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1935 - Le nazisme, et les fascismes. 2

Publié le par Régis Vétillard

Cette réunion fait ensuite le point sur la politique étrangère, et soumet des axes de réflexion pour de futurs articles sur l'année 1935-1936... Ensuite la réunion est, semble t-il, devenue plus informelle et les notes relevées par Lancelot reflètent l'intensité des échanges.

 

- Le fascisme, dit Drieu, ne présente pas de dialectique au contraire du communisme, comme lui il est pragmatique. On juge la société qu'il prône à ses résultats . Il n'y a pas de fascisme universel, il n'y a que des fascismes, chacun étant lié à un espace national, culturel...

- Pragmatique, je le suis aussi, quand je prend acte de l'existence du nazisme et de ce qu'il apporte à la communauté allemande. Il a mis fin à une période de désordre ; pour une Allemagne dynamique qui s'est relevée des pires difficultés économique.. !

Sans-doute est-ce le témoignage vibrant de Drieu sur ce qu'il a vu à Nuremberg qui a délier les langues sur nos craintes pour les uns, nos aspirations pour les autres...

- Cent mille personnes qui regardent défiler et danser cinquante mille jeunes gens. Des chœurs et des chants admirables : une tragédie antique. C'était écrasant de beauté !

Bien qu’essentiellement pragmatique, il y a une dimension spirituelle dans le fascisme : il s'agit d'une mystique nationale, liée au paganisme, aux forces du milieu présentes dans la tradition...

 

- Remarquez ceci, dit Alfred Fabre-Luce – L'Europe a voulu lutter contre la Révolution Française. Et, qu'ont fait nos voisins ? ils ont fait des concessions à la démocratie... Et bien, il nous faut aujourd’hui faire des concessions au fascisme pour lutter contre le nazisme ( un fascisme étranger). D’un certain point de vue, défense de la liberté, limitation de la liberté sont devenues synonymes. 

Je ne veux pas rester tourné vers le passé. Observons notre temps, avec la volonté d'en saisir les mécanismes, d'en démonter les rouages, pour aller hardiment au cœur des choses, à l'essentiel.

 

Drieu la Rochelle reprend :

- Je refuserais volontiers que la politique ne soit que fonctionnelle, je souhaiterais qu'elle soit éruptive, une révolution permanente et non statique Le communisme en URSS est devenu une forme dénuée de mouvement..

- Les événements de février 1934, ne sont redevables ni à la droite, ni à la gauche … ! C'est l'expression d'un rejet de la politique ; et j'ai reconnu là, le miracle de la vie...

L'agent de cette force, c'est la jeunesse ; elle est force de destruction et ne peut s'opposer aux partis de gauche et de droite...

Pour aller de l'avant, il faut un tiers parti, fasciste c'est à dire social et national. Fasciste parce qu'en rupture... Fasciste parce qu'en fidélité exclusive à un chef.

Doriot - PPF - 1936

Qui, en France, serait le chef ?

- Il n'existe pas encore... Peut-être, sûrement ... Doriot.

« La grande pensée, c’est celle-ci: l’homme s’est aperçu qu’il était en train de mourir et il a voulu se sauver. L’homme s’est aperçu qu’il était en train de mourir dans son corps et qu’il ne pouvait se sauver qu’en sauvant son corps. » «Le PPF, est le parti du corps vivant» (1937), dans Chroniques politiques de Drieu.

- Le corps sportif, jeune est une bonne image ; parce que le corps biologique, comme le corps politique, sont condamnés à se restaurer sans cesse dans le mouvement.

 

Une argumentation opposée s'exprime, en particulier avec Pierre Brossolette.

P.Brossolette 1903-1944

Il reconnaît avoir pensé qu'Hitler ne préparait que le retour des Hohenzollern, et un retour du conservatisme passé. Aujourd'hui, on assiste au déchaînement de la plus violente et la plus décourageante des frénésies nationalistes ; et dont on ne peut attendre que la guerre.

Le fascisme allemand, mais également tout fascisme, déshumanise l'homme.

L'humaniste, le républicain aussi, a foi en l'homme, mais il parie sur la personne. Le fascisme a foi dans le sang de la race au mépris de l'individu. L'individu y abdique sa liberté. Le fascisme excite la haine du peuple contre l'étranger..

 

Lancelot reprend quelques arguments de Jean Cavaillès. - Premier point : le nazisme consiste dans la haine et le refus de l'universel. - Un deuxième point caractéristique du fascisme: l'uniformité et la disparition de l'homme derrière le parti. - Un troisième point : le germain aurait recours au cœur, à l'intuition de la race, contre le rationnel, l'intellectualisme, qui ne serait qu'un jeu des juifs et des étrangers... Simpliste et absurde!

Enfin en Allemagne, la propagande massive n'est possible qu'avec une puissante aide financière, et le soutien des petits bourgeois ( fonctionnaires, commerçants, industriels..) exaspérés qui aspirent à l'ordre.

 

De la discussion animée qui suit, Lancelot a noté que le fascisme parlerait plus de fraternité que de liberté, et d'égalité;  parce que le fasciste abandonne une partie de sa liberté au profit de la collectivité ; et l'égalité au profit de la hiérarchie.

Cependant : tous considèrent que, on peut craindre une Allemagne nazie qui militarise et affirme la supériorité de la race aryenne ; même si certains minimisent le danger et doutent qu'elle puisse signifier la disparition physique de la race juive, ils ajoutent : on peut déplorer la cruauté, mais cela ne peut faire oublier le problème de la ''question juive''...

Hitler en parade à Nuremberg, novembre 1935

Drieu, continue :

- Il y a une ''joie fasciste '' manifestée par ses adhérents ; on peut la critiquer, mais elle est là.

On est frappé en Allemagne de ressentir l'enthousiasme du peuple pour fêter sa poésie, son romantisme wagnérien...

- L'impérialisme allemand ne doit pas être oublié ! C'est à nous de nous présenter aussi forts ! Nous pourrions faire aussi bien, mais notre démocratie est décadente, passive avec une morale de midinette … Il nous faut retrouver le sens d'un ordre nouveau, le goût de l'héroïsme, l'exigence de la grandeur.

Drieu maintient que l'esprit fasciste est anti-conformiste, donc anti-bourgeois...

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1935 - Le nazisme, et les fascismes. 1

Publié le par Régis Vétillard

Ce devait être en Octobre 1935.

Drieu la Rochelle rentre d'Allemagne et d'URSS. En début d'année, il a publié ''Socialisme fasciste'' ; insensible au rassemblement des gauches, il recherche l'homme providentiel et pense déjà à Doriot.

Brossolette s'est engagé dans les instances de la SFIO et travaille à Radio-PTT.

Lancelot participe à une réunion peu ordinaire dans les locaux de '' L'Europe Nouvelle '' 73bis, quai d'Orsay. Cette revue politique est spécialisée dans les questions de politique étrangère, fondée dans le sillage de la S.D.N était dirigée par Louise Weiss, qui la quitte en 1934 déçue par le contexte international et la perte de prestige de la S.D.N. L'un de ses derniers éditoriaux est titré : « On ne pactise pas avec Hitler ».

Madeleine Gex-Le Verrier reprend la direction autour de collaborateurs renommés mais divisés sur l'esprit à donner à cette revue qui conserve une grande influence auprès des élites, et qui se rattache à l'idéal de la politique de Briand.

Sont présents une douzaine de personnes dont, le rédacteur en chef, Alfred Fabre-Luce, Pierre Dominique, René Esbly, Pierre Brossolette, Henri Noyelle, Drieu la Rochelle...

Lancelot accompagne Max Hermant, agrégé de l’université et économiste, spécialisé de l’Allemagne, qu'il a proposé pour un exposé sur ce qui caractérise l’Allemagne et son régime actuel, le nazisme.

 

Max Hermant explique un sentiment largement partagé en Allemagne actuellement, et qui explique, partiellement, la montée du nazisme (une force politique intrinsèquement anti-démocrate) : ce sentiment serait que la démocratie est un système qui ne correspond en rien à la tradition et à la culture germanique ; est visée précisément la République de Weimar, vue comme un régime politique en quelque sorte étranger, et ne pouvant fonctionner en Allemagne. Ce régime serait lié au '' Diktat '', c'est-à-dire au traité de Versailles, jamais accepté en Allemagne.

 

Max Hermant a lu et étudié Mein Kampf d'Adolf Hitler, dans sa traduction intégrale de Gaudefroy-Demombynes et Calmettes, de 1934.

Mein Kampf n'est pas qu'un livre politique ; même s'il est mal écrit, il sous-tend une conception du monde.

Quelques exemples : pour ce qui est de l'Education : la culture physique vient d’abord, la formation du caractère ensuite, l’instruction en dernier lieu. Il s’agit, d'abord, de stimuler des énergies, à base de santé physique. ( Mein Kampf, p. 430)

Le racisme, un des aspects du nazisme, représente un but : la race se doit de prendre conscience d'elle-même en vue de constituer un Etat. Si Dieu a donné aux hommes leur nature, alors : «détruire son oeuvre, c’est déclarer la guerre à la création du Seigneur, à la volonté divine» ( Mein Kampf, p. 558.). Notre effort doit être de se conformer à la nature : croire qu’il faut la vaincre, c’est une «absurdité d’origine juive».

L’effort physique, la guerre, la concurrence des races sont dans la nature : « L’homme ne doit jamais tomber dans l’erreur de croire qu’il est véritablement parvenu à la dignité de seigneur et maître de la nature. Il doit, au contraire, comprendre la nécessité fondamentale du règne de la nature et saisir combien son existence reste soumise aux lois de l’éternel combat et de l’éternel effort, nécessaires pour s’élever » ( Mein Kampf, pp. 286, 243.). La race conditionne toute culture; son abâtardissement est à l’origine de toute décadence. « C’est dans le sang, seul, que réside la force ou la faiblesse de l’homme » ( Mein Kampf, p. 338.) .

L'âme de la race, est une force primitive dont les parties agissent chez chaque homme sous forme d’âmes individuelles. L'âme est donc collective. D’où la subordination de l’intelligence à la communauté, faute de quoi l’intelligence est destructrice. ( Mein Kampf, p. 297.)

Le chef : « tout ce qui est, en ce monde, véritablement grand... a toujours été conquis par un vainqueur unique » ( Mein Kampf, p. 513.)

L’homme est une composante de la nature, indissolublement et totalement liée à elle, il ne prospérera qu’en retrouvant la loi de la jungle, la sélection animale basée sur la reproduction des forts, l’élimination des faibles et l’entretien de la force corporelle par l’exercice; il visera à sélectionner un peuple de maîtres, et, dans ce peuple, des chefs, en fonction non du savoir mais du pouvoir et de la volonté; il dirigera l’éducation par des «mythes», le Sang, la Terre ; les illustrations seront tirées des éléments vitaux de la nature, ces forces agissantes vont détrôner les valeurs spirituelles actuelles..

Le nazisme « est le contraire même d’une religion catholique » : par la négation de l’âme humaine en ce qu’elle a d’individuel et de non animal; par la morale du groupe, qui en découle; et par la résorption de Dieu dans l’Etat, dans la race élue, dans son chef «Verbe et Médiateur».

( à suivre)

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1935 – Le danger d'une Allemagne nazie.

Publié le par Régis Vétillard

Dans les couloirs de la Chambre, et au ministère, Lancelot croise et rencontre fréquemment le député Gaston Bergery. Il a plaisir à échanger avec cet homme dont les propos sont rigoureux et rationnels. Il réussit à entraîner autour de lui des personnes un peu plus originales que les adhérents partisans des grandes organisations. A la suite de Jouvenel, Lancelot est séduit par cet homme promis certainement à un grand avenir. Conseiller général et député radical de Seine et Oise, Bergery est éditeur depuis 1933 de la revue frontiste ''La Flèche''.

Gaston Bergery

Bergery tente de promouvoir, un projet antifasciste, au-delà des partis traditionnels, et sans ceux de La Rocque qui, dit-il, prépare les français à l'acceptation du fascisme ( dans L'Europe Nouvelle, 1er déc. 1934)

Jouvenel le suit, il parle d'un rassemblement large des dissidents, jusqu'à des partisans de la Rocque qui sont déçus par la faiblesse de son programme politique et doutent de sa capacité d'homme d'état. Quelle forme donner à ce rassemblement ?

Les groupes Esprit et Ordre Nouveau sont intéressés par une troisième voie, Rougemont écrit : « une masse croissante d'hommes savent ce qu'ils ne veulent pas : la guerre, l'anarchie capitaliste, la dictature, le Comité des Forges, la diplomatie moscoutaire, le parlementarisme, la grande presse. Rien de plus frappant que cette communauté de refus à gauche et à droite. Il est temps de donner à ces troupes une volonté commune constructive à la fois contre Wendel et contre Mitvinov » (Où en est la France 1935).

Un Front Populaire, avec les communistes... ? Une idée de Staline, selon Bergery, qui se sent menacé par les allemands et les japonais. Actuellement, « un front populaire ne réunirait que des réformistes sans réforme et des révolutionnaires sans révolution ! » dit-il.

Cependant, Bergery accepte de participer au Front populaire qui se forme sur un programme ; même s'il s'attend aux élections de 1936 à un échec. Il appelle à une ''réconciliation française'' dirigée contre la classe des 200 familles... Mussolini et Hitler doivent trouver en France, un gouvernement jeune, audacieux, et ayant le sens de la grandeur... Nos nations sont sensibles aux prestige des autres...

- Mais, cela ne nous amènera t-il pas à nous mettre au diapason des fascismes ?

- Non, il nous faut sauvegarder la démocratie, et rivaliser en ardeur et en cohésion, afin d'établir avec eux une paix durable.

- Et l'alliance avec les russes ?

- Peut-être ; mais sans heurter l'Allemagne... De toute manière, le Traité de Versailles n'étant plus opératif; il serait temps d'une négociation d'ensemble …

Lancelot lui, n'a pas de doute sur les intentions guerrières d'Hitler. Au mieux on peut, éventuellement, espérer sur une chance de rester hors des nouveaux conflits qui s'annoncent...

Depuis 1933, nous connaissons le contenu de Mein Kampf, mais Hitler refuse une traduction en Français ; cependant réalisée en 1934 par Calmette. Un procès ne permet pas de la publier.

 

Comme nos renseignements nous l'avaient prédit... Prétextant du pacte franco-soviétique, les troupes allemandes occupent la Rhénanie démilitarisée, le 7 mars 1936.

Otto Abetz

 

Lancelot est également informé, des renseignements que nos services peuvent reconstituer sur des allemands présents sur le sol français, en particulier :

Otto Abetz, l'ami allemand de Jean Luchaire a épousé en 1932 sa secrétaire Suzanne de Bruyker. En 1935, Abetz qui a rejoint le NSDAP depuis 1931, est l'homme de confiance de Joachim von Ribbentrop, le conseiller officieux de Hitler pour les affaires étrangères. Agent d'influence en France, il convainc des dirigeants d'associations d'anciens combattants français, notamment Jean Goy pour l'UNC et Henri Pichot pour l'UF de fonder une association française militant pour un rapprochement franco-allemand, en jouant sur les sentiments pacifistes et anticommunistes des Français, tout en exaltant l'œuvre d'Hitler ; son nom : le Comité France-Allemagne , siège social au 94, boulevard Flandrin. Henri de Kérillis n'aura de cesse, de dénoncer les agissements du Comité, en particuliers ceux de Fernand de Brinon et d'Otto Abetz. Le gouvernement, informé bien-sûr, ne tient pas à intervenir pour ne pas fâcher l'autorité allemande.

Aux Jeux Olympiques de 1936 à Berlin, les membres du C.F.A. seront somptueusement reçus. En retour, ils vont s'efforcer de bien accueillir les allemands nazis en France...

 

Le baron von Dincklage, est attaché de presse à l’ambassade d’Allemagne, rue Huysmans. Il participe pour Berlin au financement d'une presse nationaliste et antisémite française, comme le quotidien Le Jour, fondé en 1933 par Léon Bailby.

Avant cela, en 1928, il s'est installé avec sa femme Maximiliana von Schoenebeck, à Sanary, dans le sud de la France. Un modeste village de pêcheurs, découvert par quelques artistes dont Cocteau ; et populaire chez les compatriotes de von Dincklage, pour beaucoup des exilés juifs... En 1933, il se présente comme le représentant national d’une entreprise de caisses enregistreuses, et se rend régulièrement en Allemagne.

Von Dinklage vers 1935

Le baron Dincklage prend ses fonctions à l'ambassade d'Allemagne en octobre 1933. La domestique du couple, Lucie Braun, est membre de la section française du NSDAP, et participe à alerter les services de la Sûreté ( ministère de l'intérieur). On surveille leur train de vie, deux appartements pour ceux qui se disaient réfugiés à Sanary, et on note leurs contacts avec des ingénieurs allemands qui travaillent dans des usines de la banlieue de Paris.

Une cellule nazie de deux , puis trois centaines de membres se réunit au 53, boulevard Malesherbes.

En novembre 1935, les lois de Nuremberg considère Maximilienne von Dincklage comme juive ; le baron avait anticipé et divorcé de sa femme trois mois plus tôt..

 

Le 9 octobre 1934 à Marseille, Le roi de Yougoslavie Alexandre Ier et le ministre français des Affaires étrangères, Louis Barthou, furent victimes d'un attentat commis par un nationaliste bulgare. Dincklage est soupçonné par nos services, d'avoir participé à l'organisation de l'attentat contre le roi venu soutenir la France contre l’Allemagne nazie. Dincklage quitte alors l’ambassade pour Londres, en particulier le Dorchester Hotel à Mayfair, où il retrouve Stephanie von Hohenlohe, amie intime de dirigeants nazis, propagandiste et espionne nazie.

 

Karl Heinz Bremer enseigne l’allemand à la Sorbonne et à l’École normale ; il se dit proche du parti nazi..., ami de Robert Brasillach.

Karl Epting, proche d'Otto Abetz, travaille à Paris depuis 1933, comme directeur du bureau parisien de l'« Office allemand d'échanges universitaires ». Il soutient l'auteur français Céline, et tente, dit-il, de faire connaître Voyage au bout de la nuit, en Allemagne. Il soutient à ses amis qu'une nouvelle guerre est inévitable ; justifié par le « refus permanent des droits vitaux allemands par l’Occident » et sachant que « l’interventionnisme fait apparemment partie du caractère français ». la solution ''autoritaire est la seule qui peut libérer l'Allemagne du « diktat de Versailles ». Karl Epting aime reprendre le terme allemand de '' Auseinandersetzung '' pour expliquer le rapprochement France – Allemagne ; ce terme ambiguë exprime le dialogue par la confrontation ; et «  met chacun à la place qui lui est propre » !

Friedrich Sieburg, est un auteur allemand qui a l'estime des milieux parisiens. Ainsi sa biographie de Robespierre, publiée en allemand en 1935 et presque aussitôt traduite en français chez Flammarion, par Pierre Klossowski (1936). Auparavant c'est '' Dieu est-il français ?'' (Gott in Frankreich ?), publié par Bernard Grasset en 1930, qui obtient un certain succès. En 1933, il publie ''Que l’Allemagne advienne''. Sa vision de la France est celle d'un pays, aimablement arriéré, figé dans l’esprit « latin », qui s'attribue le monopole de la civilisation, animé d’un « esprit de croisade ». En 1933, rival d'André Malraux, il eut une liaison avec Louise de Vilmorin.

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Oct. 1935 : L’Éthiopie et le Manifeste des intellectuels français pour la défense de l'Occident et la paix en Europe.

Publié le par Régis Vétillard

Le 3 octobre 1935, l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie de Mussolini, fait la une des quotidiens... Cette nouvelle, n'est pas seulement celle d'un incident colonial ; chacun ressent qu'elle peut annoncer un emballement selon les réactions de nos pays. Faut-il réagir contre l'Italie comme le demande l'Angleterre ? Ne sommes-nous pas nous-mêmes comblés de colonies ? Devons-nous choisir entre une Angleterre ''injuste et excessive '' et une Italie accusée d'agression, et contre laquelle Léon Blum demande à ce que les sanctions prévues soient appliquées. «  les peuples doivent rester solidaires malgré les efforts de Mussolini pour les diviser ». Hitler n'attend-il pas l'occasion de proposer tout son soutien à Mussolini ?

 

Luchaire se veut toujours un profond défenseur de la paix, et s'oppose aux sanctions évoquées contre l'Allemagne, puis l'Italie …

Très vite s'exprime le Manifeste des intellectuels français pour la défense de l'Occident et la paix en Europe, paru dans l'Action Française, et le Temps du 4 octobre 1935.

« A l'heure où l'on menace l'Italie de sanctions propres à déchaîner une guerre sans précédent, nous, intellectuels français, tenons à déclarer, devant l'opinion tout-entière, que nous ne voulons ni de ces sanctions, ni de cette guerre.

Ce refus ne nous est pas seulement dicté par notre gratitude à l'endroit d'une nation qui a contribué à la défense de notre sol envahi : c'est notre vocation qui nous l'impose.

Lorsque les actes des hommes, à qui le destin des nations est confié, risquent de mettre en péril l'avenir de la civilisation, ceux qui consacrent leurs travaux aux choses de l'intelligence se doivent de faire entendre; avec vigueur la réclamation de l'esprit. .

On veut lancer les peuples européens contre Rome.

On n'hésite pas à traiter l’Italie en coupable, à la désigner au monde comme l'ennemi commun - sous prétexte de protéger en Afrique l'indépendance d'un amalgame de tribus incultes ».. (…)

Ce conflit fratricide qui mettrait la sécurité de notre monde à la merci de quelques tribus sauvages, mobilisées pour d'obscurs intérêts, ce conflit ne serait pas seulement un crime contre la paix, mais un attentat irrémissible contre la civilisation d'Occident, c'est-à-dire contre le seul avenir valable qui, aujourd'hui comme hier, soit ouvert au genre humain. Intellectuels, qui devons protéger la culture avec d'autant plus de vigilance que nous profitons davantage de ses bienfaits, nous ne pouvons laisser la civilisation choisir contre elle-même. Pour empêcher un tel suicide, nous en appelons à toutes les forces de l'esprit. » Extraits...

L'Ethiopie face à la Société des Nations

 

Dans le Populaire du 5 octobre, une réponse collective est formulée par Jules Romains: elle regrette que le manifeste soutienne une guerre «  sous sa forme la plus odieuse, la guerre d'agression ». Dans cet article, les signataires « s'étonnent aussi de trouver sous des plumes françaises l'affirmation de l'inégalité en droit des races humaines, idée contraire à notre tradition.»

Emmanuel Mounier, François Mauriac et Jacques Maritain répondent par un « manifeste d'intellectuels catholiques pour la justice et la paix », dénonçant toute guerre de conquête au nom « du Christianisme et de la raison d'être de la civilisation occidentale », manifeste qui fut publié dans la revue Esprit de novembre 1935.

Le 18 novembre 1935, la SDN condamne l'Italie par des sanctions économiques ; mais l'Allemagne nazie approvisionne l'Italie...

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1935 – Pierre Laval.

Publié le par Régis Vétillard

Josée et son père Pierre Laval

Le 19 août 1935, Josée Laval épouse le comte René de Chambrun en la basilique Sainte-Clotilde de Paris. Anne-Laure de Sallembier reçoit une invitation pour la réception du mariage ; non du fait de sa proximité avec la famille ; mais parce qu'elle appartient au réseau d'influence entourant Florence Gould, qui reçoit à l'hôtel Meurice à Paris où elle tient salon, le jeudi. Florence Gould avaient, dès 1924, créé ses repas littéraires : les Meuriciades, auxquels participent encore Mauriac, Léautaud, Paul Morand, Gide...

La mère de Lancelot a en tête - pour faciliter la carrière de son fils – de pallier à l'absence de son mentor Painlevé ; en présentant son fils au ministre Laval. Il ne s'agit pas d'un choix influencé par le charme de l'homme ; mais, peut-être, par celui dégagé par sa fille, et son entrain qui remédie fortement au manque de charisme du père...

Pierre Laval (1883-1945)

Lancelot explique à sa mère, pour la dissuader, que l'homme Laval est à mille lieux de ce que pouvait représenter Painlevé. Ce n'est pas un intellectuel, encore moins un littéraire ou un scientifique. C'est un ''beau-parleur'', il semble avoir peu approfondi son sujet, et y pallie par une attitude à coller à ce que son interlocuteur souhaite de lui ; mais ne prend jamais une position définitive.

Pierre Laval fait partie de cette classe politique qui tient les rennes de la IIIème République, les ministres se cooptent, s'échangent leurs bureaux, partent et reviennent...

Anne-Laure a du mal à cerner la position de son fils à l'intérieur du ministère. Sans doute ne lui a t-il pas préciser ses fonctions exactes ; nous-mêmes avons du mal à les reconstituer. Lancelot est au service des politiques qui passent dans les ministères, et en particulier celui de la Guerre et du président du Conseil. Il est chargé d'informer les décisionnaires politiques des résultats de l'investigation des services de renseignements à l'étranger. Lancelot est également documenté par le renseignement militaire sur des allemands présents en France et classés par la Sûreté comme ''agents de propagande nazie'' ; certains dépendent, mais pas seulement, de l’ambassade ou ou de l'office de tourisme allemand, avenue de l'Opéra.

En 1931, Pierre Laval devenu Président du Conseil, s'est rendu aux États-Unis. Sur place le franco-américain , René De Chambrun, a déjà fait visiter le pays au Maréchal Pétain, qu'il connaît depuis son enfance... Cette même année, il a donc aussi reçu Laval et sa fille ( premier contact entre René et Josée ) et ont rencontré le Président Hoover.

Pierre Laval serait le disciple d'Aristide Briand. La France reste encore puissante, il séduit Hoover et les américains et affirme à chacun qu'il veut la paix.

 

Jean Luchaire, s'est dit impressionné par son voyage à Berlin, en mai 1934. Il a 33ans, il garde son brio, son entrain ; sort beaucoup, s'affirme dandy et esthète ; le ''maître à penser'' de cette génération est Paul Morand.

Sa revue '' Notre Temps '' constitue sa ''tribu'', autour du« trio de grands inséparables » - que sont Jean Giraudoux, Luchaire, et Drieu la Rochelle - comme les appelait Natalie Clifford. Il invite des grands auteurs, incite au débat. Il côtoie de près Drieu, Giraudoux, Sarment, Dekobra, Pierre Benoît ou Mac Orlan, Julien Green, Jean Prévost ou Simenon, Claude Aveline, ou le journaliste littéraire Marcel Espiau ( qui se dit luchairien).

Pierre Laval signe un accord avec Benito Mussolini (à droite) en 1935

L'actualité est fournie et il est laborieux de décrire et défendre les positions exactes des pays voisins de la France ; par exemple, pour ce qui est de l'Italie : rappelons, qu'en 1934 Mussolini ( qui dirige l’Italie fasciste depuis 1925) a envoyé des troupes sur la frontière du Nord pour faire échouer la tentative d'annexion de l'Autriche, par Hitler... Mussolini dénonce le national-socialisme comme une « barbarie » qui « serait la fin de notre civilisation européenne ».

Le 9 octobre 1934, Laval est revenu au ministère des affaires étrangères, après la mort de Barthou. Depuis 1933, l'Allemagne ne paye plus les réparations, elle a claqué la porte de la Conférence du désarmement, et quitté la SDN.

Lors de la conférence de Stresa qui se déroule du 11 au 14 avril 1935, l'Italie, le Royaume-Uni et la France condamnent conjointement les violations allemandes du traité de Versailles.

 

Jean Luchaire se veut être, plus qu'un politique, un patron de presse( ''Notre Temps''). Toujours à cours d'argent, il en vient à accepter de l'argent, du quai d'Orsay ( sur fonds secrets) , mais aussi d'Allemagne. Pierre Brossolette le soupçonne de recevoir les fonds d'Otto Abetz... Des amis partent, Pierre Brossolette en 1934 à Robert Lange en 1935.

 

Vendredi 7 juin 1935, Pierre Laval est nommé Président du Conseil, pour un nouveau gouvernement, le troisième en un peu plus d’une semaine. Il affirme à chacun qu'il veut la paix.

Luchaire se réjouit de la constitution du cabinet Laval lequel serait « déjà en passe de recueillir, sur le terrain international, l'héritage de Briand » ( Luchaire, « Ministère Laval, ministère de trêve », Notre Temps, n°562, 14/06/1935.) »

« L'expérience Laval techniquement bien conduite, constitue la dernière chance de l'économie libérale » ( Luchaire, « Suprême tentative de déflation », Notre Temps, n°568, 26/07/1935). »

 

Mardi 18 juin 1935, est signé un accord naval entre les britanniques et l’Allemagne ce qui trahit les accords de Stresa, et constitue, de fait, l'abrogation du traité de Versailles !

Mercredi 26 juin 1935 est institué en Allemagne le travail obligatoire : la jeunesse allemande durant les six mois qui précèdent le service militaire, est rassemblée dans des camps, hommes et femmes construisent des routes, des casernes ou encore des logements.

En 1935, la ''crise'' est là. En juillet, Pierre Laval met en place une sévère politique d'austérité. La grande majorité des dépenses publiques sont réduites de 10% tout comme les salaires des fonctionnaires et les pensions des millions d’anciens combattants. L’impôt sur le revenu lui, est majoré de 10%. En contrepartie, les ménages français voient leurs loyers et factures de gaz, d’électricité diminuer de 10%.

Josée Laval (1911-1992)

Pierre Laval s'est rendu à Moscou en mai 1935. A Staline, il soutient le rapprochement... et espère faire peur à Hitler.

Le 15 septembre 1935, en Allemagne sont adoptées les lois de Nuremberg : les Juifs sont privés de leur citoyenneté et de leurs droits politiques. Le drapeau à croix gammée est officiellement adopté comme drapeau national du Reich allemand, en remplacement du drapeau impérial.

Pour le ''Time'' : Pierre Laval est l'”homme de l’année” 1935. Sa fille Josée a épousé le comte René de Chambrun ; le couple fait des affaires, va aux courses, et le soir s'habille de haute couture.

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Juin 1935 : Congrès international des écrivains

Publié le par Régis Vétillard

Aragon, André Gide et Malraux

Ce soir d'ouverture, à la mutualité, prend place jusqu'au balcon, une foule ardente composée d'une majorité de jeunes. A la tribune, André Gide et André Malraux président ; ils sont entourés d’écrivains soviétiques, mais aussi d'Heinrich Mann, Egon Erwin Kisch pour l’Allemagne, d'E. D'Ors pour l'Espagne, de Sforza pour l'Italie, de Forster pour l'Angleterre, et aussi de Barbusse, Benda, Bloch, Guehenno, Cassou, Vaillant-Couturier, Nizan pour la France.

Ilya Ehrenbourg, est là, ambassadeur culturel de Moscou. La politique des communistes est alors à l’ouverture et le congrès de la Mutualité veut accueillir toutes les tendances antifascistes, tant qu’elles ne critiquent pas l’Union soviétique.

André Malraux lit un télégramme de Romain Rolland. A part Forster qui déclare ne pas être communiste, mais le serait s'il était plus jeune et plus brave, et Julien Benda, courageux, qui tient à clarifier que pour lui il y a une conception occidentale de l'Art qui s'appuie sur la métaphysique grecque, et une conception communiste de l'Art, matérialiste et qui annihilerait la culture du passé ; à part ces deux orateurs, le congrès s'annonce dans sa participation très favorable à la révolution communiste... Sauf encore, Robert Musil, mais il s'adresse en allemand ; et la presse se plaint de ne pas avoir reçu la traduction. Seuls les auditeurs connaissant la langue allemande, entendent un discours qui renvoie dos à dos bolchévisme et fascisme... !

Palais Mutualité-Le congrès des écrivains de juin 1935

« Je crois que ce qui retient bon nombre de nos écrivains, c’est leur manque de confiance dans le prolétariat, et même… un manque de confiance en l’homme. » selon André Malraux, à la tribune.

 

Le discours d'Erwin Kisch, lui, est lu en français par Vaillant-Couturier... Le soviétique Luppol, reprend le débat sur la culture, et les valeurs du passé ; valeurs que seul le prolétariat est en mesure de critiquer.

Barbusse n'est pas en forme et ennuie l'assemblée. Klaus Mann pétrifie la salle en lisant des témoignages d'artistes restés en Allemagne. Malraux improvise, s'agite... Le cas de ''Victor Serge '' divise la salle; mais la tribune clôt le débat et affirme sa confiance à l'égard de l'Union soviétique.

Haldous Huxley

Lancelot parvient à saluer Aldous Huxley qui le reconnaît, malgré l'épaisseur de ses verres. S'il ne croît pas à un régime fasciste dans son pays ; il remarque une fascisation des esprits ; pourtant il doute que l'on puisse longtemps – comme en Allemagne – réduire un peuple au rang de primitif, et enrégimenter la science comme le font les nationaux-socialistes. Michaël Gold du Daily Worker de New-York, note que même aux Etats-Unis des écrivains comme Mencken ou T.E. Elliot peuvent se fasciser... Si certains magnifient les pionniers du passé... Nous autres, dit-il, nous sommes pour les ouvriers, les pionniers de l'avenir... ! Les intellectuels lui semblent bien impuissants ; les ouvriers s'il s'organisent, peuvent vaincre le fascisme...

 

Lancelot et Elaine sont frappés par cet espoir que tous ( presque ) ici, semblent mettre dans la vocation collective des ouvriers, des paysans, des travailleurs... Voilà une foi, qu'ils ont du mal à partager...

Ils ont pu entendre la réponse que fait Alexis Tolstoï à un journaliste, qui lui demande si un tel congrès serait possible en Union Soviétique ?

- Dans notre pays, un tel congrès n'aurait pas de sens, puisque chez nous, cent soixante-dix millions de volontés sont tendues justement vers la conquête de la culture. Il n'est pas question de défendre celle-ci, mais de la répandre, de la répandre toujours davantage.

-Riche de l'expérience soviétique, pensez-vous que les intellectuels soient capables de défendre efficacement la culture ?

- Non, non, proteste Tolstoï. Je vous le dis très sérieusement. Les intellectuels isolés de la masse des lecteurs prolétariens doivent à tout prix modifier leurs conceptions...

Henri_Barbusse, Alexej_Tolstoi, Boris_Pasternak - Paris_1935

Lancelot se rapproche de Gide, qui explique que l'important c'est que les écrivains aient compris la nature du danger qui les menace et que, dans ce sentiment, ils se soient réunis par-dessus toutes les divergences particulières. La culture est menacée par le fascisme, n'est- ce pas la pensée profonde de chacun de nous ?

Beaucoup – parmi les radicaux et les socialistes – veulent rester confiants, l'antifascisme relève d'un contenu républicain, et donc d'une culture nationale... La France ne peut être fasciste !

 

Une question reste sous-jacente difficilement abordable, c'est '' la question russe '' et la possible critique du régime soviétique, avec l'actualité des premiers procès de Moscou.

Cette question est sans-doute la raison d'un certain malaise qui empêche Lancelot de communier à la ferveur communiste. Elaine l'explique plus fortement encore, par un confusionnisme ici entretenu. Le communisme chercherait dans notre culture, nos traditions, de quoi se masquer pour nous vendre leur révolution ; et plus exactement dit-elle – alors qu'elle vient de lire le ''Staline : Aperçu historique du bolchevisme '' de Boris Souvarine – pour vendre la dictature de Staline... !

L'ordre du jour, ici serait plutôt de défendre l'idée qu'en Union Soviétique la pensée libre y reçoit les plus grandes possibilités de développement. André Gide déclare : « Je n'admire rien tant en U.R.S S. que ce grand souci de protection, de respect des particularités de chaque peuple, de chaque petit Etat compris dans la grande Union soviétique; respect de la langue, des mœurs, des coutumes, de la culture, particulières à chaque petit Etat.

Lequel respect va directement à l'encontre de ce reproche courant fait au communisme et à l'U.R.S.S. de tenter d'égaliser, de niveler et d'uniformiser tous les hommes de l'immense Russie, en attendant de pouvoir opérer sur la terre entière. (...)

Ce que nous attendons de lui, et ce que commence à montrer l'U.R.S.S. après une dure période de luttes et de contrainte momentanée en vue d'une libération plus complète, c'est un état social qui permette le plus grand épanouissement de chaque homme, la venue au jour et la mise en vigueur de toutes ses possibilités. »

Le soir , dans la journée, les discussions se poursuivent au bar de la Mutualité ou autour des cafés alentour, en particulier pour Lancelot, à une table des Deux Magots.

 

Le 24 juin après-midi, Lancelot dut se rendre à la garden-party organisée au ministère des affaires étrangères par M. Pierre Laval, en l'honneur des congressistes, non pas des écrivains, mais des chambres de commerce mondiales qui étudient les causes et les remèdes du marasme économique actuel...

Ce congrès permit à de nombreux intellectuels de proclamer leur admiration pour l'URSS, et leur leur solide attachement au prolétariat qui édifie le socialisme. André Gide y a affirmé que « C'est dans une société communiste que chaque individu, que la particularité de chaque individu, peut le plus parfaitement s'épanouir. »

Le congrès se clôt par la fondation de l'association internationale des écrivains pour la défense de la culture, dirigée par un bureau international qui a pour mission le maintien et l'élargissement des contacts que le congrès a permis d'établir.

Elle s'assigne - selon les termes mêmes de la résolution adoptée - « à lutter sur son propre terrain, qui est la culture, contre la guerre, le fascisme, d'une façon générale contre toute menace affectant la civilisation ». A sa tête un présidium de douze membres, quelques-uns des plus grands noms de la littérature mondiale: André Gide, Henri Barbusse,, Heinrich Mann, Thomas Mann, Maxime Gorki, Forster, Aldous Huxley, Bernard Shaw, Sinclair Lewis, Selma Lagerlof, Romain Rolland, les quatre prix Nobel. Le siège de l'organisation est à Paris.

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André Gide, le communisme et l'antifascisme.

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot, et il n'est pas le seul, est étonné de la conviction communiste qui semble animer André Gide depuis quelques temps ; sa notoriété est telle que '' l'Union pour la Vérité '' organise un débat sous le titre '' André Gide et notre temps '' avec divers contradicteurs. C'est un 26 mars 1935, rue Racine, qu'André Gide se plie à l'exercice accompagné par la NRF au complet.

Le communisme est au centre de l'affrontement orchestré par Henri Massis. Lancelot regrette la contradiction de Daniel Halévy hostile et personnelle, basée sur la dimension religieuse que Gide était censé rejeter parce que dogmatique, pour finalement se convertir à la religion communiste... !

Guilloux, Aragon, Gide - 1935

Gide explique, avec sincérité son attachement plus sentimental que intellectuel, au communisme qu'accompagne une sorte de culpabilité, et comme il le dit : « En face de certains riches, comment ne pas se sentir une âme de communiste ? ». Il rapproche même le communisme d'un christianisme qui reviendrait aux sources ; ce que lui reproche fermement Maritain.

Henri Massis lui, tente de révéler les contradictions de l'auteur des '' Faux-Monnayeurs'' ; il termine : « Aussi est-ce le drame de notre civilisation qui se joue comme dans un microcosme, dans la personne d'André Gide, personne qui à son propre sujet, met en cause les valeurs humaines sur lesquelles cette civilisation est tout entière établie. »

Sur le plan strictement politique, Gide n’apparaît pas comme crédible... Lui-même reconnaît qu'au cours de la Grande Guerre, c'est '' L'Action Française'' qui lui paraissait le parti « le plus sûr et le plus solide ». Pourquoi ce besoin d'un parti ?,- la nécessité de se grouper : « Oui c'est un besoin d'adhérer pour lutter contre une dissolution, qui était au fond de tout cela »

Gillouin ironise un peu quand il décrit Gide, dupe d'une foi ingénue dans la vocation messianique du prolétariat exempt du péché originel d'exploitation... Mais alors, que penser du péché de tyrannie, du péché contre l'esprit, de la suppression des élites...etc ?

Lancelot remarque que Gide n'écrit plus... Le communisme aurait-il désarmé son angoisse ? Vivement, qu'il retourne à ses démons … !

Ce temps du milieu des années trente, est à rapprocher de celui de l'affaire Dreyfus ; avec de nouveaux enjeux pour des intellectuels de gauche, et de droite.

Le parti communiste exerce une attraction auprès des intellectuels soucieux de s'engager, alors que chacun ressent une montée de grands périls. Le 6 février 34, résonne encore...

La culture paraît alors le fer de lance d'un combat contre la barbarie, barbarie à laquelle on donne un nom : le fascisme.

Des communistes aux radicaux, chacun défend son modèle ; mais tous reconnaissent une culture nationale, voire une civilisation, en danger.

 

Lancelot, à la lumière du personnalisme de Rougemont, définit ainsi le fascisme :

- Le fascisme exige un état fort, dispensateur de tous les biens, méritant donc tous les sacrifices. L’État fasciste met fin aux luttes politiques : il supprime les partis et jugule la presse. Il s'en prend aux valeurs occidentales ; il subordonne à l'Etat divinisé, les libertés fondamentales de la personne et des églises, ainsi que toute espèce de création spirituelle.

Un mot allemand : Gleichschaltung - mise au pas - résume le fascisme et justifie les coups de force hitlériens.

La Mutualité - 1935

 

Dans l'engagement antifasciste, la prochaine étape est le Congrès international des écrivains pour la défense de la culture qui se tient à Paris du 21 au 25 juin 1935.

Il a lieu au moment même où les britanniques sont à Paris pour s'expliquer sur la signature de leur accord naval avec l'Allemagne, et qui autorisent  le Troisième Reich à disposer d'une flotte de guerre au tonnage limité ; et ceci, sans accord de leurs alliés !

En réaction, sans-doute, Pierre Laval, sera amené à consolider notre entente avec l’Italie de Mussolini. L’Allemagne se réarme, l'Angleterre s'y résigne et certainement surveille l'entente entre Paris et Rome...

Lancelot a pu échapper aux entretiens annexes à cette rencontre des ministres ; et beaucoup plus intéressé, a obtenu de participer à ce Congrès des écrivains... C'est près de deux cent cinquante écrivains, de trente-huit pays, qui ont été invités... !

En possession des tickets d'entrée nécessaires pour lui et Elaine, ils peuvent prendre place au parterre. Devraient être présents : Pasternak - qui remplace Gorki - Heinrich Mann, Bertolt Brecht, Robert Musil, Aldous Huxley, H. G. Wells, Giono, Barbusse, Dabit, Guéhenno, Mounier, Rolland, Vitrac, E. M. Forster, Max Brod, Paul Nizan, Julien Benda, Aragon, Roger Martin du Gard, Guilloux... James Joyce, Queneau, Prévert se sont abstenus... Deux, peut-être trois milliers de personnes sont attendus ; des hauts parleurs sont installés dans les couloirs du Palais de la Mutualité et à l’extérieur.

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1935 Xavier de Hauteclocque meurt empoisonné

Publié le par Régis Vétillard

Elaine L. est très souvent fatiguée. Des poussées de fièvre inexpliquées l'amènent à consulter, conseillée par son médecin, le professeur Roussy qui confirme le diagnostic d'un cancer. Il semble confiant, et met beaucoup d'espoir dans les nouveaux outils à disposition comme les  radiations ionisantes dans le traitement des tumeurs.

Nous entrons dans une période d'inquiétudes. Peu de nouvelles, qui ne nous enfoncent pas dans un climat d'incertitude.

Xavier de Hauteclocque

 

Xavier de Hauteclocque, rentré en France urgemment suite à des problèmes de santé; a été admis en clinique. Il décède le 3 avril 1935!

Lancelot l'avait rencontré avant son départ en Allemagne. Plusieurs personnes du ministère l'avaient mis en garde; en effet, ses derniers articles parus le mettaient en danger, et il avait lui-même reçu des menaces anonymes... Il avait réussi à pénétrer l'intérieur du NSDAP, observer et interroger des responsables locaux du parti nazi...

Cette fois-ci, un contact lui permettait de rencontrer à Sarrebruck, en Sarre - alors qu'à la demande d'Hitler un référendum vient de rattacher le territoire à l'Allemagne, alors sous mandat SDN, avec propriété des usines de charbon à la France - deux officiers nazis qui semblaient disposés à lui fournir d’intéressants renseignements... Cette rencontre permit son empoisonnement... Très vite, il s'en rend compte, reprend le train; et fiévreux retourne directement près de sa femme et de son fils de quatre ans, à Saveuse... Puis, il est hospitalisé à Paris; la septicémie entraîne une longue agonie et il meurt empoisonné selon son propre témoignage, à trente huit ans.

Hauteclocque partageait avec le journal Gringoire, une ligne anti-communiste. Il s’inquiétait d'un régime malade ( celui de la IIIe République), qui se laisse berner, sans s'effrayer, des parades militaires italiennes ou allemandes... L'hebdomadaire axe sa publicité sur les révélations d'Hauteclocque dans ses reportages: il décrit ce qu'il voit, entend, alors qu'il est reçu officiellement par les nazis, au siège du parti '' la maison brune'', il rencontre le chef de la police politique, et visite les camps de travail. Ses articles sont vivants, détaillés et laissent entrevoir la barbarie.

Hauteclocque avait montré à Lancelot, comment il travaillait à Berlin, en particulier son accointance avec la corporation des chauffeurs de taxi...! Il se présentait comme le « Graf von Hautecloque » et usait de sa proximité avec les grandes familles prussiennes.

Xavier de Hauteclocque 1935

Il avait publié ''A l'Ombre de la croix gammée'', ''La Tragédie brune'', en 1934. Il a suivi plusieurs discours d'Hitler : « Une voix lourde, rocailleuse, qui roule d’abord en flots pesants, puis tourbillonne comme un torrent avant le barrage, avec des métaphores, des interjections qui pétillent et explosent comme des balles. Là-dedans, des espèces de hurlements de fureur, quand il parle des “traîtres”. Si prévenu qu’on soit, cette éloquence sauvage vous prend aux entrailles. ». Il constate, inquiet, la totale adhésion d'une foule à un homme... Il frémit à la symbolique du salut martial nazi: « ce geste brutal de la paume rabattue violemment vers le sol comme pour écraser je ne sais quelle bête rampante et invisible.»

Il constate, petit à petit, alors qu'il questionne des allemands de toute catégorie sociale, une loi du silence qui dénote « l’effrayante emprise de l’hitlérisme, cette domination fondée sur un curieux mélange d’enthousiasme et de résignation terrifiée. »

Le chef de presse du Reich, le baron von Stumm, lui fait la leçon : « Est-ce que nous ne faisons pas preuve de grandeur d’âme en permettant à de tels journalistes de séjourner chez nous ? ». On commence à se méfier de lui, on perquisitionne sa chambre...

Hauteclocque confiait à Lancelot, sa crainte d'une nouvelle guerre, à laquelle nous devrions nous préparer. Il s'agace contre les communistes de salon, les pacifistes naïfs...

Un ancien combattant allemand avec qui il discute, et trinque avec une choppe de bière, lui avoue : « Et dire qu’un de ces jours je vous tuerai, mon cher camarade. Quel dommage ! Ou bien, c’est vous qui me tuerez et ce sera tout aussi regrettable. Mais il faudra pourtant qu’on recommence…»

 

Suite à l'assassinat de Xavier de Hauteclocque, le ministère annule toutes les missions que Lancelot effectuent en Allemagne. On lui demande de moins voyager;  et à l'intérieur de ce qu'on appelle '' le chiffre '', de participer à la coordination de nos agents en Allemagne...

De plus, l'actualité internationale amène la France à recevoir des événements politiques, culturels pendant lesquels Lancelot qui parle l'anglais et l'allemand peut tenter de comprendre les mouvements d'opinion et de régime au-delà de nos frontières.

Nos services sont au courant que l'Allemagne, avant même l'accession d'Hitler au pouvoir, se réarme avec l'aide de l'URSS, qui en échange reçoit des moteurs, et des instructeurs allemands sur les nouvelles technologies. Le 2ème bureau en informe régulièrement l'Etat-major, et le gouvernement... Nous arrivons à convaincre l'Union soviétique de changer de politique ; avec l'aide de la propagande nazie contre le communisme, il est vrai...

Le gouvernement français, avec Pierre Laval, signe en avril 1935, un traité avec l’Italie de Mussolini, pour effacer un contentieux colonial à propos de la Tunisie et éventuellement l'Ethiopie; et avec Moscou, le 2 mai, un traité d'assistance mutuelle...

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Esotérisme et nazisme

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot rencontre souvent Xavier de Hauteclocque. En plus de ses reportages qu'il distille dans les journaux, et avec beaucoup de détails dans ses livres ; le reporter fait passer à Lancelot des pistes vers des sujets qu'il n'explorera pas, avec des noms de contact, des articles de presse, parfois même des dossiers peu diffusés...

Je note un dossier, sur lequel Hauteclocque était plutôt sceptique, et qu'il considérait même comme assez farfelu ; cependant - connaissant l'intérêt de Lancelot pour les mythes, il lui a laissé assez de renseignements pour continuer la recherche...

 

Deux pistes intéressantes semblent se dessiner d'après les notes de Hauteclocque. L'une concerne l’intérêt de certains nazis pour l'ésotérisme, les mythes germaniques et même le Graal.

L'autre fait état d'un '' Deutsche Glaubensbewegung'' c'est à dire d'un mouvement de la foi allemande, religieux, mais, non chrétien. Ce mouvement qui soutient la concordance entre un peuple et sa foi : une foi ''aryenne nordique'', s'efforce de créer une Eglise aryenne.

 

A Munich, parmi les chefs nazis rencontrés, Hauteclocque a croisé, un officier Karl Maria Weisthor, promu colonel puis général par Himmler, il serait responsable d'un service sur la race et le peuplement (SS Rase und Siedlungsamt) et serait chargé d'édifier le socle traditionnel du nazisme.. !

Lancelot, s'arrange, en Allemagne, pour aller le visiter...

L'homme a soixante-sept ans et il n'est pas attaché à un emploi du temps rigoureux. Il dirige des conférences, des ateliers sur des questions ésotériques. Il a rencontré Himmler en septembre 1933 à Detmold lors d’une conférence de la Nordische Gesellschaft (« Société nordique ») ; il avait été amené et présenté au SS-Reichsfuhrer, par Frieda Dorenberg, membre du parti nazi ( l'une des premières, avant même Hitler...) et de la Société Edda.

Tout cela semble un peu mystérieux... Pourquoi lui, et pour faire quoi ?

- Karl Maria Weisthor ( de son vrai nom : Wiligut ) est un ésotériste distingué, né à Vienne et initié à la « tradition runique » par son grand-père Karl. Il entre dans l’armée austro-hongroise à l’âge de 14 ans et occupe une série de commandements pendant 40 ans de service.

En Allemagne, Weisthor ( qui signifie ''Thor, le guerrier sage'') fréquente des groupes völkisch, se fait connaître...

La Société de l'Edda produit une revue, Hagal, dans laquelle Weisthor écrit, elle met l'accent sur - l'aspect ésotérique des ''runes'', ces inscriptions d'origine germaniques du IIe s. après J.C., censées être conductrices d'une énergie subtile, qui anime l'univers entier, et porteurs d'une ancienne religion, antérieure au christianisme, que l'on pourrait qualifier de ''altantéenne-aryenne''.

En 1933, un ami officier SS, le présente à Heinrich Himmler, lui-même fasciné par les traditions occultes de la vieille Europe... Impressionné par le vieil homme, Himmler l'installe à la tête d’un département nouvellement dédié à l'étude d'une préhistoire des peuples germaniques. Il est chargé d'officialiser une nouvelle religion, néo-païenne, et de décrire ses outils, ses rituels, ses fondements théologiques, historiques....

Lancelot évoque le Graal et le texte de Wolfram von Eschenbach.

- Weisthor se dit très intéressé par le sujet, d'autant que pour lui, l'objet qu'il soit une coupe ou une pierre taillée, appartient à la mythologie germanique, et indûment récupérée par le christianisme … !

Enfin, Weisthor renvoie Lancelot aux travaux en cours d'un jeune homme spécialiste du Graal, Otto Rahn, et au livre qu'il a écrit tout récemment : ''Kreuzzug gegen den Gral'' (1933). Ce qui donne à Lancelot, un nouvel objectif : rencontrer Otto Rahn. La traduction en français par M. Robert Pitrou, professeur à l'Université de Bordeaux, est parue en 1934 : La Croisade contre le Graal. Grandeur et chute des Albigeois.

 

Édouard Daladier (1884-1970) député radical-socialiste du Vaucluse, avait du démissionner après l’émeute du 6 février 1934, et il est en vacance de ministère. Ministre de la Guerre en 1932, Daladier s'est spécialisé dans les questions de défense. Il a dirigé la politique militaire de la France de 1932 à 1934 ; et actuellement tente de rallier les radicaux à la politique antifasciste ; il milite pour un front populaire et un programme commun...

Je rappelle que Lancelot, est employé du Ministère de la Guerre. Daladier demande à Lancelot d'accompagner Melle Edith Bicron en Allemagne ; elle fait partie de son entourage et, grand reporter, écrit dans différents journaux.

Pendant ce court séjour en Allemagne pendant l'été 1935, Lancelot et Edith, réserve un long moment pour une rencontre avec Otto Rahn, à Bad Homberg, flatté de recevoir des journaliste français qui s'intéressent à ses travaux...

Otto Rahn (1904-1939) se définit comme archéologue et philologue.

Enfant, il était fasciné par les histoires de héros germaniques, en particulier par le poème épique Parzival de Wolfram von Eschenbach. Il prenait cela comme de simples contes ; mais en étudiant la philologie à l’Université de Giessen ; il apprit les découvertes de l’archéologue allemand Heinrich Schliemann, qui 60 ans plus tôt avait suivi les indices de l’Iliade d’Homère pour trouver les ruines de l’ancienne Troie, jusqu'à présent considérée comme un mythe.

Otto connaît en profondeur l'œuvre du minnesœnger allemand du moyen âge, Wolfram d'Eschenbach, Parsifal et Lohengrin. 1215, époque où fut écrit Parsifal, est celle des troubadours, comme l'était le « provençal Kyot », inspirateur d’Eschenbach.

Grâce à une étude approfondie de l’œuvre de Wolfram von Eschenbach, couplée à un raisonnement très sélectif, il a conclu que les Cathares ont été les véritables gardiens du Graal. Il identifie à Montségur, à Montsalvatge, le château du Graal chez le poète allemand...

Otto Rhan, parle à la fois le français et la langue d’oc. De 1930 à 1932, à partir d'Ornolac-Ussat-les-Bains, il va explorer le Languedoc, accompagné en particulier du directeur de l’Office de tourisme local, l’enseignant Antonin Gadal. Il a rencontré également la comtesse de Pujol-Murat, qui lui confie être la descendante ( et la réincarnation) de la châtelaine de Montségur, Esclarmonde de Foix, un personnage historique que Rahn assimile dans son livre au gardien du Graal. La comtesse l'autorise à profiter de sa bibliothèque privée, et d’utiliser sa voiture et son chauffeur lors de sa visite.

Rahn se rend à Montségur pour explorer les ruines de l’un des derniers bastions cathares, lors d'un des événements les plus brutaux de la croisade des Albigeois. En 1244, le château a été capturé par les forces catholiques après un siège prolongé, et 200 Cathares impénitents ont été brûlés vifs ensemble dans ce qui est connu comme le « champ des brûlés ». Cependant, la légende locale veut que quatre chevaliers cathares aient réussi à quitter secrètement le château et à s’échapper avec le trésor de l'église cathare, y compris le Graal.

Rahn a trouvé quelques excavations cachées sur le site, mais rien d’autre.

- Vous dites, je crois, que le catharisme est un mouvement germanique dualiste aux racines aryennes ancestrales ; mais, que serait Graal … ?

- Le Graal, selon Wolfram d'Eschenbach est une pierre... Ce pourrait être une pierre gravée, à l'image de nos pierres qui contiennent un message en écriture pré-runique.

- Le Graal ne serait pas une coupe, celle qui recueillit le sang du Christ.. ?

Parsifal 1933

- Jésus de Nazareth ne venait pas instituer une nouvelle religion. L'image du Graal a été prise et déformée par les chrétiens, leur Eglise - après que les peuples germaniques aient renversés Rome, poursuivent de leur haine les chevaliers protecteurs du Graal, qualifiés d'hérétiques...

Lancelot n'est pas convaincu.. ! Otto Rahn reste vague sur ce qu'il aurait découvert, aux alentours du château... Il affirme avoir pu suivre le trajet des quatre chevaliers fuyards, avoir découvert leur cachette... Par exemple, la grotte de Fontanet- on y voit encore un autel – qui a servi de lieu de cérémonie pour les cathares...

Quelques aspects d'Otto, rendent sympathiques ce jeune homme à Lancelot, qui comme lui-même s'est senti interpellé par le Graal... Il en vient à se comparer à ce passionné qui se voue, beaucoup plus que lui-même, à cet objet mythique. Que signifie cela ?

Edith semble avoir été séduite par l'enthousiasme qui habite ce croyant, d'une tradition hermétique dont il est persuadé pouvoir découvrir son secret... !

Depuis mai 1935, Otto Rahn fait partie de l’état-major personnel de Wiligut-Weisthor et travaille comme conférencier au ''Rasse und Siedlungshauptamt '' des SS, sans fonction bien définie.

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Fascisme et Moyen-âge

Publié le par Régis Vétillard

En cette période trouble de ces années trente, Lancelot est tiraillé entre l'objet de la Quête qui l’habite et qui est porté par le mythe arthurien, et ce que l'on nomme un '' Médiévalisme '' fasciste ( note : l'historien italien Tommaso di Carpegna Falconieri le décrit comme la « projection dans le présent d’un ou plusieurs Moyen Âge idéalisés »), qui serait la référence d'une vision du monde, un temps où se fonde un mythe politique ...

N'oublions pas que : - nous sortons d'une guerre effroyable, moderne et technique... - Nous entrons dans une crise économique, et nous nous interrogeons si le capitalisme, si le parlementarisme ne sont pas au bout de leurs possibilités... - Nous sentons le danger à nos portes; et s'il vient de l'étranger, il est peut-être aussi à l'intérieur... ! - Nous imaginons un monde plus unitaire, plus ordonné... Pour certains l'unité viendrait d'un homme providentiel, et l'ordre, d'un régime totalitaire.

Puisque les partis, les élections ne garantissent pas que nous ayons de bons politiciens ; que pouvons nous imaginer, comme nouvelle manière de faire de la politique ? Nous sommes à l'âge idéologique...

L'idéologie semble le bon véhicule pour éduquer les masses, l'idéologie est cet ensemble d'idées et de croyances, qui donne au peuple une ligne de conduite.

Une idéologie politique peut prendre un caractère religieux, jusqu'à prendre la place de la religion. Ce totalitarisme imagine ainsi pouvoir contrôler les consciences...

Daniel Halévy, lors de sa visite à Rome, en 1933, à l'exposition fasciste, remarque le vocabulaire utilisé par le fascisme, emprunté à l’Église ; ainsi cette formule de la « mystique fasciste » enseignée aux enfants : ''Credere, obbedire, combattere '' (croire, obéir, combattre) ( Note : Daniel Halévy, Le Courrier d’Europe, Paris, Grasset, 1933, p. 282. )

« Qu’est-ce que le christianisme aujourd’hui pour nous ? Le national-socialisme est une religion. Il ne lui manque que le génie religieux qui fasse exploser les antiques formules ayant fait leur temps. Il nous manque le rite. / Il faut que le national-socialisme devienne un jour la religion d’État des Allemands. Mon Parti est mon Église, et je crois servir le Seigneur au mieux quand j’accomplis la volonté et que je libère mon peuple opprimé des chaînes de l’esclavage. / Tel est mon Évangile. Et là où je rencontre de la résistance, peu importe quand et où, j’essaie de la briser. / J’y vois maintenant parfaitement clair […]. » (Joseph Goebbels, Journal, 1923-1933, Paris, Tallandier, 2009, p. 291, 16 octobre 1928)

Revenons à cette nostalgie médiévale ; au temps du Saint Empire Romain Germanique. On note le caractère sacré de l'Empire (« il rappelait ensuite qu’il était l’héritier de l’Empire romain et que Rome était sa capitale ; et, enfin, il soulignait le rôle éminent tenu par les Germains dans l’institution » Jacques Le Goff). L'Empire, de plus englobe les nationalismes, il unifie en une communauté de destins, et théoriquement sans les détruire : L'Empire, comme une Europe fédéraliste sous contrôle...

L'armée allemande avait repris la croix noire des chevaliers teutoniques, ces chevaliers qui après avoir été un ordre hospitalier, devinrent une armée au service d'une idéologie chrétienne, une croisade pour conquérir la Pologne, la Lituanie, la Russie... De la suite de leur déclin, il en restera le berceau de l'état prussien : et les nazis utilisent à présent leur image de « conquérant des peuples slaves ».

 

Nous avons déjà évoqué, ces derniers chevaliers errants que sont les aviateurs. Beaucoup, jeunes et moins jeunes ont lu '' Le Chevalier de l'air '' la Vie héroïque de Guynemer par Henry Bordeaux , célébré aussi d'ailleurs par Benito Mussolini... !

Le biographe célèbre en Guynemer : « Le nouveau Roland, le chevalier téméraire et prodigieux » qui s'est fait remarqué au cours de cette « Période héroïque et resplendissante, où nos aviateurs surgissaient dans le ciel, semant la panique et l'effroi, pareils aux chevaliers errants de la Légende des siècles ». Henri Bordeaux, fait référence à un texte médiéval, et à une figure dans Gaydon ( le chevalier au geai) appelé Guinemer, « et qui raconte le triste retour de Charlemagne à Aix-la-Chapelle après le drame de (...) » ; et aussi à un traité de Guérande (11 avril 1365), qui termine la guerre de succession de Bretagne et donne le duché à Jean de Montfort, mais sous la suzeraineté du roi de France, porte la signature de trente chevaliers bretons, parmi lesquels un Geoffroy Guynemer.

Le chevalier représente cette figure héroïque qui engage sa vie pour sa terre et sa foi... Il prêche la croisade pour sauver notre civilisation... En effet le temps présent est un temps de crise ; et nous éprouvons le besoin de nous relier à une chaîne traditionnelle, qui comprend des initiés cathares, des templiers, des sorcier(e)s, des alchimistes, … etc. Ce patrimoine traditionnel pourrait nous donner accès à une vérité, à retrouver notre identité, et à la sacralité de puissances perdues comme celle du pouvoir ...

 

En Allemagne, le succès d'une gravure de Dûrer, ''Le Chevalier, la Mort et le Diable '' symbolise ce que l'on appelle le ''völkisch'' et qui renvoie aux racines rurales, le sang et la terre (''Blut und Bode''). Ce mouvement a imprégné toute la droite allemande. Le chevalier, se présente comme un surhomme selon un certain détournement de la pensée de Nietzsche. La pensée völkisch est violemment antisémite, le juif y est désigné comme l'ennemi intérieur.

Beaucoup de jeunes bourgeois se passionnent pour les rites germaniques. Les Wandervögel renforcent la camaraderie virile, ils rêvent d'action et de changement de société. Des ligues s'organisent et seront ensuite récupérées par les nazis.

Le Thulé Bund est en 1918, une société férue d''histoire et de traditions allemandes, et « traite de pangermanisme, d’anti-matérialisme, de pensée médiévale et alchimique.. » dès 1918. Thulé évoque le lieu mythique d'où proviendrait la race aryenne, et elle adopte la croix gammée pour symbole.

En septembre 1919, Adolf Hitler participe à une réunion du Deutsche Arbeiterpartei (DAP). Ce Parti des travailleurs allemands émane de la société Thulé, et vient d'être fondé à Munich par Anton Drexler, membre de la Thule-Gesellschaft . Le 8 août 1920, le DAP est rebaptisé Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP).

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