la quete du graal
L'avent et la quête ...
Etes-vous sûr que ce n’est qu’une légende ?
Sur la « terre
gaste », aux paysages désolés, l’horizon n’annonce aucun espoir… C’est là, cependant, que l’homme en quête, si son cœur s’y prête, se laisse conduire…
Attiré jusqu’au fond de gorges, il arrive devant un étang.
Puis ...
A l’heure du repos de l’âme, derrière la brume, apparaît le château.
Pour s’y rendre, il est
nécessaire de laisser métaux et contrariétés, et de nuit traverser - jusqu’à l’autre rive - le cours du temps…
Ici, et maintenant :
La figure du Roi selon Jacqueline Kelen.
Poète, aventurier, amoureux ou chevalier, méditant ou voluptueux… les hommes convergent vers une figure centrale : celle du Roi.
Le roi, parce que celui qu’on dénomme ainsi dans les contes ou les mythes incarne la perfection et la totalité… Seul et rayonnant, il est circulaire et centré…
Il est le juste ou parfait; le magnanime ou le Vertueux. Il s’efface, il a l'humilité du puissant…
Il est cet homme souverain, jamais statique, toujours vibrant et voyageant sur terre et dans l’au-delà ; cet homme si vaste qu’il est à lui seul un monde.
Il prend tout à cœur, et il a cœur de remédier au malheur du monde. Non seulement il œuvre pour l’éternel, mais il œuvre sur cette terre.. Sa puissance n’est pas de domination mais de compassion et de service…
Le souverain est si lié à son royaume que la terre dépérit si lui-même s’affaiblit. Sa responsabilité s’avère donc immense : là est son seul titre de gloire. Rien ne saurait lui être étranger, indifférent. Il vit dans la ferveur, dans l’abime de la douleur, comme dans l’exaltation de la joie.
Le Roi représente le Dieu en soi… Fréquenter la beauté, se vouloir du roi ( rex, regis ), imiter Jésus ( François de salle )…
On n’a rien trouvé de mieux jusqu’ici pour développer sa sensibilité et accroître ses vertus… Si ce n’est par l’éducation, il reste l’immense ressources des livres, des contes, des œuvres d’art, il reste le silence et la réflexion solitaire.
« L’éternel masculin » de Jacqueline Kelen.
Le Graal : « cette coupe fabuleuse qui procure guérison aux hommes affligés et verdoiement de la Terre Gaste. C’est la coupe débordante du Cœur, aussi bien. Ce Cœur empli
d’amour et de vaillance que le chevalier du Greco désignait d’un geste subtil …(…. ) Qu’y a t-il à l’intérieur du Graal ? A l’intérieur de soi ? quelle vision d’éternité procure
t-il, au regard de quoi plus rien d’autre n’est important. Car le Graal, on ne peut le saisir, seulement le refléter. Il est une invitation à l’alchimie intérieure, à la
transfiguration… »
« Il ya en chaque homme un Perceval, un Galaad par qui le vieux roi doit retrouver vigueur et joie. La blessure à la hanche du roi pêcheur désigne nettement une atteinte à sa
virilité, une perte d’énergie qui entraine le dépérissement du royaume. »
« Tant qu’il y aura des chevaliers en quête du Graal, de cette dimension intérieure d’harmonie et d’amour qu’évoque aussi la lampe d’Aladin, notre monde
continuera de tourner comme la table ro
nde du roi Arthur. Et même, si on ne pose pas la juste question en assistant au cortège, même si on ne
retrouve pas la route du château où attend le roi pêcheur, du moins aura t-on essayé et ce faisant on aura transmis le mot de passe, le Graal ne sera pas oublié. Il ne s’agit pas tant de
conquérir le Graal que de le garder vivant, en mémoire. Aussi ces chevaliers de toujours, chastes et amoureux, sages et hardis, secrets et fervents, demeurent les colporteurs de
l’inoubliable. »
Jacqueline Kelen.
Le Graal et le "Royaume".
Le Graal est à l’âme ( la psyché), ce que le Royaume est à l’esprit... Je rappelle que selon l’enseignement de Pères, l’humain est « chair », c’est à dire : corps, âme ( psyché) et esprit (pneuma ). Et c’est la chair, avec un « corps glorieux », qui est appelée à ressusciter.

Le chevalier Galaad est le correspondant - inventé ( imaginaire, rêvé …) donc réel ( parce que découvert …) – de Jésus, né en Galilée, puis mort ( et ressuscité …), ce Jésus des Evangiles qui me montre la voie ( et qui est lui-même Le Chemin…) et qui donne un sens à la vie ( ll est La Vie .. !).
Note : La voie du chevalier, est une proposition chrétienne... Elle pourrait sans-doute se conjuguer en une proposition musulmane ( par exemple...)... La Voie, n'est pas exclusive...
De Jésus et Galaad, c’est bien sûr, Lui – L’Homme Jésus, le plus ''réel ''… Mais, d’une humanité qui, me semble souvent hors de ma mesure… D’un Amour qui attend trop de moi ; si je m'imagine pouvoir en faire un modèle …
Rejoindre le chevalier et travailler dans ses pas, c’est trouver le compagnon d’âme.
Apprendre avec lui, à forger ses outils ( son épée ). Etre l’apprenti des règles symboliques qui régissent l’idéal que partagent d’autres compagnons d’arme.
Tomber, souvent, à terre, dans la fange des passions humaines … et toujours, se relever, avancer …
Il y a dans les mythes, les contes, tous les mystères que contiennent notre psyché. Pour ce qui me concerne, la méthode - pour pratiquer le Chemin qu’est le Christ – s’enrichit d’une connaissance symbolique… Cette « connaissance de soi » n’est pas qu’intellectuelle, elle est opérative par la pratique du conte ( et plus encore profondément par le mythe …) et précisément du Conte du Graal …
La gloire du chevalier s’exprime autant dans le combat, que dans l’allégeance qu’il fait à sa dame. « dans tous les récits initiatiques, le héros masculin représente à la fois le corps et l’âme ( les sens, la sentimentalité, le psychisme )tandis que la femme représente l’esprit ( sapience, intelligence du cœur, le pneuma) »
Jacqueline Kelen ( auteure à lire à tout prix …!) …
n comprend que dès le moyen-âge, l’Eglise ait essayé de faire de la Dame, la personnification de l’Eglise romaine ou de Marie… Mais la « fin’amor » ne méprise pas le corps… Le chevalier chevauche entre la cité terrestre ( ou le jardin… ) et la Jérusalem céleste… Entre chair et « corps glorieux »…
On voit, là, dans la question du féminin ; tout ce que l'Eglise n'a pas réussi à intégrer... mais nous ne sommes qu'au XXIe siècle … ! Le Christianisme n'existe pas encore …
Le Fin'Amor... et l'Amour...
En découvrant, par le hasard
des lectures, l’art des troubadours…
Je lis que "dans une bulle de 1245, le pape innocent IV qualifie, la langue provençale, de langue hérétique et en interdit l'usage aux étudiants" (Fauriel, T.
I, p. 54)...! Rien de moins ...!
Je parviens à saisir toute la radicalité et la nouveauté de la « fin’Amor » occitane… Je retrouve dans cette exaltation du ‘désir’, un objet similaire à celui de la Quête du Graal…
Cet « idéal amoureux » est devenu un art des passions secrètes et maitrisées…
Selon Jean Verdon ( historien, professeur à l’université de Limoges ) : on distinguait, durant cette longue période ( du Moyen-âge ) de mille ans, l’amor (passion violente, charnelle et dangereuse pour l’Eglise) et la caritas (amour chrétien, fraternel).
Au cours du Haut Moyen Âge, les textes n’utilisent pas le mot amor dans un sens positif. L’affection est exprimée par d’autres mots….
Pour Jean Verdon, La « fin’amor » serait un rapport sublimé entre deux êtres (ou dit autrement un « amour spirituel ») qui recherche le désir sans jamais l’assouvir… Elle ne s’accomplit pas dans le mariage, elle est l'expression d'un désir d'absolu indépendant des codes établis…
Les troubadours trouveront sans doute, dans l’hérésie cathare, matière à leur inspiration… Si le monde matériel est mauvais, le manichéisme méprise le corps et professe la chasteté tandis qu’il idéalise l’âme… La dame, à la beauté absolue, manifeste le divin …
L’Eglise condamne l’expression de cet amour courtois à plusieurs reprises . Effectivement, non seulement elle promeut le mariage, mais de plus ne le justifie qu’en vue de la procréation … Césaire évêque d’Arles (470-543) dit que le mariage n’est voué qu’à la procréation et surtout pas à l’amour de la femme.
Cette pensée courtoise imprègnera
le siècle ; le symbole christianisé de la coupe du Graal - qui a recueilli le sang du Christ - prend une valeur féminine et devient l'objet d'une quête fervente. Bernard relit le
Cantique des cantiques et oppose à la fin'amor la mystique de l'Amour divin ( 1129 ).
J’aimerais connaître ce que dans les temps anciens et plus encore, l’humain entendait par le mot « amour »… Est-ce lié à la représentation que nous avions du féminin.. ? J’entends dire que l’amour serait né au XIIème siècle avec les troubadours, mais qu’en était-il à l’époque de l’écriture du « Cantique des cantiques » .. ?
La quête, comme une traversée du quotidien...
Le présent, c’est le quotidien. Vivre, c’est être au présent du quotidien.
Job face
aux calamtés
Aspirer au confort. Positiver. Enrayer la maladie. Tenir la forme et Ignorer la mort. Faire le vide - autour de soi- de ce qui est éprouvant …
Les ténèbres de l’ignorance, du mal, de l’angoisse… sont à éviter dans un présent qui se voudrait épanouissant, zen …
Aujourd'hui, c’est ainsi, qu’il est si difficile d’assumer son « éternel masculin ».
La quête chevaleresque n’est pas tendance .. !
Cette quête n’a pas pour objet de délivrer l’actualité - de la guerre, la souffrance et la mort ! Cette « recherche » n'atteint le soi que pour l'assumer, et faire œuvre pour le monde ( le Soi ). Le malentendu serait de se tromper d’objet : servir le soi ( égo )… alors qu’il s’agit de s’oublier pour apprendre à « connaître » le « Soi divin » … Ici, la connaissance, n’a rien d’un « savoir » qui ne sert que soi.
« Traverser l’épais, l’opaque permet de devenir subtil »… Traverser ce labeur, le héros, se
l’impose lui-même : ( laborare et orare ). Le labeur, s’oppose au travail dans le sens où celui-ci est une obligation morale ( les honneurs ), sociale ( l’argent ).
« Avoir des problèmes », nous entraine à tout faire pour les résoudre. Le héros, n’a pas de problèmes : - Il traverse des épreuves … «
L’épreuve offre une occasion de grandir, de se découvrir, de se transformer .. (…) le danger, le combat, la solitude, la maladie, le deuil, n’apparaissent au héros ni comme des problèmes, ni
comme des échecs, ni même comme des obstacles à la poursuite du voyage ; ils font intégralement partie du voyage, ce sont des portes à traverser…» Jacqueline Kelen
Je reconnais, dans la " Recherche " de Marcel Proust, un tel voyage héroïque... Seul, malade, dans sa chambre, il ( et le poète en général ) refait héroïquement, sa quête artistique, en retraversant par l'écriture - une vie qui apparut, dans ce quotidien bourgeois, sans intérêt ...
René DAUMAL
L’éternel féminin et l’éternel masculin, dans la Quête.
Il est une chance d’être homme. Je précise, de genre masculin… De la quête, à la flânerie… plaisirs de voir. La « recherche » non pas seulement d’un
temps perdu, mais de l’ « l’éternel »… Il est un chemin d’art et de beauté, que de contempler « la feminité » : un tout autre genre - éternellement inaccessible
-
« La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. » Baudelaire : l’écrivain continue ainsi :
« Ainsi il va, il court, il cherche. Que cherche-t-il ? À coup sûr, cet homme, tel que je l’ai dépeint, ce solitaire doué d’une imagination active ( …) a un but plus élevé que celui d’un pur flâneur, un but plus général, autre que le plaisir fugitif de la circonstance.
Cet élément transitoire, fugitif, dont les métamorphoses sont si fréquentes, vous n’avez pas le droit de le mépriser ou de vous en passer. En le supprimant, vous tombez forcément dans le vide d’une beauté abstraite et indéfinissable, comme celle de l’unique femme avant le premier péché. »
Cet élan
vers le « beau », m’autorise à voir, au travers même du « plaisir fugitif de la circonstance » et sans le mépriser, le « contingent » comme partie intime de
« l’éternel »… Un peu comme, si – alors - nous méprisions le corps pour n’espérer que les grâces de l’esprit.. !
L’éternel masculin, se reconnaît dans la vigueur héroïque nécessaire à la quête. L’homme au cœur aventureux, Perceval, rencontre un « roi pêcheur » qui lui, est blessé dans sa virilité, dans son corps..
La Femme est éveilleuse, initiatrice et aussi fatale - elle doit faire partie du destin du héros, pour qu’il s’accomplisse .
« La plus grande idéalité qu’une femme puisse éveiller chez un homme, c’est au fond la conscience de l’immortalité. » Kierkegaard
Avertissement: Attention, je ne réduis pas la femme d'aujourd'hui au " Féminin "...
Je parle " symbole " ... et l'évocation que j'en fais est parcellaire. L'Humain est complexe, et ses traces
sociales, psychologiques, spirituelles ... ne sont que parcelles de la Vérité ...
Le Graal et la Quête, aujourd’hui.
Retour vers la Quête et son Objet…
Je parcours, à nouveau, - rapidement - l’oeuvre de CG Jung. Et je découvre, grâce à la Quête du Graal, Emma Jung...
- Perceval, figure totémique de ce que je suis, est confronté à un double embarras.
- La problématique de la relation « féminin-masculin », imagée par ces extrémités que sont le désir brutal et l’idéalisation (
amour courtois, et culte marial ) : L’anima.
- L’expérience religieuse qui cohabite avec l’existence du
mal. Le mal inhérent à la nature humaine et le mal que Dieu, n'empêche pas… : L’ombre.
-
La Coupe correspond à la vie spirituelle capable de recevoir le sang du Christ, c’est à dire cette sagesse présente dans le cœur de Jésus. Ainsi, le Graal reçoit
les grâces d'en haut et les communique à ce qui est en-dessous.
La réalité du sens donné au Graal est oublié, voire perdu. Perceval, s’il Le recherche sans le savoir, n’en a pas " la connaissance " et omet de le questionner : Qui sert-il ?
L’homme est ainsi spirituellement isolé…
- J’en suis là, à revenir – en quête du Graal – trop tôt aperçu, et définitivement inscrit dans le cœur.
* Le chevalier, est un héros ... hanté par une voix qui dit que la question et la réponse se trouvent dans un lieu caché ( derrière les définitions et les expressions qui répondent à l'esprit ).
* Et, la quête, c’est l’histoire d’une perte, qui se continue d’âge en âge …
L’un des chemins, vers le Graal,
pourrait être la compassion, ( pour le roi blessé.. ) Ainsi, le Christ crucifié en appelle à réveiller nos cœurs à l’Amour, et donc à tourner notre esprit, des préoccupations brutes de la vie
dans le monde, à des valeurs proches du don de soi … Serait-ce une explication à la souffrance ? Seule la compassion, l’Amour, peut transformer l’homme.

- La Quête du Graal constitue aussi, et surtout, une image de cette lente et douloureuse maturation intérieure que Jung appelle le processus d'individuation. Se mettre en quête, ne serait-ce pas en définitive s'ouvrir à la réalisation du Soi, autrement dit accueillir en son vase intérieur l'incarnation de la divinité ?
Le conte du Graal est une pédagogie pour aborder cette Quête.
Plus précisément : dans ma vie, « des événements comparables ( à ceux du conte ) se produisent dans la vie quotidienne où certaines situations se répètent inlassablement sous des formes différentes. Tout d’abord, elles apparaissent fortuites et dépourvues de sens, à l’image des aventures de Perceval. Mais si notre attention est mise en éveil ( par la répétition de telles coïncidences …) et si nous les examinons avec soin, nous noterons qu’elles sont, en général, l’expression multiforme d’une situation spécifique qui persistera jusqu’à ce que sa signification soit saisie et que son objectif soit réalisé.
Par un effort sans cesse renouvelé, et dans des conditions souvent inhumaines, le héros surmonte les échecs et les dangers, et cherche à accomplir la grande et belle tâche qui lui était assignée dès sa naissance. L’histoire de Perceval illustre parfaitement cet effort. Au départ, la chevalerie ne constituait pour lui qu’un objet de convoitise. Puis, au travers de nombreuses erreurs, il mûrit lentement et épouse son destin en devenant le meilleur des chevaliers, le seul qui puisse conquérir le Graal. » ( LA LEGENDE DU GRAAL de Emma Jung et Marie Louise von Frans)
Rencontrer Dieu: - le Graal - M.M. Davy
est de rentrer au-dedans afin d’y rencontrer soi-même.
Ecoeuré d'amour
Que
d ‘Amour ! … Sur des blogs; mais aussi dans les églises, les temples… La solution est simple : il suffit de s’aimer ! Alors, je vous aime … ?
Tout en rose, des cœurs partout … C’est facile, et écœurant … C'est superficiel...!
Attention ! Idéologie… ! Car ce comportement nie l’existence.
Nous ne pouvons pas vivre dans un monde aseptisé, trop beau, trop
pur… Totalitaire !
Le chevalier est un pèlerin. Il ne rêve pas son existence. Il se sait mortel et imparfait. La vie est une quête ; le travail, la peine, les efforts, la chute et quelques victoires sont le lot quotidien. Il n’est pas une star ; il s’engage, il a des ennemis …
Je ne nie pas, l'Amour. L'Amour est divin, et la vertu humaine.
Je voudrais pouvoir aimer ... Je crois que j’ai en moi la possibilité d’être ‘bon’. Je crois que je suis capable d’être
libre, et d’aimer. De sorte que ma quête n’est pas un chemin de mort, mais un chemin de vie. Un chemin de passio
n …
Le chevalier appartient à la cité. La quête du Graal, correspond à une recherche d’idéal et de perfection, non de moi, mais de l’humanité. Pourtant, cette recherche ne passe que par un travail de purification sur soi. Un chemin vers le centre - de mon être et – de l’Humanité...