la quete du graal
Louis Bouyer et le Graal.
Un peu plus tard, Louis Bouyer, revient vers Elaine pour préciser ses véritables motivations dans l'écriture de son Roman :
Louis Bouyet souhaiterait utiliser le mythe arthurien et le symbole du Graal pour livrer une vision critique et prophétique de notre époque, appelant à la fidélité et à l'espérance dans un contexte d'épreuve spirituelle et d'attente eschatologique. Il s’agirait d'une méditation profonde, mêlant mysticisme, critique sociale et allégorie théologique.
Quels thèmes souhaiterait-il développer ?
Bouyet répond aussitôt : Le sacré et la liturgie, comme avant-goût du Royaume . L'eschatologie, parce qu'il s'agit de la victoire sur le mal et la mort. La Quête pour décrire une expérience spirituelle profonde, mêlant prière, vision et symboles sacramentels. La tension entre chute et restauration. La communion de L'Eglise. La grâce...
Elaine propose quelques ''illustrations'' propres à la Légende du Graal qui pourraient illustrer son propos :
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Bien-sûr le Graal, avec la liturgie de la Coupe sacrée portée en procession à la Table Ronde.
Sarras, la cité radieuse du Graal, écho de la Jérusalem céleste et confirmation que le combat des chevaliers participe déjà à la victoire définitive.
La Quête, avec la traversée de la forêt de Brocéliande. La Fontaine de Barenton, lieu d'éveil spirituel, avec l'eau vive de l'Esprit. Elle peut être le point d’ancrage de la quête collective...
Le Roi-Pêcheur, gardien du sanctuaire, frappé d’une blessure incurable symbolisant la fracture du monde par le mal ; la guérison miraculeuse de sa plaie, au contact de la Coupe, figure la restauration opérée par la grâce.
La Table ronde - image de la communion de l'Eglise - où nul siège n’est plus haut qu’un autre, chaque chevalier dépendant de l'autre, comme les fidèles unis par le Corps du Christ.
La Grâce, ou l’action gratuite de Dieu dans l’histoire, se retrouve dans l'action du Graal.
Après de longs et fructueux échanges, Louis Bouyet désire reprendre :
La forêt de Brocéliande avec la fontaine de Barenton, lieu qui se prêterait bien à un passage initiatique où le héros ferait l’expérience d’une présence surnaturelle à la fois attirante et inquiétante.
La Table Ronde, et le Château du Roi-Pêcheur permet un décor à la fois hospitalier et chargé de mystères sacrés, sur fond de souffrance du gardien, image de l’Église souffrante.
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Un jardin, imaginé pour un épisode plus sensitif et poétique, avec l'apparition d'une femme au langage du Verbe créateur, annonciateur de la fin des choses.
L’Apocalypse, serait représentée par les « derniers chevaliers » affrontant une vision des derniers temps, entre démonologie (apparitions de forces chaotiques) et promesse eschatologique de la Jérusalem céleste.
Les “ Derniers chevaliers” seraient le groupe de quêteurs contemporains, chacun portant un nom ou un rôle qui fait écho aux chevaliers arthuriens (Galaad, Perceval…) et, plus profondément, aux vertus théologales (foi, espérance, charité). Les chevaliers (hommes et femmes) agiraient en frères et sœurs, renforçant l’idée d’une Église unie dans l’attente du Christ. Chaque décor (forêt, château, jardin) se présenterait d’abord comme un lieu naturel, avant de devenir un lieu spirituel, où la chute (souffrance, tentation) et la grâce (révélation, consolation) se rencontreraient.
Louis Bouyer souhaiterait faire référence au mythe du juif errant ; en lien avec Israël, porteur de l'annonce évangélique, et à tous ceux que l'histoire tient éloignés de la foi et sont condamnés à vagabonder...
Louis Bouyer exprime à Elaine, son désir d'écrire ce roman en utilisant un pseudonyme, il souhaite s'offrir une liberté de ton qu'il ne s'autorise pas dans ses traités académiques...
Il perçoit ce livre comme un testament intellectuel sombre et lucide, reflétant la radicalisation de sa pensée dans – ce qu'il nomme – ses dernières décennies de sa vie.
Il souhaite revenir à cette passion personnelle depuis sa jeunesse pour ces récits du Graal.
Avant même le roman, il a co-dirigé des études sur la spiritualité médiévale et a même fait peindre des fresques arthuriennes (la procession du Graal, la fontaine de Barenton) dans sa chapelle privée à La Lucerne, montrant que cet imaginaire habite déjà son univers spirituel quotidien.
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Le thème de l'eschatologie (la réflexion sur les fins dernières) occupe une place centrale dans la pensée de Louis Bouyer au début des années 1980. Cette focalisation s'explique par un croisement entre un contexte mondial anxiogène et une crise profonde au sein de l'Église.
- Les années 1970-1980 sont marquées par une désillusion généralisée liée aux crises économiques, aux chocs pétroliers et à la menace constante d'un conflit nucléaire mondial dans le cadre de la Guerre froide. Bouyer, témoin de deux conflits mondiaux, ressent l'urgence d'une espérance transcendante face à un monde qui semble au bord de l'abîme.
- Bouyer s'oppose à ce qu'il appelle l'« eschatologie rose », une vision trop optimiste du progrès humain qu'il attribuait par exemple à Teilhard de Chardin. Pour lui, l'idée d'un progrès salvateur s'effondre, et seule l'eschatologie chrétienne offre une réponse crédible au désarroi collectif.
- Bouyer est très critique envers ce qu'il perçoit comme une dérive spirituelle et une sécularisation de l'Église après Vatican II. Il dénonce un catholicisme devenu « insignifiant » et une liturgie vidée de son sens sacré. L'eschatologie devient alors un moyen de rappeler la victoire finale du Christ sur le « mystère d'iniquité ».
Le Graal n'y est plus un objet de légende, mais le symbole de la quête ultime de l'humanité avant la Parousie et le signe de la Présence réelle refusée par la modernité.
Louis Bouyer ( dans Cosmos : Le monde et la gloire de Dieu. ) présente la liturgie non comme un simple rite, mais comme une « anamnèse eschatologique », une participation réelle à la vie éternelle et une anticipation du Royaume déjà commencé ici-bas.
Sa vision (la sophiologie) envisage l'achèvement de l'histoire comme une union nuptiale entre le Christ et la création rassemblée (Marie-l'Église), marquant la réalisation dernière de l'œuvre de Dieu.
Bouyer exprime son intérêt pour l'eschatologie comme une réponse à l'angoisse de son temps. Il propose de voir la fin non comme une destruction catastrophique, mais comme le passage du visible au réel, une « levée du voile » sur le sens profond de l'Histoire.
Le Graal et la spiritualité cistercienne.
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Elaine a repris ces thèmes et mis en évidence, avec La Queste del Saint Graal en particulier, un tournant vers une spiritualité plus profonde et explicitement chrétienne. L'étude des sources suggère que la spiritualité particulière de cette œuvre provient de plusieurs facteurs, dont l'influence des Cisterciens et de la figure de Bernard de Clairvaux (1090–1153). Elaine explore ces relations profondes, soutenant que la Queste, bien qu'étant une œuvre de fiction chevaleresque, est fortement influencée par la spiritualité, la théologie et les idéaux monastiques cisterciens.
La Quête comme Idéal Mystique et Quête de l'Absolu : La recherche du Graal dans la Queste incarne une notion d'idéal mystique, elle est synonyme d'une quête d'absolu.... Le Graal, apparaît avant tout comme symbole de la grâce surnaturelle, reçue passivement et avec émerveillement : c’est la marque de la mystique cistercienne, centrée sur l’expérience affective de Dieu, plus que sur un savoir démonstratif. Le vœu de Gauvain au début du roman, témoigne d'une recherche non plus terrestre, mais spirituelle, vers un absolu représenté par le Graal. La quête n'est plus celle de l'aventure pour l'aventure, mais une quête initiatique de la vérité absolue.
La nécessité de la Pureté et de l'Ascèse : Le Graal ne peut être trouvé qu'avec un cœur pur. Une grande sainteté et une pureté du cœur sont nécessaires pour s'approcher des "sacrées reliques" que sont le Graal et la Lance. La quête est associée à l'ascétisme, voire à la mystique. L'ascèse est un combat contre soi et la dispersion, elle est fondamentale pour former la volonté et accepter le plan de Dieu. Une préparation toute chrétienne, incluant confessions, jeûnes et mortifications, est nécessaire. Les chevaliers, comme Lancelot ou Bohort, doivent renoncer au vin, à la viande, au confort, et même aux sous-vêtements, conformément aux Consuetudines Cistercienses.
Lancelot est exclu du mystère du Graal à cause de son attachement à Guenièvre (péché de luxure), mais il est invité à une forme de conversion proche de celle exigée dans les monastères.
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Voir la règle de saint Benoît (suivie par les Cisterciens) : “Contemne omnia terrena, ut caelestia merearis.”
Les chevaliers se confessent chaque semaine et prient vers l'est, conformément aux prescriptions cisterciennes.
La Quête met l'accent sur l'importance de la spiritualité, qui est au centre de l'œuvre, élevant la chevalerie célestielle au-dessus des valeurs terrestres. Ce glissement d'une chevalerie terrestre vers une chevalerie célestielle – sous influence cistercienne et trinitaire – est une caractéristique majeure de la Queste par rapport aux textes précédents du cycle.
Le Graal comme Grâce du Saint-Esprit et Mystère Eucharistique : Le Graal est identifié à la grâce du Saint Esprit (« la grace del Saint Esperit »).... C'est dans les textes postérieurs à Chrétien de Troyes, que le Graal désigne le calice de la première Cène en même temps que le récipient qui recueille le sang du Christ. Tous les auteurs arthuriens qui ont suivi ont mis en scène une liturgie du Graal. La liturgie culminante à Corbenic met en images et traduit le mystère chrétien de la transsubstantiation. Cette dimension eucharistique est centrale et s'incarne dans les scènes où le Graal apparaît et nourrit les chevaliers. Il est aussi décrit comme l’écuelle dans laquelle le Christ mangea l’agneau pascal. Le Graal devient un symbole total du Mystère pascal : Cène, Passion, Résurrection et glorification. En parfaite continuité avec la spiritualité cistercienne, l’Eucharistie est le sommet de la révélation, accessible uniquement à ceux qui sont devenus dignes de recevoir la grâce vivante du Christ. L’identification explicite du Graal au calice du sang du Christ renvoie directement à la théologie du sacrement telle qu’elle s’est affirmée à Cîteaux. Le récit insiste sur la procession eucharistique et la préparation liturgique. La scène de l’apparition de l’enfant dans l’hostie est un moment liturgique capital reflétant la foi cistercienne en la présence réelle. (Queste, 269-270).
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L'Importance de la Vue et de la Contemplation :
Dans La Queste, la vue n’est pas qu’un sens passif : c’est le moyen par lequel les chevaliers « repeuz de la grace » sont nourris et instruits. Lors de la première apparition du Graal à la cour, l’objet sacré est « couvert d’un voile blanc » et « emplit l’air d’un parfum merveilleux »; la perception visuelle suffit à « répandre la grâce » dans l’âme des spectateurs. Cette insistance sur la vue comme réceptacle de la grâce renvoie directement à l’idée cistercienne : le regard contemplatif, posé sur le corps eucharistique ou sur le Graal, devient technique de « réception » des dons divins.
Dans la spiritualité de saint Bernard, le moment clé de la messe — l’élévation du corps du Christ — est l’instant où le fidèle peut « fixer son regard » sur l’hostie. De même, les chevaliers du Graal sont invités à contempler le vase sacré et à y discerner, non plus le pain seul, mais « la forme humaine » et « le Christ vivant » qui en émanent.
Dans la Queste, Galaad progresse non par des raisonnements discursifs mais par chaque vision du Graal qui le purifie d’une part de ses craintes. Les chevaliers rencontrent d’abord des signes et des symboles qu’ils doivent méditer (médaille, épée, inscriptions), puis prier et enfin contempler dans une vision unitive, où l’intellect s’efface devant l’éclat de la lumière sacrée. On retrouve la méthode cistercienne de lecture spirituelle : lectio (lecture), meditatio (méditation), oratio (prière), contemplatio (contemplation).
La réussite de la Quête n’est pas liée à la force, même au courage, mais « à la correcte interprétation des signes » rencontrés par les héros. Cette lecture symbolique requiert un regard porté « au-delà » des apparences : c’est la vision intérieure, chère aux cisterciens, qui perçoit le « signe spirituel » plutôt que l’objet matériel. Seuls ceux dont le cœur est pur — Galahad, Perceval, Bohort — possèdent cette « vue du cœur » et peuvent contempler le Graal dans sa vérité.
La Distinction entre le Sacré et le Séculier : L'influence cistercienne, s'observe dans la frontière claire entre les choses du monde (jouant le jeu du diable) et les choses divines. Cela contraste avec la quête de Lancelot pour Guenièvre, vouée à la sphère terrestre, tandis que la quête du Graal est tournée vers le céleste et le divin. Les ermites et figures religieuses interprètent les événements ("senefiances"), expliquant le sens spirituel des aventures comme une "lutte sans merci de la Nouvelle Loi contre l'Ancienne" ou entre valeurs célestes et terrestres. Les chevaliers qui échouent le font en raison de leur attachement aux valeurs et péchés du monde, comme l'amour de Lancelot pour Guenièvre.
La Queste opère une « rupture » radicale : Perceval et ses compagnons doivent abandonner la vie de cour et ses fastes - armures, tournois, festins - pour entrer dans une existence faite de jeûnes, de veilles et de prières. On peut retrouver dans le château du Graal, avec sa chapelle obscure et ses couloirs silencieux, le modèle cistercien de l’enceinte monastique : on y franchit un seuil précis, qui oppose nettement l’“extérieur” profane et l’“intérieur” consacré. Le rituel de passage, franchir un pont, gravir un escalier secret, évoque l’entrée dans le cloître, où le monde séculier cesse d’exister .
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La Prédestination Divine et la Grâce :
La doctrine de la grâce est centrale dans la pensée cistercienne. Bernard insiste sur le fait que « c’est la grâce qui suscite la bonne pensée, qui l’affermit pour l’action, qui la préserve de la chute ». Cette grâce antécédente (gratia praeveniens) est totalement imméritée : l’homme ne peut la « mériter », il ne peut que la recevoir et coopérer à son déploiement.
Seuls quelques chevaliers – Galahad en tête, mais aussi Perceval ou Bohort selon certaines interprétations – sont « appelés » à contempler le Graal. Cette élection ne dépend ni de leurs mérites passés ni de leurs prouesses guerrières, mais de la « lignée d’élection » à laquelle ils appartiennent et de la pureté de leur cœur : une forme de prédestination où l’initiative appartient entièrement à Dieu.
Dans la '' Quête du Saint Graal '' un prud’homme explique ce qu’est le Graal chrétien : « Cette fontaine que l’on ne peut épuiser (…), la grâce du Saint-Esprit, la douce pluie, la douce parole de l’Évangile où le cœur vraiment repenti trouve la plus grande douceur : plus il la savoure, plus il en a le désir. Et plus elle se répand, plus elle se donne, plus aussi elle est abondante ».
Le Graal symbolise la grâce du Saint-Esprit, qui ne peut se mériter que par une disposition intérieure. Dieu accorde la grâce librement, mais l'homme doit se purifier pour en être digne. Cette insistance sur la gratuité de la grâce correspond également à l'enseignement d'Augustin.
Le Mystère Pascal :
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Le Mystère pascal (Passion, mort, Résurrection, glorification) est évoqué de manière allégorique et sacramentelle, notamment à travers le Graal, qui est une mémoire vivante de la Passion et un symbole total du Mystère pascal. Les chevaliers, en contemplant ce calice, « participent » mystiquement au drame pascal : ils sont purifiés par la vision du sang rédempteur et, à chaque cérémonie graalique, ils célèbrent une résurrection spirituelle, à l’instar de la liturgie pascale où la mort est vaincue par la victoire du Ressuscité.
Galaad est le chevalier-pascal, dont la quête est une montée vers Jérusalem-Sarras, chemin de purification, mort symbolique, puis extase. Sa mort juste après la vision du Graal le transfigure. Galaad revêt l’image du Christ et du croyant accédant à la gloire.
Saint Bernard et les Cisterciens faisaient de la Vigile pascale un sommet de la vie monastique, mêlant nuit, lumière et chant Exsultet. De même, dans La Queste, chaque apparition du Graal se fait dans l’obscurité d’abord, puis dans un rayonnement surnaturel accompagnant un chant silencieux.
L'Eucharistie comme Liturgie Vivante et Mystique :
L’Eucharistie est le point culminant du récit, notamment dans la scène de la messe mystique célébrée par Josephus ( ou Josephe, descendant de Joseph d'Arimathie). La communion est réservée aux élus purifiés (Galahad, Bohort, Perceval); Lancelot, impur, en est empêché ; elle est l’aboutissement d’un chemin de transformation intérieure, une gnôsis vécue, vision, goût, union... C’est exactement ce que les Cisterciens recherchent : une fusion amoureuse, non intellectuelle.
Cette représentation visuelle et mystique de l'Eucharistie par Josephus reflète la foi cistercienne en la présence réelle et une approche contemplative de la messe. Un enfant divin descend du ciel et entre dans l'hostie. Il est mis dans le Graal par le prêtre (Josephus) au moment de l'élévation.
Cette scène met en images le mystère chrétien de la transsubstantiation. La liturgie du Graal culmine à Sarras, où elle n'est pas publique mais révélée, élevée, prophétique, culminant sous une forme eschatologique.
La Trinité :
La première apparition du Graal à la cour d’Arthur est décrite comme un véritable « Pentecôte » : un tonnerre, un rayon de lumière et un voile blanc annoncent l’entrée du calice, et tous les assistants sont « enluminez de la grâce du Saint-Esprit ». Cette scène, où l’on voit le souffle divin agir silencieusement (nul ne peut parler), met en acte la théologie trinitaire : c’est le Père qui envoie (tonnerre), le Fils qui se fait présent dans le calice, et l’Esprit qui illumine les cœurs.
Lors de la deuxième expérience du Graal de Lancelot, le récit précise qu’il aperçoit « trois hommes » au-dessus des mains du prêtre, les deux plus âgés déposant le plus jeune entre ses mains au moment de l’élévation. Ce détail n’est pas anecdotique, mais renvoie explicitement à la Trinité et à la doctrine de la transsubstantiation, déterminante chez les Cisterciens.
Seuls trois chevaliers (Galahad, Perceval, Bohort) sont dignes de pénétrer dans le château du Graal, où ils verront successivement un enfant, le Christ crucifié puis glorieux. Chacune de ces trois apparitions correspond à une personne divine : l’Enfant (le Verbe incarné), le Crucifié (le Fils souffrant) et le Ressuscité (le Fils glorifié dans l’Esprit). Ce triple dévoilement souligne que la quête est, en dernière analyse, une initiation à la vie trinitaire.
La structure de la révélation dans la Queste (Foi, Espérance, Charité) est le schéma paulinien (1 Corinthiens 13,13 ) qui structure aussi l’expérience trinitaire de l’âme cistercienne. La Foi : les chevaliers croient, obéissent, se mettent en quête. L'Espérance : ils persévèrent dans l’ascèse et la purification. Et la Charité : ils accèdent (ou non) à la vision mystique.
Chez les Cisterciens, la Trinité est un mystère d’amour vivant, une expérience contemplative, une communion de relations, source de salut et de connaissance mystique. Elles consistent à participer à la circulation d’amour au sein de la Trinité, qui n'est pas expliquée doctrinalement mais perçue, ressentie, contemplée.
L'Image de l'Église :
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L’Église est vue comme Épouse du Christ. Le Graal la nourrit, la purifie et l’introduit dans une célébration éternelle. Les chevaliers de la Table Ronde incarnent la militia Christi, une Eglise militante, qu'ils protègent. Le Roi Pêcheur, infirme et stérile, symbolise l’Ecclesia languens, l’Église éprouvée par ses blessures (hérésies, divisions). Le Graal, en tant que calice du Sang rédempteur, est le remède divin. L'idéal d'amitié spirituelle entre chevaliers fait écho à l'"Unus in Caritas" augustinien, où l'Église est un corps uni dans l'amour.
Dans la Queste, l’image de l’Église peut être ambiguë et partiellement critique, reflétant le souci cistercien de réforme spirituelle et morale. Est présente une vision conforme à la critique cistercienne de la mondanité du haut clergé.
Le retrait du Graal de Logres est un jugement contre une Église terrestre indigne, annonçant la fin de la chrétienté chevaleresque. La Queste s’achève avec la fondation d’une Nouvelle Église à Sarras, préfiguration de la Jérusalem céleste, et d'une Église idéale, purifiée, céleste, hors du monde.
La disparition finale du Graal, emporté au ciel par une main mystérieuse, propose un eschatologie triomphante : c’est l’accession de l’Église-Épouse à la liturgie céleste, où se réunit la communion des saints.
La Théologie Négative (Apophatique) :
Dans La Queste, le Graal apparaît souvent sans paroles : aucun prêtre ne prononce la célébration liturgique à voix haute, et les chevaliers ne peuvent décrire ce qu’ils voient ; leurs récits se heurtent à l’« indicible ». Ce qui est vu ne peut être décrit ni pensé. Le Graal reste voilé, symbolisant l’inaccessibilité de Dieu dans sa totalité, rappelant la tradition apophatique où Dieu est approché dans l’obscurité mystique.
Chez Saint Bernard, Dieu est amour ineffable, atteignable par l’amour pur et le silence intérieur. Bernard évoque « l’obscure clarté » de Dieu, où l’homme ne peut que se laisser « éblouir » sans pouvoir saisir l’objet de sa contemplation . La Queste s’inscrit dans cette lignée, enseignant par le vide, le retrait, le non-dit, typique d’une théologie négative cistercienne.
L'Eschatologie :
L’eschatologie, dans la Queste, est une quête du salut, à la fois personnelle (chaque chevalier accomplit une quête intérieure, une purificatio animae), communautaire (fin du monde arthurien, le Graal disparaissant de Logres devenu indigne, annonçant une apocalypse morale et spirituelle), et typologique (histoire du Graal comme accomplissement des prophéties, passage à Sarras préfigurant la Jérusalem céleste, mort de Galaad marquant l’achèvement du temps de grâce). Le Graal devient une Arche d’Alliance visible uniquement aux élus. La contemplation du Graal est une préfiguration de la vision béatifique. La gradation des expériences mystiques (rêve, vision, union) et la hiérarchie des élus préfigurent le Jugement dernier. L’accès à la vision finale dépend de la pureté intérieure, non du rang ou des exploits. Le roman est ainsi une apocalypse spirituelle déguisée en aventure chevaleresque.
Cette tonalité rejoint profondément la mystique cistercienne, pour qui la vie monastique est “anticipation du Royaume”.
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En 1982, la Pologne est sous le régime militaire du général Jaruzelski, qui a instauré l'état de guerre en décembre 1981 pour réprimer le mouvement syndical Solidarność. Le pape Jean-Paul II ( élu en 1978, mort en 2005), lui-même polonais, joue un rôle crucial en soutenant les aspirations démocratiques de son pays natal. Il dénonce la répression et appelle à la réconciliation nationale, ce qui renforce l'opposition au régime. Le pape Jean-Paul II effectue une visite très attendue dans son pays natal en juin 83, où il rencontre les autorités polonaises et plaide pour la réconciliation et la paix.
En France, Solidarność bénéficie d'un large soutien parmi les intellectuels et les responsables politiques.
Jean-Paul II, avait marqué les thomistes par son discours à l'Université pontificale Angelicum en 1979, il avait souligné son attachement à la tradition intellectuelle dominicaine et à la philosophie de saint Thomas. Chez les catholiques, cette période est marquée par des débats sur la manière dont la pensée thomiste peut s'adapter aux évolutions philosophiques et sociales.
Une nouvelle Aventure du Graal : la '' Théorie du Tout ''
Tout d'abord, je vais tenter, par quelques mots, de justifier mon besoin de faire appel au ''Moyen-âge '' puis à la ''Quête du Graal'', pour réfléchir à de nouvelles représentations scientifiques, dont l'une est emblématique aujourd'hui, la ''Théorie du Tout ''.
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La théorie du Tout, serait cette théorie unifiant toutes les forces fondamentales et expliquant de manière cohérente l’ensemble du cosmos.
Dans la représentation médiévale du monde, l’idée d’un tout interconnecté, harmonieux et divinement ordonné était omniprésente. Les savants et philosophes médiévaux pensaient déjà à l'idée d'une unité entre les différents aspects de la réalité — spirituels, naturels, et humains – Nous verrons de quelle manière...
L’univers n’était pas vu comme une collection de phénomènes isolés, mais comme une entité unifiée où chaque élément avait sa place et son rôle dans le grand plan divin. A l’idée d'un Tout interconnecté, répond une recherche d'harmonie entre toutes les forces et toutes les dimensions de l’existence.
Thomas d’Aquin (1225-1274), soutenait que Dieu était à l'origine de l’ordre naturel et de l’harmonie cosmique. Ainsi, la nature elle-même — qu’elle soit matérielle ou spirituelle — était perçue comme une réflexion de la perfection divine. La loi divine, qui gouverne à la fois le monde physique et spirituel, serait en quelque sorte une forme de "loi fondamentale" qui unifie les différents aspects du réel. Le signe de la croix manifeste cette harmonie divine.
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La Coupe du Saint Graal n’est pas seulement un objet sacré, mais un symbole de la réconciliation des opposés, de l’unité entre le matériel et le spirituel, le terrestre et le céleste. Les épreuves symboliques auxquelles sont confrontés les chevaliers, les forcent à se purifier, à comprendre le sens caché du monde et à accéder à une compréhension unifiée de l’univers et de leur propre place dans cet univers.
Les alchimistes cherchaient à comprendre et à maîtriser l’unité des forces naturelles par des processus symboliques et pratiques, notamment dans leur quête de la transmutation des métaux et de la pierre philosophale.
Le Moyen Âge nous invite à réfléchir sur l’idée que, loin d’être un simple agencement de phénomènes isolés, l’univers pourrait être régi par des lois profondes et unifiantes, accessibles à tous.
Bien que la légende du Graal comporte des éléments pré-chrétiens et mythologiques, elle s'intègre parfaitement dans le cadre chrétien du Moyen Âge. Les chevaliers de la quête sont des figures chrétiennes qui cherchent à atteindre l’unité avec le divin. La Quête du Graal représente une recherche du sens profond et de la réconciliation spirituelle, parfaitement alignée avec la vision chrétienne médiévale du monde, où tout l'univers, qu'il soit matériel ou spirituel, est gouverné par un principe divin unificateur.
L’Évangile de Nicodème, également appelé Évangile de la Passion, est un texte apocryphe chrétien qui se concentre sur les événements entourant la passion et la crucifixion de Jésus. L’Évangile de Nicodème, bien qu’il ne fasse pas partie du canon officiel de l’Église, a eu une influence importante sur de nombreuses figures théologiques et mystiques du Moyen Âge. Ces personnalités ont souvent fait référence aux thèmes centraux de ce texte, comme la descente aux enfers et la rédemption des âmes, et ont intégré ces idées dans leur propre réflexion sur la Passion du Christ et la victoire spirituelle de la croix.
Le Graal de l'aventure de '' la théorie du Tout '' est l'objet – parmi d'autres - d'une Quête du Roi de la terre d'Arthur pour accéder à la connaissance du ''Dieu de Nicodème''. Nicodème étant le porte-voix de cette longue histoire du Graal qui part de Jésus-Christ au Roi Arthur, représentant un ordre, celui d'une société de chevaliers régis par un système de valeurs mis au service de la Quête du Graal .
Cette Quête, étant liée à la connaissance, a la particularité de concerner toutes nos disciplines actuelles, aussi bien scientifiques, philosophiques, et même religieuses.
Quel est le lien entre Nicodème et les auteurs du cycle du Lancelot-Graal ?
Différents textes et en particulier ceux attribués à Robert de Boron et les développements au sein du cycle du Lancelot-Graal, relatent le voyage de Joseph d'Arimathie avec le Graal jusqu'en Bretagne, et plus spécifiquement son arrivée à Glastonbury et son rôle dans l'introduction du christianisme.
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L'Évangile de Nicodème – très populaire pendant le Moyen-âge - met en avant la figure de Joseph d'Arimathie et son rôle crucial lors de la Passion du Christ, notamment dans la mise au tombeau de Jésus. Joseph d'Arimathie est la figure étroitement associée à l'objet qui deviendra le Graal dans les légendes ultérieures. Des miniatures représentent la Crucifixion avec Joseph d’Arimathie recueillant le sang du Christ dans le Graal.
Selon l'Évangile apocryphe de Nicodème datant du IVème siècle, Nicodème est présent lors des événements entourant la mort et la mise au tombeau de Jésus .... Cet évangile raconte le procès, la mort, la Résurrection et l'Ascension du Christ, en mettant en avant la figure de Joseph d'Arimathie.
L'Évangile selon Saint Jean mentionne la présence de Nicodème aux côtés de Joseph d'Arimathie lors de la mise au tombeau de Jésus.
Robert de Boron fait de Joseph d'Arimathie le dépositaire du Graal, le vase ayant recueilli le sang du Christ, et lui confie la mission d'évangéliser la Grande-Bretagne. Cette narration reprend et développe le rôle central de Joseph tel qu'il est présenté dans l'Évangile de Nicodème.
Dans le Lancelot en prose, le passé lié aux tombes merveilleuses coïncide avec la translation du Saint Vaissel en Grande-Bretagne et le personnage emblématique en est Joseph d'Arimathie. Et, l'aventure de l'épée brisée est un prétexte à un long récit concernant Joseph d'Arimathie en tant qu'évangélisateur.
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Nicodème et la recherche de la vérité :
Nicodème, est un personnage de l’Évangile de Jean ; pharisien, il est membre du Sanhédrin, le conseil juif de Jérusalem. Il représente un chercheur de vérité, qui vient à Jésus pour lui poser des questions profondes sur la nature spirituelle et divine du monde. La rencontre de Nicodème avec Jésus peut être vue comme une métaphore de la recherche de la vraie connaissance, ou de la révélation progressive. Dans un contexte scientifique, cela représente la quête des scientifiques pour comprendre les mystères du monde naturel.
Dans les sciences naturelles, la question posée par la chute des corps — phénomène apparemment simple — devient une métaphore de cette recherche incessante de compréhension. Comme Nicodème cherche la vérité de manière profonde et désintéressée, les scientifiques cherchent eux aussi à percer les secrets de l’univers, que ce soit dans la gravité, le mouvement, ou le temps.
Au Moyen-âge, une quête mystique vers une quête rationnelle.
Au Moyen Âge, la recherche de la vérité et de la connaissance était largement spirituelle, influencée par des visions religieuses et mystiques. Le Graal symbolisait la quête d’un savoir caché, divin, au-delà du monde matériel.
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La pensée dominante était largement héritée d’Aristote, dont les idées avaient été intégrées dans la philosophie chrétienne. La chute des corps, en particulier, était expliquée par les lois naturelles d’Aristote, qui étaient vues comme une manifestation de l’ordre divin dans la création.
Aristote proposait que chaque objet avait une place naturelle dans l'univers et que son mouvement dépendait de cette place. Par exemple, les objets lourds tendaient à tomber vers le bas, vers le centre de la Terre - la Terre étant perçue comme le centre de l'univers - parce que leur place naturelle était là, et cela correspondait à un mouvement naturel.
Les philosophes médiévaux pensaient que l'intelligence divine avait ordonné le monde de manière logique. L'étude de la chute des corps n’était donc pas simplement un phénomène physique à expliquer, mais aussi un moyen d’explorer la volonté divine et l'harmonie du monde créé.
Plutôt que la méthode expérimentale, la spéculation intellectuelle et l’analyse des textes étaient considérées comme des sources de connaissance primordiales.
Le Miroir du Graal – 2
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Le Graal, miroir du réel, cela rejoint les idées de Platon, et également d'Henri Corbin, pour qui le monde imaginal est un pont entre le visible et l’invisible, ou une réalité intermédiaire entre le monde matériel et le monde spirituel.
Pa exemple, Avalon, l’île où repose Arthur, et le château du Graal ne sont pas des lieux physiques ordinaires. Ils sont hors du monde ordinaire... Cela rappelle les idées modernes sur les dimensions cachées de l’univers (physique quantique, trous de ver, multivers).
Le Graal serait ainsi une porte vers une autre dimension; nous rejoignons ce que proposent certaines théories contemporaines de la physique quantique et de la conscience. Et comme dirait Merleau-Ponty, que notre perception du réel est limitée. Le Miroir du Graal illustre que seule une conscience comme celle de Galaad, le chevalier pur, serait capable de voir au-delà du monde immédiat.
Le Miroir du Graal pourrait être lu comme une tentative de décrire ces réalités cachées à travers un langage mythologique. Le Graal est vu alors comme une une source de connaissance.
Les chevaliers qui approchent du Graal vivent souvent des expériences qui ressemblent à des états modifiés de conscience :visions, extases mystiques, perception du temps modifiée.
Mais, un des aspects fondamentaux du mythe du Graal est que chacun des chevaliers le voit différemment selon son état intérieur. Trois chevaliers incarnent trois manières d’appréhender le réel :
Ainsi, Perceval, l’innocent qui doit apprendre à poser la question du Graal, représente la conscience en éveil. Lancelot, le chevalier le plus valeureux mais marqué par son attachement terrestre, ne peut accéder au Graal pleinement. Il incarne la conscience partagée entre le monde matériel et spirituel. Gauvain, plus dispersé, représente le chevalier vertueux qui fait face à ses désirs et ses contradictions. Enfin, Galaad, pur et détaché, est le seul à voir le Graal dans sa plénitude. Il représente l’être réalisé, celui qui a transcendé les illusions du monde sensible.
Cette hiérarchie rappelle le processus d’individuation, de Jung au cours duquel la conscience humaine, en traversant des épreuves, s’élève vers une compréhension plus grande de la réalité.
Le Graal pourrait symboliser, avec Teilhard de Chardin, le Point Oméga, vers lequel toute conscience tend, une réalité ultime où matière et esprit fusionnent.
La science et la spiritualité convergent dans la Quête du Graal : elles nous mènent vers une compréhension plus vaste du monde. Notre propre quête, n'est-elle pas de comprendre la nature de la réalité et notre place dans l’univers ?
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Je note avec humour, Tout ce que le Graal est, ou peut être:
Le Graal comme la Vérité ultime, la connaissance, la révélation divine ou le sens caché de l’existence.
Le Graal, miroir, car il reflète à la fois le monde extérieur et l’état intérieur de celui qui le cherche. Et aussi parce qu'il symbolise la confrontation entre l’être et le savoir, en lui.
Le Graal devient une image de la conscience humaine en quête de vérité.
Le Graal, est aussi un véhicule pour comprendre le monde spirituel et humain.
Le Graal, est la quête pour comprendre la véritable nature de l'existence, et se libérer des illusions. Les chevaliers sont souvent confrontés à des illusions ou à des visions trompeuses qui testent leur foi, leur volonté et leur capacité à discerner la vérité.
La quête devient ainsi une exploration intérieure de la conscience et une confrontation avec les forces de l’ombre et de la lumière présentes en chacun de nous.
Là, on parle de la Coupe Sainte, mais nous pourrions évoquer, par exemple, la Table Ronde qui symbolise l’égalité et la fraternité, mais elle peut aussi être interprétée comme le reflet de la conscience collective,
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Elaine reconnaît que le Graal est beaucoup de choses...! Cette multiplicité de significations permet au Graal de transcender les limites d'une définition unique, en englobant des dimensions à la fois spirituelles, symboliques et culturelles. Ainsi, le Graal devient un miroir reflétant les aspirations, les quêtes et les mystères propres à chaque époque et à chaque individu, enrichissant continuellement son mythe et son impact sur l'imaginaire collectif.
Elaine souligne que Jean Markale tient à une relecture critique de la quête du Graal en déconstruisant certaines idées reçues. Le Graal n'est pas simplement une relique chrétienne figée dans une tradition unique, notamment celles liées à l'idée d’un objet matériel et concret; ni une invention moderne sans racines historiques. Le Graal n’est pas un objet à posséder.
Sa richesse réside précisément dans la diversité de ses interprétations et des significations qui lui sont attribuées au fil du temps.
Le Graal est le chemin, et le but.
Ce livre était un compte-rendu des représentations du Graal, comme objet merveilleux, et comme archétype; le Graal se présente comme le miroir des aspirations profondes de l'humanité depuis des siècles.
A présent, la recherche d'Elaine fait un pas de côté; elle vise à déceler dans la pensée médiévale, les germes d'une compréhension du Réel.
Nous sommes au moment charnière, dit-elle, où la pensée post-moderne, après avoir déconstruit les certitudes modernes, pourrait se nourrir des intuitions de la pensée pré-moderne pour proposer une nouvelle compréhension du Réel. Ce changement ne serait ni un simple retour au passé ni un prolongement linéaire de la modernité.
Elle fait le constat que la modernité a réduit la réalité à un ensemble de faits objectifs, a fractionné le savoir, a perdu le lien avec la Nature. Malheureusement, aujourd'hui, Lyotard, Derrida, Foucault nomment comme post-moderne, une déconstruction des grands récits et une condamnation du progrès En rejetant toute vérité, ce relativisme radical empêche la reconstruction d’un nouveau sens du Réel.
Les intuitions puissantes sur le Réel, de la pré-modernité ( antiquité et Moyen-âge ) pourraient être réinvesties dans une pensée renouvelée. Il s'agirait de retrouver le sens d'une Totalité ( interconnectée, agissante...). La physique quantique, la cosmologie et la théorie de l’information suggèrent un univers dynamique, relationnel, non strictement déterministe. Nous pourrions réintégrer le Réel, par la vision d'une réalité ouverte à l’invisible, incluant la conscience et l’information comme dimensions fondamentales. Nous nous souvenons de l'Univers informationnel de John Wheeler.
La modernité avait rejeté les causes finales. Des penseurs, comme Prigogine, explorent l’idée que l’univers tend vers des formes d’organisation et d’émergence.
La modernité avait privilégié l’objectivité et la séparation sujet/objet. Alors que la pré-modernité valorisait l’intuition, la contemplation, la recherche de la sagesse; Elaine propose d'associer science empirique et exploration subjective, par exemple en faisant dialoguer neurosciences et méditation, intelligence artificielle et phénoménologie.
Le Moyen Âge concevait l’homme comme un être en relation avec la Nature, le cosmos. La modernité l'a isolé, pour « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » ( Descartes). Il s'agirait à présent de concevoir l’humain comme un acteur co-créateur avec le vivant, et dans un monde évolutif.
1954 – Fin de la vie d'Anne-Laure de Sallembier
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De façon très inhabituelle, Anne-Laure de Sallembier s'est couchée avant le repas du soir ; elle avait simplement demandé à Madeleine de faire manger Elaine, et de la coucher. Elle se sentait fatiguée, et avait besoin de récupérer. Le lendemain, Madeleine appelait Lancelot à Paris, pour lui faire part de son inquiétude sur la santé de sa mère. La comtesse de Sallembier n'a plus quitté son lit ; et Lancelot vécut les semaines les plus intenses et douloureuses de sa vie.
Après la visite du médecin, et quelques analyses effectuées dans une clinique aux alentours de Paris. La mère de Lancelot exprime son impérieux souhait de revenir à Fléchigné, et de mourir nulle part ailleurs !
Pourquoi Fléchigné ? Parce que une part de soi est ici, parce que cette maison a toujours été un refuge, ce dont elle a besoin à présent. « Ici, je continue à vivre, dit-elle, ailleurs je commencerai à mourir. »
« Si je meurs, dans mon logis, ma présence continuera à vous accompagner ».
Lancelot fit déménager la plupart des meubles de sa chambre dans un petit salon du rez-de-chaussée. Ainsi, pendant la journée, Anne-Laure restait proche de chacun ; et pour la nuit il a été aménagé un coin nuit dans le grand salon pour la personne qui la veillait.
Une infirmière a secondé Madeleine pour les soins, le médecin venait régulièrement, et n'hésitait pas à proposer de la morphine pour atténuer les douleurs.
Lancelot est resté présent, le plus possible proche, frappé par l'abandon progressif de sa mère pour les soucis matériels, et la confiance qu'elle faisait à Madeleine en lui abandonnant tout.
Anne-Laure ne fut jamais irritée envers quiconque, elle semblait plutôt désolée du souci qu'elle donnait à chacun.
C'est à Elaine ( dix ans), qu'elle semblait vouloir raconter encore beaucoup de souvenirs ; la dernière semaine, elle n'en avait plus la force et priait Lancelot de continuer sur l'idée qui lui venait.
Alors, elle fermait les yeux et écoutait Lancelot évoquer certains personnages qu'elle avait connus, sa main acquiesçait ou s’agitait pour réfuter...
Lancelot savait que sa mère était rassurée de partir, entourée de ses proches, en particulier de son fils et de sa petite fille.
« Vous serez mes passeurs » leur avait-elle dit, alors qu'elle feuilletait, comme souvent, les cartes du Tarot. Elle avait devant les yeux l'arcane XIII.
« Il ne faut pas craindre cette image, disait-elle, elle peut apparaître comme la ''lavandière du gué'' annonciatrice d'un malheur, alors qu'elle n'est que l'annonce d'un passage, donc l'instructrice d'une connaissance. Dans notre tradition du Graal, la carte représente aussi la Jérusalem céleste. Elle est le but ultime du pèlerin, le terme de la croisade du templier.
Durant l'existence de nos ancêtres, le Graal avait quitté la Terre sainte pour l'Occident ; pour que la société arthurienne puisse donner à notre monde la dimension sacrée et spirituelle à laquelle nous aspirons. Aujourd'hui, ce Graal que nous cherchons, nous reconduit, par la Foi et la Raison, jusqu'à Jérusalem. »
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Elle rappelait souvent, à la petite Elaine, que son grand-père Charles-Louis lui racontait des histoires de l'Autre Monde, tous deux savaient que nous utilisons les images de ce monde, pour évoquer le Vrai Monde ; celui où elle se rendait...
« Si nous parlons en légendes, c'est qu'elles sont bien plus que ce que la plupart des gens se représentent. »
Elle confiait à sa petite fille comment Lancelot, fut le plus beau cadeau que la vie lui avait fait, et comment sa bonne fortune lui a permis de vivre intensément la fin d'une époque aristocratique mais réservée, il est vrai, à une petite partie de la population.
Anne-Laure avait raconté comment elle avait découvert ce monde avec Elisabeth de Gramont en particulier. Elaine se souvenait comment cette jolie demoiselle avait choisi un beau jeune homme, Philibert de Clermont-Tonnerre (1871-1940) comme époux. Elle s'installe alors en Bourgogne, a une petite fille Béatrix ; et elle s'ennuie, revient à Paris avenue Kléber... Anne-Laure et Elisabeth courent les salons, celui de madame Strauss, de Madeleine Lemaire où on pouvait voir Proust, de Robert de Montesquiou ; mais, Philibert est jaloux, violent, elle perd sous ses coups son deuxième bébé !
Anne-Laure a déjà raconté la comtesse Greffulhe, magnifiée par Proust, mais qu'elle ne reçut que vers 1904, quand sa fille épousa Armand de Gramont, ami de Proust. Sa fille, c'est Elaine Greffulhe.
Lancelot rappelle aussi qu'il y avait Anna de Noailles..
Anne-Laure a rencontré la théosophie, a fait tourner les tables. Elle s'est passionnée pour l'étude de la nature, elle fréquentait Camille Flammarion: elle se persuadait que l'idée de Nature, englobe le divin, l'humanité et l'univers... Tout le visible est le miroir de l'invisible ; et l'invisible devient simplement ''naturel''.
D'autres expériences vont enrichir sa représentation du réel, son passage au Figaro, puis au 'Mercure de France'.
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Jean-Baptiste de Vassy ( J.B) disciple du mathématicien Henri Poincaré, et admirateur d'Henri Bergson, était passionné d’aviation. Il fut le compagnon de sa mère et une figure paternelle pour Lancelot, il a accompagné Anne-Laure jusqu'à sa disparition au début de la grande guerre ; avec lui elle a rencontré Bertrand Russell, et indirectement Bernanos.
L'esprit, chez les officiers comme J.B, est à la communion dans des valeurs traditionnelles, ils se considèrent comme les lointains héritiers de la chevalerie ; ce que J.B. n'avait pas manqué de développer avec Lancelot ...
Anne-Laure a beaucoup voyagé, en Allemagne, en Italie, en Angleterre et en Ecosse; sur son chemin... le Graal. Sur le chemin, également, une rencontre essentielle, celle du couple Maritain et de tous ceux qu'ils fréquentaient.
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L'Italie, c'était avec Edith Wharton, en 1908.. Mais surtout, beaucoup l'Allemagne, et la passion des auteurs allemands.
On a parlé de Vanessa Bell, et du groupe de Bloomsbury, de son ami Paul Painlevé. Puis il y eut la Guerre et ses interventions auprès des allemands, jusqu'au retour à Fléchigné; l'accueil de réfugiés. La visite de Félix, était attendue, et ''ses fruits'', inattendus... !
A sa naissance Lancelot reçoit, par sa mère, une mission : le Graal. La légende arthurienne fournit dans sa version chrétienne, un ensemble d'images qui balisent une voie, en correspondance avec le message du Christ, qui traverse les siècles. L'origine de ces images s'inscrit dans la symbolique médiévale et se confronte, parfois avec difficulté, à la modernité. Pourtant, au XXIè siècle, le Graal reste toujours le chemin et l'objectif.
Avant toute chose, avant même le Graal ; Lancelot a reçu de sa mère et de ceux qui l'entouraient, une Tradition.
Et c'est cet héritage, d'abord reçu, puis fructifié, qu'Anne-Laure espère avoir laissé à son fils.
Effectivement, pour Lancelot, ce qui caractérise le chemin emprunté par sa mère, c'est son attachement à la Tradition.
La comtesse de Sallembier avait en horreur l’idée de Révolution ; elle impose la destruction d'une structure, d'un squelette élaboré au cours des siècles, à partir de la vie des gens.
La question du vrai et du bien, ne peut être résolu par un seul personnage qui ferait table rase du passé.
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Pour Anne-Laure :
La Tradition est une somme de ''références'' vécues.
Une Tradition se transmet, se reçoit. C'est une caractéristique de notre humanité.
Une Tradition se vit, au présent. Elle est communautaire, et ne se comprend qu'en ''disputatio''.
Une Tradition ne dépend pas forcément du même référentiel que la connaissance du moment. Il y a malentendu quand elle se confronte à elle, sans ce discernement, comme par exemple lors du procès de Galilée. La raison seule, ne suffit pas à vivre la Tradition.
La Tradition n'est pas une opinion ; elle les nourrit mais ne la fige pas.
On pourrait se demander, s'il y a des traditions erronées ? - Il y aurait plutôt des pratiques erronées.
La dernière semaine, Lancelot est revenu avec Geneviève. Il a fait une surprise à sa mère, en apportant à Fléchigné un combiné radio-tourne-disques ; une boite en bois plaqué acajou, et la façade en plastique et tissu. Le son est impeccable sur toutes les gammes, et a remplacé avantageusement le vieux poste. Quelques disques 33 tours-minutes de musique classique l'accompagnent.
Anne-Laure souhaite écouter des chants grégoriens de l’abbaye de Solesmes.
Un soir, ils écoutent le Miserere mei Deus (Psaume 50), ils pleurent ensemble ; ils se regardent et rient. Anne-Laure dit qu'elle n'a jamais été plus heureuse.
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Ces deux derniers jours, Anne-Laure n'était déjà plus là ; pourtant cette dernière nuit, elle et Lancelot ont partagé comme ils ne l'avaient plus fait depuis longtemps. Au matin, Lancelot qui la veillait, s'est réveillé, elle le regardait. Il s'est approché, elle a fermé les yeux et nous a quitté.
Elle lui avait dit : « Et si la mort, était un accomplissement.. ? » et « De quoi, de qui pourrais-je avoir peur ? »
Le Graal, une réponse à Prométhée
A la suite de cette discussion autour de Prométhée, Lancelot revient, comme bien souvent, à ce que pourrait en dire l'esprit du Conte du Graal.
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D'ailleurs, Maurice, curieux du mythe et de la figure que représente Lancelot, demande à son ami ce qui le relie finalement à ce héros médiéval ?
- Géographiquement le chevalier est né au Passais entre Mayenne et Normandie. Il est de la lignée de Joseph d'Arimathie qui porta le Graal en Grande-Bretagne. Après la fin du royaume d'Arthur, et alors que le Graal à jamais est à jamais dérobé aux hommes, Lancelot se retire dans un monastère où il mourra. On trouve non loin de Fléchigné, une autre figure qui reprend les mêmes éléments symboliques, à Saint-Fraimbault-de-Lassay - l’ermite Fraimbault, un modèle du personnage de Lancelot - où il a terminé sa vie, reconnu comme un saint célébré par les rois de France à partir de Clovis. ( Cf ici ''L'Histoire de Lancelot, du pays de Passais'')
Lancelot représente le chrétien imparfait. Il a du mal à choisir entre Guenièvre et le Graal, entre l'amour et la foi. Lancelot, est nommé parfois, le ''chevalier pensif'', il a du mal à voir le monde tel qu'il est, et ne sait plus qui il est ( à lire dans le Chevalier de la Charette ). Pour faire court, on dit que c'est le ''péché'' qui l'empêche de conquérir le Graal.... Mais, et c'est important, le Graal n'est pas l'histoire d'une personne, il est l'histoire d'une lignée. Et, il y a Elaine ; elle le relie au Graal, par le fils qu'elle lui donne, Galaad.
Maurice s'étonne de la présence du ''péché'' ..- Tu peux m'en dire plus...
- Connais-tu la figure du ''Roi Pêcheur'' ( ou Amfortas dans la version de Wagner) ? Il souffre d'une blessure mystérieuse, certainement liée à cette ''faute'' autour de laquelle nous tournons...
Qui est ce roi ?
- Dans la Queste del Saint-Graal, le roi méhaigné ( mutilé) appelé Pellehan ( ou Pellam, ou Pellès...) a été frappé par le chevalier Balain ( Balin) avec la lance qui avait transpercé le côté de Jésus. Le roi est blessé entre les hanches, ce qui cause la désolation de tout le royaume.
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Cette blessure, est le signe d'une agression, tout à la fois, contre la souveraineté, contre la Nature, le principe féminin, et contre le Graal.
Parallèlement, alors que le roi Arthur, lui-même, est défaillant et devient un roi blessé, Lancelot, par amour, devient le protecteur de la reine Guenièvre agressée et captive de Méléagant ; mais alors, l'unité du royaume est brisée.
Lancelot rappelle que c'est la révélation de l'amour transgressif de Lancelot pour Guenièvre, qui va précipiter la fin du royaume d'Arthur et la fin de la chevalerie terrestre, alors que la chevalerie céleste aboutit au Graal par son fils Galaad.
L'écrivain de la Queste, pénétré de la théologie mystique de saint Bernard, voulait avertir ses contemporains du courroux de Dieu s'ils s'obstinent dans le péché.
- C'est plus difficile aujourd'hui de parler du péché. Pourtant, l'image du Royaume brisé, de la Terre Gaste, renvoie à une sorte de fatalité qui s'abat sur le monde médiéval. La ''Queste du Graal'', nous représente un monde violent fait de guerres et même en paix, de tournois. Le monde païen évoque des puissances maléfiques. « L’existence humaine y reste enténébrée par le Mal, en dépit de l’avènement de la morale courtoise et de l’influence toujours plus forte de l’Église. » ( Perdita Formentelli, universitaire)
Aujourd'hui beaucoup craignent que la guerre nucléaire soit le destin apocalyptique de l'humain.
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Ceux qui partaient à la quête des ''secrets du monde'', privilégiait dans leur jugement les causes des désastres, et réveillait une culpabilité primitive de la personne sur qui s'abattait la colère divine.
- Et que penser de la présence constante de Satan ?
- Pour en revenir à Prométhée ; en cause était un ''feu'', une connaissance qui lui était liée et qui a pu apparaître comme diabolique. La première connaissance coupable du Bien et du Mal n'a t-elle pas été imputée au Diable ?
Prométhée pourrait être rapproché de Lucifer ( l'ange de la lumière, mais ange déchu) qui en échange d'une damnation éternelle transmet des connaissances magiques...
- Attention... Ce qui est important c'est la Présence de la Grâce.. C'est le rôle du Graal.
Avec le roi blessé, la Terre Gaste n'est plus fécondée par l'eau du ciel. Du silence de Perceval, naît Galaad et la Parole rédemptrice. Daniel Poirion, nous dit que pour Saint Bernard : « le Verbe est le non-dit de la parole humaine comme s'il était fondé sur un oubli » ( « ce qui est invariable est incompréhensible et doit donc être ineffable » ( Sermons de St Bernard. Tome 2 p 88).
- Justement ; que dire du Graal ?
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- Le Graal est un objet complexe, et ambigu, il témoigne de rites anciens et donc de la nature vivante de ceux-ci. Le Graal chrétien est la coupe qui contient une hostie. Elle représente '' la transcendance divine eucharistique'' qui donne la Grâce.
- Comment conquérir le Graal ?
- Perceval n'a pas su poser la bonne question ; peut-être parce qu'il a causé la mort de sa mère, parce qu'il n'a pas su considérer autrui... ? Lancelot non plus ; parce qu'une autre passion que celle du Graal, le passionne... Pourtant, au cours de la Quête il exprime son repentir ; mais seule la virginité de Galaad semblait permettre d'être entièrement rempli de la Grâce divine.
Ici le destin individuel du héros, exprime un idéal collectif. Ce qui est en cause, c'est le destin de la Nature.
Si la régénération de la Nature, fait partie de la quête ; elle s'en tient à l'accession au Château de Graal, à l'espérance de pouvoir guérir le Roi; mais la contemplation du Graal reste l'objet d'une chevalerie céleste.
Maurice, pour en revenir encore à Prométhée, se remémore quelques page des ''Cahiers'' de Simone Weil qui viennent d'être publiés. Elle écrit : « Le Christ a indiqué son affinité avec Prométhée, quand il dit « je suis venu jeter un feu sur terre ». elle relève les analogies, ou concordances entre la pensée grecque, et le christianisme. Elle relève les notions de salut, chez Platon, Pindare, Hérodote, et Sophocle est, à ses yeux, « le poète grec où la qualité chrétienne de l’inspiration est la plus visible et peut-être la plus pure. Il est beaucoup plus chrétien que n’importe quel poète tragique des vingt derniers siècles, à ma connaissance. »
Dans la même idée, Lancelot se souvient d'un ouvrage d'Edgar Quinet (historien) ( transmis par Charles-Louis de Chateauneuf ), dans sa préface, il explique ses raisons de réécrire la légende de Prométhée : cette figure est l'une parmi d'autres ( Orphée, Sisyphe, Némésis...) que le christianisme va récapituler en faisant du Christ, le rédempteur. Pour Quinet, chaque peuple, écrit une page de ''l'Ancien Testament ''. Il écrit : « Il n’y a plus ni Grecs ni Barbares, ni gentils ni chrétiens, ni anciens ni modernes, mais une même société d’hommes réunis autour d’un même abîme, et qui se font les uns aux autres la même question, presque dans les mêmes termes. »
On peut noter aussi :
André Gide, dans ''Le Prométhée mal enchaîné'',(1899) le voyait comme ''homme de lettres'', Sartre le voit plutôt comme un ingénieur, un technicien qui asservit l'humanité, dans sa pièce Épiméthée (1929). Camus ( Prométhée aux Enfers, dans L’Été ) écrit que ce révolté dressé contre les dieux est le modèle de l’homme contemporain qui choisit de se libérer de toute aliénation... Mais … « Mais au lieu de s’asservir le réel, il consent tous les jours un peu plus à en être l’esclave. C’est ici qu’il trahit Prométhée, ce fils « aux pensers hardis et au cœur léger ». C’est ici qu’il retourne à la misère des hommes que Prométhée voulut sauver. »
Cependant d'autres distinguent plutôt un '' Prométhée déchaîné '', dans ce que Camus a résumé dans une phrase : une « civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. », c'était dans Combat, le 8 août 1945, après Hiroshima.
1952 – Eranos – 3 Le Graal et Jung
Emma Jung consacre plusieurs heures à Lancelot, sur le travail d'individuation et sur le Graal.
A la lecture des notes de Lancelot, je peux retranscrire quelques notions originales, importantes ou supplémentaires sur le Graal ( beaucoup ont déjà été dites...).
Emma Jung propose une image ''atomique'' de la personne, avec en surface, le moi et la persona ( masque social), la part consciente ; et en profondeur, le noyau : le Soi, la part inconsciente.
Emma Jung nous invite à une lecture subjective de la légende, sorte de rencontre avec le soi... Ainsi, quand elle parle du jeune Perceval, dans sa forêt qui renvoie à la mère ; Lancelot pense à son rapport à Fléchigné.
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La quête de Perceval commence avec la rencontre d'un Roi blessé, et d'un affront au féminin : la coupe renversée sur la Reine Guenièvre. Précisément, Perceval est engagé, mais il ne sait pas encore ce qu'il cherche. Comme lui, sans préjugé, avec naïveté, il s'agit d'affronter les ténèbres; et commencer par se rendre compte de ce qui ne va pas en soi.
Emma Jung, parle de la prise de conscience de l'ombre. ''L'orgueilleux de la lande'' est une figure d'ombre qui incarne l'orgueil de la chevalerie.
Chez l'homme, l'inconscient peut se personnifier par une figure féminine ( l'anima). Son monde est celui de l'âme. L'anima devient une médiatrice des contenus de l'inconscient : par exemple, la porteuse du Graal ; à différencier de Blanchefleur qui représente plutôt la femme réelle ( entremêlée avec l'anima, sans doute).
Le château du Graal, est dans l'autre-monde, l'un des signes est la rivière à franchir. Cet épisode agit, pour Perceval, comme un rêve d'initiation. Les personnages sont de la lignée de Perceval ( nous le saurons plus tard), avec plusieurs figures de père.
La porteuse du Graal transmet l'épée ; comme l'anima révèle certaines fonctions du moi, à partir du fond maternel de l'inconscient. A noter, le fil tranchant de l'épée qui renvoie aux facultés intellectuelles de l'esprit.
L'épée, la Lance, le Graal et la Pierre, édifient une structure quaternaire, expression de la réalisation de la conscience et renvoie au processus d'individuation. Comme, les quatre figures du tarot.
Si l'épée tranche, la lance atteint sa cible ( avec sa fonction guérissante). Cette même lance qui fit couler le sang du Christ sur la croix, et fut recueilli dans le Calice. ( Eucharistie). Le sang contient le principe de vie. La lance de Longin, reprend le motif de la ''Flèche d'amour'' – comme on disait au Moyen-âge – qui vise le cœur du Christ, et nous ouvre à son amour.
La figure de Perceval se transforme en symbole du fait de la lignée d'ancêtres, qu'il récapitule. Il est confronté au problème du Mal, à la question de la relation de l'homme avec la femme, entre autres questions...
Pour Perceval, sa faute est liée à sa mère ( il lui ai reproché de ne pas s'être soucié de sa mère...) ; elle est à rapprocher peut-être de l'offense de la coupe renversée, faite à la reine Guenièvre. Cette faute s'exprime par son silence lors de la procession du Graal ; et auparavant sur le principe féminin, avec la jeune femme à qui il dérobe un anneau, et lors du souvenir ( taches de sang dans la neige) de Blanchefleur qu'il a abandonnée.
« La mission de Perceval consiste à chercher la signification du vase qui contient le sang du crucifié et à découvrir la forme sous laquelle la vie intérieure essentielle de la figure du Christ continue à vivre, ainsi que le message qu'elle contient. » (cf La Légende du Graal (p86) – Emma Jung).
Ce message , ce trésor caché, comme un Graal, concerne aussi des contenus inconscients à découvrir ; ils ont à voir avec le soi. Il ne suffit pas que le soi se manifeste, en apparaissant sous forme symbolique ; il ne suffit pas de ''savoir'' ; il s'agit de s'interroger, quelle utilisation en faisons-nous ?
Lancelot, rencontre également, une collaboratrice de Jung, qui travaille sur l'Alchimie et la légende du Graal. Il s'agit de Marie-Louise von Franz qui lui propose de poursuivre ces discussions par un travail psychanalytique.
Le 25 août, après que Karl Löwith ( 1897-1973) ait donné une conférence sur "La dynamique de l'histoire et de l'historicisme", que Scholem a trouvé "très bien", il raconte autour de lui que Jung était furieux et qu'il partit après la première heure.
S'en suit, une conversation avec Jane Untermeyer et Erich von Kahler, et avec Corbin et sa femme.
Peut-on « imposer à l’histoire un ordre raisonné ou d’y saisir l’œuvre de Dieu. », se demande Löwith ? Du moins, cet ordre peut-il être le début d'une philosophie de l'Histoire ?
Lowith pense que l'histoire ne possède aucune logique immanente, il ajoute que la philosophie de Hegel et de Marx conduisent au nihilisme. Sa recherche le conduit plutôt - selon Lancelot – à inscrire l'homme dans une nature immuable, englobant tous les étants. Il reconnaît un « univers dépourvu de fin et sans Dieu », à partir duquel « l'homme aussi » n'est « qu'une modification sans fin ».
Lowith choisirait entre ces deux symboles, le Cercle à la Croix ; l'Antiquité au Christianisme. L'Occident tente désespérément de concilier deux visions : '' - l’antique théorie de l’éternité du monde avec la foi chrétienne en la création ; le cycle avec l’eschaton '' ; - '' l’acceptation païenne du destin avec le devoir chrétien de l’espérance.''
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Ce fameux ''sens de l'Histoire'' serait une illusion qui fait croire à l'Homme qu'il est le maître du Monde, alors qu'il est de ce monde, à dimension naturelle, hors ''progrès humain''...
Lancelot, défend la proposition chrétienne de Teilhard de Chardin, pour qui l'Histoire permet de lire la convergence entre Cosmos, Vie et Esprit, qu'il appelle '' Phénomène Humain ''. L'Histoire exprime donc ''la complexification croissante de la matière et la montée en conscience de l’humanité''. Cette conception est une affirmation du monde spirituel et une voie d’épanouissement pour l’homme.
Karl Löwith reproche à Jung de ''psychologiser'' l'histoire, en cherchant un sens caché aux événements historiques et culturels. Cette démarche lui semble irrationnelle et ambiguë... On pense, que Lowith qui a quitté l'Allemagne en 1933, reproche à Jung sa position pendant le nazisme : Jung semblait se contenter de psychologiser le peuple allemand, sans condamner explicitement l’idéologie nazie ? Jung reconnaît avoir tenté de comprendre le phénomène nazi comme une manifestation de l’inconscient collectif allemand, mais sans pour autant l’approuver !
La Quête du Graal - 2– Béguin
Nos héros chevaliers, tentent de retrouver Galaad qui les précède, loin devant eux sur le chemin de la perfection; même lorsqu'il vient à leur secours et les délivre de l'ennemi, il les quitte aussitôt. La Quête s'attache aux seuls chevaliers qui conservent pendant celle-ci, leur parfaite chasteté, des trois chevaliers qui achèveront les aventures du Graal, deux sont vierges: Galaad et Perceval ; le troisième est le chaste Bohort.
Perceval, finalement, a vaincu l'Ennemi ; et depuis ce moment il devient véritablement le chevalier du Christ. Une dernière et profonde transformation s'opère dans l'âme de notre héros naissant à la vie spirituelle. Sur la nef blanche, la nef de Salomon, il rencontre avec ses amis élus, sa soeur, devenue la vierge sainte, vouée au martyre. Pendant des années il accompagnera partout Galaad,
dont il sera le bras droit, l'aidant à abolir les « mauvaises coutumes » du royaume de Logres, à en achever les hautes aventures. Il ceindra l'épée merveilleuse que le « bon chevalier » a retiré du perron flottant le jour de la Pentecôte à Camelot et que ce dernier lui cède, une fois armé lui-même de l'épée du roi David. Ensemble, avec Bohort, ils entreront au château de Corbenic, ensemble ils participeront au banquet de la Cène ; ensemble ils emporteront le Graal et la lance qui saigne dans la Jérusalem céleste, à Sarras. Si les trois compagnons sont admis à la liturgie secrète du Graal , seul Galaad pourra contempler ce qu'il y a dans le Graal.
Là Perceval, témoin fidèle de la disparition des reliques ravies au ciel avec l'âme de Galaad, meurt ermite, en odeur de sainteté, pour reposer aux côtés de sa soeur et du Rédempteur au Palais spirituel.
Seul Galaad, le pur, le parfait, accédera à la vision du Graal, à Sarras qu'ils ont enfin abordé avec le navire construit jadis par le roi Salomon : c’est là que se perpétue la liturgie du Graal. Mais on ne survit pas à une telle vision : Galaad demande à Dieu de quitter cette terre. Perceval à son tour mourra. Bohort reviendra à la cour du roi Arthur, c’est lui qui racontera à un clerc chargé de les mettre par écrit les aventures de la quête du saint Graal.
Le Graal et la Lance, ont disparu dans les airs définitivement ; comme à la fin de l'épopée arthurienne, l'épée d'Arthur disparaîtra dans les eaux.
Nos héros, recherchent un mystère plus élevé, et reçoivent souvent le « corpus domini » ( l'Eucharistie) ; cette connaissance est selon les mots de Galaad : « voir ouvertement ce que l'esprit ne peut concevoir ni langue décrire »
Mais... Saint-Bernard ne condamnait-il pas, que : « apprendre pour savoir est vaine curiosité.... » ?
Madame Lot-Borodine ( cahiers du Sud ) nous enseigne qu'il y avait chez les cisterciens deux courants différents de pensée : celui qui se réclame de Saint-Bernard et celui qui dérivait de Guillaume de Saint-Thierry. Ce denier inspiré par les pères grecs, en particulier les Cappadociens, n'avait pas condamné la connaissance. Il y voyait un moyen d'aimer Dieu. C'est de lui que dériverait la Queste.
La fin du roman, tient à nous renseigner sur l'origine du texte de la Quête : il serait écrit par Gautier Map à partir des notes prises par les clercs d’Arthur lors du récit fait par Bohort à son retour de la Queste. Gautier Map (1130/1135-1210) a réellement existé. C’était un ecclésiastique et écrivain anglais qui a vécu à la cour du roi Henri II Plantagenêt (1133-1189), qui régna de 1154 à 1189.
La ''Queste '' n'est qu'un élément d'un grand ensemble ( un avant-dernier chapitre) , et suppose la lecture de l’œuvre complète.
Lancelot, père de l'élu Galaad, représente la Fin'amors et le passé du temps du Graal.
La Quête – qui se passe dans une forêt magique propice aux aventures – est une recherche dans une forêt de symboles, ou d'allégories.
Albert Béguin, dit à propos du Graal, qu'il s'est servi des travaux de Myrrha Lot-Borodine (1882-1957), pour lui servir de guide.
Lancelot ne manqua pas d’aller la voir lors de sa dernière maladie, à Fontenay-aux-Roses, dans la maison-pension de Melle Blanc au 1 rue Jean Jaurès. S'y croisèrent également, Jean Daniélou qui découvrit avec elle la théologie mystique de l'Orient, et le théologien Vladimir Lossky.
A Fléchigné, visites fréquente de Robert Buron, un homme politique avec qui on a plaisir à débattre. Démocrate-chrétien, ses années de jeunesse parlent beaucoup à Lancelot. Fondateur et député MRP, il est très sensible à l'urgence sociale qui se manifeste dans ces années, il soutient son ami l'abbé Pierre. Maire en 1953, il va beaucoup faire pour ouvrir Villaines-la-Juhel à la modernité.
'' L'autre personnalité que nous avons en haute estime est le libraire de la ville.
La boutique paraît intimidante aux gens du bourg, elle fait aussi papeterie et vend les livres scolaires ; mais elle est le lieu de passage de l'élite lettrée et cultivée du pays. Si nous sommes accueillis par un jeune homme en blouse grise, que l'on appelle le grouillot, celui-ci en nous reconnaissant, appelle aussitôt son patron. En blouse blanche, celui-ci, après une conversation polie, prend connaissance de la liste que nous lui proposons. Il nous installe alors dans un petit salon ouvert ; et nous rejoint avec une pile d'ouvrages disponibles. Parmi ceux-là, il y a quelques propositions de sa part.'' Ce jour-là Lancelot revient avec la traduction française, d'un ouvrage de Stefan Zweig, Trois Maîtres, Balzac, Dickens, Dostoïevski.
Pour nous, La Comédie Humaine de Balzac, tient une place de choix dans notre bibliothèque ; c'est à dire que la série d'ouvrages est régulièrement feuilletée, jusqu'à l'envie de reprendre l'un des vingt-quatre volumes.
Le dernier repris était '' le Colonel Chabert'' qui, précisément, fait référence à un point que Zweig souligne : Balzac naît au commencement de l'Empire ; son enfance coïncide avec l'époque héroïque de l'Empire, il en fait son mythe. L'exemple de Napoléon « fait naître en lui le désir de n 'aspirer toujours qu'à l'ensemble, de chercher avidement à saisir non pas quelque richesse isolée mais toute la plénitude de l'univers... », « il comprime l'univers qu'il a ainsi dompté dans le grandiose carcan de la Comédie humaine. ». Balzac veut être le Napoléon de la plume ! Et, il montre que le pouvoir suprême est à la merci de l'homme de la plus humble extraction.
Les héros de Balzac, sont, comme lui, des ''hommes à passion'', des ''monomanes'' . Lui est créateur d'univers, un forcené du travail. « Avec chacun de ses nouveaux livres, avec chaque désir qu'il mettait ainsi en œuvre, sa vie se rétrécissait comme la magique peau de chagrin de son roman mystique. » Zweig estime que Balzac, ne pouvait pas avoir de philosophie à lui ; il épousait chacune de ses personnages. Son principe de vie était la Volonté. Une autre idée forte, source de réalité est la valeur de l'Argent. L'argent, force agissante de la vie sociale.
Anne -Laure de Sallembier, ponctue les conversations à propos de Balzac, par des anecdotes qu'elle destine à la petite Elaine. Notre aïeul Charles-Louis de Chateauneuf, fréquentait le salon de Delphine Girardin, et pouvait croiser Balzac avec d'autres grands écrivains comme Musset, ou Hugo. Chateauneuf va s'approcher, pour une femme, d'une société secrète, dont s'inspire Balzac dans Ferragus ; et c'est chez la duchesse d'A. qu'il eut la chance de pouvoir, avec lui, converser avec passion de science et de philosophie ( Swedenborg, l'alchime et Catherine de Médicis, etc..).
La Quête du Graal - 1– Béguin
Lancelot, avec le désir de se remettre à l'équitation, fait une chute et se retrouve contraint à l'immobilisation et au port du corset. Dès ce mois passé plutôt douloureux; Lancelot est à présent poursuivi par une fièvre incessante, sans symptôme particulier, sinon un état maladif qui le renvoie à la maladie, la mort, et la réflexion.
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Lancelot a donc profité de ce congé, pour se réfugier plusieurs semaines à Fléchigné ; un livre l’accompagne : La Quête du Graal, transcription de Béghin, qu'il lui a lui-même offert ( voir précédemment : La Quête du Graal, par A. Béguin ) .
Anne-Laure lui propose d'en faire lecture, en soirée. Ainsi, Elaine entend l'intégralité d'un texte, si important pour nous. Elaine connaît déjà de nombreux personnages de la légende ; Lancelot s'étonne d'ailleurs de la fréquence à laquelle, elle trouve, dans ses jeux ou dans la vie quotidienne, des analogies pour en faire référence.
L'entrée dans la Quête du Graal, par la porte de Béguin ; arrive au bon moment pour Anne-Laure et Lancelot. De lecture aisée, nous entrons de plain pied dans la spiritualité de la Quête ; il s'agit d'un ouvrage que certains qualifieraient de religieux, déçus de n'y pas trouver les récits courtois et chevaleresques qu'a préféré retenir quelqu'un comme Jacques Boulenger dont nous avons déjà parlé, et que Lancelot avait rencontré.
Béguin, s'il est parti des manuscrits qu'avait rapportés Albert Pauphilet (1884-1948), a tenté d'offrir une traduction, plutôt qu'une adaptation de ce texte : la '' Queste del Saint-Graal'', qui date des environs de 1220.
Etienne Gilson ( 1925 dans Romania) explique que cette oeuvre exprime une conception chrétienne sous influence cistercienne, avec un Graal qui représente la Grâce.
La morale courtoise y est jugée et condamnée, à l'image de la relation entre Lancelot et Guenièvre.
L'idéal, écrit-il, « ne saurait être la connaissance de Dieu par l'intelligence, mais la vie de Dieu dans l'âme par sa charité, qui est la grâce ; d'un mot La Queste serait principalement organisée, non autour de la connaissance, mais autour du sentiment. »
Lecture :
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Apparaît à la cour du Roi Arthur, le chevalier seul digne d'occuper le '' Siège Périlleux'' de la Table Ronde : Galaad (fils de Lancelot, et de la fille du Roi Pêcheur ). Le jour de Pentecôte, « le Saint-Graal parait, couvert d'une soie blanche », personne ne le voit, et qui le porte ; il garnit chacun de mets qu'il désire ; et chacun remercie Notre Seigneur, de les nourrir de la grâce du Saint-Graal. Chaque chevalier, fait vœu de retrouver le Graal.
E. Gilson, note que le jour de Pentecôte est l'anniversaire de la descente de la grâce du Saint-Esprit sur les Apôtres : « Le Graal, c'est la grâce du Saint-Esprit, source inépuisable et délicieuse à laquelle s'abreuve l'âme chrétienne. »
Si le Roi Arthur se désole de voir partir ses meilleurs chevaliers, nombreux sont ceux qui veulent s'engager dans la Quête. C'est Galaad qui formule le serment repris par tous : « en loyal chevalier, il maintiendra la Quête un an et un jour et plus encore s'il le fallait, et que jamais il ne reviendrait à la cour qu'il n'eût appris la vérité du Saint-Graal, s'il pouvait l'apprendre. »
Ensuite, c'est séparé, chacun son chemin, qu'ils se dispersent dans la forêt, pénétrant là où elle était la plus épaisse.
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Commencent les aventures de Galaad.
Chaque aventure de la Quête , n'est en rien semblable de celle d'un chevalier qui n'y serait pas inscrit. Sur le chemin, un sage prud'homme se charge d'en expliquer le sens.
Galaad est comparé ( par la semblance) au Christ ; et les moines rappellent que les aventures du royaume de Logres ne disparaîtront qu'avec la venue de Galaad et l'issue de la Quête. La Quête ici n'est pas présenté comme la recherche de la Sainte Coupe ; mais comme un chemin aux diverses épreuves.
A la suite de la faute du jeune chevalier adoubé par Galaad, Mélyant, le péché d'orgueil, qui lui valut d'être blessé lors de la joute ; le moine qui lui explique le sens de l'aventure ; ajoute qu'il a confondu '' chevalerie célestielle'' et '' chevalerie du siècle ''.
L'écoute de la messe fait partie du quotidien du chevalier.
Le château des pucelles, que délivre Galaad de la mauvaise ''coutume'', était sous la coupe de sept chevaliers ( qui représentent les sept péchés capitaux). Il délivre les pucelles ( c'est à dire les âmes pures), à l'image du Christ.
La présence du diable constante. Les aventures ''terriennes'' , devenues des symboles de la lutte de Dieu et de l'Ennemi ...
A la différence de Galaad, qui se bat mais ne tue pas ; Gauvain est qualifié de mauvais chevalier ; de plus, il ne répond pas aux sollicitations du prud'homme et prêtre, de se confesser.
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Les aventures de Lancelot, le conduisent d'une chapelle devant laquelle, alors que le Graal lui apparaît, il reste ''endormi'' ; jusqu'à un ermitage, où il se accepte le discours de l'ermite qui l'enjoint de croire en la miséricorde de Dieu, et de se confesser. Lancelot finit pas avouer sa faute avec la Reine Guenièvre.
Les aventures de Perceval, mettent le chevalier aux prises de l'Ennemi, qui prend la forme d'un cheval noir, d'un serpent ou d'une belle demoiselle... Perceval, perd son cheval, et s'épuise à pied à rattraper Galaad.
« Ah ! Perceval ! Dit le prud'homme, tu seras toujours aussi candide ! » ; mais, il est sauvé par la grâce.
Les aventures et les échecs de Gauvain et d'Hector : Gauvain est trop sensible à la gloire et aux amours d’ici-bas. Il est le pécheur endurci ; ses actions, belles en soi, vont à rebours de celles des saints ; elles sont donc condamnables et le héros tue à son insu son ami Yvain et devient un réprouvé.
Les aventures de Bohort – un saint laborieux - et l'échec de Lionel.
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Les aventures de Galaad, avec l'Arbre de vie qui servit le bois dont est fait le navire de Salomon , les retrouvailles avec Bohort et Perceval ; arrivée de la sœur de Perceval. Si la femme de Salomon représente « l'ancienne loi », la sœur de Perceval représente la « nouvelle loi ».
Aventure et histoire de la ''nef de Salomon" ( le Temple, ou l’Église) et des objets merveilleux qu'elle abrite. Les trois compagnons prennent la mer avec la sœur de Perceval, qui mourra après avoir donné son sang à la châtelaine du château de la lépreuse.
On retrouve les aventures de Lancelot – le pécheur repentant - qui l'amènent à retrouver Galaad, quelques jours, avant d'errer de nouveau ; et parvenir au château du Graal. Il combat des lions fantasmagoriques, et trouve un château vide. Cependant, il s'approche d'une salle où se passe un rituel, mais l'entrée lui est interdite. Il est écarté du bénéfice de la grâce, Lancelot préférerait-il Guenièvre au Graal … ?
La Quête du Graal, par A. Béguin
La maison d'édition ''Le Seuil'', menée par Paul Flamand et Jean Bardet, était le lieu où se retrouvait certains anciens de l'association ''Jeune France'' ( Lancelot y participa en 1941) et, surtout, il y régnait un esprit d'équipe intelligent et bienveillant... Maison catholique, de gauche, mais davantage éclectique.
Le Seuil, édite la revue Esprit de Mounier, qui y conduit également plusieurs collections. Louis Pauwels, vient d'y publier son roman, '' Saint Quelqu'un ''.
Lancelot profite de l’intérêt de Paul Flamand pour le rapprochement de la France avec une ''nouvelle Allemagne'' pour visiter régulièrement l'équipe du Seuil, au 27 rue Jacob, avec le prétexte de partager ses découvertes d'auteurs allemands à traduire.
Lancelot, remplit le rôle de ''médiateur'', ainsi nommé au Seuil. Il présente Joseph Rovan ( d'origine allemande), résistant, envoyé à Dachau. Il collabore déjà à Esprit, et en 1947, il traduit « La lettre sur l'humanisme » d'Heidegger.
En 1946, Albert Béguin s'installe à Paris, pour devenir le directeur littéraire des éditions du Seuil.
Depuis quelques temps, Lancelot espérait pouvoir rencontrer Albert Béguin (1901-1957), dont il connaissait son intérêt pour '' la Quête du Graal '' . De plus, il connaît bien l’Allemagne, et vient de publier un ouvrage '' Faiblesse de l'Allemagne '' déjà écrit en grande partie en 1940. Il veut rassurer quand il écrit que nous n'avons eu affaire qu'aux allemands hitlériens ; mais cependant affirme un besoin de « réhumaniser ces êtres entrés si profondément dans l’abjection... » ; croire en la ''nouvelle Allemagne'' c'est ne pas « désespérer du destin de l'Europe ». La résolution du problème allemand, écrit-il, tient aussi à la possibilité qu'a l’humanité moderne de répudier son culte de la matière, de la technique et de l’État....
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Béguin offre à Lancelot, son édition de 1945 de La quête du Graal, qu'il a traduite en langue moderne, dans une collection de l’Université de Fribourg : Le Cri de la France.
Béguin explique à Lancelot comment, il a reconnu dans '' La Queste del Saint-Graal'', les éléments de sa propre biographie.
Comment cela s'est-il fait ? - Cela se fait à ce fameux point dont parle Breton « d'où la vie et la mort ne sont plus perçues contradictoirement. »
- ? Quel est ce point ? - Celui que l'on entend, quand on parle de réincarnation d'un personnage ancien, ou d'une mémoire mystérieuse... Dans cet objectif, les surréalistes testaient le pouvoir de mots lors de jeux littéraires....
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Pour Albert béguin, le mythe de la Quête contribue, dit-il, à unifier sa vie. Dès seize ans, il aspire à s'engager en politique, alors que ses rencontres littéraires vont marquer sa vie : Péguy, Claudel, Gide, puis Proust. En 1934, il doit quitter l'Allemagne pour s'être opposé au nazisme. C'est dit-il le poids de la réalité, qui s'inscrit dans une quête intérieure. A vingt ans, il découvre Péguy, il est ébloui, mais n'est pas prêt à recevoir le message de la foi ; tout comme Perceval après avoir été reçu dans le château du Graal. Ce n'est qu'au terme d'un long cheminement dans une nuit magique, qu'il revient vers cette source de lumière. Pour n'avoir pu poser la question, il dut errer longtemps dans le gaste pays, avant de retrouver le haut lieu de Montsalvage.
Au retour d'un séjour en Bretagne, Béguin est reçu par Aragon, qui lui fait découvrir la forêt magique des surréalistes. Par la bouche d'André Breton, le roi Arthur annonce les grandes merveilles du Graal. Breton cherchait alors à constituer une nouvelle et intransigeante chevalerie de l'imaginaire. Si le Surréalisme lui ouvre les portes de la merveille, du rêve et du signe, la Quête de Béguin est l'aventure de l'âme plus que de l'esprit.
La seconde aventure l’entraîne sur la voie de l'âme romantique. Béguin découvre l’oeuvre de Jean-Paul, en 1930 il traduit Hespérus, puis en 1937 il publie l'âme romantique et le rêve. Pendant sept ans, il traverse la romantisme allemand comme les chevaliers de la quête traverse l'aventure s'engageant corps et âme. Tel Gauvain au château des merveilles ou Galaad au château des pucelles ; il se confronte à la Reine, car c'est au-delà et non en-deçà que le Graal dispense lumière et nourriture.
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Béguin parle d'une « aventure nocturne qui n'a été qu'une sorte d'accident, et finalement une déception inavouée. » ; en effet, après la poésie allemande du XVIIIe et les surréalistes ; il trouve finalement dans le catholicisme ce qui lui a manqué : une ouverture sur le monde. En effet, il ajoute : « c'est pour avoir connu le vertige stérile d'une poésie de désincarnation que j'ai accédé à la foi chrétienne. » C'est aussi pour avoir connu la Reine de la nuit au château des Pucelles que Galaad a pu parvenir jusqu'au château de Corbénic.
Albert Béguin est baptisé le 15 novembre 1940. Pour lui, ce passage évoque celui qui permet à Perceval, sa sœur, Bohort et Galaad, de rejoindre Sarraz, avec le Graal. Traversée avec la nef, en particulier, la nef de Salomon.
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- ? L'ouverture au monde ? - Je pense à Mounier avec ce mot dont il a fait la fortune : '' l'engagement ''. Il ne s'agit pas d'embrigadement, mais de présence dans l'histoire avec un choix personnel de la conscience. C'est une des questions que nous pose Mounier : la question de la présence chrétienne dans le monde, dans l'histoire...
- Advient donc ce moment, où je suis prêt à pénétrer - de nouveau et en conscience - dans le château du Roi Pécheur. Pour Béguin, ce roi, c'est Bernanos ; celui dont il sent sa capacité à l'accompagner jusque dans la mort ; au mieux à la manière de Galaad, qui se plonge dans la lumière du Graal, quitte à en mourir.
- Pourquoi avoir choisi cette version tardive de la légende du Graal ? - Parce que, peu de temps après ma conversion, c'est celle qui me concernait personnellement. Elle se situe dans la perspective mystique de Bernard de Clairvaux ; mais reste reliée à ses obscures origines celtiques.
La version de Chrétien de Troyes, me semblait n'être qu'une version de cour, destinée à divertir. Avec Robert de Boron, ce patrimoine mythique est christianisé. La version cistercienne date de 1220, et comme nous le montre Etienne Gilson, le Graal apparaît comme le symbole de la Grâce. Le récit s'enrichit de références évangéliques et prend parti dans le débat en cours, celui de la transsubstantiation. Malheureusement, il efface des épisodes plus ''magiques'', comme celui des '' trois gouttes de sang sur la neige '', ou même celui de la fantastique procession du Graal.
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Pour Albert Béguin, le Graal serait plus la raison de la quête que son terme. Pour garder sa véritable dimension mythique, l'image du Graal, ne peut se réduire à une interprétation ; et la quête à un simple itinéraire. Le château du Roi Pécheur est un point de départ, tout autant que le terme.
Béghin, cite C.G. Jung : « Les grands problèmes de la vie ne sont jamais résolus définitivement. S'ils le paraissent parfois, , c’est toujours à notre détriment. Leur sens et leur but ne semblent pas résider dans leur solution, mais dans l’activité que nous dépensons inlassablement à les résoudre. Cela seul nous préserve de l’abrutissement et de la fossilisation.»
Avec le Graal, Galaad trouve en même temps l'accomplissement et la mort. Le Graal disparaît avec lui. Ce signe du Graal, que nous emportons dans la mort, est notre mystère ; il peut être ce manque primordial, ce signe dont parle l'Apocalypse (2:17) : « un caillou blanc portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit. »