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Les légendes du Graal

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A Limoges, en cette fin du XVIIIe siècle – 1/. -

6 Septembre 2018 , Rédigé par Perceval Publié dans #Limousin, #XVIIIe siècle, #Limoges, #Histoire

Limoges 1837 ( détail) - Jean-Baptiste Tripon (1801-1878)

Limoges 1837 ( détail) - Jean-Baptiste Tripon (1801-1878)

Après Ambazac, enfin, la voiture empruntée par J. L. de La Bermondie retrouve - vers Limoges -  une route praticable ..

«  La voiture dérangeait les ateliers paroissiaux de la corvée des chemins. Ils travaillaient aux routes entre les grands labeurs de l'été et les pluies et le gel de l'hiver... le cœur n'y était guère et les corvoyeurs y mettaient toute l’ardeur qu'on peut attendre des gens qui font un travail forcé non payé... »

Plan: Ville de Limoges 1785

Plan: Ville de Limoges 1785

La ville de Limoges ( le château) est ceinturée de remparts qui tombent en ruine ; pourtant la plupart ont disparu et remplacés par une allée d'arbres, appréciée des citadins … Les routes de Paris et de Poitiers aboutissent à la porte Montmailler, l'une des quatre portes fortifiées … Là, on y trouve tout à côté la poste aux chevaux et une brigade de la maréchaussée... En 1781, une place ronde a été aménagée : la place Montmailler, rebaptisée Dauphine à la naissance de l’héritier de la couronne.

Tout le trafic Nord-sud doit ensuite s'engouffrer dans le dédale de rues étroites, bordées de maisons ventrues aux faîtages fatigués, pour, éventuellement, ressortir par la porte Manigne et de là dévaler le faubourg Saint-martial vers la Vienne...

 

Vue de Paris, Limoges apparaît comme une ville méridionale et pauvre. Et, une vraie ville dans la mesure où le jour et la nuit n'y sont, pas très bien partagés... Même si la chandelle pousse à suivre le soleil pas à pas. On se lève au premier jour, partout les premières messes se disent en hiver dans l'ombre ténue de l'aurore. A la ville, la nuit n'interrompt guère le mouvement de la ville.

 

A la campagne, chacun prolonge la soirée par la veillée. On y pèle les châtaignes du lendemain entre proches voisins car les chemins étaient trop infernaux, au sens propre comme au figuré, pour qu'on ose se risquer bien loin- Les paysans s'en repartent dans la nuit, les enfants accrochés aux basques, les oreilles pleines d'histoires de loups-garous.... La veillée terminée, la campagne s'endort, la porte soigneusement barrée.

 

En ville, après avoir blagué autour de l'âtre de la salle, souvent l'unique pièce du rez-de-chaussée de maisons bâties tout en hauteur, les enfants et les domestiques des familles bourgeoises grimpent les escaliers grinçants dans le noir épais, faute d'oser allumer des chandelles qui représentent alors une menace mortelle dans des villes de colombage et de lattis...

Les beaux jours, quand le soir décline, vient l'heure sacrée de la promenade. On se sort du centre aux rues infectes et au pavé disjoint dans lesquelles se déversent encore librement les latrines des maisons de notables. On s'en va marcher par les chemins ivres qui serpentent entre les jardins et les vignes soigneusement clos de murs. On marche encore à la nuit tombée. Plus moderne, les villes se pourvoient de promenades, endroits plantés et aérés, qui représentent le seul espace de rencontre possible. L'un des titres de gloire des intendants des XVIIe et XVIIIe siècles fut de doter les principales villes de leur généralité de ces allées, de ces cours qui portent encore souvent leur nom.

A Limoges, on peut trouver une promenade à plusieurs allées d'ormes, tout auprès d'un ancien amphithéâtre romain : les Arènes. C'est Boucher d'Orsay, qui les fait aménager en « vraie » promenade.

A l'intérieur de la ville, on a fait aménager une terrasse, la '' place sous les arbres'', à l'ombre immédiate du chevet de la basilique de Saint-Martial. Puis, c'est Tourny qui fait aménager les allées ; il fait démolir une vieille tour du rempart puis construire une porte de ville en forme d'arc de triomphe, frappée aux armes du roi, de la ville et des siennes propres. Et en calcaire, s'il vous plaît, importé à grands frais ! Tourny lui donne pour perspective un vaste cours planté d'où part la route de Clermont, si bien que s'y installe tout naturellement un champ de foire.

 

Les pauvres, qui habitent souvent des antres sans fenêtres, se.laissent prendre par la nuit assis sur le seuil de leur porte. Les auberges se remplissent, installées comme il se doit aux portes mêmes de la ville, comme les Trois Anges du faubourg des Arènes, dans ces faubourgs qui échappent un peu mieux que le centre à l’œil parfois sourcilleux des autorités de police et de commerce. Les joueurs de cartes s'y entassent dans des chambrettes empuanties par le tabac.

La nuit est bruyante d'un remue-ménage de caravansérail, et le tapage nocturne ne semble gêner que le sommeil des plus grincheux.

 

La poste aux chevaux, installée porte Montmailler, et les courriers de la poste aux lettres ajoutaient encore au vacarme. (…) Celle-ci s'arrête tard et reprend vers les deux ou trois heures du matin. Autant dire que ce carrefour, où aboutissent les deux chemins du nord et du nord-ouest, ne s'endort jamais. Les équipages vont boire aux étangs de la Motte, au coeur du vieux Limoges.

Puis, c'est le bruit des convois qui arrivent aux premières heures du jour aux portes de la ville où sont installés les différents marchés, de tradition immémoriale.

Les fers qui sonnent sur le pavé, les chevaux qui s'ébrouent, les longues plaintes criardes des ânes esseulés, le cri des coqs à 1'aube, les grognements des cochons des voisins, toute cette ménagerie n'était pas seule, loin de là, à remplir les nuits limougeaudes.

 

Sources : Michel C. Kiener et Jean-Claude Peyronnet : ''Quand Turgot régnait en Limousin''

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La ''malédiction'' de l'Ordre de Grandmont -2/2 -

4 Août 2018 , Rédigé par Perceval Publié dans #Grandmont, #Limousin, #Limoges, #Histoire, #XVIIIe siècle

« L’an du Seigneur 1536, au mois d’août, maître Charles Cadumpnat, chantre de ce monastère, étant assis dans le cloître avec frère Jean Massias, maître des novices, et plusieurs autres composa la petite prose ci après en disant: «Je vous assure, mes frères, que si je me tais, les pierres parleront. Nos ruines ne parlent-elles pas à la postérité ? » Puis, voyant enlever quelque chose du trésor de l’église, il dit en soupirant et en sanglotant :

« O illustre confesseur du roi des rois Jésus-Christ, grand saint Etienne, gloire du pays d’Auvergne, que votre prière nous recommande à la Trinité souveraine ! Regardez d’un œil pieux vos serviteurs qui soupirent vers vous ! Si vous n’étendez vers nous vos mains secourables, votre Ordre de Grandmont - va rester dans la désolation; car vos brebis sont dévorées par des loups ravisseurs, et elles souffrent chaque jour, les plus graves dommages.

Des maîtres étrangers ne cessent de dévorer tous nos biens sous nos propres yeux....

Malheur ! et encore malheur ! Quand le grand arbre SERA RENVERSÉ, SA CHUTE SERA SUIVIE DE BEAUCOUP DE RUINES, DE TRIBULATION ET DE DÉSOLATION ! ».

Comme il n’est question dans cette prose que de l’abbaye de Grandmont on ne peut entendre cette figure symbolique le Grand arbre , que de cet Ordre célèbre qui couvrait plusieurs provinces de ses vastes rameaux. Cette prophétie annonçait que le Grand arbre (l’Ordre de Grandmont) serait un jour renversé, et que sa chute serait suivie de beaucoup de ruines, de tribulation et de désolation. C’est ce qui est arrivé sur la fin du XVIII e siècle. »

Sources : HISTOIRE DE PAROISSE DE SAINT-SYLVESTRE (HAUTE-VIENNE) par le Chanoine A. LECLER - 1909

Une réforme de ''sticte observance'' est proposée, et le refus des autres religieux et la convoitise de l’évêque entraînent la suppression de l’ordre par la commission des réguliers en 1772.

 

Par les lettres patentes de 1769, Louis XV a autorisé la suppression de l’ordre de Grandmont. L'extinction de l'Ordre fut prononcée par le pape Clément XVI cédant aux instances de la Cour de France le 6 août 1772, mais ne fut confirmée par Louis XVI qu'en Mai 1784, le parlement de Paris ayant mis obstacle .

 

Le dernier abbé de Grandmont, François-Xavier Mondain de la Maison Rouge va résister le plus longtemps possible. Homme de grande foi, celui-ci va tenter vainement une réforme pour satisfaire la Commission avant de découvrir la réalité de la machination ourdie contre son abbaye et de combattre courageusement aussi bien la décision du pape que celle du roi lui-même.

Malgré la résistance du dernier abbé de Grandmont, l'Ordre disparait à sa mort le 11 avril 1787 ; en dépit des protestations des habitants, en particulier ceux de la paroisse de Saint-Sylvestre.

Les derniers grandmontains quittent l'abbaye en Juillet 1788.

 

Sa dernière rénovation datait du XVIIIe siècle; et l'abbaye est détruite en 1789. Les matériaux qui la composaient ont été utilisés en majeure partie pour la construction de la prison de Limoges puis pour les maisons du village. Une chapelle a été construite avec des matériaux de l'ancienne abbaye en 1825 par le dernier moine de Grandmont.

 

La destruction de l'Ordre de Grandmont fut conduite par Mgr Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, et rapporteur devant la Commission des Réguliers instituée par Louis XV en 1765 (1), et Mgr. Plessis d Argentré, évêque de Limoges, grand bénéficiaire de l'opération .

 

(1) ( cette commission devait permettre de refréner les abus du clergé et examiner la situation financière des établissements ecclésiastiques aux ressources insuffisantes..)

Le Cardinal Loménie de Brienne

Étienne-Charles de Loménie de Brienne (1727-1794) est aussi incroyant que manipulateur.. En utilisant trahison et duplicité, il s'acharne sur l'ordre. Avec l'appui de la reine Marie-Antoinette, il deviendra ministre. En 1788, il doit se retirer, laissant un trésor vide. En 1791, il deviendra évêque constitutionnel...

Louis Charles du Plessis d'Argentré (1723-1808) est évêque de Limoges ; il est épris de luxe et endetté par son projet fastueux de palais épiscopal qu'il se fait édifier ( actuel musée de l'évêché) et construit principalement par Joseph Brousseau ( né à Solignac, près de Limoges, vers 1733), de 1766 à 1773.

 

Description du site par Honoré de Balzac dans Le curé de village (1838-1841): « Le palais épiscopal de Limoges est assis sur une colline qui borde la Vienne, et ses jardins que soutiennent de fortes murailles couronnées de balustrades, descendent par étages, en obéissant aux chutes naturelles du terrain. L’élévation de cette colline est telle que, sur la rive opposée, le faubourg (…) semble couché au pied de la dernière terrasse. De là, selon la direction que prennent les promeneurs, la rivière se découvre, soit en enfilade, soit en travers au milieu d’un riche panorama. (…) La magie du site et la riche simplicité du bâtiment font de ce palais le monument le plus remarquable de cette ville où les constructions ne brillent ni par le choix des matériaux ni par l’architecture. »

Limoges - Evêché-Musée aujourd'hui

On peut se reporter au livre de M Gilles BRESSON : "La Malédiction des Grandmontains"

et au site : https://www.limousin-medieval.com/grandmont

 

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Au XVIIIe siècle, le collège des jésuites de Limoges.

16 Janvier 2018 , Rédigé par Perceval Publié dans #XVIIIe siècle, #Jésuites, #Limoges, #Limousin

Au XVIIIe siècle, le collège des jésuites de Limoges.

Les jésuites possèdent, en 1710, six cent douze collèges. Ils sont concurrencés en particulier par les Oratoriens ( fondés en 1611). Les Jésuites mettent au point dès 1599 leur Ratio studiorum, manuel condensant le programme de leurs collèges, accessible à tous.

Costumes des jésuites du XVIIe au XIXe siècle.

La belle place est faite aux lettres classiques : latin et grec. Dès la 5e (deuxième année), l’élève est plongé dans un autre univers : il côtoie les auteurs anciens, des cours se font en latin … Le latin est le sésame vers les humanités, fondement à leur tour des Belles-Lettres.

La philosophie est celle d’Aristote. Le collège est pour les jésuites, une citadelle de l’orthodoxie romaine contre les protestants, les jansénistes et les libres penseurs.

L’Histoire et la géographie sont marginales, les sciences naturelles (observations et expériences) sont peu présentes et les mathématiques ne sont abordés que durant la dernière année (deuxième année de philosophie). Cependant au XVIIIe siècle, certains cours innovent avec des leçons de chimie et des expériences sur les phénomènes électriques. Les Oratoriens insistent davantage sur les disciplines scientifiques...

La religion (messes, confessions, prières) tient évidemment une grande place dans l’enseignement, les collèges constituant le « fer de lance » de la Contre-Réforme. A côté de la religion est enseignée la morale et la civilité (l’art de se tenir en bonne société). A la pointe de la Contre-Réforme, la Compagnie de Jésus valorise l’art théâtral qui revêt à leurs yeux trois qualités : améliorer la mémorisation, obliger le contrôle de sa voix (effets de voix) et la maîtrise de son corps (se tenir droit, ne pas faire de gestes brusques). Les représentations sont publiques, les habitants de la ville ou du village venant y assister librement.

La discipline du collège jésuite est stricte; les punitions corporelles sont peu à peu abandonnées (au profit des blâmes, retenues,…). L’émulation et le sentiment de l’honneur sont largement mis à profit Par exemple, on peut diviser les classes en groupes, Romains, Carthaginois... qui s’affrontent pour faire gagner leur camp … En fin d’année se tient la remise des prix en public pour les meilleurs élèves, où les familles et les notables de la ville sont conviés à la cérémonie.

Une grande partie du travail de surveillance est effectuée à l’intérieur de la classe par les élèves eux-mêmes. Dans chaque classe est choisi parmi eux un normateur dont le travail est de tenir le registre quotidien des présences. D’autres élèves (un par groupe, ou décurie, là où existe ce système) jouent le rôle de gardiens de la morale. Ils sont habituellement appelés censores et leur tâche consiste à rapporter au professeur toute manifestation d’indiscipline. Chaque membre de la décurie, du chef jusqu’au dernier de la troupe, est noté en fonction de son travail et apparié avec son homologue des décuries rivales. Les équipes concurrentes combattent pour la meilleure place presque quotidiennement, chaque membre de la décurie défendant l’honneur du groupe contre ses rivaux.

L’objectif ultime de l’élève est de gagner la compétition mensuelle pour prendre le titre d’Empereuril capo dei capi.

 

Les élèves des collèges jésuites gardent le même régent quand ils montent de classe en classe, et l’enseignement de ce dernier est supervisé par ses supérieurs.

Le passage d'un élève dans une classe correspond généralement à la durée d'une année, de la Saint-Rémi – soit du 1er octobre – jusqu'à la mi-septembre. C’est seulement après avoir réussi une forme d'examen de passage que le collégien intègre un certain niveau de classe.

Le collège organise cinq niveaux différents de classes : aux trois premiers niveaux – grammaire inférieure nommée aussi « rudiments » ou « figures » ; grammaire dite moyenne ; grammaire supérieure, appelée aussi syntaxe – succèdent l'enseignement de la poésie ou humanités et le dernier niveau prévoyant l'apprentissage de la rhétorique, couronnement des quatre années préalables. Avant d'atteindre cette cinquième classe destinée à la rhétorique, l'élève a bénéficié de quatre années complètes consacrées à la grammaire, à la poésie et aux humanités. Ces quatre étapes jouent en quelque sorte le rôle de classes préparatoires permettant à l'élève jésuite de rayonner dans la discipline reine, celle de l’art de dire. Cet art occupe une place de choix parce qu’il est considéré comme nécessaire aussi bien à l’éloquence du prédicateur qu’à celle du courtisan qui devra plaider sa cause en société.

Au XVIIIe siècle, les effectifs dans les établissements secondaires chutent. En cause :la multiplication des établissements secondaires mais surtout le changement des mentalités. Le contenu enseigné par les congrégations ne correspond plus à « l’air du temps », dans un siècle de déchristianisation. Des voix s’élèvent contre la tyrannie gréco-latine pour réclamer le renforcement des cours de français, d’Histoire, de géographie et de sciences naturelles. Les élites (notamment les marchands) reprochent aux collèges de manquer de pragmatisme, de ne pas préparer les adolescents à la vie adulte.

En 1762, les Jésuites - sont expulsés hors du royaume par ordre du roi… ! ( nous aurons l'occasion d'en reparler …). Ils possèdent alors un tiers des collèges du France … Ce sont des raisons politiques et historiques qui conduisent à la suppression de l’ordre en 1763.

Pour l'heure, les Jésuites assurent même la gratuité de l’externat à partir de 1719, ce qui leur assure un large succès, en particulier de la bourgeoisie des villes... en même temps que croit la contestation de leur emprise sur la jeunesse et les esprits.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la clientèle des collèges jésuites n'est nullement limitée à la noblesse et aux couches supérieures de la bourgeoisie : les premiers ne constituent, en fait, que 4 à 6 % des effectifs. L'écart d'âge, dans une même classe peut être très important ...

Collège Jésuites - Limoges - retable architecturé

Les jésuites ont introduit trois nouveautés : la progressivité dans les études, les devoirs écrits (thèmes, dissertations latines), les notes, classements, concours, récompenses honorifiques et donc, je me répète : l’esprit de compétition.

 

En 1661, le collège de Limoges a 1200 élèves et 36 régents. En 1762, le Parlement de Paris proclame que la doctrine des Jésuites est "perverse, destructrice de tout principe de religion et même de probité, injurieuse à la morale chrétienne, pernicieuse à la vie civile". Le collège reste fermé un an , puis douze prêtres, sous le contrôle de l'évêque les remplacent. Le collège s’appellera Collège royal de Sainte Marie de Limoges. Aujourd'hui, il est devenu le Lycée Gay-Lussac.

Les continuelles difficultés de trésorerie ont empêché les pères jésuites d'entretenir convenablement les locaux qui sont abandonnés dans un état déplorable au moment de l'expulsion de la Compagnie. Une des premières tâches du bureau d'administration après 1763 consistera à faire reconstruire le corps principal des bâtiments (1767-1777).

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Sur la route Richard Coeur de Lion : Limoges – 3/3 -

5 Juin 2016 , Rédigé par Perceval Publié dans #Limoges, #Aquitaine, #Richard Coeur de Lion

Pascal Jourde - BD - La Mort du Lion

Pascal Jourde - BD - La Mort du Lion

Adémar V, qui conteste l’autorité anglaise, alors que le duché d’Aquitaine est passé sous le contrôle de l’Angleterre suite au mariage d’Aliénor avec Henri II Plantagenêt. En 1171 (?), d’après Geoffroy de Vigeois, le jeune Richard Cœur de Lion, nouveau duc d’Aquitaine, après une entrée processionnelle devant la foule en liesse, où il est accompagné par sa mère, reçoit à la cathédrale (« église matrice du Limousin ») la bénédiction de l’évêque de Limoges, une belle tunique de soie et une relique précieuse mais sans doute apparue pour « la cause » : l’anneau de sainte Valérie, signe d’une union mystique entre le prince et la Cité, le culte de la sainte ayant été redynamisé depuis une dizaine d’années. Suivent diverses festivités : tournois et banquets. L’Eglise limougeaude légitimant ainsi la Cité comme le lieu du couronnement ducal – Reims étant celui du sacre royal. Mais, progressivement, l’opposition entre le duc et les Limousins grandit et le Château se retrouve au cœur des affrontements.

En 1183, Henri II en fait raser l’enceinte et démantèle le pont Saint-Martial pour châtier les habitants indociles.

En 1199, faisant face à une coalition entre Philippe-Auguste, le comte d’Angoulême et le vicomte de Limoges, Richard Cœur de Lion est mortellement blessé (vraisemblablement par Pierre Basile) d’un carreau d’arbalète à Châlus-Chabrol, ce qui inspira nombre de chroniqueurs médiévaux puis Walter Scott dans Ivanhoé. Il rend son dernier souffle dans les bras de sa mère Aliénor.

 

Sources : Laurent Bourdelas, historien et écrivain, auteur de L'Histoire de Limoges (Geste Editions).

 

Récapitulons : Limoges, en Limousin, en Aquitaine...

Le nom de ''Limoges'' vient de "Civitas Lemovicum", la "Cité des Lémovices", devenu "Lemovicas". Ce nom vient donc de celui de la tribu gauloise des Lémovices, vivant sur le territoire limousin durant l'Antiquité.

C’est à Limoges que le fils de Charles le Chauve, Charles l'Enfant, fut couronné roi d’Aquitaine en 855. Au cours des Xe et XIe siècles, les comtes de Poitiers, cumulant aussi le titre de comte de Limoges, se parèrent du titre de duc d’Aquitaine puis devinrent également ducs de Gascogne...

Aliénor d'Aquitaine l'apporta en dot en 1152 à son second mari, Henri Plantagenêt, comte d'Anjou et futur roi d'Angleterre. La vicomté de Limoges, maîtresse de la plus grande partie du Haut Limousin, resta cependant le plus souvent indépendante.

Le Limousin est connu pour être une terre de vicomtes. Toutes les grandes familles vicomtales (Limoges, Turenne, Comborn, Ventadour, Aubusson, Brosse, Rochechouart), ont en commun de contrôler plusieurs forteresses.

Limoges, « fleuron du duché », conserva dans cet ensemble un rôle essentiel jusqu’au XIIe siècle au moins, comme lieu de couronnement des ducs : c'est en cette ville que Richard Coeur de Lion fut investi en tant que duc d'Aquitaine vers 1170, en passant à son doigt l'anneau de sainte Valérie.

L'abbaye Saint-Martial, dont les fouilles archéologiques révèlent actuellement les vestiges carolingiens et romans, tenait de toute évidence un rôle majeur dans ce rituel hautement symbolique.

Marie de Comborn, héritière des derniers vicomtes, épousa en 1275 l'héritier des ducs de Bretagne, le futur Arthur II. L'hermine de Bretagne brisée d'une bordure forma les armes de la vicomté. Au 15e siècle le Limousin passa par héritage à la maison d'Albret et le roi Henri IV, le dernier vicomte, le réunit à la Couronne en 1589.

La Devise de Limoges est « Dieus gart la vila e Sent Marsals la gent » (Dieu protège la ville et Saint-Martial son peuple).

Le Blason de Limoges : ''De gueules, au chef de Saint Martial de carnation, orné à l’antique d’or, ombré de sable, entre deux lettres gothiques d’or S et M ; au chef d’azur, chargé de trois fleurs de lis d’or.''

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Sur la route Richard Coeur de Lion : Limoges – 2/3 -

2 Juin 2016 , Rédigé par Perceval Publié dans #Richard Coeur de Lion, #Limoges, #Limousin, #Moyen-âge

BD de Pascal Jourde '' La mort du Lion ''

BD de Pascal Jourde '' La mort du Lion ''

 Limoges, dès la fin du IXème siècle, le vicomte représente le comte de Poitiers ; il s’est installé à l’écart de la Cité épiscopale ( où donc, est installé l'évêque), sur un site de carrefour où il a établi une motte castrale faisant suite à une construction d’un bâtiment antérieur (mais postérieur à l’Antiquité). Une chapelle placée sous le vocable de saint Michel (dite des Lions) est construite dans la basse-cour du château. Après diverses vicissitudes, le vicomte doit faire allégeance à l’abbé.

On parle d'une ville, composée de trois cités ou d'une « ville des trois pouvoirs »: celui de l’évêque, sur la Cité ; celui du vicomte ; celui de l’abbaye Saint-Martial – centre culturel majeur - , protégée par sa propre enceinte.

L'abbaye de Saint Martial - du nom du premier évêque et saint patron de la ville - était l'une des plus belles et des plus célèbres de France, le pèlerinage autour du sépulcre de Saint Martial connaîtra un essor majeur au XIe siècle.

Dès le Xème siècle, l’abbaye limougeaude noue des liens avec l’abbaye bénédictine de Cluny (dirigée par Odon), symbole du renouveau monastique en Occident et centre culturel majeur. A Limoges, ce sont l’abbé Aymon et son frère l’évêque Turpion qui entretiennent ces liens vers le milieu du siècle.

En 994, de grandes pluies ravagent l’Aquitaine, l’ergot de seigle se développe, il est à l’origine d’une épidémie qui gagne tout le duché, la Touraine, jusqu’à la Bourgogne – le pain de seigle étant l’une des bases de l’alimentation.

Le moine et chroniqueur Adémar de Chabannes (vers 988-1034) a relaté les évènements: « En ce temps-là, une peste de feu s’alluma parmi les Limousins. Les corps d’un nombre incalculable d’hommes et de femmes furent consumés d’un feu invisible, et de tous côtés une plainte emplissait la terre… »

Adémar de Chabannes explique que Geoffroy, abbé de Saint-Martial, l’évêque Hilduin, avec l’assentiment du vicomte – ils sont tous les trois de la même famille… – et de Guillaume V, duc d’Aquitaine et comte de Poitiers, ordonnent alors un jeûne de trois jours en Limousin, une réunion épiscopale à Limoges, une ostension de reliques – dont celle du corps de saint Martial. Un grand rassemblement est organisé au Mont-Jovis et le « miracle » a lieu : l’épidémie cesse.

Au début du XIe siècle, le souvenir de ce miracle dit des 'Ardents', donne lieu à un récit, élaboré au sein de l’abbaye Saint-Martial, et reproduit ensuite dans une multitude de manuscrits. La pratique des ostensions est dans un premier temps reprise ponctuellement, sans date fixe, lors de la venue à Limoges d’un personnage important (Saint Louis et Blanche de Castille en 1244, le pape Clément V en 1307, Louis XI en 1462, Henri IV en 1605) ou en cas de grandes catastrophes, guerres, épidémie  

 

 

Au début du XIIIème siècle, l’abbaye Saint-Martial – émancipée de celle de Cluny - compte un effectif de 70 moines.

Selon le Codex Calixtinius, Limoges se situe sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle qui traverse Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay, Saint-Léonard en Limousin et la ville de Périgueux.

La ville est sur la Via Lemovicensis, et l’on imagine sans peine tous les voyageurs qui la traversaient, devisant, témoignant de ce qu’ils avaient vu à Limoges : L’abbatiale romane du Sauveur mesure 100 m de long, sa nef compte dix travées ; le clocher superpose des étages octogonaux à des étages carrés. Il y a la crypte ; l’église Saint-Pierre-du-Sépulcre ; la chapelle Saint-Benoît ; divers autres bâtiments comme le réfectoire et le cloître aux baies vitrées rayonnantes. Le scriptorium de l’abbaye est particulièrement réputé. L’atelier d’enluminure est particulièrement actif et créatif, inspiré, par exemple, par les ivoires.

A l’abbaye ou dans ses parages se trouvent des ateliers d’orfèvrerie, qui produisent un grand nombre d’objets liturgiques (châsses, coffrets, statues, croix…) et d’émaillerie champlevée sur cuivre, où se développe l’Opus lemovicense ou Œuvre de Limoges.

Limoges fut aussi un centre majeur de création musicale... C'est ici qu'est inventée la musique polyphonique, dès le XIe siècle.

 

 

Bréviaire à l'usage de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges - Saint Martial enfant et le Christ Magnifique croix émaillée du XIIIème du corpus des oeuvres de Limoges

Des liens existèrent entre les moines musiciens de Limoges et les poètes profanes inventeurs de la fin’amor. Le premier troubadour connu, Guillaume IX, est duc d’Aquitaine, c’est le grand-père d’Aliénor, elle-même élevée dans l’amour de la littérature et de la musique, amie et mécène des troubadours, épouse d’Henri II Plantagenêt.

Face à la Cité dont sont maîtres les évêques, le Château profite du rayonnement de l’abbaye et de l’essor du commerce.

Sources : Laurent Bourdelas, historien et écrivain, auteur de L'Histoire de Limoges (Geste Editions).

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Sur la route Richard Coeur de Lion : Limoges – 1/3 -

30 Mai 2016 , Rédigé par Perceval Publié dans #Moyen-âge, #Limoges, #Richard Coeur de Lion

La Maison de Limoges est une famille féodale du Limousin qui possédait la Vicomté de Limoges. Elle commence avec Foucher ou Foulques Ier de Rouergue de Limoges(838-†886), fidèle de Charles II le Chauve, qui devint le 1ier Vicomte de Limoges en 864/876. Hildegaire, le petit-fils de Foucher, se proclame vicomte de Limoges et vient habiter dans la ville, quittant Ségur, le lieu traditionnel de résidence de la famille de Limoges. Le jeu des successions a créé en Limousin de nombreuses vicomtés :

- Au sud, les vicomtés de Comborn, Turenne et Ventadour.
- A l'est, le comté de Haute-Marche et la seigneurie de Combraille.
- Au nord, la vicomté de Bridiers et le comté de Basse-Marche.
- A l'ouest, la vicomté de Rochechouart.

À sa mort en 1139, Adémar III dit « le Barbu » (1050-†1133/39), 10ième vicomte de Limoges, n'a plus d'héritiers mâles (Guy III son fils étant mort en 1124). La vicomté revient alors à Archambaud IV dit « le Barbu » (1075-†1137), de la branche cadette des vicomtes de Comborn, qui a épousé en 1111 Humberge de Limoges (1080-†1160) dite « Brunicende », fille d'Adémar III, héritière de la vicomté. Leurs descendants reprendront le nom de Limoges.

Adhémar V (1135-†1187 ou 1199 ?), est le 14ième Vicomte de Limoges. Il est le fils unique d’Adémar IV de Limoges (1110-†1148) et de Dame Marguerite de Turenne (1117-†1173/1202). Il épouse en 1159 Sarah de Cornouaille (1135-†1216), fille de Renaud ou Réginald (1100-†1175), comte de Cornouaille, fils de Henri Ier, roi d’Angleterre dit Beauclerc (1068-†1136) et Élisabeth ou Mabel Fitz-Richard (1108/14-†1162).

Adémar V de Limoges meurt en 1187, mais dans les textes on l’annonce comme le Vicomte de Limoges en place lors du conflit avec les Anglais, entre autre lors de la mort du roi anglais Richard Cœur de Lion en 1199.

Histoire d'Adémar V, vicomte de Limoges :

Adémar ( ou Adhémar) V était encore jeune lorsqu'il succéda à son père, en 1148, comme Vicomte de Limoges. Sa famille le nommait Boson, du nom de son aïeul maternel. Sa tutelle fut confiée à Gérard, Evêque de Limoges, puis à son oncle Bernard, Doyen du Monastère de Saint Yrieix. Mais le frère de Bernard, Archambaud de Comborn les écarta pour quasiment usurper la Vicomté. Malgré une visite du Roi Louis VII en 1151 à Limoges, cette situation se poursuivit. Elle bascula avec le nouveau Duc d'Aquitaine, Henri Plantagenet, nouvel époux d'Aliénor, répudiée par Louis VII. Il vint détruire les murs du château de Limoges vers 1154, après une mini-révolte des habitants, et confia la tutelle d'Adémar à Geoffroy de Nemours, frère de Rotrou III, Comte du Perche.

A sa majorité, Adémar fit hommage à Henri II qui, pour se l'attacher, lui fit épouser Sarah, sa propre cousine, fille de Renaud, Comte de Cornouailles. Après la célébration du mariage, qui eut lieu à Bordeaux, les Bourgeois de Limoges refusèrent d'obéir à Adémar V, ce qui entraîna une nouvelle intervention d'Henri II en 1156. En 1170, lorsque Richard reçut de son père le Duché d'Aquitaine, Adémar lui fit hommage. Par une charte du 10 juillet 1179, à laquelle souscrivirent les Vicomtes de Turenne et de Ventadour, il fit don de propriétés à Notre Dame de Dalon, avant de partir pour Jérusalem. Il est à nouveau cité dans des chartes de 1184 et 1192.
En 1183, juste avant de mourir, Henri le jeune adressa à son père le Roi d'Angleterre, un courrier dans lequel il le priait de donner la paix à tous ses ennemis et notamment à Adémar et au peuple limousin. L'an 1184, les combats reprirent contre les Anglais.
Adémar fut assassiné en 1199, semble-t-il par Philippe, Seigneur de Cognac, qui tenait le Vicomte Adémar comme responsable de la mort de son ''père'' : le Roi Richard d'Angleterre.

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