Le trésor d'une Lignée
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Je suis fasciné par ce que nous désignons, entre nous, comme le « Trésor » de la Lignée. L'essence de cet héritage est bien plus que matérielle ; il s'agit avant tout d'un patrimoine spirituel et intellectuel. Au cœur de cette tradition se trouvent la légende arthurienne et le récit fondamental de la « Quête du Graal », qui est aussi la recherche de ma propre identité et de la réponse à la question « qui suis-je ».
Ce ''trésor'' est une analogie : ce trésor familial sert de médiateur pour accéder à la connaissance du Réel et de l'Histoire humaine. Il est l'image de ce que l'individu choisit de percevoir et de garder de cet héritage universel pour comprendre son identité propre.
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Cette quête, commencée en des temps immémoriaux, s'est poursuivie à travers plusieurs générations. L'origine du trésor remonte au XIVe siècle, avec Roger de Laron, un ancien chevalier du Temple. Parmi les objets légués (portés par Roger de Laron lui-même), et transmis via le grand-père maternel de Charles-Louis, figurent une bague templière datant des croisades et une croix métallique à branches égales, comparable à celle représentée par le prophète Jérémie sur le portail nord de la Cathédrale de Chartres.
Roger de Laron avait entendu parler de la science du « Grand Oeuvre » (l'alchimie) à Chypre, et les mystérieux graphiques et propos consignés dans les documents ont stimulé l'intérêt de Jean-Léonard de la Bermondie au XVIIIe siècle, le menant vers la Franc-Maçonnerie et les Rose-Croix.
Les documents et les mémoires acquis au fil du temps ont été stockés dans des cantines, formant un ensemble de traces et de souvenirs familiaux conservés, étudiés et complétés par les aïeux qui avaient compris leur « mission personnelle ». Une cantine était dédiée aux documents laissés par Anne-Laure de Sallembier (qui reçut le trésor de Charles-Louis et qui a poursuivi la Quête au XXe siècle).
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Parmi ces archives se trouvent un dossier sur Marcel Proust (articles, journaux, notes) et un manuscrit allemand dactylographié d'Edith Stein sur l'âme. Ce dernier avait été remis à Lancelot afin de le protéger de la censure allemande, Edith Stein souhaitant le léguer en sécurité au cas où elle subirait un malheur. Enfin, Anne-Laure, qui feuilletait souvent les cartes du Tarot, y avait inclus son propre jeu. L'ensemble de ces documents et traces familiales permet à chaque membre de la lignée de comprendre sa mission personnelle et d'assurer la continuité de la Quête.
Avec la complicité d'Elaine, qui a poursuivi ses études d'Histoire et qui participe à l'archivage et au classement des documents, j'ai retrouvé une lettre de Jean-Léonard de la Bermondie. Cette missive nous éclaire sur l'origine de Charles-Louis de Chateauneuf : né à Limoges en 1816, il était, comme nous le savions déjà, un enfant adultérin. Charles-Louis, enfant de Marie-Catherine-Louise de la Bermondie, était rattaché aux seigneurs du Limousin, bien que considéré comme hors lignée officielle. Le fait d'habiter moi-même Limoges, leur ville, a ravivé mon désir de rechercher l'identité de l'amant de Marie-Catherine et, par conséquent, le père biologique de Charles-Louis de Chateauneuf.
Avant de vous donner le contenu de cette lettre que Jean-Léonard de la Bermondie, adresse à son gendre M. Joseph de Châteauneuf. Je vous présente les personnages : ( déjà longuement évoqués sur ce site...)
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Jean-Léonard de la Bermondie est né le 16 avril 1739, et mort en 1818.
Il fut actif en 1789 en participant à l'Assemblée des trois ordres de la sénéchaussée de Limoges, avant d'émigrer pendant la Révolution.
Des documents font mention de son « château » à St Julien le Petit de Laron, un manoir datant du XVIIe siècle construit avec les matériaux de l'ancien château de Laron. Son épouse, Jeanne de Villoutreys, y est décédée le 24 juin 1800. Il quite ensuite ce manoir pour vivre – en 1803 - avec sa fille Marie-Catherine et son époux M. Joseph de Châteauneuf .
M. Joseph de Châteauneuf, l'époux bien plus âgé de Marie-Catherine-Louise, préfère vivre sur ses terres en Creuse. Il est mort vers 1820 en son château de La Villatte, situé dans la commune de Saint-Junien-la Brégère. L'écart d'âge était d'environ 21 ans. À cette époque, les mariages nobles étaient souvent arrangés dans l'intérêt des familles, non par choix sentimental.
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Leur fils, Charles-Louis de Chateauneuf, est né en 1816 à Limoges.
On sait que Jean-Léonard de la Bermondie a laissé à sa descendance, avant de « tourner cette page », les traces de son chemin de vie et de sa quête. Il confie à sa fille le ''trésor'' de la Lignée pour le transmettre à Charles-Louis. Il est mort deux ans après la naissance de son petit-fils.
Limoges, ce dix-huitième jour de mars de l’an de grâce mil huit cent seize.
Monsieur et cher Gendre,
J’ai reçu en temps utile la missive que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser la semaine dernière, et par laquelle vous me signifiez votre désir de voir Madame votre Épouse se rendre incessamment en votre domaine de la Villatte, en compagnie du jeune Charles-Louis. Je vous suis gré de la sollicitude que vous témoignez ainsi à l’endroit de ma fille et de l’intérêt que vous portez à ce jeune enfant.
Permettez-moi, toutefois, de vous réitérer mes précédentes observations. Pour l’heure, il m’apparaît de la plus grande prudence qu’elle demeure encore en notre ville. Sa santé, toujours un peu chancelante depuis ses couches, exige des précautions et des soins assidus que seule la proximité des Officiers de Santé de Limoges peut garantir avec une parfaite assurance. Je vous connais trop plein d’égards envers elle pour ne point agréer la nécessité de ces ménagements, qui ne sont que la conséquence naturelle des récents événements.
Quant à l’Enfant, il a été confié — ainsi qu’il est d’usage dans les familles qui joignent les lumières de la raison à l’affection la plus légitime — à la vigilance d’une nourrice établie dans un faubourg proche de la ville. Ma fille souhaite rester à portée de ses nouvelles, et je ne puis qu’approuver cet attachement précoce. Les premiers mois sont d’une délicatesse extrême ; il serait imprudent d’imposer à un être si nouveau-né les cahots d’un long voyage en voiture.
Je tiens, Monsieur, à vous exprimer toute ma gratitude pour la générosité d’âme et l’empressement avec lesquels vous avez consenti à pourvoir à l’avenir de cet Enfant et à lui accorder votre Nom. Cette noblesse de conduite vous honore singulièrement et vous place, aux yeux du monde, dans l’attitude la plus digne qu’un honnête homme puisse adopter.
Tout chef de famille — ou plutôt, tout homme placé dans la délicate position qui est la mienne — ne peut qu’apprécier la dignité avec laquelle vous avez accueilli cette singulière conjoncture, ainsi que la parfaite discrétion que vous avez jugé à propos d’observer à ce sujet. Vous avez choisi l’honneur et le repos du Foyer plutôt que le tumulte des vaines rumeurs et les curiosités malveillantes. Soyez assuré que ma reconnaissance pour votre procédé vous est entièrement acquise.
Pour ma part, je veille à ce que rien ne puisse troubler la tranquillité d’esprit de ma fille. Elle vous est attachée par la reconnaissance et conserve pour vous tous les égards dus à son Époux. Elle désire ardemment que rien, dans nos dispositions présentes, ne puisse jeter la moindre ombre sur la conduite exemplaire qui a été la vôtre.
Recevez, Monsieur et cher Gendre, l’assurance de ma considération la plus distinguée et l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués.
Jean-Léonard de la Bermondie
Chevalier, ancien Officier du Roi
A suivre..