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Les légendes du Graal
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La Gnose de Princeton – 1

21 Octobre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Ruyer, #Sciences

Quelques temps après le retour des Etats-Unis d'Elaine et Yvain, et après leur visite à Nancy, nous découvrons en vitrine de librairie, le livre de Raymond Ruyer, titré '' La Gnose de Princeton ''.

Nous nous y sommes précipités.

Nos première réactions concernait le titre, pourquoi ''Gnose'', à notre avis, dévalorisant et trop marqué religion , ce qui finalement s'avérait volontaire, puisque le sous-titre était '' Des savants à la recherche d'une religion ''. Nous nous attendions à que le contenu soit annoncé, comme nettement plus scientifique que métaphysique, et encore moins religieux!

Ce sous-titre laisse t-il entendre que ces savants ''gnostiques'', sans le vouloir ou sans l’admettre, redécouvriraient sous une autre forme des intuitions anciennes, celles des gnostiques, mais cette fois par le biais des mathématiques et de la physique ?

Nous savons que Ruyer n'est pas religieux.

Ces titres, à notre avis, jettent l’ambiguïté sur certaines approches scientifiques contemporaines.

Ce malaise ne va pas nous quitter tout le long de notre lecture: pas de références explicites à des travaux scientifiques, trop peu de noms et de citations référencées. Tout le long de l'ouvrage l'auteur se réfère à la science de ces ''gnostiques'', sans les nommer.

Finalement, nous retrouvons un certain ton ironique propre au personnage. Il présente son livre comme une ''fantaisie intellectuelle'', dont il ne faudrait pas tout prendre au sérieux. Ruyer a prêté le flan trop facilement à ceux qui le condamnaient à l'avance...

A moins... A moins que Ruyer ait souhaité prendre à revers une certaine intelligentsia en matière de philosophie des sciences, pour exposer un certain nombre d'idées à l'intérieur d'un scénario impliquant une société semi-secrète ( qui aurait pu s'appeler aussi le Cercle de Pantemos ).

La Gnose de Princeton de Ruyer - Sommaire

 

Néanmoins, nous prenons ce livre au sérieux. Il présente une nouvelle perspective sur la science et une nouvelle articulation de la matière et de l’esprit.

L'ouvrage n'est pas facile à lire, cependant il va être un succès, et édité en poche en 1977. Entre les qualificatifs qui le présentent comme visionnaire par certains, excentrique par d'autres, nous considérons qu'il est stimulant pour la réflexion.

Ruyer tente de montrer que les découvertes scientifiques de l'époque, notamment dans le domaine de la physique, ne peuvent être complètement saisies sans une compréhension plus profonde de l'âme humaine, et des structures de l'esprit.

La science est matérialiste, c'est à dire que la réalité première est la matière. C'est de la matière que serait venu l'esprit... Pour Ruyer, la science, elle-même aujourd'hui, réfute le matérialisme.

 

La réalité se découvre avec un ''dehors '' ( la Matière) et un ''dedans'' ( la conscience). Découvrir le dedans à partir du dehors (qu’étudie la science), c’est « remettre la science à l’endroit » selon Ruyer.

Ruyer ne se fonde que sur la science... La science, à la différence de la religion ou de la pensée de Teilhard par exemple, ne parle pas de Christ, ou de Salut .. Elle déchiffre la pensée primordiale dont l’univers est le langage.

Le "dedans" (l'intériorité, la conscience, l'expérience subjective) doit être réintégré au ''dehors '' dans le monde tel qu'il nous apparaît avec ses lois physiques et ses structures rationnelles: et c’est « remettre la science à l’endroit ».

Penser à l'envers, c'est - Considérer la pensée et la conscience comme de simples produits de la matière, sans autonomie propre - Penser que l’univers est uniquement régi par des lois aveugles ( hasard et nécessité) - Séparer la perception, du sens et de l’intentionnalité dans la constitution du réel.

Penser à l'endroit, c'est -Reconnaître que la conscience est un élément fondamental de la réalité. - Intégrer une organisation immanente dans l'étude du vivant. - Concevoir la science comme un outil de description du dehors, et du dedans du monde.

 

Il s'agit d'admettre que : côté « envers », le savant en sait infiniment plus sur la chauve-souris que le chauve-souris elle-même. Mais, côté « endroit » de la chauve-souris, la chauve-souris le connaît mieux que personne au monde.

Raymond Ruyer conclue: « ça pense » dans l’univers, puisque je pense !

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Raymond Ruyer et son temps

16 Octobre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Conscience, #physique

Avant de revenir à Raymond Ruyer, et à la vaste documentation que lui ont remise Yvain et Elaine; je vais m'intéresser aux scientifiques et philosophes qui ont participé par leur influence à ce courant que l'Université - un peu plus en France - tend à déconsidérer, parce qu'ils n'hésitent pas à faire cas de questions considérées métaphysiques.

 

Sur le campus de l'Université de Princeton, l'IAS ( Institute for Advanced Study ) se veut indépendant. Fondé en 1930, par des mécènes, il veut fournir un espace de recherche et de réflexion pour des chercheurs de haut niveau, indépendants des contraintes académiques traditionnelles. Albert Einstein, Alan Turing, J. Robert Oppenheimer, John Wheeler y ont travaillé; et actuellement l'IAS reste renommé pour son département de mathématiques, qui a attiré certains des plus grands mathématiciens du XXᵉ siècle, y compris John von Neumann (1903-1957) et Hermann Weyl (1885-1955).

John von Neumann est l'inventeur de l'architecture de l'ordinateur moderne. Il est aussi l'un des fondateurs de la '' théorie des jeux '', qui est maintenant une branche fondamentale de la théorie économique et de la psychologie comportementale. Hermann Weyl, a développé la géométrie riemannienne et de la topologie. Il est connu pour ses travaux sur les espaces de fibre et la géométrie des espaces de dimension supérieure. Il a cherché à relier la mathématique pure à des concepts philosophiques. Dans ses écrits, il a souvent abordé des questions concernant la nature de la réalité et la perception humaine...

 

La manière dont notre cerveau produit la conscience demeure largement inexpliquée; aussi la conscience reste l'objet de l’un des plus grands mystères de la science. Une structure biologique complexe, peut-elle créer la conscience, cette expérience subjective et intangible ?

Gerald Maurice Edelman ( 1929 - 2014) est un biologiste américain. Il préconise de ne pas tomber dans le piège d’un cerveau conçu comme un ordinateur et met l’accent sur son développement dynamique et adaptatif.

Plusieurs scientifiques et penseurs remettent en question l'idée que la conscience soit un simple produit du cerveau. Ils suggèrent qu'elle pourrait avoir une dimension non locale et universelle, s'inscrivant dans une réalité plus large que le cerveau biologique.

En ces années 70, Sir John Eccles ( prix Nobel de médecine 1963) pense que l’esprit est indépendant du cerveau, mais interagit avec lui via des mécanismes subtils au niveau des synapses

Karl Pribram avec le physicien David Bohm, suggèrent que la mémoire et la conscience émergent d’un champ d’information non local. On pourrait citer encore: Roger Sperry, Francisco Varela, Wilder Penfield ...

 

Thomas Nagel, philosophe américain né en 1937, connu tout récemment pour son célèbre article "What is it Like to Be a Bat?" (1974), où il critique les approches matérialistes de la conscience; un réductionnisme qui tente d’expliquer la conscience uniquement par l’activité cérébrale.

Il existe, dit-il, des "vues subjectives" qui ne peuvent être entièrement comprises par des descriptions objectives. Même si nous comprenions scientifiquement son cerveau, nous ne saurons jamais ''ce que ça fait d’être une chauve-souris''.

Je pourrais parler aussi de Arthur Koestler, dans, son livre "The Ghost in the Machine" (1967) il explorait des idées liées à la conscience et à la nature de l'esprit, influençant les discussions sur le panpsychisme. Son titre fait référence au dualisme cartésien qui sépare l'esprit et le corps.

Koestler propose le concept de "holon", il désigne une entité à double nature: à la fois un tout ( une unité) et une partie d'un ensemble plus vaste. Exemples: une cellule, un individu... Cela fait penser à la théorie des monades de Leibniz (1646-1716) et à toute organisation, dont les parties et le tout s'articulent dans une dynamique évolutive.

 

Charles Hartshorne (1897-2000) est un philosophe et théologien américain, influencé par Alfred North Whitehead et sa philosophie du processus. Il rejette la vision classique d’un monde composé de substances fixes. Chaque entité est un événement, une expérience, et non un simple objet figé.

La conscience elle-même est un processus dynamique, évoluant constamment. Et Dieu, est l'image d'une conscience suprême, qui intègre et ressent toutes les expériences de l’univers; et la conscience humaine participe à une réalité plus large.

 

Fritjof Capra (physicien américain né en 1939-) : Dans son livre Le Tao de la Physique (1975), Capra explore les liens entre la physique moderne, en particulier la physique quantique, et les anciennes traditions mystiques (comme le taoïsme, le bouddhisme, et d'autres philosophies orientales). Capra souligne des parallèles possibles entre les découvertes modernes sur la nature de la réalité et certaines conceptions spirituelles et mystiques de l’univers, selon laquelle la vérité profonde de l'univers peut être expérimentée par une forme de connaissance intuitive ou spirituelle.

 

La physique est en plein développement, et en reconversion.

Stephen Hawking et Roger Penrose

Nous observons avec grand intérêt, les début des recherches entreprises par Stephen Hawking (1942-2018). Après avoir obtenu son doctorat, et malgré son handicap, Stephen est devenu chercheur à Gonville and Caius College de Cambridge. L'étude des singularités, concept physique et astronomique récent, lui permet de développer différentes théories, qui le mèneront plus tard du Big Bang aux trous noirs. En premier lieu, Roger Penrose (1931- ) et Stephen Hawking construisent la structure mathématique répondant à la question d'une singularité comme origine de l'Univers. Ensuite, à partir des années 1970, Hawking approfondit ses recherches sur les densités infinies locales, et ses études sur les trous noirs ont fait progresser bien d'autres domaines. Enfin, la théorie du tout, visant à unifier les quatre forces physiques, est au centre des dernières recherches de Hawking. Le but est de démontrer que l'Univers peut être décrit par un modèle mathématique stable, déterminé par les lois physiques connues, en vertu du principe de croissance finie, mais non bornée, modèle auquel Hawking a donné beaucoup de crédit.

En 1974, Hawking est l'un des plus jeunes membres élus de la Royal Society.

Penrose défend une vision platonicienne des mathématiques: « j'imagine que chaque fois que l'esprit perçoit une idée mathématique, il prend contact avec le monde platonicien des idées […] Quand nous « voyons » une idée mathématique, notre conscience pénètre dans ce monde des idées et prend directement contact avec lui. » ( dans L'Esprit, l'ordinateur et les lois de la physique)

 

En France, Gilbert Simondon (1924-1989) est reconnu comme un philosophe de la technique. Il insiste sur l'idée que la connaissance ne se déploie pas de manière linéaire ou stable, mais au contraire, elle est marquée par des ruptures, des transformations et des mutations.

Les techniques et les savoirs techniques se développent progressivement, selon un principe de mécanisme relationnel, qui déstabilise les approches réductrices (mécanisme, réductionnisme ou structure statique). Simondon met en avant un processus d’individuation, où les individus (qu'ils soient biologiques ou techniques) sont pris dans des relations d’émergence qui vont au-delà d’une simple mécanique déterminée. Pour lui, les formes et les concepts, ne sont pas préexistants, ils sont individuellement produits à travers un processus d’interactions et d’adaptations avec les réalités matérielles et sociales. Il propose une réflexion sur des systèmes complexes, où les éléments interagissent dans des processus de coévolution.

 

Gilles Deleuze (1925-1995) ajouterait que l’individuation n’est pas simplement le résultat d’un processus physique ou biologique (comme chez Simondon), mais aussi une force créatrice et transformatrice qui déstabilise et crée en permanence de nouveaux possibles.

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L'approche de Suzanne Bachelard

11 Octobre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Sciences, #Bachelard

A son retour de Nancy, Yvain est surpris d'être convoqué à l'Institut d'Histoire des Sciences et des Techniques (IHST) de la Sorbonne situé au 13, rue du Four, pour rencontrer sa directrice ( depuis 1971, à la suite de Georges Canguilhem), Suzanne Bachelard (1919-2007) : Philosophe et épistémologue, et fille de Gaston Bachelard.

Suzanne Bachelard avec son père Gaston

Elaine a entendu parler d'elle. Il est coutume de dire que Georges Canguilhem, avait une approche plus ouverte sur l’indéterminisme, la complexité ou l’émergence de formes d’organisation non strictement mécanistes. De plus, dans ces années 1970, des courants émergents comme la théorie des systèmes, la cybernétique et les sciences cognitives commençaient à remettre en question une vision trop rigide de la rationalité scientifique.

Pourtant, l'approche de Suzanne Bachelard reste fortement axiomatique et rationnelle, notamment influencée par la logique mathématique et la philosophie analytique. Son travail sur la logique formelle et les mathématiques intuitionnistes (inspirées de Brouwer et Gödel) montre une fidélité à une vision structuraliste et mécaniste du raisonnement, laissant peu de place aux spéculations métaphysiques.

Yvain ne cesse pas d'être étonné, quand Suzanne Bachelard se montre informée de son voyage aux Etats-Unis, et à Nancy.

Elle dit ne pas être opposée aux communications entre Raymond Ruyer et l'IHST; mais....

Suzanne Bachelard, comme son père, dit-elle, croit que la science n’était pas seulement un ensemble de faits, mais qu’elle est aussi un processus de construction de la vérité. Comme son père, elle s'intéresse à la notion de rupture épistémologique dans la science. Comme Ruyer, elle cherche à comprendre comment la science évolue et comment les modèles scientifiques influencent notre compréhension du monde.

Cependant, elle tient à exprimer des divergences qui méritent, dit-elle, d'être soulignées:

La science n’est pas un terrain où l'on peut se permettre de glisser dans une ontologie aussi abstraite que le propose Ruyer. La science avance par la réfutation, par des méthodes rigoureuses et par l’évolution des savoirs. Certaines théories, bien que séduisantes d’un point de vue intellectuel, semblent déconnectées des réalités scientifiques que nous connaissons.

Elle fait référence à cette '' idée d'information consciente '' dans des structures matérielles. Ce genre de réflexion ne semble pas être une approche épistémologiquement saine. « Ne nous égarons pas dans un domaine où la pensée pure prend trop le dessus sur la réalité des données. »

Précisément, objecte Yvain, n'est-ce pas le rôle de la philosophie, de s'interroger sur les faits eux-mêmes. La science, loin de n’être qu’un ensemble d’observations et de lois purement mécaniques, est aussi une manière de structurer l’information qui constitue l’univers. Et c’est justement ce que propose Ruyer: que l’information soit le fondement même de toute réalité.

La matière se réduit-elle à ce que l’on touche, à ce que l’on mesure? Quelle place ont la conscience et l'information parmi les propriétés des vivants? Ne vont-elles pas au-delà, dans toute la nature ?

Suzanne Bachelard répond: - penser de la conscience dans la matière, n'est-ce pas là une dérive métaphysique ? Nous devons nous en tenir aux observations concrètes de la science.

Yvain évoque la ''rupture épistémologique'' concept introduit par Gaston Bachelard, et appelle à une remise en question d'une conception linéaire et mécaniste des choses. La science a toujours été dans une démarche de réduction ( en décomposant les phénomènes complexes en éléments plus simples ) et de spécialisation, mais c’est là qu’elle se heurte à ses propres limites.

Nous devons dépasser le stade de la mécanique newtonienne, pour exploiter les découvertes récentes en biologie, en physique quantique, ou en cybernétique, qui montrent que la réalité elle-même est un enchevêtrement complexe d’informations en constante transformation.


 

Seulement, ce débat de nature épistémologique et qui intéresse la philosophie spéculative; n'en reste pas là. Et, la directrice de l'IHST va se montrer beaucoup plus directive...

Voilà ce que j'en ai compris. Elle en appelle à la responsabilité des intellectuels, dans un monde chaotique... Elle va relever le danger d’un savoir non maîtrisé et mal interprété, par le public.

Suzanne Bachelard insiste sur l’exigence d’un dépassement des expériences individuelles en science, tandis que Ruyer met en avant l’expérience vécue et la subjectivité comme fondement du sens. Elle ne croit pas et dit craindre une vision cybernétique du monde, une sorte de réseau d’intelligences interconnectées, sans régulation.

Elle conteste l'ordinateur comme outil d'émancipation, s'il devenait individuel. Que pourrait-il se passer si ,comme Ruyer l'avance, l’information et l’intelligence n'étaient pas reconnues comme simplement des données mécaniques, mais des structures porteuses de finalité ?

Plus clairement, la directrice demande à Yvain et à Raymond Ruyer, d'empêcher la diffusion de documents, même à teneur scientifique, que n'auraient pas validés les responsables de l'Université de Princeton. Si tel était le cas, cette ''Gnose '' serait fortement désavouée par l'Université française, et vaudrait à ceux qui la défendraient la relégation dans un mysticisme de mauvais aloi !

 

Vous êtes peut-être étonnés de la réaction de la fille de Gaston Bachelard, devant la tentative de la philosophie de la science à admettre un nouveau paradigme scientifique de plus en plus formalisé par les scientifiques eux-mêmes

Mais je rappellerai l'anecdote que Michel Serres a rapportée alors qu'il présentait la deuxième partie de sa thèse, en 1968.

Dans cette thèse, intitulée "Hermès ou la communication", Michel Serres explore la notion de communication, et en particulier la manière dont celle-ci se manifeste dans les différentes formes de la science et du langage. L’idée fondamentale derrière cette thèse est que la communication est un principe structurant de la société et des sciences.

Dans le jury de la thèse, Suzanne Bachelard jouissait d'une certaine autorité, et avec elle certains membres du jury ont trouvé cette partie trop spéculative et difficilement applicable aux pratiques scientifiques concrètes. Le fait qu'il prenne une approche interdisciplinaire a aussi soulevé des préoccupations sur la rigueur méthodologique, car il était difficile de trouver des connexions claires entre les différentes disciplines qu'il abordait.

Un autre facteur de friction venait du style de Michel Serres, qui était assez personnel et libre, en dehors des canons académiques....

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Raymond Ruyer

6 Octobre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard

Raymond Ruyer 1902-1987

Yvain et Elaine ont été reçus par le professeur Raymond Ruyer à Nancy, dans son bureau de l'université. Il n'a pas été surpris par la raison de leur visite; et n'étant jamais allé à Princeton il était fort curieux de tous les détails qu'ils ont pu lui donner de leur visite.

Ce que je voudrais transcrire ici, ce sont les propres réflexions du philosophe qui ont étayé sa première observation des dossiers qu'ils étaient chargés de lui remettre.

Ruyer a confié les origines de ses convictions actuelles, et comment il est passé d’une pensée structuraliste (où l’être est entièrement défini par sa structure spatio-temporelle) à une pensée plutôt finaliste (où il reconnaît une dimension trans-spatiale et des principes organisateurs qui orientent l’évolution du vivant).

Quand Ruyer a commencé ses études, le sens de sa propre existence ne lui semblait pas être une question pertinente. La religion, Kierkegaard, et même l'existentialisme le choquaient. Le structuraliste qu'il était, avançait que « la forêt serait ce qu’elle est, même si elle comptait une feuille ou un arbre de moins »; c'est à dire que « le monde serait ce qu’il est, même si je n’existais pas... »

Si Dieu nous envoyait dans l'existence, sans notice explicative, c'est qu'il n'y a pas de notice. Il pensait alors que nous pouvons connaître « le côté structural d’une chose, la disposition dans l’espace de ses parties, sa construction et son fonctionnement dans le temps. « Pour comprendre une bicyclette, il suffit de regarder. »

Après avoir lu la physique d'Einstein, il en concluait que tout ce qui existe peut être compris en termes de structures spatio-temporelles. Puis, il va s'écarter de cette vision mécaniste.

A partir de 1950, Ruyer étudie la cybernétique de Wiener et la théorie de l'information de Shannon et Weaver, et propose sa propre philosophie de l'information et du « survol absolu ».

- Et si l'information constituait une propriété fondamentale de la réalité elle-même ? Avec des principes de développement et de formation inscrits dans des formes immatérielles ?

 

En étudiant l’embryologie et la biologie du développement, Ruyer réalise que les formes biologiques ne sont pas contenues entièrement dans l’espace-temps, mais suivent une sorte de plan invisible. Un peu comme si un œuf savait comment devenir un être vivant. Il prend conscience que l’émergence du vivant, ne peut pas être entièrement expliqués par des relations mécaniques entre des éléments matériels. Ce potentiel émerge du système en tant que tel. Il pense à une ''téléologie immanente'' inscrites dans la matière elle-même.

Elaine revient à la ''forme '' d'Aristote, et Ruyer précise que pour lui, la forme est avant tout un principe organisateur immanent dans la matière, mais elle n’est pas équivalente à l'âme dans le sens traditionnel aristotélicien. Il n'assimile pas la forme à un principe vital ou spirituel comme le fait Aristote avec l’âme. La forme serait une dynamique interne qui façonne la matière vivante.

Pour Ruyer, je reprends: La ''forme'' n’est donc pas un principe extérieur ou transcendant qui anime la matière, mais un principe organisateur interne qui guide l’évolution et la structuration des systèmes vivants à travers le temps.

Et Ruyer continue, pour lui, il n'y a pas de raison de s'en tenir au monde physique que nous percevons, l'espace-temps classique... Pour expliquer l'organisation des formes dans le vivant, il propose une dimension non physique – qu'il nomme trans-spatiale – qui n'est pas un lieu, une entité matérielle, mais une structure d’information, une sorte de réserve de potentialités qui guide le développement des êtres vivants.

Qu'est-ce que cela signifie? - Et bien, que les structures biologiques ne sont pas simplement le produit du hasard et de l’évolution darwinienne, mais qu’il existe - selon ses mots - un "thème de développement".

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Le Cercle de Pantemos ( suite)

1 Octobre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Pantemos, #Ruyer

* Autres protagonistes de cette affaire, les financiers et la politique. Ils sont représenté ici, par:

Leon Kums, l'héritier français installé aux Etats-Unis d'une grosse fortune. C'est un esprit brillant, ne craignant pas la provocation intellectuelle. Il croit à l'avenir du Numérique, et perçoit une révolution industrielle ( et son potentiel économique et financier ) en ce qu'elle pénétrera le quotidien du grand public.

Pour l'heure, et pour le grand public, le numérique évoque plutôt les ordinateurs futuristes et l’intelligence artificielle dans des films comme 2001, l’Odyssée de l’espace (1968) ou The Forbin Project (1970).

L'idée de Leon Kums, et celles de plusieurs intellectuels du Cercle, est de trier les informations concernant ces nouvelles théories ( fortes de leur pouvoir immédiat scientifique ) pour ne diffuser que celles qui se concrétiseraient, très prochainement, en objets de consommation.

Ainsi, ils prévoient de faire entrer sur le marché de consommation, des consoles de jeux , des calculatrices électroniques de poche, des lecteurs de vidéocassettes, des moyens mobiles de télécommunication. Il sera donc nécessaire de fournir des microprocesseurs, de la mémoire RAM, de l'affichage à cristaux liquides,, des batteries....etc

De leur avis, il est inutile d'évoquer les applications liées à: l'Intelligence artificielle et réseaux neuronaux, la fusion nucléaire, la Cryptographie, la Mécanique quantique appliquée (effet Josephson, supraconductivité à basse température), la génétique et biotechnologies. Laissons cela à la fiction, et gardons à l'écart les avancées de la recherche, en particulier celles sur d'éventuelles propriétés mentales attachées à des structures fondamentales de la réalité. Contentons-nous de garder la conquête spatiale comme vitrine du ''progrès''.

 

D 'autres penseurs - dont ceux qui ont convaincus Yvain et Elaine, de participer à leur action – militent pour diffuser le plus possible l'intégralité de l'information scientifique. Pourquoi ?

Dans le but: d'éviter de futurs monopoles; de promouvoir l'informatique personnelle comme outil de démocratie, et compter sur la mise en réseau.

Il s'agit de ne pas laisser aux élites financières et politiques le seul accès aux avancées en cryptographie, télécommunications et intelligence artificielle, ce qui leur donnerait un pouvoir immense sur la gestion de l'information. Est sous-jacente la crainte d'une société sous surveillance totale, ( 1984 de Georges Orwell ) , d'une société sous la gouvernance d'une caste dominante, mieux informée et plus performante. Il est important d'éviter l'augmentation du décalage entre les nations, avec un risque accru de conflits géopolitiques: (espionnage, guerre, pression économique), et l'augmentation de la Fracture Est-Ouest.

Il est donc nécessaire de valoriser les échanges d'information entre universités, d'appeler au financement de la recherche publique; et d'utiliser le maximum d'énergies, de compétences, pour préparer la société future dans toutes ses composantes, psychologique, médicale, sociale, éducative...

La grande majorité du Cercle de Pantenos, ont fourni à Elaine et Yvain, un ensemble représentatif de l'état de leur recherche et de leur réflexion, pour les diffuser à partir de la France.

La France est considéré par les intellectuels américains ( sauf par les philosophes dits analytiques ) comme bénéficiant d'une certaine autorité en philosophie. La philosophie des sciences y est représentée par des figures comme Bachelard, Canguilhem et Foucault. On pourrait citer également Deleuze, et Gilbert Simondon... Le Cercle a fourni à Elaine et Yvain, un nom: celui de Raymond Ruyer, un philosophe français connu par le Cercle pour être éloigné de la philosophie analytique anglo-saxonne. Il n'est ni marxiste, ni structuraliste, ni analytique. Il est remarqué pour son intérêt aux questions métaphysiques (finalité, conscience, organisation du vivant), sans-doute plus influent chez les scientifiques ( Henri Atlan, René Thom ...) que chez les philosophes.

Dans les années 1960 puis 1970, en France, il n'est pas bon pour un intellectuel de s'opposer au marxisme et de défendre l'économie de marché. En marge du canon académique, Ruyer ne s'inscrit nullement dans le prolongement du positivisme du XIXe siècle.

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Le Cercle de Pantemos

26 Septembre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Pantemos, #physique, #Conscience

A leur retour de Princeton, à côté de leurs enthousiasme d'avoir rencontré John Wheeler et Jim Peebles; Yvain et Elaine restaient assez mystérieux sur la diffusion prochaine de certaines connaissances qui pourraient ''enflammer nos cerveaux''...

Avant cela, ils devaient effectuer certaines démarches dans la plus grande discrétion. En premier lieu rencontrer un universitaire, professeur de philosophie à l'université de Nancy.

En 1973, je ne savais pas beaucoup plus de cette affaire scientifique, que je vais tenter de vous raconter à l'intérieur d'une ''dystopie''....

 

1 - Quels en sont les protagonistes?

* Le Cercle de Pantemos ( pan qui signifie ''Tout'' et temos, âme en grec ancien) , se réfère dans ses origines à Thalès ( 600 ans avant J.C.): considéré comme le premier physicien, il est un des premiers philosophes grecs à évoquer l'idée que la conscience pourrait être une propriété fondamentale de la matière. Il plaçait l'élément ''eau'' comme principe de vie. Thalès, tentait d'argumenter une compréhension scientifique du monde.

Thalès de Milet - Chronique de Nuremberg

Thalès affirme l'unité de la matière, et pensait que toute chose avait une âme et que cette âme participait de tout l’univers. Aristote ( 300 ans avant J.C.) fait de l'âme la seule force motrice.

 

Je rappelle qu'Aristote a développé la théorie selon laquelle toute chose est composée de matière (hylé) et de forme (morphé). La forme d'une chose inclut son essence ou son âme, mais cette forme n'est pas une entité séparée de la matière. Plutôt, elle est indissociable de la matière et lui donne son existence et sa caractéristique. Aristote voyait l'âme et le corps comme une seule entité indissociable. L'âme n'est pas une substance séparée qui habite le corps, mais plutôt la forme qui anime le corps.

 

Le Cercle de Pantemos n'est pas une société ou un ordre d'initiés. Il regroupe en toute discrétion, des membres cooptés pour échanger sur la part de leurs travaux qui convergent vers certains concepts, qui pourraient suggérer, par exemple, que :

- Les systèmes et leurs propriétés doivent être analysés comme des ensembles, et non simplement comme une collection de parties.

- Une étude interdisciplinaire des systèmes est nécessaire pour mettre l'accent sur l'interaction et l'interconnexion entre leurs parties.

- Des propriétés nouvelles et complexes émergent à partir de l'interaction de parties plus simples.

Et surtout, que: - L'esprit ou la conscience est omniprésent et imprègne toute la réalité.

 

Le cercle de Pantenos n'existe pas de rien, Il est dans le prolongement et parfois en opposition, de sociétés dont nous avons déjà parlé, comme les Cambridge Apostles avec le Bloomsbury Group, ou le Cercle de Vienne . Beaucoup de ces personnalités ont émigré aux Etats-Unis, ainsi le physicien Ernst Mach (1838-1916) ou le philosophe des sciences Rudolf Carnap (1891-1970).

Leurs idées pouvaient s'opposer à celles défendues par les membres du Cercle de Pantemos; par exemple celles qui prônaient une philosophie empiriste et logique ; ou certaines des idées à la mode en ces années 70, comme le structuralisme, avec des figures clés tels Claude Lévi-Strauss et Roland Barthes. Il met l'accent sur l'analyse des structures sous-jacentes des systèmes sociaux et culturels, plutôt que sur les expériences individuelles ou subjectives.

De plus, des penseurs du Cercle de Pantenos, attribuent des propriétés mentales à des structures fondamentales de la réalité. Il s'agit d'une perspective radicalement différente de celle du structuralisme, qui se concentre sur les relations et les structures plutôt que sur la conscience elle-même. Ils sont en opposition également à des ''physicalistes'' qui considère la conscience comme une illusion ou une construction fonctionnelle du cerveau. Il y a débat également avec ceux qui admettent que les propriétés mentales existent, mais seulement comme des propriétés émergentes de systèmes complexes.

 

Pour trouver, actuellement le cœur du Cercle de Pantemos, il faut aller à L’IAS, The Institute For Advanced Study, avec sa maison-mère, Princeton University. L’IAS ne délivre pas de diplômes, ne possède pas d’équipements techniques, mais depuis sa fondation, il a accueilli les esprits les plus féconds et les plus brillants du XXe siècle, quelle que soit leur origine ou leur nationalité : des physiciens, Alfred Einstein, Robert Oppenheimer, Wolfgang Pauli ; des mathématiciens, John Forbes Nash, John von Neumann, etc. Trente-trois prix Nobel à ce jour

La raison ultime de l'IAS, est – disent-ils - la poursuite de la connaissance pour elle-même.

De 1942 à 1951, sous la direction de von Neumann, a été élaboré l’architecture de base de l'ordinateur numérique. L’IAS est le principal centre de recherche en théorie des cordes.

( à suivre, avec les autres protagonistes...)

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Le Saint et le Sacré

21 Septembre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard

En fait, si Lancelot trouvait la réponse de Maurice éclairante; pour lui, elle ne nous permettait que de faire une partie du chemin …

La première partie du chemin, consiste à trouver l'humain; la deuxième partie à trouver Dieu.

Comment trouver l'humain ? Et, cela permettrait-il de trouver Dieu, alors qu'éventuellement, dans l'histoire, cela a consisté à s'émanciper du religieux ? Il semble que ce le fut... Malheureusement, aujourd'hui notre société ( européenne...) est désacralisée. L'humanisme, celui des droits de l'homme, n'est pas l'apanage des chrétiens ; et ceux de la femme, certainement pas de l'Eglise... Jusqu'à sans-doute '' rendre superflu le désir de Dieu '' s'il n'est pas ressenti dans une toute autre dimension...

Je formulerais cette étape, par la proposition: "c'est l'homme qui fait le chrétien", c'est sa conduite qui en fait un saint. Le sacré n'a rien à y faire, on peut être sans religion et être un saint. C'est la voie existentialiste, celle de Camus, parfois. Celle des prêtres ouvriers en partie... non ?

 

Personnellement, je voudrais défendre la deuxième étape, qui n'est pas nécessairement seconde dans le temps d'une vie...

Elle s'articule autour de la proposition: "c'est le Christ qui fait l'Homme" une phrase que j'attribue à Maurice Clavel. C'est à travers le Christ que l'homme trouve sa véritable nature et son but.

- Écartons donc - après ce qu'il vient d'en être dit - du ''sacré chrétien '', toute idée de sacré bigot ou superstitieux, de sacré d’interdit, de peur, de tabou... Le propre chrétien du sacré, c’est de conduire au sacrement et plus encore, au mystère.

Depuis que Dieu s'est fait Homme, depuis sa mort et sa résurrection, depuis le don de l'Esprit à la Pentecôte. Depuis les images - du rideau du Temple qui s'est déchiré, - du tombeau vide: l'humanité à désormais accès au Mystère.

Et ce n'est pas parce que « Dieu est mangé et bu, qu'alors manger et boire sont l'expression d'un acte divin » ( comme disait je ne sais plus qui...)

 

Aujourd'hui, beaucoup d'entre nous vivent une expérience spirituelle déconcertante, celle de '' l'absence de Dieu ''.

Je ne parle pas de l'absence de Dieu, en rapport avec sa négation; c'est tout le contraire... Il faudrait reprendre les mots de Bernanos, de Simone Weil, ou de Clavel....

Et, je dirais, qu'en partie, cette expérience de l'absence de Dieu pourrait révéler des insuffisances des formes religieuses et souhaiter le retour à une véritable expérience du sacré.

 

Le ''sacré'', n'est pas qu'une question catholique; la conscience du sacré marque une rupture dans la perception du monde ( cf toutes les questions autour de la cosmologie...). Le sacré ne concerne pas que des ''objets'', puisqu'il est le désir d'une relation, d'une rencontre.

Si le sacré est parfois objet de tabou, c'est qu'il touche à l'infini, à la vie, à la mort. Le sacré est le cœur d'une recherche existentielle.

Il est vrai que ce ''sacré'', ce signe du divin, j'y suis confronté aussi dans l’immanence : la beauté, le Cosmos, l'humain, l'autre... Mais cette quête du sacré s'adresse, ici, d'abord à la transcendance : - le ''Tout-Autre ''…

Et, la Rencontre du ''Tout Autre '' - directement - dans l'autre, n'est pas donné à tout le monde. Je ne suis pas un saint....

Et si le sens du respect ( je n'irai pas jusqu'à la crainte) s'attache au sacré, c'est qu'il est fragile, intime, mystérieux. Il touche à l'âme.

 

Le sacré assure la médiation de notre relation au divin. Il ne peut se substituer à ce dernier.

Comment peut-on considérer que la Résurrection, la Vie éternelle, la transsubstantiation puissent se passer de tout symbole, de toute médiation ?

Quel meilleur exemple de ''Sacré '', dans notre tradition catholique, que l'Eucharistie ?

'' Eucharistie '' : ou ''rendre grâce'', en particulier de ce moment célébré où a lieu un événement anti-naturel, la transsubstantiation du pain et du vin en corps et en sang du Christ. Il s'agit donc de la sacralité même ! La simple commémoration, la communauté, ne font pas le miracle!

Dans cette liturgie, que préférons-nous valoriser ? - L'assemblée ? Pour ma part, je dirai: le sacré !

Sont considérés comme des marqueurs du sacré : le silence, le respect du mystère, la beauté et des chants et des musiques spécifiquement sacrés... afin d'orienter chacun à une prière personnelle et intime.

La communauté est au service de la relation de chacun à Dieu ; elle n'est pas un objectif en soi. Elle m'aide si elle est petite, bienveillante, respectueuse de l'intimité de chacun. Elle m'aide, si elle m'aide à la relation avec le mystère divin.

 

Au début, nous parlions de la baisse des vocations...

Que penser de la nature du ''sacerdoce '' ( "sacer" (sacré) et "dotium" (charge, don) ). Le prêtre serait-il un être à part, intouchable ( jusqu'à la justice des hommes... ?) Évidemment, non !

En quoi est-il ''sacré'' ? Je dirais : au seul moment du renouvellement du ''sacrement'' : à ce moment : est sacré tout ce qui entoure de près le sacrement : le lieu, le temps, les objets et les personnes...

A mon avis, hors les sacrements, les clercs ne peuvent revendiquer aucun statut particulier, sinon celui de leur engagement pris au service de l'Eglise. Hors les sacrements, pas de ''Monseigneur'', pas de ''Père'' ; leur seul devoir, comme tout Humain, c'est de promouvoir la valeur de la personne humaine ( de plus « à l'image de Dieu »), et comme prêtre, de montrer le chemin vers la Transcendance... Pour ce qui est de la gestion administrative ( profane) de l'Institution, les laïcs pourraient s'en charger...

C'est un abus, que des religieux utilisent le sacré, pour se protéger, et exercer un pouvoir du fait de leur statut... C'est un abus, d'utiliser le sacré, pour discriminer et diviser l'humain, je pense aux interdits sur les petites filles et les femmes...

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L'Eglise et le sacré

16 Septembre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Sacré, #1974, #Vatican II, #Sacerdoce

Son ami et prêtre Maurice Maillard, est venu visiter Lancelot à Fléchigné, pour trois jours. Il fait partie des rares amis que Lancelot revoie régulièrement, et avec un réel plaisir. Ils arrivent à manier humour, sérieux, et dispute sur des sujets religieux et même politiques.

Je rappelle que Maurice Maillard était ce prêtre jésuite, début des années 50, qui avait été autorisé par le provincial à accompagner Lancelot dans sa mission ''politique'' au Vatican.

Avant Vatican II

( cf: Années 50 – Un parti chrétien a t-il du sens ?)

Lancelot fait part à Maurice Maillard, des résultats d'une enquête sur l’état du catholicisme français réalisé par la SOFRES en septembre 1974 et publié dans un numéro du Pèlerin. Un des points saillants est la chute de la confession. En 1952, plus de la moitié (51 %) des adultes catholiques déclaraient se confesser au moins une fois par an. Ils ne sont plus que 29% (1974). Ceci pour ceux qui restent fidèles à l'Eglise; et à cela s'ajoute la chute des vocations....

- C'est vrai; et cela correspond aussi à une pratique religieuse qui se doit d'être volontaire, et non pour répondre à une pression sociale, à de vieilles habitudes ou par crainte de Dieu...

Confession et communion, sont déconnectées, peut-être aussi du fait d'une plus juste conception du ''Salut''... La peur de l’enfer n'a t-elle pas été, pendant longtemps, l’un des principaux moteurs de la confession?

On peut ajouter, encore, qu’Humanae vitae en 1968 qui '' affirmait que l'utilisation de méthodes contraceptives artificielles est contraire à la loi morale naturelle et à la doctrine de l'Église '' a porté de cette manière un coup mortel à la confession...

1970

Ne peut-on pas incriminer la trop discrète présence des prêtres ? Déjà, ils ne se distinguent plus des autres chrétiens... Il ne nous parle pas de Dieu, mais de l'homme... ?

- A mon avis, répond Maurice, tu as raison d'interroger le ministère des prêtres. Qu'est-ce qu'un prêtre ? Le prêtre est-il un ''super-chrétien'' ? Je ne le pense pas...

Maurice propose que l'on s'interroge d'abord sur les besoins de la communauté chrétienne, avant de regretter le statut du prêtre tel qu'il était... Il regrette que le Vatican n'aille pas plus loin, sur la voie dans laquelle le Concile l'avait engagé...

- Pourquoi, dit-il, ne pourrait-on pas dissocier la ''présidence de l'assemblée '' de la ''présidence de l'Eucharistie'' ; déjà pour une raison qui touche les femmes. Les femmes étant excluent de la présidence de l'Eucharistie, elles sont également excluent de responsabilités dans l'Eglise, ce qui a pour effet de marginaliser les femmes...!

Bien-sûr, ajoute Maurice, nous savons que la vraie grandeur devant Dieu, ne provient pas de la place dans la hiérarchie de l'Eglise...

Nous pourrions évoquer aussi, la possibilité pour une petite communauté chrétienne, de pouvoir fonctionner, en partie, sans prêtre ...

Enfin, concernant le célibat des prêtres... Peut-on prouver que le '' charisme du célibat '' favorise une présidence efficace et évangélique d'une communauté ? Un homme marié mûr qui a fait ses preuves, serait-il moins apte au sacerdoce qu'un jeune homme sans expérience ?

Je ne pense pas, conclue le père Maillard, que l'attachement à un passé traditionnel, soit la bonne réponse à la crise actuelle. Au contraire, à mon avis, la constitution Lumen Gentium de Vatican 2, qui introduit l'idée que l'Église est le "peuple de Dieu", et invite les fidèles à une participation active pendant la liturgie, nous donne la direction pour surmonter cette crise....

- J'aimerais te croire – l'avenir nous le dira – répond Lancelot.... D'autant que les questions que tu soulèves à juste titre, devraient déboucher sur les réponses que tu esquisses et que tu sembles déduire des réformes que proposent le Concile. Le pire ne serait-il pas de rester au milieu du gué...?

 

J'aimerais te provoquer sur un autre versant de la question... La question du ''Sacré ''…Je ne sais comment la poser...- L'Eglise a t-elle une mission à remplir dans le domaine du sacré?

Cette mission, ne s'arrête pas à l'éducation de la foi, ni à la liturgie !

Maurice réfléchit....

- La foi chrétienne ne s’accommode pas d'un '' vague divin '' … Et, te connaissant je sais que tu n'entends pas '' sacré '' dans le sens d'un mysticisme d'évasion, ou de celui de quelque festivité new-âge... Parlons du sacré qui oriente au Dieu de Jésus-Christ.

La mission de l’Église serait d'élever le besoin de sacré aux désir des sacrements.

Lancelot réagit: - Elle devrait donc se garder de rabaisser ce temps sacramentel à une ''festivité '' vaguement religieuse... !

Maurice reprend: - le sacrement fait référence au Christ, à son existence historique par ses paroles et ses gestes, et à sa présence vivante dans l'Eglise par l'intégration dans une communauté. Le sacré doit garder le lien avec le sacrement.

Dans l'esprit de beaucoup de gens, la demande de sacré présuppose, l'existence d'un personnel sacré, de lieux sacrés, et de cérémonies solennelles...!

 

Pour nous chrétiens, catholiques en particulier, une réflexion autour du sacré, peut nous permettre de mieux comprendre les enjeux du Concile. - Oui, Vatican 2 renverse les perspectives.

Le mot ''sacré'' signifie mise à part, un lieu sacré serait en retrait du monde, inspirant ( éventuellement) la crainte... L'espace pour Dieu serait-il donc le signe de séparation d'avec l'humain ?

Le danger était que le ''sacré '' qui investissait les lieux, les objets, les fonctions... investisse de fait, l'image que nous nous faisons de Dieu.

Vatican 2, privilégie '' le saint '' au '' sacré'' . Si le sacré instaure une séparation, la sainteté propose une relation à Dieu: « Soyez Saints parce que Je suis Saint » ( LV 19,2).

Le sacré peut faire obstacle à la proximité de Dieu. On laisse penser que seuls des rituels , et des personnes, ''sacrés'', pourrait nous permettre d'accéder au divin... La conversion pèse davantage que le rite. Ne serait-il pas préférable de se déprendre de ''l'objet'' du sacré, pour le ''sujet'' de la sainteté.

La simplification du rite, l'utilisation du français, l'homélie, les échanges communautaires concourent à un fraternel rassemblement autour de l'Eucharistie.

Mais, je comprends que certains puissent regretter une banalisation de la liturgie en un type de réunion ordinaire, sans ouverture à la transcendance.

Par contre, je m'interroge lors d'une liturgie traditionnelle, en quoi provoque t-elle la personne à se tourner vers un quotidien qui laisserait entrevoir le Royaume …?

Dans un monde indifférent à Dieu, qu'est-ce qui témoigne en premier lieu de la Présence de Dieu, le sacré ou la sainteté?

 

Je pensais que Lancelot aurait rendu les armes, ou aurait conclu cet enseignement par une parole conciliante, du genre : le ''sacré et le ''saint'' sont complémentaires, l'un a besoin de l'autre ….

D'ailleurs, que l'on soit d'un côté ou de l'autre, relisons les termes exacts de l’enseignement de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium: il « appartient en propre » à la liturgie chrétienne « d’être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l’action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère » ( Concile Vatican II, Constitution sur la liturgie, n° 2. ).

A suivre ...

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Maurice Clavel – 2 - La NAF

11 Septembre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Royaliste, #1976

Je découvre qu'Elaine - à qui je parle de ma lecture de Maurice Clavel –  est une lectrice de la 'revue de la NAF ( la Nouvelle Action Française). Elle me passe un article qui est une interview de Clavel.

On l'y qualifie de « témoin de cette épiphanie de l'Esprit esquissée en mai 1968 et continuée par l'extraordinaire renouveau de l'intelligence française libérée des systèmes despotico-terroristes. », il serait même «  un des accoucheurs pour le plus grand dommage des cléricalo-gauchards. comme des vieux clivages idéologico-politiciens. ». La revue considère que sa position sur le politique «  ne se distingue guère de celle de la N.A.F. Cette N.A.F. qu'il aura aidé à retrouver une des traditions les plus profondes du royalisme. »

Voilà des mots, qui attisent furieusement ma curiosité.... Mais, je reviens à Clavel, avant de m’intéresser à la NAF...

Maurice Clavel est interrogé sur son livre « '' Dieu est Dieu nom de Dieu '', ce livre qui a provoqué tant de remous. »

Ce livre est un pamphlet, une charge contre les ''bons pères'' qui abandonnent leur foi au profit de la lutte des classes. « Vous n'êtes pas allé au monde, vous vous êtes rendus au monde », leur dit-il.

Clavel analyse également l'impact des médias et des idéologies planétaires sur la perception de Dieu, soulignant une désacralisation de la société et une déshumanisation de l'homme. Il fait un parallèle entre la révolte des apôtres et celle de mai 68, voyant dans cette révolte une lutte contre la sécularisation et l'injustice du capitalisme.

Clavel espère voir un retour à une compréhension authentique du sacré, où Dieu est reconnu comme central et où la vie humaine est vénérée comme une création divine.

 

Clavel relève dans la théologie médiévale, les trois libidos : libido sciendi. libido sentiendi. libido dominandi. Il ajoute « qu'il serait bon que les prêtres se marient car cela calmerait leur soif de pouvoir. ». Le « désir de pouvoir gangrène les hommes d'Eglise. ».

Sur le plan de la pensée politique, Clavel semble assez optimiste... « Foucault a enfoncé Marx en le noyant. Foucault, qu'il le veuille ou non, est le vainqueur de Marx et des Lumières. Et des gars comme Glucksmann, Le Bris, Lardreau, Jambet, Dollé, Sollers, bientôt peut-être Pierre Victor et Geismar - cela fait beaucoup - et moi même marchons sur des chemins qui. au départ, ont été pistés par Foucault. Et en face, les autres sont incapables de mener la moindre contre-offensive car il n'y a plus de pensée marxiste, plus de pensée « sciences humaines ».»

Nicolas Berdiaeff

Maurice Clavel écrit , et je comprends que cela puisse plaire à Elaine: « Berdiaev, l'homme qui faisait la Révolution d'octobre et haranguait les foules dans les usines, a écrit en même temps '' Le Nouveau Moyen Age '' dont les premières lignes disaient en 1920: « Nous vivons les tous derniers jours de la Renaissance ». C'est effectivement toute la Renaissance qui est en question. »

Et encore: « Cette Révolution culturelle que nous voulons sera la délivrance de ce qui a été refoulé en nous depuis des siècles, probablement depuis la Renaissance. Et cette délivrance sera aussi une délivrance de la sensibilité. Le Moyen Age n'était peut-être pas libre politiquement. Encore que je n'en sois pas sûr et que le lien féodal, au moins relativement et pour l'époque, soit très libérant. Mais il était plus libre d'allure, plus vivace de sensibilité. Il était plus spontané - j'emploie ce terme à dessein - en pensant aux camarades spontanéistes. C'est vers cette spontanéité que nous allons et que des formes politiques peu à peu épouseront. Mais ces formes ne seront pas idéologiques. Et c'est vers elles qu'ira toute une génération. Je pense en gros à mes camarades, mes amis les anciens maos. non seulement les super agrégés de philo et les émeutiers-chefs mais aussi à bien d'autres. Ils doivent se préparer - c'est ce qu'ils font d'ailleurs - à la grande Révolution culturelle libératrice de l'Occident, pour l'accueillir et pour l'accoucher. »

 

Clavel apostrophe l’interviewer: « Je vous trouve d'ailleurs tristement courageux d'avoir assumé l'héritage de l'Action Française car vous valez mieux que ça. ». Il évoque Maurras « pour terminer de la façon navrante que l'on connaît. ». Arnaud Fabre de la NAF, lui répond: « Mais le meurtre du père, il est plus qu'à demi réalisé en nous ! Nous en appelons d'une théorie conservatrice et quasi hégélienne de la Monarchie à une Monarchie fondée sur le service et destinée à freiner les appétits de puissance, la course frénétique et individualiste au pouvoir... »

 

Elaine m'explique ce qui l'attire dans la proposition politique de la La Nouvelle Action Française (NAF), un mouvement politique français fondé en 1971 par des jeunes dissidents de l'Action française. Ses membres dénoncent un conservatisme excessif au sein de l'Action française traditionnelle, et continuent à défendre des idées monarchistes et orléanistes. Le mouvement tente de moderniser et de dynamiser le royalisme français, et se positionne à gauche du spectre politique tout en soutenant une monarchie constitutionnelle.

Pour ce qui est des idées orléanistes, Elaine reste fidèle à sa grand-mère Anne-Laure de Sallembier, ce qui est important pour elle... Des idées attachées à une monarchie modérée, intégrant les acquis de la Révolution française de 1789, mais souhaitant canaliser les poussées sociales dans le cadre d'une monarchie constitutionnelle.

Je lui demande l'intérêt politique d'avoir un Roi ?

- Le Roi représente une figure de stabilité et de continuité, Il joue un rôle de médiateur et de modérateur, et maintient l'unité nationale et la cohésion sociale.

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Maurice Clavel - 1

6 Septembre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Foi, #Christianisme

Je me souviens de m'être intéressé à Maurice Clavel ( 1920-1979), quand, lors d'une émission de télévision ( A armes égales), il avait quitté solennellement le plateau en déclarant: « Messieurs les censeurs, bonsoir! » alors qu'il constatait que son film de présentation avait été coupé.

« Messieurs les censeurs, bonsoir  », s’écrie Maurice Clavel, le 13 décembre 1971, dans l’émission « À armes égales »

 

Lancelot, qui le connaissait un peu, me parle de lui. Clavel, à vingt ans, avait fait partie de ce groupe ( finalement assez nombreux) de personnes qui avaient rejoint les Compagnons de France et les camps des écoles de la jeunesse Pétainiste qui devaient redresser la France.

Clavel a suivi le monarchiste Pierre Boutang – qu'il a connu à Normal Sup' -, au secrétariat à l'Instruction publique à Vichy. Tous deux vont s'éloigner de l’administration de Vichy et désapprouver l’esprit de collaboration. Fin 41, Boutang obtient un poste de professeur de philosophie au Maroc. Et Clavel en juin 42 rejoint la Résistance sous le pseudonyme de "Sinclair". Lancelot pense que ce choix, est lié à une conversation qu'ils avaient eue ensemble, sur le clan écossais ''Sinclair''.

Après le débarquement allié en Afrique du Nord, Boutang rallie Giraud ( concurrent de De Gaulle, devant les alliés) et devient chef de cabinet du secrétaire à l'Intérieur dans le gouvernement formé par celui-ci à Alger. Clavel, dans la Résistance rédige des bulletins clandestins.

Maurice Clavel, alias Sinclair, et Silvia Monfort, à Chassant, en 1944

Lancelot évoque l'histoire d'amour entre Maurice Clavel, et la comédienne Sylvia Monfort (1923-1991). En 1943, Sylvia débute au Cinéma, sous la direction de Robert Bresson pour un rôle dans Les Anges du Péché. Elle est mariée. Dans le cadre du journal clandestin Combat ; elle découvre l’univers de la Résistance intellectuelle et rencontre Maurice Clavel : « Quand on rencontre un si beau jeune homme, comment résister ? J’étais amoureuse ! ». Coup de foudre, passion romanesque... Les deux amants s’enfuient...

Maurice Clavel – dit ''Sinclair '' devient chef départemental de la Résistance en Eure-et-Loir, avec sa compagne, ils partent avec une carte Michelin, cinq mille francs et un paquet de Lucky Strike: on s’inquiète pour eux... « Clavel avait des pantalons effilochés, Sylvia Montfort était vêtue d’un tapis et d’une jupette, avec des sandales grecques à lanière. Tout cela était très sympathique et très voyant ». Téméraires, les jeunes gens, hébergés de ferme en ferme, ne peuvent passer inaperçus. Ensuite, ils créent un refuge dédié aux aviateurs tombés sous les feux allemands. 

Clavel et Montfort accueillent De Gaulle à Chartres le 23 août 44 lors de son discours devant la grande poste. Ils se marient, et Clavel écrit à l'intention de son épouse, sa première pièce : ''Les Incendiaires'', une magnifique et dramatique histoire d’amour se passant sous la Résistance, montée au Théâtre des Noctambules, en avril 1946.

Maurice Clavel, dans ces années d’après-guerre, est sollicité par le Parti Communiste - considéré comme le premier parti de France –, il se refuse d’y adhérer. Il est alors accusé par le PCF « d’être la voix de Goebbels ».

En 47, Clavel adhère au RPF, fondé par De Gaulle. Il écrit pour le théâtre, publie un roman, sans succès, il fait du journalisme.

1965 marque une rupture dans son évolution politique et philosophique. Il retrouve la Foi et s'éloigne de ses engagements politiques.

Les événements de Mai 68 l’entraînent à radicaliser ses engagements. Il perçoit les événements de mai comme le "soulèvement de vie" d’une jeunesse lasse de la société de consommation, il partage cette agitation révolutionnaire. Il fréquente alors les milieux maoïstes dont il soutient l’action médiatique en fondant le 18 juin 1971 l’Agence de presse Libération avec Sartre. « Une agence pour ceux qui veulent tout dire et tout savoir. »

 

En 1972, il obtient le prix Médicis pour son roman Le Tiers des étoiles.

Persuadé que la volonté de Dieu est perceptible au sein de l’Histoire humaine, sa réflexion dépasse toutefois largement cette question pour s’inscrire dans une opposition philosophique à Marx, Heidegger et Kant.

- J'ai lu les deux derniers livres de Clavel: ''Ce que je crois'' et ''Dieu est Dieu, nom de Dieu''. Et j'ai été très touché par son témoignage.

Il lui a fallu traverser la maladie, la tentation du suicide, la cure de sommeil, les neuroleptiques jusqu'à la folie, pour que Dieu le terrasse: relevé, la grâce l'avait transformé.

Clavel parle du marxisme, et relève une contradiction dans les termes de '' matérialisme dialectique'' «  Pour Hegel, dit-il, l'être est Esprit, et seul capable de dépassement et de progrès, ce qui n'est pas le cas pour la matière incapable '' d'auto-transcendance ». Le marxisme est « le premier avènement de la barbarie en métaphysique. » Il professe que de nouvelles classes antagonistes, existeront après les classes capitaliste et prolétarienne. Le prolétariat ne connaîtra pas le triomphe définitif promis...

Le nihilisme du marxisme, donne naissance à une société où tous sont flics et bourreaux de tous les autres. Bien sûr, Clavel affirme l'incompatibilité du marxisme et du christianisme. L'athéisme est un élément fondamental du marxisme.

Les chrétiens marxistes, dit-il, découvrent Marx quand le marxisme est mort, et le prolo devenu un bourgeois.

Lancelot le rejoint sur le marxisme; mais il ne partage pas le développement de Clavel sur les rapports de la raison et de la foi. Certes Kant a « limité le savoir pour faire place à la foi. », et considère que la métaphysique, qui vise l'être, est impossible. Mais Clavel, de plus, lui reproche par « ses ridicules postulats de la raison pratique » d' « enfermer la religion dans les limites de la raison. ». Clavel se défie de la raison, et en matière religieuse devient ''fidéiste''. Pour lui la Foi est contraire à toute pensée humaine, même religieuse. Dieu s'est révélé à l'homme, « parce qu'il lui est naturellement et intellectuellement inconnaissable. ».

La raison ne peut rien dire sur Dieu, la foi ne doit rien à la raison, la pensée doit se garder de philosopher à son sujet... etc...

 

Lancelot m'assure, qu'avec l'Eglise, nous pouvons reconnaître l'aptitude fondamentale de l'esprit humain à chercher Dieu et à l'atteindre de quelque manière. Si Dieu s'est révélé, il faut certes commencer par ''croire''; mais une foi, sans critère, sans justification d'aucun ordre, cette foi absurde peut être le jouet de nos fantaisies, de nos intérêts, de toute emprise...

L'humain, à l'image du divin, est doué de volonté et de liberté. Il n'est pas un pantin entre les mains de Dieu. Il est responsable de sa propre destinée, et , en partie, du monde. Blondel, Gabriel Marcel ou Maritain – ou Whitehead... - sont à la fois chrétiens et philosophes.

- Ne peut-on pas dire, avec Saint-Paul, que la foi en Christ est folie ?

Ce sont les grecs qui le lui disent... Il est vrai que le christianisme dépasse infiniment ce que la raison peut connaître de Dieu, mais il ne la nie pas pour autant. J'ose penser que la raison puisse d'elle-même connaître que Dieu existe, et quels rapports le monde ( avec l'homme) entretient avec Lui. Saint-Paul juge les païens coupables de n'avoir pas su, avec leur raison naturelle, découvrir Dieu à travers sas œuvres.

Clavel s'imagine faire de « l'antiphilosophie »; mais n'est-ce pas encore de la philosophie?

La philosophie ne commence pas à Kant... parles-en à Elaine !; de même que la France ne commence pas en 1789...

 

- J'ai relevé, une phrase de Clavel, qui me plaît: « Dans l'ensemble j'appelle - ' l'Homme ' celui que le Christ a fait, - ' l'homme ' celui qui a voulu et cru se faire lui-même ».

Je pense me répond Lancelot, que nous sommes - de par notre nature qui est raison et liberté - « capables de Dieu ». L'homme n'est pas une marionnette dont Dieu tirerait les ficelles. Il n'est pas un jouet entre les mains de Dieu.

Clavel écrit que « la pensée de notre temps est un bourbier, un magma, une « mixture freudo-marxisto-husserlo-sartro-heideggeriano-logistico-structuraliste ». Il écrit également que « stigmatiser la '' société de consommation '' relève d'une analyse superficielle, car ce type de société est lui-même le produit de notre nature et de notre raison. »

Clavel, rêve à la Révolution chrétienne, une sorte de mai 68, qui serait une Pentecôte de l'Esprit.

Clavel aime se dire « le plus incrédule des croyants », sceptique en toutes choses, hormis la foi. Rien ne le sépare de l'athée, sinon « l'abîme de la foi. ». il ne dit pas « j'ai la foi. », mais « la foi m'a. »

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