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Les légendes du Graal

Princeton – Rencontre avec John Wheeler – 2

26 Août 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #physique

- Yvain et Elaine interrogent John Wheeler, sur la question fondamentale de la causalité que pose la mécanique quantique ?

Je rappelle que - Dans la mécanique quantique, une particule peut exister dans plusieurs états simultanément jusqu'à ce qu'elle soit mesurée. Cela remet en question la causalité classique, où chaque événement a une cause bien définie. Si l'acte de mesure influence l'état de la particule mesuré; cela soulève des questions sur la nature de la réalité...

En effet, Wheeler suggère, que des décisions prises, après qu'un événement ait eu lieu, peuvent influencer cet événement rétroactivement. Cela remet en question l'ordre causal classique où les causes précèdent toujours les effets.

Certains physiciens, proposent que les chemins multiples existent simultanément jusqu'à ce qu'une observation "choisisse" une réalité particulière.

- Le principe d'incertitude de Heisenberg stipule qu'il est impossible de connaître simultanément avec précision certaines paires de propriétés d'une particule (comme la position et la quantité de mouvement). Cela introduit un élément de hasard fondamental dans les processus quantiques.

 

Elaine relève que Wheeler, intègre souvent des réflexions philosophiques dans ses considérations scientifiques, ce qui n'est pas courant chez les physiciens. Il réfléchit sur la nature de la réalité, l'information et la conscience.

Le schéma illustre l'idée de circuit auto-excité développée par John Wheeler. Selon cette conception, l'univers crée sa propre réalité en boucle

La lettre "U" illustre l'idée clé de Wheeler : l'univers se "boucle sur lui-même".

Y a t-il un univers avant l’apparition de la conscience pour le percevoir? La réalité ne serait peut-être pas un phénomène entièrement physique. Wheeler suggère que la réalité naît de l’acte d’observation, et donc de la conscience elle-même. La réalité pourrait être "participative", c'est-à-dire que l'acte d'observation pourrait influencer la nature de la réalité elle-même.

Il a également suggéré que l'univers pourrait être vu comme un système d'information auto-synthétisé, c'est à dire que l'univers se construirait et se régulerait lui-même en fonction de l'information qu'il contient. Il utiliserait des boucles de rétroaction où l'information produirait des structures et des phénomènes qui, en retour, généreraient plus d'information. C'est un processus dynamique et évolutif.

Et, n'oublions pas que les observations et les mesures faites par les observateurs jouent un rôle crucial dans la définition de la réalité. L'univers est donc en constante interaction avec les observateurs, et cette interaction génère de l'information qui façonne l'univers.

- Les observateurs humains peuvent donc influencer le devenir de l'univers?

Les observateurs humains pourraient influencer non seulement le présent mais aussi le passé !

 

« Je pense que ma vie en physique a été divisée en trois périodes. Au cours de la première période, qui s’étendait du début de ma carrière jusqu’au début des années 1950, j’étais sous l’emprise de l’idée que tout est particules. Je cherchais des moyens de construire toutes les entités de base – neutrons, protons, mésons, etc. – à partir des particules, des électrons et des photons les plus légers et les plus fondamentaux.

J’appelle ma deuxième période Everything Is Fields. Depuis le moment où je suis tombé amoureux de la relativité générale et de la gravitation en 1952 jusqu’à présent, j’ai poursuivi la vision d’un monde fait de champs, un monde dans lequel les particules apparentes sont en réalité des manifestations de champs électriques et magnétiques, de champs gravitationnels et de l’espace-temps lui-même.

Maintenant, je suis sous l’emprise d’une nouvelle vision, que tout est information. Plus j’ai réfléchi au mystère du quantique et à notre étrange capacité à comprendre ce monde dans lequel nous vivons, plus je vois des rôles fondamentaux possibles pour la logique et l’information comme fondement de la théorie physique. »

 

Elaine revient sur quelques notions clés de la philosophie que la science questionne:

- La causalité, avec Kant, est une catégorie de notre entendement: notre esprit impose cette structure causale à nos perceptions pour les rendre compréhensibles. Nous ne pouvons pas voir un événement sans le voir comme étant relié par des relations de cause à effet.

- De même pour Kant, l'espace et le temps, sont des structures mentales que notre esprit impose à notre expérience pour rendre le monde compréhensible. La relativité d'Einstein, nous montre que ''ce qui est'', ne correspond pas à ''ce que nous percevons''.

Après tout, nous dit-elle, c'est une notion centrale chez Kant: La réalité en soi est indépendante de nos perceptions. Pour Kant, nous ne connaissons ''les choses en elles-mêmes'' qu'à travers les catégories de notre entendement. Bien-sûr, la définition de ces catégories censées être ''à priori'' de l'esprit humain, et être universelles et invariantes pour tous les êtres humains'', a été critiqué.

 

Wheeler conclue avec un sourire : « Nous n’avons pas la moindre idée de comment les choses ont vu le jour ou comment elles vont se terminer. »

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Princeton – Rencontre avec John Wheeler – 1

21 Août 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #physique, #Trou noir

La Sorbonne ayant bien préparé les choses, quand Yvain et Elaine se présentent à l'Université de Princeton , ils sont reçus comme les ambassadeurs de l'Université française. Un accueil officiel a même été préparé à Jadwin Hall, le département de physique.

L'Université leur fait le plus bel effet. Ils témoignent du dynamisme et du plaisir d'apprendre sur le campus et les liens entre les professeurs et les étudiants.

John Archibald Wheeler accepte de leur consacrer du temps, pour répondre aux questions, pendant une interview d’une heure dans son bureau dominé par une énorme table à manger à l’ancienne qui est son bureau. Il s’excuse pour le désordre. En costume cravate, aux manières douces et au rire timide, Wheeler reste attentif à ses visiteurs et prend le temps de se faire comprendre.

Des photographies de ses vieux amis, Einstein et Bohr, sont accrochées bien en vue dans son bureau rempli de livres et de boîtes recouvertes vaguement la poussière de craie.

Après qu'Elaine et Yvain se soient présentées; Wheeler leur dit qu'il compare parfois la communauté scientifique à la Table ronde du roi Arthur ! ( Je ne l'invente pas...)

Je vais vous présenter le personnage.

John Wheeler est né en 1911, en Floride. Il est marié et a eu trois enfants.

Il a obtenu son doctorat en physique en 1933. Il a passé une année, en 1938, à Copenhague avec Niels Bohr. Niels Bohr a visité Princeton en 1939. Il se souvient très bien d’une journée glaciale de janvier 39, lorsqu’il a accueilli son mentor, Bohr, tout juste débarqué du bateau en provenance de Copenhague. Ils ont commencé à construire la théorie définitive de la fission nucléaire, signe avant-coureur de la bombe à hydrogène. Il se souvient d'Albert Einstein, avec qui il parlait tout en se promenant.

Le pacifiste Wheeler fait maintenant partie du comité consultatif national sur le contrôle des armements et le désarmement, un service qu’il dit avoir entrepris pour « payer pour les crimes passés ». Il parle de son rôle clé dans le projet Manhattan, qui a produit la bombe atomique qui a explosé au-dessus d’Hiroshima en 1945. Il a continué son service au gouvernement après la guerre, à Los Alamos de 1950 à 1952... Il y joue un rôle central dans le développement de la bombe à hydrogène et sert de mentor au physicien Richard Feynman.

Et il a frôlé la controverse, bien qu’il se soit finalement racheté. En janvier 1953, alors qu’il voyageait dans un wagon-lit à destination de Washington, il a perdu la trace d’un document classifié sur la bombe à hydrogène qui se trouvait dans sa mallette. Il était là quand il est allé se coucher mais avait disparu le matin. Il a été personnellement réprimandé par des responsables militaires sur l’insistance du président Eisenhower... Des années plus tard, en décembre 1968, il a reçu le prix Fermi du président Johnson pour ses contributions à la défense nationale ainsi qu’à la science pure. « Je me suis senti pardonné »

En 1952, Wheeler a commencé à travailler dans une nouvelle direction. Il s’est tourné vers les notions d’espace courbe et de temps dans la théorie de la relativité générale d’Einstein.

 

Tout au long de sa carrière, Wheeler a considéré l’enseignement et le mentorat des jeunes comme un aspect essentiel de sa vie. Certains de ses étudiants qu'il a accompagnés, sont devenus célèbres : tels Richard Feynman ( qui reçu le Nobel en 1965), avec qui il a développé des idées clés concernant les positrons et l’électrodynamique. Avec Kip Thorne, il a donné un nouveau souffle à l’étude des étoiles à neutrons et des trous noirs. « Je suis une de ces personnes qui ne peuvent apprendre qu’en enseignant. »

En décembre 1967, lors d'une de ses conférences, un étudiant aurait suggéré l’expression « trou noir Wheeler a adopté le terme "black hole" pour sa brièveté et sa « valeur publicitaire ». Il popularise le terme "trou noir" pour décrire ces objets, dont la gravité est si forte que même la lumière ne peut s'en échapper et souvent appelés "singularités". Sur ce sujet les travaux de Roger Penrose et Stephen Hawking ont été cruciaux. Ils montrent qu’il doit y avoir à l’intérieur d’un trou noir une singularité de densité infinie ainsi qu’une courbure de l’espace-temps infinie. La découverte des pulsars (forme observable des étoiles à neutrons) en 1967, puis du premier candidat trou noir (Cygnus X-1) en 1971 , font définitivement entrer les trous noirs dans le champ de l’astronomie.

En fin de vie, une étoile à neutrons se forme après l'explosion en supernova d'une étoile massive. Lorsque le noyau de l'étoile s'effondre sous l'effet de la gravité, il se comprime à un point où les protons et les électrons fusionnent pour former des neutrons.

- Note: Une étoile à neutrons est le noyau effondré extrêmement dense ( comprimé à un point où les protons et les électrons fusionnent pour former des neutrons.) qui reste après une explosion stellaire extrêmement lumineuse qui marque la fin de la vie d'une étoile massive.

 

Dans les années 50, Wheeler a développé une théorie ("geometrodynamics" ) pour comprendre les phénomènes physiques à travers les propriétés géométriques de l'espace-temps en lien avec la relativité générale. Elle se concentre sur la façon dont la courbure de l'espace-temps décrit les interactions gravitationnelles.

La géométrie de l'espace-temps décrit comment l'univers est structuré et interagit.

- Et d'où cette structure émerge t-elle ? Nous demande t-il ?

C'est lui-même qui répond: - je suggère que l'univers, dans ses aspects les plus fondamentaux, n'est pas constitué seulement de matière et d'énergie, mais qu'il émerge de l'information elle-même. Si les propriétés et les comportements des objets physiques résultent de l'information sous-jacente qui les définit. Cette vision nous amènerait à voir le monde à travers le prisme de l'information. Cela pourrait signifier que les lois fondamentales de la physique pourraient, en fin de compte, être expliquées par des principes d'information.

- Comment s'effectue la transition de l'information à la structure de l'espace-temps ?

Les bits d'information quantique pourraient être les blocs de construction fondamentaux de l'univers. On pourrait même imaginer qu'ils jouent un rôle central dans l'émergence de la gravité.

L'espace-temps ne serait pas une entité continue mais une structure émergente, résultant des interactions et de la dynamique de l'information à un niveau fondamental.

Wheeler résume la relativité générale par l’expression « la matière dit à l’espace comment se courber et l’espace courbe dit à la matière comment se déplacer ».

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Les années 1970s

16 Août 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Etats-Unis, #Energie, #Maritain

J'ai besoin de moments de solitude, et je pars retrouver Lancelot, à Fléchigné.

Après les soubresauts culturels et guerriers qu'il a vécu en ce XXème siècle, Lancelot confirme cette impression d'observer l'émergence d'une nouvelle ère. Cette transition est agitée et marquée par la contestation des valeurs traditionnelles, et toujours sur un fond idéologique exacerbé par la guerre froide et la course à l'espace. Ce sont me dit Lancelot les réactions à notre passage dans un monde nouveau. Il peut se faire dans la douleur. Serait-ce alors ce que nous devons vivre avec la crise pétrolière qui s'annonce ? Qu'allons-nous perdre, ou gagner avec la libéralisation des marchés et la mondialisation ?

Lancelot préfère en rester à la science.

L'électronique, à travers les avancées technologiques et l'informatique, va permettre de réaliser des rêves et des projets qui étaient auparavant inimaginables, me dit-il.

Il aimerait pouvoir se bricoler un ordinateur, comme on peut le faire d'un poste radio. La société R2E Micral, en vendrait un sous forme de kit à assembler, avec des commutateurs pour entrer les instructions.

Lancelot comme nous l'avons déjà vu, s'était passionné pour les équipements de transmission et de réception afin de communiquer. Il avait suivi les débuts de la Télévision en Noir et Blanc, avec la création de la RTF en 1949. Et ce n'est qu'en 1967, qu'eut lieu le passage à la couleur sur la deuxième chaîne de l'ORTF. La France avait adopté le standard SECAM (Séquentiel Couleur à Mémoire) alors que l'Allemagne de l'Ouest préférait le système PAL (Phase Alternation Line) développé par Telefunken. Ils sont tous deux associés à un système de balayage qui est passé à 625 lignes. Les Etats-Unis appliquent le système NTSC.

Plus simplement, en complément de la radio, à partir de 1962-63, Phillips développe la cassette compacte. Il est devenu simple et pratique , aujourd'hui d'emporter sa musique préférée avec soi grâce à la cassette.

 

A mon arrivée dans ma 4L, Lancelot avait remarqué mon auto-collant anti-nucléaire...

Nous parlons énergie. En effet, dans le domaine du chauffage, entre charbon, gaz, électricité et fuel, la concurrence faisait rage. Lancelot croit en l'électricité, et pas seulement parce que ''la cuisine électrique est plus prestigieuse et plus moderne que la cuisine au gaz''. L'installation des '' compteurs bleus'', le passage au 220volts, et à une '' puissance confort '' de 6 kW, a permis aux français de s'équiper.

Petit à petit, toutes les sources d'énergie sont transformées pour la plupart en électricité, d'autres ne sont pas renouvelables ou intermittentes; la recherche scientifique devrait s'orienter vers d'autres sources d'énergie. '' Je pense à l'atome, et sans-doute à d’autres moyens qu'il serait impérieux d'explorer...''

Aujourd'hui, nous exportons du charbon, et possédons un pôle pétrolier public puissant ( Elf-Aquitaine en 1976), mais là n'est pas notre futur. Et, dans la poursuite d'une politique d'indépendance nationale, il est nécessaire de penser un avenir à long terme; et une filière nucléaire française, semble à Lancelot un bon choix.

- Je fais remarquer que lorsque des sources d'énergie produisent d'abord de la chaleur, pour mettre en mouvement une turbine qui produit enfin de l'électricité, forcément nous perdons du rendement...

Lancelot imagine qu'un jour prochain, nous pourrons produire de l’énergie via la fusion nucléaire: c'est à dire reproduire les réactions qui se produisent dans le soleil pour générer de l'énergie de manière efficace et propre.

J'explique que je considère que cette technologie est à trop haut risque, elle peut mettre en danger sur une longue durée les populations environnantes et même éloignées. Elle est vulnérable aux actions terroristes, et entraînera, par sécurité, une société de surveillance. Dès 1971, sont organisées des manifestations à Fessenheim en Alsace, à Bugey.

 

Lancelot a connu deux grandes guerres, et reste optimiste. L'humain a démontré une incroyable capacité à innover et à s'adapter aux défis. Travaillons à ce que nos dirigeants soient autant philosophes que scientifiques, avec des cadres méthodologiques rigoureux et des outils de pensée critique.

N'oublions pas également de tirer les leçons du passé et en étant ouverts au changement.

- Mais n'y aura t-il pas nécessairement plusieurs vérités qui s'affronteront?

- Oui, et tant mieux. Respectons cela. D'un côté renforçons la rigueur et l'objectivité des pratiques scientifiques. De l'autre apprenons à déceler nos biais cognitifs et nos préjugés, et confrontons-nous aux questions éthiques, avant d'orienter le progrès technique.

- Quelle place pour la spiritualité ?

- Il est nécessaire de lui laisser une grande place. Notre Quête se situe là, dans la recherche de la nature de la réalité, et de la nature de notre existence. Je suis persuadé aujourd'hui que les découvertes scientifiques vont nous fournir des cadres conceptuels, des modèle pour penser la nature du temps, de l'espace, et de la conscience... Et la philosophie, encourage notre esprit critique, elle nous aide en donnant un sens aux scénarios de nos possibles. La philosophie peut encore nous aider à favoriser le dialogue entre les cultures.

Lancelot est fasciné par les avancées de la conquête spatiale, elle incarne dit-il l'esprit d'exploration et d'ingéniosité humaine . Étudier l'univers va nous aider à mieux comprendre les lois fondamentales de la nature, l'origine et l'évolution des planètes, et les conditions nécessaires à la vie. Cette connaissance enrichira notre savoir et peut inspirer de nouvelles théories scientifiques.

- J'espère dit-il – mais ce n'est pas encore le cas – qu'elle incitera à une collaboration internationale, favorisant la paix et la coopération entre les nations.

En 1969, les États-Unis ont réussi à envoyer les premiers humains sur la Lune avec la mission Apollo 11. Cela a été un moment inoubliable, que nous avons pu suivre à la télévision, en direct !

Asterix 1er satellite français Pilote

Pour la France, le général de Gaulle a créé en 1961, le Centre National d'Études Spatiales (CNES).

Le premier tir de la fusée Diamant a lieu le 26 novembre 1965, et lance le 1er satellite français nommé Astérix.

La France, l'Allemagne et l'Angleterre tentent ensemble la construction de la fusée Europa, pour lancer des satellites en mission scientifique. C'est une suite d'échecs. La France reste seule pour la suite du projet Europa III, rebaptisé L3S ( lanceur de 3ème génération )... Finalement, l'Europe accepte de financer une part, et le projet prendra le nom d'Ariane ( 1973).

L'Agence Spatiale Européenne (ESA) ( 1975), vise à coordonner les efforts spatiaux des pays européens. Le 24 décembre 1979, la fusée Ariane 1 réussi avec succès son premier vol.

La France a développé plusieurs satellites de télécommunications, tels que les satellites Symphonie, qui ont été lancés dans les années 1970 et ont contribué à l'amélioration des communications à longue distance.

Pour ce qui est du transport aérien , le premier avion européen d'Airbus ( créé en 1969), est l'A300, qui vole à partir de 1972. Il est mis en service par Air France en 1974

Depuis 1970, le Boeing B747 d'Air France permet de faire Paris-New York en huit heures, alors que le France le fait en 5 jours, ce n'est pas le même plaisir !

 

Elaine et Yvain, de retour des Etats-Unis, confirment le plaisir de la croisière.

Leur court séjour au États-Unis, les a néanmoins fait percevoir le monde de demain. Tout semble plus grand et plus rapide. Les gratte-ciel de New York, les immenses centres commerciaux et les autoroutes sans fin sont impressionnants. Le niveau de vie est élevé et on ressent un véritable dynamisme dans les villes. Les nouvelles technologies sont partout, comme les télévisions couleur dans les foyers et les voitures automatiques. C'est un pays en avance sur nous dans bien des domaines, mais on sent aussi une certaine superficialité et une culture très tournée vers la consommation.

Évidemment, les États-Unis seront considérés comme un modèle économique de prospérité et de croissance. Devons-nous résister en France, à adopter certaines pratiques économiques américaines ?

Nous craignons une perte de l'identité culturelle française, avec une standardisation excessive des produits et des modes de vie... ? Les pratiques économiques américaines sont associées à de grandes entreprises multinationales, si nous voulons les concurrencer, cette course ne va t-elle pas favoriser la délocalisation des industries françaises vers des pays où les coûts de production sont plus bas? Nous avons, après la guerre, mis en place un modèle social qui nous apporte de la sécurité, un modèle beaucoup plus libéral ne va t-il pas accroître les inégalités sociales et économiques.?

Ne deviendrons-nous pas dépendants des Etats-Unis ? Et cette culture de de consommation américaine ne nous semble t-elle pas plutôt superficielle et centrée sur le matérialisme ?

Il a une culture populaire omniprésente au Etats-Unis, et nous la retrouvons en France, quand nous parlons tous des derniers films d'Hollywood et écoutons de la musique rock à la radio, accompagnés par les styles vestimentaires américains qui sont de plus en plus populaires en France.

Les États-Unis sont également en avance technologique, notamment dans les domaines de l'aviation et de l'électronique.

Les banlieues américaines sont largement composées de maisons individuelles avec de grands jardins, reflétant une préférence pour l'espace et le confort. La conception des maisons américaines privilégie souvent les espaces ouverts avec des cuisines américaines et des salons spacieux, contrairement aux espaces plus compartimentés que l'on trouve en France.

Les foyers américains sont souvent équipés de nombreux appareils électroménagers, tels que les lave-vaisselle, les fours à micro-ondes et les réfrigérateurs avec distributeurs de glace intégrés. Ils installent la climatisation centralisée qui offre un confort accru pendant les mois d'été.

L'industrie automobile américaine était florissante avec des marques comme Ford, General Motors et Chrysler dominant le marché mondial.

''All in the Family'' est une série télévisée qui captive les américains. C'est un programme comique qui traite de sujets de société, au travers d'une famille de deux couples – celui des parents, et celui de la fille, qui vivent ensemble pour économiser de l’argent, ce qui leur donne de nombreuses occasions de s’irriter mutuellement. La série explore les conflits entre les valeurs traditionnelles des parents et les idées progressistes de leur fille et de leur gendre.

 

Yvain est enthousiasmé d'avoir vu et fonctionner, à Princeton, le Xerox Alto, le premier ordinateur conçu pour supporter un système d'exploitation basé sur une interface graphique et une souris. Il est expérimental, et utilise un langage de programmation, le BCPL (Basic Combined Programming Language). Princeton est en lien avec le PARC une société de recherche- division de Xerox - qui attire les meilleurs et les plus brillants ingénieurs et informaticiens. Robert Metcalfe y a inventé l'Ethernet en 1973, révolutionnant les réseaux informatiques et posant les bases de la connectivité Internet moderne.

 

Elaine a rencontré un professeur de philosophie de l'Université Notre-Dame ( Indiana), qui suivait des cours à Princeton, et logeait dans la maison des Maritain, au 26 Linden Lane, léguée à l’Université de Notre Dame. De la maison, les Maritain pouvaient marcher sur la courte distance jusqu’à St. Paul’s sur Nassau Street pour assister à la messe quotidienne. Le campus était tout aussi proche. Le Centre Jacques Maritain de l’Université de Notre-Dame a été fondé en 1958, et Jacques était là pour la cérémonie.

Malheureusement, il se trouve que Jacques Maritain est décédé ce 28 avril 1973, à l’âge de quatre-vingt-dix ans, à Toulouse.

Elaine lui rapporte que son père l'a connu, alors qu'il fréquentait les ''dimanches de Meudon''... ( Jacques Maritain – Nicolas Berdiaeff – Un nouveau Moyen-âge - Les légendes du Graal ).

En 1941-1942, Jacques Maritain (1882-1973) vint à Princeton trois jours par semaine pour donner un cours de troisième cycle en philosophie médiévale. Après la guerre, et avoir été ambassadeur de France au Vatican de 1945 à 1948, Maritain est revenu à Princeton en 1946 pour participer à une conférence intitulée « La tradition humaniste dans le siècle à venir » et pour accepter un doctorat honorifique lors de la célébration du bicentenaire de l’université. L’année suivante, il reçut une invitation à rejoindre la faculté de Princeton, dans des circonstances inhabituelles qu’il rappellera plus tard dans son livre Refections on America (1958). « En décembre 1947, de retour à Rome de Mexico, écrit-il, je me suis arrêté à New York pendant quelques heures pour changer d’avion. Le président Dodds était là ; il avait eu la gentillesse de venir à New York pour m’offrir, si je démissionnais de mon poste diplomatique au Vatican, une chaire à l’Université de Princeton, précisément en ma qualité de philosophe dévoué à l’esprit et aux principes de Thomas d’Aquin. Le fait que Princeton soit une université laïque d’origine presbytérienne ne l’a rendu que plus intéressé par un tel poste d’enseignement. Maritain a accepté et est venu à Princeton en tant que professeur de philosophie en 1948. Ses années à Princeton furent heureuses. « Dans aucune université européenne, écrit-il, je n’aurais trouvé l’esprit de liberté et de sympathie que j’ai trouvé à Princeton en enseignant la philosophie morale à la lumière de Thomas d’Aquin. »

En plus d’un cours d’études supérieures en philosophie morale, il a également contribué au programme spécial de premier cycle en sciences humaines. Il prit sa retraite en 1952 à l’âge de soixante-dix ans et commença à jouir, selon ses propres termes, du « statut élyséen d’un émérite ». Il continua à vivre à Princeton et à contribuer à sa vie intellectuelle jusqu’à la mort de sa femme en 1960, date à laquelle il se retira dans un monastère de Toulouse. C’est là qu’il meurt le 28 avril 1973.

Maritain était un homme chaleureux et doux. Il était admiré, a dit l’un de ses collègues, même par ceux qui avaient des convictions philosophiques différentes, « pour son zèle de toute une vie pour la vérité et son engagement passionné pour la liberté [...] son humilité, sa charité, son attitude fraternelle envers tout ce qui est.

 

Jacques Maritain commença à enseigner la philosophie morale à Princeton. Elaine a eu la patiente de nous expliquer quelques point de la philosophie morale de Maritain.

Maritain explore les fondements et les principes de la philosophie morale, en s'inspirant largement des enseignements de Thomas d'Aquin et défend l'idée que la morale doit être fondée sur la vérité et la volonté de Dieu.

- Maritain croit que la capacité de la raison humaine à connaître la vérité et à distinguer le bien du mal est un indicateur que la moralité est inhérente à la nature humaine.

Pour lui, la loi morale naturelle est inscrite dans la nature humaine par Dieu.

Il soutient que les principes moraux fondamentaux, tels que la justice, la bienveillance et le respect de la dignité humaine, sont universels et indépendants des différences culturelles ou historiques.

- Qu'appelle t-il '' la loi naturelle '' ?

- La loi naturelle est une expression de '' l'ordre cosmique '' ( l'ordre de la création) , la moralité humaine en est une expression.

Elle est accessible à tous les êtres humains par l'usage de leur raison...

La loi naturelle représente un ordre moral objectif, indépendant des opinions ou des conventions humaines. C'est une manière pour les êtres humains de connaître et de suivre la volonté de Dieu.

La loi naturelle est universelle et immuable. Elle s'applique à tous les êtres humains.

 

De nombreux penseurs et diplomates qui ont participé à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948 ont dit avoir été influencé par Jacques Maritain, d'ailleurs, il était chef de la Délégation française lors de la deuxième session de la conférence générale de l’Unesco, à Mexico, le 6 novembre 1947.

Jacques Maritain reconnaissait que les fondements théoriques de la morale peuvent varier grandement entre les perspectives théistes et matérialistes. Cependant, il croyait fermement en la possibilité de parvenir à un consensus pratique. Les finalités morales peuvent être similaires. Certaines valeurs, telles que la justice, la compassion et la liberté, transcendent les différences philosophiques et culturelles. Chacun peut reconnaître la nécessité de protéger les individus contre la souffrance et l'injustice. Maritain préconisait le dialogue interphilosophique et la tolérance.

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Souvenirs – Le récit d'Yveline

11 Août 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Clermont-Ferrand, #1974

Lorsque je rencontre Régis, en 1974, je sors d'une relation un peu étrange avec un individu mystérieux qui se dit israélien et anarchiste, passionné par la vie communautaire du Kibboutz ..

Je n'ai jamais su la réalité de ce qu'il m'a conté La seule chose dont j'ai pu être sûre c'est qu'il était juif, bien circoncis ..

1974- Conflit du Larzac

J'avais croisé cet homme au Larzac alors que je participais en tant qu'animatrice bénévole à un camp de vacances pour handicapés physiques et mentaux. .

C'était en 1973. Les normes sanitaires et de sécurité n'étaient pas aussi contraignantes qu'aujourd'hui.. Le vent de liberté post soixante-huitard soufflait. Nous dormions avec eux sous la tente et nous nous lavions dans la rivière..

Je revois encore le sourire émerveillé du jeune garçons de dix ans qui dormait sous ma tente canadienne au moment où je l'avais libéré de l'attelle qui maintenait sa jambe paralysée,. Et aussi à ce jeune homme que mes collègues avaient plongé à deux dans l'eau fraîche de la rivière pour qu'il goûte le plaisir sensuel du contact d'une eau naturelle. Je repense à Carlos qui chaque matin se levait avant tout le monde pour faire la vaisselle et aussi ses promenades improvisées et solitaires qui nous obligeaient à le chercher partout : joie de la liberté pour eux et pour nous, à cette époque post révolutionnaire où il était interdit d'interdire.

Le soir, un feu de camp nous avait réunis avec les militants présents sur ce campus du Larzac que l'on occupait pour empêcher l'armée d'envahir ces lieux de pâturage pour d'immenses troupeaux de moutons. Un enjeu, une lutte essentiels qui déjà préfiguraient ce combat de la mort contre la vie qui prend tout son sens aujourd'hui avec la prise de conscience du réchauffement climatique..

J'avais beaucoup d'admiration pour toutes ces personnes qui s'engageaient dans cette lutte pour la survie de ces paysans bergers qui voulaient rester sur leurs terres.

Ce soir là, j''ai rencontré Michael.. Avec sa barbe et ses cheveux longs , il me faisait penser à Abraham.

 

Lorsqu'en septembre 72, je suis revenue de Worms, en Allemagne où j'avais travaillé un an comme assistante de français pour les élèves allemands, j'avais bien changé.. Je n'étais plus la petite étudiante ''bien sage'' qui avait passé sa licence avant de partir.

En Allemagne, l'émancipation des filles me semblait encore plus avancée que chez nous et les jupes rivalisaient d'audace pour découvrir les jolies gambettes des demoiselles ; et cette émancipation n'était pas pas seulement vestimentaire... On se lâchait, et m'éloignant de mon milieu familial conservateur, j'avais aussi découvert d'autres modes de pensées plus révolutionnaires qui décuplaient ma curiosité pour ceux qui les défendaient et que j'avais tendance à idéaliser...

Ceci explique aussi mon attirance pour celui qui allait devenir mon mari ..

 

Je croisais Régis au 'Resto U' en compagnie d'un copains Alain, lui même ami d'un de mes copains cathos, Eudes.

Eudes et Alain étudiants très sérieux, logeaient dans le couvent de dominicains qui à l'époque accueillait l'aumônerie étudiante. Une amie germaniste m'y avait introduite et j'avais aussitôt aimé cet endroit avec ses salles voûtées, le jardin clos, le lieu d'échange et de rencontres où soufflait un vent de liberté, impulsé côté église catholique, par le concile Vatican 2. Moi, qui commençait sérieusement à remettre en question la foi inculquée par ma mère et le catéchisme des années 50, j'étais séduite par cette nouvelle façon de vivre sa foi et cela me réconciliait, un peu, avec l'Eglise.

On se retrouvait dans ce couvent ou lors de week-end entre jeunes étudiants, pour une messe toute simple improvisée autour d'une table, animée par deux dominicains, Paul et Pierre très proches de nous en âge, l'un étudiant en médecine et l'autre en philosophie. J'avais beaucoup d'amitié pour Pierre mais je n'aurais jamais osé l'aborder autrement que comme un prêtre. J'ai appris plus tard que l'un et à l' autre avaient choisi de se marier.

 

Un jour j'avais croisé Alain au resto U et tout naturellement , il m'avait présenté son copain Régis, nouvellement débarqué de Marseille et qu'il avait rencontré lors d'un job en Écosse.

Avec son écharpe blanche, ses petites lunettes rondes et sa redingote noire qui flottait au vent sur sa mobylette, Régis , par son allure libre, dénotait de mes amis cathos, bien classiques dans leur façon d'être et de se comporter.

Il avait une petite étincelle de folie dans le regard noir et profond qui rejoignait mon besoin d'aventures et me l'a rendu aussitôt attirant... Il me parlait de ses voyages en Ecosse en stop et au bout du monde mais aussi, malgré sa formation scientifique, de son goût pour la littérature et la poésie.

Il habitait un appart qu'il partageait avec des copains dont le fameux Alain, dans un vieil immeuble en face de la cathédrale.

Je me souviens qu'on y accédait par un vieil escalier de pierres avec au milieu de l'escalier, des toilettes à la turque que tout l'immeuble devait se partager. Autant vous dire que ces messieurs les locataires ne se battaient pas pour les récurer. Quant à la cuisine, il valait mieux ne pas être maniaque sur l'hygiène, mais j'avais trouvé sa chambre très sympa avec une déco personnelle qui reflétait bien son côté artiste. Je me souviens d'un collage, qu'il avait réalisé, montrant un enfant crucifié dans un camp de concentration... Il m'avait dit : c'est le Christ, et il m'avait aussi parlé de son passé de séminariste...

 

Il m'a invité à ses soirées dans l'appart avec ses copains et ses copines anglaises... Un rock endiablé qui me révèle son sens de la musique et du rock, finit de me séduire. Un jour nous nous retrouvons dans une manif contre une énième réforme de l'éducation ou alors peut être pour défendre les langues régionales, en particulier l'occitan.. En tout cas, la manif va se terminer, d'abord par une crêpe au "1513 ", une crêperie pleine de charme avec ses caves voûtées, dans l'une de ces vieilles rues clermontoises aux maisons de pierre de lave et ensuite dans la chambre de mon militant qui achèvera de me convaincre de ses dons de séducteur...

1976

C'est ainsi que commence notre histoire…

Il faut croire que mon nouveau chéri me porte chance car je réussis enfin mon CAPES d'Allemand qui déjà à l'époque se méritait car il n'y avait que 6 à 10 % de réussite à ce concours et j'ai mis 3 ans pour y parvenir... Régis m'avait bien soutenu dans cette épreuve, suant avec moi sur le poète Hölderlin qui visiblement l'inspirait plus que moi, et surtout , en m'offrant la veille du concours à Paris, une belle et longue robe style western, rose à carreaux. C'était l'époque baba cool où les filles passaient de la longue robe à dentelles, à la minijupe au raz des fesses.

 

Nous avons fêté cette réussite bien méritée en prenant le bateau pour un voyage en Écosse. Le voyage malgré ma robe de princesse s'avère cependant moins romantique que prévu avec la 4L de Régis qui tombait en panne à chaque sommet de côte, nous obligeait parfois à dormir recroquevillé à l'intérieur en attendant de redémarrer et de retrouver l'hospitalité toute relative des Youth Hostels avec ses obligations de "duty" à la fin de notre séjour ..

Cela mettait un peu de piment dans notre relation qui me sembla à ce moment là un peu en panne... Si bien qu'à notre retour, à Clermont, Régis, ayant abandonné la 4 L au bord d'une rue à Edimbourg, je ne me sentais un peu désabusée et sachant que Régis allait repartir pour un an pour des études de Civil-engineering à Dundee en Ecosse... Je n'avais plus trop d'attente de ce côté ; et surtout j'avais enfin mon précieux diplôme en poche et je goûtais au plaisir d'une vie clermontoise sans souci...

 

A cette époque la préparation pratique au CAPES pour valider le diplôme était vraiment des plus "light".. Quelques heures de cours seulement par semaine et toujours en présence d'un tuteur ; cela me laissait beaucoup de temps pour folâtrer et m'amuser à droite à gauche...

Mon avenir professionnel étant pour ainsi dire assuré, je pouvais m'offrir le luxe d'un logement un peu plus grand : une grande chambre avec douche, WC et coin cuisine. Elle était située dans un très vieil immeuble de pierre dans une petite rue sombre de la ville. Aujourd'hui, je ne voudrais sans doute pas y mettre les pieds car je ne m'y sentirais pas en sécurité, mais à l'époque je trouvais ça très romantique...

1979

 

Mon amoureux "écossais" ne m'oubliait pas, cependant, et je recevais souvent des missives enflammées de mon chéri qui m'envoyait des poèmes jusqu'au jour où une lettre arriva qui me laissait dans un état de stupeur... Régis me demandait en Mariage. !.

Je lui répondis aussitôt, et lui demandait de ne pas interrompre son séjour d'études pour moi, qu'il ne devait pas agir sur un coup de tête. Mais, quelques jours plus tard, on frappait à ma porte et c'était Régis qui apparaissait. Il était parti avant d'avoir reçu ma lettre... Le sort en était jeté…

 

Quelques mois plus tard, nous décidions de nous marier : le 21 février 1976.. Ce fut un mariage tout simple entre copains... L'un d'entre eux, J.Claude, un ami, militant du mouvement occitan Poble d'OC, nous avait prêté son appartement pour que nous puissions faire une petite fête entre amis... Ma mère nous a invité à midi à un repas dans un bon restaurant avec ma mère, mes frères, l'oncle et la tante de Régis, sa sœur et sa cousine et nos témoins de mariage, Alain et mon amie Françoise ..

Les parents de Régis ont refusé de venir.. Notre refus d'un mariage à l'Eglise suscita leur indignation..

Et pourtant 50 ans plus tard, nous sommes toujours ensemble...

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Années 70 – Souvenirs... 4

6 Août 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #1974, #Ecosse, #Clermont-Ferrand

Pendant l'été 1974, si je reviens à Marseille chez mes parents, il est hors de question d'y rester. Je ne souhaite rien leur demander, et la seule solution, faute de moyens, est de partir en Stop. Je réussis à trouver un job de serveur dans un hôtel-restaurant en Ecosse. Pour la première fois, je traverse la Manche, pour prendre conscience qu'il y avait véritablement ici, des gens qui parlaient cet anglais qu'on devait apprendre à l'école, matière dans laquelle j'ai toujours été nul. Je me rends compte du problème, puisque je ne comprends rien. Je dois me rendre au plus vite sur mon lieu de travail. A Londres, énorme difficulté pour acheter un billet de train pour Carlisle, ma destination. Étonné par le confort des sièges en tissu, je crains d'être en 1ère classe; j'interroge une jeune femme, je lui demande par signe, en signifiant deux avec les doigts, «  here, two ? » pour confirmer que nous sommes en ''2nde classe''. Elle pense que je lui demande si elle veut bien être ''deux'', avec moi...? Malentendu !

Arrivé sur mon lieu de travail, à la sortie sud de la ville; je ne comprends rien à ce que l'on me dit. Le chef de cuisine vient à l'aide, il parle italien. Il va m'appeler ''froggie'' ce qui me vexe, sans comprendre au début... Je suis attaché au service en salle, en complément de deux autres personnes, professionnelles, une jeune femme et un monsieur plus âgé, à l'élégance british et très professionnel. Je m'acclimate assez vite, et apprends les rudiments de la langue nécessaires en salle, pour servir, avec parfois quelques malentendus. Je vais sympathiser avec la jeune fille, assez jolie, qui gère l'accueil; mais je reste à mon grand regret '' empoté ''. Assez rapidement, est arrivé un autre étudiant français, Alain, pour compléter l'équipe au service. A midi, nous assurons le service de ''tours'' avec l'arrivée de cars; il faut être rapides et efficaces. Alain a du mal à porter plusieurs assiettes en même temps, et moi j'ai rapidement mal aux pieds... Les professionnels qui nous entourent s'en agacent. De plus, je n'apprécie pas le comportement du propriétaire, qui se fait servir chez lui. Sa compagne, désire apprendre le français, et je suis invité à le lui enseigner; et le jour où il me demande de laver sa voiture, je refuse, assurant que je ne suis pas employé pour cela. Il me demande s'il ne m'arrive pas de laver la voiture de mon père, je réponds:«  certainement pas ! ».

Je devais rester trois mois, je crois, selon le contrat que j'avais signé. Au bout d'un mois, je prends la décision de partir. Avec Alain nous décidons de partir ensemble en stop, pour parcourir l'Ecosse.

Le propriétaire en colère m'avertit qu'il va prendre les dispositions pour que je ne puisse plus travailler dans un hôtel en Angleterre, ce qui me laisse indifférent.

Avec mon sac à dos, je suis enfin libre. La route, les rencontres avec en particulier des automobilistes très généralement sympathiques, l'auberge de jeunesse. Quelques jours plus tard, nous décidons avec Alain de nous séparer. Nous n'avons pas les mêmes envies, et le stop est plus facile seul. Cependant, nous prévoyons de nous écrire et nous suivre; d'autant, surprise, qu'il poursuit ses études à Sup. de Co. de Clermont-Ferrand.

Youth Hostel

Je parcours l'Ecosse, au gré des facilités de transport en stop, et à la présence d'une auberge de jeunesse. Le réseaux des A.J. est très satisfaisant, elles sont peu chères, pratiques avec des possibilités de faire sa cuisine, de faire des rencontres. Ne pas oublier avant de partir de faire son ''duty '' !

Après mon tour d'Ecosse, je rejoins l'Irlande du Nord, qui vit une période de ''troubles'' ( terme anglais). L'IRA revendique plusieurs attentats. Dans ce petit territoire du nord de l'Irlande s'affrontent protestants ( avec l'état britannique) et catholiques ( républicains et autonomistes). Je suis curieux et un peu excité de pouvoir observer ce conflit en réel... J'y passe quelques jours, la plupart du temps, seul dans l'auberge de jeunesse. A une exception près, mes rencontres sont très sympathiques. Je rajoute cette anecdote : dans une auberge ( AJ), je suis installé seul à une table, à la table voisine deux jeunes filles rient tout en m'observant. L'une finit par se lever et me demande si je suis français. - Oui. Et si je peux lui faire un ''french kiss'' ! Je lui réponds que les français sont romantiques; et qu'il est nécessaire, avant, de faire connaissance. Je lui propose d'aller se promener... Elle accepte, et nous partons nous promener. Nous échangeons quelques mots; et je finis par l'embrasser selon sa demande. Je crois que c'est avec elle, que j'ai compris ce qu'était un ''french kiss''.... Puis, je lui demande si demain je pourrais la revoir? Mais elle m'explique que ce n'est pas possible, elle sera avec son ''boy friend''. A ce propos, je suis frappé, que parmi les premières questions que les automobilistes me posent, elles concernent ma provenance, mes études, et invariablement, me demandent si j'ai une ''girl friend ''.

Pour ma deuxième année à Clermont-Ferrand, je partage une colocation avec mon camarade ''waiter'' ( serveur) de Carlisle, Alain. Nous habitons à trois dans un appartement, d'un vieil immeuble, qui donne sur la place Victoire à côté de la cathédrale. Une année riche d'expériences de toutes sortes intellectuelles, politiques, amicales, amoureuses; et particulièrement, parce que je vais faire la rencontre d'Yveline, rencontre qui s'inscrit dans tout un parcours...

- J'ai le projet d'écrire des articles sur l'Anarchie ( à faire paraître dans la revue de Poble d'Oc) , par le biais de témoignages . Je cherche le contact de quelqu'un qui se présente comme anarchiste; je l'obtiens dans le cadre du ''Resto U'' important lieu de rencontres... J’interviewe Michaël , un personnage qui a roulé sa bosse, grande barbe, cheveux longs, sacoche indienne, accompagnée d’une menue et ravissante demoiselle. Il me propose de l'interroger chez la demoiselle ( Yveline) qui l'héberge , une chambre d'étudiante, où je me rends.

Je milite à ''Poble d'Oc.'', et je m'intéresse à tous les mouvements libertaires ou régionalistes; et rencontre un jeune homme passionné d'Ecosse, et de tout ce qui concerne le SNP ( Scottish National Party), drapeau, affiches. Il habite avec ses parents, une grande maison bourgeoise dans les vieux quartiers, et louent un studio, chaque année, à une assistante d'anglais. Il m'invite, moi et mon colocataire Alain, à une soirée organisée chez lui. Lors de cette soirée, je rencontre Susan et Ann, deux assistantes. Susan est écossaise, blonde et yeux bleus, Ann est petite, brune au visage de poupée.

Je vais revoir régulièrement les deux assistantes anglaises; et plus intimement Susan. Avec Susan, nous partirons dans ma 4L, visiter ma région d'origine jusqu'à Marseille, mais mes parents refusent de me recevoir avec une copine. Nous rencontrerons mon père seul, dans un restaurant... Navrant!

Maharishi Mahesh Yogi

Je continue la méditation transcendantale, et suit - lors de plusieurs soirées et week-end – une formation payante pour devenir instructeur. Avec la pratique de la méditation, et celles d' ''asanas'', nous ''étudions'' à l'aide du contenu d'une cassette qui contient un enseignement de Maharishi Mahesh Yogi, sur des sujets très divers. Ensuite nous devons répondre à une suite de questions, et surtout noter bien précisément les réponses aux questions... Sur ce dernier point, je montre quelques réticences à accepter les réponses... Je finis par '' gêner le groupe '', pour finalement le quitter.

Je lis la revue ''Planète'' qui ne paraît plus, et je recherche tous les anciens numéros. L'esprit Planète resurgit avec en 1973 la revue '' Question de '' à laquelle je m'abonne.

J'écris à Pauwels pour lui faire part de mon intérêt. Il me répond et m'invite à le rencontrer à Paris.

 

Je lis avec beaucoup d'intérêt Alan Watts (1915-1973), philosophe, écrivain et conférencier anglo-américain, figure de sagesse et de spiritualité alternative. Ses idées sur la nature de la conscience, l'identité individuelle et la recherche du bonheur résonnent en moi. En particulier '' Amour et connaissance '' où il dénonce un certain nombre d'oppositions arbitraires qui ont fondé la civilisation chrétienne : " moi " et l'autre, bien et mal, amour et connaissance, et surtout esprit (masculin) et nature (féminine) - cette dernière faille étant reliée à toute une problématique sexuelle.

Alan Watts, relève que la religion chrétienne s'adapte à la faiblesse de l'homme de croire à une vie meilleure après la mort; c'est que l'homme se sent étranger à la nature, et « dénote une conscience encore superficielle de soi-même... ». Le christianisme serait une religion des villes, en opposition au paganisme. Il propose de réconcilier la science d'avec la nature en abandonnant son contrôle et son exploitation. Il préconise l'art de sentir, et le monde comme extase, ou la contemplation:'' au-delà du sens'' pour nous signifier que certaines vérités ne peuvent être entièrement captées par le langage ou la pensée rationnelle, et qu'elles doivent être vécues directement pour être pleinement comprises.

Il fait le parallèle entre «  le rapport de l'homme à la nature et son rapport à la femme » : «L'occident chrétien et post-chrétien est caractérisé par une civilisation où la nature s'appelle Mère Nature , où Dieu est exclusivement masculin, et où le vocable homme désigne aussi l'humanité en général. »

 

Je retrouve la demoiselle qui accompagnait l'anarchiste Mickaël. Yveline est à présent seule. Lui, serait retourné en Israël, dans un kibboutz, ou tout simplement dans le midi de la France... De mon côté, Susan est retournée en Écosse.

Je la croise, avec ses amis germanistes au Resto U; et un jour nous nous retrouvons lors d'une manifestation. Je l'accompagne chez elle, et je parcours avec elle les poésies d'Hölderlin. Yveline prépare le Capes d'Allemand. Il se trouve que j'aime la littérature allemande, et particulièrement Thomas Mann, et Stefan Zweig. J'aime la poésie.

Yveline est une jolie jeune-fille, brune, les cheveux longs bouclés. Vivante, spontanée ; elle me plaît, et tout semble simple...

Le texte suivant sera d'Yveline. Elle retrace notre rencontre.

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Années 70 – Souvenirs... 3

1 Août 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Clermont-Ferrand, #Occitanie, #1974

Par chance, à quelques jours de la Rentrée, j'ai l'opportunité de m'inscrire au CUST de Clermont-Ferrand., et surtout d'être accepté en classe de première année de maîtrise.

C'est à Clermont-Ferrand, que véritablement, je prends conscience de la complexité, de la richesse du monde qui m'entoure. J'étudie peu, le stricte minimum pour ne pas être renvoyé, et réussir les contrôles. L'enseignement dans sa grande majorité ne m’intéresse pas; seuls les cours de psycho-socio. me motivent, et la deuxième année, je rajouterai les cours d'anglais...

Je n'ai pas beaucoup de contacts avec la vingtaine de jeunes gens, qui fréquentent la première année de Génie-Civil ( structures en béton-armé) au CUST ( aujourd'hui Polytech Clermont aux Cézeaux), avec moi. Seul, Bernard Paul, est sans-doute le seul à accepter mon désintérêt pour le béton. Il vient de Grenoble, et il est déjà marié. Il va m'aider, par son extrême gentillesse à supporter des heures de présence en dessin technique, en labo. à casser des éprouvettes de béton. Seuls, la résistance des matériaux, et la mécanique des sols, par leur aspect mathématique, retiennent mon esprit.

Je m'intéresse aux débats idéologiques de toute sorte , et m'engage dans le mouvement occitan. Je délaisse tout à fait mes liens avec l’Église catholique. Je suis à l’affût des conférences, des rencontres autour des spiritualités marginales; je fais pas mal de rencontres dans ces milieux. Je me souviens avoir entendu Claude Vorilhon, témoigner de sa rencontre avec des extra-terrestres, au Puy de la Vache. Un message lui aurait été délivré, avec pour mission de préparer leur venue... Il reçoit son nom '' Raël '' qui signifie '' messager des Elohim ''. Il fonde un mouvement, qui deviendra le mouvement raëlien, assez connu.

Je lis ( et j'écris) beaucoup, en particulier de la poésie. J'écris quelques articles ''culture'', dans une revue gratuite ''Info''.

Je découvre tant de choses nouvelles, que je garde aujourd'hui, un souvenir lumineux de cette période. En particulier lors de ma seconde année, pendant laquelle, je vais loger en colocation en plein centre de Clermont-Ferrand....

 

1973-74, l'actualité bouscule nos vies provinciales - commencées pour moi à Marseille, puis à Clermont-Ferrand - mais elle anime avec intérêt mes discussions sur l'avenir du monde : l'affaire du Watergate aux USA ( 1972-74); un tournant majeur dans la guerre du Vietnam avec un accord de paix, signé le 27 janvier; au Chili, le 11 septembre 1973, le président Allende est assassiné, renversé par Pinochet... ''Septembre noir'' à Munich nous interroge sur la Palestine, d'autant que à Kippour 1973, c'est la guerre en Israël, la Syrie et l'Egypte s'unissent pour tenter de récupérer leurs territoires occupés et prouver leur puissance militaire nouvellement acquise, grâce au soutien de l'URSS.

Les pays exportateurs de pétrole, membres de l'OPEP, mettent en place un embargo sur le pétrole ( Oct 1973) qui bouscule notre économie, en ce sens que se révèle notre fragilité due à la dépendance à l'égard d'une ressource limitée, et que notre modèle social pourrait en être transformé...

Depuis 1945, nous vivons en France, une période de croissance économique rapide, de plein emploi et d’amélioration générale des conditions de vie. Sur la plan social, nous profitons de '' l'Etat-providence '' avec la redistribution et une offre de services publics.

A présent comment allons-nous réagir à la hausse des prix de l’énergie, l'intervention de l'état ne va t-il pas augmenter l'endettement public? Certains souhaiteraient que l'on s'engage vers la libéralisation des marchés, la réforme du système de protection sociale et la modernisation du marché du travail.

Changeons-nous d'époque ?

Les manifestations continuent, souvent anti-militaristes; également pour le droit à l'avortement. Les étudiants, contestent les réformes universitaires, et soutiennent les mouvements ouvriers.

Le 19 mai 1974, de façon inattendue, Valéry Giscard d'Estaing, candidat centriste, remporte la présidence face à François Mitterrand. Pour la première fois, un écologiste se présentait, René Dumont, un verre d'eau à la main, il introduit les concepts novateurs de développement durable et de préservation de l'environnement, dans le débat national.

Conséquence de l'irruption des '' jeunes '' au cœur du débat politique, le 3 juillet 1974, la loi abaisse la majorité civile de 21 à 18 ans.

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