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1942

L'énergie alimente le moteur de notre civilisation

Publié le par Régis Vétillard

* L'armée d'armistice cesse d'exister ; Rivet ( des BMA) aurait rejoint Alger. Dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942, les forces américaines ont débarqué au Maroc, à Oran. Vichy va devoir choisir son camp ! Un peu d'espoir et quelques sourires s'échangent entre français ; alors même que le boucher apprend à ses clients qu'ils n'auront plus que 90gr de viande par semaine.

Inévitablement, les allemands envahissent la zone libre. Weygand a été arrêté. Pétain devrait se replier sur l'Afrique du nord, puisque les accords d'armistice sont devenus inopérants Comment les valeurs de la révolution nationale pourraient-elles s'accorder avec la terreur des SS, sur tout notre territoire ?

En décembre 1942, l’école d'Uriage, qui faisait preuve d’un esprit opposé à la collaboration et s’était de facto placée en marge de la politique menée par le gouvernement de Vichy, est dissoute par Laval pour “menées antinationales”.

* Dans le journal, Lancelot se satisfait d'apprendre que ce 20 décembre 1942, pour le prix Goncourt, une seule voix s'est portée sur Les décombres de Lucien Rebatet . Et, les bonnes surprises viennent de la publication par Albert Camus de L’Etranger et Le Mythe de Sisyphe.

* Drieu la Rochelle passe en coup de vent ; il dit préférer la victoire des russes à celle des américains. Il aurait entendu sur Radio Alger qu'on lui promettait, ''à lui comme aux autres, le châtiment suprême''. Il regrette d'être tombé dans les excès de la politique ; et ce qui l'attriste, « c'est d'être mis dans le même sac que d'autres. »

 

* Entre mi-1942 et 43, Jules Guéron - chef du laboratoire de la direction de l'armement de la France Libre – affecté à Cambridge pour des des recherches sur la libération de l'énergie nucléaire dans la fission de l'uranium, tente - sans succès - de faire venir Joliot en Angleterre ; et s'occuper de la question de l'uranium.

Un an avant les Américains, Guéron va établir la valeur juste de la section de capture des neutrons lents par l'uranium 238, donnée cruciale pour la poursuite des recherches atomiques. Ceci, avant que le groupe de Cambridge soit transféré au Canada ( janvier 43).

En effet, les scientifiques nucléaires américains progressent sur la fission des atomes d’uranium et la réaction en chaîne, en particulier dans l’isotope U235, lorsque la matière est bombardée par des neutrons. On connaît l’efficacité des neutrons lents par rapport aux neutrons rapides pour obtenir une réaction en chaîne, et les méthodes possibles de séparation de l’U235 de l’U238 dans l’uranium naturel. ( Plus de 99% de l’uranium naturel est composé d’uranium 238, difficilement fissible).

 

L'homme aurait donc besoin d'augmenter indéfiniment ses moyens d'agir ( énergie = moyen d'action). Il y eut la maîtrise du feu, la force humaine ou animale pour transporter, construire, utilisation du vent, de la vapeur, de l'électricité …. Reprenons :

Une force qui se conserve sur un déplacement produit un ''travail''. Descartes en observant le choc de deux boules en conclut que c’est la quantité de mouvement ''masse*vitesse'' qui se conserve en se communiquant d’un objet à l’autre. Newton met en avant l'idée de force - la force comme cause: force d'inertie, force imprimée - plus que celle de sa conservation ; la force est la cause qui modifie la quantité de mouvement ( m.v)

En Allemagne - dans un contexte philosophique différent - un nouveau concept émerge : l'énergie.

Leibniz (1646-1716) pose un concept métaphysique, indissociable de la notion de force : l'action, « wirkung » La notion de « force » rejoint alors celle de '' puissance active '' à l’œuvre dans le monde.

C'est ensuite l'influence de la Naturphilosophie, de Schelling ( 1775-1854). La nature, est un sujet actif, gouvernée par 3 forces : la lumière, l'électricité et le magnétisme. L'Univers s'organise par transformation de forces. On appréhende la nature de façon globale et la force est le principe fondamental de tous les phénomènes ; cette force passe sans cesse d'une forme à une autre. Cette vision permet de chercher des analogies entre les phénomènes des différentes composantes de la physique.

Les phénomènes de chaleur, de puissance mécanique, d'électricité pourraient être la même puissance naturelle qui sous ses diverses formes reste constante en quantité.

J.P. Joule ( 1818-1889) va déterminer quantitativement l'équivalence entre la chaleur et le travail.

En 1847, Helmholtz propose la '' loi de conservation des forces '', il réfute l'idée du calorique, puisque la chaleur peut être engendrée. La chaleur exprimerait une quantité de force vive du mouvement et une quantité de tension de l'état intérieur de la substance.

C’est en 1850 que William Thomson ( = Lord Kelvin - 1824-1907) propose de substituer « energy » à « force » et ce n'est qu'après 1875, que le mot ''énergie'' est repris dans la littérature scientifique française.

 

Au XVIIIe siècle, la température devient une grandeur mesurable. Mais, quelle est la nature de la chaleur ? Est-ce une matière ? Un ''principe '' ( un peu comme le ''feu en puissance'' d'Aristote).

Tout corps susceptible de combustion contiendrait du phlogistique ; et quand il brûle le phlogistique s'échappe, devient feu ( lumière + chaleur).

Une autre théorie fait l'hypothèse que la chaleur serait une sorte de fluide, nommée calorique. Il faudrait également différencier la chaleur ( une quantité) de la température ( une intensité)

 

Dès 1770, avec James Watt et les premières machines à vapeur, en l’absence du concept d’énergie, on considérait généralement la chaleur, à côté de la lumière, de l’électricité et du magnétisme, comme l’un des quatre « fluides impondérables », appelé phlogistique puis calorique.

Lavoisier va imaginer le '' calorimètre '' permettant de contrôler les échanges de chaleur...

 

Anne-Laure de Sallembier se souvient très bien d'un débat entre Poincaré et Duhem, que lui avait rapportée J.B. de Vassy. Pierre Duhem (1861-1916), monarchiste et catholique, était un physicien, spécialiste de '' Thermodynamique ''. J.B. avait été assez séduit par la tentative de Duhem, d' unifier les sciences physiques et chimiques au sein d’une thermodynamique généralisée. Duhem était en opposition au projet de réduction mécaniste des atomistes comme Boltzmann.

A la source de ses propres travaux scientifiques, Duhem plaçait « l'une des plus grandes découvertes qu'aient jamais enfantées la philosophie naturelle » : la théorie de la chaleur de Sadi Carnot (1796-1832), présentée en 1824 dans ses ''Réflexions'', et que les institutions scientifiques ont ignorées...

Avant de revenir à Duhem ; rappelons-nous l'apport de S. Carnot.

S. Carnot, se passionne pour les machines à vapeur et leur rendement. Il considère que le travail moteur n'est produit dans une machine que par une « chute de calorique » d'un corps chaud à un corps froid ( comme le travail d'une chute d'eau...). Il en conclut les conditions de température et l'écart pour un rendement maximal...

A sa suite, en 1834, l'ingénieur Emile Clapeyron formule le second principe de la thermodynamique... Enfin, Joules vers 1843, affirme que la chaleur n'est pas une substance, et qu'une machine thermique est un dispositif de conversion entre chaleur et travail.

James Joule (1818-1889) a démontré que la chaleur, le travail mécanique et l'électricité sont des formes d'énergies interchangeables ; et d'une transformation à l'autre, la quantité totale d'énergie demeure égale.

Le berlinois Rudolf Clausius (1850) réunit les concepts de chaleur et de travail en un même concept, celui d'énergie.

Le XIXe siècle sera le siècle de la machine thermique décrite avec ces concepts de - énergie et - entropie.

L'énergie va se présenter sous des formes multiples : mécanique, chimique, chaleur, électrique, radiative, entre lesquelles elle peut se transformer .

Boltzmann donne une explication statistique à la deuxième loi de la thermodynamique ; elle est fondamentale, car elle impose, en une seule phrase, l'existence d'une flèche du temps, alors que toutes les équations de la physique permettent en principe d'avancer ou de reculer dans le temps.

« L'énergie disponible est le principal enjeu de la lutte pour l'existence et de l'évolution du monde. » Ludwig Boltzmann (1844-1906)

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1942 - Les lois des hommes et de la matière

Publié le par Régis Vétillard

Une deuxième ''liste Otto'' ( « Ouvrages littéraires français non désirables » ) concerne près de 1200 titres, dont 30 chez Denoël. Les gens lisent de plus en plus, mais le rationnement du papier empêche la publication... au point que les ''occasions'' sont plus chers que les neufs, « parce que neufs, on ne les trouve plus ! ».

Anne-Laure de Sallembier ne peut s'empêcher de s’intéresser de près à la vie littéraire parisienne et suit de près Denoël qui ne tarit pas d'éloge pour sa nouvelle protégée Dominique Rolin, elle vient de publier un roman, ''Les Marais''.

 

Les lois de la nature se dévoilent à notre raison, et semblent nous promettre un champ de possibilités ; malheureusement les lois des hommes paraissent bien irrationnelles et au seul profit de ceux qui peuvent les imposer par la force.

Le 29 mai 1942, une ordonnance allemande impose le port de l'étoile jaune aux Juifs en zone occupée. Les allemands souhaitent-ils contraindre tous les juifs à travailler dans des camps, à vivre dans des ghettos... ? Et, ce n'est pas Laval revenu au pouvoir, qui saura s'opposer à cet antisémitisme absurde !

Geneviève T. la jeune femme qui vient tenir compagnie à Lancelot ; et s’intéresse aux sciences, parle d'une émeute organisée par des femmes communistes devant un magasin de la rue de Buci... Il y aurait eu deux morts dans les rangs de la Police. Geneviève T. est, plutôt assez jolie, blonde mais d'aspect froid et sévère et sympathisante de l'Action Française. Après qu'elle soit rentrée chez elle, Lancelot s'indigne auprès de sa mère, d'opinions antisémites que Geneviève a laissé entendre.

 

Joliot-Curie, revenu à Paris, avait disputé des laboratoires aux occupants. Lors de cette négociation avec les allemands, il a le sentiment d'être soutenu par Vichy. L'un des responsables allemands, est Wolfgang Gentner, avec lequel, il peut compter pouvoir s'entendre. Les deux hommes se connaissent et s'apprécient depuis 1936, ils s'échangent une correspondance autour, en particulier, de leur ''cyclotron'' respectif. Gentner va même, semble t-il, s'engager dans un ''double-jeu'', au profit des recherches de Joliot.

Irene-Frederic-Joliot-Curie vers 1935

L'arrestation de Langevin, va amener Joliot à manifester et suspendre sa collaboration. Gentner intervient. Langevin est libéré...

En juin 1941, s'organise le Front National Universitaire. Le 29 juin, alors que les troupes hitlériennes sont entrées sur le territoire soviétique, Joliot est arrêté à son domicile, Gentner le fait libérer le soir même.

Devant un parterre très éclectique et mondain, et allemand ; Anne-Laure de Sallembier assiste à une conférence de Joliot, sur'' Les neutrons et la radioactivité artificielle '' qu'il prononce le 11 octobre 1941 à la Maison de la Chimie.

En octobre 1942, la mère de Lancelot sera encore présente, pour la conférence inaugurale de l'année universitaire par Fr Joliot-Curie, invité de la société philomathique.

Sa relation avec l'occupant, concerne principalement la technique du cyclotron et la radioactivité artificielle.

Avec Irène et Frédéric Joliot-Curie, reconstituons l'histoire de nos connaissances microscopiques de la matière.

Cela a commencé sans-doute avec la crainte et l'observation de la foudre. On s'amusait aussi du pouvoir de l'ambre jaune frottée à attirer les corps légers... Cette vertu a été qualifiée d'électrique.

 

Volta (1800) met au point la première pile, qui produit une sorte de décharge continue que le physicien français Ampère (1775-1836) baptise en 1820 de ''courant électrique''. La capacité à produire - la quantité - sera exprimée en volts.

Le courant électrique conduit à l'expérience de l’électrolyse qui permet de séparer des éléments chimiques... La matière serait faite de petites particules douées de puissance électrique... John Stoney en 1891, observe que pour rompre une liaison chimique, la quantité d'électricité est toujours la même.

Le passage de l’électricité dans des gaz raréfiés étaient une attraction offerte au public émerveillé ( cf les sculptures de verre de Geissler) ; elles vont nous conduire au tube cathodique qui délivre une haute tension aux électrodes dans le vide d'un tube de verre.

Tube cathodique de J J Thomson avec bobines magnétiques, 1897

Le rayonnement cathodique est-il une onde, comme le pensent les allemands, ou un courant de particules chargées négativement selon les physiciens britanniques ; sachant qu'à cette époque la plus petite particule connue est l'atome ? J. John Thomson vérifie la seconde hypothèse en 1897, et a l'intuition d'une particule plus petite que l'atome...

L'histoire de l'électron, est selon les mots de Poincaré, « une pure satisfaction intellectuelle ». Il est deux mille fois plus petit qu'un atome d'hydrogène ; est-il énergie ou matière ? Un véritable petit lutin, qui fuit la force électrique. Les électrons forment une cour, celle d'un roi – autour d'un noyau.

 

Atomes et molécules ont été différenciés vers 1860, le tableau périodique des éléments est imaginé par le chimiste russe Dmitri Mendeleïev, en les classant par ordre de masse, avec la particularité de classer ainsi les atomes par nombre de liaisons chimiques ( 1, 2, 3, 4.) et ceci de façon périodique.

En les disposant dans un tableau, il s'aperçoit qu'il y a des trous dans le tableau... ! Donc, sans-doute des éléments non encore découverts....

Ce tableau sera amélioré ; et classé, non selon la masse, mais la charge. On pourrait alors imaginer un élément du noyau, le proton de charge 1 ( Rutherford ).On pourrait encore rêver de pouvoir changer le nombre de protons, par exemple, dans l'atome d'azote, pour le transformer en atome d'oxygène... Ce qui représente le rêve des alchimistes : la transmutation artificielle...

 

De manière fortuite, en 1895, Whilelm Röntgen découvre une sorte de lumière, invisible à l’œil nu, qui traverse la matière et l'appelle ''rayon X''. Un an plus tard Henri Becquerel remarque que les sels d'Uranium ont la particularité d'impressionner une plaque photographique, s'agit-il aussi d'un autre type de lumière invisible... ?

Pierre et Marie Curie

Pierre et Marie Curie identifient trois types de rayonnements ( alpha, beta, gamma …) plus ou moins pénétrants,

On sait en 1940, que les rayons alpha sont des noyaux d'hélium; les rayons béta, des électrons ; et les rayons gamma ( des photons) sont de la lumière – comme les rayons X – et à une fréquence plus élevée.

Pourquoi ces matériaux émettent-ils spontanément un rayonnement ? - Parce qu'ils se désintègrent.

 

En 1898, Marie Curie découvre, et isole un ''nouvel ''élément très radioactif, et l'appellent le Polonium ; et encore plus radioactif, le radium. Les industriels, aidés des publicitaires en font un produit miracle, jusqu'à s'apercevoir de sa dangerosité.

Le polonium, ou le radium émettent des particules alpha qui vont servir de projectiles pour explorer l'atome et découvrir sa structure.

Enfin, on va se rendre compte que l'on peut produire de l'énergie à partir de cette radioactivité.

Mais d'où l'élément tire t-il cette énergie ? En 1902, Rutherford et Soddy expliquent que le radium possède en lui-même cette énergie : la radioactivité est la transformation spontanée d'un élément chimique en un autre par émission de rayonnement, le radium devient du radon.

 

E Rutherford

Rutherford (1919), expérimente le modèle planétaire de l'atome, avec le noyau comme soleil et les électron comme des planètes...

Il reste une question : Pourquoi les électrons ne s'effondrent-ils pas sur le noyau ?

Neils Bohr présente le modèle avec des orbites d'énergie : Lorsqu’un électron absorbe suffisamment d’énergie, il « bondit » de son orbitale jusqu’à la prochaine orbitale de plus grand diamètre. Lorsqu’un électron « chute » de son orbitale vers une orbitale plus petite, il émet de l’énergie. La quantité d’énergie émise correspond exactement à la différence énergétique entre deux orbitales. 

L'infiniment petit n'obéit pas aux mêmes règles que l'infiniment grand.... Ce n'est pas la Physique classique qui s'applique à l'atome, mais la physique quantique ; ainsi au lieu d'évoluer en continu, l'infiniment petit opère par paliers et par quanta.

 

Rutherford avait utilisé une source radioactive. La découverte de la radioactivité avait mis en évidence des rayonnements, émis lors de la désintégration d'atome lourds comme l'uranium : des particules alpha.

Les Joliot-Curie observent qu'un rayonnement de particules alpha, projettent des protons. Et, James Chadwick en 1932, explique que le noyau serait composé de protons, et de particules assez lourdes, électriquement neutres, que l'on nommera neutrons.

Pour en savoir plus encore, les physiciens vont bombarder la matière. Le neutron, ce nouveau projectile neutre, présente le grand avantage de ne pas être repoussé par la charge électrique du noyau, quand on essaie de l'atteindre.

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Mardi 3 mars 1942 : bombardement Meudon – Lancelot blessé

Publié le par Régis Vétillard

Fernand Holweck

Un entrefilet du journal, nous apprend le suicide de Stefan Zweig et de sa femme, au Brésil !

Les mois de janvier et février 1942, ont représenté l'hiver le plus sombre, les mois les plus froids de la guerre ; difficile de chauffer les pièces de l’appartement à plus de 10,12°. Le journaliste André Arnyvelde, connu pour sa belle plume et sa curiosité qui mêle religion et sciences, est arrêté en décembre et meurt d'une pneumonie en février. Fernand Holweck (1890-1941), physicien, lui aussi arrêté par la Gestapo en décembre, meurt sous la torture dix jours plus tard. Holweck avait rejoint le laboratoire des Curie, en 1910. Il a réalisé une pompe à vide moléculaire qui porte son nom ; et a travaillé à améliorer la puissance des émetteurs TSF.

La difficulté était de réaliser de tubes électroniques de forte puissance en conservant le vide intérieur malgré la sublimation du métal des électrodes. Les électrons qui circulent dans une lampe de radio supportent mal de se heurter aux molécules de gaz, et c'est pourquoi un vide excellent est nécessaire dans les ampoules.

Une lampe Holweck est mis en place en 1923, sur l'émetteur de la Tour Eiffel. Il s’intéresse au microscope électronique, aux amplificateurs de lumière, aux compteurs de photons. Il fait également des recherches en astrophysique, et en radioastronomie. En 1940, près de Saint-Dizier, avec le groupe du pilote Antoine de Saint-Exupéry, il travaille à améliorer les bimoteurs Potez 63. Il refuse de quitter la France, et s'engage à aider les aviateurs britanniques sur le territoire occupé.

Musée de l'Air - Meudon

Lancelot, toujours passionné par le progrès technique, et les avions, était impatient de visiter les hangars du Musée de l'Air, installé à Meudon depuis 1921... Cette soirée du 3 mars 1942, bénéficiait d'un chaleureux clair de lune. Une autorisation spéciale l'autorisait à découvrir d'immenses hangars où « s’enchevêtrent dans un affreux désordre des avions entiers, d’autres démontés, des nacelles d’osier au curieux dessin, et , suspendus au plafond, d’étranges cerfs-volants, tandis que, sur le sol, reposent quelques quatre cent moteurs mal protégés de la rouille. »

 

Il devait passer ensuite une soirée agréable dans une proche auberge de la forêt de Meudon. C'était oublier la guerre ; et ce à quoi on ne pouvait croire ici, des bombardements de la RAF, sur des civils... On ne se méfiait pas du ronronnement lointain des avions que n’accompagnait aucun tir de D.C.A. Ce qui semblait confirmer leur itinéraire habituel : l’Allemagne.

Tout a commencé vers 21 heures 15, au-dessus du bois de Boulogne. Précédées par des nombreuses lumière rouges, les premières bombes tombèrent sur Billancourt dans un bruit épouvantable, atteignant les usines Salmson.

Lancelot voulait revenir sur ses pas, s'éloigner et se mettre à couvert vers des bâtiments de l'aérostation ; trois projectiles sont tombées non loin, il a perdu connaissance. Protégé par un mur, seuls ses deux pieds sont écrasés, par les décombres de l'explosion.

Des ambulances, des camionnettes vont et viennent. Sur des brancards recouverts de couvertures, on amène des morts atrocement mutilés.

Lancelot se réveille alors qu'il est amené vers une clinique parisienne de la rue Boileau.

Ce soir-là, donc, les avions de la Royal Air Force (RAF) étaient venus pilonner plusieurs positions stratégiques des Allemands en Ile-de-France, dont les usines Renault de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Mais pas seulement....

On dit que les pilotes de la RAF auraient confondu la boucle de Seine avec le méandre de Boulogne-Billancourt ; à moins que la véritable cible était l'état-major allemand installé à Saint-Germain... ?

Le raid du 3 mars 1942, aurait fait plus de 370 victimes.

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1942 – Valéry – L'analogie et la science.

Publié le par Régis Vétillard

Anne-Laure de Sallembier et son fils, sont conviés à une après-midi chez les Valéry, au 40 rue de Villejust.

Sur une table près de l'entrée, plusieurs paquets qui contiennent des ouvrages, que des lectrices en particulier, ont demandé au maître de leur dédicacer. Sur l'un, Anne-Laure reconnaît le nom de Hélène Berr, cette jeune fille qu'elle a reçue pour un dossier que lui a soumis le service social d'aide aux émigrants ; et qu'elle a défendu auprès de l'administration allemande.

Paul Valéry et Jean(ne) Voilier

Lancelot observe l'illustre écrivain vieillissant épris d'une femme beaucoup plus jeune, et qui lui rend la poésie de sa jeunesse. Gide s'était plaint à lui de cette relation qui commença en 1938, alors qu'il avait 67ans et elle, 35ans. ( 1938 – André Gide - Les légendes du Graal (over-blog.net) )

Cette femme, Lancelot la connaît bien, Jeanne L. que lui-même - alors étudiant comme elle - avait aimé. - 1921 – Lancelot– Jeanne L. - Les légendes du Graal (over-blog.net) - 1921 – André Gide. - Les légendes du Graal (over-blog.net) -

Mais qu'a t-elle de commun - cette Jeanne passionnée de littérature - avec Jean Voilier plus attachée aujourd'hui aux hommes influents qu'à leurs écrits ? Avec Frondaie, elle devient une femme du monde, directrice de théâtre, et commence à publier sous le nom de Jean Voilier.

 

Anne-Laure de Sallembier admire Paul Valéry (1871-1945), non pour son charme et ses yeux « eau bleue et verte, regard marin », mais pour la finesse de sa pensée. S'il est un badineur impénitent ; il est surtout le poète qui écrit en vers, non pour embrumer son propos, mais pour le clarifier.

En 1941, Vichy a destitué Valéry de son poste d'administrateur au Centre Universitaire méditerranéen de Nice, en représailles de son discours - en sa qualité de secrétaire de l'Académie française - et éloge funèbre du « juif Henri Bergson ».

Valéry, grand consommateur de tabac et de café, travaille le matin et s'adonne aux mondanités en soirée. Lancelot a remarqué son goût pour les sciences, et les mathématiques en particulier.

L’homme et le macrocosme  planche tirée du De utriusque cosmi maioris et minoris historia de Robert Fludd (1619)

Lancelot reprend une phrase des ''Regards sur le monde actuel'' de 1931 : « Les événements sont l’écume des choses. Mais c’est la mer qui m’intéresse ». En effet, commente t-il : Nous vivons chaque instant ce décalage entre l’événement, l'accident, le discontinu associé à ce qui est éphémère et l'unité, le continu associé à la permanence. Ainsi en physique, Einstein nous propose au niveau macroscopique, à une échelle interstellaire la figure ondulée de l'espace temps, à l'image d'une mer agitée vue de haut... Alors qu'en physique quantique, et au niveau microscopique, telle l'écume de cette mer agitée, la science nous propose la turbulence des particules, un univers fragmenté, discontinu.

Valéry s'étonne que l'on tienne le plus souvent la science en opposition de la poésie ; alors que la représentation scientifique ne peut se passer de recourir à l'analogie. De même, sans la religion, notre cerveau n'aurait pas été habitué « à s'écarter de l'apparence immédiate et constante qui lui définit la réalité. » ( Analecta 1935 )

L'analogie ouvre un espace de pensée, c'est ce qui permet à Léonard de Vinci de percevoir les forces invisibles à l’œuvre dans la nature.

Ainsi vers 1900, c’est la thermodynamique qui a permis d'offrir des modèles à l'aide de cycles régis par les lois de la conservation de l’énergie et de l’entropie.

Faraday - avec la notion de champ - imaginait « un système de lignes unissant tous les corps, traversant, remplissant tout l’espace pour expliquer les phénomènes électriques et même la gravitation […] Faraday voyait par les yeux de son esprit des lignes de force traversant tout l’espace où les mathématiciens voyaient des centres de force s’attirant à distance ; Faraday voyait un milieu où ils ne voyaient que la distance. » ( Paul Valéry, Introduction à la méthode de Léonard de Vinci [1894] )

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1942 - Drieu la Rochelle – Jacques Decour

Publié le par Régis Vétillard

En mai 1940, Drieu avait décidé de ne plus travailler avec la NRF, une revue qui publiait le communiste Aragon. Il avait conservé un désir de vengeance envers elle, alors que Paulhan avait suspendu sa publication. Il s'engagea avec le soutien d'Abetz, de la republier ; Gallimard soucieux de ne pas tout perdre, a choisi le moindre mal. Paulhan, refusait la co-direction, mais gardait certaines responsabilités...

Drieu écrit dans ''Je suis Partout'', des articles antisémites, comme celui intitulé «  De Ludovic Halévy à André Maurois ou l'impuissance du juif en littérature. ». Le 23 juin 1941, « Ils n'ont rien oublié, ni rien appris. », il s'en prend à Mounier et à Esprit qui reparaît à Lyon.

« La Revue Esprit - qui représenta si parfaitement pendant les dernières années le culte de la confusion, le barbouillage des esprits sous prétexte de mesure et de scrupule et bref, qui sut maintenir par des moyens, tantôt inconscients, tantôt sournois, une partie de la jeunesse française dans l'esprit du plus vieux centre gauche - a reparu à Lyon cet hiver. Emmanuel Mounier persévère dans son libéralisme camouflé, dans sa méthode de pieux sabotage de tous les efforts français pour sortir de l'hésitation. (…) »

Goebbels Accueil Weimar

Drieu fréquente assidûment les réceptions de l'ambassade ( Abetz) et les manifestations organisées par l'Institut allemand. Il sympathise avec Karl Epting ( directeur de l'institut allemand), Ernst Jünger et le lieutenant Heller. En 1941, du 5 au 11 octobre , il est présent au congrès de Weimar, organisé par les services de Goebbels, il est accompagné de Robert Brasillach, Ramon Fernandez, et de Jacques Chardonne et Marcel Jouhandeau, grands stylistes qui se disent ''apolitiques''...

Weimar, ville culturelle emblématique empreinte d’une tradition de philosophie, d’art et de sciences éclairées. Cette jolie ville, vit dans la fumée des crématoires nazis, situés à proximité, à Buchenwald.

Ce camp de concentration, érigé en 1937 par les premiers détenus allemands qui déboisèrent la forêt de hêtres de l’Ettersberg. Sur l’esplanade du camp, un arbre a été conservé : celui où Goethe aurait conversé avec Eckermann.

A présent, ici, arrivent des centaines de personnes, entassées, une centaine de corps serrés, soudés, par wagon. Un voyage de plusieurs jours.

Un train pour Weimar

C'est un autre type de train, qui a été affrété par le Ministère du Reich à l’éducation du Peuple et à la Propagande, de Joseph Goebbels, aux représentants des intellectuels français avec de nombreux autres venus de toute l'Europe. Ces écrivains traversent le Reich et visitent les ''hauts-lieux'' de culture. Jacques Chardonne, est séduit : « Les Allemands d’aujourd’hui ne sont pas un peuple de guerriers. C’est un peuple de constructeurs » (La Gerbe, Paris, 13 novembre 1941). il applaudit Goebbels, à son initiative de créer à Weimar « l’Association des écrivains européens ».

Le message de cette invitation, est de faire entendre à toute l'Europe, la voix de l'Allemagne : il s'agit de de « convaincre l’Europe de la force spirituelle de la nouvelle Allemagne pour intervenir elle-même spirituellement dans l’histoire du monde, ce qui se réaliserait avec une ampleur inimaginable après le victoire » Rudolf Erckmann.

Dans le hall du bâtiment du NSDAP se trouve un stand présentant des livres and-bolcheviques. Les organisateurs veulent ainsi, comme l’a dit Rudolf Erckmann, « montrer combien il faut garder à l’esprit, même pendant ces journées de Weimar, la signification profonde de la guerre en Russie ».

Et il poursuit : « Ce n’est pas le culte du passé qui motive une telle action. Elle ne peut trouver son origine que dans la force interne et externe du Reich et l’autorité du Führer. Le miracle de Weimar dans la construction d’une nouvelle Europe réside peut-être dans ce que l’Allemagne, à la confiance qui règne parmi les peuples européens, ajoute maintenant aussi une base culturelle ».

 

Tous les hôtes étrangers sont invités à s'incliner devant les tombes des grands de Weimar , dans le palais Wittum éclairé par des centaines de bougies. C’était la résidence baroque où Anna Amalia veuve, passa les trente dernières années de sa vie (1775-1807), et reçut les grands noms de la culture allemande, tels que Wieland, Goethe, Herder et Schiller.

Jacques Decour

 

Au même moment, Jacques Decour (1910-1942) - que Lancelot ne connaît pas – jeune professeur d'allemand au lycée Rollin, professe que le germanisme était un humanisme et fait partager son amour de Heine, Hölderlin, Nietzsche. Il fait lire Lessing, dont le ''Nathan le Sage'' condamnait par avance les persécutions hitlériennes, il rappelle le «Guillaume Tell» de Schiller, et que Goethe reste le champion de la diffusion des Lumières. Il travaille à faire connaître ''l'Homme sans qualités'', de l'Autrichien Musil. Résister au fascisme, pour lui, c'est faire lire les auteurs allemands condamnés par le IIIe Reich, parmi lesquels le juif Heine. C'est encore , par des tracts en allemand, rappeler aux forces d'occupation qu'en servant Hitler, elles trahissent Kant, Hegel, Bach, Beethoven ou Dürer, et c'est imprimer en allemand, à la une de ''la Pensée libre'', l'épitaphe de Goethe: '' Mehr Licht'' (''Plus de lumière'').

<-  Jacques Decour au Lycée Rollin

Jacques Delcour, est aussi communiste. Grand, le visage fin et la bouche moqueuse ; il est devenu en 1932, le plus jeune agrégé d'allemand de France. « Il ne faut pas oublier que c'est à toute la littérature allemande qu'Hitler a déclaré la guerre. » dit-il.

Il fait avec Georges Politzer et Jacques Solomon, ''la Pensée libre'' qui paraît au début de 1941.

Avec Paulhan - alors qu'il cède sa place à Drieu la Rochelle - Jacques Delcour, épaulé par Aragon, ont le projet des Lettres Françaises, c'est-à-dire du journal du Comité National des Écrivains (C.N.E) naissant.

 

Un mois après le retour à Paris de Drieu la Rochelle et ses collègues de ce voyage à Weimar, Jacques Decour les accuse dans "Une lettre ouverte à MM. Bonnard, Fernandez, Chardonne, etc., anciens écrivains français" : « Vous revenez d'Allemagne. Tandis qu'à Paris, la Gestapo emprisonnait cinq membres de l'Institut de France, vous alliez, "invité" par l'Institut allemand, prendre à Weimar et à Berlin les consignes de M. Goebbels (...) Honneur, fidélité, patrie: pourquoi faire sonner à vos oreilles des mots dont le sens vous échappe? (…) Vous avez choisi l’abdication, la trahison, le suicide. Nous, écrivains français libres, avons choisi la dignité, la fidélité, la lutte pour l’existence et la gloire de nos lettres françaises. ».

Jacques Decour sera arrêté et exécuté deux mois plus tard.

Le 17 février 1942, Decour ( il a 32 ans) est arrêté, avec ses camarades, par la police française. C'est cent seize militants communistes, qui seront arrêtés et transférés en tant que terroristes à la Gestapo, et dont le tiers va être fusillé comme otages au Mont Valérien.

Jacques Decour est fusillé le 30 mai 1942 à 14 h, une semaine après Georges Politzer et Jacques Solomon.

Dans sa dernière lettre à ses parents, il écrit: «  (…) Vous savez que je m’attendais depuis deux mois à ce qui m’arrive ce matin, aussi ai-je eu le temps de m’y préparer, mais comme je n’ai pas de religion, je n'ai pas sombré dans la méditation de la mort : je me considère un peu comme une feuille qui tombe de l’arbre pour faire du terreau. La qualité du terreau dépendra de celle des feuilles. Je veux parler de la jeunesse française, en qui je mets tout mon. Espoir... »

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1942 – Bertrand de Jouvenel

Publié le par Régis Vétillard

Dans les années vingt, Lancelot croisait chez les époux Luchaire, Jouvenel et bien d'autres auteurs. C'était un même soir, qu'il avait rencontré Elaine de L.

Je rappelle que Bertrand de Jouvenel (1903-1987) , avait eu – avant guerre - comme beaucoup, la tentation de ''l'homme nouveau''. Il s'était – avec Drieu la Rochelle – engagé au sein du PPF de Jacques Doriot, avec qui il rompt dès 1938.

En 1941, il publie Après la défaite, qui fait de la victoire allemande celle de l’esprit qu'anime précisément, pense t-il, cet ''homme nouveau''.

Jouvenel dénonce les intellectuels qui se veulent être de purs artistes à l'image de Cocteau ou Guéhenno, qui se disent ''antifascistes'' mais qui, ont abandonné leur qualité de « vrai français ». Jouvenel ressent un vrai sentiment d'humiliation, nous aurions perdu le sens de la discipline, de l'ordre, de l'organisation, de la rigueur, dont fait preuve l'occupant... D'un côté, l'effondrement de la France, de l'autre l'émergence victorieuse de l'Allemagne !

 

Dans ''Après la défaite'' Jouvenel ne s'en prend pas seulement aux élites françaises qu'ils considèrent plutôt comme médiocres ; mais regrette qu'ils ne soient pas menés par une pensée directrice, « une même philosophie de la nation. ». Il fait le procès d'une démocratie parlementaire et d'une politique à courte-vue ; qui avait mis « le pouvoir aux classes les plus ignorantes de la société. » ; il y regrette l'absence d'une aristocratie, qui voyage, cosmopolite, cultivée.

Bertrand de Jouvenel, souhaite articuler ses propositions en politique intérieure, par trois axes : la ''biopolitique'', la géopolitique et les « sciences neuves ».

Le premier axe, se centre sur une approche qualitative des questions de population, hygiéniste, aristocratique, souhaitant arracher les jeunes d'une certaine tiédeur familiale...

La géopolitique comprend que « l'histoire est écrite sur le sol. », un peu dans l'esprit de Richelieu.

Jouvenel reconnaît actuellement la supériorité de la nation germanique et sa maîtrise à façonner l'Europe à sa guise ; et il pense que Vichy lutte pied à pied contre l'occupant, et il s'oppose à une collaboration poussée avec l'Allemagne ( seulement pour atténuer les souffrances des français...); et reste anglophile.

 

Parmi les notes de Lancelot concernant Jouvenel ; il fait état d'échanges sur l'économie, un sujet qui le passionne. Si Lancelot peut comprendre ses conclusions à propos de la décomposition sociale de l'occident ; il commence à douter que la ''révolution nationale '' de Pétain puisse relever ce défi, en particulier en collaborant avec le nazisme. Jouvenel exprime d'autres doutes doutes; européen, pacifiste, il ne croit plus que la république, et même la démocratie puissent répondre aux enjeux de notre avenir... Parce que finalement, il y aura bien une issue...Pourra t-elle advenir sans les allemands ? Ne sont-ils pas les plus forts ?

Proces-Nuremberg-1er-octobre-1946

« Aux démocrates, je préfère les communistes. » ajoute Jouvenel. Il exprime par là que la morale démocratique n'est que mensonge ; la preuve en serait, dit-il que la plupart de ces ''démocrates'' ne sont pas ''libéraux''. La modernité nous a amené la guerre, les gaullistes nous ramèneraient la troisième république, et les américains sont trop loin...

 

La grande question du ''pouvoir'', est celle de la gestion des ressources ( humaines , matérielles, …). Pour commencer, il faudrait s'interroger sur ce pouvoir : ne peut-il être que le fruit d'une conquête ? Dans quel but ?

La nation a renversé le roi, et a pris sa place ; mais il reste que c'est une minorité qui se dit consciente et qui gouverne ( le parti...). La course au pouvoir, alimente la guerre. L'avènement de contre-pouvoirs s'imposent !

Jouvenel pour satisfaire son esprit rationnel, s'empare de statistiques économiques ; il tente d'en extraire une vérité. A l'observation de courbes, il se préoccupe des '' limites ''. « Il n'y a point de vérité qui n'ait des limites. »

 

Pour Jouvenel, très vite, les conséquences de l'armistice et de la collaboration s'avèrent désastreuses ; à un ami avec qui il prévoyait la création d'un hebdomadaire économique, il lui écrit que « Ce journal économique n'avait de raison d'être national que si les vainqueurs se montraient disposés à faciliter ou du moins à permettre la reprise de la vie économique chez le vaincu. Ils semblent au contraire s'appliquer à la paralyser. Comment veux-tu que nous expliquions les problèmes économiques en faisant abstraction des mesures allemandes qui les aggravent ? Ce ne serait plus "le Fait" mais "le demi Fait" [...]. Je ne crois pas que nous puissions, dans la conjoncture actuelle, faire œuvre utile, c'est à dire œuvre française. »

Lancelot, par Rivet, est au courant des activités de Jouvenel pour le compte du SR, en particulier autour de l'ambassade allemande à Paris, et d'Otto Abetz qu'il connaît de puis longtemps...

Jouvenel, dont la mère Claire Boas de Jouvenel est juive, voit pour la dernière fois Abetz, le 17 mai 1941, avant de se retirer en Corrèze un an plus tard, à Pebeyre, près de Tulle. Non loin, à Argentat, réside Emmanuel Berl.

Le 28 mai 1941, sont signés par Darlan et Abetz les ''Protocoles de Paris '' qui sont des accords pour une collaboration militaire avec l'Allemagne en mettant à disposition de l'armée allemande des bases de l'empire français... !

En réaction, le 5 juin 1941 ; Jouvenel prévoit un projet '' d'adresse '' à l'attention du maréchal Pétain, et recherche des écrivains signataires.

Fin de la lettre : « Vous, Monsieur le Maréchal, qui avez écrit une des pages les plus glorieuses de notre Histoire, vous savez mieux que personne que jamais la France n'a commencé une guerre dans un camp pour la finir dans le camp opposé, si fortes que puissent être les raisons.

Contre cette éventualité, quelques avantages immédiats qu'on puisse attendre, les intellectuels soussignés élèvent une solennelle protestation. Une telle politique serait le reniement de tout notre passé, un désastre moral pire que le désastre militaire. C'est dans l'honneur d'une nation que réside le principe de son relèvement. Vous êtes, Monsieur le Maréchal, le gardien de cet honneur. »

 

Maurice Goudeket (1889-1977), marié à Colette depuis avril 1935, chroniqueur et directeur littéraire à '' Match '', et juif : ne peut plus travailler. Il est arrêté par la Gestapo au domicile de Colette, au 9 rue de Beaujolais, le 12 décembre 1941 : Colette l’aide à faire sa valise : « Elle m’accompagna jusqu’au départ de l’escalier. Nous nous regardâmes. Nous étions l’un et l’autre souriants, nous échangeâmes un baiser rapide. - Ne t’inquiète pas, dis-je. Tout ira bien.  - Va, me dit-elle avec une tape amicale sur l’épaule ». 

A une amie, Colette écrira : «  Il est parti très calme vers je ne sais où, chargé du crime d’être juif, d’avoir fait l’ancienne guerre comme volontaire et d’être médaillé ».

Il est transféré avec 743 personnalités juives françaises, au Camp de Royallieu à Compiègne.

Colette tente tout ce qu'elle peut, elle fait intervenir : Sacha Guitry, Robert Brasillach, Paul Morand et même Suzanne Abetz, l’épouse française de l’ambassadeur d’Allemagne Otto Abetz, admiratrice de Colette.

Finalement, il sera libéré le 6 février 1942.

Je rappelle, qu'en 1925, Colette et Bertrand de Jouvenel, mettaient fin à leur liaison. Et, commençait celle de Colette avec Maurice Goudeket.

Le 3 octobre 1941, Colette publie Julie de Carneilhan, chez Fayard.

Elle dresse le portrait d'une femme, la comtesse Julie de Cameilhan, qui lui ressemble : une femme qui ne plie devant rien, peut-être même pas devant l'âge.

Avec le comte d’Espivant , Colette évoque en particulier son deuxième mari, Henry de Jouvenel ( père de Bertrand) , homme politique éminent, qui n'est pas vraiment à son avantage …

Ce livre fait l'objet, à sa parution, d'un feuilleton dans Gringoire journal d'extrême droite, pendant l'occupation.

Craignant une nouvelle arrestation, fin de juin 1942, Maurice Goudeket gagne la zone libre et se cache chez un ami, à Saint-Tropez. Le 27 juillet 1942 : Misz Hertz, juive et Polonaise, amie de Colette depuis 1914 - mariée avec Léopold Marchand, l'adaptateur au théâtre de Chéri et La Vagabonde - se suicide quelques jours avant la rafle du Vel'd'Hiv.

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1942 - ''L'Etranger'' d'Albert Camus

Publié le par Régis Vétillard

Le 20 décembre 1942, chez Drouant, le prix Goncourt est attribué à Marc Bernard pour son livre Pareils à des enfants publié chez Gallimard. 1 seule voix s'est portée sur Les décombres de Lucien Rebatet, un violent pamphlet antisémite, et fasciste, qui sera un ''best-seller'' pendant l'Occupation.

Albert Camus

Cette même année Albert Camus ( il a 29 ans) publie L’Etranger et Le Mythe de Sisyphe.

Premiers mots : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »

Le critique littéraire, André Rousseaux, écrit dans le Figaro, en juillet 1942 :

« Le moins qu’on puisse dire est que cette piètre humanité manque vraiment d’intérêt. Il faut ajouter que l’entreprise de M. Albert Camus manque complètement son but. L’auteur de '' L’Etranger '' croit certainement faire œuvre profondément réaliste en nous révélant les réalités qui se cachent au fond d’un être humain. Nous avons dit ce qu’il en est.

Il nous propose un homme mutilé de tout ce qui fait la valeur de l’homme, un homme aussi privé des capacités d’un beau criminel que de celles d’un héros. Il nous propose, à vrai dire, un phénomène d’inhumanité, ou, si l’on peut inventer ce mot, de déshumanité. C’est loin d’être un mérite particulier. Ce pourrait être une tendance inquiétante de la littérature actuelle, si cela marquait une subversion consentie de la valeur de l’homme sous la catastrophe qui accable l’humanité… » 

Lancelot apprécie dans ce livre l'expression d'une révolte empêchée contre le désordre établi qui règne aujourd'hui. Il ne s'agit pas d'un appel à renoncer à l'action ; mais d'un tableau sur l'amour désespéré de la vie. Comment croire en la révolution ?

Le Mythe de Sisyphe relate l'état d'esprit d'un vaincu, prisonnier, '' désespérant de voir une aube se succéder à la nuit.'' ( H. Amer ); un peu comme si le sentiment d'absurde pouvait soulager. Mais, ensuite, nous dit Camus : les gens « croient que tout est fini quand on dit « c’est absurde ». En réalité ça ne fait que commencer. ».

 

D'Algérie, en mars 1940, Camus avait rejoint Pascal Pia ( directeur d' ''Alger Républicain'' ) à Paris, au sein de la rédaction de Paris-Soir. Camus, dans une petite chambre d'hôtel de Montmartre, finit un roman qu'il avait commencé en Algérie. Un roman ''différent'', qui veut montrer, plutôt que dire, exprimer des émotions, plutôt que des discours.

Avec l'équipe de Paris-Soir, il quitte Paris pour Bordeaux, puis Clermont-Ferrand, puis Lyon ( septembre 1940). Il se marie avec Francine Faure ; et retournent à Oran.

En janvier 1942, Camus écrit à Jean Paulhan qu'il ne veut pas que L’Étranger soit publié en feuilleton dans la revue de la NRF de Drieu La Rochelle, réputée de mèche avec les ''collabos''.

Le 19 mai 1942, est mis en vente L’Étranger. Tiré à 4 400 exemplaires

En août, malade de la tuberculose, Albert Camus et sa femme, s’installent dans la « maison-forte » du Panelier, à quatre kilomètres du Chambon-sur-Lignon, en Auvergne. C’est là que les accueille la belle-mère de la tante de Francine, Sarah Oettly, qui tient une pension de famille. Le 2 octobre Francine retourne à Alger. Le débarquement du 8 novembre empêchera Camus de rejoindre sa femme qu’il ne reverra qu’en octobre 1944.

Le 16 oct 1942, édité par Gallimard, sort en librairie Le Mythe de Sisyphe. Tiré à 2 750 exemplaires.

1er juin 1943, Camus arrivera à Paris. Il s’installera à l’hôtel Aviatic, 105 rue de Vaugirard. 

 

Dans ce mouvement d'idées appelé '' l'existentialisme'', Lancelot avait remarqué un jeune auteur, Jean-Paul Sartre, qui réussissait à faire jouer ses pièces, dans ce contexte de collaboration ; mystères de la censure ! Il avait pu lire ''La Nausée'', un roman ''scandaleux'' qui mêle littérature et philosophie. C'est l'histoire d'Antoine Roquentin qui découvre la contingence de l'existence, et lui procure un sentiment de nausée. La contingence – au fondement de la réalité – est que la nature, le monde, peut être ''ceci ou cela'' ; il n'y a aucun sens particulier.

 

Sartre salue le roman de Camus ; et va même le commenter...

« Qu’est-ce donc que l’absurde comme état de fait, comme donnée originelle ? Rien de moins que le rapport de l’homme au monde. L’absurdité première manifeste avant tout un divorce : le divorce entre les aspirations de l’homme vers l’unité et le dualisme insurmontable de l’esprit et de la nature, entre l’élan de l’homme vers l’éternel et le caractère fini de son existence, entre le « souci » qui est son essence même et la vanité de ses efforts. La mort, le pluralisme irréductible des vérités et des êtres, l’intelligibilité du réel, le hasard, voilà les pôles de l’absurde. »

(…) «  l’étranger, c’est l’homme en face du monde […]. L’étranger, c’est aussi l’homme parmi les hommes […] C’est enfin moi-même par rapport à moi-même, c’est-à-dire l’homme de la nature par rapport à l’esprit . » (J.P. Sartre, Explication de l’Étranger paru dans Les cahiers du Sud ) .

Mascolo, Duras et Antelme

Sartre est professeur de philosophie au lycée Condorcet en classe prépa. – sur le poste de Henri Dreyfus-Le Foyer, suspendu en même temps que cinq autres enseignants, en application du nouveau « Statut des Juifs » - entre 1941 et 1944. Sartre écrit aussi beaucoup, de préférence au café de Flore. En hiver, Beauvoir arrive très tôt le matin et s’installe à côté du poêle. Le premier roman de Beauvoir, L’Invitée, paraîtra en 1943.

Marguerite Duras, mariée avec Robert Antelme, est locataire du 3e étage sur la rue du 5 rue Saint-Benoit, à partir de 1942, son appartement va servir de lieu de réunion et de quartier général à un petit noyau de résistance. Deux étages en dessous de chez Duras habite Ramon Fernandez, collaborateur notoire qui reçoit entre autres Gerhard Heller et Drieu la Rochelle.

 

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1942 - La vie parisienne

Publié le par Régis Vétillard

Le couvre-feu, les difficultés de déplacement n'ont pas empêché la reprise - sitôt l'occupant installé - des courses, des concerts, des expositions, des salons.

Les réceptions, sont généralement de l'initiative des occupants... Pour des dîners entre français, chaque invité est inviter à faire déposer sa carte d'alimentation afin d'organiser les achats ; l'hôte se charge d'offrir le café et le sucre.

Anne-Laure retrouve ainsi régulièrement Marie-Laure de Noailles, la comtesse Marthe de Fels, la comtesse de Mun, la comtesse Murat, la comtesse Pierre de Segonzac, la duchesse d'Harcourt, la comtesse d'Oncieux, la baronne de Dietrich...

Pour la comtesse Anne-Laure de Sallembier, la vie mondaine continue et s'accompagne d'une mission particulière dévolue à ceux et celles de la haute société qui sont restés à Paris, la plupart s'étant réfugiés en zone libre. Cette mission est de garder le lien avec l'occupant pour intervenir au mieux de leurs relations... Anne-Laure a l'avantage de parler très bien l'allemand, et de connaître assez bien la culture allemande pour montrer qu'elle sait l'apprécier.

Anne-Laure considère devoir se déplacer pour retrouver des amis au Drouant, ou au Prunier de la rue Duphot ; elle peut également se rendre au Ritz - Gabrielle Chanel y vit - ou au George V, pour y rencontrer des officiers allemands en vue d'y négocier quelques arrangement, ou libération.

Florence Gould

Florence Gould (1895-1983), est installée depuis peu au 2e étage du 129 avenue Malakoff et invite en journée ; on peut y croiser des allemands comme : Otto Abetz, Karl Epting, Friedrich Sieburg, Gerhard Heller ; qui ne se considèrent pas comme des étrangers à Paris, ils ont leurs anciennes relations d'avant guerre.

Elle reçoit des écrivains et des artistes : Léautaud, Pierre Benoît, Cocteau, Marcel Arland, Céline, Giraudoux, Morand, Jean Paulhan; son préféré est Marcel Jouhandeau avec qui elle partage certaines faveurs comme avec Jünger, et quelques autres.

Florence Gould dispense à quelques uns de ses invités, comme Léautaud, une aide matérielle précieuse en ces temps de restriction.

 

Anne-Laure, s'imaginant échapper à la barbarie, recherchent les lieux, les salons placés sous le signe de la culture, comme celui de Mme Boudot-Lamotte, rue de Verneuil, dont la fille est la secrétaire de Gallimard. Elle y a entendu Jean Cocteau faire la lecture de son Renaud et Armide, devant Jünger, Heller et Jean Marais.

Marie-Laure de Noailles en son hôtel de la place des États-Unis reçoit des artistes, musiciens et poètes. Marie-Louise Bousquet (rédactrice parisienne de Harper's Bazaar ) reçoit dans son salon de la Place du Palais-Bourbon. des écrivains comme Giraudoux, Sacha Guitry, Paul Valery, les frères Tharaud, Pierre Benoît...

Anne-Laure de Sallembier rencontre aussi le docteur Hubert Jausion (1890-1959); qu'elle avait autrefois croisé chez Anna de Noailles et qui était un de ses fervents admirateurs. Cet homme, professeur agrégé, directeur de recherches et chef du service de dermatologie à l'Hôpital franco-musulman de paris ( aujourd'hui Avicenne) était une relation des plus agréables, « gai, jovial, enjoué, d'une verve incroyable, humaniste, passionné d'art, très lié au milieu littéraire, et proche de Cocteau. »

On ne parle pas de la guerre. La guerre est lointaine, elle se passe à l'Est...

On ne parle pas des arrestations de juifs. Déjà, il est si dérangeant de croiser '' l'étoile jaune '' ; sur des personnes que rien d'autre ne distingue de soi.

Inégaux devant les restrictions, le froid rétablit un semblant d'égalité entre les parisiens.

Colette conseille de ne pas quitter son lit, et de se blottir contre ses chats.

On écoute la radio. On lit les journaux. A Paris, les quotidiens à disposition sont  : Un faux ''Paris-Soir'' ( le vrai est replié à Lyon), Le Petit Parisien contrôlé par les allemands. Marcel Déat est le nouveau directeur de '' L'Oeuvre '', '' Les Nouveaux temps '' de Jean Luchaire, '' Au Pilori '' spécialisé dans l'antisémitisme populaire.

 

Lancelot préfère sortir du côté du Café de Flore , et des petits prix de restaurants comme le Petit Saint-Benoît.

Au Flore, on s’enorgueillit de dire que « jamais aucun occupant n'y mettra les pieds ». Lancelot aime observer la liberté des jeunes gens, et particulièrement ces étudiants, férus de jazz. Lancelot connaît un peu Jean Jausion, le fils du docteur, étudiant en philosophie, poète et adepte de la révolution surréaliste. Il a publié deux plaquettes : Dégradé (1938) et Polyphème ou l'Escadron bleu (1939).

Un jour de 1942, Jean Jausion annonce son mariage avec Annette Zelman. Simone de Beauvoir écrit avoir déjà remarqué le couple : « les amoureux blonds », Jausion et son amie « Tchèque [sic] et Israélite ».

Annette Zelman

Annette Zelman est une jeune fille juive, née à Nancy en 1921. Elle rencontre Jean en 1939, alors qu'elle vient à Paris pour commencer des études aux Beaux-Arts. Elle fréquente les artistes du Quartier latin. Un de ces groupes, a pour vedette Jean Rouch (1917-2004), séducteur, il sort avec l'une, puis choisit une autre. Ainsi pour Annette Zelman, au cœur des intrigues amoureuses typiques du café de Flore.

Le Docteur Hubert Jausion apprend qu'une demande de mariage à la mairie du 10 arrondissement de Paris est déposée entre son fils Jean et la juive Annette. Opposé à ce mariage, le père de Jean dénonce Annette Zelman aux autorités :

«  (…) Les parents de Jean Jausion désireraient de toute manière empêcher cette union, mais ils n’en ont pas le moyen. J’ai en conséquence ordonné comme mesure préventive l’arrestation de la juive Zelman et son internement dans le camp de la caserne des Tourelles. » note du chef du service des Affaires juives de la Gestapo à Paris, Theodor Dannecker.

Annette est arrêtée le 23 mai 1942, la fiche de police  indique  : « Écrouée au dépôt de la préfecture de police du 23 mai au 10 juin. »

La vie de Jean bascule avec celle de sa fiancée. Son père se rend compte trop tard des conséquences... Jean contacte une avocate, amie de son père, qui lui conseille de ne pas chercher a voir Annette et de s’engager par écrit a ne pas l’épouser.

«  Les deux futurs ont déclaré par écrit renoncer a tout projet d’union conformément au désir du Dr H. Jausion qui avait souhaité qu’ils en fussent dissuadés et que la jeune Zelman fut simplement remise a sa famille sans être aucunement inquiétée. ».

La comtesse de Sallembier va tout tenter pour faire libérer la jeune fille; la réponse négative et définitive qui lui est faite évoque le grave motif d'un projet de mariage entre non-juif et juif.

Anne-Laure rencontre Hubert Jausion ; qui évoque les ''inconvénients des mariages mixtes'', la mère de Jean parle de cette ''chiksa'' comme d'une fréquentation déplorable, une ''dévergondée''. Pour les parents du jeune homme, ce mariage est une déchéance sociale et raciale. Ils ne souhaitent pas que l'on fasse de mal à la demoiselle.... sauf que, le nazi Theodor Dannecker, suit avec fébrilité tous les cas de '' mariages mixtes '' et de conversions, en progression constante depuis 1940, qui parviennent a sa connaissance et qu’il interprète comme le fruit d’une '' stratégie juive ''.

 

Fâché avec son père, Jean rejoint la famille d’Annette qui s'est réfugiée à Limoges. Il écrit un roman. Un homme marche dans la ville, qui va paraître en 1945 chez Gallimard

Annette Zelman est envoyée au camp des Tourelles du 10 au 21 juin ; transférée en Allemagne, elle embarque le 22 juin dans le convoi n° 3 avec elle, 934 hommes et 65 autres femmes . Direction Auschwitz. Deux jours plus tard, le train arrive à destination. 80 % seront immédiatement gazés ou tués dans les trois semaines suivantes. Annette, elle, décédera trois jours après son arrivée.

Jean Jausion va s’engager dans la Résistance, il participera à la Libération de Paris, puis sera tué en Allemagne, le 6 septembre 1944, alors qu’il s'y trouvait comme correspondant de guerre du journal Franc Tireur.; à la découverte des camps de concentration ; dont celui d'Auschwitz, où il espérait pouvoir retrouver sa fiancée.

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1942 - Rencontre avec Fernand de Brinon – Ecole des cadres

Publié le par Régis Vétillard

Fernand de Brinon

Fernand de Brinon ( 1885, fusillé en 1947) est le représentant « du gouvernement français dans les territoires occupés » ( une sorte d'ambassadeur de Vichy en France ! ). Son siège est l'hôtel de Breteuil de Paris, 12 avenue Foch.

Lancelot est reçu selon des apparences toutes cordiales avec des, « cher ami.... », « votre chère maman... », « parlez-moi de vos soirées vichyssoises... » et avec une allusion aux rumeurs sur les nombreux espions qui s'y trouveraient. Enfin, sur le ton de la confidence, de Brinon trouve regrettable que des services secrets français s'en soient pris à de nombreux agents français de l'Abwehr.. ! - Savez-vous que ces activités renforcent l'hostilité des allemands à notre égard. Lancelot se montre très prudent : il ne réagit pas aux propos sur le colonel d'Alès ; et répond que son souci se porte sur la mission que lui a confié le Secrétariat général à la Jeunesse ( SGJ) ...

Il s'agit, donc, de faire un état des associations de jeunesse en zone occupée; le gouvernement souhaite en étudier les possibilité de développement.

Fernand de Brinon vante la collaboration, et la place de la France dans la nouvelle Europe, avec '' ses pâturages, ses troupeaux, ses vergers ; l'attrait du tourisme et le prestige du luxe, l’œuvre du paysan et celle de l'ouvrier...'' etc..

Certes, reconnaît-il, la jeunesse doit, à Vichy comme à Paris, se pénétrer d’un certain nombre de valeurs morales, se pétrir de la culture du chef, obéir à une rigoureuse formation physique, s’accommoder d’une hygiène de vie et de canons de virilité extrêmement stricts, bref, donner naissance à l’homme nouveau que nous appelons de nos vœux....

L'Allemagne nous en donne l'exemple, mais, pour être franc, elle se méfie de la multiplicité des mouvements que promeut Vichy ; une jeunesse européenne, unique serait idéale...

Le SGJ s’est installé dans un vieil hôtel du faubourg Saint-Honoré.

Lancelot comprend bien vite, que si Vichy, considère les mouvements de jeunesse, comme « les véritables animateurs de la Révolution nationale » ; les ''collaborationnistes '' ont une vision plus idéologique et stratégique ; à l'image des Jeunesses Populaires Françaises de Doriot qui proclame que « la jeunesse doit être une » pour être forte. Unir les mouvements de jeunesse, contre l'avis de Vichy, est l'idée défendue par Georges Pelorson.

JPF - Jeunesse avec Doriot -1943

Lancelot reçoit diverses accréditations pour aller visiter et questionner des associations à orientation autoritaire comme les ''Jeunes du Maréchal '' , ou l' '' Union générale des étudiants de Paris.'' Il pourra rencontrer Roland Goguillot ( un ancien militant trotskyste), pour les JNP, les jeunes du RNP de Marcel Déat. Tous ces gens tiennent en peu d'estime l'entourage du Maréchal, qu'ils considèrent comme bourgeois, conservateur et clérical.

Jacques Bousquet, professeur de lettres au lycée Voltaire, fondateur du mouvement "Les jeunes du Maréchal" a été détaché le 25 octobre 1941 comme directeur de des écoles nationale des cadres supérieurs pour la zone occupée.

 

En juin 1941, 4569 stagiaires sont passés par les Ecoles nationales ou régionales de la zone occupée ; leur fonctionnement n'est pas favorisé par l'occupant.

L’école du Château de Madrid est transférée à celui de la Chapelle-en-Serval ( confisqué à des juifs) , près de Senlis. Elle est inaugurée par Georges Lamirand le 4 janvier 1942. Lancelot a souligné dans ses notes la remarque suivante : - Cette propriété confisquée à une famille juive, recevait déjà les cadres du mouvement scout israélite, promotions que l'on nommait '' Montserval'' .

Lancelot prépare la tournée que doit faire Dunoyer de Segonzac ( Uriage) dans la zone Nord. Ce dernier, ne se reconnaît pas dans la nouvelle école nationale transférée à la Chapelle-en-Serval et ouverte par Bousquet, il retrouve en revanche dans les autres écoles (Montry, Saint-Germain-en-Laye…) des anciens élèves de Jean Jousselin ( pasteur protestant et responsable scout) avec qui il continue à partager un même esprit. Jousselin avait ouvert la première école de cadres de l'île de France au château de Sillery ; puis il perdit son poste du fait de son soutien aux juifs.

L'école de la Chapelle-en-Serval, devient un haut-lieu de propagande nazie. Il ne s'agit plus de la ''Révolution Nationale'', mais comme l'écrit '' Je suis partout '' d'une « révolution nationale et sociale Européenne.''

L’École des cadres d’Uriage demeure la plus réputée, elle fut un laboratoire de ce qu'aurait pu être ''la Révolution nationale'', elle expérimente un mode de vie original, fondée sur le lien nécessaire entre savoir théorique et pratique, sur la critique du libéralisme et de l’individualisme, au profit de valeurs communautaires, de la mise à l’épreuve physique et sportive et surtout d’une formation spirituelle pétrie de catholicisme social, qui emprunte largement au personnalisme chrétien et à Emmanuel Mounier, lui-même.

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1942 – Marcel Légaut.

Publié le par Régis Vétillard

Anne-Laure et Lancelot quittent à regret le '' philosophe paysan ''; mais, c'est pour un autre '' paysan '' qui à l'inverse, est un universitaire et un autodidacte de l'agriculture.

Quand Lancelot, avec Elaine, avaient rencontré Marcel Légaut (1900-1990), il était professeur de mathématiques, enseignant à la faculté de Rennes ; et animateur d'une sorte de communauté chrétienne, rue Léo-Delibes ; là, ils y avaient croisé Mounier et Teilhard de Chardin.

 

Depuis novembre 1940, Marcel Légaut, s'était marié, et installé aux Granges de Lesches, près de Lucen-Diois. Il est devenu berger d'un troupeau d'ovins. Autour sont des champs de lavande, des arbres fruitier et des cultures d'auto subsistance.

Sans l'aide de son voisin, ils n'auraient pas survécu. Il a pensé concilier un enseignement à Lyon, avec son installation, mais les conditions de transport ne le permettent pas...

Le pourquoi de cette rupture avec sa vie d'avant, tient beaucoup à l'expérience de la guerre, de la hiérarchie, de l'autorité qu'il eut du mal à assumer comme officier.

Il a proposé par divers courriers à Vichy une demande de ''mis en disponibilité'' pour un projet intitulé ''Essai d'un enseignement supérieur professé dans le cadre d'une vie paysanne'' qui partagerait la journée d'un étudiant entre travail dans l'exploitation et cours d'enseignement supérieur.

Actuellement, ils ont réussi à achever à peu près l'installation de deux maisons d'habitation et la construction de deux autres. Et, une quinzaine de personnes y ont vécu l'année.

Lancelot comprend vite que peuvent aussi être hébergées des personnes victimes des lois raciales ou oppressives.

 

Marcel Légaut porte ce qu'il considère comme une question cruciale aujourd'hui, celle du sens de la vie, de l'espoir pour l'avenir. Il focalise son attention sur l’histoire singulière du sujet comprise comme un cheminement intérieur.

Ainsi, nous dit-il, l'Evangile n'est pas un recueil de textes liturgiques... Il n'est pas l'appui d'un enseignement doctrinal, il n'est pas non plus un recueil d'histoires où la sentimentalité domine... Il n'est pas un livre à l'usage des prêtres... C'est un livre pour une méditation personnelle et quotidienne, en rapport étroit avec la vie de chacun.

Vivre la communauté, ici, c'est se prendre en charge, être à l'écoute de l'appel de Dieu en soi et hors de soi. Ensemble partager la lecture de l'Evangile et savoir marier foi et intelligence critique et être ainsi à même de situer sa fidélité à Jésus à un tout autre niveau que son appartenance à l'Église.

Il convient de « partir de soi et trouver par un effort d’intériorité sa liaison avec le Tout ».

Il a renoncé, dit-il, à un savoir absolutisé et sacralisé sur l’identité de Dieu; «  ce qui m'intéresse c'est la relation de communion entre le mystère de ta personne et le mystère du Tout Autre. »

Marcel Légaut se méfie autant d'une lecture fondamentaliste de la Bible, que d'une exégèse savante qui serait spirituellement stérile.

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