Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

chretien de troyes

Proust et le Graal

Publié le par Perceval

La Recherche de Proust, pourrait s'apparenter à la Quête du Graal...

Pour la Recherche, il s'agit de faire le lien entre le présent : celui des actes du quotidien, et l'esprit d'un passé qui refait surface ; pour la Quête c'est retrouver les correspondances avec le mythe, et rejoindre l'Idée du Beau, du Vrai ; et les deux au travers de la littérature...

 

De plus, c'est au nom de la religion de la Beauté que Proust s'en prend à la ''loi de séparation'', pour défendre les cathédrales ( Le Figaro du 16/08/1904) ; même si c'est ici une religion sans transcendance...

Fantin-Latour, Le Graal, Prélude de Lohengrin - 1892

 

Et surtout, Proust fait référence à Wagner:

« Le rôle du héraut et du roi tout entier, le rêve d'Elsa, l'arrivée du cygne, le chœur du juste, la scène entre les deux femmes, le refalado, le Graal, le départ, le présent du cor, de l'épée et de l'anneau, le prélude, est-ce que tout cela n'est pas beau ? » sur Lohengrin lettre à Reynaldo Hahn (1894) de Trouville)

 

Le Narrateur de la Recherche serait un ''Perceval'' agnostique, découvrant en début une tasse de thé, qui n'en finit pas de la questionner, échappant aux jeunes ''filles-fleurs'', et qui finalement retrouve le Graal à la faveur de pavés disjoints, ou d'un livre...

Comtesse Greffulhe 1902

Encore, c'est le rôle que tient la duchesse de Guermantes : vue dans l'église de Combray, elle apparaît comme dans l'opéra de Wagner : ''Les Maîtres chanteurs de Nuremberg''. Ce serait là l'église Ste Catherine de Nuremberg avec l'entrée solennelle de la duchesse.. Juliette Hassine (Essai sur Proust et Baudelaire) rapproche cette scène de Parsifal : « Pour l'enfant qui attend d'être touché par la grâce du regard de Mme de Guermantes, le spectacle de la duchesse s'avançant dans la sacristie est pour lui une vraie apparition du Graal. »

La duchesse de Guermantes, est selon Proust, une descendante de Geneviève de Brabant, que l'on retrouve chez Wagner ; et … dans les légendes limousines des ancêtres d'Anne-Laure de Sallembier ( c'est ICI...)

C'est aussi, lors de la représentation en 1908 de Tristan und Isolde que Proust, dans sa correspondance, dit admirer pour la première fois, assise dans sa loge, la princesse de Bibesco (1886-1973) qui semble avoir été un des modèles pour la duchesse de Guermantes...

Princesse Bibesco-1911 Boldini

Son salon parisien était fréquenté par Paul Claudel, Georges Clémenceau, Gérard de Nerval, Montesquiou, Anatole France et de nombreuses autres personnalités du beau monde de l'art et de la politique. Proust va la rencontrer lors du bal de L'Intransigeant, le 10 mai 1911, à l'hôtel Carlton .

Dans Au Bal avec Marcel Proust, celle-ci le décrit «  livide et barbu, le col de son manteau relevé sur sa cravate blanche, qui avait traîné sa chaise depuis le début de la soirée ».

Emmanuel et Antoine Bibesco furent les voisins du jeune Marcel Proust, boulevard Malesherbes. Ils partageaient un même humour, s’étaient donnés des surnoms, et avaient un goût commun pour les choses de l’esprit. En leur compagnie, Proust fut entraîné au théâtre, dans les salons, au restaurant, en excursion pour visiter les églises en vue de sa traduction de Ruskin. Ils voyagèrent jusqu’en Belgique et en Hollande. La rencontre des Bibesco fut, en outre, pour Proust, l’entrée dans un monde différent du sien.

librairie Lefailler - vitrine-Proust

L'objet de la Recherche, c'est le '' Temps retrouvé '', lors d'un éblouissement, d'une félicité...

C'est ce qu'écrit Proust « « je présenterai comme une illumination à la Parsifal la découverte du Temps retrouvé dans les sensations, cuiller, thé etc. » Cahiers Proust

À la fin du Temps retrouvé, la longue séquence intitulée « L’Adoration perpétuelle » emprunte son titre à la liturgie catholique pour désigner la découverte du sens de sa vie et de sa vocation littéraire par le héros. En début de la « matinée » du prince de Guermantes, le narrateur est contraint de faire une halte dans le salon-bibliothèque pour attendre la fin du morceau musical dont l’exécution a commencé avant son arrivée. Il y découvre un livre '' François le Champi ''…

 

« (...) je sentais que le déclenchement de la vie spirituelle était assez fort en moi maintenant pour pouvoir continuer aussi bien dans le salon, au milieu des invités, que seul dans la bibliothèque ; il me semblait qu’à ce point de vue, même au milieu de cette assistance si nombreuse, je saurais réserver ma solitude. » (Le Temps retrouvé) Et c'est ensuite le passage du « bal de têtes »...

 

Cristophe Imperiali ( de l'Université de Lausanne) rapproche deux moments du Conte du Graal de Chrétien de Troyes; et de La Recherche du temps perdu de Marcel Proust : d'un côté, l'impérissable scène des gouttes de sang sur la neige; de l'autre, la scène capitale où, dans la bibliothèque des Guermantes, Marcel décide de devenir écrivain.

 

Cette révélation de la mémoire involontaire et de la fonction qu'elle est appelée à jouer dans l'œuvre d'art à créer, Proust l'appelle, dans ses cahiers, une « illumination à la Parsifal »:

 

Je cite ci-dessous des extraits de ce texte qui donne la clé de toute ''La Recherche''

(…) il y a un instant j'étais entré dans la cour de l'hôtel de Guermantes, (…) au moment où, me remettant d'aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s'évanouit devant la même félicité qu'à diverses époques de ma vie m'avaient donnée la vue d'arbres que j'avais cru reconnaître dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d'une madeleine trempée dans une infusion, tant d'autres sensations dont j'ai parlé et que les dernières œuvres de Vinteuil m'avaient paru synthétiser. (…)

 

(…)  je m'efforçais de tâcher de voir clair le plus vite possible dans la nature des plaisirs identiques que je venais, par trois fois en quelques minutes, de ressentir, et ensuite de dégager l'enseignement que je devais en tirer. (..)

 

(..) Et, au passage, je remarquais qu'il y aurait dans l'oeuvre d'art que je me sentais prêt déjà, sans m'y être consciemment résolu, à entreprendre, de grandes difficultés. (..)

 

(…) au vrai, l'être qui alors goûtait en moi cette impression la goûtait en ce qu'elle avait de commun dans un jour ancien et maintenant, dans ce qu'elle avait d'extra-temporel, un être qui n'apparaissait que quand, par une de ces identités entre le présent et le passé, il pouvait se trouver dans le seul milieu où il pût vivre, jouir de l'essence des choses, c'est-à-dire en dehors du temps. Cela expliquait que mes inquiétudes au sujet de ma mort eussent cessé au moment où j'avais reconnu, inconsciemment, le goût de la petite madeleine, puisqu'à ce moment-là l'être que j'avais été était un être extra-temporel, par conséquent insoucieux des vicissitudes de l'avenir. 

 

A la recherche du temps perdu (Marcel Proust) - VII : Le Temps Retrouvé III : Matinée chez la princesse de Guermantes. L'Adoration perpétuelle...

Parsifal de Wagner - Bayreuth 1882

Dans Le Temps retrouvé, rien n'indique quel est le «morceau» de musique qui se joue dans le salon, au moment où le narrateur médite dans la bibliothèque; mais dans la Matinée chez la Princesse de Guermantes, le morceau était très précisément identifié: il s'agissait du deuxième acte de Parsifal, dont la princesse organisait la première audition parisienne. Or, 1' expression « illumination à la Parsifal » renvoie très évidemment à la révélation vécue par Parsifal dans ce deuxième acte, à travers le baiser de Kundry. Or, c'est précisément par un de ces court-circuits temporels que nous évoquions, que Parsifal est soudain capable de relier l'étreinte de Kundry et la blessure d'Amfortas, c'est-à-dire d'aller chercher très loin l'autre moitié de sa sensation présente pour créer cette conjonction hors du temps qu'évoque Proust.

(…)

Parsifal a intégré instinctivement, par la puissance d'une pure compassion, ce qu'aucun raisonnement intellectuel ne permet de saisir, et il est prêt à entreprendre le chemin qui lui permettra de revenir à Montsalvat, de guérir Amfortas et de rédimer le monde du Graal. C'est donc cela qui se joue dans le salon, au moment même où le narrateur, dans la bibliothèque, reçoit son« illumination à la Parsifal » ... Même si la mention de la pièce jouée dans le salon a disparu du Temps retrouvé, une étude génétique montre bien qu'il n'y a guère de doute à avoir quant à l'influence directe qu'exerce sur ce passage le Parsifal de Wagner.

(...)

Dans le Conte du Graal, c'est immédiatement après cet épisode du sang sur la neige que Perceval accède enfin à la cour d'Arthur, mais, surtout, qu'il s'en écarte aussitôt pour partir en quête du Graal - quête qui ne débute, précisément, qu'à ce moment là.

Sources de cette comparaison : Cristophe Imperiali

 

Voir les commentaires

Sur la piste du Graal : le comte de l'X. -5- Parzival.

Publié le par Perceval

Lorsque Théodore-Claude-Henri Hersart de La Villemarqué arrive à Paris, en 1833, pour étudier à l’École des Chartes, Paulin Paris travaille depuis cinq ans à la Bibliothèque du Roi...

Paulin Paris ( 1800-1881) est né en Champagne. Il est membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et professeur au Collège de France... Il aime citer Madame de Staël, sur le Romantisme : « Cette littérature est la seule qui soit susceptible d'être perfectionnée, parce qu'ayant ses racines dans notre propre sol, elle est la seule qui puisse croître et se vivifier de nouveau.. »

On dit que la France n'a pas d'épopée … Alors, Paulin Paris, recherche dans les romans du Moyen-âge, et décide de publier nos anciens textes.. M. Paulin Paris publie ainsi sept volumes, de 1836 à 1848.

Chanson de geste - Lavisse élémentaire - trouvere

Il y distingue deux catégories de romans, les uns chevaleresques, les autres mystiques, faisant un ensemble assez étrange. Selon l'ordre des événements, le premier est le Joseph d'Arimatie, ou plutôt le Saint-Graal, qui en est un remaniement; puis vient le roman de Merlin l'enchanteur et ses suites, c'est-à-dire Le roi Artus, Gauvain et Perceval, Lancelot du Lac, Tristan; enfin la Quête du Saint-Graal et la dernière partie du Lancelot ou Mort d'Artus. Le mysticisme tient le commencement et la fin, les aventures chevaleresques et galantes occupent le milieu...

 

L'allemand la Motte Fouqué, et l'académicien Paulin Paris, tentent de comparer Chrétien et Wolfram... Le système parental ( la lignées, la généalogie...) semble plus élaboré chez Wolfram, de plus la lignée s'élargit jusque chez les ''païens'' ( caractère non endogamique). Avec le ''Prêtre Jean '' qui fondera une communauté orientale... Le monde du Graal rejoint l'histoire universelle … !

Parzival and Condwiramurs

Par sa mère - Herzeloyde, sœur d'Anfortas - Parzival est de la lignée des rois du Graal...

A noter que le demi-frère de Parzival ( Feirefiz) tombera amoureux de la porteuse du Graal ( Repanse de Schoye, également sœur d'Anfortas) qu’il épousera après s’être fait baptiser : de leur union naîtra un fils, Jean, le futur Prêtre Jean...

La faute de Parzival, est plus claire, dans le bouche de l'ermite et oncle, Trevrizent : « Tu es du même lignage qu’Ither ; tu as méprisé les liens du sang ! Dieu n’a pas oublié ton forfait, et il te demandera peut-être encore des comptes. […] C’est avec douleur que je dois te dire que tu as commis deux graves péchés : tu as tué Ither et tu dois également déplorer la mort de ta mère. ». Ither, est le chevalier à l'armure vermeille que Parzival revêtira... Il n'est pas responsable de la mort de sa mère, comme dans Perceval...

 

Wolfram rattache à son Parzival, en épilogue, la légende du Chevalier au Cygne qui était déjà liée à la famille de Godefroy de Bouillon, l’un des chefs de la Première croisade (en 1096) et premier roi de Jérusalem. Loherangrin, l’un des fils jumeaux de Parzival et de Condwiramurs, celui qui a été appelé à Munsalvaesche par Dieu, est envoyé par le Graal en Brabant où il doit venir au secours d’une princesse harcelée par des prétendants éconduits. Conduit à Anvers par un cygne, il restaure l’ordre et la justice et épouse la princesse, après lui avoir fait jurer que jamais elle ne demanderait qui il est, et il devient prince de Brabant.... ( encore une histoire à raconter, plus tard … !)

Le chevalier au cygne, Livre d'heures début XVIe s

 

Charles-Louis de Chateauneuf est vivement impressionné par la prégnance de l'histoire de Parzival dans la mentalité allemande ( et, il ne connaît pas encore – bien sûr – les œuvres qui se préparent de Wagner … !)...

La Motte Fouqué, parle de l'écriture de son épopée sur Parzival qui est beaucoup plus qu'un travail : « c'est le résultat d'un pacte avec Wolfram .. !. ». C'est un manuscrit de 500 pages... qu'il écrit alors qu'il vient de se remarier avec une jeune femme de trente ans plus jeune …

La Motte Fouqué ajoute qu'il vient d'obtenir de l' ''Hohenzoller Friedrich-Wilhelm IV'' (*) , la réactivation de l'ordre du cygne, éteint après la Réforme...

Ci-dessous - Dame avec le collier de l'ordre des chevaliers du Cygne  (1490)

(*) De la Dynastie des Hohenzollern, Frédéric-Guillaume IV de Prusse ( 1795-1861), que l'on surnomme le « Roi romantique », est passionné par le romantisme et affiche son goût du Moyen Âge.

L' Ordre des Chevaliers de Notre-Dame du cygne, ou Ordre du Cygne , est le plus ancien ordre de chevaliers de la Prusse. Créé le 29 septembre 1440, par l'électeur Friedrich II de Brandebourg, il devait donner à la noblesse des objectifs politiques et sociaux communs sous la direction des Hohenzollern. 

Le siège de la branche franconienne était la chapelle George de la collégiale Saint-Gumbertus à Ansbach, qui n’est qu’à environ 20 kilomètres d’Eschenbach, du nom de son habitant le plus célèbre, Wolfram... La Réforme vit l'annulation de l'ordre... Le 24 décembre 1843, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse tente de rétablir l'Ordre du cygne en tant qu'organisation multiconfessionnelle et humanitaire, et ouvert aux hommes et aux femmes...  

Richard Wagner, atteint lui aussi par le virus du Graal, en 1845, commence à concevoir son opéra Lohengrin, créé en 1850. 

 

** Il serait temps d'entrer dans le vif de l'Histoire de Parzival, contée par Wolfram von Eschenbach.. ? Avec Heinrich, je vais tenter de vous la résumer ...

A suivre... L'Histoire de Parzival.

Voir les commentaires

Le Mythe arthurien du Graal -2/.-

Publié le par Perceval

L'oeuvre de Chrétien de Troyes (1130-1190) comme celle de Robert de Boron (~ 1200), qui font la fortune littéraire du thème du Graal en lui donnant une impulsion décisive, se situent précisément pendant cette période propice aux nouveautés, dont nous venons de parler précédemment … .

 

Une importante évolution théologique porte sur la question de l'Eucharistie et le dogme de la transsubstantiation. Jusqu'alors la Cène était commémorée et on consommait ce qui était consacré...

Une fois la cérémonie terminée, le sanctuaire n'était plus considéré comme abritant la présence divine. Ce n'était en somme que le lieu de rassemblement des fidèles. La liturgie restait simple et sans faste... Peut-être l'influence des cultes orientaux éveille peu à peu le désir de rituels flamboyants ..

Ce fut au XIIe siècle que l'Eglise en arrive après de longues controverses, à admettre que la Présence Réelle, se maintenant dans les espèces du pain et du vin en dehors du sacrifice de la messe, devait faire l'objet d'un culte particulier ( 1215, par le concile de Latran )

Changement immense, on le conçoit, car de ce fait le sanctuaire devient aux yeux des fidèles la demeure permanente du Seigneur. Il en résulta des conséquences immédiates dans la liturgie, dans l'architecture et dans tous les arts religieux. Dès lors le tabernacle, qui n'avait aucune raison d'être auparavant, s'élève sur l'autel, les offices donnent lieu à des rites toujours plus complexes et les cités rivalisent pour construire de riches sanctuaires. Le début du XIIIe siècle est l'époque où l'on voit s'élever partout en Europe les cathédrales.

Au moment où Chrétien de Troyes écrit le Conte du Graal en 1180, l'unanimité est encore loin d'être complète à cet égard dans l'Église.

Dans la fameuse scène du cortège le vase sacré irradie une merveilleuse clarté mais les assistants ne semblent pas y prêter attention. L'auteur n'indique pas qu'ils aient une attitude de recueillement.

Cette indifférence des personnages de Chrétien de Troyes pourrait sembler en contradiction avec la nouvelle signification religieuse du récit … Certains y voient une vision païenne du sujet ; à moins que Chrétien de Troyes n'ait un esprit assez profane...

Chez Robert de Boron, il en est déjà tout autrement. L'apparition du Graal ne se produit plus au cours d'un festin, mais elle donne lieu à un culte et les richesses qu'on lui doit sont d'ordre spirituel. Les assistants se recueillent et le vieux roi bat sa coulpe en présence du Vase sacré. Par la suite chez les auteurs de Continuations, et surtout dans le Lancelot, l'apparition du Graal est prétexte à une mise en scène toujours plus riche, et, détail important, la jeune fille qui le porte (!) ne le tient plus comme un ciboire, mais elle l'élèves au-dessus de sa tête comme un ostensoir.

Enfin dans la Queste del Saint Graal, il est entouré d'anges qui s'acquittent d'une véritable liturgie, tandis que des saints et des bienheureux descendent du ciel et que le Christ lui-même se montre aux assistants. Tout cela ne fait que traduire les tendances qui se font jour peu à peu dans l'Eglise. Il existe un synchronisme évident entre l'évolution des dogmes concernant l'Eucharistie et la transformation du sujet ( la légende arthurienne)

Arthur et Guenièvre (Lancelot Ms Fr118)

On n'ignore pas que Chrétien qui a passé presque toute son existence d'écrivain à la cour de Marie de Champagne, a déjà composé plusieurs romans sur des sujets arthuriens; Marie elle-même lui a fourni les canevas de certains d'entre eux. Cette fois encore, le décor, les noms des personnages, les traits de moeurs, etc... révèlent une origine bretonne. On sait aussi que le conte du Graal a été écrit sur la demande de Philippe d'Alsace mais à l'intention de Marie qu'il désirait épouser. Or Marie était fille d'Aliénor d'Aquitaine qui était devenue reine d'Angleterre et qui a joué un rôle de première importance comme protectrice des Lettres. Il est permis de supposer que c'est à la cour des Plantagenets ou au moins dans son entourage que vit le jour le livre dont s'est servi Chrétien de Troyes. C'est là que les conditions étaient les plus favorables à la synthèse des éléments qui se sont unis pour former le thème du Graal : d'une part le messianisme incontestable qui caractérisait les Bretons depuis des siècles, d'autre part les notions religieuses concernant le sacrement eucharistique dont l'importance était devenue primordiale.

Sources : Daniel de Séchelles L'évolution et la transformation du mythe arthurien dans le thème du Graal.

 

ORIGINE ET DESTIN ... DU "CONTE DU GRAAL"

 

L'HISTOIRE DU MYTHE DU ROI ARTHUR - 2/4 -

 

ROBERT DE BORON: LE GRAAL, ET MERLIN

 

LA "QUESTE DEL SAINT GRAAL": ROMAN DU XIIIE S.

 

LA LITTÉRATURE MÉDIÉVALE SUR LE GRAAL EN SUIVANT LA CHRONOLOGIE...

 

Voir les commentaires

Le monde de la magie au Moyen-âge : -3/.-

Publié le par Perceval

Dans le roman ''Yvain '', le merveilleux accroît son pouvoir magique...

John William Waterhouse - Morgane

Morgane, la fée, fait administrer à Yvain un onguent qui lui vaudra le surnom de 'la sage'. C’est un véritable médicament, capable de guérir la fièvre : «[...] d’un oignemant me sovient/ Que me dona Morgue la sage ;/ Et si me dist que si grant rage / N’est an teste, qu’il ne l’en ost. »

Morgane est savante chez Geoffroy de Monmouth (Historia Regum Britanniae) ; chez Wace (le Roman de Brut) et dans La Mort le roi Arthur, Morgane emmène Arthur sur l’île d’Avalon pour le soigner de ses blessures (épisode déjà présent dans l’Historia Regum Britanniae).

« Une fée est tout simplement une femme plus instruite que la moyenne » (Anne Berthelot, « Magiciens et enchanteurs : Comment apprivoiser l’autre “faé” ).

 

La magie est un art, c’est-à-dire une discipline, un savoir … mystérieux.

Yvain est le héros de l'aventure de la ''fontaine merveilleuse'' ...

Yvain va entrer dans un monde régi par l'enchantement, il se sacrifie pour une Dame ''qui fait la pluie et le beau temps'' et devient le nouveau gardien de la Fontaine... Mais, il partira de chez sa dame, en quête d’aventure, il oubliera qu’il est dans un pays hors du temps et ne respectera pas le rendez-vous avec sa dame, avec la fée...

Voir ici, le détail de cette histoire :

LA FONTAINE MAGIQUE DE BARENTON, OU, LAUDINE ET YVAIN.

Yvain, The Knight of the Lion (ca. 1177)

L’épisode de la fontaine concerne les quatre états de la matière … La pierre est d'émeraude, l'eau, le feu de la foudre et l'air du vent …

L’émeraude creusée qui compose le perron est semblable au fourneau de l’alchimiste et le creuset intérieur équivaut à l’espace que l’alchimie permet de découvrir en soi-même.

Les pierres sont enchâssées dans le sceau d’un anneau... Les anneaux constituent des dons de fées aux chevaliers. Le premier est donné par Lunete, suivante de Laudine, à Yvain. Il lui procure le don d'invisibilité... Différent est l’anneau qu’Yvain reçoit de Laudine, anneau qu’elle remet à son époux lorsqu’il part pour un an à l’aventure. Il a le double pouvoir de le protéger et de lui prouver la fidélité de sa dame.

Lancelot subit une épreuve d’initiation, avec le ''Lit périlleux''. La magie, dans ce cas, ajoute un élément de mystère au merveilleux

Cette valeur initiatique est aussi présente dans l’épreuve du Lit de la Merveille soutenue par Gauvain dans le Palais des Reines, royaume des mères et monde des morts...

Perceval et le cortège du Graal détail

Perceval, pourrait bien, lui, ''percer'' l'enchantement de ces aventures... Il est soumis à la vison d'un cortège – est-ce là un prodige ou un miracle ? - et son ''péché'' est de ne pas poser de question. La queste est bien avant tout une question. Ici, on passe de la ''merveille'' au symbole ; les continuateurs en christianisant l'aventure, vont proposer une mystique du Graal …

En conclusion,  la magie constitue une menace pour l’intégrité et le bonheur de la société et seule la rupture des enchantements peut aboutir à la Joie de la Cour.

Sources : un article de Cristina Noacco ( Université de Toulouse)

 

La magie savante au Moyen-âge, préoccupe l'Eglise ; elle est une forme de l'activité scientifique, et même philosophique : elle a pour objet, la connaissance, la gnose... Le seul fait d'explorer les lois de la nature menace le dogme...

Un bon exemple de cette magie savante est le ' Picatrix ', ouvrage du XIIIe siècle présentée en sa version latine : il s'agit d'un traité de magie et d'hermétisme médiéval,  inspiré par l'alchimiste Jabir Ibn Hayyan (721-815)...

 

L'activité de chercher à connaître, expérimenter … peut fournir une illumination extérieure, qui renvoie à une illumination intérieure de la connaissance de Dieu ; mais cette étude par la gnose, et non par la foi ( cad le ''catéchisme'' encadrée par les clercs...) est suspecte. Les philosophes ( ceux des ''Lumières'') du XVIIIe siècle, devant tant de malhonnêteté intellectuelle, jetteront le bébé avec l'eau du bain …

Voir les commentaires

Le monde de la magie au Moyen-âge : -2/.-

Publié le par Perceval

Dans le roman de Chrétien de Troyes,'' Erec et Enide '' :

Érec, après avoir chevauché plus de trente lieues en compagnie d'Enide, sa femme, et de Guivret le Petit, son ami, arrive devant un château-fort entouré de tous côtés d'une eau large et profonde. C'est le château de Brandigan. Il appartient au roi Évrain, qui l'a fait fortifier par luxe plutôt que par besoin, car la défense naturelle suffisait. Erec propose aussitôt d'aller y prendre hôtel ; mais Guivret l'avertit qu'il y a là un «mal trespas », autrement dit une mauvaise coutume. Depuis sept ans, aucun de ceux qui s'y sont aventurés n'en est revenu ; on y reçoit «honte ou mort ». D'ailleurs, si l'aventure est périlleuse, elle a un beau nom, elle s'appelle «la Joie de la Cour ». Ce mot achève de décider Erec à demander l'hospitalité du roi ...

 

Dans la dernière partie du roman, au terme de sa quête, Erec tente la terrible aventure dont nul n’est jamais revenu. Il doit vaincre le géant Mabonagrain pour lui permettre de sortir de ce verger d’amour où il est prisonnier.

« Autour du verger il n’y avait ni mur ni haie, mais seulement de l’air. Par un effet magique l’air sur chaque côté assurait la clôture du jardin, si étroitement qu’il était impossible d’y pénétrer, à moins de voler par-dessus, exactement comme s’il avait été entouré d’une barrière de fer. Eté comme hiver, on y trouvait des fleurs et des fruits à maturité. Ces fruits étaient ensorcelés : on pouvait les manger dans le verger mais il était impossible de les emporter à l’extérieur. Celui qui aurait voulu en emporter un n’aurait jamais pu trouver la porte et ne serait jamais sorti du verger avant de l’avoir remis en place. De tous les oiseaux qui peuplent le ciel et qui font le plaisir de l’homme en chantant pour le distraire et le réjouir, il n’en est pas un que l’on ne puisse y entendre, et même plusieurs de chaque espèce. Il n’est pas sur toute l’étendue de la terre d’épice ou de racine douées de vertus médicinales qui n’y soient cultivée, et en abondance. C’est là que par une entrée fort étroite pénétra la foule des gens avec le roi Evrain et tous les autres. Erec chevauchait dans le verger, la lance en arrêt, tout en goûtant le chant des oiseaux qui s’y faisaient entendre. Ils étaient pour lui le symbole de sa Joie, la chose qu’il désirait le plus. […] Erec suivit alors un sentier, seul, sans aucun compagnon, et finit par trouver un lit d’argent recouvert d’un drap brodé d’or, à l’ombre d’un sycomore ; sur le lit il vit une jeune fille, à la taille bien prise, au visage fin, d’une beauté de rêve. »

 

… apparaît, étendue sur un lit et à l’ombre d’un sycomore, une fée.

Le verger est un monde '' autre '', parallèle au réel, régi par l’enchantement...

Pour pouvoir demeurer avec sa dame, Mabonagrain est obligé de tuer tout chevalier qui pénètre dans le verger, afin de prouver constamment qu’il est le meilleur chevalier.

 

Dans le Cligès , Fénice, fille de l’empereur germanique , est promise à l’empereur de Constantinople Alis. Lors de la rencontre publique des promis, la jeune fille tombe immédiatement amoureuse du chevalier Cligès (et réciproquement), qui n’est autre que le neveu de l’empereur...

Cligès et Fenice (BNF 2186 folio 3v)

La « nigromance » de Thessala va permettre à Fénice, bien que mariée, de préserver sa virginité et de rester fidèle, d’esprit et de corps, à Cligès...

Thessala, originaire, comme son nom l’indique, de Thessalie, « où sont feites les deablies, anseigniees et establies », experte à ce titre en enchantements, en sortilèges et en poisons, confectionne une potion épicée qui, correctement filtrée, permet à l’empereur d’assouvir en rêve son désir charnel pour Fénice. Le « philtre » n’induit donc pas l’amour, mais crée, à titre défensif, l’illusion de l’activité sexuelle. L’empereur et la jeune vierge « coucheront dans le même lit, mais durant tout le temps qu’ils seront ensemble, elle sera en sécurité comme s’il y avait un mur entre eux deux. […] Quand il sera profondément endormi, il aura d’elle son plaisir à volonté ; [et] il sera persuadé d’avoir ce plaisir en état de veille, sans être victime d’un songe, d’une tromperie ni d’un mensonge. »

Le breuvage est confié par Fénice à Cligès, qui, tout en en ignorant la vertu, en sert une pleine coupe à Alis, ainsi que le lui a ordonné la mariée. L’empereur se trouve aussitôt envoûté et livré à ses fantasmes. La nigromance, dont le caractère diabolique est sous-entendu,permet paradoxalement à la jeune fille, contrairement à Iseult, de ne pas verser dans l’adultère , ni même d’être véritablement mariée, puisque la consommation du mariage n’a pas eu lieu ! Seul l’esprit de l’empereur est troublé et trompé.

 

 La caractéristique de Thessala est de préparer des breuvages ensorcelés, capables de soumettre l’arbitre de ceux qui les boivent. Chrétien nous la montre à l’œuvre, avec beaucoup de réalisme, avec ses herbes et ses ingrédients, dont on ne met pas en doute les vertus obscures mais efficaces...

La potion ''d'amour'' préparée par Thessala et offerte à Alis au repas de noces, aura comme effet de lui faire croire qu’il possède son épouse la nuit, alors qu’il rêve seulement.

L’effet de la magie est une illusion... Plus tard Fénice boit une potion narcotique qui la fera sembler morte et lui permettra de rester insensible aux douleurs que les médecins du roi Alis lui infligent pour vérifier sa mort. Ensuite, elle pourra vivre cachée dans une tour avec Cligès... Le philtre procure un faux plaisir et une fausse mort. Il est puissant, efficace, mais ne résout pas le problème : il donne un ''faux'' bonheur …

Voir les commentaires

Le monde de la magie au Moyen-âge avec Chrétien de Troyes : -1/.-

Publié le par Perceval

Pour Pic de la Mirandole ( XVe s), la magie agit par amour : « Les merveilles de l'art magique ne s'accomplissent que par l'union et l'actualisation des choses qui sont latentes ou séparées dans la nature. (…) Faire de la magie n'est pas autre chose que marier le monde »

Par édit royal de 1682, sous Louis XIV, la notion de sorcier ou magicien est supprimée : désormais l'État ne reconnaît plus que des charlatans, des imposteurs, ou des imaginatifs, des fous. Le XVIIIe s. tente de rationaliser la magie. Paris voit défiler de hautes figures de la magie, comme le comte de Saint-Germain en 1763, Franz Anton Mesmer en 1778, Cagliostro en 1785, tous contestés...

 

Pour parler du Moyen-âge, il nous faut un témoin : Chrétien de Troyes (né vers 1130 et mort entre 1180 et 1190) ; l'un des premiers auteurs de romans de la chevalerie, et de la littérature arthurienne en particulier.

Il est au service de la cour de Champagne, au temps d'Henri le Libéral (1127-1181) et de Marie de France (1145-1198), son épouse. Henri part en croisade de 1147 à 1150 ; puis de 1176 à 1181. Marie de France ou de Champagne, est la première fille de Louis VII le jeune roi de France et d'Aliénor d'Aquitaine, ce qui présente la particularité de faire d'elle la demi-sœur à la fois de Richard Cœur de Lion et de Philippe Auguste. Comtesse de Champagne par son mariage, elle assume trois fois la régence sur ses terres. Son fils parti en croisade, va devenir Roi de Jérusalem... Elle participe à la cour lettrée d’Aliénor d'Aquitaine à Poitiers (1170-1173) et protège de nombreux écrivains... Chrétien de Troyes lui dédie son ''Chevalier de la Charrette''.

Le comte Henri était un grand lettré, appréciant tout particulièrement les auteurs classiques, les historiens et les philosophes. Il aimait discuter avec les théologiens de son époque, Pierre de la Celle, Pierre Comestor, Jean de Salisbury notamment.

Pour nous placer dans le contexte culturel, nous serons attentifs au cadre théorique des '' 4 éléments '' :

La théorie des quatre éléments est une façon traditionnelle de décrire et d'analyser le monde. Elle remonte à la Grèce antique ( Aristote) et servit de base à toute la science naturelle du Moyen-âge.

L’univers est composé de quatre éléments : feu, terre, eau, et air, et pour les comprendre il faut envisager les quatre qualités élémentaires : chaud, froid, humide et sec.

Ainsi : le Feu (chaud et sec) ; la Terre (froide et sèche), l'Eau (froide et humide) et l'Air (chaude et humide)...

N'oublions pas, que nous sommes à l’époque des croisades, et que c'est au XIIe siècle en Terre Sainte, et lors de la reconquista en Espagne, que le savoir des Grecs et la théorie aristotélicienne des éléments a pénétré en Occident par l’intermédiaire des Arabes.

Au XVIIIe siècle, lors de l'institution de l’initiation maçonnique : les quatre éléments vont signifier la purification par le feu, l’eau, l’air et la terre. L'initié doit être purifié pour entrer en maçonnerie.

Dans le roman médiéval Perceforest, un épisode fait référence aux quatre éléments :

Le roi Perceforest, voulant symboliser les œuvres du Dieu Souverain dans le temple qui lui est dédié, fait construire un reliquaire « d'or et d'argent et garny d'un fin cristal dont le piet estoit rond » et y place les « quatres élémens ».

Les quatre éléments vont alors lui permettre de matérialiser « la magnificience et la puissance du Souverain Créateur »: « II print premièrement de la terre, qui est le plus pesant des quatres, et en mist dedans le creux du pillier de cristal. Après il y mist de l'eaue, et consequamment il y encloït de l'aer, puis mist de l'oelle especiale dedens l'ampoulle qui estoit sus le pillier. En ceste oille mist de la mesche, puis l'aluma. Ce fait, il s'eslonga ung petit, puis regarda le riche reliquaire, car il lui pleut a merveilles, car l'en y veoit assez clerement les quatres elemens ».

Cette référence aux conceptions scientifiques d' Aristote dans un ouvrage purement littéraire montre combien les quatre éléments faisaient partie de la culture de base des lettrés en cette fin du Moyen Age.

 

Chez Chrétien de Troyes, les lieux magiques de ses romans font référence aux propriétés magiques de l’Air, de l’Eau, de la Terre et du Feu.

  • L’Air enveloppe le verger de la Joie de la Cour.

  • l’Eau versée par Yvain sur la fontaine merveilleuse déclenche l’orage...

  • de la Terre viennent les pouvoirs magiques des pierres précieuses, utilisées toutes seules ou enchâssées dans les anneaux et des plantes mélangées dans les philtres.

  • tandis que le Feu accompagne les rites de passage, sorte d’ordalie païenne, dans le lit périlleux.

 

La magie se situe dans le contexte du merveilleux, d’où elle sort et qui représente son point de référence constant.

C'est ainsi que nous partons en « quête de la Joie » jusqu'à la « quête du Graal »

Voir les commentaires

Perceval et la Quête du Graal

Publié le par Perceval

Sir PercivaleLes aventures individuelles où les chevaliers mesurent leur valeur à force d'exploits et de gloire se poursuivent jusqu'au jour où Perceval arrive à la cour du roi Arthur. Perceval est un jeune homme rustre et naïf dont la bêtise peut faire sourire, mais il est promis à un grand destin. L'enfance de Perceval gagne à être comparée à celle de Finn ( fils de Cumhal).

Perceval est le premier témoin du Graal, et cela se passe dans le roman de Chrétien de Troyes : le Conte du Graal ( 1182)...

Le Graal est une coupe magique et sacrée qui a le pouvoir de guérir et d'apporter la prospérité. En revanche, s'il n'est pas retrouvé par celui qui doit être son gardien et protecteur, de grands malheurs peuvent s'abattre et dévaster un pays tout entier, comme celui du Roi-Pêcheur.

Ferdinand Leeke (1859-1923), Parsifal en Quête du Saint Graal - 1911

Ferdinand Leeke (1859-1923), Parsifal en Quête du Saint Graal - 1911

Perceval reste sous l'emprise d'une « faute » qui l'empêche de poser deux questions salvatrices devant la lance qui saigne et le Graal.3 gouttes_de_sang-miniature_enluminee_du_cycle_arthurien Perceval

Dans les continuations du Perceval, il poursuit une quête de chevalier errant après avoir été marqué par la fatalité saturnienne de la Mélancolie ( gouttes de sang dans la neige et révélation christique du vendredi saint par un ermite).

Ensuite, la Quête du Graal est proposée aux chevaliers de la table Ronde, et tous vont alors se lancer dans cette quête mystique. 

La quête du Graal n'est pas pour les chevaliers le moyen de réaliser une nouvelle prouesse personnelle. Ceux qui le croient sont d'ailleurs rapidement disqualifiés. Il s'agit d'une quête collective au départ, puis individuelle parce que spirituelle. Les hommes doivent oublier leur vanité et leur ambition pour se mettre au service d'une cause commune qui les dépasse. Retrouver le Graal, c'est permettre à toute la société Arthurienne de s'élever au dessus du plan humain, de s'ouvrir à des valeurs spirituelles et morales, d'accéder à une dimension héroïque et sacrée.

The Arthurian Tradition - Perceval, Galahad, & Bors Fulfill Grail Quest

Seuls, Perceval, Galahad, & Bors achèvent leur Quête du Graal ...

Après une longue errance, trois chevaliers seulement parviennent à s'approcher du Graal : Perceval, Bohort et Galaad. Seul Galaad, le fils de Lancelot pourra, grâce à sa pureté exceptionnelle regarder à l'intérieur de la coupe et observer son mystère, mais il n'y survivra pas et sera emporté par les anges dans un moment d'extase. 

Voir les commentaires

Des femmes dans la Légende arthurienne

Publié le par Perceval

Laudine's RingDans la société arthurienne, la femme correspond à l'image fantasmée de l'idéal courtois, c'est le cas de la reine Guenièvre...

Cependant, la plupart des femmes de la légende sont très éloignées de l'image lisse et épurée de l'héroïne courtoise : la fée Morgane, la dame du Lac, Laudine ou encore la servante Lunette sont des femmes puissantes, intelligentes et actives. Souvent dotées de pouvoirs magiques, elles interviennent dans l'ombre, prennent des décisions et sont maîtresses de leur destin...sandrinegestin-MORGANE-peinture-plat-1

L'héroïne courtoise est souvent une demoiselle en détresse... A l'opposé, pourtant, Morgane représente la femme de l' ''ancien monde'' païen, mais elle ne connaît aucune relation amoureuse heureuse et - pareillement - Viviane, la dame du Lac entretient avec Merlin une relation d'égal à égal qui échappe complètement aux codes de la courtoisie. Ces femmes sont de plus en plus marginales et restent loin de la société des hommes dont elles ne respectent pas les règles.

  • Ygraine est la mère biologique d'Arthur, qu'elle conçoit avec Uther qui a pris l'apparence de Gorlois( l'époux d'Ygraine)  grâce à l'enchantement de Merlin, en lui promettant de lui donner son enfant (Arthur)...Uther et Ygraine' du roi Arthur et ses chevaliers illustrés par Frank Godwin

Et, Ygraine est aussi mère de Viviane, Élaine, Morgane et Morgause avec son mari, le duc de Cornouailles, Gorlois de Tintagel, et involontairement la mère d’Arthur avec Uther Pendragon (sous l’enchantement de Merlin)

  • Guenièvre est donc l'un des personnages de la légende arthurienne qui a le plus évolué au fil des siècles. Elle passe de la femme-fée mystérieuse des premiers temps, pour devenir la femme qui trompant le Roi Arthur avec Lancelot, provoque la chute du royaume...

GuenièvreLa reine Guenièvre est l'un des personnages récurrents de la légende du roi Arthur, c'est à dire qu'elle est présente aux côtés du roi dans tous les récits de la Table Ronde. Mais c'est surtout dans le roman de Chrétien de Troyes intitulé Lancelot, le Chevalier de la Charrette qu'elle a un rôle important. Dans ce livre, Guenièvre se fait enlever par un seigneur félon nommé Méléagant. Ce dernier l'emmène dans son royaume, une contrée étrange et très difficile d'accès où se produisent parfois des phénomènes étranges. Lancelot se lance bien entendu à sa recherche, mais pour la délivrer, il devra accomplir un véritable parcours initiatique fait de sacrifices et d'épreuves. Parmi ces épreuves, on peut citer notamment le fameux trajet en charrette, source d'une terrible humiliation pour un chevalier, et la traversée du pont de l'épée, la tranchante frontière qui sépare le royaume de Logre du royaume de Méléagant.

  • Avalon Camelot King Arthur Viviane, the Lady of the Lake - Illustrator Zephir ElphViviane a des relations avec Merlin, dont elle sera même la maîtresse, et qui lui enseigne la magie. On l’appelle "fée Viviane" ou "la Dame du Lac". Elle transmet son savoir à Morgane et emporte Lancelot du Lac avec elle au plus profond du vaste lac lorsqu’il est encore bébé, à la mort du père de Lancelot, Ban de Bénoïc.
  • Morgause est la mère de Mordred avec Arthur. C'est la femme de Lot d’Orcanie et la mère de Gauvain, Gareth (Gaheriet), Gaheris (Guerrehet), Agravain et de Mordred avec Arthur, envoyée par Morgane. Elle élève Mordred dans la haine de son père, le roi Arthur.
  • Morgane devient fée après sa grande sœur Viviane. La fée Morgane est souvent considérée comme une fée maléfique, au contraire de son rôle dans le roman Les Brumes d’Avalon de Marion Zimmer Bradley. Elle est la maîtresse d’Accolon et ennemie de son demi-frère Arthur. Elle aurait d’abord été avec son demi-frère Arthur puis son ennemie. Elle fait se battre Accolon avec Arthur. Elle fait une copie d’Excalibur qui appartient à Arthur, donne l’original à Accolon et la copie à Arthur, mais c’est Accolon qui est tué. Avec le roi Urien, elle a Yvain. Si c’est elle qui est la mère de Mordred avec son demi-frère Arthur, Yvain est le demi-frère aîné de Mordred.

frise épée sword fond blanc 600

  • La reine Élaine est l'épouse du roi Ban de Bénoïc, mère de Lancelot, grand-mère de Galahad, sœur d'Evaine qui est la femme du frère de son mari.

Voir les commentaires

Le chevalier Gauvain et son étrange 'Pentangle'.

Publié le par Perceval

Les ''armes'' du chevalier Gauvain, représentent, soit un aigle bicéphale, soit un ''pentangle''.

 L'aigle provient du blason familial, celui de Lot ( Loth). Le père de Gauvain est roi de Loënois ( selon Brut) , mais dans la plupart des textes, son royaume est l'Orcanie.

Gauvain, est le neveu du roi Arthur et le fils du roi Lot d'Orcanie et de Morgause... On trouve plusieurs équivalents gallois de son nom : Gwalchmai et Gwalchmei ("faucon de la plaine") ainsi que Gawain en franco-normand et anglais.

Il est l'aîné d'une fratrie de chevaliers : Agravain, Gaheris et Gareth (surnommé "Beaumains" par Ké, le sénéchal d'Arthur).

Gauvain est très souvent considéré comme le meilleur des chevaliers de la Table Ronde car il est fort et mesuré. C'est le chevalier modèle : en plus d'être un chevalier d'exception, il fait preuve d'une courtoisie exemplaire pour tous les autres chevaliers de son temps. Gauvain porte fréquemment l'épée du roi Arthur : Excalibur.

Gauvain est le cousin d'Yvain qui est également pour lui un ami très cher. Gauvain est le seul chevalier de la cour d'Arthur, avec Yvain parfois, que l'on nomme "monseigneur". Son cheval se nomme Gringalet. Gauvain a la particularité de voir sa force croître avec le soleil, celle-ci étant à son paroxysme aux heures de midi, avant de diminuer jusqu'à la tombée de la nuit.

Il est très souvent dépeint dans les textes médiévaux comme un modèle de courtoisie et le champion par excellence des demoiselles en détresse. Il n'est d'ailleurs attaché à aucune femme en particulier, étant le défenseur (et, dans plusieurs récits, l'amant) des femmes en général. Son échec dans les aventures du Graal et dans les quêtes spirituelles en général peut être attribué à cette réputation de chevalier trop galant faisant passer les valeurs et les plaisirs matériels avant la religion.

** Gauvain et le ''Géant Vert '' ou le ''Chevalier Vert''

C'est dans ce récit, que Gauvain, présente sur son bouclier le '' Pentangle '' :

Le poème marque la première apparition connue du mot « pentangle » dans la langue anglaise. Le poème décrit le pentagramme comme un signe de fidélité, issu de l'époque de Salomon, et comme un « nœud sans fin ». Plusieurs stances sont dédiées à la description des vertus de Gauvain, représentées par les cinq pointes du pentagramme.

A l'époque médiévale, le "noeud sans fin" était un symbole de Vérité et représentait une protection contre les démons. Il était utilisé en tant qu'amulette de protection personnelle et protégeait également les fenêtres et les portes.

Cependant, dans Sire Gauvain, le poète fait référence au sceau magique présent sur l'anneau du roi Salomon, marqué d'un pentacle, qu'il reçut de l'archange Michel. Ce sceau donnait à Salomon un pouvoir sur les démons...

Les 5 pointes représentent également les 4 éléments de la Vie (Eau, Terre, Air et Feu), plus l'Esprit... Ou les cinq sens... Dans les légendes celtiques, on associe ce symbole à la fée Morgane...

Citation:

« These five pure virtues were fixed in this knight more firmly than in any other. 
And all five times were so joined in him that each one held to the other without any ending and fixed at five points, nor did they ever fail, for they were joined at no point nor sundered were they at all, nor could one find any end thereof at any corner when the games began or were gliding towards an ending. 
». Il s'agit de la description symbolique du pentagramme qui figure sur le bouclier de Gauvain dans le roman médiéval Sir Gawain and the Green Knight.

Traduction proposée :

" Ces cinq pures vertus étaient solidement ancrées dans ce chevalier plus fermement que dans aucun autre. Et, cinq fois, étaient si liées à lui que chacune était liée à l'autre [avec un noeud] sans fin, [le pentagramme est un nœud sans fin] et attachées en 5 points. Elles ne pouvaient pas non plus lâcher car elles n’étaient jointes en aucun point, interrompues nulle part et on ne pouvait y trouver aucune extrémité à aucun angle [du pentagramme] lorsque les jeux commencèrent ou avaient tendance à se terminer. "

En ce qui concerne le chevalier chrétien, le Pentangle symbolise les cinq vertus chevaleresques : la générosité, la courtoisie, la chasteté, la chevalerie et la piété.

Dans le christianisme, le même symbole évoque les cinq blessures reçues par le Christ sur la croix (mains, pieds et coté).

Le personnage de Gauvain, représente bien les influences du paganisme celte, en opposition avec le Christianisme... C'est au départ un héros solaire, il possède la plénitude de sa force physique à midi, et sa vigueur au combat diminue avec l'astre... C'est le premier héros confronté au Graal. Dans les romans en prose christianisés du XIIIe siècle, Gauvain connaît un discrédit.

Voir les commentaires

Conter l'aventure

Publié le par Perceval

Conter l'aventure

Avec le romancier Chrétien de Troyes, l'aventure s’enrichit d'un personnage : le "chevalier errant". Au début du Chevalier au Lion, Calogrenant part « en quête d’aventure, seul, armé de pied en cap, comme un chevalier doit l’être » [vv. 174-5]. Au paysan qui lui demande qui il est, il répond : « Je suis un chevalier qui cherche l’introuvable. Ma quête a duré longtemps et pourtant elle est restée vaine. »[vv. 356-8] …

L'aventure, du latin advenire, désigne ce qui est destiné à "advenir", à "survenir". Jean Markale, dans son Lancelot, précise le sens du préfixe ad, "vers, en direction de, contre" : vivre l'aventure, "c'est aller vers ce qui arrive et lutter contre ce qui arrive".

Il s'agit là d'un moteur essentiel, et présenté comme tel, dans les romans relevant de la Matière de Bretagne. Bien des récits s'ouvrent en effet en rappelant cette coutume exigeant que, spécialement en certains jours festifs, le roi Arthur ne passât pas à table avant qu'on ne lui ait rapporté une belle aventure, ou que ne soit advenu quelque fait merveilleux:

- “Jamais il ne m'est arrivé de manger ni d'ouvrir la fête avant d'avoir vu un prodige ou quelque aventure. Et s'il plaît à Dieu, cela n'arrivera pas aujourd'hui !”, déclare-il à la fin de Caradoc

Et ce récit, cette merveille arrachait les chevaliers à l'inactivité, leur indiquait une mission, et justifiait ainsi leur raison d'être : " Plus grande est la merveille et plus pénible est l'aventure, plus il la convoite, plus il s'en met en peine. " (Erec et Enide).

L'aventure répond à un défi représenté par l'intrusion du monde extérieur, pour ne pas dire de l'autre monde, dans le cadre bien policé de la société de la cour du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde : un défi outrepassant apparemment l'humaine compétence, mais que le héros s'attachera à relever, en choisissant de surcroît les chemins les plus difficiles, les plus périlleux et surtout les plus tortueux. Car le but n'est jamais bien défini ni localisé, et sur l'Aventure ne manquent pas de toujours se greffer d'autres aventures.

Le chevalier y erre dans un univers à la fois réel et féerique, où rien n'est prévisible et où tout peut arriver. Il doit y faire son chemin et répondre au mieux aux sollicitations du hasard ou du destin qui ne peuvent manquer de se dresser en travers de sa route. Telle est son devoir, et tel est son désir, sa plus intime attente.

Mais l'aventure est autant spirituelle que matérielle. Car, si elle est générée par l'autre monde, elle y appelle inévitablement le chevalier qui s'y engage. C'est vers cet au-delà qu'il se dirige lorsqu'il s'arrache au château et s'engage dans la forêt profonde, à la suite du blanc cerf ou à l'appel de quelque mystérieuse dame. Cela devient encore plus vrai avec le développement de la Quête du Graal. C'est alors à une véritable quête intérieure, à un parcours initiatique vers la pureté, la connaissance et la révélation du divin qu'il se trouve convié.

Sources: www.mythofrancaise.asso.fr

Voir les commentaires

1 2 > >>