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1942 - ''L'Etranger'' d'Albert Camus

Publié le par Régis Vétillard

Le 20 décembre 1942, chez Drouant, le prix Goncourt est attribué à Marc Bernard pour son livre Pareils à des enfants publié chez Gallimard. 1 seule voix s'est portée sur Les décombres de Lucien Rebatet, un violent pamphlet antisémite, et fasciste, qui sera un ''best-seller'' pendant l'Occupation.

Albert Camus

Cette même année Albert Camus ( il a 29 ans) publie L’Etranger et Le Mythe de Sisyphe.

Premiers mots : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »

Le critique littéraire, André Rousseaux, écrit dans le Figaro, en juillet 1942 :

« Le moins qu’on puisse dire est que cette piètre humanité manque vraiment d’intérêt. Il faut ajouter que l’entreprise de M. Albert Camus manque complètement son but. L’auteur de '' L’Etranger '' croit certainement faire œuvre profondément réaliste en nous révélant les réalités qui se cachent au fond d’un être humain. Nous avons dit ce qu’il en est.

Il nous propose un homme mutilé de tout ce qui fait la valeur de l’homme, un homme aussi privé des capacités d’un beau criminel que de celles d’un héros. Il nous propose, à vrai dire, un phénomène d’inhumanité, ou, si l’on peut inventer ce mot, de déshumanité. C’est loin d’être un mérite particulier. Ce pourrait être une tendance inquiétante de la littérature actuelle, si cela marquait une subversion consentie de la valeur de l’homme sous la catastrophe qui accable l’humanité… » 

Lancelot apprécie dans ce livre l'expression d'une révolte empêchée contre le désordre établi qui règne aujourd'hui. Il ne s'agit pas d'un appel à renoncer à l'action ; mais d'un tableau sur l'amour désespéré de la vie. Comment croire en la révolution ?

Le Mythe de Sisyphe relate l'état d'esprit d'un vaincu, prisonnier, '' désespérant de voir une aube se succéder à la nuit.'' ( H. Amer ); un peu comme si le sentiment d'absurde pouvait soulager. Mais, ensuite, nous dit Camus : les gens « croient que tout est fini quand on dit « c’est absurde ». En réalité ça ne fait que commencer. ».

 

D'Algérie, en mars 1940, Camus avait rejoint Pascal Pia ( directeur d' ''Alger Républicain'' ) à Paris, au sein de la rédaction de Paris-Soir. Camus, dans une petite chambre d'hôtel de Montmartre, finit un roman qu'il avait commencé en Algérie. Un roman ''différent'', qui veut montrer, plutôt que dire, exprimer des émotions, plutôt que des discours.

Avec l'équipe de Paris-Soir, il quitte Paris pour Bordeaux, puis Clermont-Ferrand, puis Lyon ( septembre 1940). Il se marie avec Francine Faure ; et retournent à Oran.

En janvier 1942, Camus écrit à Jean Paulhan qu'il ne veut pas que L’Étranger soit publié en feuilleton dans la revue de la NRF de Drieu La Rochelle, réputée de mèche avec les ''collabos''.

Le 19 mai 1942, est mis en vente L’Étranger. Tiré à 4 400 exemplaires

En août, malade de la tuberculose, Albert Camus et sa femme, s’installent dans la « maison-forte » du Panelier, à quatre kilomètres du Chambon-sur-Lignon, en Auvergne. C’est là que les accueille la belle-mère de la tante de Francine, Sarah Oettly, qui tient une pension de famille. Le 2 octobre Francine retourne à Alger. Le débarquement du 8 novembre empêchera Camus de rejoindre sa femme qu’il ne reverra qu’en octobre 1944.

Le 16 oct 1942, édité par Gallimard, sort en librairie Le Mythe de Sisyphe. Tiré à 2 750 exemplaires.

1er juin 1943, Camus arrivera à Paris. Il s’installera à l’hôtel Aviatic, 105 rue de Vaugirard. 

 

Dans ce mouvement d'idées appelé '' l'existentialisme'', Lancelot avait remarqué un jeune auteur, Jean-Paul Sartre, qui réussissait à faire jouer ses pièces, dans ce contexte de collaboration ; mystères de la censure ! Il avait pu lire ''La Nausée'', un roman ''scandaleux'' qui mêle littérature et philosophie. C'est l'histoire d'Antoine Roquentin qui découvre la contingence de l'existence, et lui procure un sentiment de nausée. La contingence – au fondement de la réalité – est que la nature, le monde, peut être ''ceci ou cela'' ; il n'y a aucun sens particulier.

 

Sartre salue le roman de Camus ; et va même le commenter...

« Qu’est-ce donc que l’absurde comme état de fait, comme donnée originelle ? Rien de moins que le rapport de l’homme au monde. L’absurdité première manifeste avant tout un divorce : le divorce entre les aspirations de l’homme vers l’unité et le dualisme insurmontable de l’esprit et de la nature, entre l’élan de l’homme vers l’éternel et le caractère fini de son existence, entre le « souci » qui est son essence même et la vanité de ses efforts. La mort, le pluralisme irréductible des vérités et des êtres, l’intelligibilité du réel, le hasard, voilà les pôles de l’absurde. »

(…) «  l’étranger, c’est l’homme en face du monde […]. L’étranger, c’est aussi l’homme parmi les hommes […] C’est enfin moi-même par rapport à moi-même, c’est-à-dire l’homme de la nature par rapport à l’esprit . » (J.P. Sartre, Explication de l’Étranger paru dans Les cahiers du Sud ) .

Mascolo, Duras et Antelme

Sartre est professeur de philosophie au lycée Condorcet en classe prépa. – sur le poste de Henri Dreyfus-Le Foyer, suspendu en même temps que cinq autres enseignants, en application du nouveau « Statut des Juifs » - entre 1941 et 1944. Sartre écrit aussi beaucoup, de préférence au café de Flore. En hiver, Beauvoir arrive très tôt le matin et s’installe à côté du poêle. Le premier roman de Beauvoir, L’Invitée, paraîtra en 1943.

Marguerite Duras, mariée avec Robert Antelme, est locataire du 3e étage sur la rue du 5 rue Saint-Benoit, à partir de 1942, son appartement va servir de lieu de réunion et de quartier général à un petit noyau de résistance. Deux étages en dessous de chez Duras habite Ramon Fernandez, collaborateur notoire qui reçoit entre autres Gerhard Heller et Drieu la Rochelle.

 

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