Le salon de la Maison Bermondie, Rue de la Cité, exhalait une odeur composite, subtilement mêlée de cire pure et du parfum âpre du bois de chauffage, conférant à l'air ambiant cette qualité à la fois fraîche et enveloppante propre aux demeures de qualité. Achille-François Delamarre, l’ingénieur, avait laissé son manteau sombre dans le vestibule, franchissant le seuil de la sociabilité provinciale avec la gravité d’un homme blessé, portant en lui le deuil silencieux de ses convictions politiques et scientifiques que chacun connaissait.
La soirée était bien avancée. Autour de la cheminée, les convives, militaires royalistes aux uniformes discrets et magistrats austères en habit noir, discutaient d'un ton animé des nouvelles incertaines de Paris ; mais le véritable foyer de l’attention, le centre lumineux de cette sphère sociale, était, sans conteste, Marie-Catherine.
Elle ne se tenait pas dans l’attente stérile, mais dans l'action domestique : cette femme d’une trentaine d'années, épouse d’un notable plus âgé, M. Joseph Châteauneuf, rangeait avec une distraction gracieuse les tasses de porcelaine fine de Limoges, comme pour retenir la chaleur fragile de la conversation. Elle était, dans sa dignité aristocratique, l’incarnation même de l'existence vécue, non pas calculée, qui allait faire chanceler tout le système laplacien d’Achille.
Jean-Léonard de la Bermondie, l’ancien officier du Roi et philosophe, revint de l’embrasure, ramenant avec lui l’homme de science comme l'on présente une énigme rare au jugement d’une femme de goût :
- Ma chère enfant… Permettez-moi de vous présenter Monsieur Achille Delamarre. Ingénieur mathématicien. Élève du grand Laplace, tout juste arrivé de Paris.
Marie-Catherine se tourna vers l'homme qui se tenait là. Il n'était pas seulement jeune, il était marqué, les traits tirés d’une inquiétude qui n’était pas physique, mais foncièrement morale. Son regard révélait une attention presque douloureuse au monde, l'œil d’un savant qui s’en méfiait par principe, tout en en espérant encore quelque chose de sublime.
Achille s’inclina avec cette retenue mesurée qui trahissait l'humiliation récente, lui, le serviteur zélé de l'Empereur, radié de ses fonctions après la trahison de son propre maître, Laplace.
- Madame, je crains d’arriver bien tard. Monsieur votre père m’a assuré que je ne troublerais rien à votre aimable assemblée.
Elle lui offrit un sourire léger, l'arme polie de la maîtresse de maison cultivée qui cherche l’évasion intellectuelle loin des fadaises :
- Ici, Monsieur, on ne trouble rien lorsqu’on apporte de l’Esprit.
Un silence pesant s'établit entre eux, une suspension qui ne fut pas celle de la gêne, mais de la fatalité. Le Chevalier, jouant son rôle de chaperon officiel, complice officieux, intervint immédiatement pour ramener la conversation au cœur de la blessure d’Achille :
- Nous parlions, avant votre arrivée, du retour des Bourbons et des conséquences pour cette classe de savants qui a servi l’Empereur.
Achille esquissa un sourire sombre, empreint de l'amertume de l'intellectuel trahi. Lui qui avait cru à l’ordre mathématique du monde social, se retrouvait face au désordre moral de la nature humaine.
- Certains ont servi le Pouvoir, Monsieur. D’autres ont servi la Science. On confond trop souvent les deux.
Marie-Catherine s’assit, ses mains croisées trahissant l'attention aiguë que ce débat, moins politique que spirituel, éveillait en elle. Elle sonda la brèche philosophique avec une simplicité déconcertante :
- Et vous, que serviez-vous ? »
L'hésitation d'Achille fut celle du penseur tragique qui voit son système s'effondrer. Achille était un déiste rationnel, qui croyait que Dieu est dans les lois de la nature. Or, la chute de Napoléon détruisait sa croyance que la Raison gouverne le monde humain.
- J’ai cru, Madame, que le Savoir menait à la Liberté. Et que l'Empereur ouvrait les routes de l’Avenir. Je découvre qu’on peut être congédié comme un domestique pour avoir trop cru.
Marie-Catherine, délicatement frappée par cette confession à demi-mot, abaissa ses yeux pieux. L’homme qui s’offrait là, dans son exil de bibliothécaire scientifique, n’était pas un simple mathématicien : il était le type romantique du savant en quête d’Absolu, blessé dans son Idéal.
Jean-Léonard, avec la clairvoyance d’un homme habitué à lire entre les lignes du Code Social qui exigeait la prudence, intervint pour lier l'utile à l'agréable :
- Monsieur Delamarre cherche un lieu tranquille pour travailler. Et Limoges n’a rien d’une Capitale politique. C’est peut-être là sa chance de retrouver la sérénité.
Marie-Catherine comprit que son père lui ouvrait là une voie vers une complicité intellectuelle inédite. Elle s’adressa à Achille avec une douceur qui était le masque parfait du désir naissant, à peine avoué :
- Étant donné votre charge nouvelle à la Bibliothèque, Monsieur, je pourrais vous y visiter et vous introduire demain auprès de ces esprits éclairés qui, loin des tumultes de Paris, aiment à y méditer l’hiver. Vous y trouveriez, non point des volumes inconnus, mais peut-être un soutien moral pour vos nobles travaux.
Achille la regarda pour la première fois vraiment. Il avait mesuré des trajectoires de comètes, mais jamais le mouvement d’une âme. Elle lui offrait une raison de conjuguer désir et prudence.
- Un tel honneur, Madame, me serait des plus précieux. Votre générosité m'est un nouveau gage de la bienveillance de Limoges envers un savant en disgrâce. Je vous y attendrai à l'heure qui vous conviendra.
Elle détourna les yeux, comme si ces mots avaient atteint une corde sensible que la seule Raison ne pouvait expliquer. Achille, l'ingénieur, venait de découvrir la fatalité de l’Amour, une force souveraine que Balzac célébrait, et qui contredit la philosophie rationnelle. Il savait désormais que la Raison éclaire le monde, mais l’Amour seul donne le courage de l’habiter.
Je ne continuerai pas l'histoire, surtout de cette manière – celle de Balzac - peut-être ici un peu trop caricaturale. Mais quel plaisir de retrouver ici, l'époque et ses acteurs ….
Dans La Comédie humaine, chaque personnage semble être observé avec un scalpel psychologique. Le narrateur balzacien n’est pas neutre : il juge, analyse, met en garde, parfois ironise. Il décrit les sentiments comme des forces presque physiques : « la passion qui ronge », « le poison du regret », « la fièvre du désir », « le scrupule qui ratisse le cœur ».
Ne pourrait-on pas dire, pour Marie-Catherine : « Elle se croyait forte ; elle n’était qu’indulgente envers elle-même. » ? Et, pour Achille : « J’étais en proie à ces tortures secrètes dont nul ne saurait donner l’idée. » - Le Lys dans la vallée, chap. XIV. ?
Balzac montre à merveille le moment où la conscience devine ce que le cœur sait déjà. « Elle ne s’avouait pas encore l’amour, mais elle tremblait déjà de sa faiblesse. » - La Femme de trente ans, première partie, chap. IV. Ou : « Elle sentait qu’elle allait aimer, et cette certitude lui fit peur. » dans La Duchesse de Langeais, chap. IV. : « Il ne savait pas d’où lui venait cette douceur nouvelle. Ce fut un instinct, plutôt qu’une pensée. » - Une passion dans le désert.
Dans La Recherche de l’Absolu (1834), Balthazar Claës, est un savant aveuglé par sa passion scientifique, et « Il se trouvait entraîné par une force invincible qui dominait sa vie entière. » - La Recherche de l’Absolu, première partie. Balzac compare souvent les passions humaines aux lois physiques. On retrouve, un passage quasi-scientifique sur les émotions, « L’amour est la plus scientifique des passions : il calcule, combine, pèse, mesure, et pourtant il échappe à la raison. » dans La Peau de chagrin, première partie.
Achille-François Delamarre, l'ingénieur exilé, quitta sa modeste demeure de bibliothécaire, le cerveau encombré encore des formules de Laplace, pour s’abandonner à l’invitation, à la fois énigmatique et prometteuse, du Chevalier de la Bermondie. Le soir d’automne, pesant et humide, s’abattait sur Limoges, lui conférant cette atmosphère de sérieux provincial que l'observateur sagace sait déceler sous les apparences les plus triviales, véritable couche d'usure où se logent les drames intimes.
La ville, ce chef-lieu de département, demeurait encore engoncée dans la stabilisation post-révolutionnaire, s'efforçant d'oublier la Terreur sous le règne prudent des Bourbons revenus. Ce n'était point Paris, dont Achille avait fui la compromission publique et la bassesse opportuniste, mais elle possédait une vie sociale active et cultivée, où une bourgeoisie montante et une noblesse ralliée s'attachaient à marquer leur rang par le raffinement ostensible de leurs mœurs et de leurs réceptions.
Achille s’engagea dans les rues pavées, dont l’irrégularité séculaire résonnait sous ses pas d’une sonorité lugubre. Ces pavés, vestiges du passé tumultueux, semblaient incarner la contradiction même qui rongeait son esprit : il avait cru que l'Univers était intelligible et régi par des lois mathématiques immuables ; il rencontrait ici le Chaos moral du monde humain, indéchiffrable par la seule analyse infinitésimale. Il était comme un penseur en quête de l’Invisible au milieu de l’écrasante matérialité des choses sensibles.
Le long de la Vienne, où le bruit sourd des manufactures textiles (coton, laine) s’installait, il avait deviné l'énergie de l’Industrie naissante, promesse d'un progrès que l’on cherchait à bâtir sur l'état positif des Sciences. Pourtant, plus il s’approchait de la Cité ( la ville était en effet séparée en deux : la Cité et le Château), plus la ville semblait se replier sur ses traditions anciennes et ses hiérarchies établies. Limoges, célèbre pour sa porcelaine, apparaissait comme une cité fragile et précieuse, où l'héritage d'une vie intellectuelle riche luttait silencieusement avec la nécessité de se moderniser. La suppression de sa Faculté des Lettres et des Sciences en 1814 n'était-elle pas le signe funeste de cette indifférence des pouvoirs à l'égard de l'Esprit pur ? L'ingénieur portait en lui la mélancolie de cet abaissement.
Le savant relégué à l'ombre d'une bibliothèque, Achille, méditait sur sa condition nouvelle. « Quitter la Capitale, perdre le contact direct avec le Cénacle des savants, voir mes ambitions réduites à l’ombre d’une salle de lecture provinciale… tout cela aurait dû m'éteindre », se répétait-il. Pourtant, ce calme forcé, cette solitude morale, lui offraient un terrain d'introspection loin des cercles scientifiques cosmopolites de Paris, où l'opportunisme se mêlait trop souvent au Génie.
Le mathématicien traversa la zone du Présidial et du Tribunal civil, ces édifices de pierre où s'exerçaient la Justice humaine et la chicane, pour atteindre le quartier le plus ancien et le plus digne de la Cité : la Rue de la Cité, voisine de la majestueuse cathédrale Saint-Étienne. C'était l'ancien quartier des chanoines et des familles nobles, un lieu où la respectabilité se confondait avec la piété sociale.
Le logis du Chevalier de la Bermondie, ancien officier du Roi et homme d'un certain ton, ne dédaignait point l’élégance, mais la subordonnait toujours à la dignité aristocratique. La façade, bâtie en pierre calcaire locale, était sobre mais non sans prestige, percée de hautes fenêtres à petits carreaux et ornée de ferronneries ouvragées qui marquaient le statut aisé de la famille sans l’ostentation grossière des parvenus et des enrichis de l'Empire. La porte cochère, discrètement entrouverte – signe qu'une réception était en cours – laissait entrevoir une petite cour pavée, où le silence et l'ombre conservaient la réserve de la Maison. C'était le décor parfait pour le drame latent : l'arrivée d'un esprit tourmenté au seuil d'un foyer où l'attendaient les passions qu'il n'avait jamais su intégrer à ses formules.
Un domestique en livrée, dont le salut respectueux annonçait la déférence mesurée et la bonne éducation de la Maison, accueillit Achille dans le vestibule monumental. L'air y était d'une fraîcheur sentencieuse ; une odeur mêlée de cire d'abeille et de bois brûlé y flottait, indice d'une bourgeoisie aisée qui ne lésinait pas sur le chauffage. Le sol, couvert de grandes dalles de pierre polie, accentuait l'austérité du lieu. Achille, l’homme de la Raison pure, dont la foi était purement rationnelle, ne put s'empêcher d'observer, sur une console de marbre vert, une bougie vacillante qui éclairait un Crucifix et quelques livres de piété à tranche d'or.
C’était là, dans cette coexistence hétérogène des croyances, entre - la piété dévote de l’épouse - Marie-Catherine était décrite comme une femme d’une trentaine d’années, d’une éducation soignée et religieuse - et le libertinage philosophique du Chevalier, père des Lumières et adepte des spéculations hardies, que se révélait le cœur idéologique de la Maison Bermondie. Achille gravit ensuite un escalier en vis, étroit mais d'une solidité éprouvée, dont les marches de chêne portaient l'usure légère des générations passées. Chaque pas était une transition significative : du silence solennel de la cour, il accédait à l'étage noble, d’où filtrait déjà la lumière bienveillante des chandelles et le bruit amorti des conversations d'usage. Cette ascension vers le Salon symbolisait l'entrée dans une autre des sphères sociales de Limoges, laissant derrière soi la matérialité de la rue pour accéder au monde de l'Esprit et de l'échange civilisé.
Musée Balzac
Le salon du premier étage, réservé aux conversations littéraires ou philosophiques, était une pièce chaleureuse et retenue. Les murs étaient ornés de tentures claires, et quelques fauteuils de style Louis XVI ou Empire, vestiges hérités des temps plus heureux, étaient disposés avec art autour d’une cheminée où rugissait un feu vif. Le regard d’Achille fut attiré par une bibliothèque choisie, quoique modeste, contenant des ouvrages religieux, les classiques français, et des traités savants. Sur le manteau de la cheminée, véritable emblème de l'ambivalence intellectuelle de l'époque, un Crucifix et un buste de Jean-Jacques Rousseau cohabitaient sans heurts apparents.
C’est dans ce petit salon limougeaud, lieu de rencontre raffiné mais discret pour militaires, magistrats et savants de passage, que le mathématicien bonapartiste, cherchant l'Ordre dans le Chaos du monde, allait se confronter à l'énigme de l'existence vécue en la personne de Marie-Catherine. Il était venu pour discourir des lois naturelles, et découvrait que, sous la Restauration, la discrétion valait absolution dans la haute société.
Le vent de la Restauration, soufflant la poudre et la rancœur des disgrâces impériales, déposa Achille-François Delamarre, mathématicien et ingénieur, aux portes d’une ville qui, loin du tumulte des Tuileries et des calculs du Bureau des longitudes, conservait une âme farouchement provinciale : Limoges.
Achille, né en 1778, appartenait à cette race nouvelle d'hommes de l'Empire dont l'âme n'avait point d'obscurité. Fils spirituel de la toute jeune École Polytechnique, il ne voyait point l'Univers comme un chaos mystique à fuir, mais comme un système déterministe et intégralement intelligible, une machine magnifique que la Raison pouvait sonder jusqu'à ses derniers rouages. Disciple favori du colossal Laplace, il avait gravi les échelons de l'Administration impériale avec l'inflexible Foi dans l'alliance sacrée entre la Science et la Méritocratie. Il croyait, comme l'Oracle de la mécanique céleste, qu'avec la seule connaissance de toutes les forces et de toutes les positions, l'esprit humain embrasserait dans une unique formule transcendantale « le mouvement des plus grands corps de l’univers et celui du plus léger atome. »
Mais en l'an 1814, son système de pensée s'était effondré, non point sous le poids d'une erreur de calcul astronomique, mais sous la bassesse de l'opportunisme. L’Empereur étant déchu, Laplace lui-même, celui dont la parole faisait Loi sur les Cieux, s’était hâté de prêter serment aux Bourbons, rompant l'Idéal sans une once de scrupule.
Ce fut une disgrâce morale plus qu'une ruine matérielle. Achille, bonapartiste dans l’âme, fut frappé d'ostracisme intellectuel, « mis en disponibilité » par un décret méprisable, et quitta Paris dans une solitude d'esprit qui lui coûtait plus que la perte de ses pensions.
Il aborda Limoges, cette ville qui tirait sa gloire de sa porcelaine délicate et sa force de sa bourgeoisie prudente, dans une sorte d'exil volontaire, à la fois politique et métaphysique. Il avait accepté l'humble charge de bibliothécaire scientifique, destinée à ensevelir ses ambitions. Ce changement de décor, des salons fastueux de la rue de Clichy aux ruelles silencieuses du Limousin, illustrait parfaitement sa crise intérieure : il avait cherché l'Ordre éternel dans le cosmos ; il rencontrait le Désordre moral dans le monde humain.
Dans la marge de son carnet, il nota, avec l'encre amère de l'affliction, cette première fissure dans l'édifice de son rationalisme austère : « Quitter la Capitale, rompre le contact direct avec les savants de France, voir mes justes ambitions réduites à n’être que l’ombre d’une bibliothèque provinciale… tout cela aurait dû m’éteindre, me réduire à néant. » Mais la Science, même ici, restait son seul et dernier refuge, lui rappelant que « le Monde physique, lui, obéit à des Lois immuables ».
C’est dans l’austère enceinte de la bibliothèque municipale, fondée sous le Consulat en 1804 et dépositaire de cinquante mille volumes d'une sagesse inégale, qu'eut lieu la rencontre fondatrice. Limoges n’était, pour Achille, qu’un lieu de retraite studieuse, un observatoire de la pensée provinciale où l'on classait les savoirs morts loin des passions vives de la Capitale.
Achille travaillait dans son « petit cabinet », une alcôve sombre réservée aux ouvrages scientifiques et aux notes chiffrées. La lumière pâle de cet automne post-impérial de 1814 tombait sur les manuscrits, soulignant la poussière séculaire des in-folio accumulés. Il s'efforçait de retrouver l'ordre des corps célestes dans le désordre des écrits terrestres.
Un matin, Jean-Léonard de la Bermondie fit irruption dans cette solitude géométrique. C'était un homme mûr, ancien officier du Roi avant la Tourmente, qui avait traversé les régimes sans rien perdre de son ascendant aristocratique. Philosophe du dix-huitième siècle et adepte d'un libertinage éclairé de la plus haute volée, il possédait des manières exquises, mais son œil noir, vif et perçant, trahissait un jugement aiguisé et une profondeur qu'on ne décelait guère chez les notables locaux. Il n'était pas venu feuilleter les classiques, mais sonder l'Esprit de ce nouveau savant venu de Paris.
« Monsieur Delamarre, - commença Jean-Léonard, après les civilités d'usage que les mœurs provinciales exigent -, j’ai cru comprendre que vous portiez la glorieuse estampille de l’illustre Monsieur de Laplace ?»
Achille, dont le visage portait encore la marque de l'inquiétude du nouvel arrivant, s’inclina, reconnaissant l'autorité scientifique du nom prononcé, mais non sans une pointe de mélancolie dans la voix.
« J'ai eu cet honneur, Monsieur le Chevalier, d'être son disciple en mécanique céleste. C'est à lui seul que je dois la ferme conviction que l’Univers est intégralement intelligible et obéit à une Doctrine sans faille.»
Jean-Léonard le regarda par-dessus ses lunettes, le toisant comme une énigme que la Philosophie pratique se devait de résoudre.
P-S Laplace - Mathématicien, astronome et physicien
« Intelligible, soit. Mais qu'en est-il de la part de la Conscience ? Vos lois mathématiques, peuvent-elles prévoir le mouvement d'une Âme, ce facteur X que ni la balistique des obus, ni le calcul des marées n’expliquent ? Vous, le déiste rationnel, qui voyez Dieu dans les lois de la Nature, que faites-vous de l’Honneur et de la Trahison ? J'ai cru comprendre, Monsieur, que ce qui vous amenait à Limoges n’était point une équation résolue, mais bien une question morale non formulée.»
Achille comprit alors qu’il n’était pas en face d’un simple érudit provincial, mais d’un homme des Lumières qui avait su naviguer entre l'Ancien Régime et les conjonctures de la Révolution. Le vieux Chevalier ne cherchait pas la Formule ; il cherchait l’Intégrité.
Le mathématicien, forcé de s'extraire de ses calculs abstraits pour affronter le sublime de la Morale, s'appuya contre une étagère croulante sous le poids des volumes anciens, le regard fixé sur les dos usés.
« J’ai cru, Chevalier, que la Science était une voie d’émancipation sociale, que le Progrès était inscrit dans le développement continu de l'Humanité. Mon Maître a cru que le Savoir devait servir l'État, fût-il changeant. J'ai découvert que l'on pouvait être congédié comme un domestique pour avoir fait preuve de trop de loyauté. Ce revirement m’a montré la fragilité de la probité et la nécessité de la Prudence dans les affaires humaines. Si tout est calculable, où donc réside la part de notre Liberté ? Je crois, Monsieur, que l'homme de science doit désormais se préoccuper, avant tout, de la responsabilité morale de ses actes.»
Achille développa cette idée brûlante avec une conviction nouvelle : que la Connaissance scientifique imposait une Discipline morale d'une rigueur supérieure à l'analyse infinitésimale, une conscience aiguë de l'impact sur autrui. Il condamnait par là, et avec une éloquence polie, ces opportunistes qui confondaient « l'intelligence calculante » (celle des Tables et des Figures) et l'« intelligence morale » (celle des Cœurs et des Devoirs).
Jean-Léonard sourit, satisfait. L'homme devant lui n'était plus le simple technicien impérial, mais un penseur tragique, blessé à mort par la fatalité politique, quoique non entièrement vaincu par elle. Jean-Léonard décelait chez Achille le porteur des idées nouvelles du siècle - ces spéculations inquiètes qui, héritières de Destutt de Tracy et de Cabanis, interrogeaient la primauté de la Raison sur le Sentiment.
« Monsieur Delamarre, la gravité de votre réflexion est de l’ordre de celle que nous aimons à nourrir en nos foyers. Limoges, voyez-vous, n’est point Paris ; l’ambition y est plus discrète, c’est vrai, mais l’esprit y est tout aussi vif. Ma fille, Marie-Catherine, tient le rôle de maîtresse de maison ; elle possède une curiosité intellectuelle qui excède de beaucoup les commérages futiles de la province. Elle reçoit, modestement, dans son petit salon. Vous y trouverez des militaires retirés, des magistrats austères, des érudits qui se passionnent pour les sciences, même celles qui ne sont plus à la mode du jour.»
L’invitation était lancée avec la subtilité consommée d’un homme des Lumières, le père jouant son rôle de « chaperon officiel, complice officieux ». Achille, qui cherchait désespérément un terrain d'honneur pour conserver son intégrité et créer des liens authentiques, ne pouvait refuser cette porte ouverte sur la société provinciale, seul refuge possible contre l'isolement moral.
« J’en serais honoré, Chevalier. Un lieu où l’on débat, fût-ce discrètement, est un lieu où subsiste l’Espérance pour l'homme de science déchu.»
Jean-Léonard lui adressa un dernier sourire, un sourire paternel et calculateur, celui du courtisan aguerri qui a trouvé l’instrument parfait pour égayer la solitude de sa fille cultivée.
« Excellent. La maison de la Bermondie vous est ouverte. Venez nous voir ce soir, Monsieur. Ici, croyez-moi, vous serez le bienvenu. La Raison éclaire le monde, c'est certain. Venez nous dire si votre mécanique céleste peut se concilier avec le cœur humain.»
Achille s’en retourna à son cabinet, ses certitudes scientifiques soudain chancelantes devant l'énigme de l'existence vécue que lui proposait le Chevalier. Il pressentait que cette invitation n'était pas seulement une affaire de sociabilité bourgeoise, mais le prélude à une expérience intime et imprévisible, une de ces conjonctures qui font basculer une destinée. Il était venu chercher l'Ordre absolu dans la poussière de la bibliothèque, il allait peut-être trouver l'Amour dans l'éclat d'un salon, cette force souveraine que, telle la Volonté qui consume les esprits rares, la science pure ne pouvait ni calculer, ni contenir.
Ma tante Elaine m'avait autorisé à fouiller dans nos coffres et cantines contenant les trésors de notre lignée. Il s'agit essentiellement de livres et de cahiers manuscrits, ainsi que de ces précieuses reliques rapportées par Roger de Laron : sa bague templière et une croix métallique médiévale. Nous possédons également de nombreux objets religieux en lien avec des baptêmes ou des communions. Les bijoux et la vaisselle sont stockés ailleurs. Alors que je feuilletais les vieux livres et carnets, je remarquai sur l'un d'entre eux, sur le contreplat intérieur de la reliure, une mention manuscrite : sans aucun doute le nom du propriétaire, « Leonardi de La Breuille de Laron ».
J'ai retrouvé plusieurs livres et écrits portant la même appartenance, soit en initiales, soit en entier, ou simplement datant de cette époque, du milieu du XVIIᵉ siècle. Un curieux crucifix avait également attiré mon attention.
Elaine confirma l'existence d'un Léonard de La Breuille de Laron (1630-v.1680), qui, après avoir fait ses études à Limoges, puis à Paris, était redescendu assez rapidement dans son vieux château de Laron, en Limousin, inconfortable et délabré. Il n'avait jamais été marié et avait la réputation d'être très religieux.
Alors qu'Elaine feuillette l'un de ces livres, sans appartenance d'ailleurs, elle reconnaît un Augustinus de 1640, un ouvrage célèbre mais condamné. À l'intérieur, plusieurs passages sont annotés avec une minutie fiévreuse. Le mot « gratia » – grâce – apparaît encore et encore, souligné, encadré, commenté.
J'avais également relevé une croix qui me semblait très ancienne, avec un Christ assez déformé, peut-être en ivoire... Elaine l'observe avec minutie et en conclut qu'il ne s'agit pas d'ivoire. Une recherche sur Internet me met sur une piste étonnante. Il pourrait s'agir d'un os !
Je me tourne immédiatement vers le livre pour y reconnaître un ouvrage de Cornelius Jansen, Augustinus, un écrit janséniste qui prônait une vision rigoriste du christianisme, s'inspirant de saint Augustin, avec une insistance sur la prédestination, la grâce divine comme nécessaire au salut et une vie morale austère. Il s'opposait au jésuitisme et à certaines pratiques de l'Église catholique qu'il percevait comme relâchées.
La croix porte un Christ en os, qui s'avère être un fémur !
Je découvre également un livre sur les Éléments d'Euclide, souvent annoté.
À mon avis, tout ceci converge. Léonard de La Breuille n’était pas un catholique ordinaire. De retour de Paris, il avait vécu dans l’ombre, discrètement, à l’écart de l’Église officielle. Il avait adhéré à la doctrine de Port-Royal, au jansénisme, un courant exigeant, pur, et même dangereux pour ceux qui en faisaient publiquement profession.
C'est à partir de ces fragments que je vous propose de retracer l'itinéraire du baron Léonard de La Breuille de Laron, né en 1630.
Léonard est élève au Collège de Limoges, où la qualité de l’enseignement est élevée. Nous possédons un traité de rhétorique en vers, intitulé Rhetorice, écrit par Pierre Josset, jésuite et professeur au Collège. Le livre a été imprimé à Limoges par Antoine Barbou, typographe du roi, de la ville et du collège. Les enseignants publient généralement leurs écrits. Pierre Josset est un admirateur de Ronsard, un lecteur de Platon et des Pères de l'Église. Il est reconnu pour avoir contribué à l'effervescence intellectuelle de la ville au XVIIᵉ siècle.
À cette époque, Limoges abrite entre 17 000 et 18 000 habitants. La ville est alors séparée en deux entités principales : la Cité (la partie haute et ancienne, dominée par la cathédrale) et le Château (la partie basse et plus commerçante), chacune ayant ses propres fortifications. La ville possède quatre portes principales (la porte du Pont, la porte Neuve, la porte du Dour et la porte de Tartaret) et est entourée de faubourgs qui s'étendent le long des routes principales.
De nombreux établissements religieux sont présents, faisant de Limoges une ville riche en couvents, comparable même à Lyon en termes de nombre. On y trouve notamment les Carmes, les Cordeliers, les Feuillants et les Capucins.
La ville était un centre important de la Contre-Réforme et la culture jésuite visait à créer un nouveau modèle d'épopée chrétienne. Josset est considéré comme un « maître de la parole » et un « ancien missionnaire » ayant lutté contre l'hérésie, notamment en Angleterre et en Écosse.
L'influence de Jean Decordes, chanoine de Limoges décédé en 1642, est significative pour la culture de la ville. Il marque le début du XVIIᵉ siècle limousin par une profonde érudition et une rhétorique empreinte de latin et de grec. La collégiale Saint-Martial, autrefois prospère, ne participe pas à cette dynamique de croissance religieuse.
Limoges - Plan Fayen 1594
Le XVIIe siècle est une période de crises économiques récurrentes, marquée par de mauvaises récoltes, des famines, des gels et des épidémies entraînant une forte mortalité et une diminution de la population. L'activité économique reposait sur un artisanat et un commerce diversifiés. On y trouvait des tanneries, des cordonneries, des drapiers, des tailleurs, des boulangers, des bouchers, des charpentiers, des maçons, des serruriers, des couteliers et des orfèvres. La noblesse et la bourgeoisie constituaient les élites, tandis que la majorité de la population se débattait dans des conditions difficiles. Cette époque est complexe, alliant une vie intellectuelle et religieuse intense à une réalité socio-économique souvent précaire.
Le révérend père Pierre Josset, de la Compagnie de Jésus, remarque chez le jeune Léonard de La Breuille une vivacité d'esprit peu commune, alliée à une ferveur intérieure profonde et à une gravité précoce. Discernant en lui les prémices d'un esprit voué aux hautes études comme à la vie spirituelle, il y voit la promesse d'un futur jésuite d'exception. Il l'exhorte donc à quitter ses terres pour monter à Paris et poursuivre sa formation au Collège de Clermont, l'un des fleurons de l'éducation jésuite en France.
À 16 ans, Léonard est directement accepté en classe de rhétorique, grâce à sa bonne maîtrise du latin. Après la rhétorique, les élèves pouvaient suivre un cours de philosophie (souvent sur trois ans : logique, physique, métaphysique). C'est là que les sciences (mathématiques, astronomie) prennent une place plus importante, en lien avec la philosophie naturelle aristotélicienne, mais aussi avec les nouvelles avancées.
Le jeune homme est logé au collège, d'autant qu'il encadre de plus jeunes élèves en tant que répétiteur, puis précepteur, voire préfet de salle ou de dortoir. Il est chargé d'organiser des « répétitions » pour les élèves des classes de grammaire inférieure, afin de les aider à comprendre les leçons, à faire leurs devoirs et à mémoriser les déclinaisons ou les conjugaisons. En raison de son potentiel vocationnel, on lui confie certaines responsabilités, ce qui est aussi une manière de le former aux tâches d'enseignement et d'encadrement qu'il pourrait exercer en tant que membre de la Compagnie de Jésus.
Pour l'heure, Léonard fait preuve d'un intérêt et de bonnes aptitudes pour les mathématiques, la physique ou l'astronomie. Ses professeurs jésuites, souvent des savants renommés, ont reconnu son potentiel.
Au Collège Royal de Limoges, Charles-Louis de Chateauneuf a rencontré un camarade de son âge avec qui il peut partager l'une des ses passions: la découverte du Moyen-âge, et de plus :sur la trace de l'un de ses ancêtres : Roger de Laron, chevalier templier... Il se nomme Elie Berthet. Le jeune Elie a, de plus, le goût de l'écriture et tous deux notent sur des cahiers, des récits qui serviront de thèmes au futur romancier...
Elie Berthet
Et c'est précisément le cas, pour ce qui est des Catacombes...
En effet, à 16 ans, Elie Berthet monte à Paris soi-disant pour étudier le droit, mais en réalité pour se vouer à l'écriture. En 1835 il trouve un éditeur:''le Siècle'' qui publie ses premiers récits ''La Veilleuse'', sous le pseudonyme Élie Raymond.
Et précisément, il publie très tôt, un texte écrit au Collège de Limoges : c'est la première version de « Les Catacombes de Paris », un roman d’Élie Berthet, dans une première version de 1832 (in folio imp. L. Grimaux) qui ne comprend que 20 pages. (1)
Les souterrains urbains sont fascinants, et les histoires s'y rapportant, légion.
La cathédrale de Limoges, vue prise du clos Sainte-Marie, vue d'ensemble. XIXe s
Revenons à Limoges, avant 1832... Chaque maison de centre ville est reliée par des souterrains, même s'y certains s'en sont appropriés une partie en les cloisonnant; tous les jeunes gens y ont connu diverses aventures ou des soirées ''endiablées'' … !
On dit qu'ils existent depuis l'époque gallo-romaine. Caves creusées ou caves bâties ( façonnées) … Caves à plusieurs niveaux, puits, aqueducs, silos ont été construits au cours des siècles... Dès le Moyen Age, en ville, on recherche à étendre son domaine (commerces, stockage...) En tout, on estime entre 40 et 80 kilomètres la superficie des galeries qui parcourent le sous-sol de la ville.
A l'époque, le grand défi était de trouver le circuit qui permettait par les souterrains de traverser la Vienne ; ou selon Elie Berthet lui-même de joindre Limoges au château de Chalucet …
Elie Berthet et Charles-Louis de Chateauneuf racontent, qu'un moine aurait été enterré vivant et qu'il aurait réussi à traverser la ville par les souterrains. Avec ce moine errant dans les galeries, certains assurent avoir aussi reconnu le fantôme de Sainte Valérie - portant sa tête coupée - qui hanteraient encore les souterrains de Limoges...
Souterrains de Limoges
Lorsque ce sous-sol est voûté d'ogive, la croyance populaire y voit des lieux de culte : chapelles, églises ou même restes d'abbaye... ou encore Temple maçonnique.
Pour ce qui est du Temple : voici une autre histoire bien étrange...
Le grand-père de Charles-Louis de Chateauneuf, était sans-doute franc-maçon à l'Orient de Limoges... C'est lui qui avait remis à son petit-fils un ensemble de documents ( médiévaux précisait-il ! ) qu'il disait avoir reçu de Jean-Léonard de la Bermondie. Ces documents étaient composés de dossiers sur la philosophie, l'alchimie..., et divers témoignages ; et également quelques objets dont une croix métallique et une bague templière … ! Et il lui avait fait comprendre qu'à partir de ce ''trésor'' ; il devait accomplir sa propre quête et transmettre le ''Tout'' à un descendant qu'il aurait choisi …
Aussi, tout ce qui pouvait avoir un lien avec la Chevalerie, intéressait au plus haut point Charles-Louis...
Initiation maçonnique. XIXe
Précisément, au Collège Royal de Limoges un jeune garçon, dont il s'est fait un ami, lui a laissé entendre que son grand-père est franc-maçon... Il se nomme Félix-Joseph de Verneilh (1820-1864), lui aussi, né au château de Puyraseau près de Nontron, fera carrière à Paris. Il deviendra historien et archéologue. Son grand-père – âgé à présent, ami de Maine de Biran, a rencontré des personnages comme le pape Pie VII, Napoléon... Il a raconté tout cela dans ses mémoires. Pour l'heure, il échange beaucoup avec son petit-fils... Et Félix de Verneilh assure Charles-Louis, qu'il existe dans les souterrains de Limoges, un Temple maçonnique là-même où existait au Moyen-age un sanctuaire templier. !
Temple dans souterrain à Limoges ( Le Populaire)
Bien sûr, Charles Louis et Elie vont se passionner pour toutes ces histoires autour des souterrains de Limoges ; et s'ils n'ont rien découvert de plus …. Sachez que :
En 2016, on vient de mettre à jour, une sorte de cathédrale cachée dans les sous-sols de l'ancienne bibliothèque municipale de Limoges. Ce serait le premier véritable temple maçonnique de la ville. Je lis dans le quotidien ''le Populaire du Centre'' une explication...
Les francs-maçons se seraient réunis à partir de 1750, rue Pisse-Vache dans le centre-ville de Limoges au sein de la loge Harmonie. Leur nombre grandissant, ils auraient déménagé en 1806 dans cet endroit en prenant le nom des ''Amis réunis''....
Effectivement, des embryons de loges sont connus dès 1750. Puis se constitue la loge « Harmonie » dont le vénérable maître est un fonctionnaire de préfecture nommé Jacquet. Les frères se réunissaient à la tour Pisse-Vache, au carrefour du boulevard Gambetta, de la rue Vigne-de-Fer et de la rue Dupuytren. Peu importante, placée sous la juridiction de la Grande Loge du Royaume de France, cette loge prend de l’ampleur à partir de 1767 sous un autre nom : elle est rebaptisée '' Les Frères unis ''. La loge reprend force et vigueur en 1806, et prend le nom d'Amis réunis.
Régulièrement, ces galeries se rappellent à nous, quand par exemple : en novembre 1649, l'écroulement de quatre maisons rue ''Elie Berthet'' (2) fit deux morts. En août 1860, l'effondrement de trois immeubles place du Poids Public provoqua le décès d'une femme de 55 ans.
L'intérêt d'Elie Berthet pour les souterrains, s'est déplacé sur Paris (3). Leur vogue dans la capitale, au XIXe siècle, crée des abus au point d'entraîner une fermeture de la visite publique en 1830... Si certains s'y égarent, d'autres y font la noce...
Note (1) : puis existent une édition en 4 volumes in 8° (éditions L. de Potter) en 1854, une édition in 8° de 140 pages (aux Bureaux du siècle) et une édition en 2 volumes in 16 (chez Hachette) en 1863. L’édition de 1856 va connaître 22 réimpressions entre sa première parution et 1877 !
Note (2) : … Oui, il s'agit du nom actuel de la rue … Bizarre.. ! précisément elle se nomme bien à propos... Dans les années 60, les fêtards se donnent rendez-vous dans des boîtes de nuit en sous-sol, rue Elie-Berthet, rue Rafilhoux ou sinon à la « Cave des templiers » rue du Temple. En 1996, la bijouterie Philipparie est victime d'un vol de bijoux. Les auteurs ont utilisé les cavités souterraines pour s'emparer de 2 millions de francs.
Note (3) : A lire chez les Ardents Editeurs : Les Souterrains de Limoges de Aug. M. ( roman ''gothique'' écrit sans doute par Auguste Maquet ( (1813-1888) et nègre d'Alex. Dumas)
Je reviens sur les études de Charles-Louis de Chateauneuf, au Collège Royal de Limoges, qu'il voudrait terminer avec le baccalauréat; il a 16 ans ... Le proviseur est Monsieur Lary.
Sous napoléon, le 17 mars 1808 est créé le baccalauréat. Les candidats doivent être âgés d'au moins 16 ans et l'examen ne comporte que des épreuves orales portant sur des auteurs grecs et latins, sur la rhétorique, l'histoire, la géographie et la philosophie.
Si les collèges (ou lycée) préparent au bac, ce sont les facultés de lettres qui décernent le baccalauréat à des collégiens qui ont achevé leur rhétorique ou leur philosophie... Les facultés de sciences délivraient aussi un bac es-sciences, ou es-math.
Le Bac, est alors équivalent à un concours d'entrée: en 1815, on ne peut être admis au baccalauréat dans les facultés de droit et de médecine sans avoir au moins le grade de bachelier dans les celle des lettres.
Mais, il s'agit alors aussi de concurrence celui de l'entrée à l’Ecole polytechnique, aussi pour rendre l'épreuve plus difficile, on introduit la première épreuve écrite (composition française ou traduction d'un auteur classique).
La classe de première ou de rhétorique prépare à des épreuves orales d'explication de textes anciens, à des questions de Rhétorique, et de mathématiques ...
La deuxième année permet de préparer des épreuves au Concours général, et assure l'admission en licence à l'université ...
Versailles – Lycée Hoche – Une Étude
Intéressant aussi de se rappeler le « vécu » des collégiens, et celui des professeurs, à cette époque, à Limoges : ( Sources: Pierre Delage,Lycée Gay-Lussac : 5 siècles d'enseignement, Saint-Paul, Le Puy Fraud éd., 2010)
À cette époque, la journée d’un collégien est rythmée de la manière suivante :
5 h 30 : lever (au son du tambour) ; habillage ; prière
6 h 00 : étude ; vérification des devoirs ; récitation des leçons
7 h 30 : déjeuner ; récréation
8 h 00 à 10 h 00 : enseignement des matières littéraires, dans lesquelles s'insèrent les cours de sciences et de mathématiques ...
10 h 00 à 12 h 00 : étude ou cours spéciaux (ex : dessin)
12 h 00 : dîner ; récréation
13 h 30 : étude ; vérification des devoirs ; récitation des leçons
14 h 30 à 16 h 30 : enseignement des matières littéraires ( avec + ou – de sciences ...)
16 h 30 : goûter ; récréation
17 h 00 : étude ; vérification des devoirs ; récitation des leçons
19 h 30 : souper ; récréation
21 h 00 : coucher.
Elèves - collégiens
Les collégiens de cette époque sont habillés d’un costume civil, et non militaire, un « frac » en drap bleu foncé, avec col blanc; ils ont, pour se coiffer, un tricorne... Les enseignants portent la robe professorale; les professeurs donnent leurs cours de 8 h 00 à 10 h 00, et de 14 h 30 à 16 h 30, sauf le jeudi...
Charles-Louis de Chateauneuf est bon élève. Et, son professeur de mathématiques, Monsieur Gouré, qui se passionne à le faire progresser dans cette matière, tient à le présenter à l'entrée de l’École polytechnique... Nous avons vu précédemment que Charles-Louis préférerait des études de droit, bien plus attirantes et surtout, parce qu'elles sont un prétexte de vivre à Paris à la façon dont les jeunes gens de l'époque imagine une vie de bohème ...
Seulement... Sa famille ( peu présente ...) et surtout M. Gouré ont des arguments sérieux, financiers, et même spirituels et politiques ...!
Charles-Louis aime le langage virtuel des mathématiques. C'est une manière d'entrer dans les secrets de l'esprit, une logique pour se promener dans les arcanes alchimiques de l'esprit... Monsieur Gouré l'a même initié à ce qui pourrait être à la source d'immenses progrès, l'appréhension de l'infiniment petit, pour de grandioses calculs ...!!! M. Gouré nomme cela: les "Mathématiques transcendantes", c'est à dire le calcul différentiel et intégral... Nous en reparlerons ...
Ayant passé le bac. ès-lettres, Charles-Louis prépare ensuite le bac. ès-sciences jury qui l'admet au grade avec deux boules blanches pour les mathématiques et une boule rouge pour les sciences physiques... Il suit avec M. Gouré les classes de Mathématiques élémentaires, puis la classe de Mathématiques spéciales... Enfin, il se prépare au concours d'entrée au concours de l'École polytechnique, il a vingt ans, mais il est refusé pour la session de l'été 1836...
Le pivot de la formation mathématique est, durant presque tout le XIXe siècle, l’École Polytechnique, centre à peu près unique de la culture scientifique... Stendhal, qui lui aussi, remportait les prix en mathématique, s'était préparé à entrer à l’École polytechnique, alors installée rue de l’Université...
Une autre raison qui compose l'ensemble des raisons qui vont permettre à Charles-Louis de monter à Paris, est d'une part l'attachement de M. Gouré au passé jésuite du Collège, et aux jésuites en général; et d'autre part les convictions légitimistes du professeur ....
M. Gouré assurait au jeune homme que Paris lui ouvrirait les bras, et en particulier ceux de l'un des maîtres du professeur limougeaud : Augustin Cauchy (1789-1857); s'il était initié aux "Mathématiques transcendantes"...
C'est ainsi, que Charles-Louis de Chateauneuf, pourra rejoindre son ami Elie Berthet à Paris... Et, ce sera pour entrer dans un monde des arcanes scientifiques promis par son professeur.. Egalement, il fera connaissance de sociétés, certaines secrètes, qui lui permettront de commencer une Quête personnelle, et continuer celle de ses ancêtres: Roger de Laron et Louis-Léonard de la Bermondie...
Cette quête commence: - par les mathématiques, - la société jésuite nommée '' la Congrégation'' et - la fidélité au roi ''Bourbon'' ...
Fils ou neveu : de M. Joseph Châteauneuf ( né en 1759) et de Marie-Catherine-Louise de la Bermondie d'Auberoche ( née en 1780) , mariés en 1803. Jean de Châteauneuf est mort en son château de La Villatte (cne de Saint-Junien-la Brégère, Cr.) vers 1820...
Marie Catherine de La Bermondie, née vers 1780, a pour parents: Jean Léonard de La Bermondie né le 16 avril 1739 et Jeanne de VILLOUTREYS née vers 1740 ou 1750...
Charles-Louis de Chateauneuf est né en 1816, sans doute enfant adultérin...
Il est placé en nourrice dans la campagne environnante, et grandit ainsi, avant d'intégrer le collège royal ( nom sous la restauration) de Limoges, en qualité d'interne...
De bonne heure, il se livre ainsi à la vie contemplative, à l'observation de la nature et l'écoute des contes et légendes qu'emplissent les veillées dont il est friand....
Puis, il parcourt les romans du dernier siècle, et autres miraculeux trésors qu'il peut arracher à sa famille, qu'il voit peu … Son goût pour la lecture va vite devenir impérieux... Ses loisirs en sortie du Collège se passe chez les bouquinistes de Limoges.
Le Collège Royal ( plus tard Lycée Gay-Lussac) a peu changé depuis ; si ce n'est en 1828, la chapelle ( abandonnée...) qui – réouverte au culte - est dotée à présent d'un plafond et d'une toiture ; et, la construction des quatre dortoirs des pensionnaires , dans une aile construite sous l'Empire...
Lycée Gay-Lussac
On a repris la désignation des classes des ex collèges des Jésuites : classes élémentaires (8e, 7e) jusqu'à la classe de philosophie...: De la 6e à la 3e les élèves doivent rendre chaque jour un thème (une traduction du français en latin). En seconde on ajoute des pièces de vers latins et en rhétorique des exercices de thèmes et de versions latines et grecques, des exercices de prose. On cherche à développer l’élocution écrite.
On y enseigne aussi : le français, les premiers principes de géographie, d’histoire et de mathématiques, puis se renforcent les sciences : le cours de sciences physiques (zoologie, botanique, minéralogie, chimie, physique) est commun aux classes de 3e/2de/Rhétorique …
Un professeur de philosophie ( pour la première fois il n'est pas prêtre) va les marquer : Charles Mallet (1807-1875) nommé en 1832, au collège royal de Limoges, en remplacement de l'abbé Garrigou. Ch. Mallet élève de l'Ecole normale a passé le concours de l'agrégation de philosophie sous la présidence de Victor Cousin (1792-1867), autre personnage que rencontrera C.-L. de Chateauneuf....
Charles-Louis rencontre un camarade de son âge avec qui partager sa passion, il se nomme Elie Berthet. Le jeune Elie, a, de plus, le goût de l'écriture et lui fait noter sur un cahier les récits du jeune romancier qu'il devient …
A la suite d'Elie Berthet, Charles-Louis devient excellent en rhétorique et en mathématiques ; tous deux se partageant les prix ...
Le père d'Elie Berthet est un négociant de Limoges, honorable mais peu riche... Il s'inquiète de l'avenir de son fils qui semble plus attiré par la passion littéraire que par une profession bourgeoise... A douze ans, il était passionné de botanique ; et possédait déjà une riche collection de papillons et d'insectes qui peuplaient alors le Limousin... Avec l'aide de Charles-Louis, ils vont enrichir cette collection ; le but secret entre eux est de ne jamais être à charge et de subvenir eux-mêmes à leurs besoins... Ainsi, ils vendront à des amateurs les collections d'histoire naturelle ainsi composées...
Leur rêve serait de ''monter'' à Paris, faire leur droit, vivre de ''bohème'' etc ...
Autographe - Elie Berthet
«L'étude la plus charmante pour une femme, et surtout pour une jeune fille, est celle de la botanique. Cette science s'apprend avec une extrême facilité par la pratique, et l'on se crée ainsi une source de jouissances intarissable, en même temps que l'on jette un peu de poésie dans l'existence, si dure et si brutale pour tous. J'aime beaucoup la botanique, et je m'efforce de communiquer ce goût à mes petits-enfants. Elie Bertet ». autographe
Limoges autour de 1830:
Le pont Saint-Etienne à Limoges vers 1838
En 1827, Limoges est soumise à une triade autoritaire :
- le préfet : le rigide baron de Coster
- l'évêque, Prosper de Tournefort, enfermé dans ses positions réactionnaires,
- le maire : Athanase Martin de la Bastide qui règne sur la ville de son château en campagne limousine ...
Louis-Philippe, roi des Français
Dès le 30 juillet 1830, après la fuite de Charles X, les républicains proposent au duc d’Orléans la lieutenance générale du royaume . Le 7 août 1830 après un vote favorable des Chambres il devient Louis-Philippe 1er. Il refuse le titre de roi de France qui l’aurait fait Philippe VII et se fait proclamer roi des Français. Ce nouveau titre, déjà porté par Louis XVI de 1789 à 1792, lie la monarchie au peuple et non plus au territoire. Comme autre symbole fort, la nouvelle monarchie adopte le drapeau tricolore pour remplacer le drapeau blanc de la Restauration.
A Limoges, la précarité de la condition des ouvriers, les a conduit à participer aux mouvements de révolte et de révolution. Pendant la révolution de 1830, de juillet à novembre, des grèves éclatent pour l'augmentation des salaires et la diminution de la journée de travail.
Tous les députés élus sont des libéraux... C'est la fin de trois décennies ''calmes''...
C'est véritablement alors l'heure de la bourgeoisie triomphante. Le nouveau Maire Fr. Alluaud entend insuffler modernité et progrès dans la gestion de la ville...
François II Alluaud s’attelle à poursuivre l'œuvre de son père et implante une usine de porcelaine aux Casseaux en 1816, en bord de Vienne, à une époque où celle-ci était une authentique route du bois. Il est également Maire de Limoges (1830-1833), et va participer à l'amélioration de la qualité de fabrication, de cuisson, et va franchir les barrières esthétiques en terme de création. Sous son influence, l'industrie porcelainière de Limoges va devenir une véritable industrie d'art.
Bord de Vienne - Limoges
Après les 3 glorieuses (1830) , les naveteaux armés de leur interminable lancis figurent dans les rangs de la garde nationale.
A noter en 1835, une très grave inondation des bords de Vienne...
Après six siècles de durée, le pont Saint-Martial et le pont Saint-Étienne servent encore aux communications de deux pauvres faubourgs, et heureusement ils ont tout juste assez d'utilité pour qu'on les entretienne...
Entre 1833 et 1839, le Pont-Neuf est construit puis livré à la circulation le 29 juillet 1839. La première pierre de ce pont a été posée le 17 juillet 1832. Cette pierre renferme une plaque en porcelaine portant les noms des officiels. Appelé pont ''Louis Philippe'' , il fut baptisé ''Pont Neuf'' après la révolution de 1848. Les emplacements prévus pour de grandes assiettes en porcelaine évoquant l'importance de la profession et sa vocation à réaliser des chefs d'oeuvre , sont hélas demeurés vides.
Le champ de juillet fut établi en 1830 pour permettre les charges d’entraînement des régiments de cavalerie, dont le XXème dragon. L'armée refuse le lieu qui devient un espace de promenade... L'oeuvre des frères Bühler, célèbres paysagistes du XIXe siècle, en 1858 a disparu, et est malheureusement oubliée. (Le jardin a été entièrement reconstruit dans sa partie basse vers 1928.)
1840, voit le Théâtre, place Royale ( de la République )
1846, le Palais de justice
1852, une halle sur la Place de la Motte
1856, la gare d'Orléans
1861, la Caserne de la Visitation...
La Porcelaine :
Vers 1830, la grande industrie de Limoges, reste la production de textiles. En 1837, la ville compte 25 manufactures de flanelles établies au bord de Vienne. Le déclin est du à la concurrence des tissus du nord de la France ; et il est contrebalancé par le développement de la porcelaine...
Sous la Restauration, l’augmentation de la production de porcelaine, sans doute liée à une augmentation de la consommation, est notable. Elle est due à deux facteurs : l’abondance des matières premières – kaolin et bois – dans la région et la présence d’une main-d’œuvre nombreuse et habile. En 1830, on inventorie seize fabriques, puis vingt-quatre en 1836-1837, soit quarante fours. Onze d’entre elles sont établies à Limoges et les autres en Haute-Vienne. Au niveau des effectifs, l’enquête industrielle de 1840-1844 recense 3198 personnes travaillant dans l’industrie porcelainière, qui est ainsi la première de la région. La production est alors majoritairement constituée de porcelaine blanche. Les décors sont principalement exécutés par des artistes qualifiés à Paris ou Toulouse, principaux centres de vente de cette porcelaine. Cependant, des ouvriers porcelainiers limousins décorent également la porcelaine. Quant aux exportations, elles se font en direction des marchés allemand, italien, espagnol et américain, mais encore modestement.
Jean-Léonard de la Bermondie, naît en 1739, en Limousin... Ancien page du Roi, officier dans les Gardes Françaises ; il y rencontre le marquis de Lusignan, avec qui il emprunte le chemin de la Franc-maçonnerie... Fort de l'héritage de son ancêtre Roger de Laron, templier...; il découvre diverses routes qui conduiraient au Graal; et comme émigré (pendant la révolution ), la pilosophie...
Avant de tourner cette page, il laisse à sa descendance les traces de ce chemin de vie. Le relais va être assuré par Charles-Louis de Chateauneuf, né en 1816 à Limoges...
Il y a tout juste 200 ans, naissait une génération qui s'est fait appeler ''enfant du siècle''...
L'une des meilleures illustration de ce type d'homme et de femme, est le roman d'Alfred de Musset (1810-1857): '' La Confession d'un Enfant du Siècle '', roman autobiographique publié en 1936...
En 1833, Musset rencontre George Sand...
Cette histoire est inspirée de la passion réelle vécue par Alfred de Musset et George Sand entre juillet 1833 et Mars 1835. Ces amours cohabitent avec la vie de débauche dont Musset ne parvient pas à se défaire et avec la liaison que Sand a avec le docteur Pietro Piagello à Venise. Dans le roman, tout y est romancé et rien ne s'est réellement passé comme le décrit Musset. Le procédé sera repris par George Sand (1804-1876) elle-même dans son texte '' Elle et Lui'' (en 1859), où tout et rien ne sont vrais … !
''Enfant du Siècle '': désigne les temps nouveaux, placés sous le signe du héros fondateur ( « Ce siècle avait deux ans. Rome remplaçait Sparte »), à présent déchu ; mais signifie encore : gloire, énergie, espoir, avenir, jeunesse.
P.-N. Guerin - Rochejaquelin (1817)
« C'est à nous jeunes gens, enfants du siècle et de la Liberté, à favoriser l'aurore du bonheur des nations, à faire accorder la sûreté des trônes avec la liberté des peuple... » écrit le jeune Balzac (1799-1850) (Sténie : roman inachevé commencé en 1819) ).
Victor Hugo (1802-0885) , se reconnaît lui-même dans ''Feuilles d'automne '' : « Je suis fils de ce siècle !... »
E. P. de Senancour (1770 - 1846), écrivain du premier romantisme français. Dans ses Rêveries, il décrits les enfants du siècle, comme des « esprits légers et insouciants, enivrés d'esprit et privés d'âme, qui voient dans le monde comme il va, le monde comme il doit aller.»
Ce siècle est nourrit des nostalgies de la noblesse mais aussi des mécomptes de la liberté puis des humiliations de la défaite. On y retrouve mêlés : vocabulaire passéiste, et attitude aristocratique, avec une inquiétude métaphysique ou sa crispation en révolte.
Benjamin Constant dans son roman autobiographique paru en 1817 : ''Adolphe'', met en scène les relations amoureuses entre Adolphe, un jeune homme de bonne famille, et Ellénore ( inspirée de plusieurs femmes, mais surtout de Germaine de Staël )... cette œuvre exprime ce mal du siècle; l'auteur affirme en effet : « J'ai voulu peindre dans Adolphe une des principales maladies morales de notre siècle : cette fatigue, cette incertitude, cette absence de force, cette analyse perpétuelle, qui place une arrière-pensée de tous les sentiments, et qui les corrompt dès leur naissance ».
Je reviens à la Confession d'un enfant du siècle (1836), ; avec le film de Diane Kurys, on entend Musset prononcer ces paroles ( et qui est en fait un résumé du Chap II de la Confession.):
« Le monde était en ruines, et nous venions au monde. La guerre était finie, nous arrivions après la gloire, après l’idéal, il nous restait le désespoir pour seule religion et pour toutes passions et mépris. Les femmes s’habillaient de blanc comme les fiancées, et nous les enfants du siècle, vêtus de noir comme les orphelins, nous les regardions, blasphème à la bouche et le cœur vide. J’allais dans ce désert, serré dans le manteau des égoïstes… quand soudain, je la rencontrai… »
Voilà ce qui en est de cette génération : '' Enfant du Siècle''.
Charles-Louis de Chateauneuf, né en 1816 à Limoges, tentera lui, de se défaire de cet atavisme, en retrouvant des racines bien plus anciennes...
J. L. de La Bermondie va vivre le début de la Révolution, en Limousin.
Le Limousin est alors une région pauvre et isolée... Les céréales, et en priorité le seigle, sont la principale des cultures à côté de l'élevage du bétail : bovins et moutons... Le porc est le seul animal que le paysan se permet de tuer pour sa propre consommation..
Un peu de sidérurgie, au sud de la Vienne ; et à Limoges une activité industrielle assez développée : papeteries, manufactures textiles... et, des échanges commerciaux limités.
Un peuple des campagnes indigent, et un attachement aux traditions religieuses populaires... Pour 700.000 habitants, on compte 3000 personnes au service de l'Eglise ( neuf communautés religieuses de femmes à Limoges)...
Suppression des Ordres religieux 1790
Les 20, 21 et 22 août 1787, se réunit l 'Assemblée provinciale de la généralité de Limoges. Puis dès février, mars 1789, des Assemblées ont lieu pour rédiger des cahiers de doléances et élire des députés aux États Généraux.
Les trois ordres se réunissent du 16 au 23 mars au chef-lieu des sénéchaussées.
J. L. de La Bermondie est à Limoges, pour la noblesse. Un document d'archive, qui nous donne la liste la des gentilshommes qui assistent à l'Assemblée des trois ordres de la sénéchaussée de Limoges et Saint-Yrieix, en 1789; le nomme et l'appelle "seigneur de Saint-Julien et de Laron".
Le lycée ( Gay-Lussac aujourd'hui) est le théâtre de la réunion des États Généraux du Limousin, dans l'enceinte de la chapelle, le 16 mars 1789.
« Le collège royal bordait le boulevard. L’arrière des bâtiments et la chapelle s’ouvraient de l’autre côté, tout près de la place dans l’étroite rue Boucherie. La lumière, encore frisante à cette heure soulignait d’ombre, les pilastres, les entablements, les frontons, les niches en coquille : tout l’ensemble du style jésuite, plaqué sur un appareil assez rudimentaire, comme les deux tourelles à bonnet pointu qui épaulait cette façade. Si bien qu’en dépit de ses ornements l’église ouvrait plutôt un aspect militaire. En outre, quand on arrivait par la rue de l’Arbre-Peint, un des singuliers clochetons du cloche, apparaissant par-dessus ladite Église ou chapelle évoquait les épaules et la tête d’un guetteur en armure et casque noirs.
L’intérieur sans pilier formait un assez vaste vaisseau, très clair. Tournant le dos à l’hôtel, les magistrats de la Présidial et de la Sénéchaussée : conseillers, gens du roi, le lieutenant des Pais, le lieutenant criminels étaient assis en robes du palais. Ils composaient et un groupe uniforme, noir et rouge, où tranchés la blancheur des hermines ; Sur un côté du vaisseau, se tenait le Tiers-État imposant par son nombre. Les campagnards en habit court à basques, y voisinaient avec les fastueux citadins du genre Naurissane. En face, siégeaient la noblesse et le clergé, à droite et à gauche du grand sénéchal qui présidait, assisté par le lieutenant général de Reilhac, le procureur du Roi et les huissiers. Cet ordre n’avait pas été établi sans mainte querelle de préséance. Aujourd’hui, tout le monde était très digne, très pénétré de l’importance de ce qui s’accomplissait ici. » Robert Margerit '' La Révolution - L'amour et le temps ''
Chapelle et arrière des bâtiments du Lycée Gay-Lussac -Limoges
En même temps, une crise des subsistances atteint son ampleur...
En 1788, du fait de la sécheresse et d'orages de grêles, les moissons sont détestables... le marché est également mal approvisionné ( certains accaparent pour gagner plus …), et c'est une forte hausse des prix... L'hiver qui suit est très rigoureux, même les châtaigniers périssent !
Les 12 et 13 mai 1789, Limoges connaît une émeute engendrée par ce problème de subsistances...
Après le 14 juillet 1789, les limousins connaissent ce qu'on appelle '' la Grande Peur '' : le bruit circule que des bandes de brigands ( ou mercenaires …) sans-doute recrutés par les nobles, arrivent en pillant et détruisant tout sur leur passage... cela induit une '' révolution municipale'', avec la constitution de '' comités de patriotes » » qui se substituent aux autorités municipales en place … On crée des gardes nationales, en grande partie formées de petits bourgeois.
Article 1er : « l'Assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal. »
En France, le 4 août voit la suppression des privilèges, de la dîme et de certains droits seigneuriaux. On brûle les bancs des ''privilégiés'' des église, on détruit les girouettes ( réservées aux possesseurs de fiefs) … Et en décembre, se généralise le refus du paiement des droits seigneuriaux...
En janvier 1790, en Bas-Limousin ont lieu des révoltes anti-seigneuriales.
C'est en février 1790 que se constituent les trois départements de la Creuse, de la haute-Vienne et de la Corrèze.
A lieu la fédération des gardes nationales – c'est à dire que les gardes nationales voisines se jurent un appui mutuel et fraternel - et le 14 juillet 1790, les municipalités organisent une fête pour célébrer cette Fédération. Se créent des clubs : des sociétés patriotiques avec beaucoup de commerçants et d'artisans.
A partir de janvier 1791, c'est la Constitution Civile du Clergé. On demande aux ecclésiastiques de prêter serment et on élit des évêques constitutionnels. C'est alors un tournant dans la révolution, car cette décision provoque de profondes divisions... Le bas-clergé est favorable à la Révolution, mais beaucoup de réfractaires invoquent leur conscience... Les ''jureurs'' ne sont pas enthousiastes... Pourquoi devoir choisir entre la Nation et l'Eglise ? Les ''jureurs'' seraient 62% en Corrèze, 47% en Haute-Vienne et 75% en Creuse ( selon l'Assemblée Constituante), des prêtres vont ensuite se rétracter …
Léonard Cramouzaud, le curé de Saint-Julien-le-Petit, refuse de prêter serment à la constitution ''schismatique'' du clergé, et émigre …
Pierre-Psalmet Cramouzaud, curé de Beaumont (du Lac), près d'Eymoutiers, nommé en 1762, refuse également de prêter serment. Il est condamné à la déportation hors de France. Malgré cette loi de déportation du 26 août 1792, il reste « caché dans le voisinage de sa paroisse, afin de continuer à veiller sur elle, et porter à ses habitants les secours de la religion »... Il est arrêté, et conduit à Limoges, où le tribunal criminel le condamne à mort, et le fait guillotiner le 21 novembre 1793. ( sources : l'abbé A. Lecler - 1918 )
Puis, les 20 et 21 juin 1791, le Roi ''s'enfuit'', puis il est fait prisonnier...
Le 23 août à La Souterraine, a lieu une insurrection contre le rachat des droits seigneuriaux...
La famille royale est arrêtée à Varennes le 21 juin 1791
Durant l'année, les départs en émigration deviennent nombreux.
Selon des actes: Jeanne de Villoutreys, et Jean Léonard de la Bermondie, vont divorcer durant la Révolution pour conserver les biens de Jean qui émigre en 1791; mais ils vont négliger de se remarier civilement après son retour...
Ce que j'en dis...: Jean Léonard de la Bermondie, après la fuite du Roi, puis son arrestation va considérer que son devoir est de rester au service du Roi de France. Bien que, partisan d'une monarchie Constitutionnelle, et donc favorable à la Révolution en son début, il partage certaines analyses du ''girondin'' et limougeaud Pierre Vergnaud (1753- et guillotiné en 1793), du moins en cette année 1791... Jean-Léonard comme noble, de plus, ancien page du Roi et officier, craint pour sa sécurité... Il choisit d'émigrer, mais refuse de servir dans l'armée avec les prussiens et les autrichiens contre la nation Française ... Aussi, choisit-il la Suisse, et Berne en particulier ...
- Note: Emigration française en Suisse: principalement à Neuchâtel, Fribourg, Berne et Bâle. On a recensé 3 700 ressortissants français dans le canton de Fribourg en 1793, dont deux tiers d'ecclésiastiques...
A suivre:... J. L. De La Bermondie rencontre le jeune Hegel..!
Limoges, comme chaque ville du royaume, a son cortège de fêtes et de processions annuelles...
Processions le dimanche de la Passion, le jour de Pâques, à la Fête-Dieu et dans l'octave, pour l'Assomption encore... Le 30 avril, on plante très officiellement des arbres de mai dans la ville, en présence du maire, des valets de ville, des fifres et des tambours. Il faut ajouter à cette trame les noubas du Carnaval et de la Saint-Jean, et le reste! Les Rois, les Rameaux...
Ostensions du Dorat en 1918
A Limoges, chaque année les six prévôts-consuls maudissent solennellement Gauthier, le méchant traître. Au début du XVe siècle, Gauthier Roi dit Pradeau avait cru pouvoir livrer la ville. Mal lui en prit, car, pendant plus de trois cents ans, les Limougeauds consacrent le 27 août à courir sus à Gauthier (voir note *). Cela commence à l'hôtel de ville et se poursuit dans la rue.
Mais tout cela, n'est jamais qu'ordinaire. En fait, les élites ne répugnent pas aux rites colorés, grivois parfois, qui scandaient les douze mois de l'année. A Carnaval hormis quelques dévots qui se réfugient chez les Jésuites pour y expier les fautes de leurs semblables, tout le monde se retrouve pour faire le maximum de ce qu'autorise l'état de son porte-monnaie. Moment sacré à l'occasion duquel les parents s'invitent de loin, comme pour la Saint-Jean, notamment pour le bal, l'un des plus importants de l'année.
On retrouve tout cela à la campagne, où les ''reinages'' des confréries ( vente de titres dans une confrérie) continuent de mêler inextricablement la religion, les gaietés populaires et la mangeaille.
Nobles et bourgeois font partie de la fête...
Dans la banlieue de Limoges, la fête des Cornards de Saint-Lazare sort la population de la ville pour sa première ballade de l'année, le dimanche de la Passion, en plein carême. Les aubergistes du village arborent à leur porte de magnifiques cornes de béliers enrubannées, à la place du bouchon obligatoire qui est le signe de leur commerce, et tout ce joyeux peuple ne manque pas d'aller saluer d'un même souffle les reliques de Saint-Lazare que le curé expose pour l'occasion dans la vieille église.
Les reliques et la fête mêlées, c'est là la marque propre du Limousin. ( …) La confrérie des cornards du lieu; se charge charitablement de déposer chez tout nouveau marié la superbe ramure de cerf qu'il n'aura plus qu'à transmettre à l'époux suivant. On pourrait encore évoquer l'Académie des ânes d'Ambazac...
Pour satisfaire ce besoin de sacré, Limoges a ses pénitent... Bleu, noir, gris, blanc, rouge ou feuille morte, le pénitent de Limoges trouve dans sa confrérie un moyen de sortir de son milieu professionnel et une identité religieuse et sociale que ne boudent pas les officiers de la ville.
L’historien Michel Cassan a écrit : « dans le courant des XVIIe et XVIIIe siècles, de ce dernier surtout, il n’y avait pas un seul chef de famille de Limoges qui ne fut membre de quelque confrérie à laquelle avant lui son père, son grand-père, ses ancêtres avaient appartenu. C’est par centaines qu’elles comptaient leurs membres. » Contrairement à ce que l’on pourrait penser par ailleurs, les confréries se montraient souvent très indépendantes vis-à-vis du clergé, en particulier à Limoges.
Selon Francis Masgnaud, « leur indépendance vis-à-vis du pouvoir religieux a dû plaire aux francs-maçons et, comme dans la ville tout le monde en était, nombre de francs-maçons furent également pénitents. »
Il existait des maçons ecclésiastiques, comme par exemple Cramouzaud, chanoine théologal de saint Martial, membre de « L’Heureuse Réunion » à la fin du XVIIIème siècle.
Dans son costume de pénitent, l'homme qui va pieds nus dans les rues jonchées de fleurs précédant le Saint-Sacrement, est un peu prêtre lui aussi. Instrument d'intégration sociale, la confrérie limousine accueillait les jeunes fils de ses membres, les militaires en garnison, soldats aussi bien que capitaines, et les négociants des villes d'alentour amenés par leur commerce à de fréquents passages.
Le Limousin présente la caractéristique de rester fidèle à ses reliques dont le culte y revêt depuis longtemps, une ampleur toute mérovingienne...
Tous les sept ans - et cela se fait encore au XXIe s. -, des ostensions solennelles permettent aux fidèles de promener et de vénérer les corps, les chefs et les morceaux les plus précieux des saints locaux: Martial, Léonard, Victurnien, Austriclinien, Théobald, IsraëI, Genest, Priest et mille autres, et cela avec une débauche d'usages et de rites qui s'étendent sur plusieurs mois et mobilisent l'ensemble de la population aux côtés de ses cadres sociaux dans un vaste psychodrame.
Procession maçonnique - au XVIIIe siècle détail
Également, un jour de Saint-Jean, les francs-maçons de la loge de Limoges peuvent donner un banquet et faire un feu d'artifice, avant d'envoyer à leurs frais une musique régimentaire donner la sérénade par les rues.
Sources : Michel C. Kiener et Jean-Claude Peyronnet : ''Quand Turgot régnait en Limousin''
(*) La fameuse conspiration de Gautier Pradeau (1426)
Le procès du consul Gautier Pradeau constitue un des épisodes les plus saillants et les plus dramatiques de notre histoire provinciale au moyen âge.
Limoges Médiéval ( BD de Pascal Jourde)
On sait que Pradeau, originaire de Lesterps ( aux limites du Limousin ), était venu, jeune encore, et avec peu de ressources, s'établir à Limoges où il entreprit un commerce.
Il va entrer dans la bonne société limougeaude par le mariage ; il épouse Marie Vidal qui appartient à une famille de drapiers et lui apporte « moult chevance »
Peut-être '' maître des monnaies'', il fait des prêts à des notables; surtout il devient trois fois consul (1412, 1416 et 1422). C’est donc, en quelques années, une réussite publique fulgurante.
Les adversaires de Gaultier Pradeau ont dressé de lui un portrait qui allait devenir traditionnel, celui du traître modèle : étranger à la ville, arrivé pauvre mais enrichi par le mariage et de louches affaires... Ici, le chef d’un parti vicomtal dans la ville, se heurtant à un parti consulaire mené par les anciennes familles patriciennes de Limoges...
Jean de Bretagne, sieur de Laigle, est le frère et le lieutenant général du vicomte de Limoges. Celui-ci revendiquait les anciens droits féodaux de sa famille. Les habitants repoussaient avec énergie cette prétention, rappelant le don fait par la veuve de Charles de Blois de leur ville au roi Charles V, et l'engagement solennel pris par le même prince vis-à-vis des bourgeois, de les garder sous sa main et de maintenir leurs consuls élus seuls maîtres et seigneurs du château de Limoges.
Pour dix mille écus et quelques rancunes personnelles, Pradeau consentit à servir les projets du seigneur de Laigle...
Quand ce fut le tour d'investir la charge de prévôt-consul, d'entre tous les magistrats de la Commune, Gautier Pradeau devait faire ouvrir sous un prétexte quelconque , un matin au point du jour, la Porte des Arènes...
Mais, le projet du traître fut découvert avant sa réalisation... L'alarme se répandit aussitôt dans la ville et les bourgeois se précipitèrent aux murailles …
Jean de Laigle demeura une semaine sous les murs de la ville avec les 6 ou 700 hommes qu'il avait réunis pour son expédition; mais avec d'aussi faibles troupes, il ne pouvait songer à prendre Limoges de vive force, il dut se retirer.
Le corps de ville s'assembla : Gautier fut appelé devant ses collègues; on mit les preuves de sa trahison sous ses yeux. Il essaya d'abord de nier; mais, bientôt convaincu par l'évidence, menacé d'être appliqué à la question, il se décida à tout avouer: il remit même aux consuls le traité qu'il avait en sa possession. Livré au prévôt criminel, il eut la tête tranchée au pilori de la place des Bancs, le 3septembre. La tête du coupable fut placée au bout d'une pique, au-dessus de la porte des Arènes.
Une procession annuelle - organisée peut-être dès les années 1430 et jusqu’à la veille de la Révolution - permettait à la population d’insulter « l’homme de fer » .
Louis VII de France, (1120-1180), roi des Francs de 1137 à 1180.
Henri II d'Angleterre (5 Mars 1133 au 6 Juillet 1189)
Aliénor d'Aquitaine (1122 ou 1124 à 1 Avril 1204)
Marie , comtesse de Champagne (1145 - 1198) est la fille aînée de Louis VII de France et de sa première épouse, Aliénor d'Aquitaine .
Geoffrey de Monmouth, Historia regum Britannie 1136 (latine)
Wace (1100- 1174) Roman de Brut , c. 1155 (anglo-normande)
Chrétien de Troyes (1135-1185)
Wolfram d'Eschenbach ( 1170-1220)
- La cathédrale d'Otrante, c. 1163 Mosaique : Rex Artirus
- ''Découverte'' de la tombe d'Arthur : 1190 (latin ) rapportée par Gerald of Wales
Le cycle de la Vulgate : la Queste del Saint Graal , la Mort (le roi) Artu , le Lancelot , le Estoire del Saint Graal , et la Vulgate Merlin c. 1215-1235 (Français)