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Les légendes du Graal

de la bermondie

L'Amour contre la bienséance

29 Mai 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #XIXe siècle, #Charles-Louis de Chateauneuf, #de La Bermondie

Pourquoi Jean-Léonard de la Bermondie, lors de cet épisode dans le cours de la vie de sa fille, a t-il ainsi pris la '' Défense de L'Amour passionnel '' contre la bienséance bourgeoise?

Avec l'aide de Lancelot, et de ses cahiers remplis de notes sur ses aïeux ; je répondrai ceci :

Le chevalier, sans doute l'âge aidant, avait cessé de jouer la comédie sociale. Il préférait voir sa fille vivante, aimée, transformée… plutôt que conforme.

Un point clé : la petite noblesse limousine de l’Ancien Régime ne partage pas les codes de la bourgeoisie triomphante post-Révolution.

Les nobles - surtout les anciens - ont souvent une vision plus pragmatique, presque terrienne, des amours clandestines...

Et certainement, voit-il en Achille, un “homme de valeur”, pas un libertin.

Ensuite, il s'aperçoit que sa lignée est en danger. La famille de Laron et de la Bermondie porte un Trésor, une mémoire, et même des secrets et des archives anciennes.

Sa fille est son unique héritière. Mais son mari, Chateauneuf, est trop âgé. Personne n’est dupe : un enfant ne viendra peut-être jamais de ce mariage.

Joseph de Chateauneuf n'est déjà plus en forme en 1814-1815. Jean-Léonard n’est pas naïf. Il comprend que : Marie-Catherine retournera au château, l’enfant sera reconnu, la société acceptera les apparences, tout sera recousu par les convenances.

Dans ces conditions, son indulgence devient presque une stratégie familiale : protéger l’honneur tout en accueillant le destin.

A présent, prenons un peu de hauteur, visant celle qu'aurait Balzac.

Les romans de l'époque balzacienne dépeignent le mariage comme la « plus sotte des immolations sociales » et un « contrat par lequel un homme prend l’engagement de faire vivre [une femme] dans une position plus ou moins heureuse ». Le mariage est souvent perçu comme une fonction sociale ou une affaire commerciale, et non comme une relation affective.

Face à l'artifice de la société où tout est convention, l'amour passionnel est valorisé par les romantiques comme l'expression de la « véritable nature » de l'individu. Dans ce contexte, Achille-François Delamarre, mathématicien et homme d'esprit, représente l'évasion intellectuelle que recherche Marie-Catherine. Leur attachement secret est vu comme un « lien moral supérieur » fondé sur la « vérité du cœur », en accord avec les thèmes des lectures d'époque comme La Nouvelle Héloïse de Rousseau et les romans de Mme de Staël. Pour ces penseurs, l’amour montre ce que le cœur peut « contredire la philosophie rationnelle ».

L'amour contrarié sert de remède à l'« ennui romantique » ressenti par l'individu sensible face à une société perçue comme superficielle, sans foi et sans honneur. L'amour vrai est considéré comme la seule chose « digne d’intérêt ». Marie-Catherine, jeune et cultivée, cherchant la vie sociale et culturelle de Limoges, pourrait facilement s'ennuyer dans la vie conjugale conventionnelle. Le Chevalier encourage donc une passion qui préserve l'âme de sa fille, lui offrant une « raison d’espérer encore ».

Le choix de l'amant n'est pas anodin. Achille-François Delamarre est un « savant, formé à Polytechnique, homme d’esprit », ce qui confère à la relation une dimension intellectuelle acceptable et digne d'une femme cultivée. L'admiration du Chevalier pour l’amant lui permet de justifier ses efforts pour « organiser des rencontres ».

Culturellement, il est pertinent d'établir un lien entre la relation clandestine de Marie-Catherine et Achille et les lectures qui circulent dans les salons bourgeois et aristocratiques de l'époque, notamment à Limoges.

Leur histoire se déroule dans un contexte de crise intellectuelle et morale, typique du début du XIXe siècle, où le rationalisme des Lumières se heurte au sentimentalisme romantique. Les romans lus et discutés dans la maison Bermondie servent non seulement de divertissement, mais aussi de cadre rhétorique pour interpréter et justifier les passions qui contredisent l'ordre social.

Voici les principaux romans et concepts qui illustrent cette connexion :

L'œuvre majeure de Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse (1761), est un texte fondamental qui a influencé Marie-Catherine et Achille.

Ce roman, centré sur l'amour impossible entre Julie et Saint-Preux, incarne l'éducation du sentiment et la tension entre passion et devoir.

Marie-Catherine, elle-même mariée sans passion à un notable plus âgé, peut y trouver un miroir : le personnage de Julie, femme mariée, y aime sincèrement un autre homme tout en s'efforçant de rester morale.

Achille et Marie-Catherine citent Rousseau et cherchent à justifier leur attachement secret comme un « lien moral supérieur » fondé sur la « vérité du cœur ». Ils y trouvent la démonstration que « le cœur peut contredire la philosophie rationnelle ».

L'amour passionnel, en lien direct avec la nature et non les conventions sociales, est perçu comme allant à l'encontre de la raison, une « fatalité ». Achille, le scientifique déterministe, découvre que « L’univers est un mécanisme, mais l’amour ne l’est pas ».

Achille lit Madame de Staël en secret, car elle était en disgrâce sous Napoléon, ce qui témoigne de l'intérêt porté à ses idées. Jean-Léonard de la Bermondie, qui l'a rencontrée à Coppet, l'admire.

Conférence de Madame de Staël

Delphine (1802) et Corinne ou l’Italie (1807) : Ces romans sont considérés comme scandaleux car ils interrogent la place des femmes, la liberté morale et le conflit entre passion et société.

L'injustice sociale : Marie-Catherine est bouleversée par ces œuvres, car elles donnent une voix féminine pour exprimer l’injustice du jugement social envers les femmes qui aiment en dehors du mariage.

Ces romans mettaient en scène la figure du « penseur » romantique, dont la parole s'élargit aux domaines de l'affectivité et confronte le système philosophique à l'expérience humaine. C'est un thème qui résonne avec la trajectoire d'Achille, qui passe du déterminisme à une philosophie morale en intégrant les émotions.

Les romans de Staël montrent que l'intellect et la pensée peuvent devenir un « asile » contre les douleurs du cœur, une notion que le mathématicien Achille adopte après son exil : « La raison éclaire le monde, mais l’amour donne le courage de l’habiter ».

René (1802) de François-René de Chateaubriand est un texte essentiel pour comprendre et exprimer l'état d'âme de l'époque.

La tempête - scène finale de René

René incarne le « mal du siècle », ce héros solitaire, nostalgique, en quête d’absolu, souffrant de ne pas être compris. Ce texte offre à Achille une résonance intime : celle de l’homme de science en exil, troublé par la passion, en lutte entre devoir et désir.

Leur amour prend ainsi une teinte de mélancolie romantique : un sentiment noble, mais voué à rester caché, presque sacrificiel. Cette mélancolie, qui caractérise le début du XIXe siècle, résulte du sentiment de vide et du rejet romantique d'une société jugée superficielle.

Dans les cercles cultivés, l'ennui romantique était un thème dominant. Marie-Catherine s'ennuyait de la « vie de conventions » de la société et de son mariage. Achille, en exil, passait par des phases de silence et de doute. L'amour adultère et secret était perçu comme le seul lieu d'authenticité émotionnelle, en opposition à la fausseté des rapports sociaux de l'époque.

Même le langage scientifique s’imprègne de ces thèmes, comme lorsque Achille s'adresse à Marie-Catherine : « la force de gravité n’est pas seulement une loi mathématique : elle régit aussi la constance des cœurs ». La littérature leur fournit le vocabulaire pour « conjuguer désir et prudence ».

Le roman romantique, notamment dans l'œuvre de Balzac (qui s'inspire lui-même de ces figures comme Louis Lambert), insère le penseur dans un roman sentimental où la raison et le sentiment sont en tension. L'histoire d'Achille et Marie-Catherine, avec son amour secret, la naissance d'un enfant et l'exil, est un exemple de la manière dont les passions privées deviennent le théâtre d'un destin fatal que la science ne peut pas anticiper.

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Achille et Marie-Catherine de Chateauneuf

14 Mai 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #XIXe siècle, #Balzac, #Charles-Louis de Chateauneuf, #de La Bermondie

Achille-François Delamarre, mathématicien déchu, ne pouvait plus désormais embrasser le monde dans une formule unique. Après la première rencontre, son esprit, autrefois rigide comme le déterminisme laplacien, fut contraint de faire face à l’équation la plus imprévisible de toutes : l’amour et ses conséquences.

La liaison secrète entre Achille et Marie-Catherine se poursuivit dans le cadre cultivé et discret des salons limougeauds, sous le regard vigilant et complice du Chevalier de la Bermondie, homme des Lumières qui tolérait ou encourageait la recherche d'un amour passionnel. Pour Marie-Catherine, mariée sans passion à M. Joseph de Châteauneuf, cet attachement secret se justifiait par la vérité du cœur, un "lien moral supérieur" inspiré par les récits commentés par son père des vies de Rousseau et de Mme de Staël.

Au début de 1816, Limoges fut témoin de l'événement le plus irréfutable et le moins calculable : la naissance de Charles-Louis. Ce fils, fruit d'une passion qui se voulait purement intellectuelle, fut le premier choc existentiel pour le savant. Achille, qui avait cru que la science menait à la liberté, voyait sa propre existence assujettie au secret et à la prudence.

« J’ai mesuré des trajectoires de comètes, mais jamais le mouvement des âmes », nota-t-il dans son carnet. « L’univers est un mécanisme, mais l’amour ne l’est pas ».

L'enfant, adultérin, fut aussitôt confié à une nourrice dans la campagne limousine, afin de le protéger des commérages et du jugement d'une société qui tolérait l'infidélité masculine mais condamnait l'écart féminin. Achille, contraint à un rôle discret, presque fantomatique, comprit que son rôle n'était pas celui du père biologique assumé, mais du gardien silencieux de ce fragile équilibre moral.

En 1818, Jean-Léonard de la Bermondie, médiateur discret et protecteur du secret, disparut. Marie-Catherine et Achille se retrouvèrent seuls, désormais, à porter le poids de cette responsabilité morale. Le Chevalier, homme qui avait cherché le secret de l'alchimie (le « Grand Œuvre »), laissait à sa fille non seulement le « trésor » de la Lignée, mais aussi le fardeau d'une existence clandestine.

 

Puis, Marie-Catherine quitta Limoges pour rejoindre le château de La Villatte, obéissant à l’appel d’un mari dont la maladie faisait chanceler l’autorité autant que la vie.. L'exil limousin d'Achille, d’abord choisi, ensuite adouci par la présence d’une âme sœur, devint soudain un désert où chaque heure pesait d’un poids nouveau.

Ce n’était pas seulement l’absence de Marie-Catherine qui l’atteignait, mais l’effritement de ce tissu fragile d’habitudes, d’espérances muettes, de regards partagés, qui jusque-là lui avait tenu lieu de patrie. Le salon feutré où ils lisaient ensemble, le jardin où elle marchait à pas lents sous les aubépines, la chambre haute où il méditait ses calculs - tout cela, depuis son départ, perdait la chaleur secrète dont elle l’avait inconsciemment animé.

Achille se forgea des raisons raisonnables :il parla de sa carrière suspendue, de ses travaux inachevés, de ses amis de l’Institut qui lui écrivaient, pressés de le revoir. Il se persuada qu’un poste pourrait s’ouvrir sous la Restauration, que son intelligence serait mieux employée à Paris qu’en province.

Il oubliait seulement de se dire que la province ne lui était devenue insupportable qu’à cause du vide qu’elle renfermait désormais.

À Limoges, les rumeurs allaient déjà bon train : le départ précipité de Mme de Châteauneuf, la maladie du mari, le savant de Paris que l’on voyait marcher seul, tête baissée, dans les rues étroites. Achille sentait peser sur lui cette atmosphère lourde où la curiosité provinciale devient presque une force hostile. Il comprit qu’il n’avait plus rien à attendre de ces mois d’ombre, sinon l’augmentation d’un trouble qu’il n’avait plus le droit de cultiver.

Il reçut alors une lettre de Paris, banale en apparence, mais qui tomba dans son esprit comme une révélation. Elle contenait l’annonce d’un séminaire à l’École Polytechnique, auquel l’un de ses anciens collègues le priait de participer. Jamais invitation n’avait été plus opportune. Achille y vit un signe : il était temps de rompre.

Le lendemain, avant l’aube, il prit la route. Ainsi s’acheva pour Achille l’aventure limousine : dans un mélange de fierté blessée, de passion contenue et de lucidité amère — ce mélange même dont Balzac savait que les vies humaines sont faites, et que la société, implacable, ne pardonne jamais.

A suivre....

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Le trésor d'une Lignée

19 Avril 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #XIXe siècle, #Charles-Louis de Chateauneuf, #de La Bermondie

Je suis fasciné par ce que nous désignons, entre nous, comme le « Trésor » de la Lignée. L'essence de cet héritage est bien plus que matérielle ; il s'agit avant tout d'un patrimoine spirituel et intellectuel. Au cœur de cette tradition se trouvent la légende arthurienne et le récit fondamental de la « Quête du Graal », qui est aussi la recherche de ma propre identité et de la réponse à la question « qui suis-je ».

Ce ''trésor'' est une analogie : ce trésor familial sert de médiateur pour accéder à la connaissance du Réel et de l'Histoire humaine. Il est l'image de ce que l'individu choisit de percevoir et de garder de cet héritage universel pour comprendre son identité propre.

Cette quête, commencée en des temps immémoriaux, s'est poursuivie à travers plusieurs générations. L'origine du trésor remonte au XIVe siècle, avec Roger de Laron, un ancien chevalier du Temple. Parmi les objets légués (portés par Roger de Laron lui-même), et transmis via le grand-père maternel de Charles-Louis, figurent une bague templière datant des croisades et une croix métallique à branches égales, comparable à celle représentée par le prophète Jérémie sur le portail nord de la Cathédrale de Chartres.

Roger de Laron avait entendu parler de la science du « Grand Oeuvre » (l'alchimie) à Chypre, et les mystérieux graphiques et propos consignés dans les documents ont stimulé l'intérêt de Jean-Léonard de la Bermondie au XVIIIe siècle, le menant vers la Franc-Maçonnerie et les Rose-Croix.

Les documents et les mémoires acquis au fil du temps ont été stockés dans des cantines, formant un ensemble de traces et de souvenirs familiaux conservés, étudiés et complétés par les aïeux qui avaient compris leur « mission personnelle ». Une cantine était dédiée aux documents laissés par Anne-Laure de Sallembier (qui reçut le trésor de Charles-Louis et qui a poursuivi la Quête au XXe siècle).

Parmi ces archives se trouvent un dossier sur Marcel Proust (articles, journaux, notes) et un manuscrit allemand dactylographié d'Edith Stein sur l'âme. Ce dernier avait été remis à Lancelot afin de le protéger de la censure allemande, Edith Stein souhaitant le léguer en sécurité au cas où elle subirait un malheur. Enfin, Anne-Laure, qui feuilletait souvent les cartes du Tarot, y avait inclus son propre jeu. L'ensemble de ces documents et traces familiales permet à chaque membre de la lignée de comprendre sa mission personnelle et d'assurer la continuité de la Quête.

 

Avec la complicité d'Elaine, qui a poursuivi ses études d'Histoire et qui participe à l'archivage et au classement des documents, j'ai retrouvé une lettre de Jean-Léonard de la Bermondie. Cette missive nous éclaire sur l'origine de Charles-Louis de Chateauneuf : né à Limoges en 1816, il était, comme nous le savions déjà, un enfant adultérin. Charles-Louis, enfant de Marie-Catherine-Louise de la Bermondie, était rattaché aux seigneurs du Limousin, bien que considéré comme hors lignée officielle. Le fait d'habiter moi-même Limoges, leur ville, a ravivé mon désir de rechercher l'identité de l'amant de Marie-Catherine et, par conséquent, le père biologique de Charles-Louis de Chateauneuf.

 

Avant de vous donner le contenu de cette lettre que Jean-Léonard de la Bermondie, adresse à son gendre M. Joseph de Châteauneuf. Je vous présente les personnages : ( déjà longuement évoqués sur ce site...)

Jean-Léonard de la Bermondie est né le 16 avril 1739, et mort en 1818.

Il fut actif en 1789 en participant à l'Assemblée des trois ordres de la sénéchaussée de Limoges, avant d'émigrer pendant la Révolution.

Des documents font mention de son « château » à St Julien le Petit de Laron, un manoir datant du XVIIe siècle construit avec les matériaux de l'ancien château de Laron. Son épouse, Jeanne de Villoutreys, y est décédée le 24 juin 1800. Il quite ensuite ce manoir pour vivre – en 1803 - avec sa fille Marie-Catherine et son époux M. Joseph de Châteauneuf .

 

M. Joseph de Châteauneuf, l'époux bien plus âgé de Marie-Catherine-Louise, préfère vivre sur ses terres en Creuse. Il est mort vers 1820 en son château de La Villatte, situé dans la commune de Saint-Junien-la Brégère. L'écart d'âge était d'environ 21 ans. À cette époque, les mariages nobles étaient souvent arrangés dans l'intérêt des familles, non par choix sentimental.

Leur fils, Charles-Louis de Chateauneuf, est né en 1816 à Limoges.

On sait que Jean-Léonard de la Bermondie a laissé à sa descendance, avant de « tourner cette page », les traces de son chemin de vie et de sa quête. Il confie à sa fille le ''trésor'' de la Lignée pour le transmettre à Charles-Louis. Il est mort deux ans après la naissance de son petit-fils.

 

 

Limoges, ce dix-huitième jour de mars de l’an de grâce mil huit cent seize.

Monsieur et cher Gendre,

J’ai reçu en temps utile la missive que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser la semaine dernière, et par laquelle vous me signifiez votre désir de voir Madame votre Épouse se rendre incessamment en votre domaine de la Villatte, en compagnie du jeune Charles-Louis. Je vous suis gré de la sollicitude que vous témoignez ainsi à l’endroit de ma fille et de l’intérêt que vous portez à ce jeune enfant.

Permettez-moi, toutefois, de vous réitérer mes précédentes observations. Pour l’heure, il m’apparaît de la plus grande prudence qu’elle demeure encore en notre ville. Sa santé, toujours un peu chancelante depuis ses couches, exige des précautions et des soins assidus que seule la proximité des Officiers de Santé de Limoges peut garantir avec une parfaite assurance. Je vous connais trop plein d’égards envers elle pour ne point agréer la nécessité de ces ménagements, qui ne sont que la conséquence naturelle des récents événements.

Quant à l’Enfant, il a été confié — ainsi qu’il est d’usage dans les familles qui joignent les lumières de la raison à l’affection la plus légitime — à la vigilance d’une nourrice établie dans un faubourg proche de la ville. Ma fille souhaite rester à portée de ses nouvelles, et je ne puis qu’approuver cet attachement précoce. Les premiers mois sont d’une délicatesse extrême ; il serait imprudent d’imposer à un être si nouveau-né les cahots d’un long voyage en voiture.

Je tiens, Monsieur, à vous exprimer toute ma gratitude pour la générosité d’âme et l’empressement avec lesquels vous avez consenti à pourvoir à l’avenir de cet Enfant et à lui accorder votre Nom. Cette noblesse de conduite vous honore singulièrement et vous place, aux yeux du monde, dans l’attitude la plus digne qu’un honnête homme puisse adopter.

Tout chef de famille — ou plutôt, tout homme placé dans la délicate position qui est la mienne — ne peut qu’apprécier la dignité avec laquelle vous avez accueilli cette singulière conjoncture, ainsi que la parfaite discrétion que vous avez jugé à propos d’observer à ce sujet. Vous avez choisi l’honneur et le repos du Foyer plutôt que le tumulte des vaines rumeurs et les curiosités malveillantes. Soyez assuré que ma reconnaissance pour votre procédé vous est entièrement acquise.

Pour ma part, je veille à ce que rien ne puisse troubler la tranquillité d’esprit de ma fille. Elle vous est attachée par la reconnaissance et conserve pour vous tous les égards dus à son Époux. Elle désire ardemment que rien, dans nos dispositions présentes, ne puisse jeter la moindre ombre sur la conduite exemplaire qui a été la vôtre.

Recevez, Monsieur et cher Gendre, l’assurance de ma considération la plus distinguée et l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués.

Jean-Léonard de la Bermondie

Chevalier, ancien Officier du Roi

A suivre..

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A Limoges, en cette fin du XVIIIe siècle – 3/, - La Révolution

12 Septembre 2018 , Rédigé par Perceval Publié dans #Limousin, #Limoges, #de La Bermondie, #Révolution Française, #XVIIIe siècle, #Histoire

Le Limousin

Le Limousin

J. L. de La Bermondie va vivre le début de la Révolution, en Limousin.

Le Limousin est alors une région pauvre et isolée... Les céréales, et en priorité le seigle, sont la principale des cultures à côté de l'élevage du bétail : bovins et moutons... Le porc est le seul animal que le paysan se permet de tuer pour sa propre consommation..

Un peu de sidérurgie, au sud de la Vienne ; et à Limoges une activité industrielle assez développée : papeteries, manufactures textiles... et, des échanges commerciaux limités.

Un peuple des campagnes indigent, et un attachement aux traditions religieuses populaires... Pour 700.000 habitants, on compte 3000 personnes au service de l'Eglise ( neuf communautés religieuses de femmes à Limoges)...

Suppression des Ordres religieux 1790

Les 20, 21 et 22 août 1787, se réunit l 'Assemblée provinciale de la généralité de Limoges. Puis dès février, mars 1789, des Assemblées ont lieu pour rédiger des cahiers de doléances et élire des députés aux États Généraux.

Les trois ordres se réunissent du 16 au 23 mars au chef-lieu des sénéchaussées.

J. L. de La Bermondie est à Limoges, pour la noblesse. Un document d'archive, qui nous donne la liste la des gentilshommes qui assistent à l'Assemblée des trois ordres de la sénéchaussée de Limoges et Saint-Yrieix, en 1789; le nomme et l'appelle "seigneur de Saint-Julien et de Laron".

Le lycée ( Gay-Lussac aujourd'hui) est le théâtre de la réunion des États Généraux du Limousin, dans l'enceinte de la chapelle, le 16 mars 1789.

« Le collège royal bordait le boulevard. L’arrière des bâtiments et la chapelle s’ouvraient de l’autre côté, tout près de la place dans l’étroite rue Boucherie. La lumière, encore frisante à cette heure soulignait d’ombre, les pilastres, les entablements, les frontons, les niches en coquille : tout l’ensemble du style jésuite, plaqué sur un appareil assez rudimentaire, comme les deux tourelles à bonnet pointu qui épaulait cette façade. Si bien qu’en dépit de ses ornements l’église ouvrait plutôt un aspect militaire. En outre, quand on arrivait par la rue de l’Arbre-Peint, un des singuliers clochetons du cloche, apparaissant par-dessus ladite Église ou chapelle évoquait les épaules et la tête d’un guetteur en armure et casque noirs.

L’intérieur sans pilier formait un assez vaste vaisseau, très clair. Tournant le dos à l’hôtel, les magistrats de la Présidial et de la Sénéchaussée : conseillers, gens du roi, le lieutenant des Pais, le lieutenant criminels étaient assis en robes du palais. Ils composaient et un groupe uniforme, noir et rouge, où tranchés la blancheur des hermines ; Sur un côté du vaisseau, se tenait le Tiers-État imposant par son nombre. Les campagnards en habit court à basques, y voisinaient avec les fastueux citadins du genre Naurissane. En face, siégeaient la noblesse et le clergé, à droite et à gauche du grand sénéchal qui présidait, assisté par le lieutenant général de Reilhac, le procureur du Roi et les huissiers. Cet ordre n’avait pas été établi sans mainte querelle de préséance. Aujourd’hui, tout le monde était très digne, très pénétré de l’importance de ce qui s’accomplissait ici. » Robert Margerit '' La Révolution - L'amour et le temps ''
Chapelle et arrière des bâtiments du Lycée Gay-Lussac -Limoges

Chapelle et arrière des bâtiments du Lycée Gay-Lussac -Limoges

En même temps, une crise des subsistances atteint son ampleur...

En 1788, du fait de la sécheresse et d'orages de grêles, les moissons sont détestables... le marché est également mal approvisionné ( certains accaparent pour gagner plus …), et c'est une forte hausse des prix... L'hiver qui suit est très rigoureux, même les châtaigniers périssent !

Les 12 et 13 mai 1789, Limoges connaît une émeute engendrée par ce problème de subsistances...

 

Après le 14 juillet 1789, les limousins connaissent ce qu'on appelle '' la Grande Peur '' : le bruit circule que des bandes de brigands ( ou mercenaires …) sans-doute recrutés par les nobles, arrivent en pillant et détruisant tout sur leur passage... cela induit une '' révolution municipale'', avec la constitution de '' comités de patriotes » » qui se substituent aux autorités municipales en place … On crée des gardes nationales, en grande partie formées de petits bourgeois.

 

Article 1er : « l'Assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal. »

En France, le 4 août voit la suppression des privilèges, de la dîme et de certains droits seigneuriaux. On brûle les bancs des ''privilégiés'' des église, on détruit les girouettes ( réservées aux possesseurs de fiefs) … Et en décembre, se généralise le refus du paiement des droits seigneuriaux...

En janvier 1790, en Bas-Limousin ont lieu des révoltes anti-seigneuriales.

C'est en février 1790 que se constituent les trois départements de la Creuse, de la haute-Vienne et de la Corrèze.

A lieu la fédération des gardes nationales – c'est à dire que les gardes nationales voisines se jurent un appui mutuel et fraternel - et le 14 juillet 1790, les municipalités organisent une fête pour célébrer cette Fédération. Se créent des clubs : des sociétés patriotiques avec beaucoup de commerçants et d'artisans.

 

A partir de janvier 1791, c'est la Constitution Civile du Clergé. On demande aux ecclésiastiques de prêter serment et on élit des évêques constitutionnels. C'est alors un tournant dans la révolution, car cette décision provoque de profondes divisions... Le bas-clergé est favorable à la Révolution, mais beaucoup de réfractaires invoquent leur conscience... Les ''jureurs'' ne sont pas enthousiastes... Pourquoi devoir choisir entre la Nation et l'Eglise ? Les ''jureurs'' seraient 62% en Corrèze, 47% en Haute-Vienne et 75% en Creuse ( selon l'Assemblée Constituante), des prêtres vont ensuite se rétracter …

 

Léonard Cramouzaud, le curé de Saint-Julien-le-Petit, refuse de prêter serment à la constitution ''schismatique'' du clergé, et émigre …

Pierre-Psalmet Cramouzaud, curé de Beaumont (du Lac), près d'Eymoutiers, nommé en 1762, refuse également de prêter serment. Il est condamné à la déportation hors de France. Malgré cette loi de déportation du 26 août 1792, il reste « caché dans le voisinage de sa paroisse, afin de continuer à veiller sur elle, et porter à ses habitants les secours de la religion »... Il est arrêté, et conduit à Limoges, où le tribunal criminel le condamne à mort, et le fait guillotiner le 21 novembre 1793. ( sources : l'abbé A. Lecler - 1918 )

Puis, les 20 et 21 juin 1791, le Roi ''s'enfuit'', puis il est fait prisonnier...

Le 23 août à La Souterraine, a lieu une insurrection contre le rachat des droits seigneuriaux...

La famille royale est arrêtée à Varennes le 21 juin 1791

Durant l'année, les départs en émigration deviennent nombreux.

Selon des actes: Jeanne de Villoutreys, et Jean Léonard de la Bermondie, vont divorcer durant la Révolution pour conserver les biens de Jean qui émigre en 1791; mais ils vont négliger de se remarier civilement après son retour...

 

Ce que j'en dis...: Jean Léonard de la Bermondie, après la fuite du Roi, puis son arrestation va considérer que son devoir est de rester au service du Roi de France. Bien que, partisan d'une monarchie Constitutionnelle, et donc favorable à la Révolution en son début, il partage certaines analyses du ''girondin'' et limougeaud Pierre Vergnaud (1753- et guillotiné en 1793), du moins en cette année 1791... Jean-Léonard comme noble, de plus, ancien page du Roi et officier, craint pour sa sécurité... Il choisit d'émigrer, mais refuse de servir dans l'armée avec les prussiens et les autrichiens contre la nation Française ... Aussi, choisit-il la Suisse, et Berne en particulier ...

 - Note: Emigration française en Suisse: principalement à Neuchâtel, Fribourg, Berne et Bâle. On a recensé 3 700 ressortissants français dans le canton de Fribourg en 1793, dont deux tiers d'ecclésiastiques...

A suivre:... J. L. De La Bermondie rencontre le jeune Hegel..!

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Le Limousin au XVIIIe s – Histoire et Légendes -1 Crozant

17 Juillet 2018 , Rédigé par Perceval Publié dans #Crozant, #Limousin, #Lusignan, #Mélusine, #Moyen-âge, #Lieux de légende, #de La Bermondie

En cette veille de la Révolution, J. L. de La Bermondie, revient vers le Limousin ; et il est accompagné de son ami Hugues-Thibault de Lusignan ; tous deux (camarades de l'école des pages), se sont rejoints dans leur intérêt à la culture traditionnelle qui les amènent à retrouver les témoignages de leur lignée... Jean-Léonard de la Bermondie est sur les traces de Roger de Laron ( alchimiste et templier, je le rappelle …) ; et le marquis de Lusignan retrouve en Haute-marche, les anciennes terres des seigneurs de Lusignan...

 

Hugues IX de Lusignan, s'empare du comté de la Marche, alors que - après la mort de Richard cœur de Lion (1199) - l'Empire Plantagenêt commence à se disloquer. 

Au début du XIIIème siècle le comté de la Marche appartient donc à la famille des Lusignan. Cette famille est au coeur des conflits entre les rois de France et les Plantagenêts duc d'Aquitaine et rois d'Angleterre. L'épisode s'achève avec la victoire de Saint Louis à Taillebourg en 1242, Hugues X de Lusignan est lourdement sanctionné. Crozant est alors considérée comme la principale forteresse des possessions de Hugues X et d’Isabelle. Ils se reconnaissent vassaux d'Alphonse de Poitiers, comte de Poitou et de Toulouse, lui doivent redevance pour plusieurs châteaux dont celui de Crozant pour une durée de huit ans. Les Lusignans doivent aussi verser 200 livres par an pour l'entretien d'une garnison dans ce lieu.

En 1309, Yolande de Lusignan, héritière de cette branche des Lusignan et veuve d'Étienne II de Sancerre, vend le comté de la Marche au roi de France Philippe IV le Bel.

Hugues-Thibault-Henri-Jacques de Lezay de Lusignan ( 1749-1814) va devenir député de la noblesse aux États généraux de 1789 pour la ville de Paris. Il approuve les réformes et siège avec les partisans de la monarchie constitutionnelle. Il est promu maréchal de camp en mai 1790. Parti un temps en Angleterre, puis à Abbeville, il obtient sa radiation de la liste des émigrés en 1800.

 

Hugues-Thibault et J. L. De la Brémontie sont tous deux maçons, et ont , un temps, partagé la recherche d'une continuité avec l'Ordre du Temple, soutenus par Willermoz... ( voir articles précédents ..)

Le voyage de Paris vers Limoges, passe par Argenton, Bessines et Razès. La route évite La Souterraine … Cependant, cette fois J. L. De la Brémontie quitte la route aménagée pour s'aventurer jusqu'à Crozant, et rendre hommage aux Lusignan ...

Jusqu'à Orléans la route est pavée ; on peut profiter d'une voiture légère et à chaque relais de poste changer prestement les chevaux... Ensuite c'est selon... Au mieux, elles est décrite comme une route « superbe, tirée au cordeau et bordée de magnifiques ormeaux » conformément à la règle adoptée par les ingénieurs des Ponts et Chaussées, sur les instructions du limousin Trudaine...

Ensuite, pour remonter la rivière de la Creuse, il est préférable d'avoir son cheval, pour affronter le relief, les zones tourbeuses et les ruisseaux.

Le limousin atteint, il convient au contraire de se mettre à ruser avec les collines, les zones tourbeuses et les ruisseaux. Jusqu'à Crozant, qui nous ouvre le Limousin...

De la lande, encore et toujours; définissent ces steppes limousines, dans lesquelles se fondent les villages aux toits de chaume moussu.

Il y a plus deux siècles, en cette chaude période; sous un amas de brume, le soleil se rallume et lève avec lenteur le voile posé sur les collines de bruyères dégringolant jusqu’à la rivière. Au fond, dans le ravin, les flots rapides des eaux vertnoir de la Creuse et la Sédelle ont laissé la place à une retenue mais, dans cette boucle, assis sur un énorme promontoire, le château fort de Crozant étale ses débris, vestiges d’un passé glorieux... Ce n'est pas le passé qui attire les peintres, mais la lumière qui joue sur ces flancs de colline ...

Aujourd'hui, malheureusement, la forêt a repris le dessus, du fait sans doute de l'absence des moutons...


 

Crozant, doit son nom à la Creuse ( gaulois croso : creux ), son château remonte au XIIe siècle avant qu’une forteresse ne soit construite au XIIIe siècle. Il fut la propriété d’Hugues X de Lusignan, alors comte de la Marche. On estime que c'est son épouse Isabelle d’Angoulême qui fit procéder aux constructions les plus importantes.

Longue de 380 m, protégée par dix tours et environ 1 km de remparts, la forteresse, entourée par la Creuse et la Sédelle, est nichée en haut d’une pointe rocheuse et protégée de surplus par un fossé (l’accès se faisait grâce à un pont-levis). Aux XIVe et XVIe siècles, elle commence à se détériorer et au XVIIe elle est déjà en ruine.

L’une de ses tours s’appelle Tour de Mélusine (il en existe ailleurs comme par exemple à Fougères en Bretagne, ville administrée par les Lusignan).

Mélusine, personnage légendaire féminin, est un être fantastique, moitié humain, moitié animal. Cette figure est immortalisée en 1393, par l’ouvrage de Jean d’Arras, ''le Roman de Mélusine'' . On y lit qu’elle aurait fondé les villes de Lusignan, de La Rochelle et, de ce fait, elle est étroitement associée à l’histoire de la famille des Lusignan.

A Crozant, Mélusine se révèle être Isabelle d'Angoulême, nouvelle épouse d’Hugues X après le décès de son premier mari, Jean sans terre, le roi d'Angleterre († 1216) ...

Isabelle d'Angoulême (1188-1246), est comtesse d'Angoulême de son plein droit. A 12 ans, elle est promise au futur Hugues X, comte de Lusignan, mais le Roi d'Angleterre l'enlève et l'épouse ! En 1200, elle devient reine d'Angleterre. À la mort de Jean sans Terre en octobre 1216, son fils aîné devient roi d'Angleterre sous le nom d'Henri III.

Sceau d'Isabelle d'Angoulème

En avril ou mai 1220, elle épouse Hugues X de Lusignan, comte de la Marche, son ancien fiancé...

La comtesse-reine, comme elle se faisait appeler, a laissé dans I'Angoumois, la Marche et le Poitou une détestable réputation que la légende a exploitée...

Lorsqu'elle habitait l'Angleterre, Isabelle fit la connaissance d'un habile magicien et alchimiste qui lui enseigna son ''affreuse'' science.

Ainsi, elle se livrait à un démon qui, en signe d'esclavage, la changeait en bête, trois jours par mois, au moment de la nouvelle lune.

 

Revenue auprès de son ''premier mari'', Isabelle se fixe avec lui à Crozant où elle fait bâtir une grosse tour, dans laquelle elle place son laboratoire, car elle s'occupe d'alchimie..

Nul ne peut entrer dans cette tour sans la permission de la Comtesse et, telle est son influence sur son mari, que pendant des années, il ne cherche pas à se rendre maître de son secret.

Cependant les bruits les plus fâcheux circulent parmi les paysans : ils disent voir parfois voler une sorte de monstre jetant des maléfices, ses cris effrayant les enfants et le malheureux surpris par la bête est immanquablement déchiré...

Hugues...se résout à pénétrer le mystère dont s'entoure Isabelle... Il repère le moment où Isabelle semble devoir disparaître dans sa tour, et sous un prétexte quelconque prolonge la veillée plus tard que d'habitude. La malheureuse sentant le moment de sa métamorphose approcher, quitte brusquement son mari et s'enfuit dans la tour... Hugues la suit de près...

S'avançant prudemment Hugues pénètre jusque dans un souterrain et, au bout d'un certain nombre de pas, se trouve dans une sorte de salle où il aperçoit une forme monstrueuse endormie dans un coin...

Muet d'horreur, Hugues revient sur ses pas, ferme la porte de fer et la verrouille, puis il remonte l'escalier et sort de cette tour maudite. Après quoi, sans hésiter, il fait maçonner cette partie de la tour...

Depuis lors, on entend ''la sorcière'' pleurer et gémir sans cesse et les jours d'orage le passant attardé aperçoit la forme d'une immense chauve-souris qui vole autour des ruines de Crozant et dans les gorges qui entourent le château.

Cette histoire est rapportée par Jeanne de Sazilly, dans ''Légendes limousines''.

 

Aujourd'hui encore, il ne reste de la ''Grosse tour'' que le cachot circulaire ( sans porte !).

A suivre ...

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Jean-Léonard de la Bermondie, et Jeanne de Villoutreys.

24 Avril 2018 , Rédigé par Perceval Publié dans #Limousin, #XVIIIe siècle, #de La Bermondie, #Histoire

Je vais évoquer à présent une période de la vie de Jean-Léonard de la Bermondie, qu'il partage avec son épouse Jeanne de Villoutreys ; pendant une vingtaine d'années avant la révolution et l'émigration de Jean.

Les faits historiquement établis, que je connais, sont ténus...

Jean-Léonard de la Bermondie, à 30 ans, va épouser – le 10 juin 1769 - au château de Brignac (Royères, 87): Jeanne de Villoutreys, née le 4 mai 1740 au château de Lajudie (St Martin-le-Vieux, 87). Elle décédera le 24 juin 1800 (5 messidor an XIII) au château de Saint-Julien-le-Petit (87)...

Ils se marient relativement tard, et auront deux filles: Catherine-Jeanne de La Bermondie, née vers 1780 ; elle-même se mariera en février 1804 avec Melchior de LA POMÉLIE ( né en 1770); et Marie-Catherine, femme de M. Joseph de Châteauneuf.

Villoutreys de Brignac (de)

* Jeanne de Villoutreys de Brignac,est la fille de Jean François de Villoutreys de Brignac (1717-1784), Seigneur de Brignac et La Judie, et de Catherine du SOULIER (1713-1782).

Jeanne est la soeur de l’aîné des frères: Jean-François de VILLOUTREYS de BRIGNAC (1738-1820), baron de Brignac, et marié le 10 juin 1776, St-Évroult, Angers (49), avec Rosalie de VILLOUTREYS, Dame du Bas-Plessis (1752-1805). Jean-François, a été page de la Petite Ecurie du roi. écuyer de Madame Victoire de France en 1776.

Le château de Brignac ( Royères) se situe en Haute-Vienne près de St-Léonard de Noblat.

Jeanne de Villoutreys donnera naissance à sa fille Marie-Catherine, assez tard, puisqu'elle a alors 40ans (en 1780) ... D'autre par Jeanne et Jean-Léonard vont divorcer, durant la Révolution, pour conserver les biens de Jean qui avait émigré, puis "négligèrent de se remarier civilement" après son retour...

Ces faits sont relatés dans des documents administratifs.


 

Pour le reste, voilà ce que je peux en dire...

Généralement, à cette époque surtout dans la noblesse, ce ne sont pas les fiancés qui se choisissent. Les familles prévoient les unions dans l'intérêt des deux familles... Dans notre cas, les parents de Jeanne espéraient un mariage plus avantageux pour leur fille. Jean-Léonard a des titres ( on n'hésite pas à ressortir le titre de ''vicomte d'Auberoche''...) mais peu de fortune. La famille de Villoutreys est beaucoup mieux pourvue ...

C'est par l'intermédiaire du frère de Jeanne, Jean-François de Villoutreys de Brignac, que les deux jeunes gens vont se rencontrer et se plaire. Jean-Léonard a le prestige militaire, il a été page comme Jean-François ; et comme lui ils ont goûté à la cour de Versailles et surtout à la vie parisienne... Ils ont croisé des gens de grand prestige, de belles dames influentes...

Les deux jeunes gens ont du attendre... Avoir 30 ans pour Jean-Léonard, et se marier sans le consentement familial ( 25 ans pour les femmes).

Ensuite, le couple va s'établir à Paris. Officier des Gardes Françaises, Jean Léonard de La Bermondie a le grand avantage de pouvoir résider à Paris. Les seules troupes qui stationnent en permanence dans Paris sont des unités de la Maison du roi : le régiment des Gardes françaises (3 800 hommes), et les gardes suisses...

Certains de ces officiers possèdent une bonne fortune, et d'autres sont pauvres ... Beaucoup ont de bonnes caves, des bibliothèques garnies de livres, dont le choix est plus personnel que conventionnel, et apparaissent comme des dilettantes, et des esprits curieux. Quelques-uns mènent de front opérations financières et carrière militaire..

Les Gardes Françaises fêtées par le peuple

On connait l'attitude des Gardes françaises en juillet 1789, qui sont '' passés à la révolution''. Ce ne fut pas le cas de Jean-Léonard, ses fréquentations étant trop attachées à la vie aristocratique, comme nous allons le voir ...

La condition militaire rencontre la faveur des hommes de lettres et les militaires écrivains sont nombreux. L'éthique militaire s'associe à la morale et à la sensibilité des Lumières. La philosophie triomphe dans l'armée.

Les clivages sociaux se marquent dans les loisirs et fréquentations des militaires. Jean-Léonard, lui, est plus introduit dans les salons que dans les milieux littéraires et artistiques.. Beaucoup d'officiers ont leur place réservée dans les théâtres.

Nous avons vu que la Franc- Maçonnerie se répand parmi les officiers. Il ne fait pas de doute, que l'entourage du duc d'Orléans ( dit Philippe Égalité après 1792 ) n'ait exercé son influence sur bien des officiers parisiens.

Mais, nous aurons l'occasion plus tard de décrire cette période pré-révolutionnaire ...

Pour Jean-Léonard et Jeanne, en 1770, à Paris, nous sommes loin de cette actualité politique. Comme nous allons le voir, l'ambiance ( des salons) est beaucoup plus frivole ...

William Hogarth, Le Mariage à la mode, 1745 ( Bnf)William Hogarth, Le Mariage à la mode, 1745 ( Bnf)
William Hogarth, Le Mariage à la mode, 1745 ( Bnf)William Hogarth, Le Mariage à la mode, 1745 ( Bnf)
William Hogarth, Le Mariage à la mode, 1745 ( Bnf)William Hogarth, Le Mariage à la mode, 1745 ( Bnf)

William Hogarth, Le Mariage à la mode, 1745 ( Bnf)

Paris, pont Neuf au XVIIIe siècle

Paris, pont Neuf au XVIIIe siècle

Ensuite, le couple va s'établir à Paris. Officier des Gardes Françaises, Jean Léonard de La Bermondie a le grand avantage de pouvoir résider à Paris. Les seules troupes qui stationnent en permanence dans Paris sont des unités de la Maison du roi : le régiment des Gardes françaises (3 800 hommes), et les gardes suisses...

Certains de ces officiers possèdent une bonne fortune, et d'autres sont pauvres ... Beaucoup ont de bonnes caves, des bibliothèques garnies de livres, dont le choix est plus personnel que conventionnel, et apparaissent comme des dilettantes, et des esprits curieux. Quelques-uns mènent de front opérations financières et carrière militaire..

On connait l'attitude des Gardes françaises en juillet 1789, qui sont '' passés à la révolution''. Ce ne fut pas le cas de Jean-Léonard, ses fréquentations étant trop attachées à la vie aristocratique, comme nous allons le voir ...

La condition militaire rencontre la faveur des hommes de lettres et les militaires écrivains sont nombreux. L'éthique militaire s'associe à la morale et à la sensibilité des Lumières. La philosophie triomphe dans l'armée.

Un après-dîner au XVIIIe (Couder Louis Charles Auguste)

Les clivages sociaux se marquent dans les loisirs et fréquentations des militaires. Jean-Léonard, lui, est plus introduit dans les salons que dans les milieux littéraires et artistiques.. Beaucoup d'officiers ont leur place réservée dans les théâtres.

Nous avons vu que la Franc-Maçonnerie se répand parmi les officiers. Il ne fait pas de doute, que l'entourage du duc d'Orléans ( dit Philippe Égalité après 1792 ) n'ait exercé son influence sur bien des officiers parisiens.

Mais, nous aurons l'occasion plus tard de décrire cette période pré-révolutionnaire ...

Pour Jean-Léonard et Jeanne, en 1770, à Paris, nous sommes loin de cette actualité politique. Comme nous allons le voir, l'ambiance ( des salons) est beaucoup plus frivole ...

Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet, Une vue de Paris depuis le Pont Neuf

Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet, Une vue de Paris depuis le Pont Neuf

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Comment J.L. De La Bermondie retrouve les Templiers, au XVIIIe siècle... -3/.-

16 Mars 2018 , Rédigé par Perceval Publié dans #Franc-Maçonnerie, #Contes Mythes Légendes, #Templier, #XVIIIe siècle, #de La Bermondie

Revenons en arrière, pour comprendre que dans l'idée de J.L. de La Bremontie, ce lien de la maçonnerie avec les templiers peut se justifier.

D'abord, il nous faut remonter jusqu'à Roger de Laron, ( bien connu sur ce site …), ancien templier et qui a laissé à ses descendants localisés à Saint-Julien le Petit ( château de Laron) un ''trésor'' contenant divers documents, dont les armoiries du seigneur de Laron, qui sont '' Une escarbouche à six raies pommetées ''. Un lettré du même bourg, le sieur Chaumény, expliqua à Jean-Léonard, la signification particulière de ce blason...

Jean-Léonard ( élève des jésuites …) sait déjà que le ''meuble héraldique'' qu'est l'escarboucle, vient du latin 'carbunculus' qui signifie ' petit charbon ', sous-entendu charbon ardent, rougeoyant.

Selon les légendes médiévales, l’escarboucle est la pierre que portent au milieu du front les dragons , les vouivres, et les Licornes ( sous leur corne).. Elle est aussi l'émeraude tombée du front de Lucifer. De cette Émeraude, on fit le vase du Graal ( voir Parzival de Wolfram von Eschenbach). La licorne ( avec sa pierre) attirée par les vierges, ou la vierge portant le Graal : c'est le même schéma … Avec l'escarboucle de couleur vermeille, rouge sang, déposée au fond du Graal, on a le but de la Quête …

En alchimie, l'escarboucle évoque la ''rubification'' alchimique, équivalent de la Pierre philosophale puisque doté de propriétés régénératrices.

Enfin, l'escarboucle est un symbole templier ; et il est intéressant de l'observer sur l'écu des Gémeaux ( à voir avec les 2 templiers sur un cheval …) sur la façade occidentale de la cathédrale de Chartres...

 

Le chevalier de Ramsay (1686-1743), né en Ecosse, se convertit au catholicisme en 1709, auprès de Fènelon et de Madame Guyon.. Ecrivain, philosophe, il est initié franc-maçon à la Horn Lodge le 16 mars 1730.

Le 26 décembre 1736 à la loge de Saint-Jean, Ramsay, comme « grand orateur de l'ordre », prononce un discours qui devient l’un des textes fondateurs de la franc-maçonnerie française.

Il y fait la maçonnerie héritière des ordres chevaleresques de l'époque des croisades.

Au coeur du siècle des Lumières, une fois arrimée à la franc-maçonnerie, l’idée templière va se déployer dans l’univers des loges. La plupart des Rites maçonniques font de l’ordre du Temple la clef de voûte de leur système symbolique.

Par ailleurs, beaucoup de frères des Loges maçonniques affirment que quelques chevaliers avaient échappé à la persécution et s’étaient réfugiés dans la lointaine Écosse..

Karl Gotthelf von Hund, un noble saxon, fondateur du mouvement de la « stricte observance » raconte qu'après l’exécution de Jacques de Molay, Pierre d’Aumont, commandeur d’Auvergne, et sept autres chevaliers déguisés en maçons auraient récupéré les cendres du grand maître en jurant de venger l’ordre. Aumont se serait ensuite réfugié sur l’île écossaise de Mull, avant d’être désigné comme grand maître le 24 juin 1315, de la loge Heredom qu'il aurait fondé..


Les Templiers auraient survécu jusqu’au XVIIIe siècle sous le voile de la franc-maçonnerie. Le mythe de la survivance secrète des Templiers est né. C’est ainsi que quelques siècles après sa disparition, l’ordre des Chevaliers du Temple va connaître un destin aussi légendaire que fabuleux, et le mythe de la survivance secrète des Templiers, d’origine exclusivement maçonnique, a connu en trois siècles une diffusion dépassant largement l’univers des Loges.

Ainsi, dès 1737, on peut lire dans un gazetin : « Il s’est établi à Paris un nouvel Ordre qui vient d’Angleterre et qu’on nomme […] Francs-Maçons. C’est un serment de fidélité que se font ceux de cet Ordre […] et qui est à peu près comme l’Ordre des Templiers ». En 1746, L’Examen de la Société des francs-maçons… explique que « Les francs-maçons ont, comme les Templiers, des points tellement essentiels et secrets parmi eux qu’ils aimeraient mieux perdre la vie que de les découvrir ».

Réception maçonnico-templière en 1775


 

En France, le Rite Ecossais Rectifié, est une version de la la Stricte Observance Templière, née en Allemagne..

Lors du Convent de Wilhelmsbad (16 juillet – 29 août 1782), la légende d'un ''conseil suprême de Supérieurs Inconnus'' des Rose-Croix, n'est pas retenue; mais, il se forme à la place d'un ordre du Temple reconstitué : le Régime Écossais Rectifié dont les prieurés sont calqués sur l’organisation médiévale, et son degré terminal Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (CBCS) est un grade plus chevaleresque que maçonnique.

Le « Discours inaugural » des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte commence ainsi : « Trois de nos ancêtres, possédant le grand secret, trouvèrent le moyen d’échapper aux recherches générales et particulières que l’on fit contre eux. Ils errèrent dans les bois et les montagnes, de royaume en royaume ; enfin ils se retirèrent dans des cavernes proches de Herdown en Écosse où ils vécurent, servis et secourus par les chevaliers de Saint-André du Chardon, les anciens amis et alliés des Templiers. Ces trois Templiers firent une nouvelle alliance avec les chevaliers de Saint-André… ».

 

Une reliure maçonnique du marquis de Paulmy de 1777

 

.Tout ceci est dans l'air du temps ; un air que respire J.L. De la Brémontie, dans sa bibliothèque – celle de l'honnête homme – avec des ouvrages comme l’Amadis de Gaule, l’Histoire du Chevalier du Soleil, l’Histoire de Bertrand du Guesquelin, mais aussi l’Histoire de Malte de l’abbé Vertot… Chacun se consacrant en grande partie aux Templiers … Nous en reparlerons ...

A suivre ...

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Comment J.L. De La Bermondie retrouve les Templiers, au XVIIIe siècle... -2/.-

13 Mars 2018 , Rédigé par Perceval Publié dans #Franc-Maçonnerie, #Histoire, #XVIIIe siècle, #de La Bermondie

Diplôme de Rose-Croix de Willermoz ( Bnf)

En 1766, Lusignan entraine J. L. De la Brémontie à une rencontre qui deviendra fondatrice pour J.L. et une partie de la Maçonnerie. Le grand maître de la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon, Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) rencontre, à Versailles même, Martinez de Pasqually (1727-1774) hébergé par les Frères Augustiniens au Quai de la Seine. .

Ce dernier vient fonder un temple Coën (ou Cohen) avec Bacon de la Chevalerie; Fauger d'Ignéacourt; le marquis de Lusignan; Henri de Loos (1725-1785), alchimiste; Grainville, etc.

Avec eux, Martinez de Pasqually fonde, le 21 mars 1767 (Equinoxe Vernale), le «Souverain Tribunal des Élus Cohen», avec Bacon de la Chevalerie pour Deputé-Maître.

 

Auparavant, en 1763, Willermoz a fondé en compagnie de son frère Pierre-Jacques, un atelier nommé « Souverain Chapitre des chevaliers de l'Aigle noir Rose-Croix » qui s'intéresse à la recherche alchimique; puis il fait ajouter dans sa Grande Loge un huitième ''haut grade '' dénommé « grand maître écossais, chevalier de l'épée et de Rose-Croix ».

Les Temples Cohen, sont reconnus par la Grande Loge de France... Leur nombre est d'une grosse douzaine pour la France. La liste des membres de l'Ordre se caractérise par la présence de femmes dont à Paris, Madame de Lusignan, mariée au Marquis de Lusignan.

 

Louis Alexandre de Monspey (1733-1822) commandeur de l'ordre de Malte et maçon de la même loge la Bienfaisance, transmet à Jean-Baptiste Willermoz, fondateur de cette loge, une série de cahiers, avec des textes écrits par un '' Agent Inconnu" dans un état médiumnique particulier... Saint-Martin consacra beaucoup de temps a réécrire les cahiers en interprétant certains termes propres à ''l'Agent Inconnu'' … Celui-ci, était la Chanoinesse de Remiremont, Marie Louise de Monspey (1733-1814), sœur de Louis Alexandre, appelée aussi Madame de Vallière.


 

Jean-Léonard de la Brémontie a le privilège, également de rencontrer pour la première fois Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), qui par l’entremise d’un de ses amis du cercle des officiers, le capitaine de Grainville, est admis dès 1765 dans l'Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers,

 

Louis-Claude de Saint-Martin est appelé le ''philosophe inconnu ''. Cet homme, qui se passionne pour la mystique, est également très apprécié par de nobles dames comme les marquises de Lusignan, de Coislin, de Chahanais, de Clermont-Tonnerre, la maréchale de Noailles, la duchesse de Bourbon et beaucoup d’autres, soit françaises ou étrangères, qu’il serait trop long de passer en revue. Parmi ces néophytes, les unes se contentent de l’écouter en silence, les autres lui écrivent, d’autres, comme la maréchale de Noailles, viennent le consulter jusqu’au milieu de ses repas, sur les endroits difficiles de ses ouvrages ; enfin la duchesse de Bourbon, afin de jouir de ses entretiens aussi souvent que possible, le loge dans son palais et le mène avec elle à la campagne.


 

En 1772 Cazotte publie ''Le Diable amoureux'', qui peut être lu comme une charmante satire des prétentions des Lumières...

Cet ouvrage fait de lui un auteur à la mode. Dans ce texte qui n'est pas si léger ,Cazotte pose le problème du Mal dans la société contemporaine. Or c'est au triomphe des forces du Bien que voudrait tendre Claude de Saint Marin. La préoccupation de Cazotte ne pouvait que rencontrer celle du philosophe.

C’est à cette même date que Cazotte fait la connaissance de la marquise de Croaslin qui, après une jeunesse aventureuse, est devenue disciple de Saint Martin ; une femme exaltée avec laquelle il aura jusqu’à sa mort, une liaison mystique.

C'est vers 1775, que Cazotte, ses deux fils et sa fille deviennent membres de l'ordre martiniste...

 

Cazotte fréquente, lors de ses séjours à Paris, le salon de son amie, Fanny de Beauharnais (1737-1813)...

J.L. de La Bermontie y rencontre Cazotte ; attirés tous deux par les récits fantastiques médiévaux. D'ailleurs, Cazotte va s'inspirer de la légende locale limousine concernant son ancêtre parti en croisade et qui par la félonie de son sénéchal croit avoir perdu sa femme et son enfant, heureusement sauvés et réfugiés dans une grotte non loin du château de Laron …. cette histoire est reprise dans les '' Les prouesses inimitables d’Ollivier, marquis d'Édesse''...


On se rend bien compte que la Franc-Maçonnerie française est alors en pleine effervescence … au point qu'en 1766, le roi à donne ordre à la Grande Loge d’ajourner ses travaux sine die, les dissidences sont de plus en plus nombreuses, des hauts grades apparaissent sans cesse un peu partout.... La création du Grand Orient de France, en 1772-1773, met un terme à la crise … Le Grand Orient, alors, après contrôle des patentes, reconnaît 500 loges, ce qui par péréquation donne 30 000 maçons environ.

J.L. De la Brémontie partage ce point de vue avec Hugues-Thibault de Lusignan. Ils sont à la recherche d'une continuité avec l'Ordre du Temple. Ils sont soutenus par Willermoz, lui, en recherche d’une structure maçonnique pouvant ramener une certaine stabilité au sein de la maçonnerie française et c'est sa rencontre avec le baron de Hund, qui leur permettront de faire le lien …

En 1773, à la requête de Willermoz, l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem prend pied en France par l’intermédiaire du baron de Weiler, envoyé de Charles de Hund (fondateur de l’Ordre) , qui installe d’abord le Grand Chapitre Provincial de Bourgogne à Strasbourg, puis en 1774 celui d’Auvergne à Lyon et finalement celui d’Occitanie à Bordeaux.

A suivre...

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Comment J.L. De La Bermondie retrouve les Templiers, au XVIIIe siècle... -1/.-

10 Mars 2018 , Rédigé par Perceval Publié dans #Franc-Maçonnerie, #Histoire, #XVIIIe siècle, #de La Bermondie

Je reviens à la biographie de Jean Léonard de La Bermondie, selon nos connaissances et la tradition:

En 1754, Jean-Léonard (à 15 ans ) entre aux pages du Roi de la Petite écurie, à Versailles. Il passe du service du roi, à celui de gentilhomme ordinaire du duc d'Orléans...

C'est à cette période que Louis de Bourbon, comte de Clermont, grand maître, donne de nouveaux statuts à la Grande Loge de France (ex.-grande loge anglaise de France).

Au sortir des pages, pour ses services, le roi lui offre la cornette dans les mousquetaires du roi.

Il y rencontre le marquis de Lusignan, plus jeune que lui, et qui le parraine sur le chemin de la Franc-maçonnerie... Hugues Thiebaut Henry Jacques, marquis de Lusignan est mousquetaire de la garde ordinaire du Roy en sa seconde compagnie en 1763, sous-lieutenant au Régiment de Flandre-Infanterie le 1er mars 1763, puis aux Carabiniers en 1767, capitaine au Régiment de Conti-Cavalerie en 1770, rang de  mestre de camp en 1774 en quittant sa compagnie, mestre de camp en second au Régiment d’Orléans-Infanterie en 1776, chevalier dans l’Ordre Royal et Militaire de Saint Louis en 1782, mestre de camp commandant le régiment de Flandre-Infanterie du 1er janvier 1784 au 19 mai 1790 ...

J. L. De la Brémontie entre comme officier aux gardes françaises pour participer aux dernières campagnes de la guerre de sept ans (1756-1763). Le recrutement des officiers se fait plutôt dans des corps privilégiés, notamment les mousquetaires. Une partie des compagnies est stationnée à Paris pour assurer l'ordre public dans la capitale. Il reçoit le batême du feu lors de la bataille de Corbach (1760).

* Témoignage de Louis Gabriel de Planelli de Maubec ( 1744 à Lyon- 1832 ) Enseigne des gardes françaises en 1766, puis capitaine en 1778 et maître de camp en 1786. Il est député suppléant de la noblesse pour le bailliage de Rouen aux États généraux de 1789, admis à siéger le 21 avril 1790. Il siège à droite et soutient l'Ancien régime. Il est fait maréchal de camp en 1816.

Témoignage (1762) :

« Je ne fus pas longtemps sans être instruit du service que le régiment fait auprès du roi. Il est chargé de la garde extérieure de sa personne et toutes les avenues, grilles et portes sont gardées par des sentinelles françaises et suisses à qui l’on donne une consigne particulière, conformément à la tranquillité du château et à la sûreté du roi dans le commandement prend l’ordre tous les jours.
Quant à la troupe, elle n’a de service que quand le roi sort. Alors elle est obligée de se trouver dans la cour royale, rangée en bataille sur trois rangs ouverts, la gauche appuyée à la cour de marbre et la droite à la grille d’entrée. Elle est sous les armes quand le roi passe devant elle, les officiers à la tête, et on attend sans s’écarter son retour pour se remettre sous les armes, après quoi on rentre au corps de garde, sans avoir d’autre service à faire. Les gardes à Versailles ne durent que quatre jours pleins. On part de Paris à 6 heures du matin, ou plutôt de Vaugirard où les compagnies se rassemblent. On fait une petite halte à Meudon, pendant laquelle on déjeune, et on arrive communément à Versailles sur les 9 heures. On s’habille, et au coup sonnant de 11 heures, la garde montante et la garde descendante entrent dans la cour et se relèvent. La nouvelle reste trois jours entiers, non compris la moitié du premier, et est relevée le 5° ; elle retourne ensuite à Paris, en s’arrêtant encore à Meudon où on dîne, et on ne peut arriver que sur les 5 heures chez soi, les officiers étant obligés de reconduire leurs troupes au quartier. L’intervalle de ma première garde et la seconde fut de 28 jours, comme c’est d’ordinaire pendant lesquels nous restâmes fort tranquilles sans nous exercer, et sans avoir rien à faire. » ( BNF, Richelieu, manuscrits français 14 185, Planelli de Maubec, Campagnes d’Allemagne et de Flandres (1760 à 1762), p. 162.)


Il est initié dans la célèbre loge ''l'Etoile polaire'' de Paris, fondée par l'abbé Pingré; où se trouve déjà de nombreux militaires.

Lors de la bataille de Corbach, J. L. De la Brémontie est aux côtés du duc Victor-François de Broglie ( 1718 – 1804) , lui-même de la Loge '' La Candeur'', atelier où l'on peut cotoyer Choiseul, Custine, ou Lameth. Le Maréchal de Broglie emporte la victoire, mais n'ayant pu s'accorder avec le maréchal de Soubise, qui était venu se joindre à lui,  Il est disgracié à la suite de la défaite de Vellinghausen le 13 juillet 1761; et même exilé en 1762

Le jour où cette nouvelle fut reçue à Paris, on donna au Théâtre-Français Tancrède ; mademoiselle Clairon appuya avec affectation sur ces vers :

" On dépouille Tancrède, on l'exile, on l'outrage ;

C'est le sort des héros d'être persécutés."

Le public en fit aussitôt l'application au maréchal de Broglie, et l'actrice, aux acclamations des spectateurs, fut obligée de les répéter. (Voir Biographie universelle, de Michaud.)

Les militaires francs-maçons, tenaient leur Loges en tout lieu de fortune: arrière taverne, ou tente dans un campement. Avant l'épreuve du feu , la loge devenait alors un lieu intense de recueillement... Elle était fréquentée plutôt par les bas officiers et les officiers ( nobles ou non). On traçait à la craie ou au charbon le tableau de loge qui portait en lui tout les symboles, on l’entourait de trois flambeaux, on dressait un autel sommaire sur lequel étaient déployés la Bible, le compas et l’équerre....

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Jean Léonard de LA BERMONDIE et Roger LARON

8 Février 2018 , Rédigé par Perceval Publié dans #Contes Mythes Légendes, #Moyen-âge, #Roger de Laron, #XVIIIe siècle, #de La Bermondie

Je reviens en arrière et retrouve Jean Léonard de LA BERMONDIE, en son ''château'' à St Julien le Petit de Laron...

Enfant, il connaît par cœur, les coins et recoins jusqu'au souterrain sous la butte, où se trouve les ruines de l'ancien château de Laron ; que la plupart, ici, appelle le Château de Rochain ( ou rochein)...

Depuis l'abandon ''officiel'' du site par son grand-père ; l'ancienne demeure médiévale a servi de carrière de pierres, pour construire le manoir actuel, mais aussi pour la construction de nombreuses maisons autour …

La mémoire des seigneurs de Laron, est depuis longtemps remisée dans l'obscurité d'un passé ''gothique'', donc barbare... De plus certaines histoires, racontées entre adultes à la veillée, ne sont pas très catholiques … Le passé alchimique, templier ( donc hérétique …) de Roger de Laron semble peu édifiant ...

La famille garde dans les greniers des coffres dans lesquels s'amoncellent des antiquités recueillies avant l'abandon du vieux château...

Jean-Léonard connaît mieux que quiconque ici ( depuis que son grand-père n'est plus), une partie des secrets et des légendes qui entourent le fameux ''Roger de Laron '', et sa femme Margot ; personnages qui hantent les bois et les alentours …

 

 ***         J'ai moi-même rapporté quelques unes de ces histoires, ici :( Exemples ...)

 

 

C'est un livre de la Bibliothèque Bleue, qui a fait comprendre à Jean-Léonard que ces légendes n'étaient pas que le fruit d'imaginations désordonnées. Il s'agit de '' la Vie de Sainte-Geneviève de Brabant'' ...

Bien sûr, ce type de livre tombe en disgrâce, et emporte aux oubliettes les romans de chevalerie et les contes de fées : Un auteur de la ''Bibliothèque universelle des romans '', en 1787, écrit :

« Honneur soit à la mémoire du brave Oudot, de l’honnête Garnier, dont les presses infatigables ont sauvé de l’oubli les prouesses de nos chevaliers, les amours naïves de nos pères, et toutes ces chroniques intéressantes qu’un injuste dégoût a reléguées sur les rebords de nos quais. […] Cette Bibliothèque bleue si dédaignée de nos orgueilleux critiques, amusa mes tendres années ; oui, j’aime à retrouver encore les doux souvenirs de cet âge, et les premières émotions de l’enfance. »

 

Effectivement Jean-Léonard de la Bermondie, élève au Collège jésuite de Limoges, puis résident à Versailles, aurait pu renvoyer cette histoire à leurs auteurs anciens ; si … Si les personnages n'avaient pas pris corps, ici : sur l'une des deux collines de l'autre côté de la Maulde, qui fait face au bourg. L'autre colline étant la butte du vieux château. Oui, ici, existent les traces ( encore aujourd'hui) de la fontaine Sainte-Geneviève, et les traces du déroulement de cette histoire :

Pour lire le contenu de cette histoire, c'est ici : SUR LA ROUTE DE ROGER DE LARON, CHEVALIER LIMOUSIN. - 2/3-

 

 

Ainsi, Jean-Léonard bien avant de la lire, connaissait et expérimentait cette histoire. Régulièrement des pèlerins venaient faire leurs dévotions ici ; envoyée par une personne initiée ayant le don de désigner '' la'' bonne fontaine correspondant au mal qui vous touche …

Ainsi, Jean Léonard de la Bermondie, est sensibilisé très jeune à la '' présence '' du mythe. C'est l'expérience des histoires de Roger de Laron ; qui vont le pousser à retrouver la trace des Templiers, à découvrir la résurgence d'une nouvelle chevalerie sur les chemins de la '' Rose-Croix'' ; la survivance de l'alchimie ; et la réalité d'une nouvelle société rêvée en Franc-maçonnerie

 

A la société du XVIIIème siècle, correspondent les aspirations de la renaissance médiévale des XII et XIIIèmes siècles...

Ces deux périodes vivent une profonde mutation des aspirations et idéaux des hommes et femmes : la chevalerie, l'amour courtois ( ou un certain libertinage …) , la croissance économique, technique et scientifique. Les débats politiques et religieux laissent espérer de nouvelles perspectives. Ces deux périodes sont sur le plan artistique et intellectuel les plus novatrices ; et auront été de merveilleux laboratoires d'idées...

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