Aujourd'hui avec Pascal
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J'ai découvert les Pensées de Pascal, en classe de première ( à 16, 17 ans). Soixante années plus tard, je tiens entre mes mains ce Livre de Poche – Classique, présenté par Jean Guitton et établi par Chevalier. J'y tenais beaucoup, c'était une sorte de livre de chevet.
Pascal m'enjoint de ne pas tricher. Ne pas considérer une croyance consolatrice pour de la Foi.
Je n'ai jamais aimé le ''Pari'' de Pascal, je trouvais qu'il ne correspondait pas à l'esprit de l'œuvre. Assez récemment, j'ai enfin compris ce qu'il en était réellement. Pascal ne s'adresse pas à un lecteur acquis à sa foi. Il polémique avec les ''libertins'' ( les athées) estimant qu'ils se contredisent, quand ils disent ne s'en tenir qu'à la raison ; Pascal ironise, et estime que ce ''pari'' est à leur mesure, et qu'ils devraient dans leur raisonnement en tenir compte.
Pascal à mon avis, rejette toute preuve qui voudrait concerner l'existence de Dieu. Quelle piètre argument que celle des probabilités ! Il y a un abîme entre Foi et croyance. D'ailleurs, Pascal s'ouvre, comprend, et souffre ( sans-doute) de ses incroyances. Il a lu Montaigne.
Sa rationalité, son espoir se trouve prioritairement dans Jésus-Christ, le véritable médiateur entre lui et Dieu.
Très jeune, je découvrais avec Pascal, Simone Weil et Bernanos. Je découvrais, pour toujours, cette spiritualité du désespoir, du tragique... à cent lieues d'une conception marchande de l'accumulation de mérites pour une récompense dans l'au-delà.
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Je me rends compte aujourd'hui, seulement aujourd'hui, que Pascal pouvait aussi m'alarmer contre ces idées ''rousseauistes'' ( à la mode en ces années 70-80) d'une "vision angélique" de la nature humaine (l'homme est innocent et bon). Je reprendrais bien aujourd'hui les propos de Jacques Julliard, à savoir, que la gauche ne devrait pas fonder '' une politique sur l'idée que l'homme est innocent, que l'homme est bon et que plus on lui accordera de liberté, plus il en résultera une sorte de valeur de bonheur ajouté dans la société. Et bien, tous les exemples du 20e siècle ont démontré le contraire ; et donc c'est toute l'anthropologie de la gauche qui pourrait être en cause à mon avis aujourd'hui.
« Cette anthropologie, continue Julliard, se résume par l'expression ''tout est politique'' qu'on retrouve d'ailleurs chez Rousseau. Ça veut dire que toute manipulation, toute transformation est permise. Il n'y a pas de limite à ce que la politique peut faire. Et ce qui est extraordinaire, c'est que les grands penseurs qui ont été eux-mêmes victimes du totalitarisme comme Soljenitsyne ou Kolakovski (1927-2009) par exemple, ont été amenés eux-mêmes à une sorte de réhabilitation du ''péché originel''. J'ai sous les yeux un texte de Kolakovski qui dit : "La foi en Jésus, le rédempteur témoigne de ce que nous autres êtres humains, nous n'avons pas la force de nous délivrer nous-mêmes du mal, que la souillure du péché originel pèse irrémédiablement sur nous et que nous ne pouvons nous laver de cette souillure sans recevoir une aide extérieure. Le christianisme serait donc la conscience de la faiblesse et de la caducité humaine. Il ne peut pas exister, dit Kolakovski, de christianisme prométhéen... »
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Il y a trois ordres, chez Pascal ( besoin d'ordonner, comme en mathématiques ( ordre de grandeur), et dans la société d'Ancien Régime...) : - l'ordre des corps, qui est l'existence corporelle, biologique, des sentiments…, - l'ordre de la raison, qui est celui de la connaissance, l'ordre des savants, des sages, des philosophes, et - l'ordre du cœur, qui est celui de la charité.
On pourrait réfléchir du rapport de la distinction de ces ''Trois Ordres'' avec la Démocratie. La politique relèverait de la gestion des ''corps'' ; et la confusion des ordres serait à l'œuvre (par exemple) quand le pouvoir de la chair accapare le pouvoir de l'esprit et du spirituel - engendre le totalitarisme. Il ne faut pas mettre la Foi, ni son amour, dans le pouvoir ; car l'Amour relève de l'âme, et non de la raison. Le respect des ordres rejoindrait notre laïcité.
Pascal pense la distinction, la séparation des ordres et la contradiction. Quand Pascal a une pensée, il cherche aussitôt la pensée contraire. Il effectue ainsi un choc entre deux idées sans espoir de les concilier jamais. Il n'y a jamais de conciliation définitive ; ainsi quand il dit : '' faute d'avoir pu faire que ce qui était juste devint fort, on a fait que ce qui était fort devint juste'' : c'est une définition du passage de la démocratie au totalitarisme.
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Les Pensées de Pascal sont, dès l'édition ( la première) de Port-Royal, en 1670, une suite de fragments, réorganisés, remaniés pour construire un discours apologétique clair. L'intérêt de l'apologétique est de vouloir concilier Raison et Foi. Celle-ci apporte un vent nouveau. Parmi ses objectifs :
- Donner des raisons de croire : Elle permet d’articuler des arguments rationnels pour défendre la foi chrétienne, notamment face aux doutes ou aux objections athées, agnostiques ou d'autres croyances.
- Nourrir la foi : Elle aide les croyants à mieux comprendre et approfondir leur foi en la confrontant à la raison, à la philosophie et à l’histoire.
- Éclairer le dialogue : L’apologétique favorise la discussion interreligieuse ou entre croyants et non-croyants, dans un esprit de respect et de recherche de vérité.
- Proposer la foi comme réponse crédible : Elle ne cherche pas à “convertir” à tout prix, mais à montrer que la foi chrétienne peut être cohérente, intelligente, et capable de s’inscrire dans une vision rationnelle du monde.
Plutôt que de chercher à prouver Dieu par une démonstration logique classique, Pascal propose de partir de l’expérience humaine — la misère, le doute, le désir d’éternité — pour montrer que le christianisme donne une réponse qui parle au cœur comme à la raison.
Il ne cherche pas à convaincre par une démonstration mathématique, malgré son intérêt pour cette science, mais par une méditation existentielle. Ses textes touchent autant les sceptiques que les croyants, car ils parlent de solitude, de quête, de sens… des questions humaines fondamentales.
C’est une apologétique du sensible, de l’intime. C'est un plaidoyer pour une quête de vérité globale, qui ouvre à la dimension spirituelle sans renier la raison. Cependant, l'humain est capable de raisonner et de se connaître, mais il est incapable de se sauver par lui-même. « L’homme passe infiniment l’homme. »