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La rencontre du mythe et de l'histoire des hommes... -2/4-

Publié le par Perceval

« Pour ses nobles seigneurs dont chacun s'estimait le meilleur et dont nul ne savait qui était le moins bon, Arthur fit faire la Table ronde sur laquelle les Bretons racontent bien des récits. Les seigneurs y prenaient place, tous chevaliers, tous égaux. »

Wace, Le Roman de Brut, ca. 1155
 

La table ronde de Winchester ( photo) (5 m de diamètre) en chêne, est mentionnée dans des archives du 14e s. Elle est décorée de peintures représentant le roi Arthur et la liste de ses chevaliers.

Cette table aurait été fabriquée autour de 1250-1290, sous le règne d'Edward I, passionné par le récit arthurien, à l'occasion d'un tournoi.... Le décor peint actuel sur la table fut commandé par Henry VIII lors de la visite de l'empereur Charles V en 1522...

 

* Deux mythologies vont se rencontrer, s'affronter, parfois fusionner ... Le christianisme et le paganisme...

La Vérité du Christianisme, ne pouvait coexister avec des traditions qui s'étaient développées bien loin d'elle. Je veux parler, bien sûr ici, du paganisme ( sous ce mot, je regroupe toutes les croyances populaires qui ont eu cours depuis plus de dix siècles, avant l'avènement de Jésus-Christ.. ! Ce n'est quand même pas rien...)

1477 - procession païenne

Les ''Pères de l'Église'' dénoncent - comme des auteurs de fables mensongères - les poètes païens, fabricants de faux dieux, ils sont responsables des superstitions et de l'idolâtrie...
Les apologistes chrétiens s'appuient sur la parole du Psaume (95,5) pour dire que les dieux des nations sont des démons... C'est intéressant: ils existent donc;  mais, sont démoniaques ...

Au Moyen-âge, seule l'Église est en mesure de reproduire et de diffuser des écrits, de constituer des bibliothèques ; elle peut donc opérer une censure de facto et ne divulguer que ce qui sert ses desseins. Nous assistons alors à un double mouvement : censure des auteurs et du merveilleux païens, et – ça c'est assez ''fantastique'' : récupération et création d'un merveilleux chrétien.

Le paganisme:

Les païens honorent leurs dieux dans des temples, vouent un culte aux divinités des arbres, des sources et des pierres. Notons également le culte des sources et des fontaines, bien attesté dans tout l'Occident médiéval : les lois chrétiennes du Gulathing, en Norvège, reprochent aux païens de croire aux génies tutélaires (landvaettir), que ce soit dans les bosquets d'arbres ou dans les tertres ou dans les cascades. Régis Boyer constate que les sources recevaient des offrandes de vivres en Scanie, donnaient lieu à des rites et des mariages en Vàstergôtland et à des cérémonies propitiatoires en Nárke. Toutes ces pratiques sont bien connues de l'Église qui ne cesse de les combattre; - par exemple - dans les actes du concile de Tours, en 567...
 

Pourtant : Grégoire de Tours ( († 594)) relate l’initiative pastorale d’un évêque auvergnat qui, impuissant à déraciner une fête païenne se déroulant sur le mont Helarius, construit sur les lieux une église en l’honneur du saint chrétien Hilarius.


Grégoire le Grand (mort en 604) ordonne d'utiliser les édifices païens après en avoir éloigné les idoles et après lustration, mais le synode de Nantes (vers 658) rend obligatoire la destruction des édifices du culte païen ; en outre, les arbres doivent être coupés, les racines arrachées et brûlées, les pierres enlevées et jetées en un autre heu, là où elles ne pourront plus servir au culte.

 

Grégoire le Grand donne aux missionnaires qu’il a envoyés en Angleterre des instructions sur la façon de transformer les temples païens en églises chrétiennes. Ces deux textes révèlent une stratégie pastorale complexe qui, face au paganisme, mêle adroitement les catégories de la destruction et de l’oblitération avec celle de la récupération.
 
Sources : Paganisme, christianisme et merveilleux - Claude Lecouteux
A suivre ....

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Sur les pas du Roi Arthur -10/.- le XIXe siècle

Publié le par Perceval

''Cornwall'' est parsemée de lieux, pierres ou mottes, qui inscrivent un passage du Roi Arthur... parmi les plus cités :


* Près de Camelford, et non loin de Tintagel – ' Arthur stone ' est une pierre de 2,75m de long, sans doute verticale, elle est couchée depuis des siècles. Elle est située sur les rives de la rivière Camel dans le nord de Cornwall...
Il y a une inscription: "LATINI IC IACIT FILIUS MA ... "; traduite, cela pourrait donner : ''Ci - gît Latinius, le fils de Ma [Carius?]"... Ce ''Macarius'' renverrait ( je ne sais comment...?) à '' Magni Arthur ''… Mais, il y a une autre inscription qui serait écrite dans un alphabet runique-style appelé Ogham - une langue «secrète» utilisé par les druides en Irlande.
L'utilisation de cette pierre remonterait ainsi au sixième siècle.

 


Aujourd'hui, des milliers de touristes visitent
la 'pierre du roi Arthur' chaque année. L' un des voyageurs à faire cette visite, en Juin 1848, fut le poète Tennyson. A propos de sa visite , il a écrit: " Recherche de la pierre du Roi Arthur, finalement trouvée sous deux ou trois sycomores. La pierre, longue de neuf pieds, se trouve dans un cadre humide et pittoresque, près d' un ruisseau. Sur le monument est inscrit un texte, qui la daterait du VIe ​​siècle. " Cette découverte a été l' une des raisons qui l'ont inspiré à écrire ''Idylles du roi '' (1859). 

Aujourd'hui, se trouve là, un centre arthurien : Les visiteurs peuvent marcher à travers les champs où le roi Arthur et Mordred furent réunis pour leur dernière bataille. Une salle d'exposition reprend les légendes, avec jeux pour enfants et boutique ...

** Précédemment, sur cette route qui nous conduit à la pointe de la Cornouailles, nous aurions pu observer une colline, emplacement du ''Castle Killibury'', (Nr Wadebridge). Ici, selon le Mabinogion (premiers écrits gallois du XIe siècle) le texte 'Culhwch & Olwen', fait état de la cour d'Arthur à Kelliwic, où il tient tribunal ...

*** Il y a également un monolithe de granit sur Bodmin Moor, qui ressemble à un cercueil évidé, il est connu sous le nom d'Arthur Bed.


**** Toujours dans le même coin, Dozmary Pool in Bodmin, est un lieu important, puisque on y voit le lac qui abriterait le château enchanté de la Dame du Lac... C'est ici, que le Roi Arthur a reçu d'une main féérique, sortie de l'eau, son épée Excalibur... Et c'est ici, encore que l'épée fut rendue à la dame du lac, par Bedivere alors qu'Arthur agonisait lors de la bataille de Camlann...
Un autre légende est associée à Dozmary Pool, elle concerne Jan Tregeagle, un intendant particulièrement sévère, avec ses fermiers . Il aurait assassiné sa femme, de plus Tregeagle n'hésite pas, contre la richesse et le succès, à faire un pacte avec le diable... À la fin de sa vie, il est damné ; on dit que le fantôme de Tregeagle peut encore être entendu quand il hurle à travers la lande...


Le XIXème siècle, est une période friande de légendes médiévales, et fait souvent référence au cycle arthurien. Le récit des aventures du roi Arthur et de ses (preux) chevaliers connaît un renouveau sans précédent dans la peinture (grâce aux Préraphaélites), la poésie et la culture populaire pendant le règne de Victoria (1837-1901).

« Arthur is come again: he cannot die. » Alfred Tennyson, “The Epic”, v. 72-5

Lord Alfred Tennyson, est le poète favori du règne de Victoria, il magnifie la légende à partir de 1832 dans La Dame de Shalott, les Poems puis les Idylles du roi (1859-1885) La grande œuvre source de langue anglaise, La Mort d'Arthur de Thomas Malory (1470) est réédité de multiples fois …


Précisément, A Lanhydrock, situé non loin de 'Bodmin moor', une superbe demeure victorienne ( 53 pièces ) avec de magnifiques jardins, nous accueille, et nous ramène 130 années en arrière...
Monastère augustinien au Moyen Age, Lanhydrock devient une demeure privée en 1530. Elle est acquise en 1620 par la famille Robartes qui y réside jusqu'après la Première Guerre Mondiale. L'édifice ayant été dévasté par un incendie en 1881, l'habitation avec le nouveau confort, date en majeure partie de l'ère victorienne, les parties les plus anciennes remontant aux années 1620.


 

 

En effet, le temps semble s'être arrêté, comme si les maîtres de maison étaient sortis pour une promenade dans le parc. Nous déambulons dans l'intimité d'anciens vivants, leurs objets personnels, leur chambre, le salon... Les parties des domestiques sont également visibles ; et le tout donne un bon aperçu de la vie de l'époque dans les riches familles anglaises.

Les habitants ont subitement disparu – tous morts aujourd'hui – et tout ce à quoi ils tenaient le plus, s'observe à présent et avec insolence du haut de notre présent… Quelle est donc notre véritable place dans l'histoire humaine ?

 


 

 
 

Sur cette photo prise dans la chambre du capitaine Tommy... Je remarque un élément, une carte … En agrandissant la photo ; je retrouve précisément l'arcane XII de la mort ( Death)... !

Cette valise est celle-là même qu'a utilisée Thomas Agar Robartes (1880-1915), héritier du domaine, à la bataille de Loos ( en Nord-Pas de Calais ) en 1915... Là, où il est tombé au combat ...

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La rencontre du mythe et de l'histoire des hommes... -1/4-

Publié le par Perceval

Une pause réflexive avant de reprendre la route...
 

Mosaïque Otranto Cathedral, Italy
Rex Arturus detail of 12th-century mosaic, .

Quand je parle de mon intérêt pour le Roi Arthur, on me répond généralement … « Mais, le Roi Arthur n'a jamais existé … ? »
Alors, je réponds … « Alors, tout ce que j'ai vu en Cornouailles... Non plus ?  - Ces rois d'Angleterre qui exigeaient la filiation d'Arthur, la chevalerie qui organisaient des tournois sous les couleurs de Chevaliers de la Table Ronde … Les efforts de l'Eglise pour 'continuer ' leurs aventures, par une ''Queste du Graal '' christianisée... ? Si tout cela est bien ''réel'', alors c'est que la légende est devenu 'Mythe', c'est à dire fondatrice d'un élan, de créations artistiques et d'un intérêt qui correspond (toujours) à une attente... »

Il est fascinant de voir, côtoyer, respirer, la rencontre d'un mythe – qui s'assume comme tel - avec l'histoire, avec nos désirs, et finalement avec le réel. Comment le mythe, nourrit notre réel.. ?

Cette table a été fabriquée autour de 1250-1290, 
sous le règne d'Edward I, 
passionné par le récit arthurien, à l'occasion d'un tournoi....

Cette question est pour moi fondamentale, parce que le christianisme, est lui aussi construit sur du mythe... Parce qu'il est aussi une rencontre entre l'histoire humaine, et le mythe.

«  Le mythe est à mes yeux la seule voie d’accès possible au secret de l’homme et de l’histoire. La littérature permet d’approcher ce cœur poétique de la pensée humaine qu’est le mythe. » Philippe Walter, né le 12 août 1952 à Metz en Lorraine, est un médiéviste français. Spécialiste des mythologies chrétiennes, notamment de la littérature arthurienne, et de l'imaginaire médiéval.

« Le mythe n’est pas une mystification. Il est le chiffre secret de notre condition humaine. On peut l’analyser à la façon des sociologues : quelles sont par exemple les mythes dominants portés aujourd’hui par la publicité, le cinéma ou la télévision ? Il y a aussi les analyses philologiques et iconographiques, ce qui est mon cas pour le Moyen Âge. Dites-vous bien que toute civilisation construit sa vérité à travers des symboles et des mythes, même si elle refuse de l’avouer. »

Image tiré du prochain film sur la légende: '' Knights of the Roundtable: King Arthur'' 2017

«  Il est indéniable que pendant le haut Moyen Age, aux alentours du Ve et VIe siècle, a commencé un vaste mouvement d’assimilation du paganisme celto-germanique par le christianisme. Ce fut l’effet d’une longue évolution parfois conflictuelle. En Europe, le paganisme populaire n’a pas été aboli par le christianisme. Il a même été partiellement créé par lui (on songe à la « religion » des sorcières), coexistant avec lui beaucoup plus longtemps qu’on ne le croit. Dans une certaine mesure, c’est grâce au christianisme tel qu’il a évolué au Moyen Âge que le paganisme populaire s’est conservé jusqu’à nos jours. »

 

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Sur les pas du Roi Arthur -9/.- St Michael's Mount

Publié le par Perceval

Ce Mont-Saint-Michel, bien plus petit que le français, est accessible à marée basse par la chaussée et à marée haute par bateau, il est situé sur une petite île formée d'une colline rocheuse. Là se dresse le monastère, construit au XIIe siècle par des bénédictins du Mont-Saint-Michel, qui servit ensuite de forteresse. C'est aujourd'hui un château, si le lieu nous fait remonter, à travers ses origines, à l'époque des premiers temps chrétiens, il offre aujourd'hui un intéressant mélange de styles allant du XIVe au XIXe siècle, et combinant des aspects à la fois militaires, religieux et domestiques. 


Le château appartient aux barons Saint-Levan, descendants du colonel John Saint-Aubyn, commandant puis acquéreur de l'île (1659), et une chapelle du XVe siècle dédiée à saint Michel. En contrebas se trouve un port, quelques maisons et une chapelle dédiée à sainte Marie... Le tout sur une île, donc, reliée au rivage par une petite digue submersible de 400 mètres de long.

Saint-Michel archange, est le petit-frère de Lucifer. Il n'hésite pas à le combattre lors de la rébellion des anges déchus et le précipite hors du Ciel... Il est celui qui retient le bras d'Abraham, alors qu'il s'apprête à immoler son fils. Il est aussi l'Ange de l'Apocalypse... Il est l'Ange de Dieu le plus actif auprès de l'humanité
Aussi je retiens, dans les cartes du Tarot, l'arcane 15, le Diable. Elle représente le manque d'harmonie, la destruction... Et, aussi la destruction des forces qui nous immobilisent... La question du Graal, reste : « Qu'est-ce qui nous retient ? »

Qu'en est-il, ici, sur ce lieu emplit d'Histoire, et d'histoires … ?

Une légende cornique raconte comment, en 495, des pêcheurs ont vu l'archange Michel sur un rocher de granite sortant de la mer. L'île devient un lieu de pèlerinage et on rapporte qu'un monastère 'celtique' se serait développé sur le rocher du VIIIe au XIe siècle. St Michael's Mount serait l'Ictis mentionnée par Diodore de Sicile (1er s. av J.C.)
Vers 1150, le monastère Saint-Michel de Normandie reçoit de Robert de Mortain, demi-frère du roi d'Angleterre 'Guillaume le Conquérant' et l'abbé Bernard fait construire un monastère bénédictin qui, en tant que propriété étrangère, est saisi par la couronne en 1425 ; une route pavée est alors construite afin de relier l'île au continent à marée basse, il est finalement fermé en 1539.
À la suite de son schisme avec la papauté, Henri VIII dissout les monastères et confisque leurs trésors ; le mont devient une forteresse qui assure la protection de la côte qu'il surplombe. Comme celle de son modèle normand, l'histoire du Saint-Michael's Mount est mouvementée, au gré des luttes d'influence ou des guerres civiles...
En 1587, l'approche de l'Armada espagnole y est signalée en allumant un fanal au clocher de l'église.

La tradition arthurienne veut que cette île, soit une partie de la terre perdue de Lyonesse, dont le royaume occupait une partie des ''Isles anciennes''...

Ici, Arthur a autrefois combattu un géant féroce ; cependant le mont associe ce trait à une autre figure mythique : Jack, appelé le tueur de géants. Cette histoire est traditionnelle ici, en Cornouailles.
Jack est venu à St Michaels Mount pour débarrasser l'île et la région du fléau d'un géant nommé Cormoran, une brute sauvage et indisciplinée.
Cette créature hideuse, à l'aspect sauvage est la terreur du lieu ; chaque soir, il quitte son antre sombre au sommet du rocher, et patauge à travers la baie, pour piller le bétail de ses voisins du continent.
Mais un soir Jack nage et s'introduit dans l'île. Il creusé une fosse profonde, qu'il couvre de fougères, de bâtons et de terre. A l'aube, il joue de sa corne pour réveiller le monstre, qui furieux se précipite sur lui... Mais, le sol céde la place, et Cormoran étonné dégringole tête baissée dans la fosse, où Jack l’achève à coups de pioche dans le crâne.


Arthur Rackham, est un artiste britannique, 
illustrateur. ( 1867-1939)





Lorsque les barons de Cornwall entendent parler de la défaite du géant, ils félicitent le brave garçon et déclarent qu'à partir de ce jour, il devra être appelé : "Jack the Giant Killer''. Ils lui offrent une ceinture sur laquelle est inscrit, en lettres d'or : « Celui-ci est le vaillant Cornishman, qui tua le géant Cormoran »
Il se met au service du Roi Arthur, grâce à qui il obtient des chaussures magiques, une épée, un manteau d'invisibilité, avec pour mission de débarrasser le royaume des géants.
Lors d'une dernière aventure, Jack, sauve une belle jeune fille, qu'un sorcier tient prisonnière dans un château situé au sommet d'une montagne … Son père, tout heureux, accorde à Jack la main de sa fille et le couple vit heureux sur un vaste domaine, fief reçu du Roi Arthur, dont Jack devient un de ses chevaliers …

Dans l'antiquité, le mythe des géants, une démesure des instincts brutaux, laisse à l'être humain, et non aux dieux, le soin d'exterminer les monstres... Il est un appel à l’héroïsme humain. Le géant représente tout ce que l'homme doit vaincre pour libérer et épanouir sa personnalité... Dans la tradition celtique, le géant n’appartient pas à ''l'autre monde '', mais aux puissance inférieures.

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Sur les pas du Roi Arthur -8/.- Tintagel

Publié le par Perceval

Nous dormons dans un B&B, près de Clovelly, un village sans voiture ( une rue principale forte raide) connu pour ses rues piétonnes pavées...

Tintagel est un petit village situé sur la côte découpée et romantique du nord de la Cornouailles. Endroit, d'une beauté sauvage … Au bourg, tout est fait pour évoquer le souvenir du roi Arthur et le mettre en valeur. On se croirait dans une véritable capitale arthurienne, avec en particulier le King Arthur's Great Halls.
 Nous passons par le Tintagel Visitor Centre , et ne trouvons aucune brochure en français...

Une carte attire mon regard. Une ''reine des oiseaux'' ! Sans doute une carte de Tarot...
On trouve les premières mentions de Tintagel comme site de la légende d'Arthur chez Geoffroi de Monmouth (12e siècle). Les chroniqueurs qui ont suivi et la tradition ont perpétué ce lien.
Des fouilles effectuées entre 1933 et 1936 ont mis a jour toutes les assises du château de Tintagel. On a ainsi découvert que le château et le donjon datent du 12ème siècle et qu'auparavant le site était occupé par un monastère celte construit avant le 9ème siècle et qui était déjà en ruines au moment de la construction du château.

Le château est invisible de la route. Pour l'atteindre, il faut laisser la voiture dans un parking du village et emprunter un long sentier qui débouche sur une crique, la mer et les falaises. On y accède seulement à pied, après 15 minutes de marche. Ensuite, après le ''péage'', on emprunte un pont de bois, et c'est l'escalade par un sentier escarpé et étroit...
Uther and Ygraine. 
from 'King Arthur and his Knights',
 illus. by Frank Godwin (1889 ~ 1959)
En haut des falaises, restent les ruines du château où, selon la légende, le roi Arthur aurait été conçu et serait né: de sa mère Ygerne, duchesse de Cornouailles, et son père Uther Pendragon, Roi de Grande Bretagne. Tintagel est le domaine du duc Gorlois de Cornouailles, époux de la belle Ygerne qui, par les sortilèges de Merlin, deviendra la maîtresse d'Uther et la mère d'Arthur...
Il n'y aurait vécu que quelques temps avant d'être emmené dans l'actuel Pays de Galles, pour y être élevé.
Une autre tradition locale, fortement implantée, en fait l'une des résidences du roi Mark de Cornouailles, oncle de Tristan et époux de la belle Yseult la Blonde. C'est à Tintagel que se déroulent en grande partie les amours de Tristan et d'Yseult, et qu'ont lieu la fameuse scène du roi caché dans un pin pour espionner les amants, et celle du piège tendu dans la chambre royale, avec la farine répandue sur le sol. Il existe, non loin de Tintagel, en direction de Lancien, un pilier de pierre sur lequel une inscription, datant probablement du VIIème siècle, déplore la disparition d'un certain Tristan, fils d'un certain Marcus-Conomorus.





Tintagel est un site fort complexe. C'est d'abord ce qu'on appelle un « éperon barré », autrement dit une forteresse établie sur un promontoire protégé de tous côtés par la mer, sauf un solidement muni d'un rempart et d'un fossé.
C'est un établissement celtique des premiers temps de l'Age du Fer, toujours réutilisé au cours des siècles en raison de son importance stratégique: qui tient Tintagel peut surveiller l'ensemble de la côte septentrionale du Cornwall, et donc contrôler toute la navigation.
Tout en bas du château, après avoir descendu jusqu’à la plage, se trouve la grotte de Merlin.
Ce château en ruine a été construit par Richard de Cornouailles : seigneur des Cornouailles du XIIè siècle. Il voulait ainsi se rattacher de façon tangible à Arthur, le faisant son illustre ancêtre.
Le château de Tintagel comporte deux parties distinctes; l'une située sur la côte et l'autre située sur une île. Sur la côte on trouve l'entrée, les ailes supérieure et inférieure ainsi que les vestige de la Prison du 14ème siècle...









Selon le gallois Geoffroy de Monmouth, vers 1135-1138 et selon la légende, le père d'Arthur, le roi de toute la Grande-Bretagne, Uther Pendragon, part en guerre contre Gorlois, duc de Cornouailles, pour capturer la femme de Gorlois, Ygerne ( ou Ygraine) , dont Uther est tombé amoureux.
Merlin emporte Arthur ...
Alors que Gorlois se défend contre les armées d'Uther au fort de Dimilioc dont il est le propriétaire, il envoie Ygerne au château de Tintagel pour y être en sécurité, lieu qui, selon la légende, et l'Historia regum Britanniae, est censé être son refuge le plus sûr. Alors qu'il assiège Dimilioc, Uther confie à son ami Ulfin son amour pour Ygerne, mais Ulfin lui répond qu'il lui serait impossible de prendre Tintagel, car « il est juste à côté de la mer, et est entouré par la mer de tous les côtés ; et il n'y a pas d'autres voies pour y accéder, à l'exception d'un étroit passage rocheux, et à cet endroit, trois guerriers armés pourraient interdire toute entrée, même si vous résistez avec toute la Grande-Bretagne derrière vous ».
L'histoire de Geoffroy de Monmouth se poursuit en expliquant comment le magicien Merlin fut appelé, et comment, pour les aider à pénétrer dans le château de Tintagel, il utilise la magie pour changer l'apparence de Uther en celle de Gorlois, tout en changeant sa propre apparence et celle d'Ulfin afin de ressembler à deux compagnons de Gorlois. Déguisés ainsi, ils sont en mesure d'entrer dans le château, où Uther rejoint Ygerne, et « cette nuit là, le plus célèbre des hommes fut conçu ».
Ygerne ou Ygraine, est à rattacher à l'ancien irlandais gigren ( oie sauvage). Un oiseau migrateur lié aux enfantements... Ygraine serait la fée-oiseau, présente dans de nombreux contes...
La reine est une contre-partie féminine du Roi. Elle est l'origine des émotions, et utilise l'épée pour sa discipline mentale, et équilibrer les émotions …

L'un des mystères du Graal, est représenté par cette épée qui ne doit jamais quitter le fourreau, ou considérés comme inégaux.  Le fourreau d'Excalibur est ainsi exceptionnel : il confère le pouvoir de protection à l’épée, protégeant son porteur de toute blessure fatale. Dans les récits, Morgane parvint à le voler, ce qui causera la mort d’Arthur contre Mordred.


C'est tout près d'ici, de Tintagel, que nous sommes renvoyés de la naissance à la mort du Roi Arthur... En lien, avec l 'épée Excalibur...

Au lac de Dozmary ( Dozmary pool) l'une des étendues d'eau de la lande de Bodmin. Lorsque Arthur blessé part pou Avalon, il demande à Bedivere (ou Girflet) de rendre cette épée à ce lac ; il en résulte aussitôt un prodige : une main sort de l'eau pour saisir l'épée.

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Sur les pas du Roi Arthur -7/.- Glastonbury Tor

Publié le par Perceval

Nous n'en avons pas fini, avec la Légende … L'abbaye de Glastonbury serait le portail vers Avalon.
Faire ainsi le lien avec '' l’Autre Monde '' ne serait-il pas osé... ?

Tor, est la colline qui surplombe Glastonbury. Dans les écrits constituant la Matière de Bretagne, Avalon est une île sur laquelle on se rend en barque (et avec un peu de magie), île qui aurait même disparu tandis que la fée Morgane ramenait un roi Arthur mourant, barrant pour toujours aux simples mortels l’accès à l’Autre Monde. Or, le Tor se dresse au-dessus d’une plaine marécageuse qui était jadis immergée sous l’eau, faisant ainsi de la colline une sorte d’île difficile d’accès entre la rivière, le brouillard et l’altitude.
Tor, selon les légendes et les croyances païennes, était un centre de résistance du paganisme face à la montée du christianisme. Montée fort bien caractérisée par l’abbaye, justement, née à peu près à l’époque d’Arthur.
Aujourd'hui, des anciens bâtiments (certainement un monastère) ne reste qu’une tour : la tour de St Michel, l’unique vestige de l’église du 14e siècle . Elle offre un refuge appréciable après une montée éprouvante par le vent... C’est une tour carrée et massive, sans pratiquement aucune ornementation, à part deux motifs qui encadrent la porte à l’avant. Juste deux petites fenêtres étroites apportent un peu de lumière dans le corps de la tour, et l’absence de plafond n’apporte rien au niveau du sol.


Un peu plus bas, on peut aujourd'hui visiter ''Chalice Well and Source'' sorte de jardin zen.
La légende locale raconte que Joseph d'Arimathie – portant avec lui le Graal et la Lance qui a percé le flanc du Christ - , arrivant à Glastonbury est épuisé... Il plante alors la lance dans le sol, et jaillit alors une source, intensément rouge comme si du sang y était dilué. Cette source est celle qui se trouve dans les jardins du Chalice Well and Source. Point de sang dans cette eau, mais une très importante quantité de fer, qui en s’oxydant devient rouge, et tinte ainsi la pierre sur laquelle co
ule la source.
Chalice Well est un puits sacré qui aurait été bâti par les Druides. Les puits figurent souvent dans la mythologie galloise et irlandaise des portes sur le monde des esprits. La croisée des deux mondes est représentée par le couvercle du puits, couvercle dessiné par l’architecte et archéologue Frederick Bligh Bond en 1919. Les deux cercles entrecroisés constituent le symbole connu sous le nom de Vesica Piscis. Dans le dessin du couvercle, une lance ou une épée croise ces deux cercles, référence possible à Excalibur, l’épée du Roi Arthur. Le feuillage représente l’Aubépine Sacrée de Glastonbury.
Tor - Earth's Chakras,
Crown and Heart
(Art by Cheryl Yambrach Rose-Hall)



La carte de la Tour foudroyée, rappelle cet épisode relié à Merlin : Vortigern fait édifier une tour, mais ses fondations sont sapées par deux dragons qui s'affrontent... Merlin les identifient et les fait combattre entre eux … Cette destruction peut s'avérer nécessaire, si elle permet – après purification – un nouvel équilibre...

Et, si je me promène dans des ruines, transperce avec la nature environnante un équilibre, qui me prévient que l'Histoire qui se rattache à ses lieux ne sont qu'un décor d'une aventure plus riche encore … A découvrir...

Envie de revenir aux aux légendes, qui habillent ces lieux. Une petite histoire se rattache précisément à la fondation de l'abbaye de Glastonbury :
Le roi Arthur a adoubé ce dernier jour de Noël, le chevalier Yder ; avant qu'il n'aille – avec lui - combattre trois géants malfaisants. On identifie la montagne des trois géants avec Brent Knoll, une colline au-dessous de Bristol...Yder accomplit l'exploit mais Arthur le croyant mort l'abandonne sur place. Yder meurt. Apprenant son erreur, Arthur établit vingt-quatre moines à Glastonbury et leur demande de prier en permanence pour l'âme du chevalier défunt.
La quête d'Yder, est de rechercher son père qu'il ne connaît pas. Il finit par le retrouver, accède à la royauté et épouse le reine Guenloïe. Lors de son exploit, il sauve la reine Guenièvre d'un ours ( Arthur signifie ours). Ici Arthur est un mauvais roi, et le couple Yder/Guenloie supplante le couple Arthur/Guenièvre ...
En Bretagne armoricaine Yder aurait servi de prototype à saint Edern. Edern sauve un cerf poursuivi par des chasseurs.  Dans la légende galloise, Edern, qui chevauchait aussi un cerf, est le fils du dieu Nuz et l'un des premiers amants de la reine Guenièvre, l'infidèle épouse du roi Arthur.

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Conter l'aventure

Publié le par Perceval

Conter l'aventure

Avec le romancier Chrétien de Troyes, l'aventure s’enrichit d'un personnage : le "chevalier errant". Au début du Chevalier au Lion, Calogrenant part « en quête d’aventure, seul, armé de pied en cap, comme un chevalier doit l’être » [vv. 174-5]. Au paysan qui lui demande qui il est, il répond : « Je suis un chevalier qui cherche l’introuvable. Ma quête a duré longtemps et pourtant elle est restée vaine. »[vv. 356-8] …

L'aventure, du latin advenire, désigne ce qui est destiné à "advenir", à "survenir". Jean Markale, dans son Lancelot, précise le sens du préfixe ad, "vers, en direction de, contre" : vivre l'aventure, "c'est aller vers ce qui arrive et lutter contre ce qui arrive".

Il s'agit là d'un moteur essentiel, et présenté comme tel, dans les romans relevant de la Matière de Bretagne. Bien des récits s'ouvrent en effet en rappelant cette coutume exigeant que, spécialement en certains jours festifs, le roi Arthur ne passât pas à table avant qu'on ne lui ait rapporté une belle aventure, ou que ne soit advenu quelque fait merveilleux:

- “Jamais il ne m'est arrivé de manger ni d'ouvrir la fête avant d'avoir vu un prodige ou quelque aventure. Et s'il plaît à Dieu, cela n'arrivera pas aujourd'hui !”, déclare-il à la fin de Caradoc

Et ce récit, cette merveille arrachait les chevaliers à l'inactivité, leur indiquait une mission, et justifiait ainsi leur raison d'être : " Plus grande est la merveille et plus pénible est l'aventure, plus il la convoite, plus il s'en met en peine. " (Erec et Enide).

L'aventure répond à un défi représenté par l'intrusion du monde extérieur, pour ne pas dire de l'autre monde, dans le cadre bien policé de la société de la cour du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde : un défi outrepassant apparemment l'humaine compétence, mais que le héros s'attachera à relever, en choisissant de surcroît les chemins les plus difficiles, les plus périlleux et surtout les plus tortueux. Car le but n'est jamais bien défini ni localisé, et sur l'Aventure ne manquent pas de toujours se greffer d'autres aventures.

Le chevalier y erre dans un univers à la fois réel et féerique, où rien n'est prévisible et où tout peut arriver. Il doit y faire son chemin et répondre au mieux aux sollicitations du hasard ou du destin qui ne peuvent manquer de se dresser en travers de sa route. Telle est son devoir, et tel est son désir, sa plus intime attente.

Mais l'aventure est autant spirituelle que matérielle. Car, si elle est générée par l'autre monde, elle y appelle inévitablement le chevalier qui s'y engage. C'est vers cet au-delà qu'il se dirige lorsqu'il s'arrache au château et s'engage dans la forêt profonde, à la suite du blanc cerf ou à l'appel de quelque mystérieuse dame. Cela devient encore plus vrai avec le développement de la Quête du Graal. C'est alors à une véritable quête intérieure, à un parcours initiatique vers la pureté, la connaissance et la révélation du divin qu'il se trouve convié.

Sources: www.mythofrancaise.asso.fr

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Sur les pas du Roi Arthur -6/.- Glastonbury

Publié le par Perceval

Le lendemain, nous prenons la route de Glastonbury, en passant par Wells ; ce serait dommage de manquer la cathédrale et les 'à-côtés'... On peut se promener dans la plus vieille rue d'Angleterre : ''Vicars’ Close''. Dans cette rue, l’architecture est uniquement médiévale. Elle fut créé en 1348 par l’évêque Ralph de Shrewsbury afin d’héberger les 42 membres du chœur de la cathédrale. Cette communauté s’organisait le long d’une simple rue avec les maisons individuelles de part et d’autre, ainsi qu’à chaque extrémité, une salle commune pour la prise des repas et une chapelle.
Chaque maisons se voulait habitable pour un seul prêtre et était identique : une salle de séjour au rez-de-chaussée avec une grande fenêtre de part et d’autre, à l’Est et à l’Ouest, donnant sur un escalier en colimaçon menant au 1e étage où se trouvait la chambre. Des latrines et des douches étaient installées dans les cours arrières et des puits se trouvaient à chaque extrémité de la rue.

Passé Penniless Porch la « porte sans le sous » en référence aux mendiants qui y faisaient l’aumône, remplacés aujourd'hui par un jeune joueur de guitare ; on découvre l’impressionnante façade de la cathédrale de Wells  devant laquelle s’étend une grande pelouse encadrée de maisons médiévales. La cathédrale est vraiment imposante par sa largeur : la porte voûtée est surmontée de trois longs vitraux et, de part et d’autre de la structure centrale, deux grandes tours gothiques se dressent vers le ciel. Il s’agit de la première cathédrale anglaise construite dans ce style gothique. La façade, qui date de 1230, comprend de nombreuses statues médiévales représentants des scènes bibliques, des rois et des évêques, des anges, les douze apôtres et, à son sommet, la statue du Christ.

 

Nous voilà prêts pour ce que je pensais être l’essentiel de notre voyage : Glastonbury...
Ce serait Joseph d'Arimathie qui aurait établi la première église chrétienne en Somerset. Il serait à l'origine de l’abbaye, qui daterait du premier siècle. Nous en avons des traces dès le VIIe siècle... Elle s'agrandira au cours des siècles jusqu’en 1541 où elle fut détruite par le roi Henry VIII.
Joseph d'Arimathie emportant le Graal
Une légende médiévale prétend que Joseph construisit une table pareille à celle de la cène, la place de Judas restant vide, personne ne devait s'y asseoir sauf un véritable chevalier. Cinquante ans après avoir mis Jésus au tombeau, Joseph fut enseveli le 27 juillet 82 auprès de la petite chapelle en torchis et osier, bâtie par lui et ses douze compagnons...
 
A la mort de Joseph d'Arimathie, des sources mentionnent que le Graal fut transporté à Rome, pour faire partie du trésor des papes. Mais ici, on a retenu que Joseph aurait dissimulé le vase en l’ensevelissant juste au dessous du Tor de Glastonbury à l’entrée du monde souterrain. On cite un lieu précis, '' Chalice-Hill '' sous la colline qui porte ce nom, et où se trouve le puits sacré, dont l'eau aurait servi à baptiser les convertis et bien des personnalités...
Joseph of Arimathea,
Keeper of the Holy Grail
 
En 166, le pape Eleuthère envoie des missionnaires en Somerset pour restaurer la chapelle primitive. On ne reparle plus de Glastonbury, avant le Ve siècle quand Saint-Patrick vient ici. En 546, Malgwin de Landoff érige une grande église. Saint David, patron du Pays de Galles, crée au VIe s. des monastères dont Glastonbury, pour combattre les erreurs de Pélage...
Le nom celtique du lieu était '' Dun-Nazeth-Clas '', qui signifierait le fruit sacré, chez les druides, de la pomme, un lieu renommé pour sa fertilité...
L’abbaye a connu d’après les retracés archéologiques diverses phases de constructions et de destructions. En particulier un incendie ravage la plupart des bâtiments constitutifs de l’abbaye en 1184….
 

 

Selon l’ecclésiastique Giraud de Barri, des pèlerins découvrent quelques années plus tard lors de sa reconstruction une sépulture contenant des os appartenant à deux individus distincts.  Sépulture constituée par un cercueil disposé sous une dalle de pierre portant une croix de fer avec cette inscription :

Arms du King Arthur

Hic jacet sepultus inclutvs Rex Arturius in insulis Avalonia cum Wenneveria uxore cum sua secunda in insula Avallonia” ; C’est à dire : Ci-git le fameux Roi Arthur ensevelie avec sa seconde épouse Wenneveria dans l’île d’Avalon ( avalon signifie '' pommeraie '').


Le roi Richard Coeur de Lion règne alors, roi français plus que britannique : il a grandi en Aquitaine, a fait sa croisade, est revenu se faire couronner en Angleterre après sa libération qui a laissé exsangue le royaume, puis est retourné en France. Ce n’est pas un roi très populaire en Grande Bretagne. Mais c’est le fils d’Henri II Plantagenêt, commanditaire de l’Histoire des Rois de Bretagne, qui place Arthur, ce héros breton, à l’origine de la lignée des Plantagenêt. Le mythe arthurien s'inscrit alors dans l'histoire... La découverte de ces corps renforce la fiabilité de la légende, et permet à Richard de se revendiquer breton. Elle permet aussi à la petite abbaye de Glastonbury, déjà bien puissante dans les cercles chrétiens de l’époque, d’asseoir son autorité et d’assurer sa richesse. Richesse qui va se révéler indispensable quelques années plus tard, quand l’abbaye brûle entièrement dans un incendie (1184) .

 

Arms des Plantagenêts

Grâce à son prestige, les moines parviennent à la faire reconstruire en un temps record : en deux ans... La construction est allée tellement vite qu’ils ont du faire appel à différents maîtres d’oeuvre, ce qui explique pourquoi chaque fenêtre est ornée de motifs différents. Cette nouvelle église est la vieille église encore partiellement debout aujourd’hui, l’Eglise des Dames qui date de 1186.
On déambule donc aujourd’hui dans les ruines de l’abbaye datant de la période post-incendie.
Quelques décennies plus tard, le rayonnement de Glastonbury s’est encore accru. La petite église ne suffit plus. Une cathédrale est alors construite, juste derrière. En 1278, lors d’une grande cérémonie à laquelle assistent le roi Edouard 1er et la reine Éléonore, les restes du roi Arthur sont remis en terre dans une tombe de marbre noir massif, porté par des lions, de marbre eux aussi, au pied du grand autel de l’église. Glastonbury est au faîte de sa gloire.

L'emplacement de la tombe est marquée au sol. Non loin, une jeune femme rousse se recueille. Je l'avais déjà aperçue alors qu'elle parcourt le site selon certains axes...
Le cadre s'il est grandiose - 15.5 hectares - est serein. La visite commence par un musée, puis on rentre dans un jardin verdoyant. La pelouse entoure les bâtiments : la Chapelle de la Vierge, puis les quelques ruines qui entourent le site du tombeau d'Arthur... Il y a deux étangs et un verger. Plus de 250 arbres sont dispersés...

Des ruines, bien sûr... les toucher nous ramène à tenter de retrouver ce qui animait les moines qui vivaient ici... Je trouve une carte : ''la tour foudroyée'', bien sûr... La paix n'est pas toujours au rendez-vous...

Je reviens à l'Histoire....

Par permission d' Edouard III (1312-1377), on fit des fouilles pour retrouver le corps de Joseph d'Arimathie... (?)
On arrive à l’époque d’Henri VIII. Celui-ci se déclare le chef de l’Eglise dans son propre royaume. Le schisme avec Rome est consommé et la guerre éclate. Mais Henri VIII est ruiné. Un de ses conseillers lui rappelle alors sagement qu’en tant que chef de l’Eglise en Grande Bretagne, il est aussi libre de prendre ses richesses. Plusieurs abbés se révoltent, dont celui de Glastonbury, Richard Whiting, qui est pendu pour haute trahison sur le Glastonbury Tor  en 1539.
Les richesses de Glastonbury partent alors dans le trésor royal et la cathédrale et l’abbaye sont démantelées (1541) , à la fois par les hommes d’Henri VIII pour s’assurer que ce puissant centre religieux disparaisse, mais aussi par les habitants qui utilisent les pierres déjà taillées...
Les ruines vont rester à l’abandon pendant trois siècles, jusqu’à l’époque romantique anglaise (19ème siècle). Un riche propriétaire achète alors ces ruines, qui jouxtent son domaine, dans le but d’étendre un peu sa propriété et de posséder de jolies ruines. Lui-même n’aura jamais connaissance de l’importance de ces jolies ruines en question, mais un de ses proches descendants oui, en retrouvant également de vieux manuscrits parlant de l’endroit.
Commence alors la protection de l’abbaye de Glastonbury, aujourd’hui assurée par une association privée et le English National Heritage, qui protège également le Tor.

 
 
 
Des parties communes du monastère, comme le cloître, la cuisine des moines et le réfectoire, il ne subsiste que les fondations, recouvertes d’herbe verte. Seule la cuisine de l’Abbé datant du 14e siècle est encore intacte avec son toit en forme de dôme surmonté de deux tours octogonales permettant l’évacuation de la fumée. Elle témoigne de la richesse et du niveau de vie élevé des abbés et moines de l’abbaye.

 

 
 
 
 
 
 

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Sur les pas du Roi Arthur -5/.- Bristol

Publié le par Perceval

Il est temps de fermer ses valises, et enfin de parcourir le chemin... Mais, par où commencer ?
Autrement dit, qu'elle est l'origine de La Légende... ?
 
Très vite, je m'aperçois qu'elle est multiple. Cette quête ne peut être que celle d'un agnostique en la matière, mais un agnostique qui cherche, un pèlerin...
 
Après ma descente de l'avion à ''Bristol- Airport'', je passe ma première nuit sur le sol anglais, dans un hôtel du centre-ville ''Brooks Guest House'', la chambre King double nous attend... Avec la possibilité de boire un thé, je trouve une carte : le N°8 du Tarot de Merlin - ''le Magicien'' ( en fait le Bateleur du Tarot) , une figure qui me conforte à ouvrir mes livres : Hermes initie l'apprenti que je suis par la mobilisation de mon énergie intellectuelle, la plus simple à rassembler et à contrôler.
 
Ma première source sur laquelle je peux m'appuyer, qui fait référence textuellement au Roi Arthur, c'est l' "Historia Regum Britanniae" œuvre rédigée en latin entre 1135 et 1138, par l'écrivain gallois Geoffroy de Monmouth (~ 1100-1155) ( à noter que l'origine de ce clerc serait de souche bretonne …) . Ce texte remporta un certain succès jusqu’à la fin du XVe siècle : plus de 200 manuscrits latins en subsistent. Bien des adaptations et des traductions ( appelés Bruts) ont circulé...
 
Ce livre s'appuie sur un ''magicien '' Merlin et ses prophéties ( Prophetiae Merlini  ), il serait lui-même inspiré par un livre très ancien le Liber vetustissimus, composé en breton. Ensuite cette Historia a été traduite en gallois (Brut y Breninhed), et adaptée en langue romane sous le titre de Roman de Brut en 1155 par Wace qui lui évoque pour la première fois la Table Ronde. .
Merlin prophesies for Vortigern,
from a manuscript of Geoffrey of Monmouth's ..

Le texte de Geoffroy de Monmouth aura une influence très importante sur les auteurs médiévaux qui s'emparent de la matière de Bretagne pour créer leurs œuvres.

Geoffroy de Monmouth, remonte aux premiers héros fantastiques, et après la conquête romaine, il cite le traître Vortigern ( ou Vortegirn) qui appelle dans l'île les barbares saxons ; c'est Vortigern qui rencontre Merlin, qui en aidant ses successeurs : Aurelius Ambrosius et Uther Pendragon, repoussent victorieusement les invasions barbares. Enfin, Monmouth rapporte le règne d'Arthur, conquérant de l'Irlande, de la Norvège et de la Gaule et vainqueur de son neveu Mordred qui, avec l'aide de la reine Guenièvre, devenue sa maîtresse, avait tenté de s'emparer du trône. Avec les successeurs d'Arthur, et sous la menace continuelle des Saxons, le royaume ne fait que décliner jusqu'à la fin du VIIe siècle.
Le tout premier portrait du roi Arthur
In Geoffroy de Monmouth Prophetia ...

 

Le roi Arthur avait déjà été cité par l'historien et moine Nennius ( début du IXe s.) dans L'Historia Brittonum : premier ouvrage à faire référence au personnage d'Arthur, en tant que chef des rois des Bretons, avec le titre de dux bellorum dans les 12 batailles qu'il livra contre les Saxons...

 

 
Les Plantagenêt ( Henri II …) et leurs successeurs vont s’approprier la figure du roi mythique des Bretons jusqu’à en faire leur ancêtre. Vers 1200, la découverte de la tombe du roi Arthur à l’abbaye de Glastonbury brise le mythe de « l’espoir breton ». Le prêtre Layamon ( fin du XIIe s.) , par ailleurs traducteur du Brut de Wace en langue anglo-saxonne, va récupérer dans les écrits de Geoffroy les prophéties de Merlin pour les détourner au profit des Anglais : Merlin annonce qu’un jour Arthur reviendrait pour aider les Anglais...
 
Dans le troisième livre attribué à Geoffroy de Monmouth, La Vie de Merlin : Merlin est marié à Gwendolena, roi de Dyfed, il est pris de folie à la vue du massacre de trois de ses frères, il s’enfuit dans la forêt de Calédonie, au sud de l’Ecosse actuelle. Il devient le Merlin ' homme sauvage '. Dès lors, Merlin vit en compagnie d’un loup.  Merlin refuse les présents les plus merveilleux qu’on lui offre pour l’arracher à sa retraite. Dans la forêt de Calédonie, il développe des capacités prophétiques prodigieuses, il parle avec les plantes et les animaux. C’est un savant : il connaît l’astronomie et la musique, il discourt longuement des phénomènes naturels et des origines du monde.
Geoffroy de Monmouth a fait entrer dans l’histoire Arthur, Merlin, Gauvain, Conan Meriadec, Utherpendragon, des personnages ''créés'' que l’on retrouve aux côtés de personnages historiques. Cette confusion du légendaire et des faits historiques a eu comme conséquences, durant huit siècles, de contribuer à la rencontre de la légende et de l'histoire …
Il est extraordinaire de constater que ce Mythe qu’il a contribué à répandre a été accepté comme un ensemble de faits historiques jusqu’au XVIIe siècle en Angleterre et jusqu’au début du XIXe en France !
Avec Richard Cœur de lion, successeur d’Henri II, Arthur est adopté par les rois normands d’Angleterre. C’est cet Arthur là que nous retrouverons chez Chrétien de Troyes, autre grand auteur arthurien après Geoffroy de Monmouth, dans la seconde moitié du 12e siècle. Avec Chrétien, nous entrerons dans le monde et dans l’idéologie chevaleresque...
( Parmi mes sources : l'Encyclopédie de brocéliande: http://broceliande.brecilien.org/ )
 
Ces lectures méritent bien une promenade dans la ville de Bristol, ….....
Sur un muret, non loin de King St. au bord de l'eau, un verre (pint) de bière abandonné attire mon attention... A l'intérieur, une carte : le Chariot.... ! Je me suis permis de garder le verre …
Il y a grande animation au ''Old Duke''... Il fait beau, en suivant la rivière, nous mangeons sur la terrasse du Severnshed, au-dessus de l'Avon.
 
Si le Bateleur-Magicien, fait s'interroger l'impétrant avec la question du Graal : Que cherches-tu dans la vie ? : Le chariot, véhicule de la conscience, rappelle une autre question : Où vas-tu ? Cette figure remet Minerve/ Brigid (*) comme patronne de la connaissance et de l'inspiration. L'intellect n'est pas la seule source, et il me faut revenir à toute la richesse du Mythe. Je marche dans une direction choisie avec discernement, sagesse, enthousiasme … Arthur, est le précurseur de nombreuses quêtes... Si les chevaliers de la Table Ronde parcourent la Bretagne arthurienne, ils se rendent, la quête achevée, dans la ville de Sarras devenue la demeure du Graal...
 
(*) Brigit ou Brigid était la déesse la plus puissante et la plus connue de la mythologie celtique. Elle fut assimilée à Sainte Brigitte patronne de l'Irlande qui naquit vers 453  
Les deux illustrations ci-dessus sont de l'illustratrice Beatrice Stevens - Geoffrey of Monmouth's Dream — 1906.

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La légende de Merlin l'enchanteur. 3/3

Publié le par Perceval

Artus et les chevaliers

Le roi tableAprès avoir chevauché quelques heures, ils éprouvèrent le désir de se reposer. On était au printemps. La beauté du ciel, le chant des oiseaux, la fraîcheur de la verdure naissante les plongèrent dans une douce rêverie. Ils n'en sortirent que pour s'apercevoir que quatorze jeunes gens, tous beaux et bien vêtus, les regardaient.

Ces jeunes gens demandèrent où était le roi Artus. Aussitôt désigné, le roi les vit s'agenouiller devant lui pour lui dire qu'ils désiraient tous recevoir de lui l'ordre de la chevalerie, afin de le servir loyalement et fidèlement. Déjà, durant son absence, ils avaient défendu ses terres contre de terribles agresseurs.

L'air noble des jeunes gens, cette prévenance en sa faveur, inclinèrent Artus à demander qui ils étaient. Celui qui les conduisait se présenta d'abord : c'était Gauvain, fils du roi d'Orcanie. Puis il nomma ses compagnons. Artus leur fit le meilleur accueil et embrassa Gauvain, qui se trouvait être son neveu.

- Je vous octroie la charge de connétable, lui dit-il. Et il l'investit par son gant gauche. Quelques jours après, ils arrivèrent tous à Logres.

Et là, le roi Artus prit Escalibor, la bonne épée, et la pendit au flanc gauche de Gauvain, puis il lui chaussa 1'éperon droit, tandis que le roi Ban lui bouclait le gauche, les éperons d'or étant le signe distinctif des chevaliers. Enfin, il lui donna l'accolade. Il adouba de même, c'est-à-dire revêtit d'une armure ses compagnons, et leur distribua des épées. Seul l'un d'eux, Sagremor, neveu de l'Empereur de Constantinople, ne voulut point d'autre épée que celle de son pays. Puis, chacun des nouveaux chevaliers adouba à son tour les gens de sa maison. Et pour finir, ils allèrent tous ouïr la messe.

Au retour, Merlin, devant le roi, les seigneurs et les nouveaux chevaliers assemblés, leur conta l'histoire du Graal.

Pour finir, il dit, s'adressant à Artus : - Sire, il vous appartiendra à présent de dresser la table du Graal, d'où il adviendra quantité de merveilles.

- La table sera dressée au château de Carduel, en Galles, répondit Artus et le jour de Noël, j'élirai les chevaliers qui auront droit d'y siéger.

Merlin et Viviane

Merlin et Viviane (la Dame du Lac), peint par Gustave DoréUne seconde fois, Merlin s'en alla rejoindre Viviane, ainsi qu'il le lui avait promis. Vous devez croire qu'il avait grand désir de s'y rendre très vite.

Pourtant, il fit un détour au royaume de Bénoïc, en Petite Bretagne, puis au royaume de Gannes, où il conta ce qui s'était passé en Carmélide. Et sachant toutes choses, il demanda aux rois de ces pays de prendre la mer avec des soldats afin d'aider Artus à chasser les Saines du royaume de Logres.

Alors, satisfait de leur réponse, il s'en fut donc en forêt de Brocéliande. Quand Viviane l'aperçut, elle courut à lui, et tous deux éprouvèrent une grande joie à se retrouver. Sans plus tarder, Viviane voulut connaître de nouveaux jeux.

- Beau Sire, lui dit-elle, dites-moi comment je pourrais faire dormir un homme aussi longtemps qu'il me plairait... Elle se garda bien de lui révéler pour qui elle désirait cette science, car elle croyait que Merlin ne la lui aurait pas enseignée. Mais Merlin lisait dans sa pensée. Et il savait qu'elle invoquait une fausse raison quand elle ajouta :

- J'aimerais endormir mon père Dyonas, et ma mère, quand vous viendrez me voir, pour être tout à fait libre.

Merlin refusa. Viviane n'en parut que peu contrariée. Déjà, elle était sûre d'elle-même et de son pouvoir sur Merlin, et, quand arriva le dernier jour, ainsi qu'elle le prévoyait, Merlin céda. Ils se trouvaient alors tous deux dans le verger nommé « Repaire de joie et de liesse », et Merlin lui apprit non seulement ce qu'elle désirait, mais beaucoup d'autres choses encore, par exemple trois mots qu'elle prit par écrit et qui avaient cette vertu de l'empêcher d'appartenir à un homme lorsqu'elle les portait sur elle. Merlin se munissait ainsi contre lui-même, mais il se savait si amoureux de Viviane qu'il lui céderait toujours.

Alors qu'il s'en revenait à Logres, il prit l'aspect d'un vieillard affublé d'un costume démodé, mais pimpant. Or, le jour était extrêmement beau, et Gauvain, dans le dessein d'en profiter, avait demandé son cheval et avait pris le chemin de la forêt.

C'est ainsi qu'il rencontra Merlin monté sur un palefroi blanc. Celui-ci l'aborda et le ramena à la réalité :

- Messire Gauvain, lui dit-il, si tu m'en croyais, tu laisserais là promenade et rêverie, car il vaudrait mieux pour ton honneur faire la guerre aux ennemis de ton roi. Gauvain éberlué, allait répondre, mais Merlin avait déjà disparu.

La guerre aux Saines

Flint, Sir W. Russell (1880 - 1969) combatC'est qu'en effet l'instant était grave. Les Saines, redoutables guerriers, plus nombreux que les flots de la mer, assiégeaient alors la ville de Clarence. Or, un jour où le ciel était couleur de plomb, enveloppé de brume, les Saines furent réveillés par une multitude de lances qui, telle des bêtes sauvages, se jetèrent avec fureur sur leurs tentes, abattant les mâts, renversant les pavillons et massacrant tout ce qui se trouvait sur leur passage.

L'armée des chevaliers, qui avait pour enseigne la bannière blanche à croix rouge, avançait ainsi inexorablement, chassant les Saines, qui tentaient vainement de se rallier au son de leurs cornes et de leurs buccins.

Gauvain tua le roi Ysore et lui prit son cheval, le « gringalet », qui pouvait courir dix lieues sans connaître la fatigue. Les rois Artus, Ban et Bohor, et combien d'autres, firent merveille. Merlin jeta des enchantements, si bien que les Saines cédèrent et s'enfuirent de toute la vitesse de leurs chevaux, s'embarquant sur des bateaux pour une destination inconnue. Alors Artus partagea entre les chevaliers le riche butin laissé par l'ennemi, puis il fit duc de Clarence, Gasselin, l'un de ses chevaliers. Et il y eut cinq jours de grande liesse.

 Mariage d'Artus

guinevere and Arthur mariageLe sixième jour, ils partirent pour la Carmélide, où Guenièvre attendait Artus.

Le jour du mariage, il y eut plus de joie que jamais en un jour de fête. La salle fut couverte de joncs, d'herbes vertes et de fleurs qui embaumaient. L'été débutait, et un vent chaud avait lustré le ciel qui débordait de soleil. Guenièvre apparut aux yeux éblouis de tous, le visage découvert, ses cheveux blonds couronnés d'or et de pierreries, vêtue d'une robe lamée d'or, si longue qu'elle traînait à plus d'une demi-toise. En cortège, les fiancés, les rois et leur cour, les barons du royaume de Carmélide, les nobles et les bourgeois se rendirent à l'église pour la bénédiction nuptiale. Ensuite, tout ce monde fit bombance, après avoir entendu les ménestriers jouer du violon, de la flûte et des chalumeaux, puis les chevaliers se divertirent à l'escrime et autres jeux, et tous dansèrent et prolongèrent ces plaisirs fort tard dans la nuit.

Pas un convive n'oublia de sa vie une aussi belle journée. Une semaine après, les rois Ban et Bohor prenaient congé d'Artus, qu'ils n'avaient pas quitté depuis qu'ils guerroyaient contre les Saines, et regagnèrent leurs terres. Ils partirent en compagnie de Merlin et, ensemble, ils traversèrent la mer pour arriver en Petite Bretagne, où ils furent accueillis avec des transports d'allégresse.

Cependant, Merlin poursuivit son chemin pour aller voir Viviane, dans la forêt de Brocéliande.

Le lac de Diane

Ford, H. J. (1860 - 1941) Merlin et VivianeViviane reçut son ami avec beaucoup de tendresse, si bien qu'il en tomba plus amoureux encore, si la chose se pouvait. Ayant pris la peine de lui expliquer la plupart de ses jeux, c'était elle maintenant qui lisait dans ses yeux et dans sa pensée, de telle façon qu'il n'eût jamais aucun secret pour elle.

Un après-midi qu'ils se promenaient tous deux dans la forêt, Merlin conduisit Viviane au lac de Diane. Il lui fit remarquer une tombe, en marbre, où l'on voyait en lettres d'or ces mots : Ci-gît Faunus, l'ami de Diane. Puis il lui conta cette histoire : Faunus aimait loyalement Diane, la déesse des bois. Hélas ! celle-ci lui préféra Félix et elle n'hésita point, un jour que Faunus blessé voulut se baigner dans l'eau enchantée qui se trouvait alors à la place même de la tombe, à faire renverser une pierre sur lui, celle-là même qui fermait à présent le tombeau, où gisait écrasé le pauvre Faunus. Alors Félix, indigné par l'acte criminel de Diane, la prit par sa tresse, et lui coupa la tête de son épée.

- Et qu'est donc devenu le manoir que Diane avait fait bâtir ? demanda Viviane, après un grand moment de silence.

- Le père de Faunus le détruisit dès qu'il connut la mort de son fils. Or, devinez quelle idée vint brusquement à Viviane ? Elle émit le désir d'avoir un manoir aussi beau et aussi riche que celui de Diane.

Et aussitôt, pour lui complaire, Merlin faisait jaillir, à la place du lac, un château, si merveilleux qu'il ne s'en trouvait point de semblable dans toute la Petite Bretagne.

- C'est votre manoir, ma mie, lui dit-il. Jamais personne ne le verra qui ne soit de votre maison, car il est invisible pour tout autre et aux yeux de tous, il n'y a là que de l'eau. Si, par envie ou par traîtrise, quelqu'un de vos gens révélait le secret, aussitôt le château disparaîtrait pour lui, et il se noierait en y croyant entrer.

- Mon Dieu ! fit Viviane éblouie, jamais on n'entendit parler d'une demeure plus secrète et plus belle. À la voir si heureuse s'augmenta encore la joie de Merlin, qui lui apprit plusieurs autres enchantements, au point qu'il devint d'une imprudence folle.

- Beau Sire, lui dit-elle un jour, il y a encore une chose que je voudrais savoir. C'est comment je pourrais enserrer un homme sans tours, sans murs, sans fers, de manière qu'il ne pût jamais s'échapper sans mon consentement...

Merlin, qui lisait dans sa pensée, répondit :

- Ma belle amie, de grâce, ne me demandez plus rien. Vous voulez m'enfermer ici pour toujours, et je vous aime si fort qu'il me faudra faire votre volonté. Viviane lui sourit tendrement :

- Je n'ai sans vous ni joie ni biens, dit-elle, et j'attends tout de vous. Puisque je vous aime autant que vous m'aimez, ne devez-vous pas faire ma volonté et moi la vôtre ?

- La prochaine fois que je viendrai vous voir, je vous enseignerai ce que vous désirez. Il y avait obligation pour Merlin de retourner, à présent, au royaume de Logres, auprès du roi Artus qui réunissait beaucoup de monde à Carduel, au moment de Noël.

Fondation des Chevaliers de la Table ronde

L'épée et les chevaliers de la table rondeEt il y eut, en effet, grande réception et festin en ce jour, au château de Carduel, au pays de Galles. Merlin amusa les invités du roi en prenant diverses apparences, puis, quand les tables furent enlevées, après le repas, il rappela l'histoire du Graal ou l'histoire de ce vase contenant le sang du Christ.

Or, d'après la légende, ce vase avait été transporté en Petite Bretagne.

- Et, dit Merlin, il est écrit que le roi Artus doit établir ici même une table, qui sera ronde pour signifier que tous ceux qui devront s'y asseoir ne jouiront d'aucune préséance. À la droite du roi demeurera toujours un siège vide, en mémoire du Christ. Qui se risquerait de le prendre, sans être l'élu, serait puni de mort, car il est réservé au Chevalier qui aura conquis le Graal.

- Qu'il en soit ainsi ! déclara Artus. Et aussitôt qu'il eut parlé, surgit, au milieu de la salle, une table ronde autour de laquelle se trouvaient cent cinquante sièges de bois.

Et sur la plupart d'entre eux, on lisait en lettres d'or : Ici doit s'asseoir Un Tel Mais sur celui qui était à la droite du fauteuil du roi, aucun nom n'était inscrit. Artus et les chevaliers désignés vinrent prendre place. On remarquait messire Gauvain, et tous ceux qui avaient défendu le royaume durant l'absence du roi.

Puis Gauvain, en sa qualité de connétable, prononça, au nom de tous, le serment solennel : que jamais Dame, Damoiselle ou homme ne viendrait demander aide à la cour sans l'obtenir, et que, si l'un des chevaliers présents disparaissait, les autres, tour à tour, se mettraient sans trêve à sa recherche, pendant un an et un jour.

Tous les Chevaliers de la Table ronde jurèrent, sur des reliques de saints, de tenir le serment qu'avait fait pour eux messire Gauvain. Ensuite, la reine Guenièvre proposa que quatre clercs fussent à demeure dans ce château de Carduel pour mettre par écrit toutes les aventures des Chevaliers. Le roi Artus l'approuva. Et à l'unanimité, les Chevaliers manifestèrent grande joie.

Quête de Merlin

le tombeau de Merlin La Forêt de BrocéliandePour la quatrième fois, Merlin quitta la cour du roi Artus pour se rendre dans la forêt de Brocéliande. Le roi et la reine en furent peinés, car il était pour eux un excellent ami. Et d'autant plus que Merlin leur avait dit qu'il ne reviendrait pas. Était-ce possible, se disaient-ils, en le voyant disparaître au loin, sur un cheval superbement harnaché.

Ayant retrouvé Viviane, Merlin céda enfin à sa prière et il lui donna les moyens de le faire prisonnier d'amour pour toujours. Mais cela, on l'ignorait à Carduel et quand trois mois furent écoulés, sans que Merlin parût, Gauvain dit au roi, qui se montrait très triste :

- Sire, je vous jure, par le serment que je fis, pour Noël, que je le chercherai, partout où cela me sera possible, durant un an et un jour. Et tous les chevaliers l'imitèrent, et partirent en quête de Merlin à la même heure. Ils se séparèrent à une croisée de chemins.

Or, un jour que Gauvain traversait une forêt après avoir longtemps erré sur les terres de Logres et ne savait où se diriger, il croisa une Damoiselle montée sur un beau palefroi noir, harnaché d'une selle d'ivoire aux étriers dorés. Elle-même était richement vêtue. Mais Gauvain, plongé dans une sombre rêverie, passa auprès d'elle sans la voir ni la saluer, ce qui représentait, pour un chevalier, une faute grave. Profondément choquée, la Damoiselle fit tourner son palefroi et aborda Gauvain, pour lui reprocher son manque de courtoisie. Et, pour le punir, elle lui souhaita de ressembler au premier homme qu'il rencontrerait.

Gauvain s'inclina, ne dit mot et repartit, mais à peine eut-il chevauché quelques lieues, ses yeux s"arrêtèrent sur un nain qui marchait en compagnie d'une Damoiselle. Se rappelant la leçon qu'il venait de s'attirer, il s'empressa de la saluer. À quelque distance, il ne comprit pas, ou il ne comprit que trop, ce qui lui arrivait : les manches de son haubert lui venaient maintenant bien au-delà des mains, et les pans lui couvraient les chevilles.

Eh oui, Gauvain avait tellement diminué de taille qu'il n'était plus qu'un nain, dont les pieds n'atteignaient pas les étriers et la tête son écu... Sa peine fut si vive, qu'il se demanda, un moment, s'il n'allait pas en finir avec la vie. Mais que dirait-on, à la cour du roi Artus, d'un chevalier qui n'aurait su faire face à l'épreuve ? Et déjà, s'aidant d'un tronc d'arbre coupé pour descendre de cheval, il raccourcissait ses étriers, relevait les manches et les pans de son haubert et aussi ses chausses de fer. Puis, courageusement, il reprit la route pour être fidèle à son serment. Mais de Merlin, point ne se présentait. Personne ne l'avait vu ni ne le connaissait. Et vous devinez aisément l'angoisse de messire Gauvain qui continuait à parcourir des lieues.

Un jour, il entra dans la forêt de Brocéliande, et c'est là qu'il découvrit un étrange phénomène : une sorte de vapeur... Il ne pouvait croire que son cheval ne franchirait pas un obstacle transparent et aérien. Mais non. Obstinément, le cheval refusa d'avancer... Et, soudain, il s'entendit appeler par son nom, et reconnut la voix de Merlin.

- Où êtes-vous ? demanda Gauvain. Je vous supplie de m'apparaître...

- Non, répondit Merlin, vous ne me verrez plus jamais, et après vous je n'adresserai la parole qu'à ma mie, Viviane. Le monde n'a pas de tour si forte que la prison d'air où elle m'a enserré. Et il raconta comment, alors qu'il dormait, Viviane avait fait un cercle de son voile, autour du buisson ; et comment, quand il s'éveilla, il comprit qu'il ne pourrait plus sortir de ce cercle enchanté où Viviane le retenait prisonnier. Il dit encore :

- Saluez pour moi le roi, et madame la Reine, et tous les chevaliers et barons, et contez-leur mon aventure. Puis il ajouta : Ne désespérez pas de ce qui vous est advenu, Gauvain. Vous retrouverez la Damoiselle qui vous a enchanté ; cette fois, n'oubliez pas de la saluer, car ce serait folie. À tout ce discours, le nain Gauvain ouvrit de grands yeux.

Cependant, il reprit la route de Carduel, tout à la fois heureux et mécontent, heureux de ce que Merlin lui prédisait la fin de sa mésaventure, et mécontent de penser que son ami s'était montré, pour la première fois, plus fol que sage. Quand il traversa la forêt où il avait croisé la Damoiselle qui lui avait jeté ce mauvais sort, il craignait tant de la rencontrer et de ne pas la saluer, qu'il ôta son heaume pour mieux la voir. Et soudain, il l'aperçut aux prises avec des chevaliers félons qui lui voulaient du mal. Gauvain s'élança alors sur eux et les combattit si bien, malgré sa petite taille, qu'il les mit en déroute.

En reconnaissance de son dévouement et de sa bravoure, la Damoiselle, sur la promesse qu'il lui fît d'être toujours courtois, lui permit de redevenir ce qu'il était avant leur première rencontre. Alors messire Gauvain chevaucha si vite qu'il arrive en même temps que les chevaliers qui étaient partis comme lui pour chercher Merlin et qui revenaient, comme lui, après un an et un jour.

Tous firent au roi et à la reine le récit de leurs aventures et quand vint le tour de Gauvain de raconter l'enserrement de Merlin, il provoqua chez tous une grande tristesse. Des clercs mirent ces récits par écrit. Grâce à eux, nous les connaissons aujourd'hui.

*** Bien sûr tous ces textes sont des adaptations modernes, recueillies comme des " Contes et Légendes de Merlin ", inspirées par les textes anciens ....

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