Années 70 – Souvenirs... 4
Pendant l'été 1974, si je reviens à Marseille chez mes parents, il est hors de question d'y rester. Je ne souhaite rien leur demander, et la seule solution, faute de moyens, est de partir en Stop. Je réussis à trouver un job de serveur dans un hôtel-restaurant en Ecosse. Pour la première fois, je traverse la Manche, pour prendre conscience qu'il y avait véritablement ici, des gens qui parlaient cet anglais qu'on devait apprendre à l'école, matière dans laquelle j'ai toujours été nul. Je me rends compte du problème, puisque je ne comprends rien. Je dois me rendre au plus vite sur mon lieu de travail. A Londres, énorme difficulté pour acheter un billet de train pour Carlisle, ma destination. Étonné par le confort des sièges en tissu, je crains d'être en 1ère classe; j'interroge une jeune femme, je lui demande par signe, en signifiant deux avec les doigts, « here, two ? » pour confirmer que nous sommes en ''2nde classe''. Elle pense que je lui demande si elle veut bien être ''deux'', avec moi...? Malentendu !
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Arrivé sur mon lieu de travail, à la sortie sud de la ville; je ne comprends rien à ce que l'on me dit. Le chef de cuisine vient à l'aide, il parle italien. Il va m'appeler ''froggie'' ce qui me vexe, sans comprendre au début... Je suis attaché au service en salle, en complément de deux autres personnes, professionnelles, une jeune femme et un monsieur plus âgé, à l'élégance british et très professionnel. Je m'acclimate assez vite, et apprends les rudiments de la langue nécessaires en salle, pour servir, avec parfois quelques malentendus. Je vais sympathiser avec la jeune fille, assez jolie, qui gère l'accueil; mais je reste à mon grand regret '' empoté ''. Assez rapidement, est arrivé un autre étudiant français, Alain, pour compléter l'équipe au service. A midi, nous assurons le service de ''tours'' avec l'arrivée de cars; il faut être rapides et efficaces. Alain a du mal à porter plusieurs assiettes en même temps, et moi j'ai rapidement mal aux pieds... Les professionnels qui nous entourent s'en agacent. De plus, je n'apprécie pas le comportement du propriétaire, qui se fait servir chez lui. Sa compagne, désire apprendre le français, et je suis invité à le lui enseigner; et le jour où il me demande de laver sa voiture, je refuse, assurant que je ne suis pas employé pour cela. Il me demande s'il ne m'arrive pas de laver la voiture de mon père, je réponds:« certainement pas ! ».
Je devais rester trois mois, je crois, selon le contrat que j'avais signé. Au bout d'un mois, je prends la décision de partir. Avec Alain nous décidons de partir ensemble en stop, pour parcourir l'Ecosse.
Le propriétaire en colère m'avertit qu'il va prendre les dispositions pour que je ne puisse plus travailler dans un hôtel en Angleterre, ce qui me laisse indifférent.
Avec mon sac à dos, je suis enfin libre. La route, les rencontres avec en particulier des automobilistes très généralement sympathiques, l'auberge de jeunesse. Quelques jours plus tard, nous décidons avec Alain de nous séparer. Nous n'avons pas les mêmes envies, et le stop est plus facile seul. Cependant, nous prévoyons de nous écrire et nous suivre; d'autant, surprise, qu'il poursuit ses études à Sup. de Co. de Clermont-Ferrand.
Je parcours l'Ecosse, au gré des facilités de transport en stop, et à la présence d'une auberge de jeunesse. Le réseaux des A.J. est très satisfaisant, elles sont peu chères, pratiques avec des possibilités de faire sa cuisine, de faire des rencontres. Ne pas oublier avant de partir de faire son ''duty '' !
Après mon tour d'Ecosse, je rejoins l'Irlande du Nord, qui vit une période de ''troubles'' ( terme anglais). L'IRA revendique plusieurs attentats. Dans ce petit territoire du nord de l'Irlande s'affrontent protestants ( avec l'état britannique) et catholiques ( républicains et autonomistes). Je suis curieux et un peu excité de pouvoir observer ce conflit en réel... J'y passe quelques jours, la plupart du temps, seul dans l'auberge de jeunesse. A une exception près, mes rencontres sont très sympathiques. Je rajoute cette anecdote : dans une auberge ( AJ), je suis installé seul à une table, à la table voisine deux jeunes filles rient tout en m'observant. L'une finit par se lever et me demande si je suis français. - Oui. Et si je peux lui faire un ''french kiss'' ! Je lui réponds que les français sont romantiques; et qu'il est nécessaire, avant, de faire connaissance. Je lui propose d'aller se promener... Elle accepte, et nous partons nous promener. Nous échangeons quelques mots; et je finis par l'embrasser selon sa demande. Je crois que c'est avec elle, que j'ai compris ce qu'était un ''french kiss''.... Puis, je lui demande si demain je pourrais la revoir? Mais elle m'explique que ce n'est pas possible, elle sera avec son ''boy friend''. A ce propos, je suis frappé, que parmi les premières questions que les automobilistes me posent, elles concernent ma provenance, mes études, et invariablement, me demandent si j'ai une ''girl friend ''.
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Pour ma deuxième année à Clermont-Ferrand, je partage une colocation avec mon camarade ''waiter'' ( serveur) de Carlisle, Alain. Nous habitons à trois dans un appartement, d'un vieil immeuble, qui donne sur la place Victoire à côté de la cathédrale. Une année riche d'expériences de toutes sortes intellectuelles, politiques, amicales, amoureuses; et particulièrement, parce que je vais faire la rencontre d'Yveline, rencontre qui s'inscrit dans tout un parcours...
- J'ai le projet d'écrire des articles sur l'Anarchie ( à faire paraître dans la revue de Poble d'Oc) , par le biais de témoignages . Je cherche le contact de quelqu'un qui se présente comme anarchiste; je l'obtiens dans le cadre du ''Resto U'' important lieu de rencontres... J’interviewe Michaël , un personnage qui a roulé sa bosse, grande barbe, cheveux longs, sacoche indienne, accompagnée d’une menue et ravissante demoiselle. Il me propose de l'interroger chez la demoiselle ( Yveline) qui l'héberge , une chambre d'étudiante, où je me rends.
Je milite à ''Poble d'Oc.'', et je m'intéresse à tous les mouvements libertaires ou régionalistes; et rencontre un jeune homme passionné d'Ecosse, et de tout ce qui concerne le SNP ( Scottish National Party), drapeau, affiches. Il habite avec ses parents, une grande maison bourgeoise dans les vieux quartiers, et louent un studio, chaque année, à une assistante d'anglais. Il m'invite, moi et mon colocataire Alain, à une soirée organisée chez lui. Lors de cette soirée, je rencontre Susan et Ann, deux assistantes. Susan est écossaise, blonde et yeux bleus, Ann est petite, brune au visage de poupée.
Je vais revoir régulièrement les deux assistantes anglaises; et plus intimement Susan. Avec Susan, nous partirons dans ma 4L, visiter ma région d'origine jusqu'à Marseille, mais mes parents refusent de me recevoir avec une copine. Nous rencontrerons mon père seul, dans un restaurant... Navrant!
Je continue la méditation transcendantale, et suit - lors de plusieurs soirées et week-end – une formation payante pour devenir instructeur. Avec la pratique de la méditation, et celles d' ''asanas'', nous ''étudions'' à l'aide du contenu d'une cassette qui contient un enseignement de Maharishi Mahesh Yogi, sur des sujets très divers. Ensuite nous devons répondre à une suite de questions, et surtout noter bien précisément les réponses aux questions... Sur ce dernier point, je montre quelques réticences à accepter les réponses... Je finis par '' gêner le groupe '', pour finalement le quitter.
Je lis la revue ''Planète'' qui ne paraît plus, et je recherche tous les anciens numéros. L'esprit Planète resurgit avec en 1973 la revue '' Question de '' à laquelle je m'abonne.
J'écris à Pauwels pour lui faire part de mon intérêt. Il me répond et m'invite à le rencontrer à Paris.
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Je lis avec beaucoup d'intérêt Alan Watts (1915-1973), philosophe, écrivain et conférencier anglo-américain, figure de sagesse et de spiritualité alternative. Ses idées sur la nature de la conscience, l'identité individuelle et la recherche du bonheur résonnent en moi. En particulier '' Amour et connaissance '' où il dénonce un certain nombre d'oppositions arbitraires qui ont fondé la civilisation chrétienne : " moi " et l'autre, bien et mal, amour et connaissance, et surtout esprit (masculin) et nature (féminine) - cette dernière faille étant reliée à toute une problématique sexuelle.
Alan Watts, relève que la religion chrétienne s'adapte à la faiblesse de l'homme de croire à une vie meilleure après la mort; c'est que l'homme se sent étranger à la nature, et « dénote une conscience encore superficielle de soi-même... ». Le christianisme serait une religion des villes, en opposition au paganisme. Il propose de réconcilier la science d'avec la nature en abandonnant son contrôle et son exploitation. Il préconise l'art de sentir, et le monde comme extase, ou la contemplation:'' au-delà du sens'' pour nous signifier que certaines vérités ne peuvent être entièrement captées par le langage ou la pensée rationnelle, et qu'elles doivent être vécues directement pour être pleinement comprises.
Il fait le parallèle entre « le rapport de l'homme à la nature et son rapport à la femme » : «L'occident chrétien et post-chrétien est caractérisé par une civilisation où la nature s'appelle Mère Nature , où Dieu est exclusivement masculin, et où le vocable homme désigne aussi l'humanité en général. »
Je retrouve la demoiselle qui accompagnait l'anarchiste Mickaël. Yveline est à présent seule. Lui, serait retourné en Israël, dans un kibboutz, ou tout simplement dans le midi de la France... De mon côté, Susan est retournée en Écosse.
Je la croise, avec ses amis germanistes au Resto U; et un jour nous nous retrouvons lors d'une manifestation. Je l'accompagne chez elle, et je parcours avec elle les poésies d'Hölderlin. Yveline prépare le Capes d'Allemand. Il se trouve que j'aime la littérature allemande, et particulièrement Thomas Mann, et Stefan Zweig. J'aime la poésie.
Yveline est une jolie jeune-fille, brune, les cheveux longs bouclés. Vivante, spontanée ; elle me plaît, et tout semble simple...
Le texte suivant sera d'Yveline. Elle retrace notre rencontre.