la quete du graal
1900 – L'occultisme - Lady Caithness (1)
Beaucoup de femmes trouvent de l'intérêt à la mouvance théosophique, quant à leur ''émancipation '' dans la société et aussi, pour celles qui y accèdent, pour leur sexualité.
En effet, ''On'' considérait que le corps féminin était un obstacle au développement spirituel .. ! Et des femmes, comme Lady Caithness, développent un discours différent...
Lady Caithness, présidente de la société théosophique de Paris, est née Maria Mariategui en 1830 a Londres, de père espagnol et mère anglaise (catholique), les deux appartenant a des familles de la haute aristocratie... Elle se marie en 1853, avec le comte de Medina Pomar. Elle est veuve en 1868, et commence à s'intéresser au spiritisme...
En 1872 elle se marie en secondes noces avec James Sinclair, comte de Caithness, appartenant a l'une des familles les plus anciennes, et riches, de l'Ecosse. Elle publie alors '' Old Truths in a New Light,'' sa vision personnelle de la tradition occulte.
En 1877 se produit l’événement de de sa vie spirituelle: elle reçoit dans son domaine de Holyrood, en Ecosse, une révélation provenant de l'esprit désincarné de Mary Stuart (1542-1587). Elle reçoit alors des communications par la voie mediumnique – de Mary Stuart – des années durant...
Portée par les idées féministes qui circulent dans les milieux spiritualistes ; vers 1879, elle s'éloigne de son mari, et s'installe a Paris... Son mari meurt en 1881, la laissant héritière de son patrimoine : femme libre et riche …
Elle se lie en particulier avec Anna Kingsford ( 1846-1887) et Edward Maitland (1824-1897), qui font des longs séjours chez elle tant a Paris qu'a Nice. Des séances spirites se tiennent régulièrement chez elle ...
Entre 1883 et 1884 elle fonde la ''Société Théosophique d'Orient et d'Occident '', une branche française de la Société Théosophique de Mme Blavatsky.
Lady Caithness va mourir d' une crise d' asthme en 1895, a 1'âge de soixante-cinq ans. Son corps est inhumé avec des funérailles catholiques.
Ci-dessous: Un message de Marie, reine d'Écosse, avec son monogramme.

Examinons, à présent, quelques aspects de la pensée de Lady Caithness :
- Pointons l'importance pour elle du thème de la réincarnation ( alors qu'elle tient à rester dans le christianisme...)... Elle va tenter de contrecarrer l'aspect antichrétien de l’œuvre de Mme Blavatsky. A noter que, parmi les participants à ses soirées mondaines il y avait aussi un bon nombre de prélats et d'hommes d’Église...
- Un autre aspect important est celui du messianisme. Un messianisme féminin : les signes d'une ''fin des temps'' sont là : une nouvelle ère commence, et la femme jouer un rôle important...
La société théosophique ouvre ses portes à de grandes figures féminines comme Emma Hardinge Britten, Mme Blavatsky , Anna Kingsford... Même si ces femmes se lient toujours à des personnalités masculines. Lady Caithness, elle, semble être en mesure d'affirmer son indépendance totale,surtout après la mort de son deuxième mari. A partir de ce moment elle est une femme déterminée, indépendante, riche, qui profite de sa position dans la haute société cosmopolite de son temps, et ne semble pas avoir besoin de l'appui d'un homme pour légitimer ses intérêts ou ses activités.
La Femme ou Principe féminin est au centre de sa pensée. Elle questionne l’idée que Dieu est Père et par là-même donne à la Femme une dimension spirituelle de premier ordre.
Le '' féminisme ' de Lady Caithness se manifeste surtout dans sa manière de lire les textes sacrés, et dans sa tentative de mettre en cause les interprétations théologiques traditionnelles, qui n'auraient pas attribué à la femme le rôle prééminent qui lui revenait. L'aspect féminin de la Divinité a été trop longtemps ignorés par les théologiens.
Pour ce qui est de la dimension sexuelle, certains membres de la mouvance ''occultiste'', y compris Mme Blavatsky et Anna Kingsford, défendent la valeur spirituelle de l'abstinence sexuelle, même à l'intérieur du mariage... Pour beaucoup de femmes, à cette époque, elles aspirent plus à une ''liberté du sexe', qu'à une ''liberté sexuelle'' … L'abstinence n'étant pas justifiée par des considérations de type moral, mais plus sur un discours qui porte sur la sublimation des énergies sexuelles, dirigée surtout sur le corps masculin...
Sa référence fondamentale reste la Bible. Son christianisme fait du Christ une figure universelle. Le Christ est l'un des grands maîtres de l’humanité, ainsi qu'un principe cosmique. Son lien avec le Jésus historique est de plus en plus tenu. La lecture et l’exégèse de la Bible sont de nature symbolique, et rappellent par bien des aspects l'approche de Swedenborg, qui reste une influence fondamentale de la mouvance spirite et de l’ésotérisme du XIXe siècle, particulièrement en France. Le sens littéral n'est que le sens exotérique du texte sacré, alors que son sens ésotérique n'est accessible qu'aux ''chercheurs'' ( volonté + grâce )...
La Bible n'est pas un livre d'Histoire ; dans le sens de la succession d’événements concrets qui mènent, de la chute d'Adam au pacte de l'Alliance de Dieu avec le peuple élu, puis a l'incarnation historiquement située de Dieu dans la chair d'un homme.
La Bible nous parle en revanche, par le biais de '' figures '', de l’évolution de l'âme sur son parcours vers l'illumination divine. Les personnages mêmes de la Bible représentent des stades, des passages, de ce chemin vers la perfection.
A propos d'Anne-Laure de Sallembier
Anne Laure de Sallembier (1875-1951), la petite-fille de Charles Louis de Chateauneuf, a effectivement pris la suite de ''la Quête''... En particulier, depuis le lien qu'elle a pu faire entre son "trésor" qu'elle tient de ses aïeux et ses expérience spirituelles, ses rencontres, ses voyages... Je rappelle ses origines...
Anne-Laure, unique héritière d'une riche famille de négociants qui a fait fortune dans le commerce des tissus au long du XIXe siècle, épouse le Comte de Sallembier, aristocrate – de trente ans de plus qu'elle - qui après une vie de célibataire longue et épicurienne, a su (?) monnayer son titre...

La généalogie indiquerait en amont de ces négociants en toile une Mlle Adélaïde Haton de la Goupillière devenue Mme Vétillard, morte à Pontlieue le 30 décembre 1800 ; et dont le mari faisait commerce de toiles....
* A noter: un peu plus tard, nous retrouverons Julien Napoléon Haton de La Goupillière (1833-1927) qui est un savant français, directeur de l'École des mines de Paris de 1887 à 1900, président de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale de 1888 à 1892 et de la Société mathématique de France en 1890, et vice-président du conseil général des mines de 1900 à 1903. Il était doyen de l'Académie des sciences.
La première génération – en Mayenne - négocie la toile de lin.. Puis, le coton va se substituer au lin. La famille ne s'occupe pas à cette époque de tissage mais seulement de négoce et de finition des tissus. Une autre génération ajoute la fabrication de coutils et calicots, puis intervient en tissant et assurant sa totale finition. Le négoce est ainsi doublé d'une réelle activité industrielle.
Autour de 1850, le grand-père est membre de la Chambre consultative, lieutenant de la Garde Nationale. Un peu plus tard juge de commerce... Avant, enfin, de monter à Paris...

Louis-Ferdinand Vétillard, devient un notable commerçant de Paris. Il fut juge du Tribunal de commerce de Paris et membre de la Légion d'Honneur...

Il est propriétaire de biens immobiliers ( la moitié de son patrimoine...) , et d'une propriété à Villeneuve le Roi. Ce domaine a environ 110 ha, comporte une belle demeure et divers bâtiments d'habitation et d'exploitation, ainsi qu'un parc composé de bois et faisanderie. La succession montre également qu'elle est composée de rentes 3 et 4,5 % et divers chemins de fer ; elle est située dans les 1 % des plus grosses successions parisiennes.
Louis-Ferdinand Vétillard, le père d'Anne-Laure, va épouser Cécile-Joséphine J. (la fille de Charles-Louis de Chateauneuf et de Mme J. .. Ils auront donc une fille : Anne Laure ....

En cette fin du XIXe siècle, Anna Laure a su rénover et moderniser le château de Fléchigné, propriété de sa mère…..

Le Blason de Fléchigné : d'argent, à la bande de gueules, et deux trèfles de sinople...
Ce château se situe dans le ' Passais ' ( le passage, la marche...) à la croisée de trois règions historiques, au sud du duché de Normandie, contre la Bretagne et le Maine. Non loin de la place forte de Domfront et de Lassay les Châteaux ... Nous trouvons, non loin également, Barenton, le site de la Fosse Arthour, Sept-Forges, Saint-Fraimbault...

Alors qu'Anne-Laure est jolie, et riche...; elle repousse tous les prétendants qui se pressent...
Enfin; à la grande surprise de ses proches, elle accepte l'hyménée avec un vieil homme: le comte de Sallembier.
Anne-Laure, unique héritière d'une riche famille de négociants qui a fait fortune dans le commerce des tissus au long du XIXe siècle, épouse donc le Comte de Sallembier, aristocrate – de trente ans de plus qu'elle - qui après une vie de célibataire longue et épicurienne, a su (?) monnayer son titre … Le 10 Décembre 1900, elle met au monde un fils, qu'elle appelle Lancelot... Quelques années après son mariage, Georges de Sallembier, meurt subitement d’une fièvre typhoïde, à Paris...

Lorsque Anne-Laure et ses parents résidaient à Paris, elle eut la chance de vivre de nombreux moments privilégiés avec son grand-père Charles-Louis... C'était comme s'il vivait déjà dans un autre monde, et qu'il le lui faisait découvrir en le parcourant au moyen d'histoires... Ces histoires ne ressemblaient pas à celles que l'on raconte aux enfants pour les endormir... Non, celles-ci provenaient d'un temps parallèle au nôtre, qui avait eu son existence et la continuait... Il avait laissé des traces, des signes au-travers d'objets que l'on pouvait encore découvrir ci-ou-là dans des maisons, des églises, des châteaux, des musées ...etc ... Ces histoires réveillaient l'esprit, l'envie de connaître ; elles enchantaient l'âme en lui faisant découvrir son véritable lieu d'épanouissement …
Quand Charles-Louis parlait de l'Autre Monde, Anne-Laure entendait le Vrai-monde ; celui d'où elle venait, et où elle allait …

Son grand-père lui contait d'étranges histoires où se côtoyaient des fées, et des humains ; des gobelins et des paysans, des diables, des sorcières, des prêtres, des seigneurs .... L'histoire devenait bien plus qu'un conte ou une légende. Le ton, le réalisme déployé, en faisaient un enseignement de plus en plus sérieux, avec l'aide d'ouvrages, de gravures pour finalement – toujours - aborder le sujet essentiel de la Quête ; celle qu'animait secrètement les plus exemplaires de ses personnages... Cela commençait toujours au plus près de sa vie, en '' Passais'' ; ou souvent en Limousin – quand il était enfant – le relief était plus tourmenté, les routes carrossables inexistantes, des ''chemins creux'' entre forêts et tourbières, des villages isolés surmontés d'un château …
Une chapelle abandonnée gardait un secret. Seule une croix gravée rappelait qu'ici s'établissait une commanderie... Alors, le grand-père Charles, sortait l'anneau , ou une croix de fer... qui prouvaient que ceci n'était pas qu'une histoire ….

En grandissant, la petite Anne-Laure fut initiée à la légende arthurienne... Légende, signifiait qu'il ne servait à rien de consulter certaines personnes à son sujet ; il s'agissait d'une Histoire pour ''initiés''... cela se passait souvent en Bretagne ( la grande...) ou de l'autre côté du Rhin, en province allemande. Il n'était pas question alors de petite Bretagne, et encore moins de Brocéliande ( ou si peu …)
Elle se souvenait de noms: Lancelot, Viviane, Morgane... qui aujourd'hui encore la transporte dans un ''outre-monde'', un monde parallèle qui pour ceux qui sont attentifs croise parfois le nôtre...
Et puis, bien sûr, il y Parsifal; qui en ce début du siècle évoque davantage le personnage de Wagner et de Eschenbach... comme nous venons de le voir...
Voyage en Allemagne – Parsifal et Wagner -
Anne-Laure de Sallembier est sortie bouleversée de la représentation de Parsifal... C'est comme si un événement capital avait eu lieu ; quelque chose en elle s'est accompli : « Cette œuvre a atteint le fond de mon âme ; mais je ne sais pas encore ce qu'elle peut me révéler... »

Elle eut l'impression d'avoir assisté à une sorte d'initiation, à un mystère... Celui de la Rédemption...
Elle se demande si la beauté de cette œuvre ne toucherait pas à l'essence même de la religion... ?

C'est comme si elle avait ressenti - après la nuit et les larmes de la souffrance - la fraîcheur, la paix d'un nouveau jour sous la protection d'un amour divin...
Pendant le spectacle, Anne-Laure passe de la terreur aux frissons suaves, de la fascination à l'extase …
Le spectacle s'adresse d'abord à l'intuition par le symbole … Puis, ce que l'intuition ressent, est confirmé par ce que la raison comprend.... Elle retrouve là quelque enseignement de Bergson ...
La musique de Wagner, pénètre dans le corps, on a du mal à dominer ses impressions... Il y a la tentation de la volupté, mais on sent toujours, en même temps, l'aspiration de l'âme verts le haut...
A Montsalvat le Graal est à l'abri d'un temple inaccessible ; confié à la garde d'hommes simples et purs à qui Il donne un pouvoir surhumain. Ils gardent aussi la Lance, mais la lance est passée au pouvoir de l'Ennemi, et le Graal est menacé... La Lance est - comme - à l'avant-poste du Graal …
Je retranscris ici, quelques notes, qui concernent surtout des images, de la musique
Acte I :

* « On voit passer le roi Amfortas couché sur sa litière, se rendant au bain. Kundry, la séductrice, apparaît sous une de ses personnalités. Vêtue comme une sorcière sauvage, elle apporte un baume mystérieux pour le roi malade. Mais son demi-repentir ne suffit pas à l’affranchir, et Klingsor peut s’empare d’elle à volonté pour l’employer au service de ses œuvres de ténèbres. » (...)

« Gournemans assis sous un grand arbre, raconte aux jeunes écuyers groupés autour de lui l’histoire des malheurs récents du Graal et des souffrances du roi Amfortas depuis qu’il a succombé à la séduction d’une magicienne. Soudain, vibre dans l’air le bruit d’une flèche décochée et un beau cygne s’abat expirant à quelques pas du groupe. Les écuyers se précipitent et amènent le coupable devant Gournemans. Parsifal, car c’est lui, regarde effaré;il ne comprend pas ce qu’on veut de lui. »
« Pendant que l’âme de Parsifal s’éveille au sentiment de la pitié pour le cygne, l’orchestre fait entendre les motifs qui, plus tard, seront associés aux scènes les plus religieuses et en particulier à celle de la communion dans le temple du Graal. (…) le procédé musical de Wagner vient renforcer la signification ésotérique de l’idée... » (...)
« L’audition de ces motifs, jointe à la vision de la scène, fait pénétrer instantanément dans le cerveau de l’auditeur cette idée que la communion de l’âme avec le divin et la rédemption qui en est la conséquence, ne peuvent s’accomplir qu’en respectant la loi d’amour qui unit dans une solidarité absolue toutes les parties de l’Univers... » (...)
« C’est en vain que Gournemans interroge Parsifal. Il ne sait rien, ni qui il est, ni d’où il vient. Mais Kundry, la sorcière, révèle sa naissance. Elle apprend à Parsifal que sa mère est morte de chagrin parce qu’il l’a abandonnée.

* « L’orchestre fait entendre le motif de la magie, qui tout au long de l’oeuvre souligne la perte du libre arbitre... (...)
« Gournemans qui vaguement entrevoit que ce naïf enfant des bois pourrait être « le Simple, le Pur » dont l’arrivée a été prédite au Roi pécheur, entraîne Parsifal du côté du Temple. C’est ici que se trouve ''la montée au Graal'': . Cette partie musicale de l’oeuvre est celle qui m’apparaît comme la plus profondément ésotérique ( c'est à dire : à comprendre par l'intuition, avant la raison...), parce que le génie du maître semble avoir exprimé en ces surhumaines harmonies le mystère de l’évolution de la vie sur tous les plans de l’existence: le plan cosmique : évolution des mondes; le plan matériel terrestre : évolution de l’homme; le plan spirituel : évolution de l’âme. » (...)
« Le décor commence à se mouvoir de gauche à droite de façon à donner l’illusion de la marche. Insensiblement les voûtes de la forêt se changent en masses montagneuses. L’obscurité envahit la scène. Au milieu des harmonies puissantes de l’orchestre qui montent et s’enflent comme les vagues de l’Océan, on entend cette phrase cadencée de Gournemans: «Tu vois mon fils, le temps ici devient l’espace.»
Ainsi que les personnages du drame, l’auditeur se croit transporté dans l’infini insondable. Le monde de l’illusion disparaît, nous avons dépassé les limites du temps. Dans le gouffre de la vie universelle, la loi éternelle se déroule avec les mondes qui évoluent et les humanités qui se dégagent lentement des règnes inférieurs de la nature pour s’élever jusqu’à la sphère de l’esprit.
L’orchestre seul parle, car les mots seraient impuissants à peindre le mystère qui se déroule. »

« Le motif de la marche du Graal entremêlé avec l’appel des cloches; puis les motifs de la douleur et de la pitié. Les différents crescendos qui s’accentuent comme une ascension sur des plans d’élévation successifs disent l’effort douloureux de l’univers, de la nature et de l’homme enfantant le divin.
(…) bientôt le thème du Graal s’affirme dans toute sa plénitude avec l’idée de la victoire. Puis, tout s’apaise : seules les cloches du Graal appellent les chevaliers. Ils entrent deux à deux dans le Temple. Le décor est ici à la hauteur du rêve, la vision du Maître est égalée. On se sent dans le tabernacle où s’adore l’immuable.
S'accomplit la liturgie du Graal...
Parsifal porte la main à son coeur, la vérité est devenue vie en lui. Mais.... il reste silencieux !
Désormais, quelles que soient les épreuves qu’il aura à subir, l’étoile du Graal le guidera. La lumière a pénétré jusqu’au fond de son âme. Gournemans peut le chasser hors du Temple, il saura y revenir. »
Au deuxième acte,
« Le prélude du deuxième acte prépare l’auditeur à pénétrer dans le royaume de la magie où s’agitent et se démènent les forces élémentaires, semi-intelligentes, au moyen desquelles Klingsor exerce ses enchantements diaboliques. Rien de plus coloré que cette phrase du début. On dirait une chevauchée de furies. Puis, sur une basse qui semble peindre le chaos des éléments, des traits rapides se dessinent, semblables à des salamandres sillonnant la nuit. » (...)

« Kundry sort d’un gouffre, enveloppée d’une vapeur blanche sous laquelle apparaît sa beauté radieuse.
Au moment où Kundry s’éveille, Klingsor étouffe sa conscience spirituelle et, par la suggestion exercée sur le quatrième principe, ou l’âme animale, il enfonce le dard du désir dans la chair qui commence à tressaillir. (...)
(…) surgit un jardin enchanté, où la séductrice, cachée derrière un bosquet de plantes tropicales, attend l’arrivée de Parsifal. (…) la scène ravissante des filles-fleurs. Rien de plus chastement voluptueux... (…) C’est un trait caractéristique de l’oeuvre de Wagner que l’idée du mal y est toujours représentée d’une façon frappante, sans jamais souiller l’âme par la vulgarité des tableaux ou la lascivité des attitudes. À quelle hauteur se livre la lutte ! On le comprend au premier appel de Kundry : « Parsifal !… »
« Ces trois notes évoquent un monde de pensées ; l’effet en est saisissant. Il dit tant de choses, ce nom prononcé en ce moment, et souligné par les divers motifs de l’orchestre. Il évoque la vaste forêt, les jours de l’enfance, la tendresse maternelle, les rêves de l’adolescent, son pressentiment du Graal ; tout ce-la voluptueusement enveloppé de chauds effluves qui émanent de la séductrice. « Je t’ai vu dans ton berceau de mousse », lui dit-elle. Puis, elle lui décrit les angoisses de sa mère lorsque son fils restait longtemps loin d’elle, sa joie quand elle le retrouvait, ses étreintes folles. Et, pour vaincre la pureté qui s’effarouche, elle ajoute en souriant : « Ces baisers-là ne te faisaient-ils pas peur ? » Ah ! elle sait bien, la subtile magicienne, la rose de l’Enfer, que de vulgaires voluptés ne sauraient séduire le « Simple et le Pur ». Elle a touché juste en faisant vibrer la corde qui chante l’amour unique, le seul qui ne trompe pas. «Ma mère! ma mère!» s’écrie le jeune homme en s’affaissant aux pieds de Kundry. Doucement, la magicienne enlace de ses bras l’enfant qui se souvient et pleure. «L’aveu et le repentir effaceront ta faute, lui dit-elle, en se penchant vers lui, le savoir changera ta folie en raison. Apprends à connaître cet amour qui enveloppait Gamuret lorsque l’ardeur d’Herzeleide l’embrasait. L’amour qui te donna la forme et l’existence, devant lequel la mort et l’innocence reculent, qu’aujourd’hui, avec le salut suprême de la bénédiction maternelle, il te donne son premier baiser»
La séductrice se penche et pose ses lèvres sur celles de Parsifal.
Le baiser qui devait perdre Parsifal, le sauve. Il repousse les bras nus de l’enchanteresse.
« Amfortas ! » Ce cri, qui produit une impression bouleversante, n’est-il pas comme la réponse à l’appel de Kundry, un instant auparavant : « Parsifal ! »
Parsifal, toujours sous l’obsession du souvenir d’Amfortas, se représente la scène où le roi du Graal a succombé... (...)

Désormais elle n’est plus l’esclave de Klingsor qui obéit à une impulsion reçue. C’est une vraie femme en proie aux affres d’un amour méprisé, (...)
Dans son âme blessée, passionnée, mais toujours aspirante, Parsifal se confond avec le Sauveur qu’autrefois, dans une lointaine existence... etc
Il est impossible de donner avec des paroles la moindre idée de la puissance de cette scène exprimée par la musique. (…)
Après le cri «Amfortas» viennent les motifs de la souffrance et de la pitié; puis, semblables à des sifflements de l’enfer, des passages démoniaques, qui s’appliquent à l’œuvre diabolique de Kundry.
(..)
Lorsque Parsifal est à genoux, ce sont les thèmes du Graal et de la Cène qui viennent fortifier son âme contre la tentation. Dans le délire de la passion de Kundry, les harmonies rappellent le château magique avec ses ensorcellements. (...)
Klingsor tient la lance qu’il a dérobée à Amfortas ; il en menace Parsifal. L’éclair du fer reluit, mais il s’arrête au-dessus de la tête du « Simple et du Pur. » Parsifal prend la lance et dessine dans l’air un grand signe de croix. Alors jardins et palais disparaissent. Klingsor s’enfonce dans l’abîme ; les filles-fleurs jonchent le sol. Kundry s’affaisse en poussant un cri. Au fond de la scène, apparaît le sommet neigeux qui domine le Graal.
* Un prélude d’une beauté incomparable nous peint la morne tristesse qui plane sur le Graal, et ces harmonies désolées, venant après le mouvement enfiévré de la magie, font passer dans notre âme le froid de la mort. D’autres motifs nous disent la lutte anxieuse de Parsifal à la recherche du Graal et le cri de Kundry brisée et vaincue. Le moi inférieur est bien crucifié, mais l’âme spirituelle n’a pas encore reçu le baptême de la lumière céleste.

« Le troisième acte s’ouvre comme une idylle de paix et de rédemption. Nous sommes dans un paysage printanier et au milieu d’une prairie parsemée des premières fleurs, à la lisière d’une forêt ombreuse d’où s’échappe une source claire. Le vieil écuyer de Titurel, Gournemans, s’est fait anachorète. Il sort de sa hutte, car il a entendu un profond gémissement, un soupir d’angoisse derrière le buisson. Il approche et voit Kundry endormie là d’un sommeil léthargique. Il la relève inerte comme un cadavre, lui frotte les mains et l’asperge d’eau. Enfin elle ouvre les yeux. Gournemans, qui l’a souvent retrouvée ainsi et qui ne sait rien de sa vie de péché, remarque cette fois-ci une différence. Rien de sauvage ni de fiévreux; elle est humble et triste. Elle porte la robe brune des pénitentes,une corde en guise de ceinture, et arrange soigneusement ses cheveux épars.

(...)
« l’admirable scène connue sous le nom de Charme du Vendredi Saint. (…) Parsifal prend le flacon des mains de Kundry et le remet à Gournemans, afin de recevoir de lui l’onction sainte. « Qu’il soit purifié et lavé de toutes les souillures de sa longue course errante ! » dit le pieux chevalier, tandis que les motifs les plus doux passent comme des brises d’amour sur les têtes inclinées. Puis, au moment où Gournemans prononce ces mots : « Ainsi l’heure est venue, ton front je le bénis et Roi je te salue ! » le motif de Parsifal vainqueur éclate avec une force triomphante et se termine en un grandiose fortissimo sur le thème du Graal. Parsifal puise de l’eau dans le creux de sa main et la répand sur la tête de Kundry en disant : « Ainsi j’accomplis mon premier devoir, reçois l’eau du baptême, et crois en ton Sauveur qui t’aime. » - Kundry s’affaisse aux pieds de Parsifal et pleure.
Le bruit de ses sanglots étouffés qui se mêle à la phrase adorable de la Foi, pénètre l’âme d’une émotion indicible. (...)
« même effet de décor qu’au premier acte. Toute la scène semble se mouvoir, mais en sens inverse. Cette montée au Graal, bien différente de la première, exprime par la musique le désespoir de l’heure actuelle, la mort de Titurel. (...)
Amfortas ne peut échapper à sa souffrance, car son repentir n’a pas changé la direction de son désir. En lui c’est l’être inférieur qui aspire toujours à la vie. Il n’a pas la force de s’élever à un état de conscience supérieur. Parsifal lui, par la pitié pour le souffrant, est monté jusqu’à la sphère de l’amour divin.
Sources : Émilie de Morsier (1843-1896) PARSIFAL de Richard Wagner
Parsifal de Wagner
Je n'ai hélas jamais vu, le Parsifal de Wagner... Je n'en ai écouté que des extraits... Alors, je n'aborderai pas l'aspect musical de l'oeuvre... Je vais seulement rapporter, l'histoire que nous conte Wagner :

En ce temps, les précieuses reliques que sont : le Graal et la Sainte-Lance, sont conservés dans une demeure inviolable et inaccessible aux profanes, sur le '' Montsalvat '', où se dresse un château élevé par le pur Titurel, et les mettre à l'abri des ennemis de la Foi... Autour de lui, une élite de chevaliers que leur pureté a rendus dignes de ces augustes fonctions, sert le Graal qui récompense ces nobles serviteurs de leur pieuse fidélité, en les investissant d’une force et d’une vaillance miraculeuses...
Klingsor, d'une contrée voisine, souhaite être admis dans cet ordre chevaleresque; mais tiraillé par le ''péché''; il ne peut faire taire ce désir qui emplit son âme... Ne pouvant y parvenir, il détruit cette force maléfique en se mutilant... Mais, cette indigne action lui ferme à jamais les portes du Château sacré... ! De plus, il reçoit de l'Esprit du mal les enseignements maudits de l’art de la magie.

Plein de haine alors contre ceux qui l’ont renié comme frère, il a employé son fatal pouvoir à transformer la lande aride en un jardin plein de délices où croissent, moitié fleurs, moitié femmes, des êtres fantastiques d’une beauté irrésistible, déployant leurs séductions pour s’appliquer à perdre ceux des chevaliers du Graal qui sont assez faibles pour tomber dans leurs pièges.
Les uns après les autres, une grande partie des gardiens du Graal se font attirer puis ensorceler par ces femmes dans les ivresses de la luxure. Tant et si bien qu’un beau jour, leur chef Amfortas, n’en pouvant plus de voir sa communauté disparaître ainsi peu à peu, a décidé de partir lui-même armé de la sainte lance pour le jardin magique dans le but d’en finir avec ce Klingsor que son père Titurel avait autrefois rejeté avec dégoût.
La chasteté forcée de Klingsor lui donnait pour accomplir le mal autant de puissance qu’une chasteté librement assumée en donnait aux autres religieux pour faire le bien. Il était parvenu à se rendre maître, grâce à cette force, d’une femme extraordinairement séduisante, sorte de réincarnation d’Hérodias et de Marie-Madeleine, aspirant elle-même à la délivrance de ses fautes et attendant cette grâce d’un être qui, enfin, saurait résister à ses charmes.
Cette femme, se nomme Kundry dans sa vie actuelle ; autrefois dans une vie antérieure, elle avait croisé sur son chemin le Christ montant au Calvaire chargé de sa croix et elle avait ri de Lui... Ensuite, elle dut porter douloureusement le souvenir du regard qu’il lui avait alors adressé... Cette femme, géniale personnification de l’éternel féminin à la fois Eve et Marie, tiraillée entre le mal et le bien, est en quête de cet amour absolu qu’elle avait entrevu autrefois dans le regard du Christ.
Kundry séduit les chevaliers; mais aussi les sert pour expier et réparer le mal qu’elle leur cause au service du mal. Amfortas, le présomptueux, armé de la lance sacrée, n’eut pas plus tôt rencontré l’ensorcelante Kundry qu’il succomba à son tour; Klingsor s’empara de la lance, il lui infligea au flanc une blessure inguérissable avec laquelle il regagna à grand peine le domaine du Graal.
Là, malgré tous les baumes et les onguents, il ne parvint jamais à se remettre de son mal et il ne cessait d’implorer le Ciel pour sa guérison.
Depuis ce temps, la confrérie auguste des chevaliers est plongée dans la tristesse et la honte, chacun d’eux prenant sa part de l’humiliation et des douleurs du roi déchu.

Le plus terrible pour Amfortas venait du fait qu’étant grand-prêtre du Graal, lui seul pouvait officier et découvrir la sainte relique, source de vie et de force pour toute la communauté, et que cette monstrance sublime lui infligeait du fait de sa faute des tortures atroces, faisant saigner sa blessure plus que jamais et anéantissant ses dernières forces.
Un jour où, prosterné devant le tabernacle, il implorait la pitié du Seigneur, il entendit une voix céleste prophétisant la guérison de sa blessure et le rachat de ses fautes par un Être tout de pureté et de miséricorde, un ''chaste'', un ''simple'', qui après avoir ravi aux mains criminelles de Klingsor la lance profanée, la rapporterait au sanctuaire, et viendrait rendre au Graal son éclat immaculé... D'un seul attouchement de la lance cicatriserait la plaie...
La ''Kundry'' créée par Wagner, apparaît tour à tour comme la servante passionnément dévouée des chevaliers du Graal quand elle est livrée à sa propre nature, et comme leur ennemie acharnée, l’instrument de leur déchéance, lorsque, subissant malgré elle le magique ascendant de Klingsor, elle se transforme en une femme « effroyablement belle » et devient le moyen de séduction le plus irrésistible des jardins enchantés. Les pieux chevaliers ignorent cette double nature et ne voient en elle qu’un être bizarre, malade, indompté, dont les fréquentes et longues absences, précédées d’un profond sommeil, correspondent toujours à un nouveau malheur venant fondre sur eux ; mais c’est elle qui a séduit, et perdu Amfortas, et c’est sur elle encore que compte le sorcier pour faire sombrer la vertu du ''chaste fou'' promis. Effroyables missions contre lesquelles l’infortunée se révolte ; aussi la voit-on sombre et angoissée chaque fois qu’elle sent s’appesantir sur ses yeux le lourd sommeil hypnotique dans lequel la plonge Klingsor lorsqu’il veut la soumettre à son odieuse puissance.

Acte I : Une forêt aux environs du château du Graal situé sur une montagne inaccessible. Gurnemanz attend, entouré de jeunes chevaliers, l'arrivée du roi Amfortas. Gurnemanz ( basse) est un vieux chevalier du Graal, ayant servi sous les règnes de Titurel et d’Amfortas.
Apparaît Kundry ( soprano), elle tient une fiole contenant un baume – pour le roi, afin d'apaiser ses souffrances - qu'elle est allée quérir en Arabie...
Soudain, un cygne percé d'une flèche s'abat au sol, mort. Consternation de Gurnemanz, des chevaliers et des pages : les animaux, en particulier les cygnes, sont sacrés sur les terres du Graal.
Et, surgit le jeune Parsifal (ténor), spontané, ignorant de tout et notamment du mal... Le jeune homme ignore tout, sauf qu'il a une mère nommée Herzeleide. Kundry raconte son histoire : sa naissance, sa rencontre avec des chevaliers .....

Le sage Gurnemanz, pressent qu’il pourrait être le sauveur tant attendu. Les cloches de Montsalvat appellent à la cérémonie du service du Graal. Gurnemanz propose au nouveau venu de l’accompagner, ils s’éloignent ensemble.
Scène 2, dans la grande salle du château: Hélas, la torpeur du jeune homme pendant la célébration du Graal, provoque son renvoi.
Acte II : En haut d'une tour de son château, Klingsor se tient à côté de ses instruments de magie. Il tire de son sommeil Kundry, qui était revenue jusqu'à lui, et qui s'éveille en poussant un hurlement. Klingsor sait qu'un jeune héros dangereux approche : il ordonne à sa créature de le séduire et de le perdre, comme tous les autres auparavant....

En son jardin féérique où les filles fleurs séduisent pour les perdre les chevaliers du Graal, Klingsor, enjoint la diabolique Kundry de charmer Parsifal. Elle lui prodigue un voluptueux baiser.. Ce baiser transperce Parsifal d'une douleur folle : « Amfortas ! La blessure ! » : dans un dévoilement, il comprend tout. La compassion pour la souffrance du roi du Graal lui apporte la révélation de la connaissance. Il repousse Kundry. Devant son refus elle le maudit, le réduisant à errer loin de Montsalvat. Parsifal triomphe de Klingsor appelé au secours par Kundry, il récupère la lance.. En un instant, le château de Klingsor disparaît et le jardin merveilleux se transforme en désert aride. Kundry est effondrée : « Tu sais où me retrouver », lui dit Parsifal, qui s'en va pour tenter de retrouver Montsalvat.

Acte III : Une prairie en fleurs, en lisière d'une forêt, dans la gloire du printemps ; une source, une hutte appuyée sur un amas de rochers. C'est le Vendredi Saint ; des années plus tard. Un ermite sort de la hutte : c'est Gurnemanz, encore vieilli, pauvrement vêtu de la robe en ruines de chevalier du Graal.
Au terme de son chemin initiatique, arrive Parsifal, sous les traits d’un chevalier en armure noire, ramenant enfin la sainte lance.
Amfortas ne désirant plus que la mort, néglige le rite du calice, et les chevaliers, privés de réconfort divin, dépérissent. Titurel (basse), le père d’Amfortas, lui-même a succombé. Parsifal se reproche de n'avoir pas su éviter ce désastre. Étreint par la douleur et l'épuisement, il est au bord de l'épuisement...
Kundry, dans un acte de pénitence, comme la prostituée de l’évangile, lave et oint d’un parfum les pieds de Parsifal, avant de les essuyer de ses cheveux.
Gurnemanz, baptise Parsifal et lui donne l’onction, faisant de lui le nouveau prêtre roi de Montsalvat. Son premier office est de baptiser Kundry qui s’endort dans le sommeil de la mort et du pardon.

La scène finale, se passe dans la grande salle de Montsalvat, devant la dépouille de Titurel.
Parsifal s’avance vers Amfortas, pose la lance sur la blessure qui se referme. Enfin il annonce que le Graal sera désormais exposé pour tous et pour toujours. Il aura par la suite un fils, Lohengrin…
Mais là c’est une autre histoire !
Réflexion autour du Mythe ( et du Graal) , avec Schelling...

Au XIXème siècle ( et déjà à la fin du XVIIIe s.) , des philosophes, des écrivains craignent que la '' Raison '' n'étouffe la sensibilité, l'imagination, la passion, le sentiment religieux... Revenir au ''moi'', au génie individuel ; c'est aussi se révolter contre le despotisme de l'état et de la religion, contre les conventions sociales... Ce mouvement se nomme '' Sturm und Drang '' …
Ces premiers philosophes du Sturm und Drang sont d'ailleurs des théologiens plus ou moins en rupture d'église... Hamann (1730-1788), Herder (1744-1803) …
Ce sera alors, Goethe... et Friedrich Schiller, qui a quinze ans l'année où paraît Werther...

Friedrich Höderlin (1770-1843) rencontre Hegel et Schelling, au célèbre séminaire de théologie de Tübingen... Poète de l'idéalisme allemand, admirateur de Kant... Dans un syncrétisme des mythes, il explore la cosmologie et l'histoire pour trouver un sens en ce monde incertain.
Un mysticisme de la nature : Chez Schelling, le Moi n'est plus la seule mesure de l'univers. Le monde qui nous entoure s'anime, révèle à l'initié ses mystères, son langage, son âme. La nature se dresse comme un temple...
En même temps certaines découvertes récentes de la physique et de la chimie, en particulier l'étude du magnétisme et du galvanisme, viennent alimenter l'imagination des romantiques : la Nature et l'Esprit deviennent les deux pôles de signes contraires qui s'attirent et aspirent à l'union, au mariage cosmique qui ramènera l'âge d'or dans le monde.
Ludwig Tieck (1773-1853) redécouvre la poésie du Moyen Âge et s'en inspire dans une série de contes : Les Quatre Fils Aymon, Mélusine, Barbe-Bleue.
Le Conte : « (…) le réel, le temps (passé/présent), les lieux, les individualités (récurrence du thème du Double) ne sont plus garantis par des frontières sûres. Tieck applique ce même principe, participant d'un processus ironique théorisé au sein du Cercle d'Iéna par Freidrich Schlegel ou Novalis, à ses productions dramatiques du tournant du siècle. Il reste à ajouter que cette propension qu'a Tieck à brouiller la perception du lecteur préfigure l'Unheimlichkeit du Marchand de sable de E.T.A. Hoffmann, et que l'auteur d'Eckbert est généralement considéré comme le précurseur du conte fantastique allemand qu'incarnera en son plus haut point Hoffmann. » ( Wiki)
Pour Schelling, les dieux sont pour l'art, ce que les idées sont pour la philosophie... Tout art est mythologique.

Le Graal, représente une Idée... grandiose et trouble … Le Graal, comme œuvre d'art totale contient un désir d’immortalité et d’éternité... À travers lui, l’homme cherche à transcender sa contingence pour s’élever à l’égal de Dieu. De plus, le Graal unifie autour de lui : le moi, la collectivité et le monde.

Pour Schelling, la nature est l’Esprit encore inconscient de lui-même, et moi comme penseur, je me dois de la délivrer de sa gangue et de la faire parler comme si elle venait à la conscience … Fasciné par la beauté de la Nature, l’œuvre d'art n’est donc que la fascination de l’esprit pour sa propre vérité ensevelie dans le silence des choses :
« Ce que nous appelons Nature est un poème dont la merveilleuse et mystérieuse écriture reste pour nous indéchiffrable. Mais si l’on pouvait résoudre l’énigme, on y découvrirait l’Odyssée de l’esprit qui, victime d’une remarquable illusion, se fuit, tout en se cherchant, car il n’apparaît à travers le Monde que comme le sens à travers les mots » (Système de l’idéalisme transcendantal).
La Critique de la faculté de juger est publiée en 1790. Kant évoque lui aussi « le langage chiffré » de la Nature... Schelling s'interroge sur la véritable énigme, la présence de la réalité finie ; et non pas la présence de l'Absolu qui ne peut jamais, par définition, devenir objet de mon savoir...

Pourtant …. L'efficacité du mythe, est bien de réduire la distance entre les deux … ?
«Tu vois, mon fils, ici (dans le temple du Graal) le temps devient espace». Parsifal de Wagner ; cet espace sauve du temps et de la mort …
Claude Lévi-Strauss a entendu cette formule comme « la définition la plus profonde qu on ait jamais donnée du mythe»... »
N'oublions pas que c'est avec Schelling, que nous commençons à prendre les mythes au sérieux ; et admettre que l'homme s'est servi beaucoup plus de la pensée mythique que de la raison. Le mythe est né bien avant la philosophie ; il a fourni à l'homme une manière de penser le monde ; et, il est un élément de la Vérité …

La mythologie, s'est engendrée « dans la vie elle-même, et il a bien fallu qu’elle fût quelque chose de vécu et d’éprouvé» Schelling.
Le thème du Graal, s'est lui-même inscrit dans la Légende arthurienne. Il s'inscrit d'abord dans le mythe celtique puis nourrit la notion chrétienne de la misère de l'homme... De la ''Bretagne'' – avec le retour attendu du Roi Arthur - , à l'humanité – avec le Christ - ...
Aussi, le mythe d'Arthur illustre un christianisme fort teinté de paganisme …
Dans la Philosophie de la Révélation, Schelling considère le christianisme de la même façon qu'il a considéré la mythologie...
Avertissement au sujet de ce Blog:
A la demande de quelques lectrices et lecteurs de ce blog, je précise l’objectif de ce blog :...

La Quête de Perceval, est ici centrée bien sûr autour du Graal... Le Moyen-âge, la Légende arthurienne et donc le Graal ont alimenté les représentations de cette quête tout au long de notre histoire...

Selon les époques, les représentations du Graal ont évolué, même si le corpus symbolique est resté le même...
Selon les époques, la Quête s'est nourrie de philosophie et de théologie, de science et d'alchimie. Avec l'Histoire et la religion, elle a cherché à s'adapter, et traverser les crises sans transiger sur le fond, l'essentiel... représenté par le Graal ….

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Mes articles concernent la Quête d'un personnage, projeté à différentes époques... Avec Roger de Laron au XIIIe et XIVe siècles, Louis-Léonard de la Bermondie au XVIIIe siècle, et avec Charles-Louis de Chateauneuf, dans la 1ère moitié du XIXe siècle … Ils sont tous les trois issus d'une même lignée de seigneurs limousins... Sur ce blog, je raconte dans le contexte culturel qui leur est propre, et chacun nourri de la légende arthurienne ( sur laquelle je reviens régulièrement...) leur histoire très singulière …
Bonne Quête, à vous ...
La Quête, et l'Amour courtois au XIXe siècle

Après une métaphore pour dire la Quête du Graal, et ''le secret'' à travers l'image de l'amour adultère... En voici une autre, avec la 'fin amor' ( la fine , la subtile …) et référence au Moyen-âge redécouvert en ce XIXe siècle … Au cœur toujours de la Quête : l'analogie à la relation ''homme-femme''...
Il n'est pas anodin, de relever le retour au Moyen Age ( du XIXe s.) , à travers les romans de chevalerie et la fin’amor et qui témoigne finalement du sens du mot ''Romantique '' défini par Madame de Staël dans De L’Allemagne :
« Le nom de romantique a été introduit nouvellement en Allemagne pour désigner la poésie dont les chants des troubadours ont été l’origine, celle qui est née de la chevalerie et du Christianisme. »

Ensuite, il faut bien remarquer avec Balzac que :
« Le système de lois et de moeurs qui régit aujourd’hui les femmes et le mariage en France est le fruit d’anciennes croyances et de traditions qui ne sont plus en rapport avec les principes éternels de raison et de justice développés par l’immortelle révolution de 1789. » - Honoré de Balzac : Physiologie du mariage ou méditations de philosophie éclectique, sur le bonheur et le malheur conjugal...
La ''Fin'amor'' s'oppose au contrat de mariage, un mariage arrangé, de raison ( convenance) et sans amour … Et où la femme a pour rôle de faire des enfants, tout en restant fidèle, bien sûr...
« Les Lenoncourt avaient perdu leurs immenses biens. Par le nom, monsieur de Mortsauf était un parti sortable pour leur fille. Loin de s’opposer à son mariage avec un homme âgé de trente cinq ans, maladif et vieilli, mademoiselle de Lenconcourt en parut heureuse. » Honoré de Balzac : Le Lys dans la vallée.
« Nos femmes légitimes nous doivent des enfants et de la vertu, mais elles ne nous doivent pas l’amour. » Honoré de Balzac : Le Contrat de mariage dans La Comédie humaine,
Bref ! Les enjeux sociaux qui cadrent le mariage de raison au XIXe siècle n’ont pas beaucoup changé depuis le Moyen Age... ! Laissons là, le mari....
![]() Félix, Henriette et le comte de Mortsauf dans le salon de Clochegourde |
![]() Félix baisant la main d'Henriette de Mortsauf |
L’amant, lui, se transforme en effet en un chevalier dont l’amour et la passion sont les seules devises. Il est au service d’une dame qu’il courtise et vénère. Cette image est clairement et volontairement mise en avant par Balzac dans Le Lys dans la vallée à travers l’exemple du Chevalier de la triste figure auquel Félix se compare et se réfère pour décrire sa passion et son attachement à sa propre Dulcinée...
Ce qui fait en outre de l’amour de Félix et d’Henriette un amour courtois, c’est que les deux protagonistes se sont promis de s’aimer d’un amour platonique, sincère, pur et qui refuse de se rabaisser pour exiger une quelconque récompense. C’est l’amour qu’Henriette exige en tout cas de Félix.

Oui, l’amour conjugal est radicalement exclu de l’amour courtois... André Le Chapelain s’appuie sur l’autorité de la comtesse de Champagne (Lettre de la comtesse de Champagne, Traité de l’amour courtois) : « Nous affirmons comme pleinement établi que l’amour ne peut étendre ses droits entre deux époux ». Les amants, en effet, s’accordent mutuellement toute chose gratuitement, sans qu’aucune obligation les pousse. Les époux, au contraire, sont tenus par devoir d’obéir réciproquement à leurs volontés et ne peuvent en aucune façon se refuser l’un à l’autre ». Une autre raison avancée par la comtesse, est que l’amour conjugal ne connaît pas la véritable jalousie. » Introduction de Charles Buridant au Traité de l'amour courtois d'André le Chapelain.
Une autre attitude moins ''chevaleresque '' dans Le Rouge et le noir ; déçu par les sentiments confus de Mademoiselle de La Mole à son égard, peu de temps après leur entrevue nocturne, Julien, désespéré, tente de tuer Mathilde avec une vieille épée du Moyen Âge qui était conservée à la bibliothèque :
« - J’ai horreur de m’être livrée au premier venu, dit Mathilde en pleurant de rage contre elle-même.
- Au premier venu ! s’écria Julien, et il s’élança sur une vielle épée du moyen âge qui était conservée dans la bibliothèque comme une curiosité… »
Il hésite, il se ravise … (...)
« Mlle de La Mole le regardait étonnée. J'ai donc été sur le point d'être tuée par mon amant ! se disait-elle.
Cette idée la transportait dans les plus beaux temps du siècle de Charles IX et de Henri III. »
Stendhal, Le Rouge et le noir.

On a dit que ''L'Amour courtois'', a été découvert ''découvert'' par Gaston Paris (1839-1903) ... Il relève l'idée de l'exaltation : ce plaisir venu de l’attente et de la non satisfaction du désir qui excite et agite l’imagination. Il note aussi que la gente féminine alliée au pouvoir est - dans ce cadre - souvent de condition supérieure à celui qui la convoite... L'homme cherche à devenir, à tout prix, le favori de la dame, au risque de se perdre dans ce jeu littéraire d’un désir à jamais inassouvi, ou même de se faire chasser de la cour par le seigneur en cas de dépassement des bornes...
Dans la chevalerie initiatique, l'image du chevalier et de sa dame, est couramment utilisée pour signifier le rapport entre moi ( armuré de mes certitudes...) et de mon âme...
La fin a-mor, est aussi une confrontation à la mort... Dans le désir d'amour, tout à la volonté de la Dame, le moi s'abandonne.
La rencontre avec E. Quinet – le Graal et le mythe.
Charles-Louis de Chateauneuf reçoit comme un immense privilège l'attachement du professeur Edgar Quinet (1803-1875) à son égard...
Beaucoup de choses les rapprochent : le goût pour le Moyen-âge, pour les philosophes allemands et pour Madame de Staël... E. Quinet est franc-maçon. Loin d'être athée ; s'il est anti-clérical, il reste attaché à la foi chrétienne... On lui reproche d'ailleurs, à lui, et à beaucoup de maçons, un certain ''illuminisme'' ( nous sommes encore au milieu du XIXe siècle...)
Nous reviendrons plus tard sur ''la religion d'Edgar Quinet'' ...
Pour l'heure, Charles-Louis, parle à l'historien; pour lui faire état du parcours des ses aïeux : Roger Laron, J.- L.de la Bermondie... etc … et lui explique sa quête autour du Graal, et des templiers...
Edgar Quinet, connaît bien Heidelberg, c'est au cours d'un de ses séjours, qu'il a rencontré son épouse Minna... Minna qui tente de décrire à Charles-Louis, les paysages qui entourent Ansbach, et tout à côté Eschenbach... Malheureusement, elle ne peux rien dire du château de Montsalvage, cité par Wolfram von Eschenbach, dans son Parsival... Edgar et Minna sont beaucoup plus prolixes sur le beau château de Heildelberg...
Le couple Quinet, écoute avec beaucoup de plaisir, les explications sur la signification, pour Charles-Louis de ce que peut signifier cette Quête : « La recherche du 'Graal', c'est la recherche de la 'Présence' du Christ... » explique le jeune homme...
De même que le Graal peut se matérialiser par une Coupe, ou par une Pierre; la Présence se comprend et se représente selon diverses formes...

Parler de Présence de Jésus, alors que - personnage historique - il est mort ; c'est exprimer par la foi : qu'il est ''vivant''... Aussi, sa Présence est bien autant mystérieuse que cette du Graal ; à la différence près que la ''relique'' que représente la Coupe n'est qu'un objet ; on ne prie pas le Graal … !
Également, ''la Parole'', contenue dans la Bible, et en particulier les Quatre Evangiles, ne se modifient pas ; pourtant, la Quête du Graal, bien qu'utilisée sous les mêmes mots, est bien différente selon les époques ( comme nous l'observons ici sur ce site depuis l'époque médiévale, jusqu'à aujourd'hui), selon les cultures, et même selon les personnes....
Le Mythe est le seul mode adéquat de la connaissance religieuse.
En ce XIXe siècle, il faut rendre compte de la réflexion de nombreux théologiens allemands :
Wilheim Martin Leberecht de Wette (1780-1849), professeur à Berlin, puis à Bâle... Elève en sa jeunesse de Jakob Friedrich Fries (1773-1843), professeur à Heidelberg, libre philosophe kantien, de Wette avait beaucoup réfléchi au rôle de symbole dans la connaissance religieuse. Comme il n'est pas possible au croyant de parvenir à une connaissance de Dieu déterminée, en usant des concepts dogmatiques, inadéquats à la réalité de l 'Absolu, comme le pur sentiment l'abîme dans une sorte de vénération aveugle, seule l'organisation des symboles par le récit mythique lui permet une entrée en communication avec l'Infini.
(...)
Le mythe est « le libre jeu de l'Esprit » et que, originairement ( le mot est important) il n'est objet ni de foi ni de vénération.
La foi crée et se nourrit de mythes et de récits qui expriment comment l'humain se tient devant son Dieu, mais qui n'ont ni visée historique ni prétention dogmatique.
(…)

Si le temps des mythes est par excellence celui d'une littérature collective et orale, quoi d'étonnant à ce que la Bible ait partagé le sort commun ?
David Strauss( 1808-1874) , élève à Tübingen de Ferdinand Christian Baur, devient répétiteur au séminaire protestant de la ville, mais doit abandonner son poste après la publication du Das Leben Jesu ( la Vie de Jésus) … ( traduit en français par Émile Littré entre 1839 (tome 1) et 1853 (tome 2). ) - Ce livre a scandalisé son époque en montrant un Jésus historique et non divin et par sa vision des évangiles comme récit inconscient des premières communautés chrétiennes.
L'histoire évangélique semble fondre sous la plume de Strauss. Après tous ces déblaiements, il n'est guère possible de voir dans la Bible un autre paysage qu'un « champ de ruines », selon l'expression de Quinet...

Purger tout récit des interventions divines, miracles... c'est monter qu'on ne prend pas ces textes au sérieux, avec leur poids de foi. Le Mythe souffre de dédain dans la pensée occidentale... Heyne, Schelling et leurs disciples allemands y virent au contraire la porte d'entrée dans les cultures du passé ; mieux, le chemin d’accès à une réalité que seuls les poètes et les ''croyants'' connaissent. En admettant la dimension mythique de la Bible, les théologiens allemands mirent en meilleur jour la dimension symbolique de toute connaissance religieuse.
Les bouillonnements culturels qui se produisent outre-Rhin intriguent les français. Victor Cousin (1792-1867) décide d'aller sur place, entreprend plusieurs voyages en Allemagne de 1817 à 1824, rencontre Schleiermacher, Goethe, Creuzer et surtout Hegel, avec qui il se lie durablement. Dans ce courant de sympathie pour la culture allemande, il entraîne bientôt Michelet, puis Edgar Quinet.
Ce denier surtout fait de très longs séjours en Allemagne où il réside de décembre 1826 à 1838. Il épouse Minna la fille d'une pasteur du Palatinat. En 1827, il fait paraître la traduction de l'ouvrage de Herder : Idées sur la philosophie de l'Histoire de l'humanité (1784-1791).
(...)
Cousin et le courant spiritualiste dont il est le chef de file sont soucieux à la fois de garder à la religion son rôle dans la société et de ne pas redonner au catholicisme la situation qu'il occupait sous l'Ancien Régime. Ils le souhaitent plus ouvert et déplorent l'inertie de la théologie française devant les innovations allemandes. Le grief devient public grâce aux articles publiés par Quinet dans la Revue des deux mondes en 1838 et 1842.
Sources : La Bible en France: Entre mythe et critique, XVIe-XIXe siècle, de François Laplanche (1928-2009) : historien français, spécialiste de la pensée religieuse en France.
Le juif errant - Ahasvérus et Rachel -
![]() Minna à Grünstadt |
![]() Edgar Quinet - 1833 - |
A Heidelberg, en ce printemps 1827, Edgar Quinet rencontre Minna, il découvre la femme idéale, avec ses qualités particulières : « la sérénité, la douce et profonde paix d'une âme allemande, la fraîcheur, la sympathie, la résignation et les courage, la foi »... Il croit respirer en sa présence « le souffle même de l'Allemagne.... »... La réalité est plus tourmentée, et -en 1831 - les fiancés se séparent... Pour elle l'amour conjugal ne consiste point en un feu dévorant (Eros), mais dans le rayonnement d'une chaleur bienfaisante ( Agapé..) ; Minna cherche à préserver sa féminité, sa pudeur... Croyant le libérer, elle congédie Edgar ; mais elle se sent indissolublement liée à lui, elle l'aime dit-elle, plus qu'elle ne croit qu'il l'aime ...
Ils se réconcilient, en décembre 1833... Pourtant, Quinet s'est laissé accrocher par Miss Mary Clarke, son aînée de dix ans, sorte de pythie de salon de laquelle peut dépendre le succès social...
En 1834, il épouse Minna... Elle décédera en mars 1851... En 1852 à Bruxelles il se mariera avec Hermione Ghikère Asaky (1821-1900)
« C'est avec la présence de Minna que Quinet pourra atteindre sa vocation spirituelle ; Minna est la sibylle qui l'a délivré du grotesque et élevé au sublime. Elle lui a montré la vertu de la simplicité.. » C'est ce qu'en dit Willy Aeschimann, dans son ouvrage majeur sur Quinet : La pensée d'Edgar Quinet...
Dans Ahasvérus le personnage principal tombe amoureux de Rachel, jeune femme qu'il rencontre en Allemagne au cours de son éternel périple. Il ignore que Rachel, humble servante de Mob, est en vérité l'ange qui pleura au ciel lorsque le Christ lança sa malédiction contre lui.
Au fond d'une maison noire, à l'angle d'un carrefour, une vieille femme se chauffe dans les cendres. Près d'elle est assise une jeune fille, Rachel... La femme qui passe pour être sa mère n'est autre que Mob...
Si la politique ne vous convient plus, jetez-vous dans la religion, conseille Mob à Ahasvérus: « où la vie se passe à vivoter. »...Mais, l'Amour a éveillé en lui le désir de l'infini …
« (…) Mob, la vieille, c’est la matière qui a vécu autant que le Juif errant, et qui vieillira comme lui ; tous les mauvais instincts, tous les appétits déréglés, les inclinations matérielles, Mob les résume et les représente. La jeune Rachel représente le contraire : c’est la spiritualité, l’âme, le dévouement confiant, l’amour inépuisable, l’espérance céleste. Rachel est la servante de Mob, comme l’esprit est soumis à la matière, comme l’âme obéit au corps. Sans ces deux femmes, Ahasvérus n’est rien, avec elles il est tout : un mélange de foi et de doute, de résignation et de colère, d’amour et de haine ; c’est le véritable homme moderne, tel qu’une civilisation en marche a dû le constituer. » P. A. E. Girault de Saint-Fargeau (1839)
Ahasvérus éprouve pour Rachel de la passion : « Oui, tout est attaché pour moi à la possession de cet être délicieux ;le reste du monde est vide. Je le sais, je le connais ; les mers, les lacs, les forêts, je les ai visités ; mais il me manquait une place dans ce cœur, et c'est là qu'est l'univers ».
Rachel incarne le pardon qui est seul capable de racheter le Juif errant. C'est elle qui en partageant la douleur de son amant lui apporte compassion et consolation. « Le paradis, c'est toi », déclare Ahasvérus ; Rachel lui répond qu'elle l'aime autant que Dieu. Dans la femme l'homme découvre la possibilité de recréer l'unité perdue. « Tu es toute chose », dit Ahasvérus à Rachel, « et tout ce qui n'est pas toi n'est rien ».

Lors de la ''troisième journée '' Les scènes à Heidelberg – entre Rachel et Ahasvérus sont la transposition de ce qui s'est passé entre Minna ( la fiancée ) et Edgar : la mort de cet amour ; et avec Mob, la mort d'un certain esprit catholique. Ensuite, lors des scènes à Strasbourg, la cathédrale représente la mort du christianisme médiéval...
Dans la quatrième « journée », Quinet met en scène un monde qui est en train de mourir, l'amour qui tarit, représente la condition spirituelle de l'homme moderne...

Ahasvérus se rend compte que l'amour d'une femme ne lui suffît plus .. !
Finalement, il n'y aurait que Dieu qui pourrait remplir le vide infini de l'âme : « Pour me rendre le repos, c'est une religion nouvelle qu'il me faudrait, où personne n'aurait encore puisé. C'est elle que je cherche. C'est là seulement que je pourrai abreuver la soif infinie qui me dévore »
A son amant Rachel répond que c'est dans le Christ qu'ils pourront se perdre tous deux.
Puis, la Femme affirme que son amour est plus fort que la mort : « Avec toi », dit-elle à son amant, « sans Dieu, sans Christ, sans soleil, je te jure que je n'ai besoin de rien ».
Au jour du Jugement Dernier Ahasvérus refuse le repos que le Christ veut lui accorder ; il préfère, au contraire, repartir à la recherche d'un dieu inconnu...
A la fin de cette quatrième journée du poème, Ahasvérus et Rachel, terre et ciel, ne forment plus qu'un seul être, « archange infini », sorte d'androgyne collectif parti à la conquête de l'avenir...
Ahasvérus, homme éternel est transfiguré sous la conduite de la femme, symbole de l'esprit, de la foi, de l'espoir, selon la mystique du couple...
Sources : Willy Aeschimann: La pensée d'Edgar Quinet...
A suivre : l'histoire de Viviane, Merlin de Edgar Quinet.
Edgar Quinet - Le juif errant.
Les leçons d'Edgar Quinet (1803-1875) sur les jésuites, créent la polémique... Quinet pense qu'il est nécessaire de bousculer les idées reçues, ou pour le moins user de sa liberté philosophique...
Ses cours sont émaillés d'applaudissements ou d'incidents ; et Ch.-Louis de Chateauneuf est passionné par les débats suscités...
A la fin d'un cours, guettant l'instant où Monsieur Quinet serait enfin libre, Ch. Louis réussit à s'approcher et le questionner sur le texte médiéval Parzival de von Eschenbach : cela suffit à attirer son attention, et croiser le regard scrutateur du professeur. Ch-L de Chateauneuf explique sa quête, et son questionnement religieux à la lumière de la philosophie allemande. Quinet l'encourage, et lui donne des pistes d'investigations, comme Lessing ou Schelling.. ; enfin, ils se découvrent tous deux une passion pour Mme de Staël...
Monsieur le professeur Quinet, lui promet un entretien plus long et personnel ; mais il est attendu chez la duchesse d'Orléans … !
Puis, subitement ; il revient vers lui ; et lui confie : « il vous faut rencontrer Ahasvérus; lui, il devrait pouvoir vous dire bien des choses sur le Graal … Je suis très sérieux » … !

* Rencontrer Ahasvérus ! Le juif errant, rien de moins !
En 1602, un livret de colportage allemand : '' Histoire d'un juif nommé Ahasvérus'', décrit la vie d'un simple cordonnier juif qui prétend avoir assisté à la crucifixion du Christ.

Auparavant, déjà au XIIIe siècle, un moine bénédictin anglais Roger de Wendover raconte qu'un homme appelé Cartaphile, a frappé le Christ dans le dos pendant sa Passion, et Jésus lui aurait répondu: «Moi, je vais, et toi tu attendras jusqu'à ce que je revienne.». Puis, Cartaphile se fait baptiser et a prend le nom de Joseph.
Ensuite, ce personnage se rencontre dans des complaintes françaises, il est identifié comme juif, juif errant et se nomme Isaac Laquedem. Depuis l'homme marche, témoigne de la passion du Christ et appelle au repentir. Il est alors une figure édifiante, qui parle toutes les langues et prédit l'avenir, suscitant plus de sympathie que de méfiance.
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« Un jour, passe devant sa porte un lugubre cortège : un centurion à cheval, des soldats casqués, une foule insolente, tous ont l’injure à la bouche... Ils conduisent à son dernier supplice un galiléen, un juif – qui chemine sur les routes d'Israël – et qui - dit-on - veut devenir le roi d'Israël, un opposant aux romains et aux prêtres du Temple : Jésus portant sa croix d'infamie... Sous le poids de la poutre qui meurtrit son épaule, sanglant, épuisé, Jésus tombe, face contre terre. Isaac, comme les autres, ricane. Relevant son front couronné d’épines, le Sauveur, un instant, le regarde. Ce regard semble attendre de la compassion, un sursaut de pitié, un secours... Mais, lui, Isaac, dur et brutal, crie – en direction de ceux qui sont les plus forts - « Ôte-toi, criminel, de devant ma maison ! Avance et marche !... Il croit alors entendre, une voix, très douce, qui dit : « Tu marcheras toi-même - après moi - pendant plus de mille ans. Le dernier jugement, finira ton tourment. » ( adapt d'un conte d'Adjutor Rivard ) |
C’est, dans une même sentence, le châtiment infligé pour la faute et le pardon promis à l’expiation.
Une force irrésistible pousse soudain le misérable : il lui faut marcher, marcher sans relâche, jusqu’à la fin des temps ! Et, tandis que le cruel cortège reprend la montée du Calvaire, Isaac Laquedem, de son côté, part, en quête du pardon. »
Eugène Sue (1804-1857) , sous l'influence du romantisme allemand, écrit un roman intitulé Le Juif errant.

Il fait de celui-ci un champion du combat pour la justice sociale.dénonce la persécution des juifs... Il inverse le motif antisémite du complot : ceux qui incarnent le mal sont ici ceux qui accusent les juifs de la mort du Christ... A l'organisation malveillante et secrète des jésuites, s'oppose l'action du juif errant, qui comme le peuple a connu l'oppression et travaille à sa propre rédemption ..
Ce roman feuilleton d'Eugène Sue connaît un véritable succès populaire.... Nous sommes alors en 1845...
* Ahasvérus que connais-tu du Graal... ?
« Plus que tu ne penses... Comme lui, je suis le témoin de la mort de Jésus... Et comme lui, je suis toujours là ; puisque je l'ai remplacé... ! »
A présent le juif errant est le chrétien par excellence ; il est une preuve ''vivante'' de sa divinité...
Comme lui, il porte les anathèmes lancés contre ; il continue de subir les persécutions... Comme lui, il va, contre l'hypocrisie religieuse, mélange de piété et d'abus de pouvoir spirituel … Le juif errant, - au cours des siècles –- dénonce : la vente d'indulgences, les supplices de l'inquisition, le culte des saints, les processions de flagellants...
Le juif errant, comme le Graal, « mène une existence factice avec une personnalité d'emprunt » ( Willy Aeschimann – la Pensée d'E. Quinet) … Y sont attachés, dans un parcours semé d'obstacles et de mésaventures, les thèmes littéraires du chevalier et de l'alchimiste errant : « ce sentiment de l'errance est plus que la souffrance physique et morale d'une incessante marche en avant. Il est l'indice d'une obscure frustation : la route du monde reste étrangère à la ''maison de sin âme''. » ( W. Ae.)
Edgar Quinet (1803-1875) : historien français, professeur au Collège de France aux côtés de Michelet, d’où ils furent tous deux exclus par Guizot en 1846 pour anticléricalisme.
Un Républicain engagé, élu député de l’Ain en 1848, réélu en 1849, proscrit après le coup d’Etat, comme Victor Hugo, et comme lui ne rentrant en France qu’une fois la République retrouvée.










