvements relatifs ; cependant on énonce le plus souvent les faits mécaniques comme s’il y avait un espace absolu auquel on pourrait les rapporter. » Puis, il ajoutait : «Cela n’empêche pas que l’espace absolu, c’est-à-dire le repère auquel il faudrait rapporter la Terre pour savoir si réellement elle tourne, n’a aucune existence objective. Dès lors cette affirmation: “ la Terre tourne” n’a aucun sens, puisqu’aucune expérience ne permettra de la vérifier; puisqu’une telle expérience ne pourrait être ni réalisée, ni rêvée par le Jules Verne le plus hardi, mais ne peut être conçue sans contradiction; ou plutôt ces deux propositions : “ la Terre tourne”, et : “ il est plus commode de supposer que la Terre tourne”, ont un seul et même sens; il n’y a rien de plus dans l’une que dans l’autre.»

 

Naît alors un débat entre Poincaré et le philosophe Édouard Le Roy, mais aussi le mathématicien Georges Lechalas et d’autres savants qui refusent de rejeter le principe newtonien de l’existence d’un référentiel absolu.

La Presse s'en fait l'écho; ainsi, dans le Journal des débats politiques et littéraires du 10 novembre 1900:

« M. Poincaré a soutenu sur les vérités scientifiques une thèse fort originale. Les vérités scientifiques ne seraient pas vraies à l’ancien sens du mot, en ce sens qu’elles se conformeraient à une nature des choses, elles sont de simples arrangements conventionnels, que l’esprit préfère à d’autres, pour de simples raisons de commodité. Que la terre tourne autour du soleil, cette thèse n’est pas plus vraie que la thèse inverse ; elle est seulement plus commode et plus simple. Voilà qui renverse toutes nos idées.»

A l'occasion de la réinstallation du pendule de Foucault au Panthéon, en 1902 ; cette controverse devient une polémique dans l'espace public, d'autant que Poincaré publie '' La science et l’hypothèse '', le premier de trois ouvrages de philosophie des sciences ; et enfin la condamnation en 1903, par l’Église, de l’abbé Alfred Loisy (1857-1940).

 

La Croix propose, dans une rubrique intitulée Causerie scientifique, une explication détaillée de l’expérience de Foucault. Le chroniqueur scientifique, Somsoc, commence ainsi son article :

« Sous l’action de la pesanteur, le pendule, écarté de la verticale, y reviendra par une série d’oscillations successives s’effectuant dans un plan fixe, puisqu’aucune force n’agit pour changer ce plan, et comme la terre tourne au dessous du pendule, le plan d’oscillation de ce dernier paraîtrait tourner relativement à la terre en sens contraire de la rotation, c’est-à-dire dans le même sens que la sphère céleste et cela en 24 heures. En visant une étoile située dans le plan d’oscillation, le pendule ne la quittera donc pas, tant que durera l’expérience [...] Le plan d’oscillation n’est pas un objet matériel... Il appartient à l’espace, l’espace absolu. »

Ceux qui pensent que l’expérience de Foucault ne prouve rien s’en prennent à Camille Flammarion.

au Panthéon de Paris, en 1851

Poincaré, dans son ouvrage, réaffirme la non-existence d’un espace absolu.

Et pour certains, Poincaré se contredit, puisqu’il participe à une expérience visant à prouver la rotation de la Terre tout en publiant un texte où il affirme que rien ne permettait d’en être assuré en l’absence de référentiel absolu.

Il est vrai que son texte peut prêter à confusion, semblant tout à la fois accepter les preuves de la rotation de la Terre autour de son axe et se demander si cette rotation a un sens:

« Si le ciel était sans cesse couvert de nuages, si nous n’avions aucun moyen d’observer les astres, nous pourrions, néanmoins, conclure que la terre tourne ; nous en serions avertis par son aplatissement, ou bien encore par l’expérience du pendule de Foucault. Et pourtant, dans ce cas, dire que la terre tourne, cela aurait-il un sens ? S’il n’y a pas d’espace absolu, peut-on tourner sans tourner par rapport à quelque chose, et d’autre part comment pourrions-nous admettre la conclusion de Newton et croire à l’espace absolu ? »

 

Dans L’Illustration du 29 novembre 1902, un article anonyme signé d’« un polytechnicien sceptique »

Début 1903 dans le Bulletin de la Société astronomique de France, il est reproduite avec une réponse de Flammarion. Une question est au cœur de la discorde: des étoiles suffisamment éloignées pour sembler immobiles, telles l’Étoile polaire ou Bêta du Centaure, sont-elles immobiles de façon absolue ou relative ?

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Henri Bergson, philosophe.

Publié le par Perceval

Henri Bergson, philosophe.
Henri Bergson, vers 1912

Plusieurs heures avant le début du cours de Henri Bergson (1859-1941), le valet de pied de la comtesse de Sallembier, retient sa place; puis une procession de voitures s'aligne devant le Collège de France. Bergson parle sans notes, parmi les auditeurs beaucoup d'hommes et de femmes du monde, et aussi des sténographes assermentés qui retranscrivent la parole du Maître avec exactitude...

Anne-Laure y croise également Charles Péguy, qui est un disciple fervent du philosophe... Depuis quelque temps elle fréquente le salon de Geneviève Bizet ( ex Straus, et née Halevy) au 104, rue de Miromesnil, et rencontre avec plaisir le clan Halevy, des gens cultivés et sans le moindre snobisme, en particulier Daniel Halévy (1872-1962), ami de Péguy et condisciple de Proust ... Geneviève Bizet lit tout ce qui parait et adore la conversation d'intellectuels... plutôt masculins; les femmes y sont moins nombreuses qu'ailleurs.

Bergson semble bien frêle, avec son col empesé ; mais quand il enseigne, ses paroles débordent d'énergie... Il propose de voir le monde dans leur épaisseur, et pour cela de ralentir le temps... Le réel c'est la durée, et « percevoir c'est immobiliser »... L'espace se loge dans les plis du temps, dans ses ondulations...

" (...) si vous voulez vous préparer un verre d'eau sucrée, fait-il remarquer à ses auditeurs du Collège en 1901, il faut attendre que le sucre fonde. Le temps de la fonte peut sembler inutile à celui qui a soif, il n'en a pas moins une valeur absolue. Car c'est à l'intérieur de ce temps que quelque chose de nouveau advient. Or ce quelque chose se donne à nous comme un bloc de durée, sans division possible. Ce que j'éprouve dans mon attente, ce n'est pas le "temps-longueur" des mathématiciens et des pendules, mais le "temps-invention", flux universel qui se creuse, s'intériorise, au lieu de s'écouler mécaniquement d'un point à un autre. C'est l'univers même en train de se faire. Décomposer la fonte en une infinité de petits morceaux de sucre qui se meuvent dans l'eau, c'est rater sa vérité profonde, car le monde n'est pas une somme de petits morceaux, pas plus que mon attente n'est faite de petites impatiences."

Bergson éclaircit des notions, qui sont traversées par le concept de durée, et qui vont occuper bien des scientifiques: le fini, l’infini, le relatif, l’absolu, le mouvement…

«Si j’envisage non plus du dedans mais du dehors le mouvement de mon bras qui se lève, si au lieu de le sentir, de me sentir l’accomplissant, je le regarde du dehors s’accomplissant, je vois qu’il traverse un point puis un autre point et ainsi de suite ; il parcourt autant de points qu’on voudra, et ce mouvement n’est pas autre chose, pour moi, que la succession des positions du mobile le long de sa trajectoire.»

La connaissance venue de dedans est absolue, «simple» et «indivisible». Celle que l’on a du dehors est relative, obtenue par «composition». C’est pourtant cette dernière qui est la connaissance d’usage, «car nous avons contracté l’habitude de considérer le mouvement comme étant essentiellement cela», une suite divisible de «positions qui se succèdent», mais qui, prises une à une, seraient autant…d’arrêts ( sources: Bergson côté cours de Robert Maggiori)

Le symbolisme est finalement une abstraction générale assez forte où les humains vont progresser de représentations en représentations pour signifier le plus de choses communes avec le moins de mots possibles.

La Quête qui nous motive ici, utilise le signe du Graal; ce signe fixe une attitude que nous exprimons par rapport à ce que nous souhaitons signifier... Le signe est un pont entre moi et la chose, il m'indique le trajet à suivre ... Le concept lui, s'inscrit plutôt dans une saisie intellectuelle...

Bergson emmène le lecteur vers une psychologie originale de la relation du sujet aux choses.

la Durée - Bergson - Alice Dell'Arciprete

Pour ''connaître ''; il est nécessaire de conceptualiser, et de percevoir; le concept a tendance à figer...

« Il faut que, par un effort d’intuition, nous cherchions à nous replacer dans la chose que nous voulons penser. Au lieu de prendre, du dehors, des vues sur elle, il faut que nous cherchions à sympathiser avec elle » Henri Bergson, Histoire de l’idée de temps. Cours au Collège de France

 

La pensée religieuse ou magique comme la pensée « scientifique » ne nous montrent qu’un aspect relatif de la réalité : ils symbolisent le monde plus qu’ils ne nous le montrent tel qu’il est.

 

La Quête du Graal, interroge l'âme, la mort et l'existence d'un ''au-delà''. Anne-Laure en cherche un écho dans l'oeuvre de Bergson...

Bergson entend intégrer dans sa réflexion, les témoignages de la science, mais aussi l'expérience mystique...

Dans le contexte de la psychologie de l’époque de Bergson, l’hypnose ( par exemple) renverse la subordination de l’esprit au corps en montrant l’action causale de l’esprit sur le corps.

Bergson au Collège de France

Dans le contexte de la IIIe République, la raison doit empêcher un retour en arrière vers la superstition... A l'inverse, Bergson pense que le fait religieux exprime un besoin biologique de l’espèce qu’aucune morale laïque ne saurait satisfaire.

Par la croyance, la nature humaine réagit en défense contre sa raison qui désenchante, contre l'inévitable mort et le néant possible, contre l'annihilation de la personne... Ces scénarios sont eux-même produits par l'intelligence ( la raison) parce que l'homme a la possibilité d'accéder à l'être, par sa négation ...

« Les philosophes ne se sont guère occupés de l’idée de néant. Et pourtant elle est souvent le ressort caché, l’invisible moteur de la pensée philosophique. Dès le premier éveil de la réflexion, c’est elle qui pousse en avant, droit sous le regard de la conscience, les problèmes angoissants, les questions qu’on ne peut fixer sans être pris de vertige » L’évolution créatrice, H Bergson

L'angoisse du néant, chez l'homme, est pour Bergson consubstantielle à l'intelligence; c'est en quelque sorte le ''péché originel'' de l'homme...

La mort est un ''scandale'' pour l'esprit. Nous avons l'expérience de la durée, et nous ne pouvons envisager l'instant dernier... Notre seule expérience est celle de la mort d'autrui...

Cette faculté créatrice qu'est l'intuition nous amène au coeur de l'être. La conscience nous permet d'affirmer l'existence: entre, penser un objet et le penser existant, il n’y a absolument aucune différence...

L’expérience de la conscience révèle notre participation à un principe conscient plus grand et impérissable... Et, l’impossibilité à se représenter le néant pourrait signifier l'existence de l'Etre même ...

« Quand un instinct puissant proclame la survivance probable de la personne, (on a) raison de ne pas fermer l’oreille à sa voix . » L’Evolution créatrice.

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