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Les légendes du Graal

Léonard de la Breuille, et Port-Royal

9 Avril 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Pascal, #XVIIe siècle, #de La Breuille

Je reviens à Léonard de la Breuille, qui, en 1649, après trois années intensives au Collège de Clermont, se trouve à un carrefour. Les enseignements jésuites ont profondément marqué son esprit, lui offrant une érudition solide et une discipline intellectuelle rigoureuse. L'idée d'embrasser la vie ecclésiastique, et plus particulièrement de rejoindre la Compagnie de Jésus, a sans doute été sérieusement envisagée. L'engagement de ses condisciples, la promesse d'une vie dédiée à la science et à la foi, et l'influence de ses professeurs, le poussent vers cette voie.

Cependant, à mesure que la fin de ses études approche, une certaine hésitation s'installe dans l'esprit de Léonard. Bien qu'attiré par la grandeur intellectuelle et spirituelle des Jésuites, la rencontre avec Pascal, a été décisive.

Port-Royal, ce monastère et centre intellectuel l'attire, non pas du fait de son austérité janséniste, mais par leur quête sincère d'une foi authentique, loin de ce qu'il perçoit comme les compromis jésuites. Il admire la clarté de leur raisonnement et l'intégrité de leur vie.

Port Royal

Port-Royal, lui paraît un milieu favorable à la recherche de la vérité ( aussi bien scientifique que religieux) où l'exigence intellectuelle et la ferveur spirituelle se nourrissent mutuellement. Sans la caricature des excès rapportés ensuite...

Léonard, rencontre Antoine Le Maistre, avocat distingué, neveu de la Mère Angélique Arnauld et l'un des premiers "Solitaires" de Port-Royal, connu pour sa culture et sa piété. Bien qu'il se soit retiré du monde, il maintenait des correspondances et des liens avec de nombreux intellectuels.

Séduit par cet environnement intellectuel et spirituel, Léonard propose ses services. Sa formation au Collège de Clermont, sa maîtrise du latin et du grec, son éloquence, et sa capacité de travail sont des atouts précieux. Il est engagé comme secrétaire par ce notable lié à Port-Royal.

Son rôle serait multiple : - Il recopierait des lettres, des traités, des manuscrits, assurant la diffusion des idées de Port-Royal, souvent sous le manteau en raison des controverses. - Il ferait des recherches dans des bibliothèques, compilerait des textes, et préparerait des dossiers pour son employeur, contribuant ainsi à l'élaboration d'ouvrages ou d'argumentaires théologiques. - Il rédigerait des courriers pour son maître, en contact avec d'autres figures de Port-Royal (comme les Arnauld, les Nicole, les Pascal eux-mêmes) ou des sympathisants à travers le royaume. Il serait aux premières loges des débats théologiques, des intrigues politiques et des pressions exercées sur Port-Royal par le pouvoir royal et les Jésuites.

Ce nouveau rôle offre à Léonard une voie stimulante : celle d'un intellectuel au service d'une cause qu'il estime juste, tout en conservant une certaine autonomie. Il ne sera pas enfermé dans un ordre, mais immergé au cœur d'une des plus grandes aventures intellectuelles et spirituelles du XVIIe siècle français, prêt à observer et à consigner les événements qui secouent le royaume.

 

Au début de 1655, Pascal se retira quelques temps à Port-Royal. Il prit comme directeur spirituel Louis-Isaac Le Maistre de Sacy, poète et confesseur des religieuses. En 1655, il eut un entretien avec M. de Sacy, au cours duquel il réfléchit sur les rapports de la philosophie et de la foi.

À partir de 1656, suite à la grande offensive contre les jansénistes à la Sorbonne, Pascal s'engage publiquement dans une polémique avec les jésuites sur la question de la grâce, donnant naissance aux Lettres provinciales. Ces dix-huit lettres transforment rapidement le débat en une critique virulente de la casuistique jésuite, perçue comme laxiste et coupable d'indulgence envers l'amour-propre, au détriment de l'amour de Dieu. ( Des jésuites expliqueraient par exemple qu’en certains cas, on aurait le droit de tuer, de voler, ou qu’on ne serait pas obligé d’aimer Dieu pour être sauvé...). Pascal défend une position augustinienne sur la grâce, qu'il veut éloignée des erreurs symétriques du calvinisme et du molinisme, cherchant à sauvegarder à la fois la toute-puissance de Dieu et la liberté de l'homme.

Léonard partage l'idée que les « preuves de Dieu métaphysiques » sont inefficaces psychologiquement et ne conduisent pas au salut, qui ne s'obtient que par Jésus-Christ. Il rejoint Pascal dans sa fameuse critique de Descartes : « Je ne puis pardonner à Descartes ; il aurait bien voulu dans toute sa philosophie pouvoir se passer de Dieu, mais il n'a pu s'empêcher de lui faire donner une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement ; après cela, il n'a plus que faire de Dieu ». Pascal reproche à Descartes de proposer un Dieu lointain, un « Dieu des philosophes et des savants », un Dieu uniquement conceptuel qui ne répond pas à l'angoisse existentielle de l'homme.

Cependant, Pascal reconnaît que la philosophie peut permettre de découvrir des ''raisons de croire '' ( des ''voies'', plutôt que des preuves), comme l'existence de Dieu et l'immatérialité de l'âme, les considérant comme des "préparations à recevoir la révélation chrétienne". Il voyait même en Descartes un allié objectif dans l'affirmation de l'immatérialité de l'âme.

Léonard partage la pensée de Pascal, marquée par le péché originel augustinien, qui explique la misère de l'homme, tout en reconnaissant sa grandeur, vestiges de sa nature originelle. Cette dualité de misère et de grandeur fait de l'homme un « monstre et un chaos ». Pascal est aussi le théoricien de la distinction des ordres (corps, esprits, charité), soulignant que l'on ne peut dériver la charité de l'intelligence ou des corps.

C'est également en 1656, le 24 mars, qu'un événement à Port-Royal de Paris, la guérison miraculeuse de sa nièce Marguerite Périer par la sainte Épine, déclenche chez Pascal une réflexion sur les miracles comme preuve de la religion chrétienne, un argument qu'il développe dans les premières liasses de ses futures Pensées.

L’année 1659 sera celle d’une troisième conversion de Pascal ( selon Maurice Blondel), qui renonce à toute activité scientifique, comme il l’écrit à Fermat le 10 août 1660 : « … Car pour vous parler franchement de la géométrie, je la trouve le plus haut exercice de l’esprit ; mais en même temps je la connais pour si inutile, que je fais peu de différence entre un homme qui n’est que géomètre et un habile artisan. Aussi je l’appelle le plus beau métier du monde ; mais enfin ce n’est qu’un métier ; et j’ai dit souvent qu’elle est bonne pour faire l’essai, mais non l’emploi de notre force : de sorte que je ne ferais pas deux pas pour la géométrie, et je m’assure fort que vous êtes de mon humeur."

Cette période finale de sa vie est caractérisée par une préoccupation intense pour les démunis et les malades. On le voit notamment s'engager dans le projet des "carrosses à 5 sols", mais aussi vivre de manière plus ascétique, se dépouiller de ses biens, et accueillir des malades chez lui.

Je reprendrais bien une part de l'héritage janséniste - pour ce qui est de notre lignée - à travers Pascal et Léonard. Ils proposent un modèle d'humanité qui intègre la fragilité, la profondeur intérieure et l'aspiration à l'infini, transcendant la seule rationalité cartésienne. Je retrouve d’ailleurs, cette influence chez des penseurs du tragique comme Kierkegaard ou Camus, et chez des figures chrétiennes modernes comme Bernanos, Mounier et Simone Weil.

Les jansénistes sont devenus malgré eux un symbole de résistance à l'autorité arbitraire. La destruction de Port-Royal a marqué les esprits comme un acte de violence du pouvoir contre la conscience. La persécution des jansénistes et leur insistance sur la conscience individuelle face aux injonctions du pouvoir ont, par contrecoup, contribué à préparer le terrain pour des idées de liberté de conscience qui émergeront pleinement au siècle des Lumières. Certains historiens y voient même une influence sur la Révolution française, notamment parmi le bas-clergé ou les parlementaires attachés aux libertés gallicanes.

Après la mort de Pascal, Léonard revient en Limousin et sera sans-doute le dernier résident du Château de Laron déjà quasiment abandonné, ou le premier d'une bâtisse construite avec les matériaux du château de Laron : Le château de Saint-Julien-le-Petit, qui au XVIIIe siècle se composait d’un corps de bâtiment et de deux pavillons, daterait du XVIIe siècle. Avant la Révolution, il était habité par Marc Antoine de La Bermondie, décédé le 29 avril 1710. ( cf le Tome 2)

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