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Jean Léonard de LA BERMONDIE et Roger LARON

Publié le par Perceval

Je reviens en arrière et retrouve Jean Léonard de LA BERMONDIE, en son ''château'' à St Julien le Petit de Laron...

Enfant, il connaît par cœur, les coins et recoins jusqu'au souterrain sous la butte, où se trouve les ruines de l'ancien château de Laron ; que la plupart, ici, appelle le Château de Rochain ( ou rochein)...

Depuis l'abandon ''officiel'' du site par son grand-père ; l'ancienne demeure médiévale a servi de carrière de pierres, pour construire le manoir actuel, mais aussi pour la construction de nombreuses maisons autour …

La mémoire des seigneurs de Laron, est depuis longtemps remisée dans l'obscurité d'un passé ''gothique'', donc barbare... De plus certaines histoires, racontées entre adultes à la veillée, ne sont pas très catholiques … Le passé alchimique, templier ( donc hérétique …) de Roger de Laron semble peu édifiant ...

La famille garde dans les greniers des coffres dans lesquels s'amoncellent des antiquités recueillies avant l'abandon du vieux château...

Jean-Léonard connaît mieux que quiconque ici ( depuis que son grand-père n'est plus), une partie des secrets et des légendes qui entourent le fameux ''Roger de Laron '', et sa femme Margot ; personnages qui hantent les bois et les alentours …

 

 ***         J'ai moi-même rapporté quelques unes de ces histoires, ici :( Exemples ...)

 

 

 
 

C'est un livre de la Bibliothèque Bleue, qui a fait comprendre à Jean-Léonard que ces légendes n'étaient pas que le fruit d'imaginations désordonnées. Il s'agit de '' la Vie de Sainte-Geneviève de Brabant'' ...

Bien sûr, ce type de livre tombe en disgrâce, et emporte aux oubliettes les romans de chevalerie et les contes de fées : Un auteur de la ''Bibliothèque universelle des romans '', en 1787, écrit :

« Honneur soit à la mémoire du brave Oudot, de l’honnête Garnier, dont les presses infatigables ont sauvé de l’oubli les prouesses de nos chevaliers, les amours naïves de nos pères, et toutes ces chroniques intéressantes qu’un injuste dégoût a reléguées sur les rebords de nos quais. […] Cette Bibliothèque bleue si dédaignée de nos orgueilleux critiques, amusa mes tendres années ; oui, j’aime à retrouver encore les doux souvenirs de cet âge, et les premières émotions de l’enfance. »

 

Effectivement Jean-Léonard de la Bermondie, élève au Collège jésuite de Limoges, puis résident à Versailles, aurait pu renvoyer cette histoire à leurs auteurs anciens ; si … Si les personnages n'avaient pas pris corps, ici : sur l'une des deux collines de l'autre côté de la Maulde, qui fait face au bourg. L'autre colline étant la butte du vieux château. Oui, ici, existent les traces ( encore aujourd'hui) de la fontaine Sainte-Geneviève, et les traces du déroulement de cette histoire :

Pour lire le contenu de cette histoire, c'est ici : SUR LA ROUTE DE ROGER DE LARON, CHEVALIER LIMOUSIN. - 2/3-

 

 

Ainsi, Jean-Léonard bien avant de la lire, connaissait et expérimentait cette histoire. Régulièrement des pèlerins venaient faire leurs dévotions ici ; envoyée par une personne initiée ayant le don de désigner '' la'' bonne fontaine correspondant au mal qui vous touche …

Ainsi, Jean Léonard de la Bermondie, est sensibilisé très jeune à la '' présence '' du mythe. C'est l'expérience des histoires de Roger de Laron ; qui vont le pousser à retrouver la trace des Templiers, à découvrir la résurgence d'une nouvelle chevalerie sur les chemins de la '' Rose-Croix'' ; la survivance de l'alchimie ; et la réalité d'une nouvelle société rêvée en Franc-maçonnerie

 

A la société du XVIIIème siècle, correspondent les aspirations de la renaissance médiévale des XII et XIIIèmes siècles...

Ces deux périodes vivent une profonde mutation des aspirations et idéaux des hommes et femmes : la chevalerie, l'amour courtois ( ou un certain libertinage …) , la croissance économique, technique et scientifique. Les débats politiques et religieux laissent espérer de nouvelles perspectives. Ces deux périodes sont sur le plan artistique et intellectuel les plus novatrices ; et auront été de merveilleux laboratoires d'idées...

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Page du Roi, à la Cour de Versailles -2/2-

Publié le par Perceval

La Grande Écurie de Versailles

La Grande Écurie de Versailles

Page_de_la_chambre - Louis_XVI

Les pages sont suivis, trois fois par semaine, par un maître d'armes, de danse, de géographie, d'allemand, de mathématiques et un maître à voltiger, payés par le roi. Le reste du temps, qui n'est pas occupé par l'équitation, les pages sont libres; et peuvent se payer des maîtres particuliers.

 

Bien sûr, les pages suivent les célébrations religieuses quotidiennes: les pages doivent faire leurs dévotions ( c'est à dire s'approcher des sacrements) cinq fois par an, à Pâques, à la Pentecôte, à la Notre Dame d'Août, à la Toussaint et à Noël. A noter, la pratique janséniste de la double confession avant Pâques... «On disait la messe dans la chapelle, tous les jours ; et deux capucins, du couvent de Meudon, étaient chargés des prédications et de la direction de nos consciences.»

 

 

 

Les moeurs en usages des pages du Roi  - 1715Cartouche des pages du Roi  - 1755Argenterie, menus ... et affaires de la Chambre du Roi

 

Le lever est à sept heures et demie, à neuf heure la messe avant de déjeuner. La leçon commence à dix heures. Sortie de midi à une heure, puis dîner et sortie jusqu'à trois heures. Une leçon entre trois et quatre heures, et sortie jusqu'à neuf heures qui est l'heure de souper. « Nous y faisons la plus grande chère du monde.»

Il y a aussi une bibliothèque fort bien composée, d'où on prête des livres...

Versailles - Appartements, chasse et Lever du Roi
Versailles - Appartements, chasse et Lever du Roi
Versailles - Appartements, chasse et Lever du Roi
Versailles - Appartements, chasse et Lever du Roi

Versailles - Appartements, chasse et Lever du Roi

Après la deuxième année, la charge devient effective...

Ainsi, la page consiste à se trouver au grand lever du Roi ( Reine) , ou d'un Prince, à l’accompagner à la messe, à l’éclairer au retour de la chasse, et à assister au coucher pour lui donner ses pantoufles.

Les jours de grandes cérémonies, les pages montent sur la voiture à deux chevaux... À l’armée, les pages deviennent les aides de camp, et apprennent, à la source du commandement, à commander un jour.

Le Mariage du Dauphin

Certains sont choisis pour des missions, par exemple: « quand le Roi revient la nuit, il faut que nous portions à quatre le flambeau à cheval, en courant devant sa voiture, qui va fort vite, et étant le plus souvent très mal montés, ce qui n'est pas bien agréable.»

Un autre jour, le page est chargé, « par Monsieur le premier Écuyer de la mission de confiance d'aller remettre quelques petits pains de beurre (au château de la Muette) à Monsieur le Dauphin pour son déjeuner: il est heureusement arrivé dix minutes avant que le prince se mît à table, ce qui l'a surpris très agréablement.»

La charge de ''page '' est légère et on peut même se plaindre qu'elle soit trop peu absorbante. Les pages peuvent prendre leurs chevaux s'ils ne font rien et aller dîner à Paris, quand ils y ont affaire. Mais le bonheur d'approcher chaque jour le Roi, ou ses proches, de vivre en leur intimité compense bien des choses... Le page en est ravi, et le sentiment qui perce avant tout dans sa correspondance est bien l'attachement ardent, le loyalisme fougueux que lui et ses pareils nourrissent pour le souverain.

Très vite le jeune noble, est amené à se former au métier de courtisan et saisir, avec une sorte d'habileté instinctive, de finesse native, les moindres occasions qui peut le mettre en vue et en avant.

 

Les Pages du Roi, de la Reine, etc … formaient à Versailles une jeunesse turbulente, que le Grand Prévôt s'efforçait d'en réprimer les écarts. « Ils fréquentaient cafés et auberge, y faisaient de galantes rencontres, et trop souvent s'y livraient au libertinage. » Paul Fromageot (Historien, spécialiste de Versailles)

 

Jean-Léonard de la Bermondie, est conscient de bénéficier dans un de ces établissements destinés à perpétuer les traditions de l’ancienne chevalerie, de l'abondance de soins et de plaisirs, dont il n'était pas si coutumier en Limousin ...!

 

Sources: '' Un page de Louis XV. Lettres de Marie-Joseph de Lordat à son oncle Louis, comte de Lordat, brigadier des armées du Roi (1740-1747).'' ; et de Félix de France d’Hézecques aristocrate français (1774 – 1835) Souvenirs d'un page de la cour de Louis XV. ( « à mon arrivée à Versailles, on y comptait cent cinquante-huit pages, sans ceux d es princes du sang qui résidaient à Paris.»)

 

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Page du Roi à la cour de Versailles -1/2-

Publié le par Perceval

Vue et perspective des écuries de Versailles du côté de la grande cour

Vue et perspective des écuries de Versailles du côté de la grande cour

La mère de Jean-Léonard était parmi les proches de l'évêque de Limoges, Mrg Jean Gilles du Coetlosquet (1700-1784) qui deviendra le précepteur des petits-enfants de Louis XV... Lui-même protégé par Charles du Plessis d’Argentré à la cour de Versailles, sut recommander Jean-Léonard pour entrer comme page à la Petite écurie.

Cette réception fut un grand honneur pour son père. Bien sûr, il avait fallu apporter des preuves de noblesses qui puissent remonter à au moins 1550, et gagner le certificat délivré par Antoine Marie d'Hozier de Serigny (1721, 1801) juge d'armes de France.

 

Monsieur de Nestier,

Ecuyer Ordinaire de la grande Ecurie du Roy.

Jean-Léonard fut inscrit au Cabinet des Titres en même temps que Jean-François de Villoutreix de Breignac, et Jean-Batiste de Lubersac; pour ceux originaires du Limousin ...

 

A Versailles, lorsque l’on tourne le dos au château, deux bâtiments symétriques, sur le côté de l'avenue de paris, sont la Grande Ecurie du roi, et la Petite Ecurie de Paris.

C'est dans les grandes écuries que les chevaux de Louis XIV étaient dressés. Il y avait donc une multitude de personnel qui atteignait souvent 1000 individus : pages, écuyers, valets, palefreniers...sans oublier le chirurgien, l'apothicaire pour les préparations médicamenteuses des équidés, les musiciens pour le carrousel..etc

La plupart des pages étaient formés dans les deux Ecuries du roi, la grande et la petite, sous les charges des Ecuyers du roi.

Avec un appui à la cour, un minimum de qualités physiques, et la possibilité de subvenir à ses besoins ( c'est à dire, avoir une pension de cinq cents livres destinée aux menues dépenses...) on peut prétendre à devenir page à la cour de Versailles... Ensuite, habillement, nourriture, maîtres, soins pendant les maladies, tout était fourni avec une magnificence vraiment royale.

Les pages de la Maison du Roi se divisaient en plusieurs catégories, pages du Roi, de la Reine, du Dauphin, de la Dauphine, de Monsieur, de Mesdames et de plusieurs autres membres de la famille royale qui pouvaient prétendre à un tel train de cour selon le bon vouloir du monarque.

« Les pages de la reine, au nombre de douze, étaient vêtus de rouge, galons en or. Monsieur et M. le comte d’Artois avaient chacun quatre pages de la chambre, douze aux écuries ; et leurs épouses, huit. Ceux de Monsieur et de Madame étaient aussi en rouge et or. Les pages de la chambre étaient habillés de velours brodé ; les différences de la pose du galon faisaient la distinction que les couleurs ne faisaient pas. »

Justaucorps de grande livrée de la Maison du Roi, époque Louis XVI.

 

Arrivé à Versailles, armé de ses lettres de recommandations et accompagné de son père, qui paye le trousseau... Jean-Léonard de La Bermondie peut réclamer son habit et avoir un chapeau. Monsieur le gouverneur le présente à tous les pages, et le recommande au premier page...

Malgré tout, chaque nouveau venu craint à juste titre les ''malices'' que ne vont pas manquer lui faire subir les plus anciens pour établir leur autorité indiscutable ...

« Malheur à celui qui n’y apportait pas le goût de s’instruire ! Il en sortait bon danseur, tirant bien les armes, montant bien à cheval ; mais il en emportait des mœurs passablement relâchées, et beaucoup d’ignorance. . Ce qui pouvait compenser un peu ce mauvais côté, c’était un caractère excellent et plié à tout par la sévère éducation que les nouveaux recevaient des anciens. »

 

Sources: '' Un page de Louis XV. Lettres de Marie-Joseph de Lordat à son oncle Louis, comte de Lordat, brigadier des armées du Roi (1740-1747).'' ; et de Félix de France d’Hézecques aristocrate français (1774 – 1835) Souvenirs d'un page de la cour de Louis XV. ( « à mon arrivée à Versailles, on y comptait cent cinquante-huit pages, sans ceux d es princes du sang qui résidaient à Paris.»)

Vue du château de Versailles du coté de la grande avenue

Vue du château de Versailles du coté de la grande avenue

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Charles Antoine Coypel, peintre d'histoire

Publié le par Perceval

Charles Antoine Coypel, peintre d'histoire
Autoportrait

Charles Antoine Coypel ( 1694-1752), premier peintre du roi, est l'auteur de nombreuses pièces de théâtre... Portraitiste habile, et d'abord peintre d'histoire. Il pensait que la peinture d'histoire pût être renouvelée par le théâtre.

Il fut un habile politicien et il accéda aux plus hauts postes de l'administration artistique. Il exerça la charge de Garde des tableaux et dessins de la Couronne de 1722 à 1752. Il entra à l’Académie royale de peinture et de sculpture le 31 août 1715et en fut nommé directeur en 1747.

Il fut nommé Premier peintre du Roi en 1747 et a travaillé pour Madame de Pompadour. On revalorise alors les grands sujets d'histoire ...

Charles Antoine Coypel, peintre d'histoire
Charles Antoine Coypel, peintre d'histoire
Charles Antoine Coypel, peintre d'histoire
Charles Antoine Coypel, peintre d'histoire
Don Quichotte par C.A. Coypel
Don Quichotte par C.A. Coypel
Don Quichotte par C.A. Coypel
Don Quichotte par C.A. Coypel
Don Quichotte par C.A. Coypel
Don Quichotte par C.A. Coypel

Don Quichotte par C.A. Coypel

Portraits
Portraits
Portraits

Portraits

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Lire Lancelot-Graal au XVIIIe siècle.

Publié le par Perceval

Au XVIIIe siècle, lisait-on les romans médiévaux ?

Précisément, Jean Chapelain ( 1595 - 1674) de l'Académie française nous en parle, au siècle précédent ; mais son ouvrage '' De la lecture des vieux romans '' a en fait été publié pour la première fois à titre posthume en 1728.

 

Chapelain raconte qu’il a été surpris par deux lettrés Gilles Ménage ( érudit) et Jean-François Sarasin (historien et poète) alors qu’il était plongé dans la lecture d’un roman médiéval : Lancelot.

Sarasin observe que '' Lancelot '' est « la source de tous les romans qui, depuis quatre ou cinq siècles, ont fait le plus noble divertissement des cours de l’Europe ».

Ménage, défenseur des Anciens, déclare sa stupeur quand il a vu qu’un homme de goût comme Chapelain peut louer un livre que même les partisans de Modernes « nomment avec mépris ».

Pourtant, Chapelain réplique que, même s'il a commencé à lire l'ouvrage pour montrer comment la langue française est passé de sa grossièreté initiale au raffinement d'aujourd'hui ; il reconnaît apprécier sa lecture ….

Ménage ne peut retenir son indignation : « Je verrais volontiers quel autre profit on pourrait tirer de cette misérable carcasse. L’horreur même des ignorants et des grossiers. Ne me voudrez-vous point faire trouver en ce barbare quelque Homère ou quelque Tite-Live ? »

 

Comment Chapelain réagit-il ?

 

Chapelain défend l'idée que d’un point de vue littéraire, Homère et l’auteur de Lancelot sont complètement différents : le premier est noble et sublime, le second « rustique et rampant ». Mais la matière de leurs œuvres est semblable : l’un et l’autre ont composé des « fables ».Aristote aurait jugé favorablement Lancelot, comme il l’avait fait avec les poèmes d’Homère : le recours à la magie dans le premier n’est pas si différent de l’intervention des dieux dans les seconds.

L’auteur de Lancelot, affirme Chapelain, était un « barbare qui a plu à des barbares mais qui ne l’est pourtant point en tout ».

Ménage demande ironiquement s’il va falloir aussi supporter une comparaison entre l’auteur de Lancelot et Tite-Live... ? Chapelain réplique :

Celle […] qu’on prétendrait faire entre Lancelot et Tite-Live serait aussi folle que si l’on voulait en faire une entre Virgile et Tite-Live, entre la fausseté et la vérité. […] Si toutefois il ne lui est pas comparable par la vérité de l’histoire, n’étant composé que d’événements fabuleux, j’oserai dire qu’il lui pourrait être comparé par la vérité des mœurs et des coutumes dont l’un et l’autre fournissent des images parfaites : l’un [Tite-Live] des temps dont il a écrit, l’autre [Lancelot] de ceux où il a été écrit.

Un écrivain qui invente une histoire, un récit imaginaire qui a pour protagonistes des êtres humains, doit représenter des personnages fondés sur les us et coutumes de l’âge où ils ont vécu : dans le cas contraire, ils ne seraient pas crédibles. Chapelain fait une allusion implicite au célèbre passage de la Poétique  où Aristote soutient que « l’affaire du poète, ce n’est pas de parler de ce qui est arrivé, mais bien de ce qui aurait pu arriver et des choses possibles, selon la vraisemblance ou la nécessité. »

Sa conclusion : Lancelot nous offre « une représentation naïve, et s’il faut ainsi dire, une histoire certaine et exacte des mœurs qui régnaient dans les cours d’alors.».
 

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Don Quichotte face au Chevalier du Graal

Publié le par Perceval

Don Quichotte face au Chevalier du Graal

Le Héros médiéval est raillé par le personnage de Don Quichotte de Miguel Cervantes ( écrit au début du XVIIe s.)

Rappel:

Un pauvre ''hidalgo'' s'ennuie dans sa campagne de la Mancha et rêve d'idéal. Il lit tous les romans de chevalerie et pour atteindre à la même renommée que les héros de ses lectures, il décide de s'identifier à eux pour aller redresser les torts et lutter contre les injustices dans la Mancha. Il prend le nom de don Quichotte ( otte est un préfixe ridicule ), se revêt de son armure bricolée, monte sur son cheval Rossinante (latin rocin,âne et ante, avant) , identifie sa bien-aimée Dulcinée à une bergère des environs et très vite se fait seconder par un écuyer, le fidèle Sancho Panza qui s'associe à la folie de son maître...

 

Don Quichotte confond le livre et la réalité. Ainsi dans ce délire étourdissant du chapitre 17, où, face à deux troupeaux de moutons, le chevalier détaille pour Sancho ahuri les deux armées qu'il voit devant lui, « tant il était imprégné de ce qu'il avait lu dans ses livres mensongers »

Don Quichotte avait lu les ''romans de Chevalerie''. Ils étaient très en vogue, encore au ''siècle d'or'': El Siglo de Oro ( de 1492-1681). Le livre de Cervantes (1547-1616) est une parodie des mœurs médiévales et de l'idéal chevaleresque ; mais aussi une critique des structures sociales d'une société espagnole rigide et vécue comme absurde.

Pourtant le siècle des Lumières sera liée en Espagne avec une sorte de décadence sous Napoléon … L'inquisition reste puissante...

 

Revenons un peu en arrière :

La version castillane de la Quête du saint-Graal se nomme '' Demanda del Sancto Grial '', synthèse de modèles français et portugais.

« Dans un univers d’aventures foisonnantes, la Demanda réserve une place de choix au merveilleux avec la bête aboyeuse, les apparitions du Saint Graal et bien d’autres mystères. Elle cultive avec délectation l’art labyrinthique des romans de quête chevaleresque qui fascinaient tant Don Quichotte. La Demanda castillane est sans doute la dernière expression poétique d’une chevalerie médiévale flamboyante. » Philippe Walter dans la présentation de la traduction du texte.

 

La ''Demanda'' castillane est une réécriture en synthèse de La Quête du Saint-Graal et La Mort du roi Arthur) fusionnée avec le roman en prose de Tristan (composé vers 1230-1240). Cependant  la Demanda n’en contient pas moins des épisodes originaux pour lesquels aucune source française n’a pu être trouvée à ce jour. Il faut donc supposer l’existence d’autres sources inédites qui ont influencé les adaptateurs ibériques de cette matière.. »

 

Chaque chevalier part, seul, en Quête. Le récit s’intéresse successivement à chacun d’entre eux. Ce sont surtout Galaad et Palamède qui tiennent le devant de la scène à la fin de l’œuvre, mais un nombre important d’épisodes concernent tout au long du récit Gauvain, Érec ou d’autres chevaliers encore.

Galaad est véritablement le seul héros spirituel, il a renoncé aux séductions du monde pour se tourner vers l’espérance de la vie éternelle. Il est le modèle de vertus chevaleresques que l'Eglise valorise. La femme ici, tentatrice invétérée , pervertit les meilleurs chevaliers et Lancelot l’apprendra à ses dépens : il n’aura nul droit au Saint-Graal alors que son fils Galaad, le pur, le vierge et le juste, connaîtra le triomphe spirituel absolu : la contemplation suprême du Saint-Graal.

 

Don Quichotte, héros sorti directement de l'enfance, apprend, pas à pas, à surmonter les pièges que lui tend la vie sur terre.. Les hallucinations qui assaillent Don Quichotte se dissipent petit à petit ; mais elles ne sont peut-être qu'une mauvaise estimation de la magie dont est chargé toute réalité... Savons nous voir vraiment, au-delà de la ''banalité'', la ''sacralité '' de toute chose … ?

Cervantes a combattu les musulmans, et il a aussi rencontré une autre culture... Celle du désert où ont erré également Jésus et ses apôtres … Don Quichotte est peut-être aussi une réponse à la rencontre de deux cultures?

 

Don Quichotte refusera jusqu'au bout de sortir du projet sans lequel il ne peut vivre : « Dieu seul sait s'il existe ou non une Dulcinée sur le terre, balaie-t-il d'un revers de la main ; si elle est fantastique ou non ; et ce ne sont pas là des éclaircissements que l'on doit mener à terme. » ( Don Quichotte, 2nde partie) )

Don Quixote Knight and Death Theodor Baier

En opposition, Cervantes décrit un Don Quichotte pour qui le Graal est devenu un plat à barbe, qu'il prend pour le casque de Mambrin... La 'folie' de Don Quichotte le rend incapable de vivre comme le Roi Pêcheur mutilé... Le véritable objet de la quête de Don Quichotte c'est ''La chevalerie'', en même temps qu'il pense l'incarner... Perceval ( autre héros de l'échec...) ou Don Quichotte posséderaient donc le Graal, sans le savoir …

 

Don Quichotte n'a pas réussi à tuer le mythe de la Table Ronde...

Au contraire, ne pourrait-on pas penser que Don Quichotte a sa place parmi les Chevaliers de la quête ? …

Le ridicule ne tue pas ou ne démythifie pas … On pourrait ajouter à ces héros, L'Idiot de Dostoïevski, Gimpel d'Isaac Singer …

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Les Romans de la Chevalerie, et La vérité...

Publié le par Perceval

Charles-Antoine Coypel, La destruction du palais d'Armide

Charles-Antoine Coypel, La destruction du palais d'Armide

A partir du XVIe siècle, la fiction chevaleresque est dévalorisée... Rabelais place parmi les damnés qui peuplent l'enfer : « Alexandre, Xerxès et Darius ; Hector, Achille et Priam ; Scipion l’Africain, Pompée et César ; ainsi que Lancelot et les chevaliers de la Table ronde, Charlemagne et les douze pairs de France, ou encore Fierabras, Morgant le géant, Ogier le Dannois et Galien Restauré...»

On dénonce l’incohérence des croyances des contemporains, pour qui tous ces personnages constituent le panthéon héroïque de la chevalerie...

Les ''humanistes'' y dénoncent ces narrations qui se parent du lustre de l’histoire sans répondre aux règles antiques de la poésie. L'idée chevaleresque devient l’objet d’un débat qui traverse les siècles suivants... On y aborde les problèmes de l’authenticité et du caractère subversif du récit...

Au XVIIe, on parle de ''roman de chevalerie'' et on dénonce leur influence...

Étienne Jodelle ( poète né en  1532 à Paris où il est mort en juillet 1573) reproche aux romans de promouvoir sciemment l’image mensongère d’une vie parfaite, inspirée de celle des chevaliers errants afin de soustraire la noblesse à la crainte de Dieu, à l’étude et aux conditions utiles...

Don Quichotte conduit par la Folie et Embrase de l'amour extravagant de Dulcinee sort de chez luy pour estre Chevalier Errant

L’idéal chevaleresque et l’humanisme s’attachent à deux conceptions différentes de la « vérité » :

L’une héritée du Moyen Âge, privilégiant un ordre de vérité spirituel, universel et supérieur à la réalité matérielle,

l’autre, nouvelle, même si elle fonctionne par allégorie, privilégie la raison...

- « C'est l'idéal qui est la vérité ». Au Moyen-âge, le fait pour être '' vrai '' ne doit pas être nécessairement authentique ; il lui suffit d'être ''reconnu'' approuvé par une autorité dont on ne mat pas en doute la valeur.

Depuis le XIIe s. ''roman'' et ''histoire'' ont fait cause commune, et en ce début du XVIe siècle, l’histoire comme le roman relèvent de la poésie.

 

 

Portrait de Erasme de Rotterdam par Hans Holbein le jeune (1497-1543).

De la Recherche de la vérité... Par Nicolas Malebranche - 4e édition,  -- 1678

 

Les humanistes vont tenter d'extraire l'histoire de la poésie et du dogme religieux.

- La vérité est d'abord celle des faits .

C’est cette confrontation des ordres de réalité que Cervantès met en scène dans son Don Quichotte à la fin du XVIe siècle où s’affrontent l'idéal chevaleresque et réalité du quotidien...
 

Les Romans de la Chevalerie, et La vérité...
Les Romans de la Chevalerie, et La vérité...
Les Romans de la Chevalerie, et La vérité...
Les Romans de la Chevalerie, et La vérité...
Les Romans de la Chevalerie, et La vérité...
Les Romans de la Chevalerie, et La vérité...
Les Romans de la Chevalerie, et La vérité...
Les Romans de la Chevalerie, et La vérité...
Les Romans de la Chevalerie, et La vérité...
Les Romans de la Chevalerie, et La vérité...
Les Romans de la Chevalerie, et La vérité...
Les Romans de la Chevalerie, et La vérité...
Les Romans de la Chevalerie, et La vérité...

Au XVIIe siècle, l'histoire commencera à être reconnue comme art et différenciée de la fiction poétique. Mais l'histoire reste encore illustrative, et rejoint le roman... L'histoire reste une école de formation morale et spirituelle, et on va accorder à la culture chevaleresque qu'elle conserve une conception vraisemblable et exemplaire de la vérité...

L’exclusion définitive de la fiction du champ de l’histoire ne pourra se faire qu’à partir de la fin du XVIIe siècle avec la diffusion de la philosophie cartésienne.

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Au XVIIIe siècle, la bibliothèque bleue.

Publié le par Perceval

Les colporteurs de livres...Les colporteurs de livres...

Les colporteurs de livres...

Je reviens un petit peu en arrière dans la biographie de Jean Léonard de La Bermondie... Sous l'influence de sa mère et du bon curé de Saint-Julien le Petit, Jean-Léonard prend le goût de la lecture ; et peut-être du fait d'une bibliothèque familiale assez pauvre, l'enfant nourrit cette envie avec une littérature de colportage...

Après les villes - des almanachs, et des livrets populaires se répandent dans les campagnes par le biais des colporteurs ( ou mercerots) - et les paysans auront accès aux chroniques de Gargantua, à l'histoire de la fée Mélusine, à la chanson de geste de Roland... S'il est vrai que ces paysans ne lisent pas, pourtant ils connaissent le contenu de ces livrets, par l'intermédiaire d'une institution essentielle dans la vie quotidienne rurale : la veillée au cours de laquelle « le lecteur » du village, bon élève du curé, quelqu'un qui a vécu quelque temps en ville, fait pour tous la lecture des livres que le colporteur lui a vendus.

Le ''livre bleu'' est un petit livre broché, en papier ''bleu'' ( de mauvaise qualité), et il signifie qu'il est fait pour plaire « Voilà les contes bleus qu'il faut pour vous plaire », dit un personnage de Molière.

« Le goût de la littérature est si général qu'il serait bien dur et bien difficile d'empêcher entièrement ce genre de commerce. Ce serait priver d'une grande commodité les seigneurs qui vivent sur leurs terres, les curés des campagnes et beaucoup de particuliers qui sont retirés dans les bourgs et les villages où il n'y a point de libraires. » (Malesherbes.). Mais … certains s'inquiètent de cette littérature de divertissement..

 

S'il y a une prédominance des livres de piété. Des clercs éclairés regrettent que certains soient composés de légendes apocryphes, de pratiques superstitieuses, et critiquent « ces livres pleins d'indulgences & de promesses mal fondées, qui ne sont propres qu'à entretenir le pécheur dans une fausse sécurité. »

Au XVIIIe siècle, un auteur ( le Marquis d'Argens) s'indigne presque d'avoir vu « des personnes du peuple s'attendrir jusqu'aux larmes, en lisant... Geneviève de Brabant ou l'Innocence reconnue » .

De même – autre succès - « les almanachs remplis de semblables misères (l'astrologie), à peine le plus bas peuple y ajoute-t-il quelque foi »

En 1787, un pasteur du Ban-de-la-Roche, en Alsace, crée une bibliothèque de bons livres pour annuler les effets des almanachs. « Annuellement, on tire quarante mille exemplaires de l'Almanach de Bâle (...). Des Savoyards colportent par toute la France ce répertoire absurde qui perpétue jusqu'à nous les préjugés du XIIe. Siècle. Pour huit sols, chaque paysan se nantit de cette collection chiromancique, astrologique, dictée par le mauvais goût et le délire ».

 

En 1678, l'évêque d'Angers fait ces recommandations aux maîtres des petites écoles : « Ils doivent aussi bannir des petites Ecoles les livres de fables, les romans et toutes sortes de livres profanes & ridicules dont on se sert pour commencer à leur apprendre à lire, de peur que se remplissant la mémoire des choses qu'ils y lisent, ils ne prennent des impressions contraires aux sentiments de religion & de piété... ».

 

Tant-pis … !

Jean Léonard de La Bermondie apprend à lire avec '' l'Histoire des Quatre Fils Aymon''. Il peut aussi s'isoler en emportant avec lui : des fables de La Fontaine et d'Ésope, des pièces de Corneille ou des traductions abrégées de l'Arioste, de Quevedo, du Tasse ; ou même des récits diaboliques, comme '' Le Chevalier qui donne sa femme au diable ''... !

 

Très vite, Jean-Léonard traque les livrets d'occultisme qui lui offrent l'ouverture sur l'imaginaire... Leur contenu rejoint, en partie, les éléments d'astrologie du calendrier des bergers, mais avec plus d'ambitions... On y parle du ''Secret des Secrets de la nature'' avec des extraits tant du petit Albert que de philosophes hébreux, grecs, arabes, chaldêens, latins et plusieurs autres modernes. On y note aussi des ''secrets'' de Cornelius Agrippa, Merac, Tremegiste, d'Arnosa, de Villeneuve, de Cardan, d'Alexis Piemontais... Ces recueils livrent quelque chose de plus que le merveilleux : le moyen de connaître soi-même les secrets de la nature.

 

P. Costadau en 1720, écrit aussi : « Les Ephémérides ou Almanachs... doivent être considérez comme des livres pernicieux, & leur lecture devroit être interdite, comme capable de faire tomber dans l'erreur et la superstition, le simple peuple principalement, qui regarde comme des véritez infaillibles toutes ces prédictions merveilleuses ».

 

 

 

 

Ainsi, la littérature bon marché relève d'un contrôle de la part des élites, soit qu'elle transporte des superstitions, soit qu'elle diffuse des textes immoraux ou inconvenants.

Bossuet ne signale-t-il pas, les occasions de manquer aux 6e et 9e commandements : « Tout ce qui donne de mauvaises pensées, comme les tableaux, les livres, les danses et les entretiens impudiques » ?

On condamne donc ces « livres de contes obscènes, les romans et intrigues d'amour, les comédies et autres de ce genre ». On relève en cette seconde moitié du XVIIIe siècle, le colportage également des « chansons obscènes »..

 

Quant aux veillées, bien souvent évoquées en effet dans les textes d'origine ecclésiastiques, elles sont l'occasion de rencontres entre garçons et filles, de « discours obscènes, de chansons lascives ». On fait mention de lectures profanes à la veillée, dès le XVIe siècle qui concernent la petite noblesse rurale...

On note encore, au XVIIIe siècle, que de nombreux nobles ne possèdent pas de bibliothèques, ou alors très modestes. Dans ces médiocres bibliothèques, des ouvrages de piété — dont certains sont incontestablement des livrets bon marché — , de même que des ouvrages techniques (Parfait Mareschal, Histoire des Plantes, etc.), ou encore une Histoire de Cartouche, des Illustres Proverbes historiques, un Recueil de bons mots...etc

 

 

Francion dans '' La Vraie Histoire comique de Francion '' ( aventures amusantes de Francion, gentilhomme français à la recherche du grand amour. ) achète lui-même « de certains livres que l'on appelle des Romants, qui contenoient des prouesses des anciens Chevaliers ». Au XVIIIe siècle, dans la petite bourgeoisie rurale évoquée par Rétif on lit Jean de Paris, Robert le Diable, Fortunatus.

 

 

Les textes sont remaniés, le vocabulaire modernisé, le récit rendu un peu plus ''logique'' …

 

Restent en vogue également les romans de chevalerie (issus des versions mises en prose au XVe siècle des chansons de geste).. Le groupe des contes s'étoffe massivement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle avec l'apparition progressive d'une cinquantaine de titres débitant « au détail » les recueils de Perrault, Mme d'Aulnoy, Mlle de La Force.

On peut y ajouter quelques histoires de brigands, certaines anciennes, comme Guilleri, d'autres issues de l'actualité, qui reprennent également une tradition du XVIe siècle. La plupart de ces histoires reposent sur le même schéma : un héros, au cours d'un voyage, avec plus ou moins de magie ou de féerie, surmonte différentes épreuves ou réalise divers exploits.

Cet élément de magie (que nous retrouvons aussi dans les romans de chevalerie), c'est le cheval Bayard des Quatre fils Aymon et le magicien Maugis, Merlin avec Gargantua, la bourse et le chapeau de Fortunatus. Quant à la succession des épreuves ou des exploits (avec à la fin une reconnaissance), c'est le thème de Pierre de Provence, de Jean de Paris, de l'aventurier Buscon, et même de Robert le Diable, d'Hélène de Constantinople. On reconnaît là un élément classique du conte merveilleux.

On retrouve ce thème dans Geneviève de Brabant, livret qui tient à la fois du récit merveilleux par sa forme, et de la littérature de piété par son ton ...

Et c'est précisément cette histoire, qui mettra en chemin Jean-Léonard de La Bermondie sur les traces de Roger de Laron … A suivre …

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Au XVIIIe siècle, le collège des jésuites de Limoges.

Publié le par Perceval

Au XVIIIe siècle, le collège des jésuites de Limoges.

Les jésuites possèdent, en 1710, six cent douze collèges. Ils sont concurrencés en particulier par les Oratoriens ( fondés en 1611). Les Jésuites mettent au point dès 1599 leur Ratio studiorum, manuel condensant le programme de leurs collèges, accessible à tous.

Costumes des jésuites du XVIIe au XIXe siècle.

La belle place est faite aux lettres classiques : latin et grec. Dès la 5e (deuxième année), l’élève est plongé dans un autre univers : il côtoie les auteurs anciens, des cours se font en latin … Le latin est le sésame vers les humanités, fondement à leur tour des Belles-Lettres.

La philosophie est celle d’Aristote. Le collège est pour les jésuites, une citadelle de l’orthodoxie romaine contre les protestants, les jansénistes et les libres penseurs.

L’Histoire et la géographie sont marginales, les sciences naturelles (observations et expériences) sont peu présentes et les mathématiques ne sont abordés que durant la dernière année (deuxième année de philosophie). Cependant au XVIIIe siècle, certains cours innovent avec des leçons de chimie et des expériences sur les phénomènes électriques. Les Oratoriens insistent davantage sur les disciplines scientifiques...

La religion (messes, confessions, prières) tient évidemment une grande place dans l’enseignement, les collèges constituant le « fer de lance » de la Contre-Réforme. A côté de la religion est enseignée la morale et la civilité (l’art de se tenir en bonne société). A la pointe de la Contre-Réforme, la Compagnie de Jésus valorise l’art théâtral qui revêt à leurs yeux trois qualités : améliorer la mémorisation, obliger le contrôle de sa voix (effets de voix) et la maîtrise de son corps (se tenir droit, ne pas faire de gestes brusques). Les représentations sont publiques, les habitants de la ville ou du village venant y assister librement.

La discipline du collège jésuite est stricte; les punitions corporelles sont peu à peu abandonnées (au profit des blâmes, retenues,…). L’émulation et le sentiment de l’honneur sont largement mis à profit Par exemple, on peut diviser les classes en groupes, Romains, Carthaginois... qui s’affrontent pour faire gagner leur camp … En fin d’année se tient la remise des prix en public pour les meilleurs élèves, où les familles et les notables de la ville sont conviés à la cérémonie.

Une grande partie du travail de surveillance est effectuée à l’intérieur de la classe par les élèves eux-mêmes. Dans chaque classe est choisi parmi eux un normateur dont le travail est de tenir le registre quotidien des présences. D’autres élèves (un par groupe, ou décurie, là où existe ce système) jouent le rôle de gardiens de la morale. Ils sont habituellement appelés censores et leur tâche consiste à rapporter au professeur toute manifestation d’indiscipline. Chaque membre de la décurie, du chef jusqu’au dernier de la troupe, est noté en fonction de son travail et apparié avec son homologue des décuries rivales. Les équipes concurrentes combattent pour la meilleure place presque quotidiennement, chaque membre de la décurie défendant l’honneur du groupe contre ses rivaux.

L’objectif ultime de l’élève est de gagner la compétition mensuelle pour prendre le titre d’Empereuril capo dei capi.

 

Les élèves des collèges jésuites gardent le même régent quand ils montent de classe en classe, et l’enseignement de ce dernier est supervisé par ses supérieurs.

Le passage d'un élève dans une classe correspond généralement à la durée d'une année, de la Saint-Rémi – soit du 1er octobre – jusqu'à la mi-septembre. C’est seulement après avoir réussi une forme d'examen de passage que le collégien intègre un certain niveau de classe.

Le collège organise cinq niveaux différents de classes : aux trois premiers niveaux – grammaire inférieure nommée aussi « rudiments » ou « figures » ; grammaire dite moyenne ; grammaire supérieure, appelée aussi syntaxe – succèdent l'enseignement de la poésie ou humanités et le dernier niveau prévoyant l'apprentissage de la rhétorique, couronnement des quatre années préalables. Avant d'atteindre cette cinquième classe destinée à la rhétorique, l'élève a bénéficié de quatre années complètes consacrées à la grammaire, à la poésie et aux humanités. Ces quatre étapes jouent en quelque sorte le rôle de classes préparatoires permettant à l'élève jésuite de rayonner dans la discipline reine, celle de l’art de dire. Cet art occupe une place de choix parce qu’il est considéré comme nécessaire aussi bien à l’éloquence du prédicateur qu’à celle du courtisan qui devra plaider sa cause en société.

Au XVIIIe siècle, les effectifs dans les établissements secondaires chutent. En cause :la multiplication des établissements secondaires mais surtout le changement des mentalités. Le contenu enseigné par les congrégations ne correspond plus à « l’air du temps », dans un siècle de déchristianisation. Des voix s’élèvent contre la tyrannie gréco-latine pour réclamer le renforcement des cours de français, d’Histoire, de géographie et de sciences naturelles. Les élites (notamment les marchands) reprochent aux collèges de manquer de pragmatisme, de ne pas préparer les adolescents à la vie adulte.

En 1762, les Jésuites - sont expulsés hors du royaume par ordre du roi… ! ( nous aurons l'occasion d'en reparler …). Ils possèdent alors un tiers des collèges du France … Ce sont des raisons politiques et historiques qui conduisent à la suppression de l’ordre en 1763.

Pour l'heure, les Jésuites assurent même la gratuité de l’externat à partir de 1719, ce qui leur assure un large succès, en particulier de la bourgeoisie des villes... en même temps que croit la contestation de leur emprise sur la jeunesse et les esprits.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la clientèle des collèges jésuites n'est nullement limitée à la noblesse et aux couches supérieures de la bourgeoisie : les premiers ne constituent, en fait, que 4 à 6 % des effectifs. L'écart d'âge, dans une même classe peut être très important ...

Collège Jésuites - Limoges - retable architecturé

Les jésuites ont introduit trois nouveautés : la progressivité dans les études, les devoirs écrits (thèmes, dissertations latines), les notes, classements, concours, récompenses honorifiques et donc, je me répète : l’esprit de compétition.

 

En 1661, le collège de Limoges a 1200 élèves et 36 régents. En 1762, le Parlement de Paris proclame que la doctrine des Jésuites est "perverse, destructrice de tout principe de religion et même de probité, injurieuse à la morale chrétienne, pernicieuse à la vie civile". Le collège reste fermé un an , puis douze prêtres, sous le contrôle de l'évêque les remplacent. Le collège s’appellera Collège royal de Sainte Marie de Limoges. Aujourd'hui, il est devenu le Lycée Gay-Lussac.

Les continuelles difficultés de trésorerie ont empêché les pères jésuites d'entretenir convenablement les locaux qui sont abandonnés dans un état déplorable au moment de l'expulsion de la Compagnie. Une des premières tâches du bureau d'administration après 1763 consistera à faire reconstruire le corps principal des bâtiments (1767-1777).

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Au XVIIIe siècle, Jean-Léonard de la Bermondie à Saint-Julien le Petit.

Publié le par Perceval

Saint-Julien-le-Petit est une cure de l’ancien archiprêtré d’Aubusson, qui avait pour patron saint Julien de Brioude. Le chapitre d’Eymoutiers y nomme les curés, ce que des documents constatent depuis 1440.

Saint-Julien Le Petit (87) et la butte de l'Ancien château de Roger de Laron.

Au XVIIIe siècle il y a dans cette paroisse 160 communiants, pour environ 215 habitants.

L’église, qui est au sommet du bourg, non loin du château, a été construite au XIIe siècle en style roman, et réparée au XVe en style gothique.

Au XVIIIe on se sert pour réparer cette église des matériaux provenant de la démolition de la chapelle de Montlaron.

A Montlaron, existait en ce lieu, en 1467, un prieuré qui avait pour patron saint Laurent.

Le prieur de l’Artige y nommait les titulaires : ce fut plus tard le recteur des Jésuites du collège de Limoges. Eu égard à l’inutilité de la chapelle, et à la modicité du revenu, sa démolition fut ordonnée en 1751 et les matériaux employés aux réparations de l’église paroissiale.

Sont prieurs de Montlaron : Martial de La Chambre, chanoine de Saint-Léonard, en 1691. Et, Jean Guy, en 1734.

 

Au XVIIIe siècle sont curés de Saint-Julien le Petit : Jean Pasquelet, en 1683. - N. Glangeaud, en 1735. - et Léonard Cramouzaud, nommé en 1762, est déporté pendant la Révolution, et il est nommé de nouveau curé le 24 avril 1803.

Le château de J.L. de La Bermondie au XIXe

Construit avec les matériaux du château de Laron : Le château de Saint-Julien-le-Petit, se compose d’un corps de bâtiment et de deux pavillons, et date tout au plus du XVIIe siècle.

Avant la Révolution il est donc habité par Marc Antoine de La Bermondie, mort le 29 avril 1710. Lui succède son fils, Pierre-Annet, qu'un document de 1741 qualifie de baron de Laron et de Saint-Julien ''en Limousin''. Pierre-Annet de Labermondie, est écuyer, baron de Laron, comte d'Auberoche, et décède en 1756. Ils sont avec Jean-Léonard petit-fils, et fils, les derniers seigneurs de Laron.

Les armes de la famille de La Bermondie sont de gueules à la tour d’argent maçonnée de sable et une bordure d’azur chargée de huit besants d’or.

Jean Léonard de LA BERMONDIE d'AUBEROCHE, naît le 16 avril 1739 à St Julien-le-Petit (87). Il est le fils de Pierre Annet de La Bermondie ( né en 1704 - ) et de Catherine de La Pomélie.
 
Jean-Léonard apprend à lire avec sa mère, puis très vite c'est le curé du village qui prend la suite, en cours particulier au château. Catherine, sa mère, est très pieuse et entretient les meilleures relations avec l'évêque de Limoges: Mrg Jean Gilles du Coetlosquet (1700-1784) qui deviendra le précepteur des petits-enfants de Louis XV (les futurs Louis XVI, Louis XVIII et Charles X) et sera élu à l'Académie française (1761). Pour le moment, le prélat est réputé zélé et consciencieux. Il aime à sillonner son diocèse; et s'attache à cet enfant de La Bermondie qu'il aura l'occasion de soutenir à plusiers reprises ...
La leçon de lecture - Louis Aubert

 

Le jeune Jean-Léonard pour accompagner sa solitude prend plaisir à lire et étudier... Cependant il souffre de ne pas mémoriser sans difficulté... Il va jusqu'à passer des nuits en cachette à réviser ses leçons de latin... au point d'effrayer son père. Pierre-Annet de Labermondie, porte peu d'intérêt aux études, dont les clers qui entourent sa femme font l'éloge. Il préfère gérer ses terres, et se détendre avec la chasse...

Pressé par sa mère, qui désire passionnément que son fils fasse ses études, le seigneur de Laron consent à mener Jean-Léonard ( il a dix ans) au collège des jésuites de Limoges.

Après le relatif succès aux épreuves qu'un régent d'étude lui fait passer, Jean-Léonard est admis en cinquième... Selon l'usage du collège, il est logé avec cinq autres écoliers, chez un honnête artisan de la ville ; et son père, assez triste de s'en retourner seul lui laisse son paquet et des vivres pour la semaine : un gros pain de seigle, un petit fromage, un morceau de lard et deux ou trois livres de bœuf ; sa mère y avait ajouté une douzaine de pommes.

« Notre bourgeoise nous faisait la cuisine, et pour sa peine, son feu, sa lampe, ses lits, son logement, et même les légumes de son petit jardin qu'elle mettait au pot, nous lui donnions par tête vingt-cinq sols par mois ; en sorte que, tout calculé, hormis mon vêtement, je pouvais coûter, à mon père, de quatre à cinq louis par an. »

 

« Du mois d'octobre où nous étions, jusqu'aux fêtes de Pâques, il n'y eut pour moi ni amusement, ni dissipation...

Marmontel

Dès lors je fus l'un des meilleurs écoliers de la classe, et peut-être le plus heureux : car j'aimais mon devoir, et, presque sûr de le faire assez bien, ce n'était pour moi qu'un plaisir. Le choix des mots et leur emploi en traduisant de l'une en l'autre langue, même déjà quelque élégance dans la construction des phrases, commencèrent à m'occuper ; et ce travail, qui ne va point sans l'analyse des idées, me fortifia la mémoire. Je m’aperçus que c'était l'idée attachée au mot qui lui faisait prendre racine ; et la réflexion me fit bientôt sentir que l'étude des langues était aussi l'étude de l'art de démêler les nuances de la pensée, de la décomposer, d'en former le tissu, d'en saisir avec précision les caractères et les rapports ; qu'avec les mots, autant de nouvelles idées s'introduisaient et se développaient dans la tête des jeunes gens, et qu'ainsi les premières classes étaient un cours de philosophie élémentaire bien plus riche, plus étendu et plus réellement utile qu'on ne pense, lorsqu'on se plaint que, dans les collèges. on n'apprenne que du latin. »

Mémoires de Jean-François Marmontel (né en 1723 à Bort-les-Orgues et mort en 1799) est un encyclopédiste, historien, conteur, romancier, grammairien et poète, dramaturge et philosophe français.

A suivre: Jean-Léonard au collège de jésuites de Limoges....

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