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Les légendes du Graal

1647 - La rencontre Pascal-Descartes

30 Mars 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Descartes, #Pascal, #XVIIe siècle

Cette rencontre de Pascal ( 24 ans) avec Descartes (51 ans) , le 24 septembre 1647, a lieu à Paris au domicile de Claude Carcavi, ami d'Etienne Pascal et secrétaire du Roi, situé près du cloître Saint-Germain-l’Auxerrois. Carcavi recevait souvent les savants et tenait un salon scientifique informel, à la manière d’un petit « laboratoire de la pensée ».

Les discussions ont principalement porté sur la nature du vide et la pression atmosphérique. Pascal soutient l'existence d'un espace absolument vide, une idée basée sur ses expériences. Descartes, en revanche, nie le vide, affirmant qu'un lieu ne peut exister sans substance et que l'étendue implique nécessairement la matière, une vision plus conforme, selon lui et Mersenne, à l'ordre divin des choses.

Au-delà de cette question scientifique, l'échange met en lumière des divergences fondamentales sur la méthode et la philosophie.

Pascal excelle dans l'expérience ingénieuse, que Descartes nomme « prestidigitation expérimentale » et à laquelle il oppose la « rigueur déductive ».

Descartes, lui, poursuit la certitude par l'enchaînement irréfragable des idées claires et distinctes, cherchant à bâtir un édifice du savoir où rien n'est admis sans démonstration. Son approche vise à fonder la connaissance sur la raison autonome, y compris l'existence de Dieu par des preuves rationnelles.

Au cours de cet échange ( selon les sources du film de Rosselini) :
Descartes se présente comme "un homme qui marche seul et dans les ténèbres", résolu à avancer lentement et avec circonspection, n'acceptant rien pour vrai sans évidence. Il a quitté l'étude des lettres pour chercher la science en lui-même ou dans "le grand livre du monde". Sa méthode consiste à conduire ses pensées par ordre, en commençant par les objets les plus simples pour monter par degrés à la connaissance des plus complexes, utilisant comme modèle les "longues chaînes de raisons toutes simples et faciles dont les géomètres ont coutume de se servir". Il cherche une certitude rationnelle absolue et à corriger les erreurs des sens. Pour Descartes, la conscience est le point de départ indubitable de toute connaissance et la caractéristique essentielle de l'être humain, se manifestant à travers la pensée sous toutes ses formes. La conscience est le fondement du "Je pense, donc je suis" et le siège du sujet autonome, rationnel et capable de maîtriser le monde par la raison.

Pascal exprime que la méthode de Descartes l'avait "bouleversé", mais il a l'impression d'avoir pris "un chemin contraire". Il remet en question le fondement de la seule raison, qu'il estime "très peu assurée de la place qu'elle occupe dans le monde", située difficilement "entre l'infiniment petit et l'infiniment grand" et "déçue par l'inconstance des apparences, incertaine quant à ses limites". Pascal soutient que ce n'est pas la raison, mais le cœur qui révèle des vérités fondamentales ("Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point"), atteintes par "intuition brutale et rupture" plutôt que par continuité de raisonnement. Il insiste sur l'idée que l'univers est infini et le restera, tandis que les connaissances humaines "ne cesseront jamais d'être finies, illimitées". Il critique l'esprit géométrique comme incapable de saisir la diversité du monde et suggère de "partir des objets composés pour descendre jusqu'au plus simple". Pour Pascal, il doit y avoir "une infinité de méthodes que Dieu seul peut connaître" pour rendre compte de l'infini. La conscience humaine est indissociable de la condition humaine, à la fois grande et misérable, et témoin de la "misère de l'homme" face à l'infini.

Sur, la question de Dieu :

Pour Descartes, Dieu est un garant de la science et de la connaissance, dont l'existence peut être prouvée par la logique. Il est d'un intérêt théorique, servant de pont entre la connaissance de soi et la connaissance du monde. Descartes réduit la raison à la "raison scientifique", impersonnelle, et séparait la foi et la raison. Son Dieu est un "horloger" qui – selon Pascal - après avoir donné une "chiquenaude" pour mettre le monde en mouvement, Descartes n'a plus que faire de lui : une forme d'orgueil rationnel qui expulse la foi.

Pascal critique les preuves cartésiennes de l'existence de Dieu comme "ridicules" et "inutiles et incertaines". Il cherche le "Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob'', un "feu", un Dieu vivant, personnel, accessible par le cœur et la foi. Pour Pascal, Dieu est souverain et "nous laisse comprendre s'il veut". La foi, l'espérance et la charité sont, pour Pascal, les réponses essentielles aux questions de l'épistémologie, de l'anthropologie et de l'éthique.

Arbre de la Philosophie

 

Descartes a reconnu la "brillance" des objections de Pascal, affirmant les avoir déjà eues en tête mais les avoir "repoussées". Il a conclu poliment mais de manière quelque peu condescendante en suggérant que "la véritable finesse est celle de ne point vouloir user de finesse".

La rencontre fut tendue et les deux hommes divergèrent manifestement sur des points fondamentaux.

Il me semble que cette rencontre fut un miroir des tensions de l'époque, marquant une rupture radicale avec la scolastique médiévale (incarnée par Thomas d'Aquin) et l'affirmation du rationalisme moderne dont Descartes fut le père. Pascal, quant à lui, incarnait une autre voie, héritier d'une tradition augustinienne, mettant en garde contre l'orgueil de la raison et soulignant ses limites face aux questions ultimes de la condition humaine et de la foi.

Ce débat a préfiguré nos discussions contemporaines sur les limites de la raison, la primauté de l'expérience, le rôle de la foi face à la science, et la définition de la conscience et de la singularité humaine. Je ressens que la pensée de Pascal, résonne avec les défis posés par l'Intelligence Artificielle. En effet, l'IA, en tant qu'aboutissement de la logique cartésienne de la machine pensante, confronte paradoxalement l'humanité aux questions pascaliennes sur ce qui fait son essence au-delà de la raison pure.

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