Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

1928 - L'Europe

Publié le par Régis Vétillard

Quelques nouvelles :

- En Novembre 1922, Albert Einstein a reçu le prix Nobel. Depuis la publication sur la Relativité Générale, il se consacre à tenter d'unifier les interactions gravitationnelle et électromagnétique.

Drapeau de l'Union paneuropéenne

- Un mouvement européistes a vu le jour, en 1923 avec Richard Coudenhove-Kalergi, un aristocrate autrichien qui développe le programme de Paneurope...

Le premier congrès paneuropéen, s'est tenu à Vienne en 1926, et a réunit plus de 2 000 participants, dont de nombreux intellectuels, écrivains, industriels et hommes d’affaires. Il a été salué par des intellectuels célèbres comme Stefan Zweig, Sigmund Freud, Albert Einstein, Heinrich et Thomas Mann, Jules Romain, Paul Valéry...

-En 1927, le Parti Radical est prépondérant, marqué à gauche, laïc, il gouverne au centre, et semble peu réformateur... Jouvenel et Luchaire s'y inscrivent en voulant le transformer de l'intérieur... Édouard Daladier en devient président.

- L'action Française est durement éprouvée par l'excommunication qui frappe ses adhérents.

- Le PCF adopte la stratégie '' classe contre classe '' ( exemple : pas de désistement en faveur des socialistes), en 1928, qui l'isole de la gauche.

- La dévaluation du franc, au détriment des rentiers qui avaient souscrit des bons du trésor, revigore l'industrie à l'exportation... L'industrie textile dont dépend la majorité des revenus familiaux de Lancelot, retrouve de l'essor au cours de ces années vingt. On modernise les moyens de production ; on innove pour les teintures...

Pour Coudenhove, l’Europe est constituée par « la philosophie grecque, le droit romain, la religion chrétienne, le mode de vie d’un vrai gentleman et la déclaration des droits de l’homme».

Les responsables politiques nationaux restent attachés à une stricte conception de la souveraineté... Aristide Briand, semble être le seul à évoquer « une sorte de lien fédéral » qui devrait unir « les peuples qui sont géographiquement groupés, comme les peuples d’Europe ».

- L'Allemagne étant exclue de la SDN, et les intellectuels allemands désireux de participer à des rencontres internationales, conjuguent leurs efforts avec un projet Suisse, sur Davos, d'une Université Internationale, à la faveur de la présence de nombreux étudiants en cure dans cette ville de montagne... Un comité composé d'universitaires locaux et étrangers, se donne la mission d'inviter en 1928, des élites intellectuelles européennes à des semaines de travail et d'échange, autour de cycles de conférences.

Quatre années de suite, de 1928 à 1931, ces universitaires seront accompagnés d'étudiants, et de jeunes gens, habilités par leur pays respectif.

Davos

Les premiers Cours Universitaires de Davos, seront lancés en mars 1928, en présence du prix Nobel Albert Einstein

Dès cette annonce, Lancelot s'est empressé de trouver une manière d'y être présent ; et recevoir une habilitation du gouvernement français...

Paul Painlevé lui propose même, dans le cadre de son ministère, la mission ( toute confidentielle ) d'établir un rapport sur les activités et les participants à cette rencontre internationale. Lancelot bénéficiera des conseils de Roger Picard, un professeur de Droit, qui est au Comité de la LDH, socialiste, et conseiller politique...

Lancelot propose à Elaine de l'accompagner.

Voir les commentaires

Une jeune génération, impatiente...

Publié le par Régis Vétillard

Paul Painlevé, que Lancelot, rencontre fréquemment avec sa mère ; s'intéresse à lui et à ses passions scientifiques assez éclectiques, qui vont des mathématiques, à l'astronomie, en passant par la télégraphie sans fil. Il l'encourage, lui offre des ouvrages savants et laisse entrevoir que ses compétences pourraient bien être utiles dans son ministère... Je rappelle que Paul Painlevé (1863-1933) est un mathématicien, homme politique et ministre de la Guerre ( 1925-1929), et grand ami d'Anne-Laure de Sallembier.

Painlevé, n'est pas mécontent, non plus, de voir Lancelot affirmer un pacifisme militant... Lui-même, malgré ses fonctions, affiche cette conviction, d'ailleurs il réduit le service à un an... En effet, le jeune homme s'émancipe de son groupe originel, et éprouve beaucoup d'intérêt a rencontré d'autres espaces, en particulier ceux représentés au GUSDN ( Le Groupement universitaire pour la Société des Nations) animé par Robert Lange qui bénéficie de l'aura de son oncle Bergson... Les réunions sont nombreuses, et les appuis de personnalités sont relativement intéressants, avec de nombreux contacts avec Genève et Londres... On fête l'entrée de l'Allemagne dans la SDN en 1926. Une paix est possible, et finalement l'action de Briand est reconnue par tous...

 

Paul Painlevé ( le pacifiste !) occupe de façon quasi continue le ministère de la Guerre - dans lequel travaille Lancelot - puis celui, tout nouveau, de l’Air. Il sera l'un des rares à assumer l'idée européenne d'Aristide Briand. Ce dernier, lors de son discours du 5 septembre 1929 à la tribune de la SDN, parle d’« une sorte de lien fédéral » qui devrait unir «  les peuples qui sont géographiquement groupés, comme les peuples d’Europe.»

Une jeune élite se forme ainsi à la politique, en rupture avec la politique en place: elle s'exerce aux joutes verbales, ne craint pas la confrontation de ses idées, jusqu'aux provocations. On tente de rallier à soi, pour constituer de nouvelles communautés... Parmi cette jeunesse entreprenante, Jean Luchaire semble plein d'ambition....

 

Depuis 1922, Luchaire tente de convaincre Lancelot, que de l'Action Française au socialisme, on peut créer un mouvement de jeunes pour imaginer autre chose que le système républicain en place... La jeunesse est avide d'agir, sensible aux postulats de progrès, de fraternité et de rationalisme … D'ailleurs, Lancelot, s'interroge sur la possibilité d'être – en même temps - rationaliste et chrétien …

Luchaire s'oppose aux ''Camelots du Roi'' qui à son avis terrorisent, sans plus, l’université. Lancelot reconnaît un militantisme violent qu'il récuse...

Pour l'instant la jeunesse ne bouge pas parce qu'elle ne trouve pas la théorie qui va la mobiliser... Mais on ne part pas de rien : il s'agit d'affiner la création " d'une théorie conforme aux faits et à notre tendance mentale", puis d'en affirmer publiquement quelques principes, qui seront la base du mouvement....

Bertrand de Jouvenel estime que les politiques d'avant-guerre n'étaient pas compétents ; et depuis la fin du conflit, rien n'a changé... « Ni réforme administrative, ni réorganisation économique, ni révision de la Constitution, ni refonte du code, ni réparations, ni sécurité, ni prospérité, ni liberté, ni paix, voilà la bilan de cinq années. » Jouvenel, dans Vita, n°2, 02/1924

A plusieurs reprises Jouvenel est à Genève, pour le compte de Vita; il défend la solidarité des pays face aux dégâts causée par le militarisme allemand, et leur sécurité par le désarmement de l'Allemagne.

Ils veulent être pragmatiques et ne prendre en compte que le fait économique, et se défient des positions idéologiques de droite et de gauche:

« Nous proclamerons l'interdépendance des nations qui fait le blé moins cher. » (…) Nous étudierons tout à tour les différentes matières premières [...], nous rechercherons uniquement comment les rendre plus abondantes, meilleur marché, c'est-à-dire comment améliorer les conditions de vie, et avancer la civilisation. »

En 1926, Drieu La Rochelle, rejoint Luchaire, De Jouvenel et beaucoup d'autres situés autour de ce que l'on appelle, la ''Jeune Droite'' et qui se cherche, entre royalisme, personnalisme, justice sociale... Luchaire se félicite de son initiative: « La décadence des vieilles formations politiques et le développement de nouveaux groupes me paraissent être des phénomènes inéluctables... et bienfaisants » ( Luchaire, La Volonté, 01/02/1926.).

« Alors souhaitons de voir vivre et prospérer en France, le plus tôt possible, ce nouveau parti de droite, dont les idées se rapprocheraient d'une façon aussi extraordinaire, de ce que devraient être un nouveau parti de gauche... Ce ne serait pas l'union sacrée de la génération nouvelle, mais ce serait une vaste collaboration possible, d'où pourrait sortir une vaste et pratique réorganisation du pays. »

« Nous trouvons que la première chose à faire, c'est de réparer les ruines de la guerre, c'est de combler un trou formidable provoqué par cinq ou dix ans de consommation effrénée et inutile, c'est de donner à manger à l'Europe et de la mettre en état de soutenir sur notre petit globe, la lutte économique mondiale. » Luchaire La Volonté, 01/06/1926..

La revue ''Notre Temps'' - une ''revue-carrefour'' - créée par Jean Luchaire en 1927, a le projet de devenir l'organe représentatif de la nouvelle génération, et pas seulement en France, ouverte à tous les européens... Proche de Briand, il réussira à obtenir la collaboration du radical Pierre Mendès France et du socialiste Pierre Brossolette... On y trouvera des textes de Proust, Rilke, Wells, à côté de Giraudoux et Drieu La Rochelle... Luchaire a 26ans et un formidable carnet d'adresse d'écrivains de tous bords...

Voir les commentaires

Jacques Maritain – Nicolas Berdiaeff – Un nouveau Moyen-âge

Publié le par Régis Vétillard

C'est Elaine qui a repris contact. Elle propose à Lancelot de l'accompagner à Meudon, chez les Maritain. Si Lancelot s'empresse d'accepter, c'est autant pour rencontrer le ''maître'' du lieu, que pour revoir Elaine...

Lancelot était allé écouter Jacques Maritain lors d'une conférence à la Sorbonne sur ''Métaphysique et mystique'', c'était le 12 novembre 1925.

Jacques Maritain 1930

Elaine de L. est une habituée du dimanche après-midi, à Meudon. La maison des Maritain, profite du calme ambiant... La grille du jardin franchie, Raïssa et Jacques accueillent chacun avec chaleur, et curiosité . Lancelot et Elaine sont reçus dans un salon clair, au parquet brillant et sur le mur des tableaux de Rouault. Sur la cheminée les portraits de Léon Bloy, Saint-Thomas et Ernest Psichari ( converti et mort à trente ans, au front en 1914) ...

Jacques Maritain, le visage doux, serein, les yeux bleus et une grande mèche sur le front est le maître spirituel, que chacun interroge, autant sur des idées générales, que sur la conduite de sa vie …

On s'interroge sur l'amitié et l'amour... Maritain a une très belle formule : l'amitié, c'est de donner d'abord ce que l'on a, et indirectement ce que l'on est. L'amour c'est donner directement ce que l'on est …

Elaine, dans un entretien particulier avec son directeur spirituel, proche de Maritain, s'est confiée sur les circonstances de son mariage. C'est ce qu'elle a confié à Lancelot :

Elaine se souvient de sa rencontre avec son futur mari, présenté officiellement, lors d'une partie de chasse. Les deux fiancés se sont mesurés du coin de l'oeil, et peut-être se sont-ils plu... Ce jour là, elle craignait d'être seule avec lui, s'imaginant déjà couchée par lui, dans les joncs et la boue...

Dans le mariage s'est révélée, la tromperie dont elle a été victime : cet homme, qui - même si elle le reconnaît - la satisfaisait dans son désir sensuel ; elle ne l'aimait pas... Puis, cette connivence, pour la chair, qu'elle partageait avec son mari, s'est brisée quand elle a appris qu'il la trompait. Alors, elle s'est refusée, il l'a forcée, il est devenu violent, grossier...

Le prêtre lui avait fait cette réflexion, (qu'il avait retenu de Maritain lui-même...) :« on ne peut pas toucher à la chair de l’être humain sans se salir les doigts. Mais, se salir les doigts n’est pas se salir le cœur ». ( Maritain - Humanisme intégral 1936) .

La chair, ne sert-elle pas de langage à l'amour... ? Alors, le le cœur et la chair, ne font plus qu'un.

 

Une autre fois, chez Maritain, on parle de la ''primauté du spirituel'', un sujet d'actualité pour tous les présents dont beaucoup sont proches de l'Action Française...

L'époque qui nous semble alors un modèle, dans cet esprit, est le Moyen-âge... Pourrons-nous, dans le monde nouveau à construire, restituer ces principes spirituels... ? « C’est du point de vue de Dieu que toute chose y était regardée »

L'humanisme de la Renaissance, cependant, a réhabilité la ''créature'' ne tant qu'Homme... L'Homme n'a t-il pas une part de l’initiative dans l’œuvre du Salut, sa ''liberté'' n'est-elle pas affirmée.. ? Ensuite, le rationalisme va détacher cette liberté de la ''Grâce'' qu'elle ignore, bien-sûr... On sépare le naturel du surnaturel, avant d'exclure le surnaturel...

La Renaissance a permis la prise de conscience de soi et favorisé le développement de la science et d'une nouvelle forme d'art...

Maritain remarque que ce désir de rationalité nous a fait perdre la conscience de la souveraineté de la personne, au profit d'une entité collective, l'Etat. On décrète alors la mort de Dieu …

Nicolas Berdiaev

Maritain a rencontré en 1925, Nicolas Berdiaeff qui vient d'arriver à Paris. En 1927, au Roseau d'Or, Berdiaeff publie '' Un nouveau Moyen-Age'', il était un habitué des visites à Meudon.

Pour Berdiaeff, le monde moderne en continuité depuis la Renaissance - l'homme de plus en plus séparé de son centre spirituel - s'affronte à présent avec le bolchevisme qui présente un humanisme inhumain parce que basé sur une fausse conception de l'homme.

« Les temps médiévaux furent éminemment religieux, […] ils allaient entraînés par la nostalgie du ciel [et] […] toute la culture […] était dirigée vers le transcendant et l’au-delà » (N. Berdiaeff, Un nouveau Moyen Âge)

« Pour la pensée médiévale […], l’homme n’était pas seulement un animal doué de raison […], l’homme était aussi une personne », c'est à dire, un « univers de nature spirituelle », au-dedans duquel dieu « est et agit » tout en « respectant sa liberté » (J. Maritain, Humanisme intégral).

Berdiaeff n'idéalise pas le Moyen-âge, il en note aussi toute la barbarie ( et il pense à l'actualité, avec le fascisme italien...) et Maritain évoque et condamne les abus d’un système où les forces du temporel peuvent servir à défendre – et donc, parfois, à imposer – la religion...

Lancelot interroge Berdiaeff sur le régime politique qui pourrait accompagner ce ''Nouveau Moyen-âge''... ? Il pense à une monarchie, qui renoncerait aux castes et aux partis pour leur substituer des organes professionnels et culturels ( corporations …) unis dans une structure hiérarchique... La démocratie parlementaire est viciée par le capitalisme.

 « Le nouveau Moyen Age sera, fatalement et au suprême degré, démotique et il ne sera pas du tout démocratique… Les démocraties sont inséparables de la domination des classes bourgeoises, et du système industriel-capitaliste. Les masses sont ordinairement indifférentes à la politique, elles n’ont jamais assez de force pour arriver au pouvoir » ( Un nouveau Moyen Age )

Dans l'ordre temporel, que nous vivons ; qu'y a t-il de plus divin que le bien commun de la Cité ? Le monde, continue Jacques Maritain, souffre d'un immense besoin d'unité et d'universalité, et soutient l'attente qu'exprime Lancelot au sujet de la S.D.N. Et se différencie en cela à Maurras, qui n'a que sarcasmes pour cette organisation internationale... ( voir Jacques Maritain : Théonas, ou Les entretiens d'un sage... 1922)

Si Maritain affirme que « la cité chrétienne est aussi foncièrement anti-individualiste que foncièrement personnaliste. » ; pourtant, à sa suite, deux tendances s'opposent : Jean de Fabrègues souhaite un « État théologico-politique (…) appuyant sa légitimité et son rôle sur les valeurs du christianisme reconnues pour telles », et Emmanuel Mounier estimant que l'ordre humain ne sera véritablement ordonné ( et chrétien) que par le témoignage personnel de chacun ; il en appelle à un nouvel humanisme, ouvert au spirituel, indépendant du pouvoir politique. Mounier fait confiance à l'Homme ; Fabrègues pense l'Homme pécheur, et le besoin d'une autorité.

Lancelot et Elaine se rencontrent à présent fréquemment ; à l'occasion de conférences, d'une soirée théâtrale, ou d'une visite mondaine. Ils s’apprécient : Lancelot serait plutôt introverti, et s'efforce de répondre à l’invitation sociétale à s'engager dans l'action. A l'aise dans un groupe, Elaine se sentirait plus attirée par la relation, son physique et son caractère attirant la sympathie. Elaine apprécie sa nouvelle vie de femme indépendante ; mais ce lien d'épouse ( toujours existant) d'un homme dont elle s'est séparée, représente une anxiété qui ne la quitte guère...

Voir les commentaires

Jean Luchaire – Elaine de L.

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot ressent une certaine sympathie pour Jean Luchaire, de même âge et une certaine ascendance intellectuelle, et pour qui la réussite semble sourire.. Des points communs : un goût pour l’étranger ( l'Italie pour Jean) et un désir politique ancré sur le pacifisme ; et une différence non dénuée d'intérêt, qui est la base socialiste de ses convictions …

Entreprenant, Luchaire a déjà tenté la création d'une revue '' Vita '', abandonnée puis reprise en 1924: Il dénonce le mépris et la haine entre les anciens belligérants, et le Traité de Versailles... Il imagine la suppression des armées nationales, la suppression des égoïsmes nationaux...

Luchaire souhaite intervenir dans le débat politique et avec quelques uns lancent un manifeste, l'Effort , c'est une étape. En 1921, ce sera '' La Jeune Europe''...

Jean Luchaire réussit à s'inscrire dans une carrière journalistique ; il intègre '' l'Ere Nouvelle'' et ''Le Matin''

Lancelot se sent appartenir à une jeunesse qui veut affirmer aux générations précédentes sa différence : l'internationalisme, et une inquiétude de l'avenir, qui se traduit en questions, ruptures et recherche d'engagement... On s'amuse, on discute et on se dispute... Chacun teste des groupes, des ligues, des conférences... souvent éphémères. On s'engage dans des joutes verbales afin de chercher de nouveaux cadres théoriques...

Lancelot, de nature, serait plus intéressé par des questions sur les passions, l'existence de Dieu, et la marche des mondes ; mais dans l'ensemble, sa génération est peut-être plus pragmatique, et se confronte davantage aux rapports internationaux, à la politique et à l'économie...

 

Le jeudi, au 86, rue Claude-Bernard, les époux Luchaire reçoivent beaucoup de monde, on peut y croiser ( en mélangeant les époques …) : Paul-Boncour, Osuski, l'ancien ministre de Tchécoslovaquie, Stève Passeur, Claude Dauphin, Paul Reynaud, Pierre Brossolette, Pierre Laval, Otto Abetz, Léo Ferrero, Jacques Chabannes, Marcel Achard et Stève Passeur, Pierre Mendès France et Bertrand de Jouvenel, Rainer Maria Rilke, Paul Colin, Jean Fayard aussi bien que Louis Martin-Chauffier, Claude Aveline ou Georges Auric, Alfred Fabre-Luce et même Jean Giraudoux.

Titaÿna

On discute politique, théâtre. On fume, on se fâche ( source Corinne Luchaire, et Gilberte Brossolette)

 

Lors de l'une de ces soirées, l'invitée vedette est Titaÿna ( Élisabeth Sauvy (1897-1966)) une jeune femme d'action, les cheveux noirs bouclés, belle, « aux yeux de bédouine ( P. Mac Orlan) », mince, nerveuse... Romancière ( en 1925, avec 1925 ''la Bête cabrée'') et en train de devenir ''reporter''... Chacun, chacune est aimantée vers cette jeune femme qui pourrait représenter le modèle de la femme des ''années folles'', avec les rythmes de jazz qui résonne dans un dancing comme le ''Bouf'', cabaret que Titaÿna fréquente...

 

Lancelot, lui, s'est approché d'une femme, un peu en retrait, et dont il saura beaucoup de choses à l'issue de cette soirée...

Elaine de L. est la fille d'un sénateur, elle s'est mariée à dix-huit ans. L'union est devenue désastreuse, la jeune femme dépérit et songe à prendre le voile... Elle part en retraite dans un monastère, mais son père la récupère ; et lui propose de surseoir à sa décision, en l’accompagnant dans un grand tour culturel en Italie...

Réflexion faite, si elle reste très croyante, elle préfère profiter de la vie d'une femme séparée de son mari, mais libre... Elle écrit, et a déjà publié deux romans et un recueil de poèmes préfacé par Claudel …

Lancelot est frappé de la beauté de son visage, et de l'intensité de son regard qui - quand elle parle d'elle - semble craindre d'effrayer son interlocuteur. A cette jeune femme, douce, attentive, Lancelot naturellement en vient à lui parler de ses doutes, de sa recherche...

Elle même se demande si – en quittant le monastère – elle n'a pas tourné le dos à la Vérité ?

Lancelot l'écoute, et se surprend à défendre une autre manière d'envisager sa vocation personnelle :

L- N'était-ce pas une fuite vers un refuge.. ? Et, cela devait être nécessaire, vous aviez besoin de souffler... Votre père aurait pu vous y laisser... Ces deux attitudes ( la vôtre, la sienne) vous auraient été imposées par les circonstances ; auraient-elles correspondu à un véritable choix de votre part … ?

Au lieu de cela il n'a écouté que son amour pour vous, son intuition ; et vous a incité à construire un autre chemin qu'il n'imaginait pas, mais qu'il vous rend possible ….

E- Cet accueil des religieuses, était un don de Dieu...

L- Ce don, n’était-il pas un chemin déjà tracé par d'autres...; ne devez-vous pas le construire par vous-même... ? Que désiriez-vous vraiment?

E- N'est-il pas bon de sacrifier, nos désirs, nos passions humaines ; pour un don plus grand... ?

L- C'est curieux, la manière dont vous posez cette question... Comme si, cet enfermement – qui ne correspond peut-être pas à votre personnalité - permettait seul, de recevoir le don divin ; et comme si donc, il fallait sacrifier son désir.... Quel était donc votre désir profond ?

E- Là-bas, je m'abandonnais à Dieu... 

L- A Dieu, ou à ceux qui décident pour vous … ?

E- La Vérité, ne nous est-elle pas donnée... ?

L- La Vérité est à découvrir, par soi-même, à la lumière d'une Tradition. Pour moi, c'est une Quête …

E- L'Eglise porte la Tradition.

L- Je ne peux pas me contenter de recevoir la Vérité... Je me dois de la vivre, de la valider, de grandir avec... La Tradition n'est pas figée, elle est vivante et ne demande qu'à être reçue, transformée. Il ne s'agit pas de l'enfouir pour la préserver... Ne serais-je qu'un gardien de la Vérité... ?

 

Cette discussion avec Elaine, est retranscrite à partir des notes de Lancelot, à l'issue de cette soirée... Il s'étonne lui-même d'avoir développé ainsi une réflexion sur la Vérité de la tradition, comme si à ce moment là, leurs deux esprits lui avaient permis de clarifier ses propres idées...

Quand Lancelot et Elaine se sont quittés... Elaine lui a exprimé combien ses paroles avaient été justes et la libéraient...

Voir les commentaires

Mary Butts – Années 1920 – et le Graal. 3

Publié le par Régis Vétillard

Mary Butts raconte à Lancelot, les quelques idées – qui lui sont venues - quant à l'intrigue de son prochain livre... La Coupe du Graal aurait été trouvée au fond d'un puits ; retiré de là, grâce à une lance... Qu'elle influence aurait la présence du Graal sur ses personnages... ?

Elle, serait seule femme avec quatre hommes, dont son frère. Elle s'appelle Scylla, son amant c'est Picus, amant déjà d'un homme, présent... Que va t-il se passer... ?

Parmi les hommes, l'un serait comme un élément rapporté : un américain ; les autres à travers lui, rejetteraient ce monde moderne, un monde brisé par la guerre et le nihilisme...

Alors Mary pense que le chaos se répandrait rapidement... Nous n'avons qu'une arme, dit-elle, la folie !

Mary voudrait insister sur notre relation forte avec la terre, pour elle cela s'exprime par son attachement aux paysages du Dorset, paradis perdu d'une propriété familiale. Le paysage a une influence sur nos croyances, il devient sacré... Ce lien passe par le féminin, comme l'exprime Jane Harrison. Le culte de la déesse précède le monothéisme masculin ; elle pense que le maintien de ce lien spirituel à la terre peut guérir une âme découragée... La femme peut assumer ce rôle de prêtresse.

A l'opposé le paysage urbain est une friche, dominée par la science et la rationalité, le manque de sentiment...

 

L'esprit de Lancelot, est accaparé par la présence de Mary . Éloigné d'elle, il ne pense qu'à la retrouver, et son corps hurle de désir... Mais Mary, sans se refuser, souhaiterait l'initier au sacré par un rite d'union des deux polarités. Si, ''ce qui est en haut est comme ce qui est en bas'', l'union sexuelle est un acte sacré....

 

Mary emmène Lancelot à quelques unes des conférences d'une femme russe, qui attire énormément de monde, pour parler de magie sexuelle. Cela se passe dans une grande salle d'un restaurant, on y croise des artistes de , des surréalistes et beaucoup de curieux..

Cette magicienne propose un véritable système religieux, voire une nouvelle religion qui repose sur un troisième terme de la Trinité, qui remplaçant l'Esprit, serait le Féminin. Le Féminin de qui relève la sexualité... qui permet de transformer le désir en lumière...

La Coupe du saint-Graal est remplacée par la femme. Pendant l'acte sexuel, la femme sujet de la Quête du chevalier affranchi, brûle alors d'un feu d'amour qu'elle transmet au Chevalier, qui s'ouvre à la Lumière , appelée Lucifer ou la Connaissance. Il s'agit de ''noces alchimiques'', fusion de deux natures antagonistes mais complémentaires...

Le propos est très résumé, et ce qui frappe Lancelot, et l'ennuie vraiment, c'est la référence constante à Satan ….

 

Mary comprend cette réticence ; et elle-même qui vient de vivre des expériences similaires à Théléma, qui ne lui ont causé que dégoût, se demande si cela ne relèverait pas de l'inversion entre magie blanche et magie noire ? Un peu, ce qui exprimé dans le rapport entre l'ange et l'ange déchu...

Lancelot se souvient d'avoir rencontré dans les documents relatifs à sa quête ; des écrits sur le combat de Jacob avec l'ange...

Aussitôt, tous les deux se rendent à l'église Saint-Sulpice, pour découvrir le tableau de Delacroix... Pour la chapelle dédiée aux Saints-Anges, c'est le peintre qui a choisi le thème... Ils ont la chance, alors qu'ils commentent la toile, d'échanger avec un vieux prêtre qui les observait ...

Lancelot en profite pour lui faire part de ce qui le trouble :

- Cet ange ne pourrait-il pas être Satan... ?

- Vous voulez dire que Jacob se battrait contre lui-même ? Quant à Satan, pour ma part, ma foi, ma confiance ne porte que sur les anges... Un ange déchu n'est plus un ange, non … ?

- Mais Satan existe, ne tente t-il pas le Christ … ?

- Effectivement l'homme Jésus est tenté par des passions humaines, la gloire, la puissance, la connaissance.... Un ange qui ne serait plus le messager de Dieu, deviendrait une passion humaine...

- Et l'amour … ?

- Ah, l'amour …. Cela, c'est divin !

 

Mary forte de son expérience, désapprouve la recherche de puissance au travers de rituels sexuels ; c'est ce qu'elle appelle la magie noire... La magie blanche ne force pas et nourrit généreusement ce qui peut exister

 

Finalement, le rituel magique ( magie blanche ) eut lieu... La coupe et l'athamé eurent leur part, et Lancelot a communié à la présence de Morgane... Cette expérience fondatrice fut unique, Mary a rejoint Londres, puis le Dorset, la terre de ses ancêtres....

Son roman Armed with Madness, sera publié en 1928.

Voir les commentaires

Mary Butts – Années 1920 – et le Graal. 2

Publié le par Régis Vétillard

Mary Butts se dit très intéressée de mieux connaître Lancelot, et avec lui de mieux comprendre la quête du Graal. Elle veut en faire le sujet de son prochain livre...

Mary Butts

Mary invite Lancelot, chez elle, où il rencontre également un jeune homme, Sergueï, elle écrit de lui qu'il est « un page aux boucles noires et aux yeux de glace verte... » ; Lancelot pense à un oiseau et à un danseur...

- Oui, c'est juste, répond Mary... Je pourrais l'appeler Picus et mon héroïne, Scylla... Scylla est une nymphe de grande beauté qui - du fait de l'amour d'un dieu - est transformé en monstre féminin...

Lancelot connaît moins la mythologie grecque, et Mary lui traduit l'image en rapprochant le dieu du Roi Arthur, et Scylla de Morgane ... Oui Morgane.... On dit que Morgane est venu s'installer dans le Dorset, la région de prédilection de Mary, à ' Badbury Rings ' , un lieu utilisé par les prêtresses, les druides pour pratiquer leurs rites magiques ...

Mary pense que le Dorset est la région du Graal – à l'opposé de la ville et de ce temps d'après-guerre représenté par la « Waste land »... Elle voudrait appeler ainsi son roman, mais T. S. Eliot, pour un livre-poème, qu'elle adore, lui a déjà pris ce titre …

Quand elle s'est rendue à l'abbaye de Glastonbury ; assise sur une pierre de ces ruines elle a ressenti fortement ce qu'elle nomme ''mana'' c'est à dire un ''pouvoir d'influence'' qui émane de certaines personnes ou de certains lieux...

Mary est obsédée par la mythe et le rituel. Ses héroïnes incarnent « le principe féminin de la vie » en contact avec des pouvoirs magiques oubliés depuis longtemps... Elle est persuadée que le malaise spirituel de l’après-guerre qui génère le modernisme littéraire peut être guéri par le rituel et la magie ; elle prend ses sources chez Sir James Fraser, Jessie L. Weston et les 'Ritualistes de Cambridge', et chez les modernistes, comme Joyce, Yeats et Eliot.

Marie raconte qu'elle a appris et pratiqué avec Cecil, la magie, l’écriture automatique et les voyages astraux... Ils parlent aussi, avec grande excitation des ''carrés magiques''... Mary en aurait pratiqué toutes sortes, à Théléma... Connaît-il le '' livre d’Abramelin '' ? Un grimoire qui recense quelques démons et quelques sorts qui se présentent sous la forme de carrés de mots, à l'image du carré SATOR...

Les démons... ! Devant le visage horrifié de Lancelot ; Mary s'esclaffe... « N'aie crainte... Pour commander aux démons, il faut d'abord les avoir vaincus... ! »

 

Ainsi, Mary et Lancelot se sont revus, ont énormément échangés sur différents thèmes comme le symbolisme, l'alchimie, et bien sûr la légende arthurienne... Mary se montre si intéressée par ce que lui rapporte Lancelot, sur sa Quête, et celle de ses aïeux ; qu'elle exprime son enthousiasme d'avoir rencontré « la réincarnation d'un chevalier arthurien » ; elle souhaite connaître les détails de cette histoire... Et lui ému par son regard, par l'intérêt qu'elle lui porte ; elle, si belle, si envoûtante... Aussi occupe t-elle à présent toutes ses pensées, le jour, la nuit, surtout la nuit ; au point que par manque de sommeil peut-être, perd-il un peu de vigilance, pour distinguer ce qui est réel de ce qui l'est moins … Et, s'il était ensorcelé... ?

 

Mary l'interroge encore et encore …. « Quels sont les effets du Graal … ? »

On parle d'effets merveilleux : une lumière inconnue... Mais de lui-même on ne sait rien... Et, que contient-il ? Perceval ne pose aucune question ! Et qui est la Porteuse du Graal, que sait-elle ?

Les Continuations enrichiront la connaissance des effets du Graa. Par exemple, par la profusion des mets en sa présence... Le Graal sert à gré, ou « par le gré » ce qui convient à chacun... De par son contenu, le Graal donne le pouvoir de se régénérer et de multiplier ce qu'il contient... A côté du rôle positif, l'un des aspects - plus sauvage du Graal – est, quand il est associé à la lance : il évoque un rituel sanglant ( voir dans Peredur...) …

En tout cas, le Graal a une portée initiatique car il permet une révélation, ce qui pourrait être l'objet de la Quête...

 

Ce jour là, Mary soulève sa jupe, et vient s'asseoir à califourchon sur le genoux de Lancelot. Elle pose ses bras autour de son cou ; et lui demande : « Et si le Graal était là... Que ferais-tu ? »

- Si j'étais face au Graal … ? Je ne sais pas … Je n'y ai jamais pensé...

- Et, s'il était là ! Sur tes cuisses ?

Voir les commentaires

Mary Butts – Années 1920 – et le Graal. 1

Publié le par Régis Vétillard

Mary Butts (1890-1937) est de dix années plus âgée que Lancelot. Elle vient du Dorset, en Angleterre. Elle a épousé en mai 1918 le poète pacifiste et éditeur John Rodker, a donné naissance à leur fille Camilla, fréquente des écrivains modernistes, et a commencé une liaison avec Cecil Maitland, un vétéran de la guerre qui continue à le rendre fou... En 1921, avec lui, elle passe environ douze semaines à l’abbaye de Thelema d’Aleister Crowley en Sicile... Elle y a trouvé certaines pratiques choquantes, et est reparti en mauvaise forme...

Nancy la connaît assez pour se soucier d'elle, et elle a la bonne mais dangereuse idée de lui ''confier'' le jeune Lancelot...

Mary Butts connaît bien Paris, où elle entretient des amitiés avec des artistes, comme Jean Cocteau qui illustrera son livre Imaginary Letters (1928). En 1925 Mary a publié son premier roman, Ashe of Rings, un roman anti-guerre avec des éléments surnaturels.

Actuellement (1926), Mary est à Paris, elle a rompu d'avec son ''grand amour'' Cecil Maitland ; Elle vit dans un appartement de la rue Montessuy, proche de la tour Eiffel... Elle héberge un amant, Sergueï Maslenikoff, qu'elle vient de rencontrer à Paris. Sergueï est une sorte d'aristocrate ( russe blanc), artiste sans le sou. Mary le trouve charmant, drôle, mélancolique...

Mary Butts à Paris, 1925

 

Comment ne pas être intrigué par cette femme, belle à l'abondante chevelure rousse et au regard vif, les yeux verts, un long cou blanc à la Rossetti, et qui semble avoir déjà vécu tant d'expériences déroutantes et surnaturelles ? A l'écart de l'effervescence des amis de Nancy ; Lancelot et Mary vont faire connaissance plus avant, et chacun d'une curiosité réciproque... vont arriver au Graal !

 

En Angleterre, l'intérêt pour le Graal, est vivace depuis la guerre... Mary a lu l'ouvrage de référence de Jessie L Weston, From Ritual to Romance publié en 1919. L'auteure rattache l'histoire du Graal et d'autres légendes arthuriennes aux rites païens d'avant le christianisme. Son analyse s’inspire de l’étude comparative de Sir James Frazer sur la religion, The Golden Bough (1890), et de son affirmation selon laquelle la religion moderne a évolué à partir de cultes de fertilité plus anciens et de leurs rites du dieu/roi mourant. Les « Ritualistes de Cambridge », qui s’inspirent aussi beaucoup de Frazer, influencent également Weston, en particulier le travail de Jane Ellen Harrison, avec cette théorie de la pratique rituelle et leur croyance commune que le rituel précédait le mythe...

Mary Butts est convaincue du rôle fondamental des pratiques rituelles dans les cultes rattachés aux mythes anciens, ainsi que sur le rôle des femmes dans ces rites...

 

Comme tout anglais, elle connaît Les Idylles du Roi de Tennyson (1885). Mais aussi : The High History of the Holy Grail (1910) (La Haute Histoire du Saint Graal) traduite par Sebastian Evans. Perlesvaus, aussi appelé Li Hauz Livres du Graal (La Haute Histoire du Saint Graal), qui est une vieille romance arthurienne française datant de la première décennie du XIIIe siècle ; elle serait censée être une des continuations de l’œuvre inachevée de Chrétien De Troyes « Perceval, le conte du Graal ».

 

Mary pourrait citer également ''L’Église cachée du Saint Graal'' ( The Hidden Church of the Holy Graal ) de Arthur Edward Waite (1909). Il s'agit d'une suite de récits assez divers, qui commencent avec des textes aux références païennes pour finir sur une épopée chrétienne et allégorique. Le contenu peut satisfaire autant le lettré que le mystique à la recherche du Graal... En effet, Waite tente de donner un sens à tout cela. Il examine et rejette les théories du XIXe siècle qui relient le Graal aux Templiers, ou aux franc-maçons, ou même aux cathares... Sa conclusion est qu’il existe encore une « église intérieure » dans le christianisme: il veut dire non pas une secte souterraine, mais un ''noyau mystique''. Son concept d'Eglise cachée est basé sur une compréhension profonde du sacrement de l'eucharistie, et le Saint Graal est son symbole...

Arthur Machen

 

Arthur Machen (1868-1947) auteur de ''Le grand dieu Pan'' est captivé très jeune par l'occultisme qu'il découvrit dans la bibliothèque de son père, pasteur anglican. Ecrivain, il est attiré par les mystères païens de son Pays de Galles natal, passionné de mythologie classique et de merveilleux...

The Secret of the Sangraal & Other Writings de Arthur Machen, permet à cet auteur de fictions de présenter son approche mystique de la vie et de l’art. Nous pouvons ainsi examiner dans quelle mesure (ou non) ses croyances personnelles correspondent à ses écrits imaginatifs. Machen apparaît ici comme mystique, comme un chrétien ''occulte'', un peu fantasque, comme un homme parfois blessé, souvent audacieux : sa conviction est que le monde que nous connaissons n’est qu’un rideau de stimuli sensoriels et de croyances intellectuelles au-delà de laquelle se cachent des vérités plus substantielles et terrifiantes.

The Secret Glory, la dernière grande œuvre de Machen, est une description satirique de la vie dans une école publique. Le héros, orphelin, Ambrose Meyrick, un adolescent d’origine galloise, est inscrit dans une école publique anglaise. Il va se heurter à des ''rituels'' et à un harcèlement violent , avec des épisodes quotidiens d’intimidation scandaleusement acceptés, sinon encouragés, par les directeurs d’école et les enseignants.

Au moment où il semble avoir atteint le sommet de la souffrance et de la mortification, Ambrose, grâce à ses origines celtiques, a une « vision »... Il découvre un monde qui promet une formidable rédemption et des merveilles jamais vues auparavant, un monde qui le conduira à la recherche du Saint Graal et qui changera son destin. Libéré par cette quête, il découvre avec candeur, un monde violent, les angoisses de l’âge, et la découverte du sexe avec la jeune serveuse Nelly... Mythes celtiques, atmosphères mystérieuses et paysages oniriques se croisent sur le chemin intime du ''héros'' …

La légende du Saint Graal, de l'époque de sa deuxième épouse Purefoy, conduira Arthur Machen à un passionnant voyage dans cette légende chrétienne qui supplantera le grand dieu Pan de l'époque de sa première épouse Amy. Les quêtes arthuriennes remplacent les rites de la Rome antique, et le roi Arthur prend la place du dieu Pan...

Voir les commentaires

Le Paris des Années 1920.. – Pierre Drieu la Rochelle

Publié le par Régis Vétillard

Pierre Drieu la Rochelle est de 7 ans plus âgé que Lancelot. En 1925, il vient de rompre une amitié que l'on pensait solide, avec Louis Aragon. Pierre D. jeune écrivain, incarne la nouvelle génération, ce que lui reconnaissent Daniel Halévy ( que connaît bien Anne-Laure, sa mère), et Henri Massis (proche de Maurras)... Il a déjà publié chez Gallimard, et participe à la revue prestigieuse NRF.

<- de Jacques-Emile Blanche - 1924 - Etude pour un portrait de Pierre Drieu La Rochelle (1893-1945)

Lancelot est impressionné par Pierre. Il émane de lui, une énergie qui lui fait penser à Nietzsche, quelque chose de flamboyant, et on le dit ''couvert de femmes'' … !

Pierre D. vient de se séparer de son groupe de ''surréalistes'', leurs chahuts ne l'amusent plus ; et surtout le dénigrement systématique de ce qui fait la richesse de la culture occidentale, jusqu'à leur provocations envers Loti, Barrès, Anatole France et Claudel...

Aragon s'affiche avec son ancienne maîtresse, Elisabeth de Lanux, et surtout abdique tout esprit critique devant André Breton, et - le comble - adhère au Parti Communiste...

 

Si Lancelot souhaite son amitié, il la sait impossible, comme avec tous ceux qui ont vécu l'horreur de cette horrible guerre ; et dont l'expérience conduit à une vision tragique de l'existence...

Peut-être, Pierre est-il attiré par la candeur du jeune homme qui tranche sur le cynisme de beaucoup de ses amis, et des mœurs qui sont les siennes, mais qu'il qualifie de décadentes et ne correspondent pas à sa philosophie conservatrice ?

Pierre D. refuse de se situer sur l’échiquier politique, et reproche à Aragon sont engagement partisan... Il semble inquiet d'une modernité envahissante, de la TSF par exemple, au machinisme déshumanisant . Il hésite entre un classicisme rénové, reconstruit par la République, autour de figures de la pensée rationnelle ; et la tradition millénaire de la vieille France monarchique qui lui offrirait une morale exigeante et élitiste, et l'entrée dans une aristocratie forte, autour d'un militantisme qui satisferait son goût pour l'action....

Pourtant, et il en discute avec Lancelot, Charles Maurras, le déçoit par son nationalisme intégral, alors que l'absurde guerre qu'il vient de vivre, ne peut que nous rassembler autour de notre civilisation européenne et la réconciliation franco-allemande...

Colette Jéramec (à droite) avec sa famille et Pierre Drieu la Rochelle (au centre)

Pierre D. paraît bien souvent paradoxal. Il semble fasciné en bien et en mal par le peuple juif. En 1917, il épouse la sœur de son ami juif, mort au front, Colette Jéramec. En 1921, il divorce... Il ne cessera d'asséner et d'écrire les pires opinions antisémites... !

 

Lancelot apprend par sa mère, suite à un courrier de Vanessa Bell, que Nancy C., est à Paris ; aussi commence t-il une enquête afin de retrouver la jeune femme.

Il rêve de pouvoir, cette fois, la conquérir... Elle devrait être surprise de le voir changé, mûr, si décontracté... Il imagine : il la ferait accéder aux salons les plus huppés de la capitale, la présenterait à de grands écrivains... Peut-être Gide lui-même, ou Valéry? Anatole-France, Barrès étant morts récemment...

Nancy Cunard, par Man Ray, 1926

Il n'a pas cherché longtemps. Pierre D. le met directement sur la piste. Lancelot et Pierre, ont ceci de commun c'est leur goût pour l'Angleterre ; et l’Allemagne, il est vrai aussi...

 

- « J'aurais dû naître anglais. Voilà une de ces imaginations d'enfance qu'on garde jusqu'à ses derniers jours. » insiste Pierre. En 1919, il a séjourné à Cambridge ; il y a déjà rencontré T.H. Lawrence, et Aldous Huxley avec qui il reste lié... Il a hébergé, Aldous Huxley lors du premier séjour de ce dernier à Paris, c'était en janvier 1920...

 

1926 - Nancy C. habite dans l'île de la Cité un appartement décoré par Jean Frank. Elle y reçoit Man Ray, William Carlos Williams, Léon-Paul Fargue, Drieu la Rochelle, les amis de Cocteau et ceux de Breton, dont Louis Aragon...

Bien sûr, la rencontre de Lancelot avec Nancy, ne correspond en rien à ses attentes... Excentrique, et adulée par tous ses visiteurs ; elle s'amuse quelques instants de le revoir, puis elle est vite happée par des personnalités bien plus en vue, comme Louis Aragon avec qui elle va commencer une histoire d'amour...

Cependant, lors d'une seconde visite de Lancelot, Nancy lui présente Mary Butts.

Voir les commentaires

Le Paris des Années 1920.. – Bertrand de Jouvenel

Publié le par Régis Vétillard

Si les sujets de discussions sont graves, l'ambiance - parmi les jeunes qui fréquentent les Conférences - est à la camaraderie et à la fête. Dans une chambre d'étudiants, dans un bureau ; certains amènent des jeunes filles qui admirent les débats, des liens se nouent...

Les parents de Bertrand de Jouvenel, se sont séparés tôt ; il vit avec sa mère Claire Boas, elle-même assez présente dans le monde politique et littéraire. Son père a épousé en 1912, la romancière Colette.

Au printemps 1920, Bertrand rend visite à son père et découvre celle qu'on lui a désignée comme « redoutable ». Il est fasciné par elle : naturelle, imposante... Elle décide de « former » son beau-fils, et, l'année suivante, deviennent amants; elle a 47 ans.. Jusqu'en 1925, Bertrand vit dans l'ombre de Colette... Cette liaison est connue, et - vis à vis de ses camarades -pose Bertrand sur un piédestal de l'initiation érotique...

Colette, Henri de Jouvenel, et son fils Bertrand sur la lande près de Rozven, en Bretagne (1921) ->

 

Bertrand est un lecteur passionné d’histoire, de politique et d’économie. Colette l’initie à d'autres lectures, en particulier les romans de son ami Proust, qu’elle compare à Balzac. C'est elle, dit-il, qui l'ouvre aux joies du monde : « Colette m’enseigna que le pain avait du goût, les troènes du parfum, les pavots de la couleur …elle regardait, elle écoutait, elle sentait, et le plaisir qu’elle prenait continuellement à ce qui existe se communiquait à son entourage. Alors que j’avais toujours cherché à être laissé en paix avec mes livres, à présent je la suivais et les théières de faïence chez les antiquaires de Saint-Malo, les crevettes dans le basin des rochers, tout me paraissait merveilleux …il est impossible de dire ce que je lui dois, pour m’avoir ainsi nourri ».

 

Bertrand de J. suit son père à la SDN en 1923. Il part pour Prague comme collaborateur du ministre des affaires étrangères de la Tchécoslovaquie.

Sa mère ne supporte pas cette liaison, elle tente de le fiancer, mais il crée le scandale en ne venant pas au repas de présentation ; Colette venait de lui remettre un pli où était écrit : « Je t’aime. ».

Sa famille lui présente une nouvelle jeune fiancée. Il en discute avec Colette et décident de se séparer. Marcelle Noilly-Prat a déjà écrit un roman ( Vivre en 1922) « très intelligente et de très bonne compagnie » ; ils se marient en décembre 1925.

Madeleine Delbrêl (1904-1964)

 

Parmi les jeunes de l'Action Française, Lancelot est interpellé, en 1922-23, par Jean-Augustin Maydieu. Étudiant doué et fougueux, il est camelot du Roi et il fait partie de la garde personnelle de Maurras, très religieux il est torturé par une histoire d'amour... Il a rencontré Madeleine Delbrêl chez le docteur Armaingaud qui tient salon ; elle s’intéresse à l’art, la littérature et la philosophie. Elle écrit des poèmes. En 1922, alors qu'elle écrit « Dieu est mort, vive la mort […] Puisque c'est vrai, il faut avoir le courage de ne plus vivre comme s’il vivait » ; elle fait la connaissance de Jean profondément croyant, qui se questionne sur sa vocation religieuse... Ils se revoient et commencent une relation amoureuse (1923)... Il part pour son service militaire, puis sans explication entre au noviciat dominicain, le 22 septembre 1925. Cette ''rupture'' plonge Madeleine dans une phase dépressive, et déclenche une recherche intérieure et, finalement, une conversion « violente » dit-elle l’année de ses 20 ans dans un éblouissement qui ne la quittera plus..

Voir les commentaires

Le Paris des Années 1920.. – Jean Luchaire

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot, choyé par son milieu et les adultes qui l'ont accompagné dans son éducation, n'a rien à prouver. Il porte une quête, transmise par sa mère et sa lignée : des aïeux très présents, grâce à toutes sortes de documents et de souvenirs familiaux, conservés, étudiés et complétés, comme si chacun de ceux qui l'avaient précédé avaient très bien compris leur ''mission personnelle'' …

Lancelot comme ses prédécesseurs n'ont pas d’œuvre à leur actif ; seulement des notes, des mémoires, des confessions éparses, des traces....

Lancelot est plus contemplatif qu'actif, et de fréquentation facile: il s’intéresse aux gens. Il les questionne, jusqu'à insister pour tenter de les comprendre... Il a l'admiration facile, et n'hésite pas à proposer ses services pour bénéficier du témoignage de la personnalité qu'il a la chance de pouvoir alors accompagner un temps...

Il est temps d'évoquer les amis et relations proches et régulières de Lancelot, pendant ces années vingt. Elles sont nombreuses et éclectiques ; je peux les regrouper autour de ces quelques personnalités, qui bénéficient de biographies et d'études connues. Elles nous accompagneront tout au long des décennies qui vont suivre...

Jean Luchaire 1941

Lancelot rencontre Jean Luchaire. de même âge, en 1921... Grand, mince, voûté, le visage rond, les yeux bleu pâle, et le plus souvent un léger sourire ironique. Un tempérament actif et une volonté de convaincre. Il s'est marié en 1920 à Françoise Besnard, fille du peintre Albert Besnard. Ils habitent un petit appartement de la rue Rotrou. Sa mère est une amie d'Edouard Herriot. Celui-ci le fait nommer au Secrétariat d'État aux Beaux-arts, qui dépend du Ministère de l'Instruction publique. Il rêve d'une carrière de journaliste.

Un groupe d'étudiants de Droit cherche à créer un mouvement et une revue ''La Jeune Europe'', organe d'une génération nouvelle qui se veut pacifiste, fédéraliste... La revue se voudrait être un trait d'union entre les jeunes de France et ceux de l'étranger...

Lancelot, se laisse entraîner par la personnalité de Jean L. alors que certains contenus de la revue lui déplaisent, en particulier rien de moins que le rationalisme et l'internationalisme socialiste...

Une partie de sa famille maternelle fait partie de la grande bourgeoisie industrielle italienne … Il a vécu en partie en Italie...

Jean L. se définit comme révolutionnaire, en ce qu'il critique la République. Il défend la Liberté individuelle et le Progrès...

 

Dans ce petit groupe autour de Jean Luchaire, Lancelot rencontre également Bertrand de Jouvenel et Robert Lange. Le groupe organise des conférences... Le Groupement universitaire pour la Société des Nations (GUSDN) est né en 1922...

Avec Lancelot, Jean reconnaît au programme de l'Action Française des qualités qui parlent à la jeunesse ; mais la plupart refusent d'intégrer des partis, et il en rend responsable le système républicain... Aujourd'hui les vraies questions ne se situent-elles pas à l'échelle de l'Europe... ?

Il faut lutter contre les barrières nationales, néfastes en matière intellectuelle, et compter sur la jeunesse européenne...

 

Jean Luchaire propose de commencer par une politique d'amitié franco-italienne. La France doit s'unir à l'Italie avant de travailler avec l'Angleterre et l'Allemagne …

Journaliste, il est envoyé spécial ( L'Ere Nouvelle ) à la Conférence de Gênes ( Mai 1922), et publie des articles sous le pseudo de Jean Florence.

 

Jean a une sœur un peu plus jeune, Marguerite Luchaire, dite 'Ghita'. C'est une ''montparno'', et c'est le temps où le quartier Montparnasse représente un des centres de la vie culturelle et artistique en France. C'est le temps des années vingt, années folles pour oublier la boucherie de 14-18, folles par leur bouillonnement littéraire et pictural inédit... Ghita y croise Picasso, Aragon, Duchamp, Picabia, Foujita, Soutine, Zadkine, Man Ray, Artaud … Elle est l'amie, de la gouailleuse Lucie Badoul, surnommée Youki par le peintre Foujita et deviendra l'épouse de Robert Desnos...

Cette jeunesse façonnée par la guerre, condamnant tout « retour au passé », redouble d'énergie pour rénover la société sous les signes de la paix et du progrès... Lancelot entreprend de travailler le droit international, et s'appuyant sur sa pratique de l'anglais, et l'allemand, s'inscrit dans l'accompagnement des congrès internationaux...

Lancelot a déjà croisé à la Sorbonne, René Pleven, un étudiant brillant - en droit le matin, et à Sciences-Po l'après-midi – qui vient de créer avec Robert Lange, le GUSDN... En 1923, plusieurs centaines de jeunes gens – sans distinction de parti ou de croyance religieuse - y sont adhérents. En 1924, ce serait 2500 adhérents sur toute la France...

Autour de cette expérience, vont se succéder de multiples regroupements européens comme : le congrès paneuropéen de Vienne (octobre 1926), un plaidoyer de Notre Temps pour « L’Europe ô ma patrie » (février 1928), la rencontre de Sohlberg (juillet-août 1930) puis de Rethel (été 1931), '' Union Jeune Europe '' lancée vers 1930, prend le nom de "Ligue pour les Etats-Unis d’Europe" en 1933 ; et dans le cadre de '' Union paneuropéenne'' le 10 mai 1933 a lieu la rencontre Coudenhove-Kalergi avec Mussolini à Rome ; dans l'espoir d’une Union latine et à un rapprochement franco-italien dirigé contre le Reich, ce qui pourrait amorcer un processus d’unification européenne.... Nous en reparlerons ….

Voir les commentaires