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Henri Poincaré, mathématicien et philosophe.

Publié le par Perceval

Il est vrai que le ''tout Paris'' connaît mieux Caroline Otero que Marie Curie, ou Boni de Castellane que Henri Poincaré... Cependant un grand siècle scientifique se met en place...

Collège-de-France-1904

La France et le pays de Descartes ( on vient de fêter en 1896 le tricentenaire de la naissance de Descartes) , la raison est déterminante et chacun a foi en une vérité absolue ... Pourtant des penseurs et savants questionnent la connaissance en soi... Poincaré proclame que la géométrie d'Euclide n'est la plus vraie que parce que, elle est la plus commode... Le positivisme est mis à mal, alors que la science ouvre des portes: la théorie atomique, la radioactivité ...etc

N'oublions pas - parmi ceux qui réagissent au positivisme scientiste - la mouvance symboliste et décadentiste, la mode de l’occultisme, l’attrait pour le spiritisme et, d’une manière générale, le renouveau du spiritualisme dont Bergson reste le principal représentant au tournant du siècle.

La foule se presse aux portes du Collège de France

Comme de nombreux parisiens cultivés, Anne-Laure de Sallembier se presse devant le Collège de France, pour entrer dans la salle n°8 et écouter notamment Bergson; ou courre les conférences données par Henri Poincaré ( ainsi, celle donnée à ''Foi et Vie'' sur '' La morale et la science''...

Poincaré ne publiait pas lui-même ses cours à la Sorbonne et ses conférences... Ses étudiants ou ses collaborateurs ( comme JBV) s'en chargeaient.

 

Sans-doute est-ce le goût de l'érudition, de la Quête, qui ont réunit Anne-Laure et Jean-Baptiste; en particulier ce sur quoi - de la littérature à la science, en passant par la philosophie - la Connaissance s'enrichit chaque jour au point de nous faire penser que nous pouvons peut-être accéder à la Vérité...

Ce siècle nouveau leur permettra t-il de conclure la Quête du Graal ...?

Henri Poincaré (1854-1912), est un personnage qui passerait facilement inaperçu... Il est petit, myope. Enfant, il voit mal au tableau et développe une mémoire auditive. Il se souvient de ses cours, sans prendre de notes. Il dessine mal, mais possède une vision spatiale, qu'il développe en géométrie... Il peut effectuer toute une suite de calculs mentalement, et les coucher sur papier en rentrant chez lui... Après avoir compris, il écrit vite, très vite au point de commettre des erreurs...

Il aime lire, et écrire... Il s'essaie sur un roman, et des pièces de théâtre...

Henri Poincaré souffre d'insomnies, et de troubles de l'attention. Il ne pratique pas le sport. Il n'est pas liant et peu enclin aux confidences. Il se soumet aux règles de vie par désintérêt, et provoque ainsi des fautes par distraction....

Depuis l'âge de 18ans, il se considère agnostique et se méfie de l'institution catholique, de ses positions anti-intellectuelles, et son influence sur la vie sociale... Il professe le droit à '' la libre pensée''. Il est républicain, et pour la propriété individuelle. Il est pour que les femmes se libèrent de l'influence cléricale et acquièrent tous les droits civiques ...

Dreyfusard, il critique les méthodes d'analyse du bordereau qui semble accuser Dreyfus...

Henri Poincaré, mathématicien et philosophe.

En ce début de siècle, Henri Poincaré est considéré comme l'un des derniers savants ''universels''; que l'on questionne sur des domaines qui s’étendent des mathématiques à la physique aussi bien que de l’astronomie à la philosophie. Il œuvre, toute sa carrière durant, à la vulgarisation de ses résultats et des grands travaux de la science.

La science dévoile la Vérité - 1900

Pour Poincaré, une formation littéraire ( avec pratique du thème et de la version latine...) est mieux formée pour suivre les subtilités du raisonnement mathématique que le bachelier scientifique... Pour lui Science et philosophie ne s'opposent pas; la philosophie étant le cadre réflexif de diverses activités.

La recherche de la vérité est au coeur de l'activité humaine.

« Vouloir faire tenir la nature dans la science, ce serait vouloir faire entrer le tout dans la partie »; la science ne peut pas nous faire connaître "la véritable nature des choses", mais "les véritables rapports des choses"

La science nous fait connaître quelque chose de la réalité : « les rapports entre les choses ; en dehors de ces rapports il n’y a pas de réalité connaissable »

 

Poincaré parle de ''relativité"... Relativité, parce que si, un système est connu par l'observation du scientifique, cette observation donne lieu à un modèle, qui n'est qu'une convention... Les principes de la mécanique, les axiomes géométriques... sont des conventions... La science ne dit pas le ''vrai'', elle dit ce qui est commode pour notre raison...

Ce modèle est rationnel, et interdépendant de celui qui l'observe et d'autres systèmes ... Tout est interdépendant, et non pas soumis au hasard...

Anne-Laure extrapole les propos de Poincaré, sur la philosophie, et sur la religion... Les dogmes ne sont que des conventions...

Henri Poincaré en famille - 1904

« Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir. » (Extrait de La Science et l’hypothèse, 1908)

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Mondanités et érudition.

Publié le par Perceval

Vous pensez peut-être que la mondanité d’Anne-Laure de Sallembier l'écarte d'une véritable vie intellectuelle... Au contraire : en ce début du siècle, le public des salons est constitué d'une élite de politiques, hommes et femmes de lettres, et de personnes qui tiennent à incarner l'esprit français, celui qui se rattache au goût de la ''conversation'' … Même Marcel Proust, qui place la littérature bien-au-dessus de la ''conversation'' ( Contre Sainte-Beuve), sera qualifié de mondain … C'est qu'un salon est bien utile pour la création littéraire ; même si les goûts nouveaux tels le naturalisme, se sont éloignés des sphères mondaines... Anatole France, fait remarquer que « les passions d'une femme du monde sont aussi intéressantes et fécondes en observation que celles des laveuses de vaisselle et des filles » ( Enquête sur l'évolution littéraire)

 

Paul Hervieu (1857-1915) fait dire à un artiste, personnage d'un de ses romans : « J'aime le spectacle du monde parce que - si vil et si imparfait qu'il soit - je considère qu'il représente encore les résultats de civilisation les plus perfectionnés, jusqu'à nouvel ordre [...].

D'abord, un salon est l'endroit de civilisation d'où l'on a le plus banni tous ces genres de moyens matériels, affectés ailleurs à l'animalité des gens. Quelle qu'en soit la valeur, une salle à manger, un cabinet de toilette, même du dernier confort, une chambre à coucher (pour ne rien dire de plus), tout cela s'adresse aux nécessités de la bête humaine. Mais un salon, dont l'utilité n'est que d'être inutile, qui est un lieu paré pour de perpétuelles parades, où tous les actes sont oisifs et toutes les paroles convenues, tandis que le temps qu'on y passe est lui-même de luxe, ne saurais-tu.vraiment concevoir qu'il y ait un état d'art dans cette atmosphère artificielle ? »

 

Dans la mesure où il est théâtral et artificiel, ''le monde'' permet de s’abstraire des réalités matérielles et des nécessités qui nous régissent. Sa fonction même est d'être inutile puisqu'on y perd son temps, au milieu d'une société qui a pour moteur l'utile et le profit. Il serait donc de façon surprenante, le lieu même de la liberté … ( Extrait de '' Les Salons de la IIIe République'' un excellent ouvrage très documenté de Anne Martin-Fugier)

Ces ''gens du monde'' ont ce privilège - d'avoir le temps – et de pouvoir s'intéresser à la psychologie, à ''l'âme humaine''... Certains encore s’intéressent au savoir intellectuel et scientifique... Bien sûr en ce siècle bourgeois, c'est une conception toute aristocrate, qui a de moins en moins de réalité … Le mot même d'érudit va perdre de son prestige, au profit de ce qui est artistique... L'affaire Dreyfus va dans un certain milieu valoriser l'intellectuel ( substantif forgé à cette occasion) qui connaîtra ensuite sa notoriété...

Ainsi vient le temps, où l'on va mépriser Mme de Cambremer, bonne connaisseuse de Schopenhauer... Le Narrateur de La Recherche s'en étonne... :

«  (…) j’étais tellement habitué depuis que je les avais vus pour la première fois à considérer la femme comme une personne malgré tout remarquable, connaissant à fond Schopenhauer et ayant accès en somme dans un milieu intellectuel qui était fermé à son grossier époux, que je fus d’abord étonné d’entendre Saint-Loup répondre : « Sa femme est idiote, je te l’abandonne. Mais lui est un excellent homme qui était doué et qui est resté fort agréable. « Par l' idiotie » de la femme, Saint-Loup entendait sans doute le désir éperdu de celle-ci de fréquenter le grand monde, ce que le grand monde juge le plus sévèrement.. » ( le Temps Retrouvé)

 

Si il y a quelque intérêt, donc, dans les passions des femmes du monde... Alors, je n'ai encore rien dit de ces très nombreuses lettres, amoureuses, signée par Jean-Baptiste de V. et adressées à Anne-Laure de Sallembier entre 1902 et 1915...

Quelques notes d'Anne-Laure, de voyage en particulier, font souvent allusion à JB, avec qui elle entretient beaucoup de complicité, mais dont elle semble se plaindre assez souvent pour sa conduite... JB, en effet, est amoureux, mais peu fidèle ...!

Mes recherches m'incitent à penser qu'il s'agit d'un même personnage et qu'il devrait s'agir du baron Jean-Baptiste de Vassy, originaire d'Alençon. Le baron est plus jeune qu'Anne-Laure; né en 1880, il sera tué en 1915 pendant la grande guerre... Il vit à Paris et jouit d'une petite fortune, qui lui permet de se consacrer à l'érudition; et en particulier à approfondir ses connaissances scientifiques...

En effet, il a trouvé chez Henri Poincaré (1854-1912), l'intérêt affectueux d'un professeur pour un ancien élève ( il avait envisagé l'entrée à Polytechnique ...). Soutenu par le mathématicien (.« il a de l’aisance ; il peut suivre une carrière lente et peu avantageuse du côté de la fortune..» précise t-il), il a sollicité - et obtenu - auprès du ministre de l’Instruction publique une place d’employé surnuméraire à la bibliothèque du Collège de France... Ainsi, tout en négligeant une carrière plus lucrative à laquelle il se formait, il préfère ce modeste poste et servir l'illustre savant Henri Poincaré...

JBV va consacrer sa courte vie, au service et à l'admiration de deux personnalités la comtesse de Sallembier et Henri Poincaré...

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A la recherche de Marcel Proust - Hélène Standish -

Publié le par Perceval

A l'intérieur de la malle que nous a léguée mon aïeule Anne-Laure de Sallembier, il y a un dossier empli de documents ( articles, journaux, notes...) autour de Marcel Proust, composé après sa mort... Cependant, rien n'indique qu'elle ait de près partagé quelque lien avec l'écrivain ; aucune autographe, lettre ou photo...

Marcel Proust

Je sais pourtant qu'elle eut plusieurs fois l'occasion de le croiser, non seulement lors de cette soirée chez la princesse de Polignac le 4 juin 1908 ; mais également au cours du mois d'août 1907 à Cabourg, comme je vais avoir l'occasion d'en raconter quelques péripéties dignes d'un vaudeville...

 

Je vais remonter le temps encore, pour évoquer les liens relationnels qui me permettent de penser que Marcel Proust et Anne-Laure de Sallembier ont eu bien d'autres raisons de se croiser...

 

La personne qui ferait le lien, serait Hélène Standish (1847-1933), née Hélène de Pérusse des Cars, épouse d'Henry Standish...

Helène Standish, est une femme du monde connue pour sa beauté, et bien connue de la société française et britannique.. Elle a reçu dans son salon parisien de nombreux artistes de renom et inspiré Marcel Proust.

Mme Henry Standish née Hélène de Pérusse des Cars (28 mars 1882). Paul Nadar (1856-1939)

Le prince de Galles, futur souverain du Royaume-Uni sous le titre d'Édouard VII (1841-1910), est un francophile ardent. Il est reçu dans les grandes maisons de l'aristocratie, notamment chez la comtesse Élisabeth Greffulhe rue d'Astorg à Paris, le duc et la duchesse de La Trémoille à Rambouillet ainsi que Lord et Lady Standish dans leur Hôtel particulier, au no 3 rue de Belloy dans le 16e arrondissement de Paris. Parmi ses liaisons, la rumeur rapporte la relation passionnelle en 1874 tissée entre le prince et la belle Mme Standish...

Plus tard, le couple royal et la famille Standish resteront des amis proches...

 

A propos de la passion qu'inspire Hélène Standish, il y a celle du général Gaston de Galliffet (1831-1909) - le massacreur de la Commune – et qui va inspirer à Marcel Proust le vaniteux personnage du général de Froberville. La confidence est rapportée par Alfred de Gramont, alors que le Général loge chez Henry Standish; il n'hésite pas à le critiquer, alors qu'il lui donne l'hospitalité, mais plus par jalousie, car il avoue au prince de Gramont sa passion pour la maîtresse de maison : « Il m'a répété souvent qu'il n'avait jamais aimé et qu'il n'aimait qu'une seule femme au monde plus que tout, c'était Mme Standish » Galliffet est à ce moment, Inspecteur général de la cavalerie, avant de devenir Ministre de la Guerre de 1899 à 1900.

 

Anne-Laure a passé une grande partie de son enfance à Fléchigné (en Mayenne).

Mariée, puis enceinte et mère, elle se retrouve ''coincée'' sur ses terres, alors que la vie mondaine de Paris, n'a cessé de l’éblouir et de l'attirer...

Le 10 janvier 1900, elle met au monde un fils, qu'elle appelle Lancelot... Quelques années après son mariage, Georges de Sallembier, meurt subitement ( 1902) d’une fièvre typhoïde, à Paris...

La belle Anne-Laure navigue alors entre Paris, le château de Fléchigné, et les loisirs de la vie mondaine parisienne qui prend villégiature, en bord de mer ...

 

Non loin des terres et du manoir de Fléchigné - à quelques kilomètres - se situe le château d'Hauteville. Des liens amicaux se sont tissés entre Anne-Laure de Sallembier et Émilie de Pérusse des Cars (1844-1901) qui a hérité en 1882 du château de Hauteville et de son domaine à Charchigné. Emilie est mariée depuis 1874 avec le comte Bertrand de Montesquiou-Fezensac. Ils ont une fille, Mathilde née en 1883, qui y passe une jeunesse heureuse aux côtés de sa mère protectrice pendant les périples de son père - capitaine de frégate - sur de lointains océans.

le Château_de_Hauteville à Charchigné propriété de Mathilde de Montesquiou-Fézensac depuis 1902

"Le château à l'époque de sa splendeur employait une cinquantaine de domestiques. Il comprenait 99 chambres. L'entretien de l'aile principale occupait une personne l'année durant. Il permettait à plusieurs familles de vivre sur les terres. Les fermiers étaient en métayage. Ils n'étaient pas riches, mais ne manquaient cependant pas du nécessaire. Tout devait être partagé de moitié avec le château. Des règles étaient à respecter de façon draconienne : les fermiers n'étaient pas assurés de rester d'une année sur l'autre sur la même exploitation. L'intendant régnait en maître. Un certain Galereau, un novateur dans l'agriculture, qui introduisit le chou cavalier dans la région, et fit le premier coucher les vaches dehors, était particulièrement craint." (wiki)

 

Le 1er mars 1901, la mère de Mathilde, Emilie, meurt de maladie, en son château de Hauteville; puis son père, l'année suivante... Ils sont inhumés en la chapelle de Hauteville dans le cimetière de Charchigné.

Mathilde est alors mineure et elle est prise en charge par sa tante Hélène Standish, née de Pérusse des Cars...

Hélène est l'épouse de Lord Henry Noailles Widdrington Standish of Standish, une très ancienne famille aristocratique britannique.

Hélène Standish accueille sa nièce et l'installe en son hôtel parisien au no 3 rue de Belloy dans le 16e arrondissement de Paris. Leur salon est l'un des plus réputés de la capitale avec celui de leur amie, la comtesse Élisabeth Greffulhe rue d'Astorg à Paris. Élisabeth Greffulhe est la fille de Marie Joséphine Anatole de Montesquiou-Fézensac, nièce du contre-amiral Bertrand de Montesquiou-Fézensac et donc cousine de Mathilde.

à l’Opéra de Paris (1907) par Jean Béraud

 

Marcel Proust s'est inspiré pour son personnage de la duchesse de Guermantes de plusieurs grandes dames comme Laure de Chevigné, la comtesse Jean de Castellane, Mme Straus, la comtesse Greffulhe et son amie Mme Standish.

Pendant un gala, à l’Opéra de Paris, le narrateur contemple la société aristocratique installée dans les baignoires, sortes de loges disposées derrière les fauteuils d’orchestre. La scène où la duchesse et la princesse de Guermantes côte à côte et « s'admirant mutuellement », aurait été inspirée par la vision de Mme Standish en 1912, auprès de la comtesse Greffulhe dans l'illustre loge où Marcel Proust était invité pour la représentation de Sumurum, pantomime inspirée des Mille et Une Nuits montée par Max Reinhardt le 24 mai 1912 au Vaudeville.

Le journaliste Saint-Simon du Gaulois, décrit Lady Standish au cours d'un bal organisé à l'hôtel Continental au mois de mai 1883, au profit de l'œuvre de l'Hospitalité de nuit

« Mme Standish est la belle des belles. L'admiration de tous court au devant d'elle comme les yeux vont à la lumière. Elle n'est pas la plus distinguée des Parisiennes ; elle est la distinction incarnée. Sa robe est noire et relevée de nœuds-blancs. Elle porte en sautoir une écharpe de perles, et comme une reine, elle a le front ceint d'un diadème. »

La gouvernante de Marcel Proust, Céleste Albaret, évoque Mathilde de Montesquiou-Fézensa :

« Je me rappelle… Pendant les deux dernières années, quand nous étions rue Hamelin, après avoir quitté le boulevard Haussmann, il y avait une dame du monde [Hélène Standish] qui avait son hôtel particulier juste au coin de la rue La Pérouse […] Cette dame avait été très belle et gardait une élégance très stricte […] M. Proust la connaissait pour l'avoir vue chez la comtesse Greffulhe, je crois, et avait été fasciné par sa mise. Elle avait une nièce qui vivait avec elle comme sa fille, parce qu'elle n'avait pas eu d'enfant, et cette nièce, me racontait M. Proust en riant, avait une telle admiration pour lui que, disait-elle, si elle ne parvenait pas à l'épouser, elle ne voyait qu'un autre homme avec qui se marier : le célèbre organiste Widor, qui était beaucoup plus âgé qu'elle. De fait, elle s'est mariée avec Widor, qui est venu partager l'hôtel particulier de la rue La Pérouse. »
d'Albert Guillaume

Ainsi, Anne-Laure de Sallembier fréquentant le salon d'Hélène Standish, n'a pas manqué de croiser Marcel Proust et la comtesse Élisabeth Greffulhe; elle-même recevant Hélène Standish dans son salon de la rue d'Astorg à Paris.

Il est intéressant aussi de constater qu'Anne-Laure ait pu rencontrer chez Hélène Standish, Raymond Poincaré, républicain laïque, est plusieurs fois ministre puis président du conseil et enfin président de la République. Elles apprécient et estiment cet homme d'État pour sa modération, son attitude tolérante envers la religion et son opposition à l'anticléricalisme.

Mathilde est une jeune femme qui n'a pas la beauté et surtout la force de caractère de sa tante; et elle finit par abandonner la gestion du domaine de Hauteville à Hélène et Henry Standish... Ils entreprennent des travaux de rénovation et installe un calorifère afin d'assurer le chauffage de la propriété. Ils viennent régulièrement séjourner dans le prestigieux domaine avec leur nièce.

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Jules de Gaultier – le Bovarysme.

Publié le par Perceval

En particulier au Mercure, les préoccupations et les discussions tournent beaucoup autour des relations entre les hommes et et les femmes … A ce propos, une figure de femme entretient de longues discussions, celle d'Emma Bovary... !

 

Madame Bovary est parue pour la première fois, en 1856, dans La Revue de Paris.

Nous dirions que c'est une histoire banale... et précisément, fait scandale à cause de sa banalité même : deux adultères et un suicide. Un fait divers, marqué par son époque.. Une femme insatisfaite, qui, après avoir cherché des sensations intenses dans la littérature, les images de la religion et la relation amoureuse, n’échappe à son milieu que par la mort. Ce portrait fait par Flaubert (1821-1880) semble si juste, réaliste ; qu'est adopté un néologisme basé sur ce personnage : « le bovarisme » ou « bovarysme »... Ce terme est employé une première fois en 1880 dans le Siècle pour qualifier la ''maladie'' ( Flaubert était médecin) dont souffre Emma...

Jules de Gaultier (1858-1942) - (Paris, entre 1901 et 1905)

L'homme qui entretient Anne-Laure de Sallembier, de ce sujet est Jules de Gaultier (1858-1942), que nous avons déjà évoqué...

Jules – homme élégant, à l'attitude noble - est un simple receveur des finances, qui va faire de la philosophie et publier dans les revues les plus prestigieuses… Il connaît bien la Normandie, qu'il apprécie ( Anne-Laure y est bien-sûr attachée …) ; à Paris, dit-il, il est comme « dans une chambre sans fenêtre » ...

Il soutient que le bovarysme, qui toucherait beaucoup de femmes, serait d'être amoureuse de l'amour, au lieu d'être amoureuse d'un homme ( bien réel...)... Comme Don Quichotte ( pour l'homme...), Emma Bovary mélange la vie, et ses illusions ; et ils ne peuvent pas supporter la réalité...

- Il s'agit donc d'une maladie... ?

- Non …. C'est un état de fait … !

- Vous exagérez...

- Pensez-vous que chacun d'entre nous puissions avoir la connaissance effective de la réalité … ? Le premier pas – disons créateur - de l'homme, c'est de distinguer le moi du monde extérieur … Il voit la diversité du monde, il distingue des ''phénomènes''...

- Il se fait une idée du monde qui l'entoure ….

- Oui, mais attention... Ce monde n'est pas figé. Il évolue...

- Mais, ce qui se montre à nous, peut nous mentir ! ?

- Oui... et de plus, notre perception aussi … Le tout repose nécessairement sur une illusion... !

- Alors... Comment accéder à la Vérité … ?

- « Croire ! Contempler ! ce double vœu a hanté de tout temps les cervelles philosophiques ; il a partagé le monde des philosophes en deux types rivaux et ennemis : le sacerdote et l’artiste. »

En fait, Jules de Gaultier pense « que toute vérité, qu’elle soit morale ou scientifique, n’est jamais vraie en soi, mais qu’elle ne l’est qu’en fonction de son utilité présente ou passée. »

Jules de Gaultier se rattache à à Schopenhauer, par son éducation philosophique...

« Le monde est un spectacle à regarder et non un problème à résoudre » dit-il.

Anne-Laure de Sallembier, découvre Nietzsche, grâce à Gaultier qui tient la chronique philosophique du Mercure... Il ne réside pas à Paris, mais Anne-Laure le voit régulièrement lors de ces passages. Élégant, physique d'officier de cavalerie, il parle posément en bon professeur. Il semble ne parler que de ''bovarysme'' ; il en a fait la clé de voûte de sa philosophie. C'est une manière de parler de la limite de la Connaissance ; et concerne l'humain en général... « toute réalité qui se connaît elle-même, se connaît autre qu’elle n’est. Ainsi s’énonce, resserrée en la forme d’un aphorisme, la notion du Bovarysme ».

Ce que nous appelons connaissance est en fait une création de notre part. La réalité phénoménale est autre qu'elle n'est ! Notre perception repose sur une illusion... Il ne resta au philosophe que de croire ou contempler...

Proche de Nietzsche, Gaultier reste fondamentalement persuadé que toute vérité, qu’elle soit morale ou scientifique, n’est jamais vraie en soi, mais qu’elle ne l’est qu’en fonction de son utilité présente ou passée.

Le « rationalisme » lui apparaît comme étant « une confusion des catégories de l’intelligence et de la croyance ».

Seuls les artistes ne sont pas dupes des illusions qu'ils créent. L'art est essentiel, c’est un des moyens que la vie choisit pour manifester « qu’elle veut aussi prendre conscience d’elle-même ». C'est ce que Gaultier appelle : la « justification esthétique de l'existence ». Le philosophe-artiste est critique du monde, même s'il reste sensible aux idées du temps...

 

Le philosophe tente de comprendre le mécanisme des actions humaines et de chercher quel peut bien être leur but, et si elles en ont un, ou si la vie n'est pas autre chose qu'un ensemble de gestes évoluant parmi les ténèbres du hasard.

La philosophie rejoint les mythes qui ré-enchantent la banalité du quotidien, non que ce quotidien soit banal, mais parce qu'ils en traitent avec génie ( analogue à un sujet traité avec art, ou sans art …) Schopenhauer dit, comme Shakespeare... Frédéric Nietzsche, est en même temps un grand poète et un grand philosophe.

Je peux imaginer comment ce discours a pu émouvoir Anne-Laure ; elle, qui tentait de comprendre comment l'histoire du Graal, de Perceval, des chevaliers de la Table Ronde, et des femmes-fées, pouvaient encore parler à des hommes et femmes de raison en ce début du siècle … !

 

La question posée par ''le bovarysme'', est qu'il peut se développe dans un sens absolument opposé à la personnalité réelle de l'individu. On parle alors de maladie, s'il s'agit de fausse passion, fausse vocation. Le ''non-vrai'' devient une condition de l'existence ; jusqu'au moment où le rêve se brise au contact de la réalité... Par exemple, quand Emma imite la signature de son mari sur les billets qu'elle a souscrits, malheureusement, son imagination ne change pas la loi du monde. Les effets souscrits sont représentés à leur échéance. Impayés, ils sont protestés. Emma, plutôt que d'avouer, choisit la mort.

 

Pour Gaultier, encore, l''instinct de vie'' pousse l'individu à créer de l'illusion pour vivre ( idoles …) ; à l'opposé'' l'instinct de connaissance'' en doute et démystifie...

Baudelaire disait : « … Je sortirai quant à moi satisfait d'un monde où l'action n'est pas la sœur du rêve. » ( Reniement de saint Pierre, des Fleurs du Mal )

 

Nietzsche affirme que le mythe est d'une manière générale « le lit de paresse de la pensée » … Et donc, s'il s'agit de nourrir sa pensée par les mythes, il faut ne pas s'y laisser enfermer, telle une croyance ; mais s'y laisser inspirer, interroger... Le mythe a cette faculté de proposer une multiplicité de sens …

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1900 - Le Mercure de France (suite)

Publié le par Perceval

Le parcours intellectuel - je n'ose dire la vie...- d'Anne-Laure de Sallembier va connaître un tournant avec son entrée dans l'intimité du cercle littéraire du '' Mercure de France ''… Non pas comme écrivain ; plutôt – j'imagine – comme femme du monde, qui soutient - à l'image de ces femmes de la bourgeoisie, retenues dans leur énergie – et gravite autour de sphères d'influence pour soutenir des causes intellectuelles...

 

A leur retour de Nouvelle-Calédonie, Anne-Laure reçoit chez elle le couple Paul et Marie Chabaneix, lui médecin, et tous les deux écrivains... Leur pseudonyme est Nervat... Anne-Laure sympathise avec Marie Nervat et exprime son émerveillement devant l'union tendre que renvoie le couple. Ils publient en 1897, les ''cantiques des cantiques'', les ''Rêves unis'' en 1905, sous leur double pseudonyme. Hélas, Marie va mourir en 1909... !

Marie Nervat. par Kees van Dongen

 

« C'est si beau, le ciel bleu, la mer, toute la vie ;

je suis jeune et l'on m'aime, et j'ai peur de mourir !

l'idée de mort me hante ainsi quand le soir tombe,

dans la tranquillité de la maison j'ai peur;

il me semble La voir glisser ainsi qu'une ombre

et puis, pour l'arrêter, ses mains touchent mon cœur.

Idée, je voudrais te chasser! Quand sous la lampe

je le vois laisser là son livre et me sourire

alors qu'il fait si noir en moi, sans rien lui dire,

je détourne mes yeux pour lui cacher mes larmes...

De son bonheur il ne faut ne parler qu'à voix basse. » Marie Nervat

 

C'est peut-être par l’intermédiaire du couple Nervat, qu'Anne-Laure de Sallembier va pénétrer le salon du Mercure de France... Elle y fera d'étonnantes rencontres, qui chacune seront une facette de cette Quête qu'elle a héritée...

Elle va rencontrer Remy de Gourmont (1858-1915) , et le visiter semble t-il assez souvent dans un appartement sous les toits, rue des Saints-Pères, encombré de livres...: rencontres surréalistes ! ( enfin, disons ''symbolistes''...)...

Dans sa mansarde, sans luxe, Gourmont semble vivre tel un grand seigneur sur de vastes domaines intellectuels... Il vit reclus ( défiguré par une sorte de lupus...) ; seule Natalie Clifford Barney (1876-1972) réussira ( par la passion qu'elle lui inspire) à le sortir... et le Cinématographe que Blaise Cendrars lui aurait fait découvrir...

 

Remy de Gourmont est un esprit curieux de tout, énormément érudit, il écrit beaucoup... Homme de passion ; Anne-Laure est touché par cet absolu qu'il donne à l’intelligence, mais aussi parce que tout son esprit accorde à l'amour, la beauté... Il lui répond « on écrit autant avec son caractère, qu'avec son esprit... »

Il semble pour Anne-Laure, être un vieux sorcier allemand hanté par des visions somptueuses, ou effrayantes...

Quand Remy de Gourmont, rencontre Natalie Barney – amenée chez lui par Edouard Champion ; elle a 34ans ( lui 52) ; Elle est belle. Il est laid. Elle est riche. Il ne l’est pas. Elle aime les femmes. Il les aime également : un amour platonique pour celle qui faisait un poème de sa vie... On dit – et c'est écrit sur sa tombe – qu'elle fut l’Amazone de Remy de Gourmont...

 

Jules Gaultier qui tient la chronique philosophique, va compléter les notions d'Anne-Laure sur Schopenhauer – auteur à la mode – et l'initier à la lecture de Friedrich Nietzsche... Elle se souvient aussi de plusieurs discussions autour de ''Madame Bovary '' de Flaubert ; et de qu'il appelle le '' bovarysme '' ( nous en reparlerons bientôt...) …

Anne-Laure se méfie de ce Paul Léautaud qui ne quitte guère la Revue ; toujours là, il a l’œil sur tout. Très indépendant, critique et brutal... Elle n'aime pas son regard sur elle...

Léautaud (1915) de Michele Catti

 

Paul Léautaud (1872-1956) - invité par Gourmont a rejoindre le Mercure comme secrétaire de rédaction – est un familier du salon de Rachilde. Il est injuste avec les femmes ( comme à son ordinaire), il affecte de se plaindre de leur « bêtise, de leur physionomie », telle Mme Kolney : « si cuisinière, femme de service, avec son éternelle rhume de cerveau et ses gros yeux de … bœuf ; Mme Danville, prétentieuse, l'idée qu'elle est spirituelle, mordante, lettrée, que dis-je ? Intellectuelle. Ah ma chère ! (…) et cette dinde prétentieuse de Madame Aurel …. etc...» Paul Léautaud dans son '' Journal ordinaire'' Il est étrange que cet homme peu sympathique, soit l'ami de Paul Valéry (1871-1945), lui qui aime tant les femmes …

 

Madame Danville pratique le spiritisme, avec son mari, Gaston Danville (1870-1933); lui-même collaborateur fidèle des premières années du Mercure de France et auteur des ''Contes d’au-delà''. Le couple est passionné de sciences et de psychologie; et, Anne-Laure s'amuse de les entendre parler d'amour, comme s'il parlait d'une expérience toute scientifique …

Les expériences sur l’esprit humain, sont très à la mode en cette fin de siècle avec les cours de Charcot, l’école de la Salpêtrière, les expériences de magnétisme, de suggestion, d’hypnose...

 

En 1905, Gaston Danville publie '' Le parfum de la luxure''. Dans ce roman,un paquebot est piégé dans les eaux de l'Atlantide ( la dérive du bateau est décrite comme un désir amoureux) lorsqu'une éruption sous-marine ramène le continent perdu à la surface( l’île joue alors le rôle de la séductrice ) et que son équipage et ses passagers sont soumis à d'étranges influences mentales qui stimulent leurs pulsions érotiques.

En ce début du XXe siècle, l'Atlantide évoquent pour certains un espace dominé par les femmes. L’île - terrae incognitae - s’incarne dans une figure féminine.

L’Atlantide est une énigme... Il s'agit d'un voyage vers le Féminin, représentée par l'île engloutie... La curiosité vers l'inconnu s'exprime en une attirance sexuelle, et l'exploration et une rencontre amoureuse. Découvrir une femme, c’est résoudre l’énigme.

En fait, ce sont les souvenirs, les émotions ou les pulsions inconscientes qui hantent les personnages et alimentent leurs actions. Sur l'île les passagers oublient leurs préjugés, libres de l'envie, de la possession, et de la pudeur... Ces transgressions seront finalement entraînées dans un cataclysme.

La vie en Atlantide est une tentation, un rêve exaltant mais irréalisable ...

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1900 - Les salons artistes et mondains -4- le Mercure de France

Publié le par Perceval

La revue s'inscrit dans la lignée du couple improbable que forment Marguerite Eymery dite, Rachilde (1860-1953) et Alfred Valette (1858-1935). Le rayonnement de Rachilde avec ses réceptions du mardi, contribue à la réussite de l’entreprise de presse puis de publication...

Femme et ''homme de lettres'', on la nomme la '' reine des décadents'' ou ''Madame Baudelaire''...

Elle tient salon, selon le mot de Paul Valéry, sur un « pandémonium de fumeurs » dans un lieu « rouge sombre » - au 26 rue de Condé… Elle y reçoit es écrivains et poètes comme Jules Renard, Maurice Barrès, Pierre Louÿs, Émile Verhaeren, Paul Verlaine, Jean Moréas, Paul et Victor Margueritte, Francis Carco, André Gide, Catulle Mendès, Léo d'Orfer (Marius Pouget), Natalie Clifford Barney, Henry Bataille, Guillaume Apollinaire, Alfred Jarry, Léon Bloy, Remy de Gourmont, Joris-Karl Huysmans, l'astronome Camille Flammarion, Stéphane Mallarmé, Henry Gauthier-Villars dit « Willy », Jean Lorrain, Laurent Tailhade, Louis Dumur et Oscar Wilde....

Léon Paul Fargue « Ces réunions célestes avaient lieu à la fin de la journée. Au bout d’une heure, le petit salon était devenu une tabagie. L’air y était épais comme une miche. On se voyait à peine. Les grands personnages y semblaient peints sur un fond de brouillard, comme les génies du Titien ou de Rubens, au point que Vallette fut un jour tout à fait obligé d’acheter un appareil à absorber la fumée. Il nous fut alors possible de voir nos grandes personnes, autrement que dans les formes de fantômes : Remy de Gourmont […], Henri de Régnier […], Valéry, tout en traits vigoureux et en nerfs, la moustache en pointe, déjà maître d’une conversation qui cloquait d’idées ; Marcel Schwob, plein de lettres et de grimoires […], Pierre Louÿs, qui avait un des plus jolis visages de l’époque […], Alfred Jarry, […], Paul Fort […], Jean Lorrain, […] aux yeux poilus et liquides […], les mains baguées des carcans, des ganglions et des cabochons de l’époque […], Jean de Tinan, Philippe Berthelot, Édouard Julia et tant d’autres, ceinturés dès la porte d’un coup de lasso par le grand rire de Rachilde! »

Rachilde 1860 - 1953.

 

En 1878, alors qu'elle travaille comme journaliste pour '' L'école des Femmes '', et qu'elle pratique l'occultisme ; elle prend le nom d'un gentilhomme dont elle rapporte la parole comme médium : un gentilhomme suédois du seizième siècle, Rachilde....

En 1884, elle publie '' Monsieur Vénus '' qui lui vaut une condamnation en Belgique pour pornographie …

Un an après elle devient une des rares femmes à obtenir un permis de la préfecture de la police pour s'habiller comme un « homme », compte-tenu de sa profession de journaliste...

Rachilde rencontre Vallette au bal Bullier en 1885... Elle fréquente les cafés à la mode, le Chat Noir et le Café du Soleil d’or, où elle gifle Moréas qui a osé déclarer : « Victor Hugo est un con ». Tailhade, Victor et Paul Margueritte, Jules Renard et Verlaine, sont déjà ses amis... Elle sort d'une passion malheureuse pour le poète Catulle Mendès...

Vallette confie à Jules Renard, qui retranscrit ses paroles dans son Journal : « Rachilde et moi, nous nous emboîtons bien cérébralement. Nous sommes égaux […], c’est une femme d’un esprit vraiment hors ligne... »

 

Le 12 juin 1889, Laurent Tailhade, est le témoin du mariage de Rachilde avec Alfred Vallette. Nous connaissons déjà M. Tailhade.... En 1897, il a une liaison avec Anne Osmont (1872-1953), traductrice, poète et romancière française qui publie au Mercure. Elle est une des plus grandes occultistes du début du vingtième siècle. Etrange liaison, entre une ésotériste et un polémiste anarchiste de droite... 

 

Je reviens au salon de Vallette et de sa femme Rachilde, qui reçoit aussi beaucoup les femmes ; comme épouses, Mme Berthelot ou Mme Jane Catulle Mendès (1867-1965)..., ou comme femmes du monde telle Anne-Laure..., et surtout comme femmes de lettres : la poétesse Lucie Delarue-Mardrus, également Liane de Pougy (1869-1950), et même la journaliste militante Séverine (1855-1929). Oui, ici, se mêlent dreyfusards et anti-dreyfusard, plutôt patriotes, plutôt conservateurs jusqu'à anarchistes de droite...

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1900 - Les salons artistes et mondains - la Porte de Parsifal

Publié le par Perceval

1899 chez Anna de Noailles- De gauche à droite, debout : prince Edmond de Polignac, princesse de Brancovan, Marcel Proust, prince Constantin de Brancovan (frère d’Anna de Noailles), Léon Delafosse. Au 2ème rang : Mme de Montgenard, princesse de Polignac, comtesse Anna de Noailles, Au 1er rang : princesse Hélène de Caraman-Chimay (sœur d’Anna de Noailles), Abel Hermant

1899 chez Anna de Noailles- De gauche à droite, debout : prince Edmond de Polignac, princesse de Brancovan, Marcel Proust, prince Constantin de Brancovan (frère d’Anna de Noailles), Léon Delafosse. Au 2ème rang : Mme de Montgenard, princesse de Polignac, comtesse Anna de Noailles, Au 1er rang : princesse Hélène de Caraman-Chimay (sœur d’Anna de Noailles), Abel Hermant

PAUL CÉSAR HELLEU Princesse E. de Polignac

Nous avons évoqué la finalité de l'Art... Une femme, encore, a porté à cette époque cet idéal esthétique, par la musique en particulier ; il s'agit de Winnetta Singer devenue Princesse Polignac (1865-1943)...

Les Polignac, est une dynastie originaire du Puy-en-Velay qui remonte ses preuves de noblesse au IXe siècle, elle ne se réduit pas à la personne de la grande amie de Marie-Antoinette, gouvernante des enfants de France. 

 

D’origine américaine, née en 1865, Winnaretta est très jeune à la mort de son père, Isaac Singer, l’inventeur de la machine à coudre, qui lui laisse une fortune considérable. Winnaretta Singer (1865-1943) est millionnaire à 18 ans...

D'abord mariée à 22 ans, avec le prince Louis de Scey-Montbéliard en 1887, ce mariage sera annulé par le Vatican en 1892 ( Elle se serait réfugiée sur une armoire pendant sa nuit de noces, effrayée de ce qui se passait et aurait menacé son mari de se tuer s'il l'approchait. ).

En 1893, elle se marie avec le prince de Polignac, homosexuel, bien plus âgé qu'elle, et amoureux platonique. Le Prince Edmond de Polignac, est le fils du ministre de Charles X... Son ami Marcel Proust le compare à « un donjon désaffecté qu’on aurait aménagé en bibliothèque » ...

 

Winnaretta est musicienne et une artiste peintre ; mécène, elle reçoit dans son atelier de peinture de la rue Cortambert (que Proust surnommait le Hall), dans sa campagne de Saint-Leu-la-Forêt ou dans son immense hôtel particulier parisien au 57 de l’avenue Henri-Martin, « la plus élégante fumerie d’opium de Paris » selon Paul Morand. On y croisait, outre Marcel Proust -qui évoqua son Salon dans un article publié dans le Figaro du 6 septembre 1903-, Monet, Cocteau, Colette, Nabokov, Picasso, Valéry. Surtout on pouvait y entendre, en avant-première, les chefs d’œuvres musicaux qu’elle commanditait à la fine fleur de l’avant-garde.

Avec son mari, ils font chaque année le ''pèlerinage'' à Bayreuth ; Edmond est déjà venu au secours de Wagner après son échec avec Tannhäuser à l’Opéra de Paris...

Figaro - Dîner chez la princesse de Polignac, ce 4 juin 1908, présence de Me de Sallembier, et M. Proust

Ravel a présenté à la Princesse de Polignac la dédicace de son dernier ouvrage: Pavane pour une infante défunte . À cette époque, il était courant que les artistes demandent la permission avant de dédier une œuvre à qui que ce soit, mais avant que Winnaretta ne puisse s'opposer à la décision de Ravel, Pavane s'était déjà avéré être un succès exceptionnel. Elle accepta cette dédicace et devint finalement l'un des supporters les plus passionnés de la musique de Ravel.

« Le désir de Winnaretta de faire entendre des œuvres qui nécessitaient des exécutants en très grand nombre, ce que l'on ne voyait jamais dans des demeures privées avait une conséquence fâcheuse. Elle devait inviter beaucoup de monde à ses concerts pour équilibrer la foule des musiciens et, souvent, la qualité des auditeurs diminuait en fonction de leur quantité. Les critiques et les chroniqueurs mondains étaient tantôt ennuyés, tantôt amusés par la réunion de princesses coiffées de chapeaux élégants et de ducs qui renversaient leur chaise, faisaient tinter leur cuillère dans les tasses et papotaient bruyamment cependant que les musiciens tentaient de lutter énergiquement contre ce fond sonore évocateur d'une basse-cour. » Michael de COSSART: Une américaine à Paris (Paris, Plon, 1978)

Baronnne Olga de Meyer (à droite)

Winnaretta a de nombreuses relations amoureuses, qu'elle ne dissimule pas, avec des femmes, notamment : la compositrice Ethel Smyth, la peintre Romaine Brooks qui débute en 1905, et met fin à sa liaison avec Olga de Meyer.

Olga de Meyer (1871-1930) est connue pour sa beauté, elle est le modèle et la muse de nombreux artistes, donc Jacques-Émile Blanche, James Jebusa Shannon, James McNeill Whistler, Giovanni Boldini, Walter Sickert, William Ranken, John Singer Sargent et Paul César Helleu.

Un autre de ses admirateurs n'était autre que Charles Conder, qui s'amouracha d'Olga Caracciolo et peignit son portrait. On comptait également dans son cercle de fréquentation Aubrey Beardsley. Olga de Meyer a également inspiré des personnages des romans d'Elinor Glyn et d'Ada Leverson.

Winnaretta aima d'autres femmes mariées... A Venise, un mari ''offensé'' d'être trompé, voulut se battre en duel avec elle…

Porte de Parsifal - Eugène Grasset, Projet de Porte monumentale, aquarelle de présentation (1890), Paris, Petit Palais.

Porte de Parsifal - Eugène Grasset, Projet de Porte monumentale, aquarelle de présentation (1890), Paris, Petit Palais.

Winnaretta confia à Anne-Laure sa passion pour la musique de Wagner... et le désir qu'elle eut de créer à côté de son atelier une sorte de Temple au Graal... !

Sérieusement … Elle a envisagé une porte monumentale qu'elle confierait au sculpteur et céramiste Jean Carriès. Eugène Grasset, dessinateur, conçut un projet dont il reste un dessin daté du 16 janvier 1890. Satisfaite du projet, Winnaretta a signé la commande à Carriès, qui n'est jamais allé au bout du projet … !

Ce dessin est nommé '' la Porte de Parsifal'' :

La porte monumentale devait être habillée de carreaux de céramique représentant des visages masculins et féminins et un bestiaire assez étrange. Au centre, un pilier portait une statuette à l’effigie de Winnaretta, elle-même assez curieuse, car elle est représentée comme une très jeune fille belle et altière, qui foule aux pieds un serpent, et porte sur le bras gauche… un chat.

Paris Musées - Petit Palais - Jean Carriès

 

Les salons sont plus ou moins '' artistes '' ou plus ou moins ''mondains'' .. Pour les mondains : des salons raffinés comme celui de la Comtesse Aimery de la Rochefoucauld (1852-1913)( fréquenté par M. Paul Bourget, Proust...) ; le salon '' finance et grande industrie '' de Mme Henri Schneider , ou celui plus ''aristocratie politique'' de la duchesse de La Rochefoucauld-Doudeauville... pour lesquels les règles de ''recrutement sont très ciblées...

Le salon de Mme de Caillavet, est un ''salon littéraire'', le dimanche ...

Chez la comtesse Greffülhe, on est « mondain, musical, littéraire ; très éclectique », chez la comtesse d'Haussonville, on est « mondain, politique littéraire ; chez Mme Madeleine Lemaire « musique et littérature »...

Certains salons esquissent des carrières académiques, et pour être candidat à l'Académie, à l'Institut... ; il est recommandé de faire quelque stage dans certains salons de ''grandes examinatrices '' …

Le jeune poète Henri Hertz (1875-1966) est convié dans l'un de ces salons :

« (…) il y a là aussi quelques regards lourds d'amoureuses qui se posent et se retiennent ; et dans ceux des jeunes femmes mariées, il y a de la langueur de regret : ceux des mères frétillent à l'unisson des yeux de leurs filles ! L’œil des hommes insulte, marque, ou gouaille, avec tous les signes de la luxure, du dédain blasé, ou de l'expérience indulgente comme ne face des naïvetés enfantines ! Tout cela assoupi et retenu ici, sans excès, parce qu'on est dans un salon protestant ! »

Hertz continue et note sur ces ''salons'' ce qui lui semble spécifiquement français : « En France, le sens romanesque, passionnel, galant prime tout ; une femme est toujours une femme dans les trafics aussi bien que dans les salons ; la femme se montre continuellement femme, l'homme continuellement homme ; le souci du sexe ne quitte ni leurs yeux, ni leurs gestes.

L'amour règle toutes leurs réunions. C'est ce qui donne à toutes les assemblées françaises, aux plaisirs, aux discours, aux affaires, un aspect particulier... »

Sources :''Paris 1900: Essai d'histoire culturelle'' de Christophe Prochasson

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Anne-Laure de Sallembier – La Quête et la vie mondaine

Publié le par Perceval

Une fête littéraire à Versailles - Le Gaulois 31 Mai 1894 Proust - (Gallica)

Une fête littéraire à Versailles - Le Gaulois 31 Mai 1894 Proust - (Gallica)

Longchamp (Paris), en 1908

En quoi la vie mondaine, contribue t-elle à la Quête … ? La comtesse Anne-Laure de Sallembier en est persuadée : par exemple, quand elle interroge ses amis sur la place de l'art dans leur vie... Anne-Laure appartient à une société où la place de l'esthétique est prépondérante...

Si l'esthétique s'offre à la sensibilité, elle est destinée à l'esprit : un esprit ouvert à l'Absolu...

L'Art passe par l'humain, et lui offre une prise de conscience de soi … Et, à cette époque, ce qui est flagrant c'est la tension constante entre le masculin et le féminin...

Exemple mondain: la femme y est sujet et objet de beauté... La sensibilité provoque les cœur et le corps ; mais finalement ce sont l'âme et l'esprit qui s'enrichissent de l'expérience esthétique ...

 

« Je tiens l’art pour la tâche suprême et l’activité proprement métaphysique de cette vie » Nietzsche (1844-1900) (La Naissance de la tragédie)

 

 

Comme nous venons de le voir, la place du vêtement est essentiel dans une soirée mondaine. La femme, alors s'y sent investit d'une mission : la toilette féminine est une œuvre d’art.

« Mme la comtesse Greffuhle, délicieusement habillée : la robe est de soie lilas rosé, semée d’orchidées et recouverte de mousseline de soie de même nuance, le chapeau fleuri d’orchidées et tout entouré de gaze lilas » Proust - dans la revue Le Gaulois et intitulé ''Une fête littéraire à Versailles''

Ce qui gène Anne-Laure, favorisée alors par sa jeunesse et ses traits ; c'est d'être ''objet '', et non ''sujet''...

Cependant ce n'est pas le cas. Marcel Proust fait de l'élégante, une artiste. Il assigne à la femme qui porte le vêtement un rôle de créateur.

« Je me disais que la femme que je voyais de loin marcher, ouvrir son ombrelle, traverser la rue, était, de l’avis des connaisseurs, la plus grande artiste actuelle dans l’art d’accomplir ces mouvements et d’en faire quelque chose de délicieux » Proust À la recherche du temps perdu, La Pléiade, 1987 t. II – Ici la duchesse est une artiste dans l'art d'accomplir des gestes, dans le mouvement du corps...

 

Mme Swann au bois déploie « le pavillon de soie d’une large ombrelle de la même nuance que l’effeuillaison des pétales de sa robe […] ayant l’air d’assurance et de calme du créateur qui a accompli son œuvre et ne se soucie plus du reste » Proust À la Recherche du Temps Perdu, La Pléiade, 1987 t. I.

Mariano Fortuny

 

La femme artiste, finit d'âtre assimilée elle-même comme oeuvre d'art. Elle est ''contaminée'' par sa toilette ; cette impression est valorisée par la comparaison d'un tableau : Oriane et son manteau avec un « magnifique rouge Tiepolo » RTP, tome III ; ou Albertine et son manteau de Fortuny qui évoque un tableau de Carpaccio...

« Quand il avait regardé longtemps ce Botticelli, il pensait à son Botticelli à lui qu’il trouvait plus beau encore et, approchant de lui la photographie de Zéphora, il croyait serrer Odette contre son cœur. »

 

Oui, tout ceci est ''beau'' ; mais ce n'est pas la vie... ! ?

Cette question est fondamentale pour Proust : l'Art réside t-il dans la femme peinte ou dans la femme réelle … ?

 

«  (…) tout mon argent passait à avoir des chevaux, une automobile, des toilettes pour Albertine. Mais ma chambre ne contenait-elle pas une œuvre d'art plus précieuse que toutes celles-là ? C'était Albertine elle-même. » La Prisonnière, RTP, t. III

La femme comme œuvre d'art... ?... Non... En conclusion :

« Mais non, Albertine n'était nullement pour moi une œuvre d'art. Je savais ce que c'était qu'admirer une femme d'une façon artistique, j'avais connu Swann. »

La-Gandara- Portrait de femme en rose, 1905

 

En 1907, une femme peut s'affirmer comme ''artiste de l'élégance'' et contrer cette tentation (perverse) de l’idolâtrie... Ce qu'il faut admirer, c'est l'artiste en œuvre...

L'art pour Proust éclaircit la vie, la révèle à elle-même :

 

« La grandeur de l'art véritable, au contraire, de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie. » Le temps Retrouvé, RTP, t. IV

M. de Norpois est un diplomate, et son art fait de tact et d'usages, se rapproche de celui de l'écrivain : trouver les bons mots, la bonne formule...

Expo Albert Besnard

Pour Anne-Laure, la question essentielle de l'Art, trouve une réponse avec la proposition de Marcel Proust :

«  (…) le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. » Proust, Le Temps Retrouvé.

Ainsi l'art permet d'accéder au vrai ; à la vraie vie , qui n'est pas la vie sociale avec ses conventions ; mais la vie intérieure.

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Anne-Laure de Sallembier et la vie mondaine.

Publié le par Perceval

Anne-Laure de Sallembier vivait dans un hôtel particulier avenue Victor-Hugo... Vendu à la fin de la grande guerre, il fut détruit pour construire un immeuble...

Proust-Nina Companeez

Anne-Laure, intégrée au grand monde, a prêté sa plume pour quelques chroniques dans les colonnes du Figaro... Gaston Calmette est directeur du journal, depuis 1902 ; il modernise et fait remonter les tirages en visant surtout les milieux aristocratiques... Beaucoup de ''petites mains '' relaient les festivités les plus prestigieuses ; et il faut y participer soi-même, pour nommer ensuite les personnes les plus en vue …

Des grandes familles, de noblesse ancienne, voire chevaleresque, sont particulièrement suivies : les ''Clermont-Tonnerre'', ''Salignac-Fénelon'' ''Castelbajac''...

Proust-volker-schlondorff

Dans les carnets d'Anne-Laure, nous trouvons 142 comtes(ses), 46 marquis(es) et 32 princes(ses), sans oublier les ducs comme les Broglie, les Brissac et les Gramont.

Bien sûr, de nombreux bourgeois : des grandes personnalités des mondes politique, diplomatique, économique, artistique et littéraire, sont présents sur la liste des mondains...

Le Figaro, tient à présenter une société élégante, qui se croise dans un monde de raffinement et de goût. Les formules consacrées sont celles de « Tout-Paris élégant », de « Société élégante », d’« assistance nombreuse et élégante ».

Les femmes incarnent le raffinement des modes vestimentaires : pour cette raison elles doivent « briller » en société. Les chroniques mondaines n’insistent jamais assez sur « l’élégance des toilettes » féminines : des descriptions très précises sont faites sur les tenues portées par les grandes dames du Monde lors des courses hippiques ou des bals costumés.

Anne-Laure de Sallembier elle-même semble s'habiller exclusivement chez Jeanne Paquin ; la maison est installée : 3 rue de la Paix à Paris , à côté de la célèbre maison de Worth.

Le personnel de la Maison Paquin - vers 1900.

Madame Paquin, n'hésite pas à s'exhiber dans tous les lieux à la mode, à l'Opéra Garnier ou sur les champs de courses, accompagnée d'amies, femmes du monde, ou mannequins, habillées de pied en cap en Paquin. La maison habille également des actrices parmi les plus célèbres du moment : Mesdemoiselles Caron, Sorel et Granier, puis Lantelme et Polaire ; et surtout, elle le fait savoir!

Aristide Briand est un amateur de ses salons …

Isidore Paquin, le mari de Jeanne, décède en 1907 à l'âge de 45 ans, laissant Jeanne veuve à 38 ans. Plus de 2 000 personnes assistent aux funérailles d'Isidore. Depuis la mort d’Isidore, Jeanne s'est habillée principalement en noir et blanc.

 

Mode - Jeanne Paquin
Mode - Jeanne Paquin
Mode - Jeanne Paquin
Mode - Jeanne Paquin
Mode - Jeanne Paquin
Mode - Jeanne Paquin
Mode - Jeanne Paquin

Mode - Jeanne Paquin

Gervex_1906 - Cinq_Heures_Chez_Paquin

Gervex_1906 - Cinq_Heures_Chez_Paquin

Précisément, Marcel Proust publie au Figaro, en 1903-1904, une série de 6 chroniques intitulées “Salons parisiens” : salons artistiques, bourgeois et aristocratiques de Paris. Ces chroniques de mondanités lui valurent une réputation de journaliste snob plutôt que d’écrivain et lui fut nuisible dans sa quête d’un éditeur ( Gide ne prit pas la peine de lire le manuscrit...) pour le premier volume de son roman, Du côté chez Swann

Ces écrits dépassent largement la chronique mondaine ; Proust s'y livre sans retenue, sous les pseudonymes d'Horatio ou de Dominique ; son œil de journaliste observe les mœurs de la société avec beaucoup d'attention, en particulier à l'esthétique médiatique de la mondanité, à ses règles formelles, et à son inscription dans l'histoire … Ces écrits sont bien préparatoires à ''La Recherche'' et apparaissent ses goûts pour Saint-Simon et les mémorialistes...

Le Grand Monde parisien incarne les valeurs françaises : élégance, raffinement, bon goût, il se veut être une société d’esthètes ; et Le Figaro est son porte-parole...

Les réceptions peuvent se tenir dans des cadres privés, ou dans des espaces publics, comme l'opéra, les théâtres, les ambassades, les grands hôtels... L'action caritative en est également le mobile.

L’engouement est aux salons musicaux : de nombreux compositeurs célèbres, comme Jules Massenet, Camille Saint-Saëns... sont à l’honneur et interprètent eux-mêmes leurs œuvres pour de grandes dames illustres.

En règle générale, on promeut l’œuvre artistique, et la chronique ne craint pas d'associer le nom de l'artiste reconnu à celui de la maîtresse de maison, elle-même amatrice dans l'art ; comme par exemple la Comtesse de Maupeou... ...

Paul Vidal qui devient le chef d’orchestre à l’Opéra en 1906; fréquente assidûment les salons...

Des merveilles d’ingéniosité et de goût se déploient dans les bals, et ceux de Boniface de Castellane et de Robert de Montesquiou sont restés célèbres...

 

Sources : Alice Bernard, historienne

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Proust et le Graal

Publié le par Perceval

La Recherche de Proust, pourrait s'apparenter à la Quête du Graal...

Pour la Recherche, il s'agit de faire le lien entre le présent : celui des actes du quotidien, et l'esprit d'un passé qui refait surface ; pour la Quête c'est retrouver les correspondances avec le mythe, et rejoindre l'Idée du Beau, du Vrai ; et les deux au travers de la littérature...

 

De plus, c'est au nom de la religion de la Beauté que Proust s'en prend à la ''loi de séparation'', pour défendre les cathédrales ( Le Figaro du 16/08/1904) ; même si c'est ici une religion sans transcendance...

Fantin-Latour, Le Graal, Prélude de Lohengrin - 1892

 

Et surtout, Proust fait référence à Wagner:

« Le rôle du héraut et du roi tout entier, le rêve d'Elsa, l'arrivée du cygne, le chœur du juste, la scène entre les deux femmes, le refalado, le Graal, le départ, le présent du cor, de l'épée et de l'anneau, le prélude, est-ce que tout cela n'est pas beau ? » sur Lohengrin lettre à Reynaldo Hahn (1894) de Trouville)

 

Le Narrateur de la Recherche serait un ''Perceval'' agnostique, découvrant en début une tasse de thé, qui n'en finit pas de la questionner, échappant aux jeunes ''filles-fleurs'', et qui finalement retrouve le Graal à la faveur de pavés disjoints, ou d'un livre...

Comtesse Greffulhe 1902

Encore, c'est le rôle que tient la duchesse de Guermantes : vue dans l'église de Combray, elle apparaît comme dans l'opéra de Wagner : ''Les Maîtres chanteurs de Nuremberg''. Ce serait là l'église Ste Catherine de Nuremberg avec l'entrée solennelle de la duchesse.. Juliette Hassine (Essai sur Proust et Baudelaire) rapproche cette scène de Parsifal : « Pour l'enfant qui attend d'être touché par la grâce du regard de Mme de Guermantes, le spectacle de la duchesse s'avançant dans la sacristie est pour lui une vraie apparition du Graal. »

La duchesse de Guermantes, est selon Proust, une descendante de Geneviève de Brabant, que l'on retrouve chez Wagner ; et … dans les légendes limousines des ancêtres d'Anne-Laure de Sallembier ( c'est ICI...)

C'est aussi, lors de la représentation en 1908 de Tristan und Isolde que Proust, dans sa correspondance, dit admirer pour la première fois, assise dans sa loge, la princesse de Bibesco (1886-1973) qui semble avoir été un des modèles pour la duchesse de Guermantes...

Princesse Bibesco-1911 Boldini

Son salon parisien était fréquenté par Paul Claudel, Georges Clémenceau, Gérard de Nerval, Montesquiou, Anatole France et de nombreuses autres personnalités du beau monde de l'art et de la politique. Proust va la rencontrer lors du bal de L'Intransigeant, le 10 mai 1911, à l'hôtel Carlton .

Dans Au Bal avec Marcel Proust, celle-ci le décrit «  livide et barbu, le col de son manteau relevé sur sa cravate blanche, qui avait traîné sa chaise depuis le début de la soirée ».

Emmanuel et Antoine Bibesco furent les voisins du jeune Marcel Proust, boulevard Malesherbes. Ils partageaient un même humour, s’étaient donnés des surnoms, et avaient un goût commun pour les choses de l’esprit. En leur compagnie, Proust fut entraîné au théâtre, dans les salons, au restaurant, en excursion pour visiter les églises en vue de sa traduction de Ruskin. Ils voyagèrent jusqu’en Belgique et en Hollande. La rencontre des Bibesco fut, en outre, pour Proust, l’entrée dans un monde différent du sien.

librairie Lefailler - vitrine-Proust

L'objet de la Recherche, c'est le '' Temps retrouvé '', lors d'un éblouissement, d'une félicité...

C'est ce qu'écrit Proust « « je présenterai comme une illumination à la Parsifal la découverte du Temps retrouvé dans les sensations, cuiller, thé etc. » Cahiers Proust

À la fin du Temps retrouvé, la longue séquence intitulée « L’Adoration perpétuelle » emprunte son titre à la liturgie catholique pour désigner la découverte du sens de sa vie et de sa vocation littéraire par le héros. En début de la « matinée » du prince de Guermantes, le narrateur est contraint de faire une halte dans le salon-bibliothèque pour attendre la fin du morceau musical dont l’exécution a commencé avant son arrivée. Il y découvre un livre '' François le Champi ''…

 

« (...) je sentais que le déclenchement de la vie spirituelle était assez fort en moi maintenant pour pouvoir continuer aussi bien dans le salon, au milieu des invités, que seul dans la bibliothèque ; il me semblait qu’à ce point de vue, même au milieu de cette assistance si nombreuse, je saurais réserver ma solitude. » (Le Temps retrouvé) Et c'est ensuite le passage du « bal de têtes »...

 

Cristophe Imperiali ( de l'Université de Lausanne) rapproche deux moments du Conte du Graal de Chrétien de Troyes; et de La Recherche du temps perdu de Marcel Proust : d'un côté, l'impérissable scène des gouttes de sang sur la neige; de l'autre, la scène capitale où, dans la bibliothèque des Guermantes, Marcel décide de devenir écrivain.

 

Cette révélation de la mémoire involontaire et de la fonction qu'elle est appelée à jouer dans l'œuvre d'art à créer, Proust l'appelle, dans ses cahiers, une « illumination à la Parsifal »:

 

Je cite ci-dessous des extraits de ce texte qui donne la clé de toute ''La Recherche''

(…) il y a un instant j'étais entré dans la cour de l'hôtel de Guermantes, (…) au moment où, me remettant d'aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s'évanouit devant la même félicité qu'à diverses époques de ma vie m'avaient donnée la vue d'arbres que j'avais cru reconnaître dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d'une madeleine trempée dans une infusion, tant d'autres sensations dont j'ai parlé et que les dernières œuvres de Vinteuil m'avaient paru synthétiser. (…)

 

(…)  je m'efforçais de tâcher de voir clair le plus vite possible dans la nature des plaisirs identiques que je venais, par trois fois en quelques minutes, de ressentir, et ensuite de dégager l'enseignement que je devais en tirer. (..)

 

(..) Et, au passage, je remarquais qu'il y aurait dans l'oeuvre d'art que je me sentais prêt déjà, sans m'y être consciemment résolu, à entreprendre, de grandes difficultés. (..)

 

(…) au vrai, l'être qui alors goûtait en moi cette impression la goûtait en ce qu'elle avait de commun dans un jour ancien et maintenant, dans ce qu'elle avait d'extra-temporel, un être qui n'apparaissait que quand, par une de ces identités entre le présent et le passé, il pouvait se trouver dans le seul milieu où il pût vivre, jouir de l'essence des choses, c'est-à-dire en dehors du temps. Cela expliquait que mes inquiétudes au sujet de ma mort eussent cessé au moment où j'avais reconnu, inconsciemment, le goût de la petite madeleine, puisqu'à ce moment-là l'être que j'avais été était un être extra-temporel, par conséquent insoucieux des vicissitudes de l'avenir. 

 

A la recherche du temps perdu (Marcel Proust) - VII : Le Temps Retrouvé III : Matinée chez la princesse de Guermantes. L'Adoration perpétuelle...

Parsifal de Wagner - Bayreuth 1882

Dans Le Temps retrouvé, rien n'indique quel est le «morceau» de musique qui se joue dans le salon, au moment où le narrateur médite dans la bibliothèque; mais dans la Matinée chez la Princesse de Guermantes, le morceau était très précisément identifié: il s'agissait du deuxième acte de Parsifal, dont la princesse organisait la première audition parisienne. Or, 1' expression « illumination à la Parsifal » renvoie très évidemment à la révélation vécue par Parsifal dans ce deuxième acte, à travers le baiser de Kundry. Or, c'est précisément par un de ces court-circuits temporels que nous évoquions, que Parsifal est soudain capable de relier l'étreinte de Kundry et la blessure d'Amfortas, c'est-à-dire d'aller chercher très loin l'autre moitié de sa sensation présente pour créer cette conjonction hors du temps qu'évoque Proust.

(…)

Parsifal a intégré instinctivement, par la puissance d'une pure compassion, ce qu'aucun raisonnement intellectuel ne permet de saisir, et il est prêt à entreprendre le chemin qui lui permettra de revenir à Montsalvat, de guérir Amfortas et de rédimer le monde du Graal. C'est donc cela qui se joue dans le salon, au moment même où le narrateur, dans la bibliothèque, reçoit son« illumination à la Parsifal » ... Même si la mention de la pièce jouée dans le salon a disparu du Temps retrouvé, une étude génétique montre bien qu'il n'y a guère de doute à avoir quant à l'influence directe qu'exerce sur ce passage le Parsifal de Wagner.

(...)

Dans le Conte du Graal, c'est immédiatement après cet épisode du sang sur la neige que Perceval accède enfin à la cour d'Arthur, mais, surtout, qu'il s'en écarte aussitôt pour partir en quête du Graal - quête qui ne débute, précisément, qu'à ce moment là.

Sources de cette comparaison : Cristophe Imperiali

 

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