Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Les légendes du Graal

Felix Sinclair, la Pierre de la connaissance

29 Mars 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Ecosse, #Félix Sinclair, #Pierre du Graal

Il est arrivé seul, non accompagné de sa femme , mais pourvu de nombreux cadeaux, particulièrement écossais comme des châles, et plaids en laine d'agneau au tartan Sinclair. Il nous rappelle que les écossais ont inventé le scotch, avec une précieuse, dit-il, bouteille de 15ans d'âge tourbé Bowmore de l'Île d'Islay. Il nous surprend également en ajoutant de la marmelade d’orange amère, des Shortbread sablés écossais au caramel, un choix de chutneys, et une spécialité écossaise à manger rapidement, le haggis, panse de brebis farcie.

Clan Sinclair

Rover

 

Et si, Felix, est venu avec des cadeaux écossais, il est surtout venu avec une série d'histoires autour des templiers, autour du Graal, et une lecture de ces légendes qui manifestement ravissent Lancelot.

 

Pour ceux, qui ne connaissent pas Felix Sinclair, je les reporte à quelques chapitres du Tome 5, ( 1941 - Mary Butts, Felix Sinclair, et L'Ecosse, Rosslyn Chapel – Sinclair ).

Félix, sans-doute pour compenser son ''adoption'' se consacre avec sa femme ( elle-même affiliée au Clan Montgomery par les Eglinton ...) à célébrer l'histoire écossaise et la culture de son clan. Ils ont obtenu de leur famille, l'acceptation d'ouvrir leur manoir à quelques hôtes ( sept chambres disponibles), et d'y organiser des événements. ''Albanoïc house'' dans le Lanarkshire, non loin de Hamilton, est le nom du manoir où résident Félix et sa femme et leurs deux enfants.

Sceau de la Loge Mère Kilwinning, 1677

Felix Sinclair, même stature que Lancelot, a 43 ans , il est membre de la Grande Loge d'Ecosse, à l'orient prestigieux de Kilwinning ( à une trentaine de miles d'Albanoïc) . C'est là, que fut constituée, au XIIe siècle (!), la plus ancienne loge maçonnique d'Ecosse. Là-bas, le temple de la loge a pignon sur rue, et chacun est fier d'afficher son appartenance.

 

Je laisse l'histoire familiale, pour aborder directement les ''Histoires '' rapportées par Felix. Elles nous intéressent d'autant plus qu'elles concernent les Templiers et le Graal !

Nous mêmes, dans notre documentation nous pouvons retrouver une référence à Kilwinning ici: Comment J.L. De La Bermondie retrouve les Templiers, au XVIIIe siècle... -6/.- - Les légendes du Graal ....

L'abbaye de Kilwinning a été construite peu de temps après la création de l'ordre des Templiers. Alors qu'à Rosslyn, le bâtiment actuel fut construit après la destruction de l'ordre.

Jim Kennedy, un historien local, pense que sur la base de document du XVIIe et XVIIIe, un ''Livre Noir'' de l’abbaye (  un livre de location de terres appartenant à l’abbaye qui énumérait la description des parcelles et des fermes, leur valeur locative, les coordonnées des locataires et les conditions de leur bail...) , des chandeliers et des croix en or, des coupes et des cloches en argent auraient été cachés dans un caveau sous les bâtiments de l’abbaye où ils reposeraient encore aujourd’hui.

Beaucoup souhaiteraient avoir l'autorisation d'effectuer des fouilles sur le terrain de l'église abbatiale. On devrait y trouver également une crypte avec les sépulture de la noble maison d'Eglinton. De plus - la ''loge Mère'' se situant à côté de l'église et de la tour de l'abbaye - il serait possible de trouver des traces des premiers maçons, et peut-être de leur lien avec des templiers.

 

Rosslyn

Felix nous rappelle qu'on connaît un Guillaume de Saint Clair ( seigneur normand) qui fut compagnon de Guillaume le Conquérant. Il reçut la baronnie de Roslin ou Rosslyn en Écosse, sur laquelle les descendants de la famille Saint Clair édifièrent par la suite la chapelle de Rosslyn.

Pour ce qui est des Templiers en Écosse, Hugues II de Payns (1074-1136), chevalier champenois, fondateur et premier maître de l'ordre du Temple, chevaucha avec ses frères à travers tout l'Occident en 1127, 1128 et une partie de 1129, afin de rassembler des soutiens, moraux et également logistiques. Le roi David I a accordé des terres aux templiers et permis la mise en place d'un réseau de commanderies, chargées de fournir chevaux, guerriers et argent, toutes choses nécessaires à l'action en Terre sainte. Leur siège principal était à Balantrodoch.

Au sac de Constantinople (1203). D’importantes reliques tombèrent entre les mains des Templiers. Des familles templières écossaises, dont les Sinclair, s'étaient jointes à la croisade.

1307 – 11 octobre, deux jours avant l’arrestation de nombreux Templiers, il est de tradition que des navires templiers sont partis à minuit de La Rochelle, probablement en direction de l’Écosse.
1311 – L’évêque Lamberton de St Andrews accorde sa protection aux Templiers.
1314 – Possibilité que les Templiers aient combattu à Bannockburn.
1790 – Alexander Deuchar fait revivre l’ordre en Écosse dans le but de relancer une nouvelle chevalerie.

Cf Photo:  Un parc à cerfs entourait le château d'Eglinton. Une marque de maçon sur une pierre de l’ancien mur du parc à cerfs, suggérant que certaines au moins des pierres provenaient de l’ancienne abbaye de Kilwinning

 

Avant de venir nous voir à Fléchigné, Felix est passé par le Mont Saint-Michel, qu'il souhaitait absolument découvrir. Il voulait particulièrement y reconnaître des images, qui offrent une possibilité de lecture alchimique.

Nous souhaitons en savoir plus, et je résume ses propos:

 

L'archange Saint-Michel est vénéré; il brandit son épée flamboyante, il ne tue pas le dragon mais le contraint à la rectification. Il est tenu à terre par la puissance écrasante de la lumière. Il doit accepter sa lumière, et que le feu d'en haut rejoigne le feu d'en bas.

Le Mont saint-Michel reconstitue le cosmos, nous dit-il, l'eau, la terre ( le roc), l'air, et le feu capté par Saint Michel au sommet de l'abbaye, une sorte de paratonnerre !

Comme ''Maçon '' nous avons médité sur l'acronyme VITRIOL, qui signifie: « Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem » = « visite l’intérieur de la terre, en rectifiant tu trouveras la pierre cachée »

J'y ai pensé, nous dit-il, lorsque j'ai visité la chapelle de Notre-Dame sous Terre. On ne trouvera pas la pierre philosophale, mais on peut s'interroger sur la pierre cachée en nous... La crypte dit des « gros piliers » date de 1450; il est dit que '' La salle des gros piliers est comme un moteur puissant captant toute l’énergie du mont en son sein pour ensuite la propulser vers le haut; au maître-autel qui se trouve être dans la salle du dessus. Dans une chapelle, se trouve la vierge noire de Notre-Dame-du-Mont-Tombe.

Plus on monte, plus nous avançons vers la lumière; la salle des chevaliers qui servait de scriptorium; on fait référence à des illustrations de ''sphères planétaires '', sept planètes et sept métaux...

Dans le cloître, en levant la tête des sculptures de dragons et au sol du chœur de l’abbatiale, des pavés de couleurs noires, blanches et rouges, les trois couleurs de l’Oeuvre…

L'alchimie par ses symboles développe une pensée du monde, qui rejoint aujourd'hui nos aspirations à la Connaissance...

Je ne rapporte rien de plus de ce que Felix nous racontait, Lancelot reprenait beaucoup de ces points avec des commentaires qui ont été rapportées ici ( au cours des articles) au temps de nos aïeux...

 

Je repense à cette fameuse ''Pierre'', elle peut être la ''lapsit exillis'' qui a façonné le Graal, mais aussi celle que l'on convoite pour son pouvoir ( l'Orphanus..).

Il y a le message de Lithargoël à propos de la Pierre, et ce qu'elle représente avec la Bombe nucléaire; mais il y a également la ''pierre'' en soi; et la ''Pierre de conscience'' autour d'Edith Stein revue récemment.

Nous savons que si la pierre brute est symbole de liberté, la pierre taillée peut être celle de la servitude et de ténèbres.

La pierre, pour Maître Eckhart est synonyme de connaissance. Elle évoque la pierre d'angle, la pierre de faîte, de l'achèvement, qui représente le Christ.

Dans de nombreux tarots, le Fou ( le chercheur du Graal), est représenté tenant de la main une rose blanche, et le pied posé sur une pierre d'un précipice...

La Rose accompagne notre recherche, elle apparaît parfois comme la coupe qui recueille le sang du Christ, la rose au centre de la croix. Elle est celle du '' Roman de la Rose '' et peut être l'image de l'âme. Nous pensons également au témoignage de la ''Rose Blanche'', sur laquelle pourrait se fracasser la pierre.

Lire la suite
Publicité

La flèche du temps. Un temps irréversible

24 Mars 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Prigogine, #Sciences

L'astrophysicien britannique Arthur Eddington (1882-1944) introduit la notion de ''flèche du temps'' ( 1928 ) constatant qu’il est impossible de modifier le cours de certains phénomènes. Il pense à la part de hasard inscrit dans le devenir.

Précisément la flèche du temps découle du deuxième principe de la thermodynamique; il implique que les phénomènes physiques se déroulent toujours dans un sens déterminé, et nous indiquerait la réalité d'une direction, en relation avec la croissance de l’entropie.

Un peu après son début, l'Univers avait un haut degré d'ordre (ou une faible entropie), les lois naturelles sont telles que l'entropie augmente continuellement.

Ne faudrait-il pas dépasser la rationalité classique et oser penser la radicale nouveauté d'un temps réel irréversible ?

Einstein n'est pas convaincu... Le temps et l'espace étant relatifs et dépendants de la présence de matière et de gravité. Cela signifie que la flèche du temps, bien que toujours présente dans les systèmes thermodynamiques, n'est pas une propriété universelle absolue mais dépend des conditions locales de l'univers. Le temps peut se comporter différemment selon le contexte gravitationnel, comme dans les conditions extrêmes de courbure de l'espace-temps près des trous noirs.

Le chimiste belge Ilya Prigogine

 

Ilya Prigogine (1917-2003), lauréat du prix Nobel de chimie en 1977, a développé le concept de "structures dissipatives".

Ilya Prigogine a remis en question l’idée classique selon laquelle les lois fondamentales de la physique sont réversibles et déterministes.

Dans les systèmes ouverts où il y a un échange de matière et d'énergie avec l'environnement, des structures cohérentes et organisées peuvent se former. Ces structures dissipatives montrent que le temps est intrinsèquement lié à l'irréversibilité et à l'évolution des systèmes naturels. Pour Prigogine, le Temps est donc une dimension essentielle à la compréhension des processus naturels et de leur évolution.

Il a démontré que des systèmes loin de l’équilibre peuvent s’auto-organiser en structures ordonnées, un phénomène qu’il a appelé "ordre par fluctuations"

Un système hors équilibre est un système qui n’est pas en état d’équilibre thermodynamique. Cela signifie que les variables intensives comme la température, la pression, ou la concentration ne sont pas uniformes à travers le système et peuvent varier avec le temps.

Un exemple courant de système hors équilibre est un glaçon fondant dans l’eau : la température varie entre le glaçon et l’eau environnante, et cette différence de température entraîne un flux de chaleur.

Prigogine a montré que, contrairement à l’idée que l’entropie doit toujours augmenter, des systèmes ouverts peuvent créer de l’ordre à partir du chaos en échangeant de l’énergie avec leur environnement. Cette découverte a des implications profondes non seulement en physique, mais aussi en biologie et en chimie, où des structures complexes peuvent émerger spontanément.

 

Pour Prigogine, l'univers n'est pas une machine statique. Il propose une vision plus holistique et dynamique de la réalité. Holistique, cela signifie qu'il considère l'ensemble des interconnexions et des interactions entre les éléments, plutôt que de les analyser de manière isolée. Dynamique, en ce qu'il met l'accent sur le changement et l'évolution constants; il reconnaît que tout est en flux, en perpétuelle transformation, et que le temps joue un rôle crucial dans ce processus.

 

Grâce à Ilya Prigogine, et à son intérêt pour les systèmes hors de l’équilibre, nous découvrons un nouveau monde où le hasard peut jouer un rôle déterminant. Dès lors, l’individu échappe à la prédictibilité, la liberté peut surgir au sein des systèmes et avec elle, ses corollaires : la responsabilité et donc l’éthique.

Sans-doute, si vous désirez connaître l'explication des choses, vous choisissez de vous tourner vers la science ; vous pensez même que la science devrait nous permettre de tout expliquer. C'est que vous pensez avoir affaire à un monde permanent, stable … Et bien, aujourd'hui nous n'en sommes plus du tout certain... Aussi bien en chimie, en biologie, en Physique nous nous interrogeons à propos de cet univers étrange que nous observons... En ressort, une inquiétude, peut-être une spiritualité... Comment l'exprimer ? La peinture, la musique, la poésie … La science n'est plus en compétition avec ces activités, il n'y a plus cette certitude au profit d'une science conquérante. Prigogine plaide pour une complémentarité de points de vue (scientifique, artistique, culturel) face aux incertitudes de notre univers.

Lire la suite

L'Univers-bloc

19 Mars 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Einstein, #Réalité, #Univers, #Sciences

Attention, nous allons tenter de suivre avec Albert Einstein, les conséquences philosophiques de ses propres travaux sur le temps. Dès 1918, il opérait un lien entre la théorie de la relativité et la conception de l’univers-bloc, d’après laquelle tous les moments du temps coexistent.

L'Univers-bloc d'Einstein

Si le temps en lui-même n'est pas une quantité absolue - mais relative, dépendant de la vitesse de l’observateur et de la gravité - l'espace-temps ( c'est à dire: le temps et l'espace unis formant, un ''univers bloc'' ) contient l’univers physique. Il est similaire à un espace, dans lequel ( attention: analogie...) le temps n'est que le paysage que nous voyons défiler du train où nous sommes.) Passé, présent, futur coexistent, et « les événements du futur sont déjà là, à un endroit où nous ne sommes pas encore; et ceux du passé sont encore là, mais à des endroits où nous ne sommes plus … » ( E. Klein). Le futur serait donc déterminé. Et, le passage du temps serait plus une illusion de notre conscience qu'une réalité absolue.

Cependant, le déterminisme constitue une position plus philosophique que scientifique (quoique inspirée par la physique), et la relativité ne conduit pas nécessairement à l’univers-bloc.

Albert Einstein était sceptique quant à l'indéterminisme quantique et a défendu l’idée que la théorie quantique devait être complétée par des variables cachées pour être déterministe.

Il existe d'autres tentatives de modèles d'univers proposés par les physiciens pour expliquer la nature du cosmos, et de notre Réalité.

- Le Multivers: ensemble infini ou très grand d'univers parallèles, chacun avec ses propres lois physiques et constantes.

- L'Univers cyclique : notre univers passerait par une série infinie de phases de contraction (Big Crunch) et d'expansion (Big Bang).

- L' Univers Holographique:

- L'Univers Stationnaire: l'univers aurait toujours existé et existera toujours.

- L' Univers Simulé: notre univers pourrait être une simulation informatique sophistiquée créée par une civilisation avancée.

- La ''Brane Cosmology'': Dans le cadre de la théorie des cordes, la cosmologie des branes suggère que notre univers est une "brane" (une dimension) dans un espace à dimensions multiples.

- L'Univers de la Gravité Quantique à Boucles: avec un espace-temps, discret et granulé, composé de petits morceaux appelés "boucles".

 

Alors que je me lançais moi-même dans des études de sciences, j'avais besoin d'interroger Yvain ( lui seul était assez patient pour répondre à toutes mes interrogations...) sur quelques concepts, et la nécessité de comprendre le pourquoi, et le sens de ces études...

- Un phénomène est un événement ou un fait observable, souvent perçu par les sens. En science, un phénomène est tout ce qui peut être mesuré ou observé, que ce soit un phénomène naturel comme une éclipse solaire ou un phénomène expérimental en laboratoire. Les phénomènes sont les manifestations visibles et mesurables de la réalité.

- La ''Chose en soi '' un terme qu'utilise toujours Elaine ( repris de Kant) n'est pas forcément repris en sciences. On dit ''Réalité objective '' pour dire: ce qui existe indépendamment de la perception ou de l'observation humaine, donc indépendamment de notre conscience ou de notre connaissance. On peut parler de ''nature ultime de la réalité'' en insistant sur le fait que la réalité pourrait être décrite par des entités mathématiques abstraites plutôt que par les objets physiques que nous percevons.

Et, souligne Yvain, bien que notre représentation de l'espace-temps soit une construction mathématique abstraite, elle permet de faire des prédictions vérifiables sur des phénomènes physiques réels. Par exemple, la prédiction de la courbure de la lumière par la gravité.

Nos modèles scientifiques tentent de décrire et de prédire des phénomènes observables. Bien que ces modèles ne soient pas des représentations directes de la "chose en soi", ils fournissent des approximations de plus en plus précises de la réalité.

Des expériences comme celles des fentes de Young et l'intrication quantique défient notre intuition classique et révèlent des aspects surprenants de la réalité. Nos équations de la mécanique quantique ont permis des succès technologiques comme les transistors et les lasers.

Pour Yvain, la science cherche à comprendre la réalité objective accessible à l'observation et à la mesure, tout en reconnaissant ses propres limites et sans prétendre accéder à la "chose en soi".

Cette recherche de la Chose en soi, peut être comparée à la recherche du Graal. Elle mérite d'être poursuivie pour:

- Élargir toujours et encore, notre Connaissance. Poser des hypothèses, les remettre en question et approfondir notre compréhension du monde. Elle maintient notre motivation, incite à l'innovation et à la créativité.

- Reconnaître son inaccessibilité. En cela, elle nous rappelle nos limites, évite l'arrogance de pouvoir la posséder, et nous invite à rester ouvert à de nouveaux paradigmes.

- Accepter que l'approche vers la ''Chose en soi '' ne peut se faire qu'en interdisciplinarité, avec une vision holistique. Et, elle peut avoir une dimension spirituelle.

Lire la suite

Physique – Un 'espace-temps' contre-intuitif

14 Mars 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Einstein, #Lorentz, #espace-temps

Le 26 septembre 1905, paraissait un article d’Albert Einstein (1879-1955), intitulé '' Sur l’électrodynamique des corps en mouvement '' dans les Annalen der Physik. C'est le début d'une œuvre scientifique qui va révolutionner certains de nos concepts, comme celui du Temps.

La théorie de la relativité restreinte conduit à une relativisation du temps à des référentiels particuliers. Le temps s’écoule à des rythmes différents pour chaque observateur, en fonction de la vitesse du référentiel. Le temps ne peut pas être une propriété objective de l’univers. Il dépend de la perception des observateurs en mouvement. Espace et temps se retrouvent liés!

Par exemple, un observateur se déplaçant à une vitesse proche de celle de la lumière percevra le temps comme s'écoulant plus lentement par rapport à un observateur au repos. Rappelez-vous le paradoxe de jumeaux...

Einstein a montré qu'il était nécessaire de pouvoir intégrer la relativité du temps aux dimensions spatiales pour rester cohérent avec les lois physiques et avec notre compréhension de l'univers. Le premier point est d'intégrer le postulat que la vitesse de la lumière dans le vide est constante et indépendante du référentiel de l'observateur.

Einstein va utiliser les transformations de Lorentz ( Hendrik Lorentz (1853-1928) est le « père spirituel » d'Einstein ) pour prendre en compte la ''dilatation du temps '' et la contractions des distance spatiales...

Pour assurer la cohérence des lois physiques, l'intervalle ''espace-temps'' (qui combine les distances spatiales et temporelles) doit rester invariant, c'est-à-dire, constant pour tous les observateurs, quel que soit leur mouvement relatif.

Hendrik Lorentz

Ainsi, les deux aspects que sont l'espace et le temps, ne sont pas indépendants mais interconnectés.

 

Note: Les transformations de Lorentz décrivent comment les coordonnées de l'espace et du temps changent lorsque l'on passe d'un référentiel inertiel à un autre, qui se déplace à une vitesse constante par rapport au premier. Elles montrent que le temps et l'espace se transforment de manière conjointe pour maintenir la constance de la vitesse de la lumière pour tous les observateurs. Voici un exemple simplifié :

De plus, la Relativité Générale, va expliquer la courbure de l'espace-temps, par la présence de masse et d'énergie, et montrer que la gravité n'est pas une force mystérieuse mais une conséquence de cette courbure. Les objets suivent des trajectoires courbes dans cet espace-temps déformé.

Les concepts de la géométrie euclidienne, qui supposent un espace plat et des lignes droites infinies, ne peuvent plus décrire correctement l’univers selon la Théorie de la Relativité Générale.

 

Restons dans le cadre de la relativité restreinte. Que peut-on dire, encore, de cet ''espace-temps'' ? ( je vais me répéter, pour tourner plusieurs fois autour de cet objet, et bien l'appréhender...)

Nous venons de dire que - Les équations de Lorentz et l'intervalle espace-temps ''ds'' sont étroitement liés.

Les mesures temporelles et spatiales varient d’un cadre de référence à l’autre. Espace et temps sont relatifs. Mais l’intervalle espace-temps, ''ds'', reste invariant pour chaque observateur. L'espace-temps participe bien à une sorte de réalité universelle sous-jacente, même si les mesures peuvent différer.

C'est Hermann Minkowski (1864–1909), mathématicien, qui a présenté l'idée de l'espace-temps à quatre dimensions, unifiant les trois dimensions spatiales et le temps en une seule entité. il s'agit d'un espace affine pseudo-euclidien à quatre dimensions, modélisant l'espace-temps de la relativité restreinte. Il était l'un des professeurs d'Einstein à Zurich

L'espace et le temps ne sont plus des entités séparées. L'espace-temps peut être vu comme un "espace" à quatre dimensions, où "ds" représente l'intervalle entre deux événements. Ce "ds" combine les trois dimensions de l'espace (longueur, largeur et hauteur) avec la dimension du temps, créant ainsi une description unifiée et cohérente de notre univers.


 

Pourquoi cette formule? - C'est le lien entre la métrique de Minkowski et le théorème de Pythagore qui est une relation fondamentale en géométrie euclidienne (c'est-à-dire la géométrie d'un espace plat à trois dimensions). Il est exprimé par la formule :c^2=a^2+b^2: la distance entre deux points est donnée par la racine carrée de la somme des carrés des différences de leurs coordonnées spatiales. En relativité restreinte, l'intervalle espace-temps ds est calculé de manière similaire, mais en tenant compte des effets relativistes comme la dilatation du temps et la contraction des longueurs, ce qui explique la présence du terme négatif associé au temps.

En étendant cette idée à un espace à quatre dimensions (trois dimensions spatiales et une dimension temporelle), la métrique de Minkowski utilise un concept similaire pour mesurer les "distances" dans l'espace-temps. Cependant, en raison de la nature différente du temps par rapport à l'espace, la composante temporelle est traitée différemment. La formule montre que le temps et l'espace sont liés mais distincts, ce qui est une caractéristique clé de la relativité restreinte.

Cette formule combine les distances spatiales et temporelles en une seule mesure, qui reste invariant pour tous les observateurs. Cela signifie que peu importe comment un observateur est en mouvement, l'intervalle espace-temps "ds" reste constant et est donc considéré comme une réalité physique.

Lire la suite
Publicité

Histoire des notions de '' Force '', '' Inertie '' et '' Mouvement '', avant Einstein.

12 Mars 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Newton, #Lorentz, #La Relativité

Pour préparer la lecture de l'article : Physique – Un 'espace-temps' contre-intuitif ...

A mon avis, pour aborder et comprendre le concept d' Espace-Temps, et la Relativité ; il est nécessaire de se rappeler les notions - et leur histoire - de '' Force '', '' Inertie '' et '' Mouvement '', avant Einstein.

 

Antiquité : Les premières visions du mouvement et de la force

Aristote (~IVe siècle av. J.-C.) pensait que pour qu'un objet continue à se déplacer, une force devait être appliquée en permanence. Selon lui, tout objet tendait vers son "lieu naturel" et un mouvement stable nécessitait une poussée constante.

 

Le début de la Révolution scientifique : Galilée et l'inertie

Galilée (1564-1642) a remis en question la vision d'Aristote. Galilée a jeté les bases du concept d'inertie : bien avant Newton. Il a été un des premiers à comprendre que l'absence de force ne fait pas nécessairement s'arrêter un objet : c’est la présence de forces externes (comme le frottement ou la gravité) qui modifie ce mouvement. Il a imaginé un monde sans friction où un objet en mouvement continuerait indéfiniment.

Il a distingué la force nécessaire pour changer l'état de mouvement (accélération) de la résistance extérieure. Galilée a également formulé un principe de relativité pour les référentiels en mouvement uniforme, illustré par l'expérience de la cabine du navire : Une personne à l’intérieur d’un bateau en mouvement uniforme ne peut pas, par des expériences internes (ex. laisser tomber un objet : il ne tombe pas de biais...), déterminer si le bateau est en mouvement ou au repos.

Galilée démontre aussi que la vitesse d’un objet en chute ne dépend pas de sa masse mais de la force appliquée. Cette intuition du modèle aristotélicien est contredite ! Elle est contredite par une expérience de pensée... Cette idée anticipe déjà la relativité : il existe une loi unique et invariante pour tous les objets, et non des règles différentes selon leur nature.

La mécanique classique : Newton et les lois du mouvement

Isaac Newton (1643-1727) a formalisé la loi de l'inertie (1687), cela signifie qu'en l'absence de forces, un objet continuera de se déplacer indéfiniment avec une vitesse constante et dans une direction constante. Une force est nécessaire uniquement pour changer l'état de mouvement de l'objet. L'inertie est donc une propriété universelle, indépendante de la nature spécifique de l’objet, qui s'applique à tout ce qui a une masse. La masse est la mesure de l’inertie d’un objet.

 

Newton a défini la force comme ce qui provoque l'accélération d'un objet (F=ma). Il a également formulé la loi de la gravitation universelle, une force invisible agissant à distance entre les masses. Cependant, Newton croyait en un espace et un temps absolus et indépendants l’un de l’autre, un cadre de référence fixe pour décrire le mouvement.

Je vais répéter ceci pour bien envisager ce que cela signifie :

  • Espace Absolu : L'espace, selon Newton, est un contenant immuable dans lequel tous les objets se déplacent. Il n'est pas affecté par la présence de la matière ou des objets en mouvement. C'est un cadre de référence universel, qui existe indépendamment de tout observateur, et indépendamment de la matière et des événements physiques.

  • Temps Absolu : Le temps, pour Newton, est aussi une quantité universelle et continue, qui s'écoule uniformément pour tous les observateurs, indépendamment de leurs états de mouvement. Ce temps absolu était considéré comme un fil conducteur qui sert de mesure pour tous les événements, et il est le même pour tous. Il n'est pas affecté par les événements, et il s'écoule à un rythme constant, indépendamment de ce qui se passe dans le monde physique.

 

Le XIXe siècle : Les champs de force et la question de l'éther

Michael Faraday (1791-1867) a introduit l'idée de champs de force dans l'électromagnétisme, où des forces invisibles agissent à distance à travers des champs. James Clerk Maxwell (1831-1879) a unifié les lois de l'électricité et du magnétisme, montrant que les forces électromagnétiques sont liées à des champs électriques et magnétiques. Cela introduit une nouvelle perspective sur les forces, non pas comme des actions ponctuelles, mais comme des phénomènes continus dans l’espace.

La lumière étant considérée comme une onde, on supposait qu'elle se propageait dans un milieu appelé éther luminifère, ce qui impliquait l'existence d'un référentiel absolu.

L'expérience de Michelson-Morley (1887)  n'a détecté - aucun mouvement de la Terre par rapport à cet éther, et - aucune différence de vitesse de la lumière selon la direction du mouvement terrestre. Remettant en cause l'existence et la notion de référentiel absolu, et qui signifiait que la vitesse de la lumière était la même dans toutes les directions, en contradiction avec la mécanique classique.

 

Lorentz et Poincaré : Vers les transformations relativistes

Hendrik Lorentz (1853-1928) a développé les transformations de Lorentz pour expliquer l'absence de mouvement par rapport à l'éther, en introduisant les idées de contraction des longueurs et de dilatation du temps. Elles fournissent un cadre mathématique cohérent.

Henri Poincaré (1854-1912) a introduit le principe de relativité généralisée et a suggéré que la vitesse de la lumière était une constante fondamentale.

 

* La notion de force a été particulièrement remise en question. Même pour Newton, la force constituait une difficulté majeure. La question se posait de savoir si la notion de force était réellement essentielle pour l'élaboration des théories physiques. Certains physiciens, même partisans d'une physique mécaniste, en étaient venus à définir la force comme un concept vide de contenu ontologique.

La force pourrait n'être plus vue comme une entité fondamentale, mais comme – une abstraction mathématique, un outil ( F=m*a) - un phénomène émergent d'interactions sous-jacentes à un niveau plus fondamental... ( théories des champs ou théories des cordes )

Très vite, nous avons compris qu'admettre qu'une ''force '' n'a pas besoin d'être visible pour exister ou pour avoir un impact réel sur le monde autour de nous. Admettre cela, c'est accepter que notre perception de l'univers ne se limite pas à ce que nous pouvons voir directement, mais aussi à ce que nous pouvons mesurer et comprendre à travers des théories et des expériences.

 

* Pour ce qui est du mouvement... On part d'un cadre dans lequel les objets de déplacent ; déplacement dans un temps continu et uniforme, de manière identique pour tous les observateurs, indépendamment de leur mouvement.

Temps et Espace sont à présent interdépendants, formant une structure à quatre dimensions : l'espace-temps. Le temps n'est plus absolu et universel. Il devient relatif, dépendant du mouvement de l’observateur. De même, l’espace n’est plus un cadre fixe et immuable, mais un espace dynamique qui peut se contracter ou se dilater selon la vitesse de l’observateur (dilatation du temps et contraction des longueurs).

 

Les transformations de Lorentz permettent de relier les coordonnées spatiales et temporelles d'un événement observé depuis un référentiel en mouvement par rapport à un autre. Plus précisément : si un événement est défini en termes de coordonnées spatiales et temporelles de l’un des observateurs, on peut calculer les coordonnées que l’autre observateur attribuerait à ce même événement.

Comme nous allons le voir dans l'article suivant : Physique – Un 'espace-temps' contre-intuitif ...

Lire la suite

Physique - Le paradoxe du temps réversible

9 Mars 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Newton

Nous semblons continuer à partager l’idée d’un temps absolu ou universel, avec Platon, Newton...

Newton

Newton, dans sa ''Principia Mathematica'', publiée en 1687, écrit : « le temps absolu, vrai et mathématique, en lui-même et de par sa propre nature, coule uniformément sans relation à rien d’extérieur; et d’un autre nom est appelé Durée ».

Les équations de la mécanique classique, comme celles de Newton, sont symétriques par rapport au temps. Cela signifie que si l’on inverse la direction du temps dans ces équations, elles restent valides. Par exemple, les trajectoires des planètes dans le système solaire seraient les mêmes si le temps s’écoulait en sens inverse.

Les équations de mouvement étant réversibles, une balle qui rebondit sur le sol pourrait revenir exactement à sa position initiale si on inversait le temps.

Herbert George Wells, dans ''La Machine à explorer le temps'' (1895), reprend l'idée de la réversibilité temporelle de la mécanique, le temps serait réversible, comme s'il était une sorte de quatrième dimension de l'espace....

En quoi la mécanique classique a t-elle - vraiment - impressionné notre conception du Monde ?

Je rappelle que pour Isaac Newton (1643-1727), la mécanique repose sur des lois déterministes qui permettent de prédire l’évolution d’un système à partir de ses conditions initiales. On définit un ''état de repos'', un mouvement uniforme, une ligne droite...

Pierre-Simon de Laplace (1749-1827), a formulé le concept de déterminisme laplacien, selon lequel, si l’on connaît parfaitement l’état initial d’un système, on peut prédire son état futur avec certitude.

Les philosophes des lumières intègrent une vision mécaniste et déterministe de l’univers. Pour Kant, le temps comme l'espace, sont des structures de l'esprit humain, des cadres que notre esprit impose aux perceptions.

Kant nous parle de ''comment nous percevons le monde'', et non '' comment est le monde'' … Même s'il admet, avec Newton, que le temps et l'espace sont absolus et existent indépendamment de l'observateur.

La mécanique classique a introduit l'idée d'un univers régi par des lois immuables, prédictibles et quantifiables. Si cela suffit dans notre quotidien, cela reste insuffisant pour comprendre le Monde.

Sur la seule base de notre expérience, nous formons un concept qui rapidement prend une existence indépendante, jusqu'à devenir incontestable ( alors que parfois elles se sont avérées erronées...) . Des notions comme l'énergie, la masse, l'espace, le temps sont de fait des inventions de l'esprit humain, même si elles ont des racines empiriques.

Le philosophe allemand Friedrich Wilhelm Schelling (1775-1854) a critiqué la conception statique, mécaniste newtonienne du temps, Schelling voyait le temps comme une force vivante qui façonne et guide les processus naturels. Il exprimait un temps dynamique, organique, intrinsèquement lié à la vie et au ''vivant''. Dans la continuité, Henri Bergson opposait '' le temps'' de la science à ''la durée''. La durée étant une expérience vécue de manière intuitive et subjective, reflétant la manière dont nous ressentons le passage du temps dans notre conscience.

 

Dans la pratique, nous observons bien que certains processus sont irréversibles, et c'est bien ce que stipule la deuxième loi de la thermodynamique. Par conséquent, même si les équations de mouvement sont réversibles, l'augmentation de l'entropie introduit une asymétrie temporelle, ou une flèche du temps, de même que, si la chaleur s'écoule naturellement d'un objet chaud vers un objet froid. Le processus inverse, où la chaleur se concentre spontanément dans un seul objet chaud, ne se produit pas naturellement.

La thermodynamique, traite des propriétés macroscopiques des systèmes et est basée sur des concepts comme l'énergie, l'entropie et la température.

Il serait intéressant d'unifier thermodynamique et mécanique classique avec relativité, et aussi mécanique quantique. Lourde tâche... Cela est-il même possible ?

En mécanique quantique, l'irréversibilité apparaît également dans le processus de mesure. Et de plus, alors que la relativité restreinte et la mécanique classique sont essentiellement déterministes, ce qui signifie que si l'on connaît l'état initial d'un système, on peut prédire son état futur. La mécanique quantique, en revanche, est intrinsèquement probabiliste, et décrit les systèmes en termes de probabilités d'occurrence d'événements.

Lire la suite

Questions sur le Temps. Au Moyen-âge

4 Mars 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Temps, #Saint-Augustin

Notre conscience du temps s'appuie naturellement sur les cycles jour-nuit, les saisons. Notre cerveau joue un rôle primordial dans la perception et la mémoire du temps. Nos rythmes circadiens ( sommeil, hormones...) contrôlés par une horloge biologique, et influencés par la lumière, la température, nous aident à mesurer le passage du temps. Notre capacité à se souvenir du passé et à anticiper l'avenir y contribuent; nous situons les événements dans le temps. Nous sommes familiers des notions de passé, présent et avenir.

La direction, le sens du temps, nous semblent naturels: Casser un œuf est un processus irréversible; je ne peux pas remettre l'œuf cassé dans sa coquille intacte.

 

Ceci dit; le concept ''Temps '' me paraît profondément métaphysique, et physique.

Nous pouvons nous interroger sur la réalité du temps; certains considèrent qu'il est une illusion, d'autres une propriété de l'Univers.

Le temps nous renvoie à la conscience, à la subjectivité; à ce que nous en percevons et qui influe sur notre présent.

Le temps nous confronte à l'infinité, à l'éternité, à l'origine, à la permanence et bien d'autres choses sans-doute...

Enfin, le Temps joue un rôle central dans les lois de la nature et les théories scientifiques.

Peut-on détacher du présent, le passé et l'avenir ? Le présent détermine-t-il ce qui va arriver ? Peut-on revenir sur ce qui est passé?

Le mouvement d'une planète en orbite, un pendule qui oscille, leurs équations de mouvement sont réversibles... Mais, selon la thermodynamique, des processus comme la diffusion de la chaleur, sont intrinsèquement irréversibles.

Aujourd'hui les avancées de la Physique nous interrogent : notre modèle du temps doit-il changer ?

 

Depuis l’Antiquité, nous nous interrogeons sur la nature du temps... "Qu'est-ce donc que le temps? Si personne ne me le demande, je le sais; mais si je veux l'expliquer à quelqu'un qui me le demande, je ne le sais plus." Saint-Augustin

Elaine Sallembier ( la fille de Lancelot..) professeur d'histoire et de philosophie médiévale, m'interpelle en historienne: le temps n'est-il pas sa matière première?

Elle rappelle que le temps individuel s'inscrit dans celui de la société dans laquelle nous vivons. Jacques Le Goff ( 1924-2014) médiéviste, fait entrer dans le champ de la recherche historique, ''le temps'', comme une catégorie essentielle de compréhension des sociétés médiévales.

Au Moyen-âge, particulièrement, nous avons adapté le sacré au profane, nous passons du temps biblique de l'Ancien Testament au temps humain. Comment ? - Avec une conception chrétienne d’un temps qui a eu une origine, sa création par Dieu, une coupure essentielle ( l'an 0) avec l’Incarnation, et qui se déroule selon un sens orienté vers une fin. Une conviction, est que tout ce qui était arrivé, tout ce qui arrivait, tout ce qui allait arriver était le résultat de la volonté divine.

Au Moyen-âge, on rajoute le rythme quotidien monastique des ''heures'', le dimanche comme jour du Seigneur, et même l'astronomie qui permet de calculer les dates des fêtes religieuses ... On pourrait y inclure également '' l'après-mort '' avec le jugement dernier, le purgatoire formalisé au XIIIe siècle.

Dans les chroniques des croisades, la référence à l’Ancien et au Nouveau Testament est constante et prend un sens particulier : celui de faire coexister deux temporalités dans le récit. Les Francs sont bien entendu le peuple élu et la croisade devient ainsi une épopée de l’histoire sainte.

Le premier souci de tout historien au Moyen Âge est de situer les événements dans un temps, bien entendu un temps chrétien, en conformité avec la vision de Saint Augustin.

La généalogie des rois de France s'arrange avec le moine Primat ( le Roman des Rois, écrit en 1274) pour faire descendre les Capétiens de la « noble lignée de Troie » , et de Charlemagne.

Mais, petit à petit le temps de l’Église se confronte au temps des artisans, des marchands, des villes...

 

Les écrits ( les Confessions, la Cité de Dieu, ses sermons, ses lettres...) de Saint-Augustin (354-430) ont posé les bases, après Saint-Paul, de la philosophie occidentale. Les théologiens médiévaux ont adopté et développé des points comme le péché originel, ou la prédestination. Augustin est déclaré docteur de l'Eglise en 1295 par le pape Boniface VIII.

Augustin défend l'idée d'un commencement de l'Univers, et argumente qu'avant la création il n'y avait pas de temps. Le temps est une propriété de l'Univers, et Dieu, dans son éternité, en est exempt. Si l'éternité est continue, d'un bloc; le temps est lui une suite de passages d'un état à un autre.

Dans "Les Confessions", en particulier dans le Livre XI, Augustin médite sur la nature du Temps. Plutôt que de rechercher un phénomène extérieur, le temps existe à l'intérieur de notre conscience; et là, se compose de trois dimensions. Le "présent du passé" est notre mémoire des événements passés, le "présent du futur" est notre anticipation ou attente des événements à venir, et le "présent du maintenant" est notre perception actuelle du moment présent.

Lire la suite