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Les légendes du Graal

Princeton – Rencontre avec John Wheeler – 2

26 Août 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #physique

- Yvain et Elaine interrogent John Wheeler, sur la question fondamentale de la causalité que pose la mécanique quantique ?

Je rappelle que - Dans la mécanique quantique, une particule peut exister dans plusieurs états simultanément jusqu'à ce qu'elle soit mesurée. Cela remet en question la causalité classique, où chaque événement a une cause bien définie. Si l'acte de mesure influence l'état de la particule mesuré; cela soulève des questions sur la nature de la réalité...

En effet, Wheeler suggère, que des décisions prises, après qu'un événement ait eu lieu, peuvent influencer cet événement rétroactivement. Cela remet en question l'ordre causal classique où les causes précèdent toujours les effets.

Certains physiciens, proposent que les chemins multiples existent simultanément jusqu'à ce qu'une observation "choisisse" une réalité particulière.

- Le principe d'incertitude de Heisenberg stipule qu'il est impossible de connaître simultanément avec précision certaines paires de propriétés d'une particule (comme la position et la quantité de mouvement). Cela introduit un élément de hasard fondamental dans les processus quantiques.

 

Elaine relève que Wheeler, intègre souvent des réflexions philosophiques dans ses considérations scientifiques, ce qui n'est pas courant chez les physiciens. Il réfléchit sur la nature de la réalité, l'information et la conscience.

Le schéma illustre l'idée de circuit auto-excité développée par John Wheeler. Selon cette conception, l'univers crée sa propre réalité en boucle

La lettre "U" illustre l'idée clé de Wheeler : l'univers se "boucle sur lui-même".

Y a t-il un univers avant l’apparition de la conscience pour le percevoir? La réalité ne serait peut-être pas un phénomène entièrement physique. Wheeler suggère que la réalité naît de l’acte d’observation, et donc de la conscience elle-même. La réalité pourrait être "participative", c'est-à-dire que l'acte d'observation pourrait influencer la nature de la réalité elle-même.

Il a également suggéré que l'univers pourrait être vu comme un système d'information auto-synthétisé, c'est à dire que l'univers se construirait et se régulerait lui-même en fonction de l'information qu'il contient. Il utiliserait des boucles de rétroaction où l'information produirait des structures et des phénomènes qui, en retour, généreraient plus d'information. C'est un processus dynamique et évolutif.

Et, n'oublions pas que les observations et les mesures faites par les observateurs jouent un rôle crucial dans la définition de la réalité. L'univers est donc en constante interaction avec les observateurs, et cette interaction génère de l'information qui façonne l'univers.

- Les observateurs humains peuvent donc influencer le devenir de l'univers?

Les observateurs humains pourraient influencer non seulement le présent mais aussi le passé !

 

« Je pense que ma vie en physique a été divisée en trois périodes. Au cours de la première période, qui s’étendait du début de ma carrière jusqu’au début des années 1950, j’étais sous l’emprise de l’idée que tout est particules. Je cherchais des moyens de construire toutes les entités de base – neutrons, protons, mésons, etc. – à partir des particules, des électrons et des photons les plus légers et les plus fondamentaux.

J’appelle ma deuxième période Everything Is Fields. Depuis le moment où je suis tombé amoureux de la relativité générale et de la gravitation en 1952 jusqu’à présent, j’ai poursuivi la vision d’un monde fait de champs, un monde dans lequel les particules apparentes sont en réalité des manifestations de champs électriques et magnétiques, de champs gravitationnels et de l’espace-temps lui-même.

Maintenant, je suis sous l’emprise d’une nouvelle vision, que tout est information. Plus j’ai réfléchi au mystère du quantique et à notre étrange capacité à comprendre ce monde dans lequel nous vivons, plus je vois des rôles fondamentaux possibles pour la logique et l’information comme fondement de la théorie physique. »

 

Elaine revient sur quelques notions clés de la philosophie que la science questionne:

- La causalité, avec Kant, est une catégorie de notre entendement: notre esprit impose cette structure causale à nos perceptions pour les rendre compréhensibles. Nous ne pouvons pas voir un événement sans le voir comme étant relié par des relations de cause à effet.

- De même pour Kant, l'espace et le temps, sont des structures mentales que notre esprit impose à notre expérience pour rendre le monde compréhensible. La relativité d'Einstein, nous montre que ''ce qui est'', ne correspond pas à ''ce que nous percevons''.

Après tout, nous dit-elle, c'est une notion centrale chez Kant: La réalité en soi est indépendante de nos perceptions. Pour Kant, nous ne connaissons ''les choses en elles-mêmes'' qu'à travers les catégories de notre entendement. Bien-sûr, la définition de ces catégories censées être ''à priori'' de l'esprit humain, et être universelles et invariantes pour tous les êtres humains'', a été critiqué.

 

Wheeler conclue avec un sourire : « Nous n’avons pas la moindre idée de comment les choses ont vu le jour ou comment elles vont se terminer. »

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