la quete du graal
Joseph Campbell: le mythe, le héros , et moi ...
Les textes ci-dessous sont des extraits d’un mémoire ( Univ. De Montréal ) de « Sciences des religions » de Claude Harvey., et d'un article de Anne-Marie Bilodeau.
Né le 26 mars 1904 à New York, Joseph Campbell
étudie d’abord la biologie et les mathématiques au College Dartmouth en 1921. Ensuite, à Columbia, il complète une thèse
dans le domaine des légendes arthuriennes. Il part pour l’Europe en 1926-7. Il y étudie la littérature, le vieux français à la Sorbonne et fait la connaissance de Joyce. L’année suivante, il part
pour l’Université de Munich où il étudie le sanskrit et la philologie indo-européenne. Cela lui donne l’occasion de découvrir les penseurs allemands tels: Jung, Freud, Goethe, Thomas Mann.
Son séjour en Europe et la rencontre qu’il fait avec les traditions françaises et allemandes lui ouvrent tellement l’esprit, que, lorsqu’il revient à l’Université Columbia, deux semaines avant le crash boursier de 1929, il déclare à ses professeurs à propos de sa thèse doctorale en cours sur les légendes arthuriennes: «this whole thing has opened out.». Mais ses professeurs ne partagent pas cet enthousiasme à voir son esprit s’élargir et avec lui le rayon de l’interrogation du jeune chercheur. Ils refusent catégoriquement que celui-ci change de direction dans son analyse, et c’est ainsi qu’il décide de quitter Columbia… ( …)
Campbell étudie les mythes aussi bien en général qu’à des niveaux plus particuliers. Comme nous l’avons souligné précédemment, il s’intéresse plus spécifiquement au
personnage du héros mythique dans son livre intitulé The Hero with a Thousand Faces.
C’est à partir de cet ouvrage qu’il établit principalement sa crédibilité et sa notoriété. Soulignons ici que l’intérêt manifesté par
Campbell pour les récits d’Arthur, des Chevaliers de la Table ronde et du Graal est vraisemblablement une des origines de sa propension à l’aventure du héros ou, du moins, ce qui contribue entre
autres choses à lui donner la forme que nous connaissons aujourd’hui dans ses travaux. À cet effet, voyons comment Campbell peut faire cette association entre la mythologie arthurienne et
l’aventure du héros.
Selon Campbell, «avant l’introduction du christianisme en Europe», il y a quatre grandes traditions mythologiques: la grecque classique, la romaine, la celtique et la germanique. Ces traditions reconnaissent à la personne le statut d’«individu» et non pas seulement celui de membre de la société, contrairement à celles de l’Orient: le cheminement de chacun y est très valorisé.
Pour Campbell, à l’intérieur de ces quatres traditions, les légendes du Graal expriment exactement ce qu’est, dans son esprit, la spécificité de la spiritualité occidentale par rapport à la spiritualité orientale, i.e. le caractère individuel de la démarche:
Chaque
chevalier pénétra donc dans la forêt à l’endroit qu’il avait lui-même choisi, et où ne s’ouvrait aucun chemin. S’il apercevait un chemin, c’était forcément celui de quelqu’un d’autre. Le suivre
aurait signifié ne pas s’aventurer dans la quête. Sachant cela, qu’en est-il de l’instruction que vous devez recevoir? Si ceux qui ont suivi un chemin avant vous vous transmettent des indices,
vous devez passer outre, adapter cette information à vos choix. Il n’y a pas de mode d’emploi. Cette magnifique légende des chevaliers qui vont chacun leur chemin relate une quête merveilleuse,
car si quelqu’un découvre le chemin de quelqu’un d’autre et, songeant qu’il mène au but, choisit de l’emprunter, il s’égare totalement, même si l’autre réussit. Quelle belle histoire, n’est-ce
pas? Ce que nous cherchons, notre cheminement, notre but, tout cela est une réalisation qui n’a encore jamais eu lieu sur terre, c’est l’épanouissement de notre potentiel personnel. (...) Chacun
doit résoudre sa propre énigme et glaner çà et là ses propres indices.
La démarche occidentale, pour Campbell, est donc simple: il s’agit, en quelque sorte, de réfuter les valeurs de la «religion», du «système», i.e. de l’idéologie dominante au nom de laquelle, et pour sa survivance, on sacrifie les individus. Cette démarche nous invite plutôt à résister à l’appel uniformisateur de l’idéologie, afin de trouver et d’accomplir sa propre voie. Nous ne pouvons que remarquer la similitude entre la démarche occidentale, dont la quête du Graal illustre très bien la nature, et l’aventure du héros, que Campbell forge par la suite. Cependant, d’autres outils importants l’aidèrent à forger sa grille de lecture des mythes, qu’il nous importe ici de souligner.
- Premièrement, selon Campbell, la psychanalyse est l’outil qui nous permet de lire la grammaire des symboles mythiques… (…)
- En second lieu, l’homme n’est pas maître des symboles, selon le professeur du College Sarah Lawrence.
Si Campbell postule l’existence des archétypes,
il n’endosse pas exactement la définition que Jung donne de ceux-ci. En effet, ce dernier voit dans le contenu des archétypes le produit de l’hérédité, tandis que Campbell y ajoute les
«expériences “significatives”» des êtres humains. Par ailleurs, Campbell ne généralise pas la théorie du développement parallèle pour fonder son postulat des archétypes. Pour lui, une bonne
partie des similitudes entre les mythes et les symboles religieux sont imputables au phénomène de la diffusion. Mais par-dessus tout, ce qui différencie Jung et Campbell est la fonction que l’un
et l’autre donnent respectivement à la mythologie Campbell ne limite pas la fonction de la mythologie à celle d’une rééquilibration intérieure de l’individu; il
lui donne aussi la tâche d’ouvrir ce dernier sur la dimension spirituelle. C’est pourquoi Campbell dépeignit les deux perspectives dans son ouvrage sur les héros. Mais avant de
regarder ces deux composantes de la mythologie, regardons maintenant la structure que Campbell identifia à travers l’ensemble des mythes qu’il étudia: le monomythe.
- Campbell, à travers l’ensemble des mythes de l’humanité, dégage un cheminement-type, un structure initiatique récurrente qu’il nomme «monomythe» : ( … ) En résumé donc, le monomythe se présente comme suit: Un héros s’aventure hors du monde de la vie habituelle et pénètre dans un lieu de merveilles surnaturelles; il y affronte des forces fabuleuses et remporte une victoire décisive; le héros revient de cette aventure mystérieuse doté du pouvoir de dispenser des bienfaits à l’homme, son prochain.
De Anne-Marie Bilodeau: ( ci-dessous )
Le héros qui, pour conquérir un royaume ou une princesse, se lance dans une aventure semée d'embûches, est le prototype de toute personne qui, s'éveillant à des
valeurs spirituelles jusque-là insoupçonnées, entreprend un voyage intérieur vers ses propres sources, à la recherche de son identité réelle. Ce voyage, qui constitue pour Carl
G. Jung le «processus
d'individuation», une maturation psychologique, acquiert, dans la perspective de Campbell, une
valence spirituelle.
La fonction principale du mythe — qu'il qualifie de fonction mystique — consiste à nous mettre en relation avec cette énergie, avec le mystère du monde, qui est aussi, ajoute-t-il, le mystère même de notre être.
Campbell considère la religion comme une forme évoluée de la mythologie, son prolongement dans l'histoire: elle est simplement, à son avis, l'intégration de la mythologie dans les différentes cultures. Toute religion, possède ses mythes, ses récits sacrés. Les religions dites «primitives» sont fondées sur de tels récits. Quant aux «grandes religions», elles ont aussi leurs récits religieux — leurs mythes — mais se réclament principalement de la parole d'un prophète, d'un visionnaire ou d'un dieu; elles se disent «révélées». Les religions dites «du Livre» s'inscrivent dans l'histoire mais aussi la transcendent car elles revendiquent une création divine, une Révélation et chacune proclame son universalité. S'il ne rejette pas cette dimension, qui à son avis relève de la théologie, Campbell ne l'intègre cependant pas à son discours sur le mythe et la mythologie car son approche se veut scientifique et non théologique.
À plusieurs reprises dans ses écrits, Campbell s'élève avec véhémence contre une interprétation trop littérale des mythes et des symboles, en particulier dans la tradition judéo-chrétienne. Une lecture littérale et historique des récits sacrés du christianisme dépouille, à son avis, les mythes de leur vrai sens et de leur dynamisme. Alors qu'ils sont conçus pour évoquer la réalité spirituelle, les symboles bibliques, si on les concrétise, perdent leur référence essentielle et entrent en conflit avec les connaissances scientifiques les plus élémentaires. Un exemple suffira à illustrer ce propos: celui de la notion de virginité mariale. Qui donc peut croire aujourd'hui qu'une vierge puise donner naissance à un enfant ? (À l'époque de sa jeunesse, dans les années 20, dans le milieu catholique irlandais américain dont il est issu, la Bible était souvent interprétée de façon littérale, comme elle l'est encore d'ailleurs dans certains milieux fondamentalistes.)
Pour Campbell, les symboles mythologiques ne sont pas inventés mais jaillissent spontanément des profondeurs de la psyché. Inversement, la connaissance des symboles conduit à celle de l'esprit humain, dont ils révèlent des puissances, des potentialités spirituelles ou, pour citer de nouveau Huxley, «des processus à jamais déployés dans le coeur de l'homme». La pensée de Campbell rejoint ici celle de Lévi-Strauss, qui considère que la connaissance des mythes peut donner accès à «des structures fondamentales de l'esprit humain: des processus cognitifs/symboliques sous-jacents à toute la pensée humaine»
Je peux être le héros de mon histoire.
Notre tradition occidentale, de la recherche de « Soi », rejette ‘ le parcours collectif à la suite d’un « gourou » ‘ …
Dans « la Quête du Saint Graal » qui incarne le véritable état d’esprit de l’homme occidental, on raconte l'histoire d'un jour quand les chevaliers de la cour d'Arthur se sont réunis dans la salle de banquet avant d’être servi. Il était la coutume qu'aucun repas ne devait être servi sans connaître la nouvelle aventure ... A cette occasion, le Graal apparut, recouvert d'une étoffe, accroché dans l'air puis se retira.
Chacun fut exalté, et Gauvain, le neveu du roi Arthur, propose un vœu. «Que tous se lancent dans la Quête du Graal, afin de le « dévoiler » . Tous s’y engagèrent … mais, et ceci est très important : « Il serait « honteux » d’y aller collectivement… A chacun d’entrer dans la forêt au point le plus sombre et qu’il choisit lui-même… ! 
Cette quête est personnelle : Spirituellement, nous devons tous chercher le Graal , mais chacun pénètre dans la partie de la forêt où personne d'autre n'a frayer un chemin, pour nous.
Avant d’aborder cette aventure, - et nous en sommes le plus souvent à un point où nous n’avons même pas acquis les « outils » ou les « armes » du chevalier – il faut nous préparer… !
Ma tradition, ma religion m’offrent tout ce qui est nécessaire :
C’est à l’intérieur de notre mythologie que nous pouvons trouver le chemin de notre quête.
Sur ce schéma de la « Quête » Quelques personnalités contemporaines ont débroussaillé la réflexion : bien sûr, Carl Gustav Jung, et plus récemment Joseph Campbell ( 1904-1987 ).
Campbell a analysé le parcours des héros mythiques, et il remarque que, quelle que soit l’époque et la culture dans lesquelles ils vivent, ils sui
vent un parcours contenant au moins une partie d’un schéma commun. Egalement, des œuvres plus contemporaines : les trilogies Star Wars, Matrix, et le Seigneur des Anneaux collent de très près à ce schéma archétypal.
Selon Campbell, les héros ont une fonction très importante, car ils permettent de véhiculer des moyens universels pour s’émanciper et pour s’épanouir.
<- Campbell s’est dit inspiré par le personnage principal de « Babbitt » ( de Harry Sinclair Lewis (1885 –1951) : romancier et dramaturge américain majeur des années 20 et 30. En 1930, il fut le premier américain à recevoir le prix Nobel de littérature. ) dans la dernière page du livre, se lamente :
« De toute ma vie, jamais je n’ai fait une seule chose que j’ai réellement voulue ! Je ne crois pas avoir accompli quoi que ce soit si ce n'est d'avoir réussi à subsister. Je me rends compte que je n’ai pas fait la moitié du quart des choses qu'il m'ait été possible de faire. Eh bien, peut-être accomplirez-vous plus de choses. Je n'en sais rien. Mais j'éprouve une sorte de plaisir honteux de savoir que vous saviez ce que vous vouliez faire et que vous l’avez réalisé. Bien, ces gens ici essayeront de vous intimider, et de vous rabaisser. Dites-leur d’aller au diable ! Je vous soutiendrai. Prenez ce travail à l’usine, si c'est ce que vous désirez. Ne soyez pas effrayé par votre famille. Non, ni par les habitants de Zénith. Ni par vous-même, comme je l'ai été. Avancez, vieil homme ! Le monde est à vous ! »
L'accés au " monde du sens ", par le mythe
Prométhée, apporte « la connaissance » aux hommes, et c’est – parmi les conséquences – le contenu de la boîte de Pandore qui se répand … !
Nous avons, pour la gloire du dieu « Raison », raillé toute croyance et brisé la fragile construction de sens, que les traditions avaient
fondée…
Il est vrai et c’est facile de le constater au procés de l’histoire, que la bêtise s’était propagée sous le couvert du religieux, mais aujourd’hui notre monde consumériste et matérialiste a relégué l’ensemble du monde spirituel, dans les fosses de l’obscurantisme … Etc …
Aujourd’hui, ce qui nous sauve, c’est que cet « espace-temps » spirituel ( le monde du sens ) , ne se dissoudra jamais totalement ( malgré le marché du développement personnel, les dérives sectaires …etc ), dans le monde gouverné par les lois du marché, et sa forme de rationalité … En effet, ce désir de sens, cette recherche de l'entrée dans le " monde du sens" caractérise l'humain, et s'observe tout au long de l'histoire au travers de l'exploitation des archétypes ... ( j'ai du mal à trouver la bonne formule ...! )
Le christianisme, lui-même, a longtemps « collaboré » au pouvoir d’une pensée unique, à tel point qu’aujourd’hui encore - religion et spiritualité - paraissent pour beaucoup opposés … ! Ce n'est pas sans raisons qu'aujourd’hui encore, le monothéisme ( en général ) est accusé d’être à la source de la violence … !
Dépassons, ces constats historiques, et reconnaissons en chaque homme, le désir de sens… Ce « monde du sens », n’est pas « illusion » ; à l’inverse, et c’est le cœur du message bouddhiste, c’est de ce monde qui semble si réel, qu’émane les illusions que nous plaçons au centre de nos vie … !
Pour explorer ce « monde du sens » , il est nécessaire, pour les occidentaux et les cartésiens que nous sommes - en tout cas pour ce que je suis moi - … de commencer l’aventure par un voyage dans nos mythes … En effet, mon esprit a besoin de réveiller son cœur…
Le « symbole » est la pierre angulaire » de cette méthode par les mythes ( "la Mythode" : selon Luc Bigé ) .
« Lors de cette exploration l’espace intérieur du chercheur se substitue au laboratoire de recherche ; le sens esthétique remplace le sens pratique, la subtilité se substitue à la force ; le non-effort et l’acceptation de l’inconnu priment sur l’effort et l’accomplissement d’objectifs assignés ; le lâcher prise marque la victoire alors que la conquête est l’indice de l’échec ; la coopération devient de plus en plus une évidence naturelle alors que les restes de l’esprit de compétitivité marquent l’inaccomplissement de l’unité du réel. » Luc Bigé.
L'avent et la quête ...
Etes-vous sûr que ce n’est qu’une légende ?
Sur la « terre
gaste », aux paysages désolés, l’horizon n’annonce aucun espoir… C’est là, cependant, que l’homme en quête, si son cœur s’y prête, se laisse conduire…
Attiré jusqu’au fond de gorges, il arrive devant un étang.
Puis ...
A l’heure du repos de l’âme, derrière la brume, apparaît le château.
Pour s’y rendre, il est
nécessaire de laisser métaux et contrariétés, et de nuit traverser - jusqu’à l’autre rive - le cours du temps…
Ici, et maintenant :
La figure du Roi selon Jacqueline Kelen.
Poète, aventurier, amoureux ou chevalier, méditant ou voluptueux… les hommes convergent vers une figure centrale : celle du Roi.
Le roi, parce que celui qu’on dénomme ainsi dans les contes ou les mythes incarne la perfection et la totalité… Seul et rayonnant, il est circulaire et centré…
Il est le juste ou parfait; le magnanime ou le Vertueux. Il s’efface, il a l'humilité du puissant…
Il est cet homme souverain, jamais statique, toujours vibrant et voyageant sur terre et dans l’au-delà ; cet homme si vaste qu’il est à lui seul un monde.
Il prend tout à cœur, et il a cœur de remédier au malheur du monde. Non seulement il œuvre pour l’éternel, mais il œuvre sur cette terre.. Sa puissance n’est pas de domination mais de compassion et de service…
Le souverain est si lié à son royaume que la terre dépérit si lui-même s’affaiblit. Sa responsabilité s’avère donc immense : là est son seul titre de gloire. Rien ne saurait lui être étranger, indifférent. Il vit dans la ferveur, dans l’abime de la douleur, comme dans l’exaltation de la joie.
Le Roi représente le Dieu en soi… Fréquenter la beauté, se vouloir du roi ( rex, regis ), imiter Jésus ( François de salle )…
On n’a rien trouvé de mieux jusqu’ici pour développer sa sensibilité et accroître ses vertus… Si ce n’est par l’éducation, il reste l’immense ressources des livres, des contes, des œuvres d’art, il reste le silence et la réflexion solitaire.
« L’éternel masculin » de Jacqueline Kelen.
Le Graal : « cette coupe fabuleuse qui procure guérison aux hommes affligés et verdoiement de la Terre Gaste. C’est la coupe débordante du Cœur, aussi bien. Ce Cœur empli
d’amour et de vaillance que le chevalier du Greco désignait d’un geste subtil …(…. ) Qu’y a t-il à l’intérieur du Graal ? A l’intérieur de soi ? quelle vision d’éternité procure
t-il, au regard de quoi plus rien d’autre n’est important. Car le Graal, on ne peut le saisir, seulement le refléter. Il est une invitation à l’alchimie intérieure, à la
transfiguration… »
« Il ya en chaque homme un Perceval, un Galaad par qui le vieux roi doit retrouver vigueur et joie. La blessure à la hanche du roi pêcheur désigne nettement une atteinte à sa
virilité, une perte d’énergie qui entraine le dépérissement du royaume. »
« Tant qu’il y aura des chevaliers en quête du Graal, de cette dimension intérieure d’harmonie et d’amour qu’évoque aussi la lampe d’Aladin, notre monde
continuera de tourner comme la table ro
nde du roi Arthur. Et même, si on ne pose pas la juste question en assistant au cortège, même si on ne
retrouve pas la route du château où attend le roi pêcheur, du moins aura t-on essayé et ce faisant on aura transmis le mot de passe, le Graal ne sera pas oublié. Il ne s’agit pas tant de
conquérir le Graal que de le garder vivant, en mémoire. Aussi ces chevaliers de toujours, chastes et amoureux, sages et hardis, secrets et fervents, demeurent les colporteurs de
l’inoubliable. »
Jacqueline Kelen.
Le Graal et le "Royaume".
Le Graal est à l’âme ( la psyché), ce que le Royaume est à l’esprit... Je rappelle que selon l’enseignement de Pères, l’humain est « chair », c’est à dire : corps, âme ( psyché) et esprit (pneuma ). Et c’est la chair, avec un « corps glorieux », qui est appelée à ressusciter.

Le chevalier Galaad est le correspondant - inventé ( imaginaire, rêvé …) donc réel ( parce que découvert …) – de Jésus, né en Galilée, puis mort ( et ressuscité …), ce Jésus des Evangiles qui me montre la voie ( et qui est lui-même Le Chemin…) et qui donne un sens à la vie ( ll est La Vie .. !).
Note : La voie du chevalier, est une proposition chrétienne... Elle pourrait sans-doute se conjuguer en une proposition musulmane ( par exemple...)... La Voie, n'est pas exclusive...
De Jésus et Galaad, c’est bien sûr, Lui – L’Homme Jésus, le plus ''réel ''… Mais, d’une humanité qui, me semble souvent hors de ma mesure… D’un Amour qui attend trop de moi ; si je m'imagine pouvoir en faire un modèle …
Rejoindre le chevalier et travailler dans ses pas, c’est trouver le compagnon d’âme.
Apprendre avec lui, à forger ses outils ( son épée ). Etre l’apprenti des règles symboliques qui régissent l’idéal que partagent d’autres compagnons d’arme.
Tomber, souvent, à terre, dans la fange des passions humaines … et toujours, se relever, avancer …
Il y a dans les mythes, les contes, tous les mystères que contiennent notre psyché. Pour ce qui me concerne, la méthode - pour pratiquer le Chemin qu’est le Christ – s’enrichit d’une connaissance symbolique… Cette « connaissance de soi » n’est pas qu’intellectuelle, elle est opérative par la pratique du conte ( et plus encore profondément par le mythe …) et précisément du Conte du Graal …
La gloire du chevalier s’exprime autant dans le combat, que dans l’allégeance qu’il fait à sa dame. « dans tous les récits initiatiques, le héros masculin représente à la fois le corps et l’âme ( les sens, la sentimentalité, le psychisme )tandis que la femme représente l’esprit ( sapience, intelligence du cœur, le pneuma) »
Jacqueline Kelen ( auteure à lire à tout prix …!) …
n comprend que dès le moyen-âge, l’Eglise ait essayé de faire de la Dame, la personnification de l’Eglise romaine ou de Marie… Mais la « fin’amor » ne méprise pas le corps… Le chevalier chevauche entre la cité terrestre ( ou le jardin… ) et la Jérusalem céleste… Entre chair et « corps glorieux »…
On voit, là, dans la question du féminin ; tout ce que l'Eglise n'a pas réussi à intégrer... mais nous ne sommes qu'au XXIe siècle … ! Le Christianisme n'existe pas encore …
Le Fin'Amor... et l'Amour...
En découvrant, par le hasard
des lectures, l’art des troubadours…
Je lis que "dans une bulle de 1245, le pape innocent IV qualifie, la langue provençale, de langue hérétique et en interdit l'usage aux étudiants" (Fauriel, T.
I, p. 54)...! Rien de moins ...!
Je parviens à saisir toute la radicalité et la nouveauté de la « fin’Amor » occitane… Je retrouve dans cette exaltation du ‘désir’, un objet similaire à celui de la Quête du Graal…
Cet « idéal amoureux » est devenu un art des passions secrètes et maitrisées…
Selon Jean Verdon ( historien, professeur à l’université de Limoges ) : on distinguait, durant cette longue période ( du Moyen-âge ) de mille ans, l’amor (passion violente, charnelle et dangereuse pour l’Eglise) et la caritas (amour chrétien, fraternel).
Au cours du Haut Moyen Âge, les textes n’utilisent pas le mot amor dans un sens positif. L’affection est exprimée par d’autres mots….
Pour Jean Verdon, La « fin’amor » serait un rapport sublimé entre deux êtres (ou dit autrement un « amour spirituel ») qui recherche le désir sans jamais l’assouvir… Elle ne s’accomplit pas dans le mariage, elle est l'expression d'un désir d'absolu indépendant des codes établis…
Les troubadours trouveront sans doute, dans l’hérésie cathare, matière à leur inspiration… Si le monde matériel est mauvais, le manichéisme méprise le corps et professe la chasteté tandis qu’il idéalise l’âme… La dame, à la beauté absolue, manifeste le divin …
L’Eglise condamne l’expression de cet amour courtois à plusieurs reprises . Effectivement, non seulement elle promeut le mariage, mais de plus ne le justifie qu’en vue de la procréation … Césaire évêque d’Arles (470-543) dit que le mariage n’est voué qu’à la procréation et surtout pas à l’amour de la femme.
Cette pensée courtoise imprègnera
le siècle ; le symbole christianisé de la coupe du Graal - qui a recueilli le sang du Christ - prend une valeur féminine et devient l'objet d'une quête fervente. Bernard relit le
Cantique des cantiques et oppose à la fin'amor la mystique de l'Amour divin ( 1129 ).
J’aimerais connaître ce que dans les temps anciens et plus encore, l’humain entendait par le mot « amour »… Est-ce lié à la représentation que nous avions du féminin.. ? J’entends dire que l’amour serait né au XIIème siècle avec les troubadours, mais qu’en était-il à l’époque de l’écriture du « Cantique des cantiques » .. ?
La quête, comme une traversée du quotidien...
Le présent, c’est le quotidien. Vivre, c’est être au présent du quotidien.
Job face
aux calamtés
Aspirer au confort. Positiver. Enrayer la maladie. Tenir la forme et Ignorer la mort. Faire le vide - autour de soi- de ce qui est éprouvant …
Les ténèbres de l’ignorance, du mal, de l’angoisse… sont à éviter dans un présent qui se voudrait épanouissant, zen …
Aujourd'hui, c’est ainsi, qu’il est si difficile d’assumer son « éternel masculin ».
La quête chevaleresque n’est pas tendance .. !
Cette quête n’a pas pour objet de délivrer l’actualité - de la guerre, la souffrance et la mort ! Cette « recherche » n'atteint le soi que pour l'assumer, et faire œuvre pour le monde ( le Soi ). Le malentendu serait de se tromper d’objet : servir le soi ( égo )… alors qu’il s’agit de s’oublier pour apprendre à « connaître » le « Soi divin » … Ici, la connaissance, n’a rien d’un « savoir » qui ne sert que soi.
« Traverser l’épais, l’opaque permet de devenir subtil »… Traverser ce labeur, le héros, se
l’impose lui-même : ( laborare et orare ). Le labeur, s’oppose au travail dans le sens où celui-ci est une obligation morale ( les honneurs ), sociale ( l’argent ).
« Avoir des problèmes », nous entraine à tout faire pour les résoudre. Le héros, n’a pas de problèmes : - Il traverse des épreuves … «
L’épreuve offre une occasion de grandir, de se découvrir, de se transformer .. (…) le danger, le combat, la solitude, la maladie, le deuil, n’apparaissent au héros ni comme des problèmes, ni
comme des échecs, ni même comme des obstacles à la poursuite du voyage ; ils font intégralement partie du voyage, ce sont des portes à traverser…» Jacqueline Kelen
Je reconnais, dans la " Recherche " de Marcel Proust, un tel voyage héroïque... Seul, malade, dans sa chambre, il ( et le poète en général ) refait héroïquement, sa quête artistique, en retraversant par l'écriture - une vie qui apparut, dans ce quotidien bourgeois, sans intérêt ...
René DAUMAL
L’éternel féminin et l’éternel masculin, dans la Quête.
Il est une chance d’être homme. Je précise, de genre masculin… De la quête, à la flânerie… plaisirs de voir. La « recherche » non pas seulement d’un
temps perdu, mais de l’ « l’éternel »… Il est un chemin d’art et de beauté, que de contempler « la feminité » : un tout autre genre - éternellement inaccessible
-
« La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. » Baudelaire : l’écrivain continue ainsi :
« Ainsi il va, il court, il cherche. Que cherche-t-il ? À coup sûr, cet homme, tel que je l’ai dépeint, ce solitaire doué d’une imagination active ( …) a un but plus élevé que celui d’un pur flâneur, un but plus général, autre que le plaisir fugitif de la circonstance.
Cet élément transitoire, fugitif, dont les métamorphoses sont si fréquentes, vous n’avez pas le droit de le mépriser ou de vous en passer. En le supprimant, vous tombez forcément dans le vide d’une beauté abstraite et indéfinissable, comme celle de l’unique femme avant le premier péché. »
Cet élan
vers le « beau », m’autorise à voir, au travers même du « plaisir fugitif de la circonstance » et sans le mépriser, le « contingent » comme partie intime de
« l’éternel »… Un peu comme, si – alors - nous méprisions le corps pour n’espérer que les grâces de l’esprit.. !
L’éternel masculin, se reconnaît dans la vigueur héroïque nécessaire à la quête. L’homme au cœur aventureux, Perceval, rencontre un « roi pêcheur » qui lui, est blessé dans sa virilité, dans son corps..
La Femme est éveilleuse, initiatrice et aussi fatale - elle doit faire partie du destin du héros, pour qu’il s’accomplisse .
« La plus grande idéalité qu’une femme puisse éveiller chez un homme, c’est au fond la conscience de l’immortalité. » Kierkegaard
Avertissement: Attention, je ne réduis pas la femme d'aujourd'hui au " Féminin "...
Je parle " symbole " ... et l'évocation que j'en fais est parcellaire. L'Humain est complexe, et ses traces
sociales, psychologiques, spirituelles ... ne sont que parcelles de la Vérité ...